/!\ PETITE NOTE AVANT DE COMMENCER /!\

Beaucoup d'entre vous m'ont relancé à propos de ce chapitre qui a été, je le reconnais bien volontier, très long à venir.

Je tiens donc tout d'abord à m'excuser d'avoir été si longue, et j'aimerais d'autre part vous exposer les raisons de ce retard (vous avez, il me semble, parfaitement le droit de savoir pourquoi vous attendez autant). Il se trouve que je suis en khâgne et que, comme toute prépa qui se respecte, cette année est extrêmement chargée tant au niveau des cours que sur le plan du travail personel. J'ai 50 heures de cours par semaine, sachant que je quitte l'établissement chaque soir aux alentours de 19h et qu'il me reste énormément de travail à la maison. Mon week-end est extrêmement court, pour ne pas dire inexistant: j'ai 6h de devoir sur table tous les samedis et n'arrive donc chez moi qu'aux alentours de 16h, complètement vannée. Le dimanche est consacré, en priorité, à mes devoirs. J'ajouterais que la préparation des concours ne se fait pas seule et qu'il me reste donc très peu de temps libre.

Je tiens cependant à vous remercier de toutes vos reviews qui, même si elles se font parfois pressantes, ont su entretenir ma motivation à continuer cette fic malgré mon emploi du temps pour le moins infernal.

Je vous rassure également sur un point: même si les prochains chapitres seront probablement longs à venir, je ne compte certainement pas abandonner cette fic. D'une part parce que je m'amuse beaucoup à l'écrire, et d'autre part parce que la suite des évènements (et même la fin de l'histoire!) que j'ai déjà élaboré dans un coin de mon esprit me plaisent beaucoup trop pour que je me permette de tout laisser en plan sans rien mettre sur papier. Croyez-moi quand je vous dis que j'ai hâte d'arriver à la fin au moins autant que vous! ;)

J'espère tout de même que ce chapitre sera à la hauteur des vos attentes et qu'il vous donnera envie de lire la suite, quitte à patienter encore un peu que la prépa me libère un peu de temps libre (et qurtout qu'elle ne me tue pas! T.T)


« Regardez ce que nous avons là !

_ Quoi, c'est ça les invités d'honneurs ? Ils puent l'humain ! »

Crispant les poings, je jetais un regard polaire aux quelques monstres qui nous fixaient en ricanant. A mes côtés, Kuwabara, Kurama et Hiei ne pipèrent pas mot non plus, se contentant d'ignorer les quolibets des dizaines de monstres réunis ici.

Devant nous, la mer frappait le pied des falaises en rythme, mordant dans la roche comme un animal furieux. Le tableau flanquait la chair de poule : un troupeau de monstres difformes, tous plus hideux les uns que les autres, attendait l'arrivée d'un navire fantôme sous le couvert des arbres. Les ténèbres rongeaient les troncs, s'insinuant entre eux comme une coulée de mélasse infecte et putride. Certains combattants exhalaient des relents de mort à chaque respiration et je contins un frisson de dégoût en subissant toutes ces auras démoniaques.

Une main se posa soudain sur mon épaule. Je réprimais un sursaut en me maudissant, ayant pourtant senti Kuwabara approcher avant même qu'il n'ouvre la bouche.

« T'as vu la tête de ces types là ? Ca flanque la frousse ! » murmura-t-il à mon oreille et j'hochais nerveusement la tête.

Bon sang ! Kuwabara n'avait même pas idée d'à quel point j'étais d'accord avec lui ! Moi qui me vantais de n'avoir pas froid aux yeux, cette ambiance me mettait les nerfs en pelote ! La tension était presque palpable et je sentais des dizaines de regards s'attarder sur moi. Je savais que les trois autres subissaient le même examen, pourtant je ne pouvais m'empêcher de me sentir particulièrement visée. Ce n'est que lorsqu'un monstre laissa échapper un « Ils ont pensé au casse-croûte » ravi qu'un frisson d'effroi me parcouru l'échine, réalisant avec horreur que tous me regardaient avec une lueur de gourmandise au fond des yeux.

Refoulant l'envie primaire de montrer les dents je reculais imperceptiblement, mes muscles tendus à l'extrême, prête à vendre chèrement ma peau. Bande de dégénérés ! Ils me lorgnaient tous comme si j'étais leur prochain apéritif ! Et puis quoi, encore ? Une moue furieuse déforma mes traits comme plusieurs d'entre eux se pourléchaient déjà les babines. Je me faisais l'effet d'un quartier de viande balancé devant une meute de chiens affamés. Insupportable !

A ma gauche Hiei lança une œillade méprisante à ses congénères, refroidissant ainsi leurs ardeurs. Je poussais un discret soupir alors que je sentais son aura s'agiter. Nul doute qu'il crevait d'envie de tous les tuer : il n'appréciait pas franchement d'être mis dans le même sac que le premier humain venu. Depuis que nous nous étions rejoins à l'orée de la forêt Gayami il n'avait pas pipé mot, se contentant d'acquiescer ou de protester d'un simple regard. Il était redevenu le Hiei du premier soir, impénétrable et effrayant, prêt à mordre si on l'approchait de trop près. J'avais souris en pensant qu'il avait laissé tombé le mode ouvert pour le mode combat.

Kuwabara, fidèle à lui-même, combattait son anxiété en multipliant les remarques idiotes, les fanfaronnades et les blagues vaseuses, comblant tant bien que mal le silence pesant qui s'était abattu sur nous. Personne ne lui intima l'ordre de se taire, pas plus que nous ne fîmes attention à ce qu'il racontait. Il n'avait de toute façon pas besoin qu'on l'écoute.

Kurama, quant à lui, n'avait pas l'air inquiet outre mesure. Comme Hiei, il avait fermé son visage et n'exprimait plus rien d'autre qu'un calme sérieux. Leur aura était bridée, comme un fauve tenu en laisse. Dans ses yeux verts, je pouvais presque voir défiler les réflexions qui agitaient son cerveau. Il évaluait la force de chacun, cherchait les failles, établissait des plans sur la comète. Je frémis en pensant que lui aussi avait revêtu un masque. Le gentil Kurama un peu fourbe et sadique sur les bords, au caractère tempéré et conciliant s'était fait la malle avec sa tronche de playboy. Et sur ce même visage je découvrais un faciès indéchiffrable, complètement hermétique à toute émotion, et une aura effrayante, prête à tuer sans la moindre hésitation.

L'écart entre les deux renégats et moi me revint en pleine face avec la brutalité d'un boomerang lancé à l'arbalète. Les combats, le sang et le danger permanent, tout ça, ils connaissaient très bien. Cet univers leur était familier et ils y évoluaient avec une aisance qui me fit froid dans le dos. Malgré leur immobilité et leur visage figé, chacun pouvaient sentir la menace sous jacente : « approche d'un peu trop près et je te promets mille morts atroces ». Ils dégageaient un je-ne-sais-quoi d'écrasant, une tension qui réveillait en moi un instinct presque animal, un vieux réflexe de survie enfouit très profondément sous la surface. J'avais envie de courber l'échine comme un loup devant le chef de la meute, de tendre le cou en signe de soumission et d'attendre le verdict, espérant survivre. Réaliser cela me secoua rudement et je me flagellais mentalement d'avoir de telles pensées. Je n'étais pas faible, nom d'un chien !

Non, me souffla une petite voix aux fond de mon crâne, ce sont eux qui sont trop forts.

Je pestais intérieurement contre cette foutue raison qui me soufflait ce que je préférais ignorer délibérément et tâchais de me raisonner. Détournant le regard d'un monstre dont la tête était à l'envers sur ses épaules, je croisais le regard de Kurama. Son visage se dégela un quart de seconde, le temps de m'adresser un discret sourire qui se voulait encourageant. Je fuis son regard en pestant dans ma barbe et me rapprochais de Kuwabara, entamant une conversation plus destinée à m'occuper l'esprit qu'autre chose. Sa méthode pour combattre l'anxiété s'avéra être efficace puisque je me détendis petit à petit jusqu'à avoir l'esprit plus clair. Soufflant un bon coup, je me livrais à mon activité préférée : râler.

« Mais bon sang qu'est-ce qu'il fout ? C'est pas le moment d'être en retard ! »

Kuwabara acquiesça d'un signe de tête entendu.

« Ne t'inquiètes pas, Haru. Si Urameshi ne vient pas, je me battrai pour deux ! »

Sur ce il partit d'un éclat de rire sonore en vantant sa sublime force et sa future notoriété dans le monde des ténèbres. Contenant une moue moqueuse, je jetais un regard désespéré aux deux renégats. Kurama leva les yeux au ciel – je devinais l'ombre d'un sourire amusé au coin de ses lèvres – et Hiei émit un « peuh » dédaigneux que Kuwabara ne manqua pas d'entendre. Le rouquin le toisa de toute sa hauteur, une grimace provocatrice sur le visage.

« T'as un problème, le nabot ? »

Sans décroiser les bras ni bouger d'un seul centimètre, Hiei le dévisagea froidement.

« Epargne-nous tes fanfaronnades et économise ton énergie. Quelque chose me dit que tu vas en avoir besoin. »

Ce disant, il coula un regard vers moi et je saisis le message : sa petite tirade valait pour moi aussi. Puérilement, je lui adressais une grimace contrite et me réfugiais auprès d'un Kurama dont l'amusement transparaissait de plus en plus. Une fois certaine que Hiei ne tenterait aucune vengeance, je m'autorisais un soupir soulagé : la tension qui pesait sur nous venait de descendre de quelques degrés, ce qui me fit un bien fou.

Toujours bien planquée derrière Kurama, je ne remarquais pas le regard contrarié de Hiei. Regard qui n'échappa pas au bandit aux yeux verts dont les prunelles brillèrent d'un éclat espiègle.

« Dis-moi, Haru… » murmura-t-il au creux de mon oreille, s'attirant une dizaine de regards intrigués de la part des quelques monstres qui nous surveillaient de près.

Je frissonnais désagréablement en reconnaissant le timbre de sa voix. Ce genre de timbre là, il ne le prenait que dans des situations particulièrement amusantes, lorsqu'il avait quelque chose de croustillant entre les pattes et qu'il crevait d'envie de me titiller avec. Levant un regard incertain vers lui, je rencontrais l'ombre d'une mimique mi-amusée mi-narquoise sur son visage. Un horrible frisson me parcouru tandis que je baragouinais un « oui ? » incertain.

Kurama dû sentir ma méfiance car il camoufla un léger rire en toux, ses yeux verts pétillants d'amusement.

« Il s'est passé quelque chose de spécial entre Hiei et toi, ces derniers jours ? »

Surprise, je le dévisageais, une pointe de méfiance luisant dans mon regard. Je pensais illico à notre dernière séance d'entraînement, à la sensation de l'aura de Hiei mêlée à la mienne, et rougis lamentablement. Détournant la tête, je pestais dans ma barbe contre les foutus bandits qui savaient toujours tout sur tout et qui s'amusaient pourtant à poser des questions idiotes, rien que pour le plaisir de mettre les gens mal à l'aise. Et mal à l'aise, ça, je l'étais ! D'autant plus que le regard de Hiei me vrillait l'arrière du crâne comme s'il espérait y percer une flanquée de trous ! Les yeux de Kurama naviguèrent de l'un à l'autre, un discret sourire esquissé sur ses lèvres, l'air un brin moqueur et particulièrement fier de lui. Je grondais en le fusillant du regard, le mettant au défi d'ajouter quoi que ce soit. Il n'en fit rien et se contenta de détourner les yeux, la commissure de ses lèvres frémissant légèrement, signe qu'il réprimait un nouveau sourire.

Pestant dans ma barbe, je le plantais là et allais bouder contre le premier arbre venu. Kuwabara me rejoignit quelques secondes plus tard et entama une conversation à laquelle je me joignis de bon cœur, trop heureuse d'échapper au regard pesant de Hiei et celui, entendu, de Kurama.

Enfin, un murmure sourd monta de la foule et se tu tout aussi sec, laissant place au grondement rauque d'une voix grave et éraillée. Je du me dévisser le coup pour apercevoir un vieux marin trapu à la barbe hirsute et à la bouche édentée. Les entournures de ses vêtements étaient effilochées et quelques lambeaux pendaient lamentablement sur ses flancs. Plissant les yeux, je détaillais sa peau cireuse tachée par la crasse, le sel et parfois même le sang. Kuwabara le remarqua aussi et grimaça horriblement, visiblement peu emballé à l'idée de traverser l'océan sous le commandement d'un type dans son genre. Un sourire ironique m'échappa lorsque je réalisais que dorénavant, nous ne fréquenterions plus que ça.

Du coin de l'œil, je vis Kurama et Hiei se rapprocher de nous, leur visage définitivement fermé et les sens à l'affût.

Le marin avait retiré sa pipe de sa bouche et s'amusait à la faire tourner entre ses doigts calleux.

« Messieurs, il est temps d'embarquer ! » clama-t-il très haut, suscitant une vague d'enjouement parmi les équipes.

Déglutissant difficilement, je jetais un coup d'œil aux alentours. Bon sang ! Urameshi n'était pas encore là ! Comme s'il avait lu dans mes pensées, Kuwabara s'agita.

« Eh, minute ! Il nous manque toujours un concurrent ! Il…

_ S'il n'est pas là au moment du départ, le règlement considère ça comme un abandon. » trancha le marin d'une voix sèche qui n'admettait pas la réplique.

Kuwabara en eu la voix coupée et le regarda avec des yeux ahuris, l'air hagard. Hiei serra les poings et Kurama se tendit tandis que les monstres alentours se réjouissaient de pouvoir nous faire la peau avant le début des festivités. Je les fusillais allègrement du regard. Non mais c'était quoi ce règlement bidon ? Ca le tuerait d'attendre encore quelques petites minutes, l'ancêtre ? J'ouvris la bouche pour protester quand une voix bien connue me coupa dans mon élan.

« Désolé les gars ! Je suis en retard. »

Ahurie, je me retournais vivement pour découvrir un Yusuke tout sourire, pas le moins du monde gêné par son arrivée en fanfare. Au contraire, il sourit de plus belle en s'approchant de nous.

« Ben vous en faites, de ces têtes. Qu'est-ce qu'il y a ? »

Incapable de dire un mot, j'ouvrais et fermais la bouche comme un poisson hors de son bocal. Cet imbécile fini se pointait en retard et il osait sourire comme un niais en demandant ce qui n'allait pas ? Mais on marchait sur la tête, ma parole ! J'allais lui répondre vertement quand Yusuke recula vivement, évitant l'épée de Hiei qui siffla juste sous son nez.

Un quart de secondes, je priais pour que la lame atteigne son but. Juste histoire de donner une bonne leçon à ce crétin des îles !

S'ensuivit un enchaînement d'attaques de plus en plus rapides, si rapides que j'avais presque du mal à les suivre.

« Mais… Ils sont fous ou quoi ? »

J'approuvais Kuwabara d'un signe de tête absent, toujours absorbée par mes réflexions punitives à propos de ce crétin congénital pas fichu de capter qu'il fallait se bouger les miches. Hiei et Yusuke s'agitaient comme de beaux diables, le premier attaquant l'autre sans relâche, de plus en plus vite, de plus en plus violemment. Tout s'arrêta soudain lorsque Yusuke bloqua la lame entre trois de ses doigts.

« Drôle de manière de me saluer ! »plaisanta-t-il en relâchant l'épée sous la moue satisfaite de Hiei.

« Pas mal… » admit ce dernier.

« Je vois que tu as fait quelques petits progrès. »

A côté de moi, Kuwabara manqua s'étouffer.

« Quelques petits progrès ? Nan mais vous plaisantez, là ! Il est devenu super balèze ! »

Sur le coup je ne pu rien ajouter de plus, trop ahurie pour ramener ma fraise. Je me contentais de regarder successivement Hiei, puis Yusuke et, quand j'assimilais enfin ce qui venait de se passer sous mon nez, je me jetais sur lui en beuglant comme une sourde.

« Triple crétin ! S'pèce de méga andouille trop cuite de la cervelle, farce de dindon des Alpes ! Où est-ce que t'as appris tout ça ? »

Yusuke éclata de rire tandis que j'accumulais les noms d'oiseau tous plus recherchés les uns que les autres. Il me repoussa finalement, les larmes aux yeux, avant d'enfin calmer son fou rire.

« Tu changeras jamais, toi, hein ? » se marra-t-il en me jetant un regard amusé.

Sa remarque me passa laaaargement au dessus du cigare. Mais l'intéressé n'en eu cure : il se contenta de m'adresser un clin d'œil entendu et porta un doigt à sa bouche en signe de secret. Je grognais pour la forme, agacée, et l'attrapais férocement par le col, fermement décidée à lui tirer les vers du nez.

« Yu-su-keeeee… »

Enorme sourire sur sa face d'abruti et silence radio.

Frustrée de n'obtenir aucune réponse, je gonflais les joues en grognant. L'animal avait une grande gueule qu'il était bien décidé à garder fermée. Pour une fois que je lui demandais de l'ouvrir ! Bien. Très bien. Au fond, je m'en foutais. Il pouvait tout aussi bien s'être entrainé aux Bahamas avec des ours en peluche si ça lui chantait, je m'en tamponnais le coquillard avec une patte de monstre.

« OK d'acc', tu ne me dis rien. »

Je laissais planer un moment de silence où Yusuke sentit venir ce qui allait lui tomber sur le coin du museau. Il sourit d'anticipation tandis que je me raffermissais ma prise sur son col, certainement pas prête à abandonner le morceau.

« Mais ? » demanda-t-il, plus pour s'amuser que par réelle curiosité.

J'inspirais profondément, fermais les yeux et les rouvrit brusquement. Ma main tremblait sous l'excitation.

« Mais je veux un duel ! » exigeais-je comme une gamine devant un magasin de jouets, et le sourire qu'arbora le brun à cet instant précis me laissa deviner qu'il s'attendait à ce que je lui demande ça.

« Un duel ? » s'étonna-t-il faussement.

« Mais pourquoi ?

_ Fais-pas l'imbécile ! Alleeeeeez Yusuke, t'es devenu vachement plus fort ! Tu peux bien m'accorder un petit combat, non ? En souvenir du bon vieux temps ? »

Ce disant je lui adressais ma mimique la plus charmeuse, ouvrant de grands yeux suppliants où brillaient déjà quelques larmes. Le sourire dont il se fendit ne me laissa augurer rien de bon, mais je n'y pris pas garde. Bon sang ! Yusuke avait fait de tels progrès en si peu de temps ! Je sentais son aura pulser dans ses veines, prête à exploser à la moindre anicroche. C'était… grisant. Je voulais y goûter. Voir ce que je valais face à cette nouvelle force et, peut-être plus encore, affronter encore une fois mon compagnon de baston sachant que les données avaient changées. Il était rudement plus fort et nom de dieu, je crevais d'envie de me mesurer à lui !

Yusuke perçut tout mon raisonnement à travers mes prunelles brillantes d'excitation et frémit à son tour. Cette excitation face à l'adversaire, ce sentiment d'euphorie absolue au combat, tout ça, il connaissait aussi bien que moi. Peut-être même mieux. Et je devinais au fond de ses yeux que lui aussi bouillait d'envie d'évaluer mes récents progrès. Je lui adressais à mon tour un sourire mesquin et le relâchais doucement.

« Marché conclu ? » demandais-je en tendant une main dans laquelle il tapa vivement, un sourire identique au miens sur les lèvres.

« Tu vas morfler, Haru. »

Je le regardais, sceptique, avant de lui adresser une grimace puérile en me détournant.

« On verra ça, vantard ! »

Tout le temps que dura notre échange, les monstres alentours fixèrent Yusuke avec appréhension, crainte, ou défi. Certains se retrouvèrent à discuter en bande pour comploter à propos de je ne savais quel plan foireux pour zigouiller le vainqueur de Rido et d'autres, plus prudents, se contentèrent d'observer le moindre de ses mouvements. Visiblement, Yusuke était plutôt connu dans le milieu des ténèbres. Haussant les épaules, je reportais mon attention sur notre petit groupe.

Kuwabara et Kurama s'étaient approchés à leur tour et saluaient Yusuke, le premier avec son habituel sourire calme et le second à grands coups de beuglantes. Beuglantes qu'il stoppa momentanément en avisant l'espèce de nain qui suivait Urameshi. Et quand je dis un nain, c'était le genre de demi-portion que même Hiei regardait de haut. Autant dire qu'il battait des records. Le rasibus en question portait une tunique rouge par-dessus un ensemble blanc, le tout ceint à la taille par une ceinture verte. Sa tenue n'avait, en soi, rien de spécial. Pour peu qu'on omette le turban qui dissimulait entièrement son visage, assombrissant jusqu'à l'éclat de ses yeux.

Ses épaules étaient étroites, ses membres trop fins et trop courts. Sa carrure n'avait strictement rien d'impressionnant et il donnait l'impression de pouvoir être balayé d'un simple coup de pied. Il ne parlait visiblement pas et tous, Kurama compris, nous le regardâmes d'un œil à la fois ahuri et sceptique.

Quoi, c'était ça le cinquième membre de notre équipe ?

Il ne me fallu pas plus de cinq secondes pour y aller de mon grain de sel.

« Hep, minute là ! Ce truc , c'est tout ce que t'as trouvé ? »

Yusuke se contenta de me gratifier de son habituel sourire niais, celui qui signifiait très clairement qu'il planait à milles mètres au dessus du sol et qu'il ne voyait absolument pas en quoi le fait qu'il ait ramené un nain – qui, de surcroît, avait l'air plus faible que moi – en guise de cinquième combattant puisse poser problème.

« T'inquiètes ! Il est plus que fiable. »

Incapable de déterminer si Yusuke était stupide ou vraiment con, ou même frappé de naissance, je me contentais de le fixer, ahurie, partagée entre colère et vexation. Non mais sans blagues ! A ce compte-là, j'aurais très bien pu combattre ! En quoi ce rase-motte sans force ni aura était-il plus qualifié que moi pour botter les fesse d'une bande de monstres sanguinaires ?

Mon irritation dû transparaître sur mon visage car Kurama m'adressa un sourire faussement désolé. Quant à Hiei, fidèle à lui-même et à son sale caractère, il snoba le schtroumpf enturbanné en affirmant haut et fort que de toute façon, Yusuke et lui suffisaient pour nous assurer la victoire. Je lui adressais une superbe moue désabusée, le genre pas convaincue pour un sou et clairement agacée de ses fanfaronnades.

Finalement, nous embarquâmes. Je pris garde à ne pas me séparer des autres, suivant Kuwabara comme son ombre. De nous tous, c'était lui le plus grand. Pour sûr, j'aurais eu du mal à me planquer derrière Hiei ! Retenant un rire à cette pensée, je mis un pied sur le pont et tanguais immédiatement sous les remarques moqueuses de Yusuke.

« Alors Haru, pas le pied marin ? »

Je lui en ficherai, moi, du pied marin ! Mes pompes sur ses fesses, oui ! Je lui répondis bien gentiment d'aller se faire voir avant d'aller m'assoir sur la rambarde qui bordait le pont. Ainsi posée en équilibre, je priais pour ne surtout pas rendre mon dîner pendant la traversée. Les autres me rejoignirent, chacun prenant place qui accoudé, qui accoté, ou qui debout sur la rambarde, dans le cas de Hiei. Sûrement voulait-il dépasser les un mètre vingt au moins une fois dans sa vie ? Cette fois-ci je ne pus retenir un sourire goguenard que Kurama ne loupa pas. Une fausse quinte de toux me parvint quand il comprit ce à quoi je venais de penser.

Enfin, nous quittâmes la côte. Je me retournais sensiblement, suivant des yeux les falaises qui s'éloignaient de plus en plus jusqu'à totalement disparaître à l'horizon. A ma gauche, Kuwabara fit de même en silence. Deux minutes plus tard, Yusuke s'était endormi sur le pont et ronflait comme un sonneur. Je cognais Kuwabara du coude en désignant le brun du menton, regrettant de n'avoir pas pensé à emporter un marqueur, juste histoire du lui gribouiller les joues. Le rouquin approuva en rigolant. Tout autour de nous, plusieurs groupes de monstres s'étaient formés. Certains restaient par équipe, d'autres se regroupaient par affinités. Quelques-uns commencèrent même à se battre pour le fun, s'attirant une œillade méprisante de Hiei. Jetant un discret coup d'œil sur ma droite, je vis Kurama trifouiller dans une bourse identique à celle qu'il m'avait donnée au tout début de mon entraînement.

« Qu'est-ce que c'est ? »

Le rouquin releva les yeux un quart de secondes, juste le temps de m'adresser un léger sourire, avant de se replonger dans sa tâche.

« Des graines. Comme je n'étais pas sûr de trouver tout ce qu'il me fallait sur l'île, j'ai fais des réserves. »

Comme je n'avais rien d'autre à faire – et que je détestais par-dessus tout m'ennuyer – je lui demandais de m'expliquer quelles étaient les vertus de chaque pousse, quelles plantes elles engendraient, quel usage on pouvait en avoir. Kurama répondit à toutes mes questions de bonne grâce, lui aussi heureux d'avoir quelque chose à faire pour tromper l'ennui. Kuwabara nous écouta quelques minutes avant de se désintéresser totalement de la conversation en râlant que flûte, si nous avions quitté l'école ce n'était pas pour y revenir maintenant ! Du haut de sa balustrade, Hiei nous jetait parfois quelques coups d'œil, suivant l'échange d'une oreille distraite. Quant au guerrier masqué, il ne dit pas un seul mot, se contentant de rester bien sagement à l'écart. Les premières heures s'écoulèrent donc paisiblement, rythmées par les ronflements de Yusuke, les murmures des monstres alentours, le remous des vagues et les explications de Kurama. Ce fut la voix du vieux marin qui nous tira de notre torpeur, aussi rauque et grinçante que des pierres agitées dans un sac.

« Messieurs, afin d'agrémenter votre voyage d'un peu de piquant, nous allons procéder à un tour éliminatoire ! »

A ces mots la quasi-totalité des passagers émirent des exclamations incrédules et furieuses.

« Des épreuves éliminatoires ? Qu'est-ce que c'est que cette histoire ?

_ On était censés tous participer au tournoi ! »

Le vieux marin ne prit même pas la peine d'écouter leurs protestations. Levant une main impérieuse devant lui, il haussa le ton.

« A vrai dire, presque toutes les équipes qui participeront au tournois sont déjà sur l'île. Ne reste plus qu'une seule place. Vous allez tous vous affronter ici-même; l'équipe qui sortira vainqueur de ce premier tour aura le droit de participer au tournoi. »

A peine sa phrase terminée, le bateau se mit à trembler sous nos pieds. Je pestais en tentant tant bien que mal de garder mon équilibre qui, déjà bien mis à mal par le remous des vagues, en prenait un sacré coup avec ce mini-séisme improvisé ! Hors de question que je me vautre comme la dernière des loques ! Mon orgueil ne s'en remettrait pas. Tandis que je jurais entre mes dents serrées, un énorme ring surgit entre les deux flancs du navire qui s'écartèrent sous nos pieds. L'espace d'un instant, je restais muette d'étonnement. Un ring… sur un bateau. Et quel ring ! La vache ! Je n'en avais jamais vu d'aussi grand ! Circulaire, tout en pierre, il nous surplombait de son ombre menaçante, défiant quiconque de gravir la quelque vingtaine de marches qui le séparaient du pont.

Il fut décidé qu'un seul combattant de chaque équipe affronterait les autres. Le dernier debout serait le vainqueur. Nous nous entre-regardâmes. Qui donc allait représenter notre équipe ? Je soupirais de déception, me sachant éliminée d'office. En tant que simple spectatrice, je ne faisais pas partie de leur équipe et ne pouvais donc pas combattre. Et de toute façon, quelque chose me disais que mes deux monstres de chaperons en titre m'en auraient empêchée. Vraiment, quels rabat-joies ! Ne restaient alors plus que Hiei, Kurama, Kuwabara et le guerrier masqué, Yusuke n'étant visiblement pas décidé à sortir de son hibernation. Le débat fut bref : à peine Hiei et Kuwabara eurent-ils échangé quelques piques bien senties que le guerrier masqué s'avança sans un mot. Personne ne le retint. Kurama avança l'idée que nous pourrions ainsi cerner un peu mieux la force de ce mystérieux coéquipier, ce à quoi Hiei répondit en haussant les épaules, ajoutant ensuite qu'en cas de défaite, il se ferait une joie de tuer tous les autres participants. Ainsi plus personne n'aurait rien à redire, non ? Malgré le côté barbare de sa remarque, je me surpris à penser que son raisonnement avait du bon. Après tout, cet univers était complètement différent de celui que je côtoyais la veille encore. Désormais, c'était la bonne vieille règle du « tuer ou être tué » qui primait, et je ne comptais certainement pas laisser quelques principes passés de mode me coûter la vie ! Aussi acquiesçais-je sans un mot et regardais le guerrier masqué monter sur le ring de sa démarche tranquille.

Tous les autres candidats se tournèrent immédiatement vers lui, et je déglutis en constatant à quel point il avait l'air ridicule, du haut de ses un mètre trente, face à tous ces monstres. Jetant un rapide coup d'œil aux autres, je constatais que la même réflexion leur était venue à l'esprit. Kuwabara serrait les dents, crevant sûrement d'envie de remplacer le nain enturbanné. Kurama pinçait les lèvres et sondait le ring du regard, stoïque mais appréhensif. Quant à Hiei, nul doute que pour lui, le guerrier était déjà mort. Sa main posée tout près de la garde de son épée laissait deviner son état alerte et son esprit combatif. Pour ma part, je n'en menais pas plus large. L'aura de notre nain de coéquipier avait beau être parfaitement sous contrôle, je n'en restais pas moins sceptique quant à ses chances d'en ressortir indemne. C'est pourquoi lorsque le signal de départ fut lancé, j'observais, ahurie, la silhouette du guerrier masqué disparaitre pour réapparaitre quelques mètres plus loin, juste derrière le dos massif d'un monstre de plus de six fois sa taille. Monstre qui valdingua telle une boule de bowling dans des quilles quelques fractions de secondes plus tard, emportant dans son sillage une bonne dizaine de ses potes dans un joyeux mélange de bras, de jambes, de crocs et de griffes. A peine eurent-ils dégringolés du pont que le guerrier repartit à l'assaut. La trentaine de monstres restants volèrent en tout sens, l'air bête et le cerveau incapable d'enregistrer ce qui venait de leur tomber sur le coin du museau, tous gratifiés d'une superbe boule d'énergie qui leur broya qui les côtes, qui les membres ou le crâne.

J'hallucinais !

Notre nain de coéquipier, celui-là même qui avait l'air si frêle et inutile, venait de mettre au tapis plus de trente monstres taillés comme des armoires à glace en à peine deux coups ! Il les avait littéralement éjectés hors du ring, certains avaient même valdingué jusque dans la mer ! A ma gauche, je vis Kuwabara ouvrir des yeux effarés, un doigt pointé bêtement en direction du guerrier qui redescendait les marches du ring comme si de rien n'était. Ce n'est que quelques secondes plus tard que je réalisais que je le fixais avec ce même air ahuri, la bouche grande ouverte et la mine particulièrement stupide. Juste à l'instant… c'était bien le shot-gun de Yusuke qu'il avait utilisé, non ?

Finalement, ce fut Kurama qui brisa notre silence abasourdi d'une quinte de toux amusée.

« Eh bien… je comprend maintenant pourquoi Yusuke s'est endormi si paisiblement. »

Fermant la bouche, je ne pu m'empêcher d'acquiescer d'un hochement de tête laborieux. La vache ! Il était balèze pour un nain de jardin ! Je m'abstins cependant de tout commentaire. Par expérience, je savais que les demi-portions avaient mauvais caractère. Coulant un regard vers Hiei, je ne pu retenir une moue désabusée. Pour sûr ! Question caractère de merde, il battait tous les records et haut la main ! Mais je n'étais pas assez sotte pour le lui faire remarquer.

Du haut de sa balustrade, l'intéressé émit un reniflement dédaigneux. Je le soupçonnais d'être vexé de la facilité avec laquelle cette espèce de rase-motte sorti de nulle-part venait d'éclater ses adversaires. Une sacrée bande de rigolos, d'accord, mais le guerrier venait de s'octroyer le beau rôle dans cette affaire. Et ça, notre pote le schtroumpf grognon appréciait moyen. Quoi qu'il en soit, il n'émit pas d'autre commentaire et se contenta de détourner la tête, comme si le guerrier n'avait aucune espèce d'intérêt à ses yeux et qu'il ne méritait pas qu'on lui accordât une quelconque attention.

L'espace de quelques secondes, j'envisageais de lui balancer une bonne vanne en pleine poire, le genre bien cinglante qui l'aurait fait sortir de ses gonds plus vite qu'un diable hors de sa boite, mais la tension soudaine qui s'abattit sur nous m'arrêta net dans mon élan. D'un commun accord, tous les monstres présents sur le navire se tournèrent vers nous, toutes griffes dehors et prêts à en découdre. Visiblement, Hiei n'était pas le seul à avoir eu la bonne vieille idée du massacre collectif. Toutes leurs auras meurtrières, mêlées les unes aux autres, se firent écho et me percutèrent de plein fouet. Je les ressentais toutes, chacune d'entre elles, vibrer jusqu'à l'intérieur de mes os, éclater dans mes veines et gonfler mes artères de leur long bourdonnement sinistre. Les pulsions meurtrières qu'ils dégageaient étaient si fortes que ma respiration se coupa. Un long frisson d'excitation remonta le long de mon échine, me remuant jusqu'aux entrailles.

Enfin, je me retrouvais en terrain connu.

Cette adrénaline qui déferlait dans mes veines, cette sensation des muscles qui se tendent, près à réagir au moindre signe, au moindre danger, cette appréhension, ce léger nœud dans l'estomac et ce fourmillement dans les poings qui ne cessera qu'une fois le premier coup parti… Je me laissais envahir par l'ivresse du combat à venir, me détachant inconsciemment de la rambarde et courbant mon corps en position offensive, prête à bondir. Plus rien ne comptait dès lors. Seulement moi et cette bande de tarés. Moi et cette euphorie qui me gagnait peu à peu. Je remarquais à peine Kurama et Kuwabara se placer à mes côtés, tous deux prêts au combat. Ce fut Hiei qui me tira de la douce torpeur où me plongeait l'adrénaline. D'un pas calme et mesuré, il descendit de la rambarde et vint se placer devant moi, ses yeux fixés droit devant lui, défiant les monstres présents d'attaquer avant qu'il n'ait fini de parler.

« Tâche de ne pas te faire tuer par ce genre de minables. »

Un rictus m'échappa.

« Pour qui tu me prends, schtroumpf grognon ? »

Il coula un regard vers moi, à la fois agacé et clairement hautain.

« Pour une triple imbécile qui plonge tête la première dans les ennuis. »

Ce fut le signal de départ. D'un commun accord, tous les monstres présents sur le navire se ruèrent sur nous en hurlant. Hiei émit un « tch » dédaigneux, n'appréciant guère d'être coupé en plein milieu d'une discussion par une bande de minables de leur envergure. Il en trancha une bonne partie en quelques coups rapides et précis, me laissant en plan avec ma réplique venimeuse en travers de la gorge. Désormais furax de m'être vue privée du plaisir d'avoir le dernier mot, je plongeais moi aussi dans la bagarre, distribuant coups de poing et passes en tout genre, m'amusant à tester mes nouvelles capacités de temps à autres. Je comparais ma vitesse à celle des diverses espèces de monstres présentes, évaluait la puissance de leur aura et me rengorgeais de chaque mise au tapis. Bon sang ! Ma petite expérience avec le Sekai n'était ni un rêve, ni une heureuse coïncidence ! J'étais bel et bien devenue plus forte ! Et c'était le pied total.

Mon petit manège ne passa pas inaperçu aux yeux de Kurama qui se rapprocha brièvement de moi, un sourire amusé aux lèvres, comme s'il regardait un chaton découvrir ses griffes sur une pelote.

« Dis-moi Haru, tu te bats ou tu t'amuses ? »

Ce disant, il mania son fouet de manière à faucher les jambes d'un monstre qui, privé de support, s'écroula lourdement au sol. J'haussais un sourcil en le regardant se tortiller dans la poussière, s'évertuant à éviter les coups de fouet successifs qui menaçaient de le découper en rondelles comme un gigot. Et c'était moi qui jouais avec la nourriture ? Jetant un regard significatif au bandit légendaire, je lui arrachais un rictus ironique qui se teinta d'amusement comme sa proie émit un glapissement affolé tandis que la vitesse des coups portés par le rouquin s'accentuait. Bientôt, le rose whip lui trancha la gorge d'un coup net et précis, et je grimaçais de dégoût à la vue du sang pourpre qui s'écoula de la plaie béante. Vraiment, je détestais cette teinte noirâtre.

Le combat se poursuivit à une vitesse hallucinante, les monstres affluant par vagues successives, comme pressés de se faire tuer. Je sautais, esquivais, cognais, tranchais, parvenais même à piquer deux ou trois victimes à Kurama. Ce devint presque un jeu : la lueur contrariée qui s'allumait dans ses yeux lorsque je lui soufflais ses proies sous le nez était impayable ! En contrepartie, il s'amusa à entraver mon chemin de son fouet, me piquant le double des victimes dont je l'avais privé. Un peu plus loin, Kuwabara faisait de grands moulinets avec son épée, tout jouasse à l'idée d'enfin montrer sa puissance. J'haussais un sourcil en découvrant la nouvelle forme de son épée astrale : sa lame s'agrandissait et se rétractait à volonté. Il parvenait même à en modifier la forme et la consistance ! Dans un coin de mon esprit, je notais que Kurama était plutôt bon prof… quoique pour rien au monde je ne me serais risquée à lui demander des cours. Le masochisme, très peu pour moi.

En parlant de douleur, mon tortionnaire attitré s'agitait à quelques pas de moi, sa lame me sifflant parfois sous le nez à une vitesse hallucinante. Tout autour de lui, les membres tranchés volaient par dizaines, peut-être même par centaines, suivis d'une corolle de sang pourpre qui s'accumulait sur le sol, rendant la progression difficile et glissante. Je restais un instant bouche-bée, à peine consciente des monstres qui m'assaillaient de toute part. Je savais parfaitement que Hiei était fort. Bon sang ! J'en avais conscience plus que quiconque. Mais le spectacle que j'avais sous les yeux avait quelque chose de fascinant. Cette manière dont la lame dansait entre les corps, tranchait dans la chair vive et ressortait aussi vite qu'elle y était rentrée, son mouvement lascif et fluide, son éclat scintillant que même le sang ne parvenait pas à étouffer, tout cela m'hypnotisait. Et au milieu de cette danse macabre, Hiei lui-même, dont les mouvements, rapides et précis, ne manquaient jamais leur cible. Je réalisais alors à quel point Hiei avait changé. A quel point il m'avait paru normal pendant tout ce temps passé ensemble de voir ses yeux s'allumer de rage, d'agacement, de moquerie et même, parfois, d'amusement. Autant d'expressions insignifiantes et pourtant tellement humaines. A présent ses yeux n'exprimaient plus rien. Ses traits étaient fermés, tout son corps figé dans cette posture offensive qui ne laissait plus personne l'approcher de trop près. Il était redevenu ce Hiei étranger, inaccessible et susceptible de s'évanouir dans la nature aussi facilement qu'un coup de vent. Et malgré moi, je sentis un sourire à la fois désabusé et reconnaissant fleurir sur mes lèvres. Il m'avait fallu du temps, mais je venais de comprendre ce que sous-entendait Kurama lorsqu'il disait que Hiei était un chic type. Un peu étrange et carrément insupportable, avec un caractère de merde et une maladresse souvent agressive, mais un chic type tout de même. Cette façade impassible qu'il arborait à l'instant s'était fissurée peu à peu sous nos yeux. J'avais appris à le connaître, à regarder à travers ce masque qu'il brandissait comme une défense de tous les instants. Et j'avais découvert un personnage certes peu délicat, au caractère bien trempé et à la personnalité affirmée, parfois même venimeuse, mais doté d'un je-ne-savais-quoi d'attachant, parfois attentionné l'air de rien, à sa manière, toute maladroite qu'elle fût. Hiei était un personnage difficile à cerner, mais qui ne me déplaisait pas. Même s'il avait souvent tendance à m'agacer prodigieusement avec ses airs supérieurs !

Abimée dans mes pensées, je baissais inconsciemment ma garde. Ce ne fut que lorsqu'un monstre trois fois plus grand que moi, recouvert d'écaille et de cornes d'os, perça ma défense que je réalisais ma bévue. Je jurais entre mes dents. Ses griffes étaient désormais trop près pour esquiver. Une seule solution : encaisser. Plaçant mes bras en position défensive, tous les muscles de mon corps tendus à l'extrême, je serrais les dents en attendant le coup à venir. L'air siffla comme les griffes acérées fondaient sur moi. Encore quelques secondes et elles perceraient la chair de mes flancs.

Soudain, un éclair fila devant mes yeux, suivit de cette même corolle de sang qui s'étendit, gracieuse, comme un arc-en-ciel liquide dans la nuit noire. Le monstre hurla tandis que son bras retombait quelques mètres plus loin. Ouvrant de grands yeux surpris, je rencontrais le regard agacé de Hiei. Epée en main, sa lame dégoutant de sang, il me fixa un quart de seconde avant de reporter son attention sur le monstre enragé qui se préparait à charger.

« Ne reste pas dans mes pattes. » éructa-t-il en brandissant son arme, prêt à achever son adversaire.

Outrée, j'ouvrais grand la bouche mais ne trouvais rien à répliquer, trop soufflée pour trouver une quelconque réplique brillante. Non seulement cette espèce de demi-portion me piquait ma proie mais en plus il osait me congédier comme on renverrait une gamine ? Je lui aurais bien hurlé que flûte, je me débrouillais très bien sans lui et que ce n'était pas une petite griffure de rien du tout qui allait m'achever, mais le temps pour moi de me remettre de son culot il avait déjà achevé face de poisson et s'occupait de ses potes crustacés. C'est donc folle furieuse que je replongeais dans la bataille, jetant de temps à autre des regards mauvais en direction de l'autre nain. S'il s'imaginait que j'allais me jeter à ses pieds en pleurant des « merci » de demoiselle en détresse il se fourrait le doigt dans l'œil, et jusqu'au coude ! J'avais ma fierté à défendre, merde ! Et j'aurais très bien pu m'occuper de poiscaille toute seule ! Ma mine enragée fit beaucoup rire Kurama, qui prit un malin plaisir à se moquer de moi en multipliant les regards significatifs. Je grondais en croisant ses yeux verts un peu trop pétillants pour être honnêtes. Quand il avait ces yeux là, c'était en général très mauvais pour mon égo. Avant même qu'il n'ouvre la bouche pour balancer la moindre vanne, je lui jetais un regard significatif : « fous-toi de ma gueule et tu vas voir ce qui va t'arriver ». Le rouquin haussa les épaules, pas impressionné pour un sou, mais ne dis rien. Mais l'expression de son visage me laissait clairement entendre qu'il gardait sa remarque bien au chaud, histoire de me la ressortir au moment opportun. Agacée, je détournais les yeux et zigouillais un monstre orange vif juste avant que son fouet ne l'atteigne. Aussitôt la lueur amusée au fond de ses prunelles disparu, et je laissais échapper un rictus de contentement en avisant la mimique contrariée qui prit place sur son visage. Il murmura seulement un « ah c'est comme ça » avant de me souffler tous les monstres qui passaient, m'empêchant de les toucher à la toute dernière minute.

La suite du combat ne fut plus pour moi qu'une lutte pour récupérer mes victimes, une course poursuite contre le fouet de Kurama. C'était à celui qui abattrait sa victime avant que l'autre ne la lui pique. Cela eu au moins le don de me faire oublier Hiei et sa satanée arrogance ! La lutte s'acheva sur un cri de Yusuke :

« Vas-y grand-mère ! Je t'attends ! Allez viens ! J'ai encore de l'énergie à revendre ! »

Je me retournais vivement, à la fois heureuse de le savoir enfin réveillée et prête à lui balancer une bonne vanne par la figure, mais stoppais net et éclatais de rire en le voyant s'écrouler de nouveau et reprendre ses ronflements là où il s'était arrêté. De l'autre côté du pont, le monstre qu'il avait envoyé valdinguer comptait les chandelles.

« Cet abruti est encore en train de dormir ! » me bidonnais-je en m'approchant pour tordre les joues de Yusuke.

Les trois autres me regardèrent faire, tous plus ou moins perplexes et exaspérés du comportement de Yusuke.

« Je ne sais pas quel genre d'entraînement il a subi », commença Kurama, « mais ça a dû être vraiment intense pour qu'il en rêve encore. »

Coulant un regard vers Kuwabara, je lui fis comprendre d'une mimique que les deux monstres derrière nous étaient mal placés pour parler d'entraînement traumatisant. Le rouquin éclata de rire en comprenant le sens de ma grimace et m'envoya une bonne claque dans le dos avant de relever un Yusuke toujours profondément endormi, le hissant sur ses épaules. Au loin, une île aux flancs décharnés se profilait. Couverte d'une très dense végétation, une montagne rocheuse la tranchait en son milieu et je devinais l'arrondi des murs d'un stade coincé entre ses parois de granit. Lorsque nous accostâmes, le vieux marin s'était déjà éclipsé.

En posant le pied à terre, je fus saisie d'un violent frisson qui couru le long de mon épine dorsale, me hérissant l'échine. L'ai ambiant était saturé d'auras démoniaques, plus encore que dans la clairière avant notre départ en mer. Chaque bouffée d'air était lourde, comme viciée, et j'avais du mal à me mouvoir sans me sentir assaillie par des milliers de regards invisibles. Non loin de moi, Kurama me posa une main qui se voulait rassurante sur l'épaule. Je pris le temps de respirer lentement avant de gentiment le repousser. Il eu un sourire désabusé dont je ne me formalisais pas, trop occupée par une puissante sensation qui me percuta de plein fouet.

Le traqueur était de retour, et il était plus proche que jamais.

Ce lien auquel je m'étais inconsciemment habituée, ce regard pesant et insistant retomba lourdement sur mes épaules d'un seul coup, brusquement, et je sentis pour la toute première fois la délectation malsaine du prédateur qui a acculé sa proie. Coincée sur cette île, entourée de monstres hostiles à ma survie, il se délectait de me voir soudainement si faible et vulnérable. Un élan de rage me traversa et je su qu'il le ressentit lorsque le poids de son regard vacilla. Inspirant un grand coup, je tentais de reprendre mon calme. Car je le sentais, ce n'était désormais plus qu'une question de temps avant que nous ne nous fassions face. Sa présence était plus forte que jamais, et je m'étonnais même qu'aucun de mes compagnons ne l'ai remarquée. La voix de Kuwabara me tira brusquement de mes pensées.

« La vache ! C'est glauque comme endroit. »

M'intéressant enfin aux alentours, je remarquais enfin les troncs lacérés des arbres, leurs feuillages menaçants, regorgeant de dangers sous le couvert de la nuit, les multiples coupe-gorge éventuels, l'atmosphère lourde n'arrangeant évidemment rien. Coulant un regard sournois vers Kuwabara, je me moquais de lui.

« Quoi, t'as la frousse ? »

Le rouquin grimaça, vexé.

« Bien sûr que non idiote ! Bon alors on y va ? Faudrait pas qu'un arrive en retard à l'hôtel ! »

Ce disant, il partit d'un grand éclat de rire sonore. Je me marrais dans ma barbe en avisant son air bravache quoiqu'un peu contrit, typique de ses moments de fanfaronnades. Une toux discrète sur ma gauche m'informa que Kurama réprimait en vain un éclat de rire. Affichant un sourire goguenard, je suivis Kuwabara sans faire aucun commentaire, m'amusant cependant à lui flanquer la frousse sans en avoir l'air. Mine de rien, je coulais un regard à Kurama qui comprit le message. Quelques secondes plus tard, les buissons s'agitèrent furieusement sous le nez d'un Kuwabara blanc de trouille. Il me fallu déployer toutes mes ressources de self-control pour ne pas éclater d'un fou rire de hyène enragée. Kurama, lui, parvint bien mieux que moi à camoufler son amusement. Pourtant ses lèvres pincées et l'étincelle qui brillait dans ses yeux verts lorsqu'il m'adressa un regard entendu et complice ne pouvait pas me tromper. Intérieurement, il était mort de rire. Nous dûmes cependant mettre un terme à notre petit jeu lorsque l'obscurité des fourrés se dissipa pour faire place aux lumières artificielles de l'hôtel. Tout en tôle et grandes baies vitrées, il se dressait, immense, au milieu d'une clairière aménagée pour accueillir un public nombreux, aussi bien humain que monstrueux. Sur sa façade principale s'étendait un écran immense où défilaient les dates et les horaires des premiers combats. Seul le nom de la dernière équipe – la nôtre – était encore inconnu. Sans un mot, nous entrâmes dans le hall où une hôtesse, humaine à première vue, nous accueilli d'un sourire charmant. Elle nous indiqua où trouver les principaux services tels que restauration, divertissement – et même boite de nuit ! – avant de nous mener à l'étage où se trouvaient nos chambres.

Un étage entier était octroyé à chaque équipe, avec tout le confort qu'on puisse rêver. Salle de bain, mini salon, ascenseur et chambres à part, avec un room service toujours disponible et nourriture à volonté. Cette dernière option nous arracha, à Kuwabara et à moi, un cri de pure joie qui nous valu un regard réprobateur de Hiei auquel je répondis d'une grimace.

Finalement, l'hôtesse prit congé et se retira. La répartition des chambres se fit très vite, étant donné que l'étage à lui seul suffisait à loger au moins trois équipes comme la nôtre. Chaque chambre était dotée de deux ou trois lits, aussi Kuwabara décida-t-il de s'installer avec Yusuke. Je leur jetais un regard d'envie en songeant qu'en tant que fille, j'étais condamnée à une chambre solitaire. Je pris donc celle juste à côté de la leur, et Kuwabara sauta de joie en songeant que je pourrais les rejoindre quand je voudrais. Sa remarque me fit chaud au cœur et je ne pus empêcher un large sourire de s'étaler sur mon visage. Comme je lui tapais dans la main, Kurama décida de prendre la chambre suivante. Hiei prendrait celle d'après et le guerrier masqué la dernière. C'est ainsi que nous nous séparâmes temporairement pour ranger nos affaires et nous installer pour les semaines à venir.

En fermant la porte de ma chambre, je pris le temps de passer en revue les trois grands canapés autour de la petite table basse, la porte derrière laquelle se trouvait une salle de bain luxueuse et celle qui abritait un grand lit double bordé de couvertures moelleuses. L'ambiance était douce et chaleureuse et, balançant mes affaires dans un coin de la pièce, je courrais dans tous les sens avant de sauter sur mon lit, folle d'une joie soudaine. Bon sang ! Des appartements pareils, c'était dingue ! Il y avait une baignoire énorme, au moins une vingtaine de produits pour le bain, des parfums, des crèmes, des onguents… les luminaires, les meubles et les quelques plantes vertes dispersées ça et là rendaient le tout extrêmement chaleureux, agréable à vivre. Il n'y avait ni cuisine étroite, ni courses à faire, ni ménage, pas de parquet taché de sang, pas de chambre en perpétuel bordel ni rien de tout cela ! Et si l'on occultait le regard pesant du traqueur et le tournoi sanglant à venir, j'aurais presque pu me croire en plein rêve !

Un sourire béat me barrant toujours la figure, je tâchais de ranger mes affaires dans les tiroirs d'une petite commode en bois d'ébène. J'avais presque terminé quand on frappa à ma porte. Le nez dans ma valise, je criais un « entrez !» joyeux qui fut rapidement suivi par un bruit de porte qui s'ouvre, puis se referme. Quelques secondes plus tard, Kurama me trouva à moitié plongée dans un tiroir, deux sweets pliés dans une main et une douzaine de tee-shirts en équilibre dans l'autre. Il resta un instant interloqué avant de sourire, amusé.

« Tu comptes t'inscrire dans un spectacle d'équilibriste ou c'est une vocation à titre privé ? »

Jonglant avec mes vêtements, je lui tirais la langue.

« Ah, ah, très drôle. Mais plus sérieusement, tu comptes me regarder jusqu'à ce que tout se casse la figure par terre ou tu envisages de m'aider ? »

Le silence qui suivit m'informa clairement des intentions du bandit et je grondais dans ma barbe en replongeant dans mon tiroir, prenant toujours bien garde à ne rien faire tomber. Quand tout fut enfin rangé à peu près convenablement, je fermais le tiroir en soufflant de satisfaction. Puis, me souvenant de la présence du rouquin, je me retournais et tombais nez à nez avec son air pensif. Partit dans ses réflexions comme il l'était, je pouvais bien attendre l'Armageddon avant qu'il ne daigne s'intéresser de nouveau à moi. C'est pourquoi je pris les devant en me raclant la gorge. Kurama cilla et, avisant mes mains vides et mon tiroir fermé, arbora une moue moqueuse que j'interprétais comme un « c'est pas trop tôt » qui me fit froncer les sourcils. Il se garda pourtant de toute remarque et m'adressa un simple sourire innocent.

« On va boire un verre dans la chambre de Yusuke et Kuwabara. Tu viens avec nous ? »

J'acquiesçais avec entrain, jouasse à l'idée de me détendre un peu après cette traversée infernale à bord d'un bateau conduit par un taré et rempli exclusivement de tarés. Jetant un rapide coup d'œil à la pendule clouée au mur, je constatais que le voyage nous avait pris trois bonnes heures : nous étions partis à onze heures du soir et il était désormais deux heures du matin. Je grimaçais légèrement en songeant au réveil du lendemain, mais oubliais bien vite ce désagrément lorsque Kurama, décidemment très joueur ce soir là, m'ouvrit la porte en se fendant d'une courbette moqueuse. J'émis un « tch » agacé, m'emparais brusquement de mes clefs et lui passais devant en le snobant royalement, le nez en l'air et la mine boudeuse. Une quinte de toux étouffée me parvint et je lui jetais un regard menaçant tout en fermant ma porte à clef.

« Arrête de te foutre de moi ou je te jure que ton derrière de yoko ne s'en remettra pas ! » grommelais-je tout bas, pensant ne pas être entendue.

Manque de bol, le rouquin avait l'ouïe fine et éclata de rire. L'écho de sa voix se répercuta dans le couloir désert tandis que je me renfrognais encore, à la fois vexée et irritée. Lorsqu'il parvint enfin à se calmer, Kurama essuya une larme qui menaçait de perler et s'ébouriffa les cheveux, un hoquet lui restant en travers de la gorge.

« On a vraiment bien fait de t'emmener. » dit-il finalement, et les accents de sa voix gardaient encore la tonalité de son rire.

« Ca aurait vraiment été morne sans toi. »

Je grommelais pour toute réponse, par très sûre que sa remarque soit un compliment. Dans le doute, je me contentais de grogner en le poussant en avant.

« Allez grouille-toi j'ai soif. »

Ma remarque me valu un nouveau sourire mais il consentit cependant à m'obéir, pour une fois dans sa vie. Lorsque nous toquâmes à la porte de Yusuke, tout le monde était déjà réuni autour d'une bonne boisson chaude. A peine eûmes-nous franchi le seuil que Hiei darda son regard sur nous, nous transperçant successivement, Kurama et moi. J'haussais un sourcil perplexe. Qu'est-ce qu'il avait à nous zieuter comme ça le nain de jardin ? Haussant les épaules, je décidais de laisser tomber pour le moment et me jetais dans le premier canapé à ma portée. Un soupir de pur bonheur m'échappa quand Kuwabara me tendit une tasse pleine de chocolat chaud. Juste avant de m'étrangler dedans lorsqu'il ouvrit sa grande gueule.

« Au fait Kurama, c'est bien toi qu'on a entendu rire juste à l'instant ? Qu'est-ce qu'il y avait de si drôle ? »

L'intéressé me jeta un regard de pur sadisme auquel je répondis par un autre aussi noir et menaçant que possible. L'effet obtenu fut pourtant très différent de celui escompté : ses yeux brillèrent un peu plus de cette lueur espiègle qui ne présageait jamais rien de bon. Je m'enfonçais alors dans ma tasse, espérant presque m'y noyer tandis qu'il préparait soigneusement sa réponse. A côté de moi, Hiei ne nous lâchait pas des yeux. S'il espérait nous passer aux rayons X, c'était gagné. Un peu plus et il verrait l'intérieur de mes os ! Kurama allait répondre lorsque ses yeux s'agrandirent brusquement. Aussitôt, les traits de son visage se fermèrent imperceptiblement. Ses expressions, si lisibles d'ordinaire pour moi, devinrent plus difficiles à déceler. Pareil changement chez lui me rendit tout de suite mon sérieux. Je fus aussitôt sur mes gardes, scannant les alentours sans pour autant rien remarquer de suspect. Je ne me détendis pas pour autant, contrairement aux autres qui ne firent que regarder le rouquin d'un air intrigué, simplement surpris qu'il se soit arrêté alors qu'il était sur le point de parler. Ils ne réalisèrent que quelque chose clochait que lorsqu'il parla d'une voix calme et posée, en totale contradiction avec l'ambiance d'il y avait à peine quelques secondes.

« C'est étrange, il manque une tasse. »

Clignant des yeux, je me demandais pourquoi diable le nombre de tasses sur cette fichue table pouvait être important. A ma gauche, je sentis pourtant Hiei se tendre, ce qui ne fit que me conforter dans l'idée que quelque soit ce qui avait éveillé l'attention de Kurama, ce n'était pas à prendre à la légère. Kuwabara réfléchit cinq secondes avant de constater qu'effectivement, ne restait plus que cinq tasses sur six. Yusuke étant toujours profondément endormi, il ne risquait pourtant pas de boire quoi que ce soit !

Un électrochoc déferla soudain dans mon système nerveux comme une nouvelle présence, énorme et extrêmement proche, apparu brusquement à l'écran de mon sonar interne. Je me redressais vivement, aussitôt imitée par tous les membres de l'équipe, excepté Yusuke qui s'obstinait à ronfler comme un sonneur. Derrière nous, accroupi sur la commode entre deux vases et une plante verte, un étrange gamin sirotait tranquillement dans la fameuse tasse manquante.

« Mais… mais t'es qui, toi ? »

Le gamin prit le temps de finir sa boisson avant de redresser la tête, un sourire hypocrite aux lèvres, et d'enfin répondre à la question de Kuwabara.

« Alors c'est vous l'équipe vedette ? Vous ne m'avez pas l'air bien forts… »

Sa moue d'enfant déçu me donna une furieuse envie de lui écraser sa sale tête de mioche contre la table. Pour qui il se prenait, le morveux ?

Posant la tasse sur le meuble, il déplia à peine son corps ce qui me permit de le détailler un peu mieux. Pour quelqu'un qui nous jugeait faibles, il n'avait pas vraiment une carrure convaincante. Aussi frêle qu'une brindille, son corps était aussi minuscule qu'il se devait de l'être. Noyé dans des vêtements aux couleurs criardes, il affichait pourtant une mimique espiègle et supérieure que même l'énorme casquette vissée sur son crâne ne parvenait pas à dissimuler. Trois étoiles rouges étaient tatouées sur ses joues, et je me demandais l'espace d'un instant quels parents seraient assez stupides pour laisser leur gosse se faire de telles marques. Juste avant de me rappeler que ce fameux gosse pouvait bien avoir cent ans de plus que moi. Pourquoi pas ? Les monstres ne grandissaient pas comme les humains, après tout. Le temps de me faire cette réflexion, l'intéressé s'était hissé en équilibre sur la tasse, prenant appui sur le bout de ses doigts, ses deux jambes écartées en parfait équilibre. Comme ça, il avait l'air d'un clown. Lorsqu'il reprit enfin la parole, ce fut pour se présenter d'une voix moqueuse.

« Je m'appelle Rinku. Je fais parti de l'équipe de Rokuyukai, c'est contre nous que vous vous battrez demain matin. »

Il se balança quelques secondes durant lesquelles nous nous entre-regardâmes, avant que Kurama ne se décide à poser la première question.

« Comment es-tu rentré ici ? »

Rinku eu un rictus mais ne répondit pas tout de suite. Ce fut Kuwabara qui le fit à sa place.

« Comment ça comment il est entré ici ? Facile, il devait être déjà là quand nous sommes arrivés !

_ Ah non détrompes-toi. Je ne suis pas du genre à jouer à cache-cache. Je suis rentré par la porte, comme tout le monde. Mai maintenant que vous le dites, je crois que j'ai oublié de frapper. »

Je grognais un « c'est ça » agacé. Ce morveux me tapait sur le système ! D'autant plus qu'il n'avait pas l'air bien fort, et si ça ne tenait qu'à moi je lui aurais déjà flanqué la correction de sa vie. Mais la main de Hiei, imperceptiblement levée devant moi, m'interdisait toute approche frontale. Sans même qu'il n'ait ouvert la bouche, j'avais bien saisi le message : « ne bouge surtout pas, ou tu t'en mordras les doigts ». N'étant pas stupide, je remisais ma fierté et mon envie de lui dire d'aller se faire voir, et obéis sagement. Je ne devais surtout pas oublier que ce monde n'était plus le mien, et que Hiei et Kurama étaient sans doute les deux personnes les plus aptes à régler ma conduite sur cette île. Même si le reconnaître m'agaçait prodigieusement. Je fermais donc ma grande gueule et m'astreignais à l'immobilité la plus totale.

Pas le moins du monde perturbé par ma mine hostile, Rinku continua à parler comme s'il s'adressait à de vieux amis dans le cadre d'une discussion mondaine. J'avais l'impression qu'il nous parlait de la météo du lendemain, et non d'un prochain duel à mort.

« Vous autres invités n'êtres pas tenus d'assister aux réunions à propos du règlement et des récompenses. Logique, puisque vous n'êtes là que pour mourir. Mais quand même, j'aurais bien aimé en être épargné moi aussi. »

Puis, prenant un ton de conspirateur, il ajouta :

« On s'ennui trop à ces réunions débiles ! »

Ceci dit, il prit un ton plus sérieux, et je sentis son aura bouillonner dans ses veines, m'arrachant un frisson.

« On m'avait dit que cette année les invités seraient différents des précédents, mais je suis déçu. Maintenant je sais que vous battre sera un vrai jeu d'enfant ! »

Basculant en arrière, il afficha une moue tranquille et satisfaite qui déchira les derniers lambeaux de patience qui me restaient.

« Dis donc espèce de sale morveux…

_ Tu parles trop, Rinku. »

La voix qui m'avait interrompue venait de notre gauche, et nous nous retournâmes tous d'un même élan pour découvrir un grand blond baraqué, coincé dans un tee-shirt moulant et chaussé de pompes en cuir montantes, au visage blasé et dont les oreilles pointues désignaient le ciel. Ahurie, je fis un pas involontaire en arrière, trop surprise et déstabilisée de ne l'avoir pas senti arriver alors qu'il dégageait désormais une aura si puissante. Du haut de son meuble, Rinku sautilla en se grattant l'arrière de la tête.

« Désolé Zero, j'arrive pas à perdre cette mauvaise habitude. »

Ce disant, il sauta à terre et rejoignit son coéquipier d'un pas guilleret. Ce dernier se détourna aussitôt et sortit dans le couloir, le gosse sur les talons.

« Profitez bien de votre soirée, ce sera votre dernière. » ajouta-t-il en fermant la porte.

« Demain vous finirez comme cette tasse. »

Le loquet claqua sans que personne n'y fasse attention. Sur la table, la tasse de Kuwabara venait de se fendre en deux d'une coupure parfaite, nette et précise, sans que personne n'ai pu voir le blondinet s'en approcher de près ou de loin.

Nous nous entre-regardâmes longuement. Kuwabara semblait nerveux, Kurama et Hiei préoccupés. Seul le guerrier masqué gardait le même air calme que d'habitude. Yusuke était trop profondément dans les vappes pour capter quoi que ce soit de la situation. Quant à moi, je sentais le poison de l'inquiétude faire sournoisement son chemin dans mes veines. Regardant un à un mes amis présents dans la pièce, je ne pus m'empêcher de m'inquiéter pour eux et de me demander si à la fin de ce tournois, nous serions tous toujours vivants. Secouant vivement la tête, je tâchais de me débarrasser de ces pensées moroses et pas vraiment encourageantes. Pour l'instant nous étions tous en vie et en pleine forme. La seule chose que je puisse faire en tant que spectatrice se résumait à leur faire confiance et les encourager. Veiller à soutenir leur moral et leur changer les idées était, somme toute, tout ce qui était à ma portée. J'enrageais de ne pouvoir faire plus. Je me sentais, quelque part, totalement inutile, mais je savais que c'était le seul moyen que j'avais de faire quelque chose pour eux. Du moins pour l'instant.

C'est pour cela que j'entrepris de ramasser les morceaux de la tasse brisée et d'éponger le liquide renversé. Du coin de l'œil, je pu voir Hiei examiner un fragment de porcelaine avant de le replacer dans la poubelle. Je priais intérieurement pour qu'il ait trouvé quelque chose mais ne fis aucune remarque, feignant l'ignorance la plus totale. Mon ménage sommairement exécuté, je frappais dans mes mains et décrétait qu'il était temps d'aller se coucher. Le voyage avait été long et demain commençait le tournoi. Tout le monde acquiesça plus ou moins. En quittant la chambre des garçons pour rejoindre la mienne, je glissais une accolade à Kuwabara qui me la rendit chaleureusement. Lorsque nous nous relâchâmes, je lui adressais un clin d'œil encourageant auquel il répondit par un sourire un peu plus convaincant que quelques secondes auparavant. Satisfaite, je lui souhaitais bonne nuit et rejoignis les autres dans le couloir. Nous nous dispersâmes dans nos chambres. Kurama d'abord, puis Hiei qui m'adressa un rapide coup d'œil, vérifiant sans doute que je ne me fasse pas la malle pour aller faire la bringue avec les Sekai du coin. Le guerrier masqué fut le dernier à rester dans le couloir, et je lui souhaitais bonne nuit tout en déverrouillant ma porte, ne m'attendant évidemment pas à une quelconque réponse. Il hocha simplement la tête, son regard toujours fermement fixé sur moi, et ne quitta le couloir que lorsque je refermais la porte de ma chambre et en tirais le loquet. Ses pas décrurent jusqu'à ce qu'il réintègre sa propre chambre, le bruit du verrou retentissant dans le couloir désormais vide.

En me déshabillant ce soir là, je pensais au lendemain avec appréhension. Bien que je me sois faite à l'idée que les combats à venir seraient violents, je réalisais seulement à quel point n'y assister qu'en tant que simple spectatrice serait dur. Rien n'avait encore vraiment commencé, pourtant je me sentais déjà mal, appréhendant le moment où l'un de mes compagnons serait blessé, voire même pire. Je m'imaginais mal me contenter de regarder, juste regarder, sans rien pouvoir faire d'autre alors qu'ils allaient tous risquer leur vie sur ce ring. Je m'endormis une heure plus tard, épuisée de toutes ces préoccupations et ces inquiétudes dont fourmillaient mes pensées.