Note: J'espère que tout le monde a passé d'excellentes fêtes et merci pour vos reviews, vos ajouts en favoris, etc., etc.

Chers lecteurs, comme annoncé sur FB, je compte publier un OS; la semaine prochaine, pour être plus exacte.

En attendant, bonne lecture!


Chapitre Neuf

Non-dits


L'hiver est nerveux. Stressé. Sensation: rythme cardiaque élevé. Sensation: mal au cœur. Sensation: mal de tête.

Putain de nausée. Boule à l'estomac. Cage thoracique compressée. La guerre dans ta tête. Fallait pas boire hier, t'as dit?

Restons sérieux. Vos pensées vous tuent. Respirez. Elles vous rendent fou. Respirez. Elles vous tourmentent. Respirez. Culpabilité. Respirez. Inquiétudes. Respirez. Nervosité. Respirez. T'es sourd? Respirez.

Elles traversent ta tête, filent à toute allure, toujours plus effrayantes. Apocalypse mentale. Elles pourraient te tuer un homme. Plus fort que la bombe atomique. Automutilation. C'est pire que se taper la tête contre le mur alors que t'as de plus en plus mal. Tu ne peux pas t'en passer. T'as besoin de ça. S'auto-paralyser.

Immatériel. Irréel. Veuillez obtenir la confirmation. Tes Grands Méchants Monstres qui te traumatisent alors que c'est toi qui les as mis là. C'est comme adopter un chien quand t'es cynophobe. Stupide, stupide, imbécile. Se créer des cauchemars.

Chéri, chéri, je t'assure, tout ira très mal. Tout sera horrible. Promis. Juré.

Non, sérieusement. Respirez.


Vous ouvrez les yeux. Il fait noir. Vous vous levez.

Cher Journal, à moins qu'un tapis puisse crier, je viens de marcher sur quelqu'un.

Tony se penche. Trouver Loki au pied de son lit peut mener à de nombreuses questions.

– Qu'est-ce que tu fais ici?

C'est l'une d'elles. Loki, il masse son bras. Il jette un regard noir à Tony.

– Désolé, au fait.

Loki soupire.

– Je ne sais pas ce que je fais ici.

– C'est un rêve ou est-ce que tu as vraiment voulu m'étouffer avec mon oreiller? C'est le seul souvenir assez clair que je garde de cette nuit.

– Tu ronfles.

Cher Journal, c'est rassurant.

Vous vous levez.

– Où vas-tu?

– Voir s'il y a pas de l'aspirine.

Vous entez dans la salle de bains. Vous hurlez.

Loki dit: ne crie pas comme ça. Et puis Loki dit: qu'est-ce qu'il y a?

Tony, il répond pas. A la place, il demande à Clint ce qu'il fout ici. Egalement: pourquoi est-ce qu'il dort dans le bain. Egalement: qu'est-ce qu'on a tous fait hier.

– Je dors dans le bain parce que vous avez pris toute la place dans le lit.

– Pardon?

– Enfin, jusqu'à ce que tu pousses Loki par terre dans ton sommeil. Et hier… J'ai juste une image très claire de vous deux en train de danser sur Lady Gaga. Et de l'alcool.

Cher Journal, j'ai la sensation qu'on a passé une bonne soirée.

Le problème est que vous ne vous souvenez plus.

– Et puis, hé, Tony,…

– Quoi, Clint?

– Tu ronfles.

Loki débarque. Il s'accroche à la poignée de porte.

– N'y avait-il pas un rideau de douche?

Ça tombe bien que t'en parles, le rideau de douche est dans un coin de la salle de bains. Bruce en émerge deux minutes plus tard.

– Vous pouvez pas parler moins fort? grogne-t-il.

Okay, okay, pardon, on le fera plus, promis, juré, tu veux un café, juste, t'énerve pas, désolé.


Natasha, elle est en forme. Elle les rejoint à l'hôtel. Son état appelle à une série de questions.

– T'as bu plus que moi.

Ou des affirmations. Elle hausse les épaules.

– Les lendemains de soirée, tu bois encore un petit verre d'alcool. Généralement, ça enlève la gueule de bois. Au fait, Tony, je pensais que tu détestais Lady Gaga.

Cher Journal, j'ai la sensation que ça va rester dans les annales.


Votre vol de retour est à neuf heures cinq du soir, heure locale.

Natasha vous dit que le trajet aéroport-hôtel prend une heure quand il n'y a pas de trafic. Elle vous dit que c'est un vol de nuit et que vous devez partit cinq heures avant le vol. Quand on lui demande pourquoi: parce qu'ici, les bouchons, c'est l'anarchie totale.

Tony l'écoute. Loki aussi. Tant mieux pour eux.

Ceci explique cela et vous comprenez pourquoi Natasha, Loki et Tony sont en train de flâner dans les boutiques de l'aéroport.


Quelque part dans Moscou, il est dix-neuf heures heure locale.

Une voiture s'arrête. Une Lada. Le conducteur a un cache-œil. En un anglais pitoyable, il demande 'où vous aller'.

– Je ne monte pas là-dedans, lance Steve.

Cher Journal, plutôt mourir.

Vu l'allure de la voiture, c'est relativement compréhensible.

– On va être en retard, fait remarquer Bruce. Nous allons à l'aéroport Sh… Shermo… Sherme… Shawarma… Sherami…

– Sheremetyevo?

– Oui, celui-là! On a un vol à neuf heures cinq. Tu viens, Steve?

– Très peu pour moi. J'attendrais.

– Je reste avec Steve, dit Thor. Et toi, Clint?

– Moi, plus vite je serais rentré, mieux ça sera.

Bruce et Clint s'installent, ferment la portière. Après l'avoir claqué trois fois, s'il vous plaît.

L'homme fait remarquer que 'vous retard' .

– Oui, si vous connaissez un raccourci, ça ne serait pas de refus...

Quand ils arrivent sur l'autoroute, l'homme s'arrête et sort de la voiture.

– Mais qu'est-ce qu'il fait?

Quelques minutes plus tard, l'homme est de retour et Clint repose sa question.

L'homme dit que 'chez roue problème'. Tu demandes pas parce que le mec il parle pas anglais tu vas pas lui en vouloir.

Le truc, c'est qu'il le fait tous les vingt mètres.

L'homme jure. Non, parce que le vol est dans une heure.

Cher Journal, ça arrive qu'à nous.


Natasha, elle a pas l'air contente.

Cher Journal, je me demande quand est-ce qu'ils vont enfin m'écouter.

Cher Journal, on ne s'entend plus.

Personne n'ose intervenir dans la querelle.

– MAIS QU'EST-CE QUE VOUS AVEZ FOUTU?!

– CONTRE-SENS!

– OÙ SONT THOR ET STEVE?!

– À CONTRE-SENS!

– OÙ SONT THOR ET STEVE!?

– À CONTRE-SENS!

– OÙ SONT THOR ET STEVE, CLINT?!

– À CONTRE-SENS! IL A ROULÉ À CONTRE-SENS!

– MAIS QUI A ROULÉ À CONTRE-SENS, NOM DE DIEU?!

– À CONTRE-SENS!

– MAIS TA GUEULE!

Et Bruce dit: le chauffeur.

Tout se tait et les quarante personnes qui observaient Natasha et Clint s'hurler dessus détournent leur regard de la scène.

– QUOI?! hurle Natasha.

– Je crois que je viens d'apprendre une cinquantaine d'injures en russe. On s'est fait insulter par tout le monde.

– Qu'est-ce que vous avez fait exactement? demande Tony.

– On est montés dans ce tacot miteux -même le type avait l'air déglingué- et après s'être arrêté tous les dix mètres pour la roue de la voiture, il est passé sur la bande opposée en conduisant à une vitesse qui, je pense, n'est pas autorisée, même ici.

– J'espère que tu l'as remercié parce que sinon vous seriez encore là-bas!

Loki demande: où est mon frère?

– Il est monté avec Steve qui refusait de ne serait-ce que toucher cette voiture.

– Bon, on a plus le temps maintenant.

Cher Journal, c'est pas vrai.


Vous passez l'enregistrement et tout ça.

– C'est par où maintenant?

Vous vous perdez éventuellement dans l'aéroport. Vous finissez par éventuellement retrouver votre chemin grâce à Natasha. Vous montez dans le bus qui va vous amener dans votre avion.

Le bus s'arrête.

– On est arrivés?

Natasha regarde le conducteur sortir et demander quelque chose.

– Qu'est-ce qu'il vient de demander?

– Il cherche l'avion, répond Natasha en haussant les épaules.

– Il... Le conducteur… Il… il cherche... notre avion?

Il arrive que le conducteur ne sache pas où se trouve l'avion auquel il doit vous mener. Veuillez garder votre calme.

– Clint, tu pleures?

Cher Journal, je ne veux plus jamais retourner à Moscou.


L'hôtesse vous dit quoi faire. Vous savez. Elle vous explique comment agir. Avant l'accident. Votre mort atroce.

Mais ne parlons pas de ça. Evitons les sujets qui font mal, qui font peur. Comme ça, ça n'arrivera pas. Parce qu'il est bien connu que ne jamais parler d'un sujet évite le fait qu'il arrive. Parlez pas de votre mort histoire d'être immortel. Tais-toi.

Derrière la vitre de votre hublot, vous voyez la lumière.

Des lumières. Oranges et vertes. Elles avancent. Ou alors c'est votre avion qui avance. De plus en plus vite. Et de plus en plus fort. Bleues et jaunes. Vous regardez dehors et vous sentez que vous avez peur, un peu.

Bon voyage, mettez votre ceinture, éteignez les appareils électroniques. Installez-vous confortablement, ne fumez pas, rangez votre plateau. Blanches et roses.

Bip. Bip. Bip. Mesdames et messieurs, nous sommes prêts à décoller.

Vos oreilles se bouchent. Tout tremble. Ou alors c'est juste vous.

Et vous décollez.

Bip. Bip. Bip. Et vous avez décollé.

En bas, vous voyez la ville.


– Qu'est-ce que tu fais? demande Loki à Tony.

– Je regarde les photos.

Les photos de votre voyage. Vos souvenirs en boîte. De l'histoire en pixels.

– Puis-je voir?

Vous êtes partis pour un vol de plus de dix heures. Trouvez-vous une occupation.

Tony retourne à la première photo.

Des bâtiments et des gens que vous ne connaissez pas. Passez à la photo suivante. Des beaux lieux et des couchers de soleil. Passez à la photo suivante. Et puis, oh, vous.

– Qui a pris cette photo?

– Bruce, je crois.

– Il ne sait pas prendre de photos, n'est-ce pas?

– Evite de lui dire en face.

Les photos de la soirée. Une photo que vous avez prise.

– Tu pourrais faire carrière dans la photographie, toi.

Loki hausse les épaules. Et puis, oh.

Commencez par le fond. Il est noir d'encre. Ne passez pas trop de temps dessus. Il y a Loki et Tony. Des sourires alcoolisés et euphoriques.

Vous n'avez rien fait de mal, c'était juste se tenir la main.

Arrêter de tirer la gueule. Je te préférais bourré. Tu étais à côté de moi. Il avait les mains chaudes. On était heureux. Nous avions tous l'air con. Vous rigoliez. Ils s'étaient pas lâchés.

Passez à la photo suivante.

Photo de groupe.

Tony dit: tu fais tâche.

– Merci, Tony, vraiment.

– Non, je veux dire, regarde-nous: Natasha, elle se marre; Steve, je sais pas ce qu'il fait avec ses dents; Bruce a l'air super-content; ton frère, mon Dieu, n'en parlons pas, on dirait qu'il va se mettre à chanter; Clint, on dirait qu'il vient de tuer quelqu'un; moi, je tire la gueule, et puis toi, bah, t'as l'air parfait.

Loki dissimule un sourire. Passez à la photo suivante.

Cher Journal, c'était bien.


Quand Tony ouvre la porte, il y a Loki.

– Wow, je te manque déjà?

Cher Journal, j'étais à bout.

Loki murmure: Thor a bel et bien raté son vol. Il dit: il ne sera pas là avant quelques jours. Il dit: c'est lui qui a ma clé.

Et Tony le fait rentrer.

– Ton frère est impossible.

Loki hoche juste la tête. Tony récupère le sac de voyage que Loki trimballe toujours.

– Bon, tu veux te reposer?

– Est-ce que je peux prendre une douche?


L'eau de la baignoire. Sa tête lui fait mal. Ses muscles aussi. Breakdown est le mot qui pourrait convenir. Les bulles de savon.

Et, tu sais, Tony lui parle à travers la porte fermée.

Il lui dit: ça va?

– Oui.

La voix de Tony résonne à nouveau dans la salle de bains. Il dit: ça va?

– Non.

Et c'est chuchoté si bas qu'on ne l'entend pas.

Tony dit: bon, c'est vrai, tu vas pas me répondre parce que t'aimes pas qu'on se mêle de tes affaires. Il dit: je l'ai retenue, celle-là. Il dit: je me vois mal l'oublier, la dernière fois je te parlais aussi à travers la porte fermée.

L'eau brûle sa peau. La chaleur, elle le calme. Le mal qui vous fait du bien.

Et il a les yeux fermés.

Et dehors, c'est la nuit froide, la nuit noire, la nuit.

Tony dit: et comme je t'ai dit la dernière fois, il va en falloir beaucoup pour que je te lâche.

Et l'eau se trouble. Et Tony parle, parle encore, parce qu'il n'entend rien de l'autre côté de la porte.

Tony dit: tu t'es pas noyé au moins? Tony, il dit: bon, je dois t'emmerder, je vais dans ma chambre.

Tony se lève.

Loki met ses mains en coupe et s'asperge le visage.

Vide. Vide. Gouttes d'eau. Vide. Tu te sens vide. Vidé, évidé, vide. C'est évident. Vapeur et miroir embué. Embué. Plic. Ces maudites gouttes d'eau. Vide.

Et l'eau est chaude.


L'eau est froide.

Quand Loki arrive dans la chambre, Tony est allongé sur son lit. Loki se laisse tomber à côté de lui.

– Tu veux manger quelque chose?

– Je n'ai pas faim, répond la voix enrouée de Loki.

– T'as les yeux rouges.

– Shampoing.

– Ah.

Tony se lève. Il dit: je serais. Il dit quelque chose d'incompréhensible.

Puis sort.

Loki se glisse sous les couvertures.

Cher Journal, je n'ai pas de shampoing chez moi.

Votre verre numéro 201 est un verre de gin.

Ces choses que l'on ne se dit pas. Et dans ta tête, sinon, il se passe quoi? Non, non, toi, oui, oui, toi, qu'est-ce que tu ne me dis pas?

Tony regarde longuement par la fenêtre. Inspire. Expire.

Tu sais, Tony aurait aimé avoir quelque chose comme un livre. Oui, un livre. Un livre de psychologie personnel. Ou un truc de ce genre-là. Qui lui donnerait des conseils. Qui lui dirait quoi faire. Qui lui raconterait les mystères de la créature qu'est l'humain. Qui lui expliquerait Loki.

Mais un truc pareil, ça doit exister que dans un univers parallèle où il est un super-héros.


A suivre.