Et grandir…

Chapitre 10 : Trompeuses apparences

À force de ne penser qu'à soi, on finit par oublier que les autres existent. Et lorsque l'on se souvient enfin d'eux, il est souvent trop tard pour réparer les erreurs commises.

Toutes les excuses sont bonnes, pour justifier un acte égoïste. Que l'on croule sous les ennuis, et ceux des autres n'ont soudainement plus aucune importance. Que la peur nous envahisse, et la réalité n'est plus rien sauf ce qui nous effraye. Que l'amour nous submerge, et notre monde est désormais le seul et l'unique. Que la joie nous emporte, et le malheur d'autrui est dérisoire. Que ce malheur nous frappe, et le bonheur du voisin est injurieux.

Que quelque chose, n'importe quoi, nous obsède, et le reste passe comme un rêve aux limites indéfinies, dont on se souvient vaguement avant de l'oublier irrémédiablement.

Les excuses sont là, innombrables. Normales. Et pendant que l'on pense à soi, les êtres et les choses qui nous sont chers s'éloignent, peu à peu. Bien souvent, on ne l'en s'en aperçoit pas.

Ou trop tard.

oOo

Konoha, décida Hagane, était décidément l'endroit le plus insolite qu'elle avait jamais vu, même si elle n'avait pas encore eu l'occasion d'en voir beaucoup.

Anko était venue la chercher dans sa cellule vers le milieu de la journée et l'avait emmené, bon gré mal gré, dans une pièce aux murs tapissés de casiers métalliques et de posters douteux – un vestiaire, sans doute. Là, des shinobis à l'air morose lui avaient fait enfilé leur uniforme : un pantalon et un pull-over noirs, des chaussures (dire qu'elle n'en avait jamais mis depuis qu'elle savait marcher… depuis qu'elle s'était aperçue que qu'elles ne lui servaient à rien, à vrai dire), ainsi qu'une paire de gants protecteurs qui ne protégeait en fait pas grand-chose. Ils lui avaient également retiré son bandeau de cuir, et ses longs cheveux lui tombaient maintenant devant les yeux, l'obligeant à secouer sans cesse la tête pour s'en débarrasser.

À présent, elle ressemblait à s'y méprendre aux ninjas qui lui avaient fourni ces vêtements. À l'exception de la veste verte et du bandeau protecteur, car ceux-ci était « réservés aux véritables membres de Konoha » lui avait dit un petit gars rabougri en prenant des airs supérieurs. Soit. Grand bien leur en fasse, ce n'était pas cela qui allait bouleverser le cours de sa vie. Ce qui, de toute façon, était déjà fait.

Après cela, Anko lui avait fait traverser tout le village par les toits. Soit elle avait oublié de vérifier le sceau qui l'empêchait de se servir de son chakra, soit elle savait qu'il n'était déjà plus là, mais en tous cas elle n'avait pas daigné prendre des mesures particulières pour l'escorter. Elles avaient donc traversé Konoha en toute liberté, laissant Hagane complètement libre de ses mouvements avec la possibilité – ou du moins la tentation – de s'échapper à tout instant. Ce qu'elle ne ferait pas de toute façon, car elle tenait à revoir sa mère avant d'envisager toute rebuffade. Mais cela, Anko ne pouvait le savoir. La jeune fille n'avait donc qu'une explication possible à ce comportement : cette femme avait une confiance absolue en ses capacités et ne doutait pas un instant de parvenir à maîtriser sa prisonnière si celle-ci tentait de se rebeller.

Elles ne s'arrêtèrent que lorsqu'elles furent arrivées à la limite du village, à un bâtiment collé au mur d'enceinte. Toujours sans lui fournir la moindre explication, Mamie-violette l'avait fait entrer dans une sorte d'arène circulaire entourée de murs de plusieurs mètres de haut. Au sommet de ces murs, dans les gradins, se tenaient trois personnes qu'elle n'avait encore jamais vues et qui la fixaient comme une bête curieuse. En activant discrètement son byakugan, Hagane put constater qu'il s'agissait en fait de vieilles personnes, dont un homme à lunettes, une femme à la coiffure extravagante et un manchot borgne couvert de bandages.

Puis, Anko l'avait planté là où elle était – c'est-à-dire au milieu de l'arène – et avait rejoint les trois petits vieux en quelques bonds de ninja. Depuis, elle se faisait lorgner par les quatre personnes, sans qu'elle ait la moindre idée de ce qu'elles lui voulaient. Belle situation. Sans compter que la fin de l'été maintenait la température à un niveau plus que respectable et que ses vêtements noirs attiraient la chaleur comme la lumière les insectes. Elle dégoulinait de sueur dans sa combinaison et ses encombrants cheveux blonds lui collaient à la nuque. Merveilleux. Un jour, elle ferait comme Takibi : elle s'emparerait d'un kunai et couperait ses cheveux aussi courts que ceux des garçons. De toute façon, jusqu'ici, seule la flemme de les couper régulièrement l'avait poussée à les porter longs.

Elle n'eut pas à attendre très longtemps, cependant, car d'autres personnes entrèrent bientôt dans l'enceinte, chacune leur tour. Toutes étaient des ninjas accompagnés d'une silhouette plus petite. Des enfants, en fait, eux aussi vêtus d'une tenue noire, sans veste ni bandeau. Et aucun ne semblait de savoir ce qu'il faisait là. Leur accompagnateur allait rejoindre Anko et les « examinateurs » dans les gradins, et se mettaient à leur tour à les regarder stoïquement.

Ils étaient quatre. Quatre prisonniers, dont deux étaient bien plus jeunes qu'elle. Parmi eux se trouvaient un frère et une sœur, dont les traits étaient fins et pointus, leurs yeux perçants et noirs, leur peau bronzée comme s'ils avaient passé toute leur vie sous un soleil de plomb. La fille, à l'expression revêche, coiffée de deux couettes brunes et hérissées, devait avoir à peu près son âge. Son petit frère, timide et avec une seule queue-de-cheval brune, paraissait avoir sept ou huit ans et se serrait contre elle.

À leur côté, un garçon au visage efféminé et aux longs cheveux blonds coiffés en queue-de-cheval s'efforçait d'avoir l'air sûr de lui, malgré ses mains qui tremblaient sans discrétion. Il semblait avoir le même âge qu'Hagane, lui aussi.

La dernière arrivée, une petite fille à qui elle ne donnait pas plus de dix ans, ne cessait de cligner ses yeux noisette et de secouer ses longs cheveux bruns pour se donner une contenance. Elle était presque aussi filiforme que Takibi, et quelque chose dans sa gestuelle donna à Hagane une désagréable impression de déjà-vu.

Tout en les observant, Hagane tournait le dos à leur « public » mais les surveillait à l'aide de son byakugan. Elle les regardait attentivement, guettant le moindre mouvement suspect de leur part. Bien qu'ils ne soient visiblement pas décidés à agir, se contentant de les fixer avec des yeux de poisson mort.

Finalement lassée de ce petit jeu, Hagane se retourna, désactiva ostensiblement son byakugan – rien que pour leur montrer qu'elle ne les craignait pas – et se mit à les fixer à son tour. Elle était disposée à attendre si c'était ce qu'ils voulaient, mais certainement pas indéfiniment. Il lui vint à l'esprit qu'ils attendaient peut-être qu'ils s'entretuent, les autres prisonniers et elle, histoire de juger de leur force de caractère. Elle espérait que non. Un seul mort à son actif était bien plus que suffisant et elle n'avait pas envie de s'en prendre à des enfants. Ou alors ils souhaitaient mettre à l'épreuve leur résistance à la cuisson. Parce qu'elle était vraiment en train de griller, dans sa combinaison. Ou bien c'était une épreuve de patience : qui lâcherait le regard de l'autre premier ?

Plongée dans ses réflexions plus ou moins rationnelles, elle ne vit pas le shinobi masqué se glisser derrière elle, et ce ne fut qu'au dernier moment qu'elle entendit la lame siffler.

Hagane se baissa, juste à temps pour éviter le sabre qui allait lui couper la tête sans autre forme de procès, et qui lui vola tout de même quelques cheveux au passage. Puis elle bondit en avant sans prendre le temps de se retourner, tout juste celui d'activer son byakugan, se mettant vivement hors de portée de son agresseur. Jetant un rapide coup d'œil autour d'elle, elle constata que ses compagnons d'infortune étaient eux aussi aux prises avec un adversaire surgit de nulle part. La nature du test était donc la plus simple et la plus logique qu'elle aurait put imaginer : une évaluation de leurs capacités et de leurs aptitudes aux combat. Ça lui apprendrait à partir dans ses délires au lieu de prêter attention à ce qu'il se passait autour d'elle, tiens.

Il ne s'agissait visiblement que de taijutsu, puisqu'aucun des ninjas masqués n'attaquait autrement qu'avec leur lame. Elle s'imagina furtivement tricher et abattre le sien d'un coup de Vent, mais elle comprit rapidement qu'il lui serait inutile de se donner tant de peine. Elle n'aurait aucun mal à vaincre son adversaire à l'aide du Poing Souple, elle pouvait le voir rien qu'à la façon qu'il avait de tenir son katana. De plus, ses quatorze années d'entraînement avec Shun l'avaient rendue quasiment invulnérable aux attaques de ce type. Pour la toucher, il fallait à son frère jumeau une bonne dose d'imagination et beaucoup de patience. Ce qu'il n'avait pas forcément, selon ses humeurs du jour.

Tout en évitant habilement les assauts de son assaillant, elle remarqua que les autres prisonniers n'étaient manifestement pas aussi habitués qu'elle à se battre contre un sabreur, et qu'ils s'en tiraient nettement moins bien. Surtout le petit brun qui se cachait derrière sa grande sœur, la laissant se débrouiller avec ses deux adversaires. Ils ne paraissaient pas non plus spécialement débordés, mais si ça continuait comme ça il y en aurait pour des heures. Et elle n'avait pas que ça à faire !

Hagane évita un autre coup – particulièrement lent, celui-ci – et profita de sa position accroupie pour agripper férocement les genoux de son agresseur, les paumes chargées de chakra, et lui bousiller les méridiens des articulations. Celles-ci plièrent, incapables de supporter le poids de leur propre corps. L'homme tomba au sol et ne put se relever. Hagane fit taire sa conscience qui lui hurlait de ne pas s'en prendre à un homme à terre et l'assomma d'un coup sec sur la nuque, avant qu'il ne puisse trouver le temps de se défendre.

Elle se détourna de lui avec un arrière-goût indéfinissable dans la bouche. Il n'avait même pas eu le temps de lever son arme.

La situation des autres prisonniers n'ayant pas beaucoup évolué, elle créa quatre clones et prit les choses en main. Elle ne doutait pas qu'ils finiraient par gagner leur combat, eux aussi, mais elle était pressée et souhaitait voir l'épreuve se terminer le plus tôt possible. Qu'elle puisse enfin mettre la main sur Hiashi, qui lui avait définitivement faussé compagnie, et le forcer à l'emmener voir sa mère.

Leurs adversaires étaient encore plus nuls que le sien, à tel point qu'elle se demanda un instant s'ils ne le faisaient pas exprès. L'affaire ne dura que quelques minutes à peine. Une fois chose faite, elle contempla les shinobis masqués entassés les uns sur les autres, presque frustrée par la facilité déconcertante avec laquelle elle les avait vaincus. Frustrée, et complètement déçue. Les ninjas de Konoha n'étaient pas si forts que ça, finalement. En tous cas, ceux-ci étaient nettement moins impressionnants que ceux qu'elle avait imaginé pendant heures, enfermée dans sa cellule. Puis elle se tourna vers ceux qu'elle venait de secourir, curieuse de voir comment ils réagiraient à son intervention.

Deux d'entre eux (le Petit Frère et le Blond efféminé) la regardaient avec des yeux écarquillés, l'air franchement impressionné, tandis que les deux autres étaient plutôt méfiant (la Grande Sœur aux couettes) ou carrément vindicatif (la Brunette aussi longue et plate que ses cheveux). Quant à elle, elle aurait put se sentir flattée ou vexée mais, à sa propre surprise, elle se ressentit qu'une pure indifférence. Pour le moment, elle avait d'autres choses en tête que de devoir gérer leur admiration ou leur mécontentement.

Elle se tourna vers les gradins et fusilla les petits vieux du regard, les mains sur les hanches. Elle en avait assez de perdre son temps ! Ceux-ci chuchotèrent entre eux – comme si elle pouvait entendre quoi que ce soit de là où elle était ! – et le manchot fit signe aux ninjas qui les avaient amenés jusqu'ici. Deux d'entre eux sautèrent dans l'arène, et se postèrent à des bords opposés, de chaque côté du petit groupe que les prisonniers avaient formé.

Le frisson qui lui secoua l'échine suffit à Hagane pour deviner que la partie ne serait pas aussi facile qu'avec les hommes masqués. Ces adversaires-là avaient leur propre uniforme, leur propre visage.

L'un d'eux était une femme d'une quarantaine d'années, accompagnée de trois gros chiens gris. Elle était coiffée d'une natte serrée et avait des marques rouges sur les joues, comme celles de Kiba, le dresseur de chien qui apportait régulièrement des nouvelles de l'extérieur à ses parents. Elle avait les mêmes yeux que lui, aussi. Plus sauvages que ceux de Takibi et plus perçants que ceux de Shun. Cependant, les trois bêtes grises qui l'entouraient étaient beaucoup moins impressionnantes que certains animaux de la Vallée du Démon. Hagane s'était déjà battue contre des loups plus grands et plus féroces.

Le second ninja était enveloppé dans un long manteau vert foncé, dont la capuche et le col dissimulaient presque tout le visage. Les yeux étaient cachés par une paire de lunettes noires et les mains étaient profondément enfoncées dans les poches. Seul le byakugan aurait put permettre d'entrevoir la moindre parcelle de peau. Celui d'Hagane n'y distingua pas que cela. La chose qui grouillait sous la peau de ce shinobi était loin d'être rassurante. En plissant les yeux, elle s'aperçue qu'il s'agissait d'insectes. Un véritable essaim de ces bestioles était niché dans le corps de ce mec !

Le point positif de la situation était que leurs ennemis n'étaient que deux, et que les prisonniers étaient cinq en tout. Le point nettement plus négatif était que deux d'entre eux ne valaient pas grand-chose au combat, du peu qu'Hagane avait pu observer. La petite maigrelette et le Petit Frère n'avaient pas vraiment su quoi faire de leur précédent adversaire. D'un autre côté, ils étaient tous les deux très jeunes, elle ne pouvait décemment pas leur en vouloir. Il faudrait donc qu'elle se débrouille avec les deux autres, qui avaient l'air un peu plus expérimentés. Enfin, s'ils acceptaient de travailler en équipe, bien sûr.

Tout en cherchant à croiser leur regard, elle se positionna face à la femme et à ses chiens, espérant qu'ils se chargeraient de l'autre shinobi, et protégeant ainsi son dos. C'est ce que fit le Blond après un instant d'hésitation, en adoptant une posture défensive, les jambes légèrement fléchies. La fille aux couettes attrapa son petit frère et la Brunette par le bras et les mit d'office entre lui et Hagane. Puis elle leur tourna le dos, de manière à surveiller les deux côtés à la fois. Elle avait les mains levées, prête à exécuter une technique.

Hagane prit la posture du Poing Souple et se prépara à attaquer, préférant largement prendre l'initiative plutôt que de subir les assauts de leurs adversaires. Elle renforça son byakugan et regarda furtivement ses alliés dans son dos. Tendus, ils étaient prêts à contrer l'offensive de leurs ennemis. Entre leurs aînés, les enfants étaient plus méfiants qu'effrayés, et Hagane sût qu'ils étaient prêts à se défendre s'il le fallait. Tant mieux, pensa-t-elle, ainsi elle n'aurait pas à s'inquiéter pour eux à la moindre alerte.

- J'y vais, chuchota-t-elle.

Sans leur laisser le temps de réagir, elle se rua en avant. Mais l'un des chiens de son adversaire bondit en même temps qu'elle et lui barra la route. Elle fut contrainte de s'arrêter avant d'avoir atteint sa cible, la kunoichi aux marques rouges. Évitant de justesse les mâchoires de la bête, qui claquèrent violemment l'une contre l'autre à deux centimètres de sa jambe, Hagane fit un brusque écart pour tenter de la contourner. Cela fonctionna en partie mais le chien fut assez rapide pour lui agripper un pan de son pull-over. Il tira d'un coup sec et elle bascula en arrière, atterrissant brutalement sur le dos. Sa gorge ainsi exposée, elle crut un instant que sa fin était arrivée. Mais le chien s'était brusquement immobilisé, comme paralysé.

En se relevant vivement, elle vit un trait noir sur le sol, qui reliait l'ombre de la bête à celle de la fille aux couettes brunes. C'était probablement cela qui avait arrêté l'animal. Derrière la fille, le Blond se battait avec le mystérieux ninja. Une nuée d'insecte bourdonnait autour d'eux, dont une partie était figée dans les airs, leur ombre prisonnière de la technique de leur alliée. Sans se poser plus de questions, Hagane assomma le chien afin d'écarter définitivement le danger et chargea à nouveau sa maîtresse qui n'avait pas bougé d'un poil, pas même pour empêcher son compagnon de se faire blesser. Les deux autres chiens attaquèrent alors en même temps, chacun d'un côté, la prenant en tenaille pour l'empêcher d'esquiver.

Hagane les envoya valdinguer un peu plus loin de deux coups de Poing Souple bien placés et profita de cette seconde de répit pour préparer ses Lames du Vent. Elle recouvrit ses mains et ses avant-bras de chakra de Vent, les transformant en véritables lames bien plus affûtées que des rasoirs. C'était avec cette technique qu'elle avait tué l'homme au visage de fouine, dans la cellule. Il n'avait pas remarqué les Lames – invisibles, puisqu'elles n'étaient faites que de vent – et s'était approché juste un peu trop près. Elle n'avait eu qu'à tendre le bras pour lui trancher la gorge d'un seul coup. Les Lames étaient aussi discrètes qu'efficaces, malheureusement pour ses ennemis.

Le premier des deux chiens fonça sur elle en ligne droite et sauta pour tenter de l'atteindre à la gorge. Elle lança son bras trop tôt, exprès, pour ne pas le tuer. L'entaille lui ouvrit tout de même profondément l'abdomen, et le chien tomba à terre sous la violence de l'impact. Et il y resta, immobilisé par la douleur et assez intelligent pour savoir qu'il risquait de se vider de ses entrailles au premier mouvement. Si elle avait frappé une fraction de seconde plus tard, il aurait été coupé en deux.

Le deuxième animal n'avait pas attaqué tout de suite, et s'était contenté de l'observer. Celui-là avait vraisemblablement compris le danger, et ses pattes ne quitteraient désormais pas le sol afin de rester en mesure d'éviter ses Lames.

Il la regardait de travers, semblait la jauger. Soudain, il bondit et se transforma en un tourbillon qui fonça droit sur elle. Les Crocs Lacérant. Elle avait déjà eu l'occasion de s'entraîner avec Kiba et elle connaissait cette technique. La dernière fois, elle s'était fait battre à plate couture, mais elle avait largement eu le temps de réfléchir à une parade en prévision de sa revanche. Elle évita l'attaque en se jetant sur le côté, roula, et se releva aussitôt. Le chien-tornade avait déjà changé de direction et fonçait à nouveau sur elle. Hagane savait qu'il était totalement aveugle, en exécutant cette technique, et qu'il ne la localisait qu'à l'odorat. Elle joignit ses mains.

- Clonage de l'Ombre !

Six clones apparurent dans un nuage de fumée et se dispersèrent le plus rapidement possible sur la zone de combat. Perturbé, l'animal cessa son attaque et renifla les sept Hagane qui l'entouraient avec surprise. Il secoua la tête d'un air agacé. Ce serait une perte de temps d'essayer de tous les avoir avec les Crocs, d'autant plus qu'elle pouvait en recréer autant qu'elle le voulait. Avec l'aide de ses deux compagnons il en serait peut-être venu à bout, mais ils étaient tous les deux hors combat. Quand à sa maîtresse, elle ne paraissait toujours pas décidée à bouger – c'était tout juste si elle avait paru s'inquiéter lorsqu'Hagane avait blessé son deuxième chien. Finalement, il dut se rendre à l'évidence : sa technique était inutilisable tant qu'elle pourrait se servir de ses clones.

La tête penchée sur le côté, il semblait réfléchir. Hagane avait l'avantage de connaître son style de combat grâce à son entraînement avec Kiba et ses chiens, mais elle ne devait pas lui laisser le temps d'analyser ses propres techniques, sinon elle ne bénéficierait plus du moindre effet de surprise. Un avantage pour lequel elle était prête à risquer beaucoup. Y compris se jeter tête baissée dans un nouvel assaut afin de ne pas lui laisser le temps de mettre une tactique au point.

En voyant la jeune fille se jeter sur lui à nouveau, le chien bondit lui aussi, pour ne pas se retrouver en position de faiblesse. Mais à l'instant où ils allaient se percuter pour un autre corps à corps, un cri retentit :

- STOP ! Ça suffit comme ça !

Elle dérapa en catastrophe pour réussir à s'arrêter à temps, l'animal en faisant de même de son côté, et regarda promptement dans la direction des gradins. De surprise, tous les opposants s'étaient arrêtés net. Les spectateurs regardaient le vieil homme à lunettes, celui qui avait crié, avec autant de stupéfaction que les combattants. Ils ne s'attendaient visiblement pas à ce qu'il arrête le combat. En regardant autour d'elle, Hagane comprit pourquoi il l'avait fait : la fille aux couettes et le garçon blond avaient eu beaucoup plus de difficultés qu'elle, avec leur adversaire.

Couverts d'égratignures et saignants abondamment, le Blond était allongé sur le ventre, conscient mais visiblement incapable de se défendre, tandis la Grande Sœur se tenait entre lui et leur assaillant au visage dissimulé par son manteau. Apparemment, le combat avait été stoppé juste à temps pour l'empêcher de les achever, car une nuée d'insectes volait autour d'eux d'un air menaçant, prête à fondre sur leur proie. Concentrée sur son propre combat, Hagane n'avait rien suivit de la bataille. Sans l'intervention du vieil homme, ils seraient certainement déjà morts.

Le shinobi rappela docilement ses insectes, qui volèrent se réfugier dans ses manches, et remit les mains dans ses poches. Comme s'il ne s'était rien passé. Hagane réalisa soudain qu'il ne pouvait y avoir une très grande différence de niveau entre lui et la dresseuse de chiens. Elle ne comprenait pas. Le Blond et la Grande Sœur avaient été deux contre cet homme, et ils avaient été complètement écrasés, alors qu'elle-même n'avait pas eu vraiment de mal contre les trois chiens de son adversaire.

Elle se mordit les lèvres en se rendant compte de son erreur. Si la kunoichi avait décidé de participer au combat, Hagane n'aurait sans doute pas fait long feu, elle non plus. Ayant l'habitude de se battre avec des animaux beaucoup plus gros, dans la Vallée, elle n'avait rien changé à ses techniques de combat, se contentant de surveiller son ennemie de loin. C'était là son erreur, car celle-ci s'était retirée volontairement et aurait put la battre n'importe quand, pour peu qu'elle l'ait désiré. Et elle ne s'en apercevait que maintenant, elle qui croyait gagner parce qu'elle était la plus forte. Quelle idiote ! Elle avait tout simplement oublié qu'il s'agissait d'un test ayant pour objectif d'évaluer leurs capacités, et non d'un combat à mort.

Serrant les poings, Hagane se détourna définitivement du chien et de sa maîtresse et se précipita aux côtés de ses alliés. Là, elle aida le Blond à se relever et le laissa s'appuyer sur elle, un bras sur ses épaules. Plaqués contre un mur de l'arène, les deux enfants étaient complètement terrifiés. Eux n'auraient pas eu la moindre chance, pas même face à l'un des chiens gris. La fille aux couettes brunes avait couru vers son petit frère dès la fin du combat et l'avait serré contre elle. Même lorsqu'elle s'était écartée, elle ne l'avait pas lâché, le tenant solidement par la main. Non loin d'eux, la petite fille brune regardait Hagane d'un air mauvais. Contrairement à elle, elle n'avait rien perdu du spectacle, et n'avait pas non plus raté l'inattention de la jeune fille durant la bataille.

Le garçon appuyé sur elle était très pâle, ses cheveux longs partaient dans tous les sens et sa jambe était rouge et gonflée sous le pantalon déchiré. Il ne s'appuyait pas dessus et tremblait violemment lorsqu'il la touchait. Hagane savait qu'il n'aurait pas droit à un traitement de faveur mais elle espéra que ses geôliers daigneraient au moins le soigner.

- Ça va aller ? demanda-t-elle en chuchotant pour ne pas étaler sa culpabilité au grand jour.

- 'Faudra bien, grogna-t-il en réponse.

Une vague de honte empourpra les joues d'Hagane. Si elle avait fait un peu plus attention à eux, ce garçon n'aurait peut-être pas eu à souffrir. Elle se souvint brièvement des longs discours de ses parents à propos du travail d'équipe et du peu d'intérêt qu'elle leur avait porté. À l'époque, elle avait argué que Shun était son rival et certainement pas son équipier. Celui-ci avait été totalement d'accord avec elle, pour une fois. Quant à Takibi, la notion même d'« équipe » lui avait arraché un sourire ironique.

- Je m'appelle Hagane, murmura-t-elle au garçon pour essayer de détourner son attention de la douleur. Tu t'es fait capturer à cause de tes parents déserteurs, toi aussi ?

- Ouais, grimaça-t-il. Ils sont réfugiés au village caché de Suna depuis… avant ma naissance. Les chasseurs de déserteurs ont profité d'une de mes missions pour m'attraper.

- Comment tu t'appelles ?

- Inoji.

- J'ai quatorze ans. Et toi ?

- Pareil.

Elle se tut en voyant leurs geôliers arriver dans leur direction. Inoji fut prit en charge par le sien et Anko la tira par le bras pour l'emmener avec elle. Elle se laissa entraîner à l'extérieur de l'arène, peu désireuse de subir plus longtemps le regard accusateur de la petite fille aux longs cheveux bruns.

oOo

Complètement furieux, Sasuke et Sakura toisaient leurs enfants comme s'ils voulaient les transpercer du regard. Et Shun fixait sa petite sœur d'un air aussi mauvais que possible. Il lui en voulait. Beaucoup. Il était trop tard pour la ramener chez les Uchiha et elle le savait très bien. Derrière elle, Fuji et Kaede ne semblaient pas vraiment perturbés par la colère de leurs parents. Ils avaient même l'air plutôt contents d'eux.

Seul Hinoki paraissait vouloir se trouver ailleurs. Voire plusieurs kilomètres sous terre, vu son expression de bête traquée. Il n'avait sans doute pas souhaité se trouver là, lui, mais ses aînés n'avaient pas dû lui laisser le choix. On ne laisse pas un petit garçon de huit ans livré à lui-même dans une grande maison au milieu d'une immense prairie. Même si c'est pour l'emmener vers un endroit beaucoup plus dangereux. Pauvre gamin. Lui qui n'avait rien demandé.

Entre les parents et les enfants, la dispute avait été brève mais violente. La bataille avait été rude, mais la victoire avait finalement été remportée par les plus jeunes. Du côté des Uzumaki, en revanche, il n'y avait pas eu d'autres échange que celui du regard. Le regard lourd et plein de désapprobation de Shun, et le regard indifférent voilé d'insolence et de dérision de Takibi. Et puis le grand-frère avait finit par laisser tomber. Après tout, ce n'était pas lui qui réussirait en premier à brider l'une de ses sœurs.

Ils avaient voyagé tout le reste de la journée à un rythme désespérément lent, et n'avaient pas avancé autant qu'ils ne l'auraient dû. Seul Fuji avait parût capable de suivre l'allure correctement. C'était à se demander comment ils s'y étaient pris pour les suivre d'aussi près. À présent, la nuit était tombée depuis un petit moment, sur la forêt, et ils avaient dû s'arrêter pour laisser les plus jeunes se reposer. Ils en profitèrent tous pour dormir, et même Takibi était partie se cacher dans un coin pour récupérer tranquillement – elle ne l'aurait avoué pour rien au monde mais c'était un fait. Konoha et ses ennuis étant encore loin, Sasuke et Sakura avaient allumé un feu de camp et n'avaient pas organisé de tours de garde. Shun leur en était gré car il avait horreur de dormir par intermittences.

Quelques heures plus tard, enroulé dans son sac de couchage, il observait ses compagnons de voyage dormir autour du feu, transformé depuis longtemps en un tas de braise. Shun se rappela alors de son père qui lui disait que le sommeil était le meilleur miroir de l'âme, tandis que les yeux ne reflétaient que ce qu'ils voulaient bien laisser voir. Naruto disait parfois des choses étranges, entre deux bouchés de ramens. Des choses terriblement vraies, cependant.

Sakura était recroquevillée comme une petite fille, sous sa couverture, et elle souriait presque. Elle paraissait beaucoup plus jeune que ses trente-deux ans, et tellement innocente que, derrière elle, même sa hache adossée à un tronc d'arbre ne semblait plus aussi effrayante que lorsqu'elle la portait sur son dos. Elle avait l'air heureuse, tout simplement, songea Shun.

Sasuke, lui, n'avait plus une expression aussi sombre qu'à l'accoutumée son visage était presque serein. Quels que soient les fantômes qui le hantaient pendant le jour, ils s'atténuaient vraisemblablement une fois la nuit tombée. Pas assez, cependant, pour faire disparaître totalement les rides d'inquiétudes qui plissaient son visage. Contrairement à sa femme, son expression le vieillissait, et Shun – s'il n'avait pas sût qu'il avait le même âge que ses parents – lui aurait volontiers donné au moins cinq ans de plus.

À côté de lui, Fuji dormait profondément, avec une expression proche de celle de Sakura. À première vue, il ressemblait plus à sa mère, à la fois sur le plan physique et psychologique. Au cours de la journée, il s'était montré très vif, bien que loin d'être aussi bavard qu'elle ne l'avait été. Peu souriant, mais ouvert et enjoué, tout comme elle. Seulement les apparences étaient trompeuses et son bonheur, contrairement à celui de sa mère, n'avait pas encore résisté à l'épreuve du temps. Hagane, malgré son caractère flamboyant et sa détermination, manquait parfois de confiance en elle et possédait au moins autant de compassion qu'Hinata. Cela, en soi, n'était pas forcément une mauvaise chose mais la rendait sujette à de grosses crises de culpabilité, suite à l'un de ses accès de violence inexpliquée, mais qu'elle dissimulait souvent sous un masque de bonne humeur excessive.

Naruto se servait lui aussi de son sourire pour effacer un passé douloureux, mais la culpabilité n'était pas son genre et ne l'avait jamais été. Finalement, Shun était curieux de savoir à qui, de son père ou de sa mère, Fuji ressemblait le plus.

Se retournant afin de trouver une position plus confortable, Shun tomba nez à nez avec Kaede. Tout en écoutant sa respiration lente et profonde, il se dit que son expression à elle était probablement la plus surprenante de toutes. Le visage froid et dédaigneux de la journée s'était envolé, pour laisser place à celui d'une petite fille de douze ans ordinaire. Ses traits s'étaient adoucis, au point de laisser percevoir plus d'émotions qu'il n'en avait encore vu sur elle, lorsqu'elle était éveillée. Celles-ci défilaient sur son visage, suivant docilement le cours de son rêve.

Était-ce parce qu'elle voulait ressembler à son père quel qu'en soit prix qu'elle modelait ainsi son visage ? Pourtant, loin d'imiter la morosité de Sasuke, elle n'en paraissait que plus enfantine, bridant puérilement ses émotions même lorsqu'elle manquait de se casser la figure en trébuchant sur une branche. À ce moment-là, son visage s'était tellement crispé pour ne pas laisser échappé sa peur et sa surprise qu'il en était devenu ridicule. Ce que Shun ne comprenait pas, c'était pourquoi ses parents la laissait faire cette bêtise qui gâchait l'insouciance qu'elle était sensée avoir à son âge. Pire, ils agissaient comme s'ils l'encourageaient dans cette voie insensée.

Derrière Kaede, un peu à l'écart du groupe, se trouvait Hinoki. Son sommeil n'était pas tranquille, et il semblait faire un mauvais rêve. Son visage était agité de tics nerveux, et l'expression craintive qu'il avait habituellement était décuplée de manière effrayante. Shun se demanda ce qu'il avait bien put vivre pour être aussi effacé au sein de sa propre famille.

Pendant un court instant, le visage de Takibi se superposa à celui du petit garçon et il cessa de se poser la question. Elle était plus agressive qu'anxieuse, mais le résultat était le même. Lorsque des parents ne voulaient pas d'un enfant, ils n'étaient souvent ni assez cruels pour l'abandonner, ni assez généreux pour faire au moins semblant de l'aimer. Et il n'y avait rien que les frères et sœurs puissent faire, sinon suivre leur exemple. Mais il espéra sincèrement que cela n'avait pas été le cas pour Hinoki.

Cette famille était loin d'être parfaite. Comme dans la sienne, il existait des non-dits, des complexes et des injustices. Et il préférait ne pas savoir à quel point. Ce n'était pas son problème, et lui-même en avait suffisamment pour ne pas s'inquiéter de ceux des autres.

Il soupira et finit par s'endormir, le sourire d'Hagane lui apparaissant une dernière fois avant qu'il ne sombre dans l'inconscience.

oOo

- Ah, tout de même !

Hagane croisa les bras d'un air nettement désapprobateur en regardant l'homme qu'elle venait d'invectiver. Celui-ci plissa les yeux d'un air menaçant.

- « Tout de même » ? Tu n'as même pas attendu une semaine.

- Je suis au courant, merci, siffla-t-elle. Vous croyez que c'est facile, vous, d'inventer des bobards pendant six jours pour protéger vos cachotteries minables ? Et puis vous auriez pu me prévenir, que vous vous apprêtiez à faire un coup d'état. Ça m'aurait évité les mauvaises surprises !

- Je ne m'apprête pas à faire un coup d'état, répondit son interlocuteur en la toisant férocement. Quant à protéger mes « cachotteries », c'est le moins que tu puisses faire après tout le mal que je me suis donné pour t'emmener voir ta mère.

- Parce que vous vous êtes enfin décidé ? Alors qu'est-ce que vous attendez ? Un jour de plus, comme ça cela fera pile poil deux semaines que je moisis dans cette prison et qu'on puisse fêter ça ? C'est clair que la visite secrète d'une prisonnière à une autre prisonnière, c'est quelque chose d'assez exceptionnel. Et plutôt immoral, de la part de l'honnête citoyen que vous êtes…

Excédé, Hiashi soupira bruyamment, ce qui ne devait pourtant pas être une chose qu'il faisait souvent, du peu qu'elle connaissait de lui.

- Puisque tu parles d'immoralité, ce n'est pas comme si tu étais restée sans rien faire, pendant ces six jours où l'on ne s'est pas vu, fit-il en haussant un sourcil sarcastique. Tu m'avais promis d'être sage et tu as tout simplement massacré l'un de mes collègues lorsqu'il a voulu t'emmener en interrogatoire.

- Ah bon, il voulait m'emmener en interrogatoire ? ironisa Hagane. J'avais pas remarqué, j'étais trop occupée à écouter les insultes qu'il me balançait.

- Tu n'imagines pas tout le travail que tes petites frasques m'ont coûté, lui reprocha-t-il. J'ai dû jouer des pieds et des mains pour t'éviter la punition radicale.

- Et c'est quoi, la « punition radicale » ?

- La mise à mort, très chère.

- Oh, effectivement, c'est radical.

- Cela n'a rien de drôle, dit-il d'une voix sévère. De plus, Ibiki Morino m'a rapporté les conséquences qu'a eut cet incident sur ton psychisme, et j'avoue m'être inquiété pour toi.

- C'est qui, Ibiki Morino ? Le mec bourré de cicatrices qui voulait jouer aux devinettes avec moi ?

- On peut dire cela, oui.

- Eh bien, il s'est fait du mauvais sang pour rien et vous aussi, papy, dit-elle en détournant ostensiblement les yeux. Ma mère est peut-être sensible de nature mais je suis plus costaud qu'elle. Pour ça je tiens de mon père, aucun danger. La preuve : je me suis débrouillée comme une chef, à l'épreuve d'hier. Je suis en pleine forme !

- J'en doute, justement, répliqua Hiashi d'un ton sec.

Hagane ne répondit pas. Elle aurait bien voulu argumenter mais elle ne savait pas elle-même ce qu'elle en pensait. Pour l'instant, elle savait juste qu'elle devait paraître plus forte qu'elle ne l'était en réalité. Et peu importe à quel point elle simulait, pourvu qu'elle ne paraisse pas aussi faible qu'elle ne craignait l'être.

- Bon ! s'exclama-t-elle brusquement. Allons-y, on discutera de génétique plus tard !

Hiashi tourna les talons en grinçant des dents, et Hagane ne se fit pas prier pour le suivre en sautillant joyeusement, un sourire jusqu'aux oreilles. Cet homme était bien son grand-père, aucun doute possible.

Takibi faisait exactement la même tête que lui lorsqu'elle était frustrée !

oOo

Le vieil homme la guida dans un dédalle de couloirs sans fenêtre. Probablement sous terre, à en juger les nombreux escaliers descendants qu'ils avaient emprunté. Il éclairait leur chemin à l'aide d'une bougie, et l'atmosphère provoquée par les ombres et les jeux de lumière sur les murs gris rendit Hagane légèrement mal à l'aise. Elle ne put s'empêcher de frissonner à plusieurs reprises.

Finalement, ils arrivèrent au bout d'un dernier couloir où les attendait une lourde porte de fer, bien plus grande que celle de sa cellule. Hiashi sortit une clé de sa poche, la glissa dans la serrure et la tourna, provoquant un déclic métallique qui résonna longtemps contre les parois de pierre. Hagane s'attendait presque à ce qu'elle s'ouvre en grinçant, mais elle ne produit aucun son lorsqu'elle pivota sur ses gonds. Le vieil homme s'écarta de l'embrasure et lui fit signe d'entrer, sans la regarder. Elle s'avança, le cœur battant si fort qu'elle avait l'impression qu'il cherchait à lui défoncer les côtes.

Derrière la porte se trouvait une salle plongée dans le noir, uniquement éclairée par la lueur de la bougie, dans son dos. La pièce était séparée en deux parties par une épaisse grille de fer, qui montait du sol jusqu'au plafond et touchait les murs des deux côtés. Au-delà de la grille, prisonnière entre trois murs gris et les barreaux épais, une silhouette était assise sur le sol. Une silhouette dont les contours se précisaient au fur et à mesure qu'Hagane s'approchait.

Dignement agenouillée sur la pierre froide, la femme gardait le dos droit et la tête haute. Son kimono blanc était sale, déchiré et tâché de sang à de nombreux endroit. Les yeux clos, elle respirait calmement et ne semblait pas consciente de la présence de ses visiteurs.

Hagane agrippa la grille, la serrant à s'en faire blanchir les phalanges.

- Ma… Maman ?

Hinata entrouvrit alors les paupières et regarda sa fille dans les yeux.

oOo

Au même moment, à des kilomètres de Konoha, et plus précisément dans une vallée perdue au milieu des montagnes, un homme aux cheveux blonds et aux vêtements d'un orange étincelant venait de rentrer chez lui. Chez lui… ou ce qu'il en restait.

Immobile, figé comme une statue de marbre, il avait les mâchoires crispées et les poings serrés en regardant le fossé dans le sol, juste à ses pieds. Ce trou béant qui avait un jour été sa demeure. Sa maison, son foyer.

Il savait, avant même d'avoir commencé ses recherches, que sa vallée était vide depuis longtemps. Il savait qu'il n'y trouverait personne. Ni sa femme, ni ses filles, ni son fils. Seulement des villageois aussi sourds que muets, qui ne consentaient à voir que ce qu'ils voulaient contre des sommes d'argent au montant de leur choix. Il savait également, aussi sûrement que si quelqu'un le lui avait révélé, où se trouvaient ceux qu'on lui avait enlevés en ce moment même.

Ce qu'il ne savait pas, en revanche, c'était s'ils étaient sains et saufs. Ou non.

Mais si ce n'était pas le cas, Konoha paierait cher son affront…

- … Je le jure.

oOo

à suivre…