Quand Léo sortit de la salle de bain, Raph préparait le petit déjeuner. De dos, alors qu'il coupait des oignons, son tremblement ne paraissait pas et ses larmes pouvaient s'expliquer.

-Hé, Léo, je fais une omelette, fromage, oignons et bacon, ça te va ?

-Oh, merci Rick, mais…

-Non, pas de mais, si tu veux être fort, tu dois manger.

Avec un petit rire amusé, Léo répondit :

-Oui, papa.

Léo but le thé que son colocataire lui avait servi et lisait le journal ou faisait semblant de le lire.

Raph faisait tourner l'omelette dans la poêle comme il avait déjà vu faire Michelangelo. Rêveusement, Léo murmura :

-Je ne sais pas ce que je ferais sans toi, Rick. Cela va être difficile de me contenter de ramens quand tu seras parti.

Raph avala sa salive. C'était le moment d'abattre ses cartes

-Tu sais, Léo, rien ne presse. Maintenant que je travaille, je peux t'aider financièrement davantage. Cet appartement de 5 pièces avec sous-sol est trop vaste pour toi seul et dispendieux inutilement. La loi t'interdit d'avoir des enfants et tu ne souhaites pas de relations amoureuses. A deux, tout ira mieux. Je t'aiderais à payer, à faire les tâches ménagères, je ferai tes repas et je pourrais te protéger aussi. A deux, nous serions plus fort.

-C'est gentil, Rick, mais n'hypothèque pas ton futur pour moi. Tu devrais faire ta vie un jour et je ne peux rester éternellement dans tes jupes. En tant qu'ex-mutant, j'ai un avenir solitaire. Toi, rien ne t'empêche de te marier, d'avoir des enfants et demeurer avec moi, retarde ce futur. Tu as mieux à faire que de préparer mes repas, Rick. J'ai assez abusé de ta reconnaissance.

-Tu n'abuse de rien et ce n'est pas que de la reconnaissance. Je le fais car j'ai envie de le faire. Je ne veux pas de femmes dans ma vie et je suis…stérile. Donc, c'est cela.

-Tu ne veux pas de femmes ? Ne m'as-tu pas dit il y a 48 heures que tu avais des besoins que je ne pourrais jamais combler ?

-C'était une erreur de jugement. Écoute, je ne te demande pas une réponse immédiatement. Je veux seulement que tu réfléchisses à mon offre. Elle est sérieuse. Tu me rendrais service à moi également.

-D'accord, mais je n'ai pas besoin d'argent. Tu peux si tu le veux payer avec moi la moitié des dépenses courantes. Tu devais quitter le 1er novembre. Nous pouvons reporter au 1er décembre. Nous aviserons ensuite.

Raph poussa un soupir mental de soulagement. L'épée de Damoclès suspendue au-dessus de sa tête s'écartait quelque peu. Il ne voulait plus quitter Léo. Pas seulement pour lui, mais pour Léonardo lui-même. Il n'avait pas été là pour protéger son frère, faisant la fête avec des putes ramassées dans les bars. Maintenant, il ne quitterait plus jamais ses côtés et il le défendrait contre tous les salopards qui oseraient vouloir lui faire du mal.

Ils passèrent une semaine fantastique du point de vue de Raph. Désormais, Léo s'asseyait un plus près de lui, pas de beaucoup, seulement d'environ six ou sept centimètres, mais cette mince victoire l'exaltait. Léo se promena même torse nu, le jeudi, devant Raphael, pendant plus de cinq minutes avant de mettre un t-shirt. Il ne verrouillait plus sa porte de chambre et surtout surtout, il dormait chaque nuit dans son lit.

Cela avait été étrange, le dimanche soir, quand Raph avait suivi Léo dans sa chambre. Celui-ci devait prévoir que Raph le ferait car il portait un de ses minces boxers de bambou blanc au lieu d'être nu. Oui, tout cela était formidable sauf que…Raph ne pouvait plus se caresser soir et matin, n'étant plus seul dans le lit. Et naturellement, il avait plus besoin que jamais de se soulager fréquemment. Léo étant toujours avec lui, hormis à son travail (Raph malheureusement n'avait osé demandé une semaine de congé) ou dans la douche. C'est donc dans sa douche qu'il se refugiait, ne pouvant malheureusement plus apporter de sous-vêtements de son frère avec lui. Pour éviter la suspicion qu'entrainerait immanquablement cette obsession de l'hygiène, Raph fit des choses idiotes comme s'entrainer peu de temps, mais à plusieurs intervalles, échapper de la sauce tomate sur lui et autres trucs qui aurait paru peu subtils pour quelqu'un pas aussi désespérément aveugle que Leonardo.

Partir travailler et laisser son frère seul angoissait Raph. Mais il ne voulait pas paraitre paranoïaque ou harcelant, alors il se contentait d'un seul texto laconique à son heure de lunch afin de vérifier s'il allait bien. Il devait se cantonner dans le rôle de simple ami, récent de plus, et il ne devait pas faire toute une histoire de ce que justement il devait ignorer.

Il n'avait nullement confronté Léo au sujet d'un possible viol, ne voulant pas l'effaroucher, même s'il brulait de le savoir. Ce qu'il savait aussi c'est que jamais, au grand jamais, il ne poserait une patte sur Léo, à moins bien sûr que celui-ci le supplie. Fearless avait assez souffert de la lubricité d'il ne savait qui. Le pauvre en était encore, de toute évidence, vivement traumatisé et Raph ne le blâmait pas. Il respecterait la chasteté de Léo dusses-t-il se consumer en cendres de passion inassouvie. Il demeurerait donc, en frère, ce qui était après tout son destin, et il vieillirait auprès de Léo, le protégeant et l'aimant en silence, puisque c'était ce dont son Léonardo avait besoin.

Nous étions le vendredi et Raph, écrivait son texto quotidien à Léo

-Quoi de neuf, Fearless ?

Habituellement, les réponses convenues de Léo étaient : « Je vais bien et toi ? » ou « Rien de neuf, et toi ? »

Mais ce ne fut pas le cas.

-Rick, tu tombes à pic. J'ai une faveur à te demander ! Peux-tu m'appeler lorsque tu auras terminé ?

Il était hors de question que Raph attende une seule minute pour accorder la faveur que Léo souhaitait. Il l'appela sur le champ.

-Rick, déjà ?

-Tout ce que tu veux, Fearless, je ne demande même pas ce que c'est, c'est accordé !

-Rick, c'est gentil, mais c'est un peu délicat. Mes frères savent que je suis un peu déprimé, mais ils ont leur vie et ne peuvent pas veiller sur moi. Donnie a trop de travail et Mike est trop…sensible. Je leur ai parlé de toi, je leur ai raconté comment tu t'étais offert pour m'épauler dans cette période difficile. Que je me sentais mal d'autant en demander et…

Raph fit la prière silencieusement dans sa tête

« Faites qu'il ne veut pas me présenter ses frères. »

Bien entendu, est introduit dans la famille de Léonardo était un bond avant spectaculaire mais Don SAVAIT de quoi Raph avait l'air et de toute évidence, il savait aussi ce que Raph avait fait au Nevada. Des signaux d'alarmes résonnèrent.

Balbutiant, cherchant déjà un motif d'ajourner la rencontre fatidique qui sonnerait le glas de sa relation avec Léonardo, il demanda :

-Tu veux me présenter tes frères ?

-Quoi ? Non, bien sûr que non, voyons !

Raph ne sut s'il devait être soulagé ou non de cette farouche dénégation de la part de son interlocuteur, mais le reste était pire, bien pire. Avec un enthousiasme qui lui était habituellement étranger, Léo poursuivit :

-Mes frères m'ont fait la surprise de contacter un vieil ami. Il ne vient pas de notre dimension, mais son apparence ne le différencie pas des mutants. Mon frère Donnie lui prépare depuis quelques jours de quoi s'installer à New York. Papiers d'identités, etc. Usagi veut être policier aussi. J'ai parlé à mon patron et je pourrais l'avoir comme stagiaire, bien qu'il soit plus âgé que moi. Ainsi, tu n'auras plus à être inquiet, j'aurai un ami avec moi en tout temps. Usagi est un grand et noble guerrier. Donc, si tu veux, tu pourras partir, sans malaise, me sachant en sureté, Usagi pouvant veiller sur moi à ta place.

D'une voix étouffée, Raph demanda :

-Tu veux que je parte ?

-Non, bien sûr, tu peux rester autant que tu le souhaites. Mais tout cela doit te demander des efforts. Tu pourras être tranquille, dormir dans ton lit et…

-Usagi va dormir avec toi à ma place ? Le choc de la nouvelle fit hurler Raph au téléphone.

-Non, je veux dire, tu dormiras dans ta chambre, car tu étais là avant, n'est-ce pas ? Usagi dormira dans le bureau. Je serai assez en confiance pour dormir seul.

-Et cela durera jusqu'à quand? Demanda Raph en grinçant des dents.

-Oh, c'est la bonne nouvelle. Usagi ne veut plus retourner chez lui. Il dit que notre dimension possède tout ce qu'il souhaite et il veut bâtir son avenir ici. Il vivra avec nous le temps qu'il se trouve une compagne ou un compagnon de vie. Usagi aime apprendre à connaitre les gens, c'est un homme très réfléchi et il ne fait rien à la légère. Il ne s'investira pas avec une personne qu'il ne connait pas depuis au moins des années. Alors, cela peut être long.

Raphael sentait presque sur sa langue les morceaux d'ivoire de ses dents qu'il serrait de plus en plus.

-Donc, quelle est la faveur déjà ?

-Je voudrais accueillir Usagi comme il se doit. Je voulais savoir si tu acceptais de faire quelque chose de spécial ce soir et pour trois.

-Bien sûr, Léo, répondit Raph sans être capable de dissimuler tout le fiel que contenait sa réponse.

-Ah, merci, Rick, tu me sauves la vie ! Mais je veux t'aider, c'est mon ami après tout. Mais il sera aussi le tien, bientôt, tu vas l'adorer ! Usagi m'aime beaucoup. Il a toujours été prêt à tout pour moi et ma famille aussi, bien entendu.

-parfait Fearless, c'est noté. Je dois te laisser, je vais essayer de finir tôt pour te faire ça, mais ne touche à rien. Tu risques de faire tout exploser.

-Crois-tu que ma chemise noire aille pour l'occasion ?

C'était le fantasme ultime de Raph de voir Léo dans cette chemise et il allait la porter pour un autre.

-Bien sûr, grogna-t-il. A plus.

Raph dans sa vie avait hait beaucoup de gens. Mais dans son palmarès de personnes qu'il écorcherait vives de ses propres mains, il n'y avait personne au-dessus d'Usagi. Juste en dessous, il y avait Karai et en troisième position, il y avait Shredder et Shredder avait tué leur père ! Il s'apercevait aujourd'hui que sa haine des respectifs numéro un et deux venait qu'ils en étaient jaloux et non car il était des vilains. Le lapin n'était même pas un vilain et pour que Raph déteste ce fils de pute au-delà de tout, c'est que sa façon de se la jouer honorable, ne reconnaissant comme son égal que le divin Léo, et tout en faisant des cercles de plus en plus concentriques autour de ce dernier toujours aussi bêtement inconscient…Usagi allait le dépouiller lambeau par lambeau de Léo, devant son nez ! Peut-être même poserait il ses pattes duveteuses sur lui ! Raph était prêt à l'abstinence pour Léo, mais pas à ce que quelqu'un le caresse sous ses yeux ! Battre Usagi pour l'affection de Léonardo serait une tâche titanesque ! Léo le connaissait depuis environ 4 ans, lui faisant confiance et le respectant. De plus, Usagi, à part sa passion évidente pour quiconque avait des yeux et plus de deux neurones, pour Léo, n'avait rien à cacher, au contraire de Raphael. Cette saleté poilue inter dimensionnelle allait même peut-être le démasquer. Usagi était un rusé, qualité que Raph avait toujours détesté chez les autres. Il fallait qu'il ruse aussi pour pousser le lapin dehors, lui faire comprendre que Léo était à lui.

Un sourire féroce étira les lèvres de Raphael :

Pour commencer, il savait quoi servir comme repas.