Mesdames, voici le chapitre 10 de cette saga qui est loin d'être terminée. Merci à toutes celles qui la commentent régulièrement ou non, à celles qui l'ajoutent dans leurs histoires favorites ou à celles qui ne font que passer et qui l'apprécient. Miriamme. Beau clin d'oeil à Juliette (une muse).
Dixième partie
Repérant la sortie la plus près, Élisabeth se glissa dehors et se mit en quête d'un coin tranquille où elle pourrait passer un appel au Colonel sans être entendue. Réalisant qu'il n'y aurait pas de meilleur endroit que dans une cabine téléphonique, elle avisa celle qui était sur le trottoir d'en face et s'y rendit sans perdre une seconde.
-Colonel, ici Anne-Laure, débuta-t-elle d'une voix incertaine lorsqu'il répondit.
-Anne-Laure? Que se passe-t-il?
-Un problème, admit-elle en s'arrêtant, prenant un grand respire puis plongea.
Elle lui expliqua brièvement dans quelle circonstance elle se trouvait à cette exposition où en temps normal elle n'aurait jamais dû être - et surtout comment elle avait décidé de céder à la touchante prière de Georgianna qui souhaitait qu'elle l'y accompagnât, après avoir appris de la bouche même de son amie que son frère était en voyage d'affaire et qu'il ne pourrait pas être à l'exposition.
-Pour moi… continua Élisabeth, voyage d'affaire, ça voulait dire… que William était coincé par une affaire à l'autre bout du pays… vous comprenez?
-Ça se tient, en effet.
-Alors qu'est-ce que je fais maintenant avec cet homme de l'Odyssée qui s'est infiltré dans la salle et qui joue au serveur? Enchaîna-t-elle, parfaitement consciente très bien qu'elle sauter trop rapidement d'un sujet à l'autre.
-Quoi? Ne me dites pas que vous avez repéré un membre de l'Odyssée dans la salle d'exposition?
-Malheureusement oui. Un grand noir d'une trentaine d'année. Il était avec George quand… débuta-t-elle avant de lâcher un borborygme, pousser un soupir puis changer complètement de sujet: Ce n'est pas important comment je le sais, se gronda-t-elle, tout ce que vous avez besoin de savoir pour l'instant c'est qu'il s'intéresse de près à votre cousin.
-Pouvez-vous me le décrire physiquement, ses vêtements, s'informa-t-il.
-C'est un homme de race noir. Il mesure environ 6 pieds… Oh, et puis, j'ai remarqué qu'il boîte légèrement quand il marche. En ce moment même, il porte un tablier rouge et noir. Il est engagé par la galerie, je crois, lui apprit-elle.
-Très bien, ça devrait suffire, j'en prends bonne note.
-Qu'est-ce que je fais maintenant?
-Où êtes-vous exactement?
-Dehors, dans la cabine téléphonique qui est juste en face de la galerie.
-Alors voilà, vous allez retourner à l'intérieur. Ne vous préoccupez plus de cette affaire. J'ai au moins un homme sur place sans compter William bien entendu.
-Mais, tenta-t-elle.
-Laissez-moi m'occuper de tout Élisabeth. On se reparlera de tout ça dans les jours qui viennent, lui promit-il avant de raccrocher.
Se sentant libérée d'un grand poids, Élisabeth revint dans la galerie et recommença à s'intéresser aux photos qu'elle n'avait pas eu le temps d'examiner. Continuant le petit jeu qu'elle avait initié un peu plus tôt avec les œuvres accrochées devant elle, Élisabeth dut l'interrompre lorsqu'une main se posa sur son épaule. Faisant sursauter Georgianna en se retournant un peu trop brusquement elle-même, Élisabeth reçut le contenu de la petite bouteille d'eau minérale que son amie lui rapportait.
-Oh, pardon Anne-Laure, s'exclama Georgianna en tentant d'éponger l'eau sur le tailleur de son amie.
Retirant son veston pour montrer à la jeune femme que le liquide n'avait pas atteint son chemisier, Élisabeth remarqua alors que Georgianna n'était pas seule. William se tenait tout juste derrière sa sœur et détaillait Élisabeth de la tête au pied, un rictus amusé lui déformant légèrement les lèvres.
-Ma sœur était inquiète pour vous… mais apparemment, vous êtes en pleine forme, lâcha-t-il sans cesser de la dévisager.
Sans relever le sous-entendu que contenaient ses paroles, Élisabeth rétorqua simplement qu'elle allait mieux parce qu'elle était allée prendre l'air à l'extérieur.
-Oh, j'ai trouvé tellement bizarre que tu laisses ta bouteille d'eau sur le comptoir, se justifia à nouveau Georgianna avant que d'un geste discret de la main, Élisabeth ne lui fasse signe que le sujet était clos.
-Ma sœur me dit que vous écrivez? Lui demanda alors William pour relancer la conversation.
-Et elle écrit vraiment bien, s'enthousiasma aussitôt sa jeune sœur. Anne-Laure a commencé un roman policier… Il y a du suspense, de l'action... Son premier chapitre est tellement accrocheur, conclut-elle d'une voix passionnée.
-Eh Georgie, ce n'est qu'un premier jet…
-De quoi vous êtes-vous inspirée? S'informa William, déclenchant instantanément un fou rire nerveux chez la jeune femme.
Le cellulaire de l'un d'entre eux s'étant mis à vibrer, chacun exécuta en même temps une espèce de danse rapide, saccadée et sautillante afin de mettre la main sur l'appareil fautif. Réalisant qu'il s'agissait sur sien, William garda pour lui, la question qui lui avait brûlé les lèvres un instant plus tôt – et qu'il avait d'ailleurs déjà complètement oubliée – pour se concentrer sur celui ou celle qui l'appelait.
Après s'être brièvement excusé auprès des deux filles pour répondre à l'appel du Colonel, Élisabeth se tourna vers Georgianna et réalisa que celle-ci la dévisageait d'un air intrigué.
-Oh… tu peux bien me regarder ainsi. J'ai vraiment fait une folle de moi. C'est toi qui es supposée ne pas être à l'aise en société et c'est moi qui me ridiculise depuis qu'on est ici, ironisa Élisabeth en retrouvant du coup sa bonne humeur et son aplomb, allez viens Georgie, laisse-moi te montrer le jeu j'ai inventé avec les photos de ta tante Muriel. C'est vraiment amusant.
Cinq minutes plus tard, William revint vers Georgianna pour la prévenir de son départ imminent. Comme son amie fut réquisitionnée par celui-ci pour aller saluer sa fiancée, Élisabeth en profita pour vérifier où se trouvait le serveur dont elle avait donnée une description au Colonel. Elle le trouva près du comptoir. La jeune femme fronça les sourcils en se rendant compte qu'il était encore au téléphone et surtout qu'il lorgnait toujours en direction de William et de son petit groupe.
Armée de son tailleur mouillé d'une main et de sa curiosité de l'autre – celle-ci avait tendance à peser bien lourd dans la balance d'ailleurs depuis qu'elle flirtait avec le danger – elle marcha d'un pas assuré en direction de la toilette des femmes – qui, par un heureux hasard – se trouvait juste à côté du comptoir où le serveur poursuivait sa conversation téléphonique avec les gens du réseau.
Après avoir délibérément déposé son sac sur le sol derrière elle, de manière à ce qu'il maintint la porte entrouverte, Élisabeth fit sortir quelques feuilles de papier essuie-tout de la machine distributrice, feignit d'être extrêmement contrariée par son problème de tailleur mouillé et s'activa avec une minutie qui pour parler en terme de normalité, aurait valu à n'importe quel être humain d'être suivi en thérapie.
-Puisque je te dis qu'il vient tout juste de sortir avec sa fiancée. Non… il n'est pas sorti tout seul. Il est avec la DeBourg. Sa fiancée! Oh, tu parles de sa sœur. Euh, tu veux vraiment que je l'emmène avec moi? Ok, très bien. C'est comme si c'était fait. Oui, elle est encore ici. Elle est venue avec une amie par contre. Une vraie beauté celle-là. Oui, fais-nous confiance, on s'en occupe personnellement.
Saisie d'une crainte innommable en comprenant que l'homme du réseau n'était pas venu seul, Élisabeth se pressa pour refermer la porte de la salle de bain, puis pour sortir son propre cellulaire une fois qu'elle fut certaine d'être seule dans la petite exigüe.
-Merde, chuchota-t-elle une seconde plus tard en découvrant que son appel était redirigé sur la boîte vocale du Colonel. Il doit être en ligne avec William, comprit-elle.
Sachant qu'elle perdrait de précieuses secondes si elle prenait le temps de lui laisser un message, elle raccrocha aussitôt. Que faire alors? Se demanda-t-elle avant de ramasser son tailleur et se diriger vers la sortie principale en priant pour que le voiturier n'ait pas encore eut le temps de rapporter le véhicule de William Darcy.
«Pourvu qu'il ne soit pas venu en taxi» songea-t-elle tout en grimaçant à cause du claquement sec que firent ses escarpins sur le plancher de bois franc, sans oublier le bruit plus sourd qu'ils produisirent sur le trottoir, quelques secondes plus tard.
Apercevant William alors qu'il refermait la portière de sa fiancée côté passager, Élisabeth patienta le temps qu'il eut terminé de contourner la voiture avant de lui bloquer le passage, aussi essoufflée que si elle venait de courir un marathon.
-Monsieur Darcy, attendez, ne partez pas tout de suite, haleta-t-elle, Georgianna est en danger, termina-t-elle avant d'être terrassée par un point de côté.
-Qu'est-ce qui se passe?
-Deux hommes ont l'intention de l'enlever, précisa-t-elle en se redressant légèrement malgré la douleur.
Semblant reprendre vie à l'évocation de ce danger potentiel, William ouvrit la portière, lança ses clés à Anne puis partit au pas de course après s'être renseigné auprès de son informatrice de l'endroit où elle avait vu Georgianna la dernière fois.
-Ne bougez surtout pas d'ici, lui avait-il ensuite ordonné avant de franchir la porte d'entrée de la galerie. Restée seule sur le trottoir, à gauche de la voiture, Élisabeth avisa qu'Anne était toujours à bord, s'éloigna légèrement du véhicule, connaissant suffisamment chacune de ses deux personnalités pour savoir que chacune d'elles seraient parfaitement incapables d'entretenir une conversation dans l'état d'énervement où elle se trouvait et encore moins avec une jeune femme aussi désagréable que la fiancée de William.
-William et moi sommes fiancées depuis au moins deux ans, lui avait-elle appris une quinzaine de minutes plus tôt lorsqu'elles s'étaient retrouvées l'une à côté de l'autre devant une photo de Colin Firth, à qui la tante de Georgianna n'avait pas oublié de retirer la tête évidement.
Sentant la colère et la peur engorger ses pensées, Élisabeth se concentra sur les baisers enflammés qu'elle avait échangés avec William à l'hôpital, puis sur les sentiments tendres qu'elle avait cru partager avec lui alors que pendant tout ce temps, il était fiancé à cette caricature de femme.
-Dieu soit loué! Tu es en vie! S'exclama-t-elle en voyant Georgianna arriver devant elle, tout essoufflée et suivie de près par son frère.
-Monte vite Georgie, la pressa celui-ci en lui ouvrant la porte arrière gauche.
-Mais, que va faire Anne-Laure? L'arrêta Georgianna juste avant qu'il ne vint pour refermer la portière sur elle.
-Montez aussi mademoiselle Vallier, décida-t-il un quart de seconde plus tard en faisant signe à Georgianna de se tasser vers la droite, montez vite, insista-t-il avec tout ce qu'il fallait d'urgence dans la voix pour s'assurer d'être obéi. Vite, il faut partir.
-J'aurais pu prendre un taxi, bredouilla-t-elle en se tournant vers son amie.
Une fois la voiture engagée dans la circulation, Georgianna ne put se retenir de réclamer : Alors Fitzwilliam, tu veux bien m'expliquer ce qui se passe maintenant?
-Pas encore Georgie, rétorqua-t-il froidement. Anne, jette donc un œil dans ton miroir et dis-moi si d'après toi, la voiture rouge est en train de nous suivre, ordonna-t-il à sa compagne.
-Négatif, répondit-elle une minute plus tard.
Croyant que son frère serait mieux disposé à lui répondre après cette bonne nouvelle, Georgianna se manifesta à nouveau : Je n'aime pas ça Fitzwilliam.
-Parce que tu crois que ça me plait à moi, s'emporta-il avant de lâcher un juron qui ne devait exister dans aucune langue. C'est justement pour que tu sois en sécurité que je te ramène à Pemberley.
-Oh non, pas encore, explosa celle-ci. La dernière fois j'ai raté toute une semaine de cours. L'université ne me le permettra pas une seconde fois, protesta-t-elle avec humeur.
-Georgie, ton frère ne songe qu'à ta sécurité, insista Anne d'une voix condescendante.
-Euh, monsieur Darcy, pourriez-vous me laisser devant d'une bouche de métro? Quémanda timidement Élisabeth croyant reconnaître les limites de la ville.
-Je regrette, mais nous avons croisé le dernier il y a cinq minutes. J'ai bien peur que vous soyez obligée de nous suivre à Pemberley. Du moins pour cette nuit.
-Et on fait quoi pour demain? J'ai des cours en matinée, paniqua-t-elle.
-Moi aussi, renchérit Georgianna.
-J'enverrai un chauffeur vous reconduire à votre appartement demain matin à la première heure. Quand à toi Georgie, après ce qui vient d'arriver, attends-toi à demeurer à Pemberley pour quelques temps encore, décida-t-il.
Craignant que son amie n'exprimât tout haut ce que manifestement elle peinait à garder pour elle, Élisabeth lui proposa de prendre des notes durant les cours, de les lui transmettre au fur et à mesure et ce, pour toute la durée de son absence.
-De cette manière tu n'auras pas à abandonner ta session, lui fit valoir Élisabeth, en terminant.
-Oh, Anne-Laure, c'est vraiment gentil de ta part.
-Non, je suis très égoïste au contraire. De cette façon je ne perdrai pas ma meilleure camarade de classe, se moqua Élisabeth en tapotant amicalement la main de Georgianna, puisqu'ainsi, je m'assure de pouvoir continuer à te voir.
-Vous étudiez également en littérature française, je crois, s'informa William.
-Oui Fitzwilliam et je ne blaguais pas tantôt à la galerie quand je t'ai dit qu'elle écrivait merveilleusement bien. Sentant que son amie s'apprêtait à protester, Georgianna la gronda amicalement : Mais quoi Anne-Laure? J'ai lu le début de ton roman et j'ai été réellement impressionnée.
-Je n'écris même pas sérieusement… c'est uniquement pour me distraire, prétendit Élisabeth.
-En tout cas, puisque c'est un roman policier, tu pourras t'inspirer de ce qui nous est arrivé ce soir. Ça ferait un excellent second chapitre, s'anima Georgianna.
-Je te dépose chez toi ma chérie? Intervint tout à coup William, faisant sursauter les trois femmes.
Élisabeth se demanda l'espace d'une seconde ce qui la dérangeait le plus, qu'il eut utilisé l'expression «ma chérie» en s'adressant à Anne où encore la crainte de l'entendre répondre qu'elle préférerait se joindre à eux à Pemberley.
-Je préfère rentrer chez moi puisque ma mère m'attend, mais je viendrai te rejoindre demain en matinée, répondit alors la jeune femme en question pour la plus grande joie des deux autres passagères.
Une fois le véhicule purgé de la présence désagréable de la fiancée de William, le frère et la sœur recommencèrent à discuter de l'université et surtout de la durée du séjour forcé de Georgianna à Pemberley.
-Si tu veux, lui proposa gentiment Élisabeth, je peux venir te voir chaque fin de semaine et t'apporter les livres et les documents que nous devons étudier?
-Tu ferais cela pour moi? Sérieusement, ça ne te dérangerait pas?
-Pas le moins du monde, ricana-t-elle avant de déglutir après avoir croisé le regard mécontent de William dans le rétroviseur, à moins que ton frère ait une meilleure idée évidemment, enchaîna-t-elle en baissant les yeux.
-Non. En fait, pour être honnête, ce que vous venez de proposer est de loin la meilleure solution. pour l'instant, concéda-t-il bien à contre cœur.
Décodant qu'au centre de son hésitation était enfouie la méfiance qu'elle lui inspirait, Élisabeth devina que son premier geste une fois arrivé à Pemberley sera d'entrer en contact avec le Colonel.
«Que se passera-t-il lorsqu'il lui ordonnera d'effectuer une enquête sur Anne-Laure Vallier? Le Colonel lui apprendra-t-il alors la vérité à mon sujet?» se demanda-t-elle en comprenant qu'elle se trouvait dans une situation plus que compromettante. Si seulement je pouvais avoir la chance de lui parler avant William, déplora-t-elle en sachant très bien que c'était impossible. William se méfiait déjà d'elle, alors. La méfiance était innée chez lui. Et le pire, c'était que sa méfiance était pleinement justifiée.
La résidence familiale des Darcy, Pemberley laissa Élisabeth sans voix.
«On devient si riche que ça en vendant des appareils médicaux sophistiqués aux hôpitaux?» Était-elle passée bien près de demander à William lorsque sa voiture traversait les grilles en fer forgé qui en bloquait l'accès. Heureusement que Georgianna avait pris la parole exactement à ce moment là afin de la préparer au choc que provoquait immanquablement la vision de ce château aux proportions gigantesques.
-Je comprends mieux pourquoi tu veux absolument retourner à l'université, ironisa Élisabeth en se moquant de son amie.
-Georgie, intervint William, je te laisse installer mademoiselle Vallier dans la chambre voisine de la tienne, mais je te rappelle qu'il est hors de question que tu repartes avec elle demain matin. Me suis-je bien fais bien comprendre? La gronda-t-il pendant qu'elle s'extrayait du véhicule, la mine boudeuse.
-Oui, j'ai compris, lâcha-t-elleavant de soupirer bruyamment. Ne t'en fais pas. En autant que l'université accepte qu'Anne-Laure me prête ses notes de cours, tout ira bien.
Une fois entrées – bien après William Darcy – les deux jeunes femmes se rendirent d'abord dans la cuisine afin de se préparer un encas. Une fois armées d'un bon sandwich au poulet et d'un grand verre de jus de raisin, Georgianna entraîna Élisabeth dans la chambre qui était juste à la droite de la sienne en suivant le long corridor du troisième étage.
Après avoir déposé leurs collations respectives sur la table de chevet, Élisabeth fut la première à envoyer valser ses escarpins en lâchant un cri de soulagement qui amusa Georgianna.
-C'est drôle, si je ne te connaissais pas si bien, je pourrais croire que tu joues un rôle. Puis,craignant que ses propos puissent avoir choqué son amie, elle reprit différemment, ce que je veux dire en fait, c'est que je suis certaine qu'en Jeans et en tee-shirt, tu ne serais pas la même femme.
-Tu ne peux pas savoir à quel point, ajouta Élisabeth, avant d'éclater de rire à cause de la pertinence de l'innocente remarque de sa compagne.
Pendant ce temps, dans son bureau, situé à l'opposé de la section des chambres, William venait tout juste d'entrer le nom de l'amie de sa sœur dans la base de données du FBI et attendait patiemment que le moteur de recherche ultra sophistiqué lui renvoie tout ce qu'il trouverait sur elle. Lorsqu'une image flatteuse représentant la magnifique blonde aux yeux pairs s'afficha sur son écran et qu'il eut terminé de lire les informations glanées ça et là dans les différentes bases de données liées au FBI, c'est-à-dire presque toutes, William se passa nerveusement la main dans les cheveux et ramassa son portable.
Après avoir été mis en attente pendant quelques minutes, William put enfin s'entretenir avec son cousin. Il lui résuma immédiatement comment il avait réussi à récupérer Georgianna et à prendre la fuite après avoir été prévenu du danger par une collègue d'étude de sa jeune sœur.
-Je me demande si elle n'est pas de mèche avec eux. Et si elle avait sauvé Georgianna, uniquement pour gagner ma confiance? Scénarisa-t-il.
-William, à part le fait que c'est elle qui soit allée te prévenir du danger, as-tu une autre raison de te méfier d'elle? L'interrogea le Colonel.
-Non, pas concrètement. Mais…
-Mais quoi?
-Je ne sais pas… j'ai un drôle de pressentiment en ce qui la concerne…
-Bon écoute. Si ça peut te rassurer, je vais aller aux renseignements. Si je trouve quelque chose, je t'en fais part aussitôt.
-Merci Fitz. Je savais que je pouvais compter sur toi. En attendant que tu puisses t'y mettre, je t'envoie immédiatement les informations que je viens d'obtenir sur elle.
-Comme tu veux. Oh, pour en revenir à ce qui s'est produit à la galerie; le serveur a été arrêté, mais son complice a réussi à s'échapper.
-Ils étaient vraiment deux alors?
-Oui.
-Tu ne trouves pas ça étrange qu'ils aient voulu s'en prendre à moi alors que je ne travaille plus sur le dossier Odyssée?
-Il y a peut-être un lien entre ton nouveau dossier et celui de l'Odyssée? Suggéra le Colonel en haussant les épaules.
Cliquant sur le fichier confidentiel que William venait tout juste de lui transférer, Fitzwilliam siffla en découvrant la photo de celle que son cousin soupçonnait d'être une espionne à la solde des membres du réseau.
«William aurait trouvé trop étrange que je ne fasse aucun commentaire» songea le Colonel avant de se transformer en parfait macho : Ouais, moi aussi si j'avais eu une telle beauté en face de moi, je me serais arrangé pour l'inviter chez moi… Oh, en passant, tu sais que c'est contraire au protocole, que tu l'aies ramenée chez toi, lui rappela-t-il en reprenant son sérieux.
-Qu'ils tentent d'enlever Georgianna à ma place, ce n'est pas contraire au protocole ça aussi, rétorqua William du tac au tac avant de rabattre le couvercle de son portable d'un mouvement rageur.
-Bon, va donc te coucher William.
-Bonne suggestion… Euh, as-tu des nouvelles récentes d'Élisabeth?
-William, tu sais bien que je ne peux pas te renseigner… après tout, tu es fiancé maintenant.
-Pffff, comme si Anne et moi on formait un couple crédible…
-J'y crois moi… elle est jolie tout de même… tu ne peux pas dire le contraire… c'est sur que si on la compare à Anne-Laure par exemple… Tu crois que Georgianna accepterait de me la présenter?
-Bonne nuit, Fitzwilliam, râla-t-il.
-Bonne nuit, cousin germain.
Deux heures plus tard, Élisabeth Bennet alias Anne-Laure Vallier n'avait pas encore trouvé le sommeil, mais n'eut aucune difficulté à trouver mille et une raison pour lesquelles elle estimait que le Colonel avait fait une grave erreur en lui permettant de fréquenter la sœur de William.
«C'était presque certain que j'allais être amenée à le voir un jour» songea-t-elle.
Résignée à prendre les grands moyens pour s'endormir, Élisabeth mobilisa ce qui lui restait de courage pour sortir de la chambre et se rendre dans la cuisine afin d'aller se préparer un bon lait chaud. Ne connaissant rien d'autre de l'immense maison que le chemin qui menait de la chambre qu'elle occupait à la cuisine, elle y arriva plutôt facilement et commença à étudier les lieux afin d'éviter d'avoir à ouvrir toutes les armoires et risquer ainsi de réveiller toute la maisonnée. Elle ouvrit le réfrigérateur, repéra le lait, trouva un petit chaudron et alluma le feu avant de la magnifique cuisinière au gaz. Lorsqu'elle jugea que celui-ci avait assez chauffé, elle éteignit le feu puis se mit en quête d'une tasse. Les armoires étant toutes trop hautes pour la jeune femme qui était sortie de sa chambre en chaussette, elle se hissa sur la pointe des pieds pour atteindre la porte derrière laquelle – selon son estimation – les tasses devaient logiquement être rangées.
-Je peux vous aider? S'enquit William en la surprenant dans cette drôle de posture.
-Oh, mon Dieu, vous m'avez fait peur, s'exclama-t-elle en retombant brusquement sur ses pieds. Je cherchais une tasse pour mon lait chaud, balbutia-t-elle avant de rougir violemment en réalisant qu'il était en pyjamas. Je n'arrivais pas à dormir.
-Je ne trouvais pas le sommeil non plus. Préféreriez-vous un bon chocolat chaud? Lui proposa-t-il se disant qu'il avait tout à gagner à essayer d'en apprendre un peu plus sur elle. Alors, ça vous intéresse?
-Non, sans façon. Un simple lait chaud me convient parfaitement, mentionna-t-elle en saisissant la tasse qu'il lui présentait et en la remplissant. Oh, il m'en reste suffisamment pour vous… pour votre chocolat chaud, je veux dire.
-Merci.
S'installant sur l'un des trois tabourets qui étaient installés le long du comptoir central, Élisabeth trempa prudemment les lèvres dans son lait. Les yeux fixés sur William, elle s'amusait à nommer les uns après les autres, tous ces petits détails qui lui plaisait sur son visage et qu'elle avait déjà énumérés dans son roman.
-Vous dévisagez souvent les gens comme ça? L'interrogea-t-il en s'asseyant devant elle avec sa propre tasse.
-Hum? Oh non. Je m'amusais à vous décrire comme si vous étiez un personnage de roman…
-Ma vie n'a pourtant rien d'un roman… soupira-t-il en posant sa tasse fumante devant lui.
-Que faites-vous exactement? Georgianna m'a seulement dit que vous êtes un homme d'affaires.
-Je vends des appareils médicaux sophistiqués aux hôpitaux, répondit-il sous l'œil amusé de la jeune femme.
-Et bien vous voyez, si vous étiez le héros de l'une de mes histoires, ce travail serait votre couverture, improvisa-t-elle, un sourire moqueur sur les lèvres. Mais quoi, c'est vrai. Je ferais de vous un espion ou encore en agent de la CIA, poursuivit-elle tandis qu'il la fixait, interloqué.
-Wow, quelle imagination, commenta-t-il une seconde plus tard.
Un premier silence s'installa entre les deux. Ils burent quelques gorgées chacun de leur côté, perdus dans leurs pensées respectives.
-Anne-Laure? Je peux vous appeler Anne-Laure, n'est-ce pas? Vérifia-t-il.
-Bien entendu.
-Je suis très inquiet pour ma sœur.
-Je vous comprends… je suis inquiète moi aussi…
-D'autant plus que je ne comprends vraiment pas ce qui s'est passé ce soir. Vous serait-il possible, une fois de retour sur le campus, de me rapporter tout ce qui vous semblera suspect? Je ne suis pas un espion, ni même un agent de la CIA, mais je suis un homme d'affaire très riche et je suis persuadé que ceux qui ont voulu enlever Georgianna pourraient être tentés de recommencer s'ils découvrent où elle se cache. Il est possible qu'ils en viennent même à traîner sur le campus pour interroger ses amies et les membres du personnel. Si cela se produit et que vous en êtes témoin, appelez-moi immédiatement. Cela facilitera le travail du détective que je vais engager demain matin.
-Vous croyez réellement qu'ils pourraient recommencer?
-Qui sait!
-Et bien… pas de problème. Tant que j'ai vos coordonnées.
-Le chauffeur vous donnera l'une de mes cartes d'affaire demain matin.
-Très bien. Je vais remonter maintenant, mentionna Élisabeth avant de se lever et aller poser sa tasse dans l'évier.
Comme elle repassait devant lui, William lui bloqua le passage, lui saisit le bras, la tira vers lui et bloqua son visage à deux pouces du sien: vous savez, je pourrais tuer quiconque oserait faire du mal à ma sœur. Vous y compris Anne-Laure, la prévint-il.
-Euh, suis-je obligée de vous verser des droits d'auteur si j'utilise votre phrase dans mon roman? Blagua-t-elle en le dévisageant effrontément, j'ai compris monsieur Darcy, bredouilla-t-elle une seconde plus tard de plus en plus mal à l'aise.
Fuyant son regard, Élisabeth se mit à fixer une zone précise de son visage, là où une lampée de chocolat s'était posée et semblait la narguer.
-Chocolat, murmura-t-elle enfin croyant que ça l'aiderait à reprendre contenance, vous avez du chocolat juste là, lui montra-t-elle en posant son doigt juste au-dessus de sa lèvre supérieure.
Lorsqu'il la libéra pour s'essuyer avec sa main gauche, Élisabeth en profita pour prendre la fuite, consciente que s'il l'avait gardée une minute de plus contre lui, elle n'aurait pas pu résister à la tentation et se serait jetée sur ses lèvres.
… À suivre ….
Prenez un bon chocolat chaud à ma santé mesdames... du chocolat équitable évidemment...
En passant, avant de commenter, je vous invite à aller découvrir mon opinion sur ceux-ci (voir message personnel 2, sur mon profil).
Merci à toutes. Miriamme
