Bonjour, je tenais à présenter mes excuses pour l'interminable attente… Mais, entre les cours, les partiels et les à-côtés, je n'ai hélas pas eu beaucoup de temps pour écrire. Un chapitre court, mais je retrouve enfin l'envie et l'inspiration. Désolée pour l'orthographe, j'essaye de faire des efforts... La suite sera moins longue à arriver je vous le promets ! ^^
Debout devant la baie vitrée, je contemple la ville qui s'étend sous mes pieds. Le silence est assourdissant. Le temps, avec une douloureuse indifférence, continue de passer, sans elle. Avec une certaine amertume, je songe que mes précédentes relations se sont toujours terminées parce que je l'avais décidé. Elle est la première à me lâcher de la sorte, avec autant de désinvolture, de froideur. La première à tout refouler en bloc.
Encore une première, Mademoiselle Steele…
Un sourire ironique étire mes lèvres malgré moi, mais se fane presque aussi vite. Je dois me résigner. Elle n'est pas pour moi, je l'ai toujours su. Elle est trop différente des quinze, trop fragile, trop jeune, trop inexpérimentée pour supporter ma perversion et me satisfaire… Et pourtant, jamais je n'aie pris autant mon pied à fréquenter une femme. Mais il faut se relever, continuer d'avancer. Ma position ne me permet pas de me laisser aller ainsi. Je dois reprendre le dessus. Il faut maîtriser la situation.
Putain, Grey, réserve ton baratin à Ross ou aux actionnaires…
Mon front rencontre la vitre, alors que mes bras demeurent croisés sur ma poitrine, froissant le t-shirt noir enfilé à la hâte, plus tôt dans la matinée. Je baisse les yeux, me saisissant du vêtement que j'approche de mon nez.
Mon Dieu…
Je l'écarte aussitôt, la gorge brûlée par son odeur et sors du bureau en trombe, pour gravir l'escalier tout en passant rageusement le maillot au-dessus de ma tête. Il atterri en boule au pied du lit. Je disparais dans mon dressing pour en enfiler un autre. Je constate en ressortant qu'une ceinture est posée sur la couette. La ceinture. Ma mâchoire se crispe alors que je m'en saisis. Par automatisme, mes pas me mènent droit vers la chambre rouge, où est sa place. La porte est encore entrebâillée, je la pousse et lentement le battant s'ouvre pour découvrir la pièce tout à fait. Pour la première fois de ma vie, je marque un temps d'arrêt avant d'en franchir le seuil. Une angoisse sourde m'étreint en voyant le banc de flagellation.
« Pauvre cinglé ! »
Le bandeau en cuir m'échappe, chutant lourdement sur le parquet.
A quoi s'attendait-elle, putain?
Qu'espérait-elle obtenir en laissant libre court à ma perversion ? Son innocence, sa candeur, ne pouvaient sans doute pas même supposer que les choses iraient si loin et qu'elles seraient si sombres. Trop pour elle.
« Vas te faire soigner, Grey ! »
Mon souffle se bloque, une bile douloureuse pèse sur mon estomac et m'empêche de respirer. En hâte, je ramasse la ceinture et la range dans le tiroir. La commode tremble et heurte le mur lorsque je le referme. Je sors de la pièce, le souffle court, le cœur battant. J'ai besoin d'air, il faut que je sorte.
L'air est frais. Il est encore tôt. Après avoir garé l'Audi sur le parking de la plage, je cours le long de la grève. Le ressac des vagues est perceptible, un clapotement doux qui n'apaise en rien le maelstrom qui boue en moi depuis quelques heures, mélange d'impuissance et de colère qui alimente mes foulées nerveuses sur le bitume. Malgré ma cadence soutenue, mon esprit ne se vide pas. Ankylosé et anarchique, il part dans tous les sens, revenant sans cesse sur le sujet, sur les questions que je cherche à éviter.
Que va-t-elle faire maintenant ? M'oublier définitivement ? Elle avait l'air d'y tenir, lorsqu'elle a déposé ses affaires sur le bar de la cuisine.
« Je ne veux rien qui puisse me rappeler à ton souvenir. »
Je geins. Puis grogne amère, furieux. Mes enjambées se font plus énergique encore, mon souffle haletant tandis que mes mollets s'échauffent sous l'effort.
Hormis Madame Jones qui s'affaire en cuisine pour le repas, l'Escala me paraît immensément vide.
_ Votre téléphone Monsieur, sur le bar : il a sonné plusieurs fois.
Je me fige sur le chemin de la salle de bain et fais volteface. Je tâche de refreiner mon trouble, mais mes doigts se mettent à trembler.
Serait-ce possible ?
Mme Jones découpe des légumes, mais je crois sentir son regard peser sur moi lorsque je me saisis du BlackBerry. [Elena, trois appels manqués]. Je peste, frustré et repart aussitôt vers la chambre, sans prendre la peine de la rappeler.
Le travail m'occupe une bonne partie de la soirée et de la nuit. Je consulte le cours de mes actions en bourse, l'avancée des travaux au Darfour, le bilan prévisionnel pour le mois, les rendez-vous pour la semaine à venir, j'ouvre ensuite ma boîte mail, avant de me rendre compte que c'était la pire des choses à faire.
Quelques-uns de ses mails figurent toujours dans ma liste, et son nom, se répète sur l'écran, comme inscrit à l'encre rouge. Je les coche, prêt à les envoyer à la corbeille, mais ne parviens pas à m'y résoudre. Mon index se fige au-dessus du pad, refusant d'appuyer. La partie maso de mon cerveau (et dieu et Flyn savent à quel point elle est importante…) me fait même ouvrir le dernier message qu'elle a envoyé, il y a tout juste deux jours :
De : Anastasia Steele
Objet : Excuses acceptées
Date : 3 juin 2011 13 : 10
A : Christian Grey
On ferme les portes. Vous n'entendrez plus un mot de moi, d'autant plus que vous êtes un peu sourd.
A plus,
Ana X
En réponse à :
De : Christian Grey
Objet : Mes excuses – Main Rangée
Date : 3 juin 2011 10 : 08
A : Christian
Vous me manquez, vous et votre insolence, mademoiselle Steele.
J'ai hâte que vous rentriez.
Christian Grey, PDG Grey Entreprise Holdings, Inc.
Mais elle ne rentrera pas… elle ne rentrera plus.
Cette constatation m'atterre tandis que je songe qu'il y a vingt-quatre heures à peine, nous baisions dans ma salle de bain. Mes mâchoires se crispent douloureusement. Je ferme la boîte mail puis le Mac. Un coup d'œil à ma montre m'indique qu'il est presque deux heures du matin. Malgré la fatigue, je redoute de regagner la chambre. Je traverse le salon vide. Cette vision lugubre suffit à me convaincre de rester éveillé. J'allume les spots au-dessus du bar de la cuisine pour me servir une tasse de café.
C'est dimanche, le temps dehors est magnifique, le soleil se lève sur Seattle, mais ses rayons sont douloureux pour mes yeux qui fixent hagards, le plafond de ma chambre. Je n'ai pas dormi de la nuit, je n'ai pas même osé fermer les yeux plus de quelques minutes.
Cela ne fait qu'un jour, et pourtant… pourtant c'est un supplice. Mes doigts glissent nerveusement dans mes cheveux, ma poitrine se gonfle douloureusement. J'ai toutes les peine du monde à respirer calmement, à maîtriser mon souffle. Je lutte contre cette angoisse qui enfle à n'en plus finir, prête à m'étouffer.
« C'est ça que tu aimes ? Moi comme ça ? »
Mes mains se crispent en deux poings.
Non, non, non ! Qu'est-ce qui m'a pris bon sang ?!
Pourquoi me suis-je engagé là-dedans ? Le contrat était caduc dès le début, les clauses brouillées par ses exigences, par mes concessions, par le sexe vanille… Je ferme les yeux, mais des images m'envahissent, des frissons me parcourent et je les rouvre aussitôt, en proie à la confusion.
Elle n'est pas pour toi Grey !
Je sais !
Je le sais parfaitement. Je l'aurais brisée à son tour, elle et ses espoirs, comme les quinze. Elle a préféré prendre les devants, se protéger de moi, de mon sadisme, de ma lubricité débridée et malsaine. Elle a préféré partir…
Elle est partie…
Je ferme à nouveau les yeux, comme si cela aller m'empêcher d'affronter la réalité. Je ne parviens pas à l'intérioriser, à admettre que nos vies viennent d'être séparées et que nous ne nous fréquenterons plus, dans tous les sens du terme… La frustration s'ajoute à ma colère impuissante. Que fait-elle ? Où est-elle ? Va-t-elle finir avec ce photographe ? Va-t-elle retomber sur ce vendeur minable de chez Clayton's ? Va-t-elle aller travailler demain ?
Je repense à son calme froid, à ses gestes rapides et mécaniques, à sa détermination. Oui, elle en est capable. Elle est capable de poursuivre sa vie, de continuer à avancer sans moi… Mais qu'en est-il de moi ?
Deux nuits.
Deux nuits que je me refuse d'affronter seul. Il est quatre heure du matin, et nous sommes lundi. J'ai deux réunions de prévues et un déjeuner d'affaire aujourd'hui. Je ne tiendrais pas. Je frotte mon front, agité, oppressé. Ce n'est que lorsque qu'un bâillement m'échappe que je prends conscience qu'il va falloir que je dorme un peu, au moins une heure ou deux pour affronter la journée.
Résigné, j'éteins mon Mac, sort du bureau et monte à l'étage pour gagner ma chambre. Distrait, je passe devant sa chambre, constatant que la porte est encore entrebâillée. Je marque un temps d'arrêt, hésitant. A quoi bon se faire du mal ? Ma main se pose sur la clenche et je referme le bâtant.
