Bonjour à tous,

En ce beau dimanche, je vous mets le chapitre 10, il en restera donc encore 20.

Merci pour tes reviews, Iamstacie. En effet, Daryl est un boulet. Mais finalement, je trouve que ça correspond assez au personnage dans le série.

Bonne lecture et à mercredi.

Les personnages et l'univers appartiennent à Robert Kirkman.

L'histoire est une traduction de « Shattered Memories » écrite par LeighJ11, dont vous trouverez le lien sur mon profil.


Chapitre 10

Être avec tous ces gens n'est pas bon pour la tension de Daryl.

En plus, il ne sait plus vraiment comment se comporter avec les gens et bon sang, il n'était pas très bon à ça avant. Il voulait juste être avec elle. C'était aussi facile que de respirer, à la fin.

Ils ont marché si longtemps ensemble dans les vastes étendues vides du monde qu'il a oublié à quoi ressemblaient les autres visages. Il pensait à quelque chose de beau et voyait son visage.

Ses grands yeux bleus et ses cheveux dorés. Tels qu'il les voit maintenant, de l'autre côté de la pièce, près du feu. Son assiette est par terre et il est content qu'elle ait tout mangé, mais elle est silencieuse.

Elle s'est renfermée face au volume sonore des conversations dans la pièce. Les murs vont bientôt s'effondrer, il y a tant de gens.

C'est comme le festin à l'auberge Dixon ou un truc du genre. Il l'a fait seulement pour Beth, donc plus elle s'éloigne de tout le monde, plus il veut tous les virer et aller au lit.

Dieu seul sait quelle heure il est. Il n'y a toujours pas de courant, c'est tout ce qu'il sait. Elle fixe le feu comme si elle était là depuis des heures, marmonnant quelque chose pour elle-même.

Il voudrait savoir ce qu'elle dit, mais dans le vacarme de la pièce, il n'entend rien. Franchement, il est content qu'elle n'ait pas flippé quand Maggie a passé la porte, ou même Rick d'ailleurs.

Ce matin, elle a dit à Maggie qu'elle ne voulait rien avoir à faire avec sa sœur et Daryl a la lèvre fendue pour l'avoir soutenue.

Il n'est pas aussi con qu'on le croit, alors il n'a pas refoulé Maggie quand elle est arrivée.

Beth a besoin de quelque chose et si Maggie arrive à agir correctement, alors peut-être qu'elles auront une sorte de relation.

Daryl est sur le point d'aller à la cuisine pour se resservir, quand il y a un temps mort dans la pièce et c'est comme si quelqu'un enfonçait la main dans sa poitrine et lui arrachait le cœur parce qu'il peut enfin entendre Beth.

Il ne pense pas que quelqu'un d'autre puisse le faire. Il a l'habitude d'écouter de petits sons : la débandade des pattes et le battement d'un petit cœur.

Personne d'autre ne l'entend, mais lui oui.

"Tenir bon... tu dois tenir bon... prends ma main, je me tiens juste là, tu dois tenir bon..."*

Ça fait directement remonter ses souvenirs de la prison. Beth chantant d'une voix cristalline, rayonnante sous les fenêtres éclairées par la lune.

Ça l'aspire et le recrache dans la pièce surchauffée par le feu et la chaleur corporelle. Son visage est brûlant et sa poitrine le démange.

Ses yeux sont fixés sur Beth, sur ses lèvres qui fredonnent, sur le froncement de ses sourcils, qui tire sur les cicatrices.

Il espère qu'elle ne sera pas frustrée au point de se frapper à nouveau, pas devant ces connards de juges, mais il ne sait pas comment l'atteindre.

Comment l'arrêter avant qu'elle ne fasse quelque chose devant eux. Ils décideraient de l'enfermer à cause de ça.

Mais il n'a rien a faire, parce que Maggie l'appelle. "Daryl !" Elle sourit à Beth. "Pourquoi ne pas nous dire comment tu as trouvé ma petite sœur ?"

Il lui jette un regard noir. Qu'elle est lourde, putain ! Beth ne veut pas être associée à son nom ou à une vie à laquelle elle ne croit pas.

Du reste, c'est pas comme s'il voulait détailler la façon dont il a pleuré comme un chaton puis l'a assommée parce qu'elle l'avait attaqué.

Il ne veut définitivement pas partager avec tout le monde à quel point il s'est senti mal quand il a entendu ce putain de « qui ? ». Mais tout le monde regarde Beth, maintenant, et il peut voir son pouls battre dans sa gorge.

Putain de Maggie.

Daryl se racle la gorge et secoue la tête. "J'ai suivi quelques empreintes."

Une foule de grands yeux le dévisage et à l'intérieur, il grimace. Il déteste être le centre d'attention.

"Je l'ai trouvée et ramenée à Aaron. On est venus aussi vite qu'on a pu."

"C'est tout ?" demande Carl et Daryl se sent comme un innocent face au regard inquisiteur de Rick.

"Ouais. J'voulais pas suivre les empreintes, alors..." Il hausse les épaules, comme si ce n'était rien. "Mais j'l'ai fait et j'l'ai trouvée.''

"Qu'est-ce qui t'a fait changer d'avis ?"

Toute la pièce regarde Beth qui a parlé si doucement que c'est étonnant que sa voix ait été entendue dans volume de la conversation.

Les muscles de la gorge de Daryl se serrent parce que c'est exactement les mêmes mots que cette nuit-là.

Bizarrement, il sent une amère satisfaction parce qu'il sait comment cette conversation va se dérouler. Qu'avant même qu'il ne dise : "J'sais pas", ce qui est un mensonge, il sait quelle sera sa réponse et il sait que son regard vide va l'écraser.

"Oh."

Il déteste ce putain de mot.

Ils se regardent l'un l'autre. A travers cette foule qui est la famille Daryl et autrefois celle de Beth, ils ne font que se regarder et il sait que plusieurs paires d'yeux passent de l'un à l'autre, mais il ne peut détacher ses yeux des larmes chatoyantes.

Elles tombent comme du cristal sur ses joues et avant même que Maggie puisse finir, "Chérie, qu'est-ce que-"

Beth s'étouffe, "J'suis désolée. J'suis désolée." Tandis qu'elle saute sur ses pieds, elle trébuche sur ceux qui sont assis par terre et file hors du salon.

Le bruit de ses pieds et le claquement de la porte de la chambre d'amis lui donnent l'impression d'être revenu en arrière.

Les bougies et le feu reviennent au premier plan ainsi que les petits ronflements de Judith et les yeux curieux de Maggie.

"Qu'est-ce que c'était que ça ?" demande Maggie en se levant, son regard inquiet se tournant vers l'escalier.

Il hausse les épaules, mais elle plisse les yeux et chuchote aussitôt : "Foutaises."

"Maggie," murmure Glenn de son côté, lui prenant le bras. "Tout va bien."

"Non, ça ne va pas." Elle ignore la main de son mari et se dirige vers l'escalier.

"C'est pas une bonne idée", gronde Daryl et il prend un coup sur la poitrine quand il lui bloque le passage. "T'as rien fait d'autre que la contrarier. Tu peux pas la forcer à revenir."

"Bien sûr que je ne peux pas. Dégage de mon chemin !" grogne Maggie, en le fusillant du regard.

Il n'a jamais frappé une femme. Malgré ses antécédents et son histoire, malgré sa vie de merde, il n'a jamais frappé une femme, mais il n'a jamais été aussi près. Beth le fout en l'air.

"Il a raison", intervient Rick. "Quelqu'un d'autre devrait monter, Maggie. Pas toi, pas aujourd'hui."

Face au rejet évident de Rick, Maggie recule, ses larmes brillant. "Glenn, on y va."

Glenn semble impuissant entre Rick et Daryl, mais il suit Maggie quand même. La porte d'entrée se ferme derrière eux.

"Je peux y aller", offre Tara. "Elle ne me connaît pas vraiment, donc elle pourrait se sentir à l'aise pour discuter ?"

Daryl secoue la tête. "Tu étais là avec le gouverneur. Ce n'est pas un souvenir que je veux qu'elle retrouve."

Il fait semblant de ne pas remarquer le visage honteux de Tara qui se retourne pour regarder le feu, ou les larmes qui brillent dans ses yeux.

"J'irai", chuchote Carl. "Je prends Judith. Elle l'a regardée toute la soirée."

"Oui," répond Rick. "Elle la tenait tout à l'heure, ça avait l'air d'aller."

"Non", s'interpose Daryl. "Laisse-la, c'est tout. Elle ne veut pas qu'on la poursuive comme si on ne pouvait pas la laisser seule."

Rick soupire et hoche la tête, prenant Judith des bras de Carl. "Allez, on s'en va."

Michonne et Carol se lèvent, puis Carl aussi, et un par un, tout le monde commence à faire ses adieux et à sortir de la pièce. Il ne les raccompagne pas, ils savent où est la porte et il en a marre de ces conneries d'hôte auxquelles il joue.

De toute évidence, ce n'était pas aussi bon pour Beth qu'il le pensait. Il veut aller la voir. Tout est encore sombre et il n'a pas allumé de bougies à l'étage.

Il ne veut pas que ce qui s'est passé tout à l'heure se répète et comme hier, la journée a été longue.

Il ne veut pas défoncer sa porte, mais il monte quand même l'escalier avec toutes les bougies que tout le monde lui a apportées et les allume.

Il en met une en haut de l'escalier où se trouve une petite fenêtre et sur le panneau latéral à l'extérieur de la salle de bains. Il en allume aussi quelques unes dans sa chambre.

Le lit est confortable, mais c'est le bordel en bas et d'habitude, il s'en fout. Mais après le nettoyage qu'il a fait plus tôt, ça le gave que l'endroit soit de nouveau en désordre.

Finalement, il ne nettoie pas, il ne fait que ramasser les bols et les tasses et les jeter dans l'évier. Il retourne sur le canapé avec les muscles endoloris et les yeux lourds comme des sacs de sable; il s'effondre dessus avec un grognement.

Ses yeux ont du mal à rester ouverts alors qu'il regarde le feu mourant, qui le tient quand même au chaud sans qu'il ait besoin de la couverture, toujours sur le dos du canapé.

Vu comme il dort mal ces derniers temps, il ne s'attend pas à s'endormir, mais il met sa main derrière la tête et sombre directement.

Les lumières scintillent autour de lui. Lueurs des bougies. Il en a allumé avant de s'endormir, il s'en souvient, mais l'agencement est bizarre.

Plus la mise au point se fait, plus la chambre est bizarre, et son lit est si confortable. Mais ce n'est pas un lit, il s'en rend compte en se réveillant.

C'est un cercueil.

C'est le même cercueil et quand ses yeux se lèvent, elle est là : de retour avec lui, cheveux en queue de cheval se balançant derrière sa tête, cardigan gris alors qu'elle joue du piano.

"And we'll buy… beer to shotgun… and we'll lay in the lawn… and we'll be good." **

Les notes tombent comme si elle avait fini et il fronce les sourcils parce que ce n'est pas comme ça qu'il s'en souvient et pour être franc, il ne sait pas ce qui se passe ou pourquoi elle est ici ou pourquoi il est là. Il ne veut pas recommencer.

Il sait déjà à quel point ça tourne mal.

"Gamine ?" chuchote-t-il.

Elle l'ignore et recommence à jouer. Les mêmes notes, les mêmes paroles, exactement de la même manière, comme un retour en arrière dans le temps.

"And we'll buy… beer to shotgun… and we'll lay in the lawn… and we'll be good."

"Beth", murmure Daryl. "Regarde-moi."

Sa tête commence à pivoter lentement alors qu'elle chante de nouveau les mêmes mots, jusqu'à ce qu'elle le fixe du regard et que l'estomac de Daryl sorte presque de sa putain de bouche, tout tournant dans ses tripes et lui obstruant la gorge.

La cicatrice sur son front saigne. Pas lentement, pas goutte à goutte, mais en un flot régulier, comme un saignement de nez, le long de l'arête de son nez et jusqu'au sol. Chaque goutte est bruyante dans la pièce silencieuse. Bruyante et longue.

Ploc, ploc, ploc.

Plus il la regarde, plus ça le fout en l'air, mais il est figé, il se contente d'absorber tous les détails horribles.

Les points de suture déchirés d'où jaillit du sang noir, le blanc de son œil et la touffe de cheveux cramoisie sur sa tête. Il ne pense pas que ça peut empirer, mais bien sûr que si.

Parce qu'a lors, elle ouvre la bouche et dit : "We'll be good."

Ce qu'elle dit n'est pas le problème.

Le problème, c'est les asticots qui sortent de sa bouche.

Daryl sursaute et quand il entend les mêmes paroles que dans son rêve, son cœur se serre, mais le fait de se dire qu'il est réveillé, signifie résolument qu'il est réveillé.

Dans les rêves, il ne peut pas le dire. Mais les paroles, il les entend, il le sait. Quand il se lève et suit le son, il trouve Beth près de l'évier, en train de faire la vaisselle.

C'est quelque chose de tellement banal qu'il ne peut s'empêcher de la fixer. Les yeux de Daryl fixent l'arrière de sa tête alors qu'elle lutte pour continuer la chanson qu'elle lui a chantée pour qu'il s'endorme.

"An we'll buy… an' pine for… an' we'll be… we'll be…"

Il y a la même émotion dans sa voix et même s'il ne veut pas continuer à s'enfoncer dans cette folie, même s'il est épuisé, le rêve l'a bousillé et maintenant il a l'impression qu'un pieu a été enfoncé dans sa poitrine.

"An' we'll be good", chuchote-t-il.

Beth halète et commence à se retourner, mais il a déjà fait demi-tour et s'est éloigné.


* « Hold on » de Tom Waits

"Hold on… you gotta hold on… take my hand, I'm standin' right here you gotta hold on…"

Chanson interprétée par Beth à la fin de l'épisode 11 de la saison 3.

** « Be good » Saison 4 épisode 13