Hello les gens !
Ça fait un moment que je n'ai pas publié (et même que je ne me suis pas connectée à ) du coup je tiens à m'excuser de ce long silence. Période assez difficile pour moi les mois derniers, mais me revoilà ! :D
La dernière fois je vous ai laissé sur le craquage nerveux de Kili en plein siège zombi. Voyons voir comment ça a évolué tout ça XP
Merci à tous pour vos reviews/pm et à tous ceux qui ont rajouté cette fanfiction dans leurs favoris et/ou leurs alerts ^^
Bonne lecture !
Chapitre 9 : How to kill the deads
Kill
Un léger sursaut, un frisson, un souffle puant sur son visage, voilà ce qui réveilla Kili. Un grondement sourd résonna à ses oreilles. Tout proche. À quelques centimètres à peine.
Il ne bougea pourtant pas, n'ouvrit pas les yeux. Il resta étendu, subissant l'haleine fétide qui lui était soufflée au visage.
- Eddy... bougonna-t-il.
De sa main valide, il repoussa enfin la tête poilue posée juste à côté de la sienne. Mais Ed ne fit rien pour lui faciliter la tâche, se contentant de lui filer un coup de queue mécontent.
- J'ai l'impression qu'un Warg me souffle au visage. Et arrête de me fouetter avec ta queue, moi aussi je suis bloqué ici.
Il savait que le chien ne le comprenait pas. Mais tous les jours c'était la même rengaine et tous les jours il répétait la même chose. Peut-être finirait-il par comprendre...
Tous les jours, la même histoire... Il somnolait toute la journée, Eddy allongé à ses côtés. Et il arrivait toujours un moment où il s'agitait, soupirait, frustré de ne pouvoir sortir.
Cela faisait déjà quatre jours que Kili et lui étaient enfermés là avec les bêtes. Quatre jours qu'ils dormaient côte à côte, se chamaillaient de temps en temps, attendant tous les deux que vienne le soir et qu'Hélène rentre se reposer. Elle passait bien au midi les voir, mais c'était en coup de vent, le temps de leur préparer une petite salade, manger rapidement et s'assurer qu'ils ne manquaient pas d'eau. Le reste de la journée, elle était dehors à travailler la terre et faire ce qui devait être fait.
Même une fois les travaux faits, elle n'avait pas pour autant fini sa journée. Elle revenait, une pelle à la main, pour ramasser les déjections des animaux et vider le seau dont se servait Kili. L'odeur de la salle n'en était pas moins puante et empirait de jours en jours. Rester enfermé ici devenait de plus en plus dur. Mais ils n'avaient pas le choix. Les morts rôdaient encore autour de leur refuge.
Ensuite elle s'occupait des bêtes : elle leur remettait à manger, de l'eau, du foin pour le couchage ou pour manger, elle récupérait les œufs, trayait la vache, s'assurait qu'aucun n'était malade ou blessé.
Et tous les soirs, la dernière chose qu'Hélène faisait avant d'enfin se poser, c'était enfiler sa tenue noire et ressortir aussitôt avec son étrange arme et son arbalète, son masque sur le visage. C'était toujours une vision inquiétante. Toutefois, savoir que cette tenue la protégeait lorsqu'elle affrontait les morts rendait cet accoutrement plus sympathique aux yeux de Kili.
Après que ses larmes se furent taries et qu'il se fut calmé, qu'elle l'eu lâché et s'était écartée, il avait eu beaucoup de mal à la laisser sortir pour aller se battre. Tant bien que mal, elle avait réussi à lui expliquer qu'elle restait perchée sur la muraille, hors d'atteinte. La protection de ses habits n'était qu'une précaution si, dans le pire des cas, elle venait à chuter dans leurs bras en décomposition.
Il soupira à cette pensée. Il attendait qu'elle rentre tous les soirs, inquiet qu'il lui soit arrivé quelque chose. Pas parce qu'il dépendait d'elle, non. Il allait mieux et sentait ses forces revenir, malgré le régime strict qu'il devait suivre. Pas parce qu'elle lui lisait le livre sur les morts tous les soirs. Mais simplement parce qu'il s'était attaché à elle.
Ce n'était pas encore de l'amitié. Plus une considération aimable. Mais il sentait que leur relation se détendait et que les choses allaient en s'améliorant entre eux. Étrangement, sa crise de larmes et de désespoir avait participé à ce renouveau. Elle l'avait consolé. Rien que cela lui avait paru incroyable sur l'instant. Et depuis, elle ne le craignait plus. Elle n'avait plus cet air de souris apeurée devant lui. Elle ne lui parlait pas beaucoup plus pour autant, étant visiblement de nature très timide.
Kili eu un petit sourire en coin. Il préférait largement ça. Sa timidité et le malaise qu'elle générait étaient largement plus supportables et compréhensibles. Surtout que sa solitude forcée n'avait pas dû arranger ses difficultés à sociabiliser. Et puis, elle était beaucoup plus attachante comme ça.
Oui, les choses s'étaient améliorées. Il serait bientôt guéri de ses blessures. Il était à l'abri. Son désespoir s'était allégé depuis qu'il avait lâché prise, bien qu'il essayait de ne pas trop penser à chez lui, à sa famille.
Même cette petite routine qui s'était installée entre Hélène, Eddy et lui avait quelque chose de réconfortant. Bien qu'il avait hâte de sortir d'ici.
Eddy grogna de nouveau à côté de lui. Sentant qu'il ne se rendormirait pas, Kili se redressa sur son séant, assez satisfait de lui-même. Il n'avait plus de vertige en se levant et avait de moins en moins besoin de dormir. Bientôt il serait sur pied.
Ed se remit sur ses pattes et, extrêmement agité, commença à piétiner sur place en le regardant.
- Quoi ? Qu'est-ce que tu veux ?
Il aboya une fois, s'avançant et se reculant, trépignant.
- Tu penses que je vais sortir ? J'aimerais bien, mais je t'ai déjà dit que j'étais bloqué comme toi.
Ed aboya de nouveau. Sous le regard à la fois amusé et curieux du Nain, il fit un tour sur lui-même et couru jusqu'à la couche d'Hélène. Alors qu'il farfouillait dans les couvertures du bout de la truffe, un couinement assez incongru s'en éleva. Aussitôt après, il revint vers Kili, une boule verte dans la gueule. Tout tremblant d'excitation, il la fit couiner de nouveau et la lâcha sur les couettes, le regard plein d'espoirs.
- Tu veux jouer c'est ça ? Lui demanda-t-il en comprenant enfin ce qui lui prenait.
Malgré la barrière de la langue le chien jappa joyeusement. Un immense sourire s'étira sur le visage de Kili. Un sourire enfantin et espiègle. C'était la première fois qu'il voyait une boule comme celle-là, mais entre ça et un bâton, le jeu restait le même. Il prit un instant pour examiner l'objet. La surface était lisse sous ses doigts, un peu baveuse. Le plus surprenant restait la facilité avec laquelle Kili la pressa d'une main et le bruit qui en résultat. La matière dont elle était faite était incroyablement souple et reprit sa forme originale lorsqu'il la relâcha. Il en resta pantois. Même un objet en apparence aussi simple qu'une boule devenait très complexe et nouveau dans ce monde...
Un jappement impatient le tira de sa contemplation. Le sourire de retour sur son visage, Kili se tourna vers Eddy, avant de la lancer de son bras valide.
Aussitôt, Ed partit comme une flèche... mais rata complètement l'objectif, partant trop loin et dérapant en voyant la boule atterrir derrière lui. Il fit un bond pour essayer de l'attraper au rebond mais sauta trop haut, ses mâchoires se refermant sur le vide.
Toujours assis sur sa couche, Kili éclata de rire en le voyant avoir autant de mal pour simplement attraper la boule. Il se demanda si le chien n'avait pas un trop plein d'énergie à évacuer ou s'il ne le faisait pas exprès.
Réussissant enfin à l'attraper alors qu'elle roulait paresseusement sur le sol, Eddy revient tout fier et relâcha de nouveau la boule devant lui, impatient. Sans se faire prier, Kili rentra aussitôt dans son jeu.
Pas qu'il s'ennuyait et qu'Hélène fut aussi drôle qu'une poignée de porte mais, par Mahal, si ! Il avait besoin de s'amuser un peu, de recommencer à bouger, de se changer les idées ! Simplement jouer à "va chercher", c'était déjà beaucoup après tout ce temps !
Dans ce lieu clos et sans lumière naturelle, il était impossible de voir le temps passer et savoir quelle heure il était. Kili aurait bien était incapable de dire combien de temps dura leur jeu, combien de fois il avait lancé la boule. Suffisamment en tout cas pour que son bras droit commence à fatiguer. Après un instant d'hésitation et alors qu'Eddy lui ramenait une énième fois la boule et trépignait devant lui, il la ramassa de sa main gauche. Il sentit l'extension de son bras tirer sur les muscles et la peau autour de la blessure. La suture qui avait sauté quelques jours avant était le seul endroit pas encore cicatrisé de la plaie. Mais dans l'ensemble son bras ne le faisait plus trop souffrir, alors autant essayer...
La porte s'ouvrit avant qu'il n'ait levé la main pour jeter la boule. Aussitôt, il profita du bref instant dont avait besoin Hélène pour s'habituer à la pénombre et la fit passer dans sa main droite. La porte se referma et la silhouette squelettique et familière entra dans la lumière bleue.
Eddy et Kili s'étaient arrêtés de jouer et la contemplaient, tous les deux assis. Elle les considéra avec un sourcil levé avant d'aviser la boule verte entre ses doigts et le souffle haletant de son chien. Un sourire timide et fatigué fleurit sur son visage trop maigre.
- Vous jouez à balle ? Dit-elle d'une voix étrangement forte avant de retirer les drôles de bouchons qu'elle se mettait dans les oreilles.
Il jeta un petit regard à l'objet qu'il tenait, avant de relever les yeux vers elle, son sourire enfantin et amusé toujours sur les lèvres. Elle parut de nouveau mal à l'aise, voire gênée, et se détourna pour ramasser une serviette et essuyer la sueur qui coulait le long de ses os apparents. Kili ne s'en formalisa pas. Sa timidité la rendait presque mignonne malgré son allure horrifiante.
- Il est venu me le demander, je ne pouvais pas refuser, répondit-il espiègle.
Elle ne se retourna pas vers lui pour le regarder, continuant à s'activer comme si elle ne l'avait pas entendu. Puis, alors qu'elle prenait la pelle pour s'occuper de nettoyer la salle, elle lui envoya tout de même un regard en coin.
- Merci. Il... a besoin sport. J'ai trop fatigué pour.
C'était un euphémisme. Les cernes qui lui creusaient le dessous des yeux étaient-elles que même cent ans de sommeil ininterrompu ne pourraient les effacer. Elle ne semblait pas fatiguée mais tout bonnement exténuée !
- Si je peux faire quoique ce soit, dit-il en tendant la main vers la béquille juste à portée de main.
- Non. Vous avez à reposer, dit-elle tout en creusant la litière et en remplissant le seau de bouse de vache.
- Mais je veux vous aider...
Elle secoua la tête sans même le regarder.
- Vous reposez. Après vous travaillez quand vous êtes mieux.
- Je peux au moins venir voir comment... vous faites avec les morts ? Demanda-t-il d'une voix de plus en plus penaude.
Elle s'arrêta de retourner le fumier, toujours dos à lui.
- S'il vous plaît...
Aulë ! Voilà qu'il prenait sa voix de gamin triste qu'il utilisait pour avoir tout ce qu'il voulait des autres Nains. Avec Thorin, Fili, voire même Bilbo... mais pas avec elle enfin ! À quoi allait-elle penser en l'entendant bouder et implorer comme ça ? Il devait être fort et prouver qu'elle pouvait compter sur lui. Pas agir comme un enfant gâté, surtout pas après avoir craqué dans ses bras. Il en avait besoin et lui était reconnaissant de l'avoir fait. Il se sentait un peu mieux depuis... mais il ne devait pas lui montrer de nouvelles faiblesses. Après tout, il était un jeune Nain fort et fier ! Un descendant de Durin, héritier du grand Thorin Oakenshield ! Et elle, une pauvre jeune fille seule et épuisée. Fragile. Il était de son devoir d'homme et de prince de la soutenir et de la protéger !
Lentement, elle fit volte-face. Et voilà, elle devait le prendre pour un bébé et ne voudrait pas qu'elle l'accompagne...
Pourtant, quand il put voir son visage, il put y lire de l'embarras.
- Mais... pas de tenue pour vous protéger... répliqua-t-elle, semblant désolée et indécise.
- Je ne tomberai pas ! Répondit-il de nouveau fier et légèrement vexé.
Elle porta son regard sur la béquille qu'il avait toujours à la main puis sur sa jambe. L'essai qu'il avait fait la veille pour marcher dessus n'avait pas été très convaincant malgré ses efforts.
- Non, conclut-elle, plus sûre.
Par le marteau et l'enclume ! Il était persuadé qu'il aurait pu la convaincre ! Déçu et vexé, il ne put s'empêcher de faire la moue. Il voulait sortir. Et surtout, il voulait voir les morts. Grâce aux lectures qu'Hélène lui faisait le soir, il connaissait un peu plus son ennemi. Mais il avait encore besoin de le voir de plus près et d'apprendre comment s'en débarrasser !
Hélène sortit pour vider le seau et revint quelques minutes plus tard. Elle travailla en silence pendant que Kili caressait distraitement la tête d'Eddy. Lorsqu'elle repassa à leur niveau, elle s'arrêta un bref moment. D'un air las et désillusionné, elle souffla :
- Dans une semaine, il y a des morts encore. Reposez.
Hell
J'avais beau essayer, je n'arrivais pas à m'habituer à ce silence étouffé. En plus des boules Quies, j'enfilais toujours un casque anti-son pour m'isoler un peu plus des hurlements et des lamentations des zombies. Même si ce silence finirait à la longue par me rendre folle, ce ne serait jamais aussi rapide que ce chant aliénant.
Ce mutisme forcé du monde qui m'entourait était aberrant au point que mon cerveau cherchait à remplir mes oreilles d'un vacarme inexistant. J'en venais même à apprécier les bavardages de Kili et les moments où je pouvais entendre ma propre voix quand je répondais à ses questions ou quand je lui faisais la lecture.
D'ailleurs, il ne me restait plus que deux choses à faire avant de rentrer définitivement me poser. Malgré les jours qui commençaient à raccourcir, j'avais réussi à faire tout ce qui devait être fait avant que la nuit ne tombe. Avec ce siège de morts-vivants, j'avais dû totalement changer mon emploi du temps et mon organisation. Tout caser avant le crépuscule avait demandé un bon coup de booste. Mais ça me laissait du temps pour bien tout préparer.
Je me dépêchai de retourner au home-cinéma, retirant déjà le casque et le laissant prendre à mon cou. Je ne retirai les boules Quies qu'une fois les portes insonorisées fermées derrière moi. Dès lors que l'éblouissement de l'extérieur fut passé, je découvris Eddy et Kili en train de se chamailler et de se battre pour la balle, complètement empêtrés dans les couvertures.
Je restai un moment silencieuse à les regarder. Ça me faisait plaisir de voir cette scène. Lors du dernier siège, Eddy était resté trois semaines enfermé à s'ennuyer et dépérir. Le seul jeu qu'il avait, c'était rassembler et surveiller les poules. Là, chaque jour, je le retrouvais tout foufou après avoir passé l'après-midi à jouer. Quant à Kili, même si je ne pouvais m'empêcher de grimacer en le voyant s'agiter et tirer sur ses blessures, j'étais contente de voir qu'il arrivait à bouger de mieux en mieux. Même s'il devait encore s'aider de sa béquille, il marchait plus facilement. Ses mouvements ne le faisaient plus souffrir comme avant.
Le plus bizarre dans tout ça, c'était que je n'en avais plus peur. Attention, je n'avais pas pour autant confiance en lui ! Mais... comment dire... il n'était au final pas aussi menaçant que je ne l'avais imaginé. Le plus dangereux chez lui, c'était sa bouille d'enfant et ses yeux de chien battu. S'il n'avait pas cette arme si terrible, sans doute n'aurais-je pas cédé aussi vite.
- Hélène ! Appela Kili en m'apercevant.
Je lui répondis brièvement avant de me détourner pour prendre de quoi ramasser les excréments.
- Vous êtes en avance aujourd'hui non ? L'après-midi m'a paru moins long.
J'eu envie de lui répondre que le fait qu'ils jouaient ensemble Eddy et lui faisait passer le temps plus vite. Mais je m'en abstins et descendis dans la fosse. Je caressai tendrement Marguerite lorsqu'elle tendit son gros museau doux et chaud vers moi. Elle n'aimait pas être là, mais elle était déjà plus détendue. L'effet du cri du zombi s'était dissipé. En revanche, lorsque je me penchais pour voir ses pis, je les découvris anormalement plats. À cette heure, ils auraient dû être gonflés de lait !
- Je l'ai traite tout à l'heure. Elle avait l'air gêné, je me suis dit qu'il valait mieux le faire rapidement.
Dubitative, je me tournai vers Kili, qui affichait un petit sourire mi contrit mi espiègle, ne sachant trop s'il avait bien fait ou non.
- Vous... savez faire ?
- Oui, j'ai appris étant petit. Je préférai les animaux à la forge, du coup je passai beaucoup de temps avec les éleveurs. On boit plus du lait de chèvre que de vache, mais ça reste la même technique pour traire.
J'en restai comme deux ronds de flan. Je ne l'aurais pas cru l'esprit fermier. Enfin... je pouvais difficilement me fier à ce que je pensais comprendre et savoir de lui. Nous n'avions pas vraiment fait la discussion hormis sur les morts. Et c'était même la première fois qu'il me parlait de sa vie en dehors de son oncle et de son frère.
D'un côté, et ironiquement parlant, ça faisait presque sens. Je l'avais découvert habillé comme un guerrier sorti d'un film médiéval, il ne semblait absolument pas connaître les objets du quotidien les plus simples et m'avait même posé des questions sur comment les lampes fonctionnaient sans faire de flamme. Qu'il connaissait un truc de paysan moyenâgeux était normal si on partait de l'idée qu'il sortait de son château. Ou de Blanche-Neige et les sept nains avec son idée fixe qu'il aurait dû être plus petit qu'il ne l'était. Un nain. Pourquoi pas un Elfe de World of Warcraft pendant qu'on y était ? Il n'avait même pas de barbe en plus, hormis un tapis de trois jours.
Tiens, bizarre ça d'ailleurs… je ne lui avais rien donné pour se raser. Comment il faisait pour garder sa barbe de trois jours dans le même état alors qu'il était là depuis presque trois semaines ?
- Je... n'aurais pas dû ? Demanda la voix penaude de Kili.
Je le regardai et me retrouvai de nouveau désarmée par sa bouille de bambin croyant avoir fait une bêtise. Nom de Dieu, cet homme avait quel âge pour réussir à avoir l'air d'un gamin malgré sa légère pilosité faciale ?
- Heu si... merci, dis-je bêtement avant de me remettre au travail.
Comme d'ordinaire, je nettoyai les clapiers et le poulailler improvisé, ramassai le fumier, la paille souillée, vidai le pot de chambre qui empestait. Je fis plusieurs allers-retours sous les yeux d'Eddy et Kili. L'un voulait m'accompagner dehors... l'autre aussi. Mais tous les deux pour des raisons différentes. Je tâchai de les ignorer et continuai.
Mais lorsque j'eu fini mon dernier aller à l'extérieur pour tout vider sur le tas de compost, je ne les rejoignis pas pour me changer. Non, je rentrai dans l'aile ouest et montai au premier étage. Là, j'hésitai entre la porte du dressing et celle de la chambre-armurerie. J'avais un doute. Avais-je gardé ce que je cherchais ou m'en étais-je débarrassée à la mort de papa ? Non peu probable. Même si sur le moment tout garder avait été douloureux et même si alors je ne pensais jamais m'en servir, j'avais dû le garder. Dans le simple doute, parce que j'aurais toujours pu en avoir besoin. La preuve, je voulais remettre la main dessus aujourd'hui. Mais où l'avais-je rangé ? Ma propre combinaison étant dans le dressing, je choisis cette option.
Il me fallut un instant de réflexion avant que je ne fouille les cartons laissés dans un coin. Mais finalement, j'eu raison, car je trouvai dans deux d'entre eux des pantalons et des vestes de paint-ball de différentes tailles. En me basant sur ce que portait autrefois mon père, j'en pris un de chaque, une taille en dessous. J'attrapai en plus un masque intégral, une cagoule, des gants, une écharpe et pris deux paires de Rangers de différentes pointures. Et bien sûr des boules Quies en rab.
Je revins au home-cinéma les bras chargés. Lorsque je déposai tout à terre, Eddy bondit sur ses pattes et vint me sauter dessus.
- Eddy, non, couché ! Dis-je en français, sans pouvoir retenir un petit rire.
Finalement, je me mis à genou et le laissai me lécher le cou et les mains.
- Oui mon tout beau, t'as bien compris. C'est bon t'es content ? Ris-je en le caressant énergiquement.
Il aboya joyeusement avant d'aller tourner frénétiquement autour de Kili. Celui-ci d'ailleurs n'avait pas compris et nous regardait d'un air incertain. Il se mit lentement debout, prenant appui sur sa béquille.
- Qu'est-ce que c'est ? Interrogea-t-il, plein de curiosité et d'un espoir hésitant.
- Vous sortez pas sans protection.
Tout en disant cela j'étalai devant moi le pantalon, la veste et tout le reste. Il les observa un moment, avant que son regard ne file aussitôt sur ma propre tenue. Timidement, j'hochai la tête pour lui faire comprendre que c'était bien ce qu'il croyait.
- Vous me laissez venir voir comment tuer les morts-vivants ? Demanda-t-il malgré tout pour avoir confirmation.
Il devait avoir peur de s'être fait de faux espoirs et d'être déçu si ce n'était pas ça. Aussi acquiesçai-je de nouveau en silence.
En une seconde son visage s'éclaira comme si un rayon de soleil s'y était posé.
- Merci ! Merci beaucoup ! S'exclama-t-il en s'approchant hâtivement.
Je l'arrêtai tout de suite dans son élan en levant une main et en essayant d'adopter une mine grave.
- Attendez avant de dire merci. Vous savez pas encore ce que c'est.
Je ne sais si ce fut mon ton ou mon regard, aussitôt il se calma. Et je vis passer sur son visage quelque chose que je n'y avais encore jamais vu. J'avais déjà aperçu la tristesse et le désespoir, la peur, l'inquiétude, la méfiance, la joie et le soulagement, mais jamais ce masque dur et d'une ironie douloureuse. Même ses yeux s'étaient assombris. Je ressenti un élan de peur devant ce visage nouveau.
Tu vois, je te l'avais dit qu'il était dangereux, persifla la petite voix, sautant tout de suite sur l'aubaine. Regarde bien cette face de lui qu'il ne t'a encore jamais montrée. C'est celle d'un soldat, d'un tueur. À ton avis, pourquoi était-il armé et blessé ? Pourquoi portait-il une armure ? Ce n'est pas une tenue pour échapper à la poigne des zombies. Pas plus que son épée n'est faite pour leur perforer le crâne. Non, son équipement est fait pour se battre contre des êtres vivants. Des humains.
Pour une fois, depuis presque une semaine, j'avais envie de l'écouter. Ses mots résonnèrent en moi comme un glas alarmant. Je le savais pourtant. Je m'étais déjà faite cette réflexion plusieurs fois depuis qu'il était là. Mais... Là...
Son visage s'adoucit soudain et il leva sa main libre en un geste de paix, même si son expression restait froidement sérieuse. À côté de lui, Eddy grondait doucement en me regardant de son air inquiet et mécontent.
- Désolé, dit-il d'un ton d'excuse avec un petit sourire rassurant, ses yeux glissant le long de mon bras.
Bras que je découvris tendu, main posée sur mon arbalète. J'eu un sursaut en m'écartant aussitôt de mon arme. Je n'avais même pas eu conscience d'avoir bougé. Je n'avais même pas voulu...
Me reculant encore, je fermai les yeux et me cognai la tête de mes deux poings. Dents serrées, je chantonnai Le monde est stone, jusqu'à ce que la petite voix reflue et se taise. La garce, elle avait bien profité de ce petit moment d'inattention de ma part.
Lorsque je me sentis de nouveau maître de moi-même, je relevai la tête et mine de rien, me repenchai sur le matériel pour le lui présenter.
- Désolé, répéta-t-il, désormais assis de l'autre côté des habits. Je ne voulais pas vous faire peur. C'est juste que... j'ai déjà vu beaucoup de choses aussi sales que les morts qui marchent. Peut-être pas aussi effrayantes mais...
L'entendre parler comme il s'efforçait de le faire depuis deux semaines, lentement et avec des mots simples, me rassura un peu plus. Le voir faire des efforts pour que je le comprenne me touchait d'une certaine façon.
Et même s'il voyait bien que quelque chose clochait quand la petite voix tentait sa chance, il n'en parlait pas. Ne posait pas de question. Pour ça, je lui étais reconnaissante. La petite voix aurait sans doute horreur qu'il sache qu'elle était là et aurais crié très fort pour me pousser à faire quelque chose que je ne voulais pas...
- C'est rien... soufflai-je simplement sans le regarder.
Un petit silence s'installa entre nous pendant qu'Eddy et lui m'observaient étaler inutilement les habits et les épousseter.
- Pourquoi maintenant ? Demanda-t-il finalement.
- Vous avez entendu lire le livre. Vous savez comment on fait.
En effet, dans la lecture du Guide de survie en territoire zombi, nous avions dépassé les parties concernant la survie et le combat. Nous avions vu les armes et les protections à utiliser ou à éviter. Je pensais, en retrouvant un peu plus d'aisance dans la lecture, aller plus vite. Mais il m'avait posé tellement de questions difficiles sur ce qu'était une tenue de plongée, une tronçonneuse, un cocktail Molotov, une arme à feu, que j'avais perdu un temps fou en explications laborieuses. J'avais apporté en plus du livre un dico en anglais pour lui lire la définition des mots et essayer de lui faire comprendre, en plus de lui montrer certains objets.
J'en étais même arrivée à ouvrir une cartouche de fusil à pompe, vider la poudre à canon dans une coupelle et y jeter une allumette, pour qu'il comprenne le fonctionnement d'un pistolet ou d'un fusil, et même de la dynamite. Il avait été extrêmement impressionné et même un brin effrayé lors de la démonstration.
- Et vous êtes plus en forme, conclus-je.
Il eut un petit sourire ravi qui vint dérider un peu son visage. C'était à la fois curieux et flippant de le voir comme ça, c'était tellement différent de d'habitude... Il écoutait attentivement ce que je lui disais, semblant garder ses questions pour la fin des explications. J'avais vraiment l'impression d'avoir un guerrier devant moi et de le briefer pour une mission.
Dire qu'il allait rapidement perde son sourire...
- Pour sortir, vous devez porter tout ça.
Il acquiesça en jetant un coup d'œil à chaque morceau d'équipement.
- Pour les cris, il faut se... fermer les oreilles.
Je mimais le fait de me boucher les oreilles de mes doigts pour bien lui faire comprendre.
- Pas possible de parler. Tout maintenant et après silence.
Il hocha de nouveau la tête.
- On ferme avec ça, expliquai-je en montrant les boules Quies. Je montre après comment. Aujourd'hui, je fais, vous regardez. Je lève la main, vous arrêtez de marcher. Je vais en arrière vous aussi. Je me baisse, vous aussi. Et ne...
Je fis le mouvement de me pencher en avant comme si je voulais regarder au-delà d'un obstacle.
- ... trop sur le mur pour voir les morts. Si vous fatigué, vous rentrez, je suis. Et je sors encore après sans vous. Vous forcez pas.
Il sourit de nouveau pour m'assurer qu'il avait bien entendu et enregistré ce que je lui avais dit. Je soupirai, un peu mal à l'aise et angoissée à l'idée de ce que je faisais.
- Questions ?
- Oui. Qu'est-ce que vous utilisez pour les tuer depuis le mur ?
Cette question, je m'y attendais. Je pris ma serfouette d'une main, l'arbalète de l'autre.
- Ça pour sous le mur, dis-je en montrant l'outil de jardinage avant de soulever l'arbalète. Ça pour plus loin.
Il fronça les sourcils en considérant la serfouette et il réfléchit un instant.
- Une fourche ou une pique ne serait pas mieux pour ceux contre le mur ? Demanda-t-il au final.
- Tout à l'heure, élucidai-je.
Il était vrai que sa question était censée. C'était le plus simple. On piquait le crâne par le haut en profitant du poids de l'arme et on passait au suivant. Mais me débarrasser des morts de façon... industrielle me rendait malade. Je n'arrivai pas à finir le travail, trop dégoûtée au bout d'un moment. Aussi, j'avais élaboré une méthode moins... disons plus... comment dire... distrayante.
- Autre chose ?
Il secoua la tête. Je m'écartai et lui tournai le dos pour moi-même m'équiper. J'eu rapidement fini et quand je jetai un coup d'œil par-dessus mon épaule pour voir où il en était, je ne sus si je devais m'y attendre ou être surprise. Après tout, il était blessé, ça ne l'aidait pas. Mais surtout, il ne voyait absolument pas comment fermer sa veste et son pantalon. Déjà, ils semblaient à la bonne taille, pareille pour une des paires des Rangers.
Je lui vins en aide. Bien sûr je ne le touchai pas et ne lui fermai pas sa braguette, mais je lui montrai sur ma propre veste comment fonctionnait une fermeture éclair. Il eut encore quelques difficultés mais parvint finalement à se débrouiller.
- J'ai chaud, dit-il, le front perlant déjà de sueurs.
- Je sais. Pas fini.
Je lui montrai ensuite comment mettre les boules Quies dans ses oreilles. Il n'apprécia pas le contact vu la grimace qu'il tira mais ne dit rien. Il n'aima pas plus le silence étouffé que les bouchons lui procuraient. Je le vis secouer la tête, la pencher d'un côté et d'un autre, avant de tendre la main vers ses oreilles. Je la lui giflai en faisant les gros yeux, et il comprit qu'il n'avait pas intérêt à les enlever ou ne serait-ce qu'à y toucher.
Il m'imita ensuite lorsque j'enfilai ma cagoule, prenant bien soin de passer le bas dans le col de la veste, avant de couvrir le tout de l'écharpe. Je vérifiai bien qu'aucune extrémité ne pendait et que toutes deux étaient bien enfouies sous les pans de tissus. Puis enfin je l'aidai à placer son masque sur son visage et à l'ajuster.
Une fois fait, je mis enfin le mien, pris mes armes, et lui fis signe de me suivre. Le jour dehors avait décliné. L'air se faisait un peu plus frais et les ombres s'étendaient. Il nous restait quand même assez de lumière pour ne rien manquer autour de nous.
Derrière moi, Kili avançait lentement et maladroitement, mal à l'aise et dérangé dans ses mouvements par sa tenue. Il faudrait qu'il s'y habitue. Ça viendrait avec le temps.
Lentement, veillant à ce qu'il ne glisse pas, je le guidai jusqu'à l'escalier. Dès que nous fûmes au pied des marches, je le vis plisser le nez et avoir un mouvement de recul face à l'odeur. Et encore, j'avais un peu parfumé de lavande nos cagoules. Je lui fis signe d'avancer et le laissai monter devant moi, histoire de le retenir s'il tombait. Dès que nous fûmes sur la muraille, nous fûmes frappés de plein fouet par la puanteur mortuaire des cadavres en putréfaction avancé.
En m'avançant sur le mur, je vis qu'il y avait un petit troupeau regroupé un peu plus loin, s'agglutinant contre la pierre. S'il n'y avait eu qu'eux, la pestilence aurait déjà été dure à supporter. Il n'y avait plus de peau sur leurs muscles à nu et pourrissant. La plupart étaient manchots ou unijambistes. Certains se traînaient à terre, incapables de tenir debout. Le soleil brûlant de la journée avait frappé leur corps en décomposition de sa chaleur, exacerbant l'odeur qui en émanait. Et pourtant, eux étaient encore "en vie", protégés et préservés par le virus.
Oui, s'il n'y avait eu qu'eux, l'air aurait pu être au mieux supportable. Avec les quelques dizaines de cadavres inertes qui s'empilaient depuis que l'invasion avait commencé, c'était tout simplement inhumain. Eux n'étaient plus en partie protégés de la chaleur et leur état de décomposition s'était considérablement accéléré. Sans parler de la cervelle poisseuse qui coulait de leurs tempes défoncées. J'avais beau y être habituée... C'était toujours un enfer. Et c'était pour cela que je ne cherchais même pas à boucher les oreilles d'Eddy pour qu'il m'accompagne. Son odorat n'aurait rien pu faire pour m'aider, il aurait juste souffert.
Inquiète, je me tournai vers Kili. Il semblait ébranlé par l'horreur de la vision et de la senteur, mais il résistait surprenamment bien. Je ne me faisais pas d'allusion, il prenait sur lui. Mais son calme composé et sa concentration me surprirent une fois de plus.
Je me recentrai sur mon travail et avançai vers les Marcheurs. Aussitôt qu'ils eurent perçu le mouvement, ils convergèrent vers nous. Leurs bouches s'ouvraient sur des cris dont nous étions protégés, et se refermaient dans un claquement muet. Même ceux qui avaient perdu leur mâchoire du bas tentaient de produire ce geste.
Je les laissai venir jusqu'à un espace dégagé de toute charogne, fis signe à Kili de s'arrêter et attendis. Lorsqu'ils furent bien devant nous, je pris mon arbalète et commençai par viser la tête de ceux étendus à terre. Même si les autres bougeaient tout autour, il valait mieux que je m'en occupe avant qu'ils ne soient ensevelis sous les cadavres de leurs copains. Ça me prenait un peu de temps à chaque fois. Je ne me hâtai pas pour ne pas gâcher de carreau. Je me positionnais, choisissais ma cible, respirais, m'immobilisais en retenant mon souffle, et tirais dès qu'une ouverte correcte se présentait.
J'en enchainai ainsi trois, avant de poser mon arbalète et de prendre ma serfouette en main. Avec un petit coup d'œil en direction de Kili pour vérifier que tout allait bien de ce côté, je me décalai jusqu'à l'extrémité droite du groupe, laissai descendre mon outil au niveau d'une tête et plaçai mes mains sur le manche comme s'il s'agissait d'un club de golf. Me penchant un peu en avant et plaçant bien mes pieds, j'élevai l'arme et frappai la tête comme si je voulais la faire rentrer dans un trou un peu plus loin.
À l'instant où j'abattais ma serfouette, le zombi tourna son visage vers le mouvement. Je n'entendis pas le bruit que fit son crâne en cédant, ni la succion de son cerveau quand je fis ressortir les deux piques de son front, mais je les sentis à travers le manche en bois. Un sang noir, épais et mort maculait l'acier et s'écoula en grumeaux de la plaie. J'ignorai ces détails et me concentrai déjà sur la tête suivante, comme si j'analysais ma prochaine balle et le coup à appliquer pour qu'elle aille dans le trou.
Le muret et la hauteur sous nos pieds rendaient le swing compliqué et je ne devais pas vraiment ressembler à une golfeuse dans ma posture. Sans parler de ma tenue et de mon équipement de sport. Mais l'idée était là et c'était ce qui m'aidait à tenir le coup et à faire ce que j'avais à faire. Après tout, je n'arrivais pas à en vouloir à ces pauvres créatures qui n'avaient rien choisi, qui étaient elles aussi des victimes. J'en faisais mon parcours de golf chaque fois que je me retrouvai en état de siège.
Mais arrivait toujours un moment où quelque chose me ramenait à la dure réalité de ma tâche. Comme cet autre mort-vivant qui se tourna vers la serfouette au moment où elle l'atteignait. Je réprimai un frisson de dégoût en voyant les pics s'enfoncer dans ses orbites et lui crever les yeux. De l'un d'eux, le plus pourri, un liquide aussi écœurant que du pus en gicla. C'était d'un blanc laiteux jaunâtre. C'était l'humeur putréfiée de l'œil.
Mais le pire fut le globe oculaire qui resta planté sur mon arme. D'un mouvement brusque, je tentai de l'envoyer au loin. Mais je dus me résoudre à le retirer à la main. Même à travers mes gants, je sentis l'aspect flasque et gluant de ce truc immonde.
Dès que j'en eu fini avec eux et que j'eu longtemps vérifié qu'aucun ne bougeait encore, je me redressai vers Kili. Je ne voyais que ses yeux impassibles et il me fit signe que tout allait bien. Je restai un instant à le fixer avant de reprendre ma tâche.
Nous continuâmes de faire le tour de la muraille. Nous trouvâmes plusieurs nids de goules répartis en différents endroits. À chaque fois la même méthode. Je lâchai un carreau d'arbalète en plus sur un zombi éloigné qui s'approchait en rampant sur la route. Il y en avait encore un autre à distance et qui avançait lentement. Celui-là, je ne l'abattis pas. Il était dans le champ de blé. Je ne voulais pas prendre le risque de contaminer la terre. Je m'en occuperais le lendemain.
Lorsqu'enfin le tour fut fini, nous fîmes demi-tour et revînmes sur nos pas, en direction de l'escalier. J'en profitai comme chaque fois pour m'assurer qu'aucun tas ne bougeait, qu'aucun mort n'avait survécu. Tout était immobile. Et bientôt je devrais changer de technique. La place commençait à manquer le long de la muraille. Je ne pourrais plus attirer les Marcheurs dans un coin pour les éliminer en tas s'il continuait à en sortir autant chaque jour. Aujourd'hui, j'en avais tué une quinzaine. Deux de moins que la veille, cinq de moins que le jour encore avant. Peut-être commençait-on à en voir le bout. Je préférai ne pas trop y croire. Il pouvait toujours y avoir une recrudescence.
Je jetai fréquemment des coups d'œil par-dessus mon épaule. Kili suivait toujours. Mais il pesait un peu plus sur sa béquille, son regard s'était troublé, perdu dans le vague. À la buée qui se condensait sur ses verres, je compris qu'il hyper-ventilait. Mais je ne m'arrêtai pas. Pas sur le mur, pas en extérieur.
Ce ne fut qu'une fois que nous fûmes dans le hall qui séparait l'aile ouest de l'aile sud que je stoppai ma marche. Comme je m'y attendais, c'était le signal qu'il espérait voir arriver. Aussitôt, il arracha son masque et sa cagoule de son visage et se plia en deux, vomissant une bile verte sur le marbre blanc. Je l'aidai à s'agenouiller, me mettant moi-même à son niveau. Je retirai mes gants poisseux et d'une main vint retenir ses longs cheveux sur sa nuque. De l'autre je lui frottai le dos. En silence. Nous avions encore tous deux nos boules Quies.
Il eut encore plusieurs haut-le-cœur et je le laissai évacuer le peu qui lui restait dans l'estomac. Même si je ne pensais pas qu'il tiendrait si longtemps et surtout qu'il attendrait que je lui fasse signe qu'il pouvait céder, je savais qu'il risquait d'être malade après ça. La vue était déjà dure, même pour des mordus de gore et d'horreur ou des habitués de la guerre. Alors si l'on y rajoutait l'odeur insoutenable... Je nettoierai plus tard.
Lorsqu'il eut fini, il tremblait et était maladivement pâle. Je lui fis signe de se remettre debout, l'aidai à reprendre appui sur sa béquille et, après une hésitation, me glissai sous son bras blessé pour le soutenir et le guider jusqu'au home-cinéma.
Dès qu'il fut assis contre le mur, je retirai moi-même mon masque et ma cagoule, avant de lui montrer qu'on pouvait enlever les bouchons d'oreille. Il ne se fit pas prier, pendant que j'ouvrais sa veste trempée de sueur pour le rafraîchir. Il n'avait pas l'air frais le pauvre. Pendant qu'il respirait profondément pour se calmer, je lui servi un verre d'eau et approchai un seau pour qu'il se rince la bouche. Il se gargarisa trois fois avant de redemander un autre verre et de le vider d'une traite.
Eddy vint nous voir, inquiet, mais fit marche arrière devant l'odeur de charogne et de vomi qui flottait autour de nous.
- Ça va ?
Il hocha la tête mais je voyais bien que non.
- Vous devez reposer. Changez-vous et restez. Je vais chercher l'eau pour vous laver et vais cuisiner.
- Je... je ne pense pas que je pourrais... manger.
- Vous devez. Pour avoir des forces.
Je me levai et commençai à me déharnacher.
- Vous... vous doutiez que... souffla-t-il d'une voix faible.
- Que vous être malade après ça ? Oui. Pour ça que j'attendais. Il faut être en forme pour ça.
Il eut un moment de doute avant de comprendre malgré ma mauvaise formulation et acquiesça. Il se débarrassa lui aussi de sa tenue. Je la ramassai en plus de la mienne, remis mes bouchons d'oreille et mon casque anti-son et sortis pour tout mettre à aérer et pour nettoyer ce qui devait l'être.
Quant au repas... je pensais que c'était un bon jour pour tuer un lapin. Je le ferai cuire au four avec des pommes de terre. Kili n'avait pas mangé de viande depuis qu'il était là. Au mieux, du lait et des œufs. Là, il lui fallait quelque chose d'un peu spécial pour se remettre de l'expérience, retrouver des forces et surtout l'appétit.
Voili voilou voilà ! J'espère qu'après cette coupure, ce chapitre vous a bien remis en selle :P
Alors, ce siège est à la hauteur de vos attentes ? J'ai rajouté quelques petits passages glauques pour toi NVJM. Y a pas beaucoup mais c'est déjà pas mal, non ? ^^
Qu'est-ce que vous pensez de la progression entre Hélène et Kili ?
Réponses à la review guest !
Waina : Hello ! T'inquiètes pas, va à ton rythme et review quand tu le sens ;) Contente qu'ils te plaisent ! Après deux ans de solitude, ouais ça doit faire tout bizarre ! Peu importe quand il aurait atterri, il aurait eu droit à un accueil de ce genre XP Merci pour ta review et à la prochaine ! ^^
