Bonjour/Bonsoir! Comme promis la suite de La Destinée d'Hélie Kenway. Merci pour les messages, vous êtes top !

Cette fiction risque d'être longue, mais j'espère que cela ne vous dérange pas.

Précédemment: Hélie, récemment arrivée en France, a réussi à négocier une petite mission pour elle et ses Assassins auxquels Bellec ne fait ne fait du tout confiance...


Chapitre X

-Tu as eu beaucoup de chance, la plupart du temps, ils font échouer la mission.

Hélie regarda Bellec qui faisait le tour de la table du conseil. Cet homme était-il toujours aussi énervé ? Elle était assise sur l'une des chaises qui se trouvaient autour de la table du conseil, regardant le mentor qui faisait les cents pas. Elle avait exposé son rapport de mission avec fierté, voulant prouver à Bellec que les Assassins avaient beaucoup de potentiel. Mais celui-ci n'était pas aussi enthousiaste qu'elle.

-Vous ne pouvez nier que cette mission fut un succès. dit-elle. Je me moque bien de savoir ce qu'il s'est passé avant mon arrivée, ces jeunes gens ont du talent, ils obéissent aux ordres. Je n'ai jamais eu à me plaindre d'eux.

-Cela ne fait moins d'une semaine que tu es ici...

-Laissez-les-moi si vous ne pouvez plus les supporter.

-Tu es trop jeune pour avoir quatre Assassins à tes ordres. soupira Pierre Bellec en haussant les épaules. Et puis ils sont tous plus vieux que toi, c'est ridicule !

-Et pourquoi pas ?

Ce n'était pas Hélie qui avait parlé cette fois-ci, mais une voix venue de l'ombre derrière eux. Le jeune Mirabeau entra dans le conseil, la jeune femme se leva en signe de respect. Il s'approcha d'elle avec un sourire.

- Mes félicitations jeune fille, dit-il, Achilles ne t'avez pas surestimé : tu es un Assassin de grands talents.

Hélie sourit, remerciant d'un signe de tête le mentor. Celui-ci tenait un paquet entre ces mains.

-Voyons Bellec, soyez plus enthousiaste : notre invitée à réussit à discipliner vos indomptables initiés. Et elle possède une maturité et une d'autorité sans égal. Il serait intéressant pour elle, et pour nous de lui confier quelques initiés…

Hélie était ravi de recevoir autant de louanges. Mirabeau s'approcha d'elle, lui tendant le paquet :

-Un présent, pour te souhaiter la bienvenue ainsi que pour te remercier, mais il est aussi de la part de ton mentor, Achilles. Celui-ci nous a dit que tu en as besoin, et que tu le mérites amplement.

Hélie saisit le paquet, ne sachant comment exprimer sa reconnaissance. Elle défit la fine corde et saisit son présent. Elle fut à la fois stupéfaite et immergée d'un bonheur et d'une joie sans nom. C'était une tenue. Une magnifique tenue d'Assassin. Elle était bleue sombre, le manteau était long, les robes dans le dos défendaient jusqu'aux genoux, comme l'aimait Hélie. Le tissu était suffisamment épais pour le pas être transpercé d'un seul coup d'épée. La ceinture comportait quelques poches fines pour ranger les munitions et les bombes fumigènes, elle pouvait également contenir deux pistolets. Les bottes étaient hautes, avec plusieurs fermetures sur les côtés. La capuche avait le célèbre bec d'aigle que les Assassins arboraient. Hélie l'adora. Elle avait un charme français qui lui plut tout de suite.

-Elle est parfaite. murmura Hélie.

-Elle a été créée par un couturier très talentueux qui a déjà conçu des tenues pour les Assassins.

-Je ne sais comment vous remerciez…

-Tu nous apportes beaucoup d'aide, Hélie, c'est nous qui devons te remercier. Mais si cela ne te dérange pas, nous voudrions te poser quelques questions.

Elle acquiesça, se rasseyant en même temps que les deux maîtres Assassins. Elle prit un air grave, sachant déjà quelles questions les deux hommes voulaient lui poser.

-Qu'est-ce que cela signifie vraiment, être l'élue ? demanda sombrement Mirabeau.

-Je ne le sais pas vraiment moi-même, avoua Hélie, je suis dotée de capacité : je peux communiquer avec ceux qui étaient là avant. Minerve, l'une des précurseurs, m'apparaissait souvent lorsque j'étais enfant. Mais plus maintenant.

-Ils ont peut-être changé d'élue. lança Bellec.

Hélie le dévisagea, laissant apparaître sur son visage du mépris. Bellec avait un caractère bien trempé, pas la peine d'avoir passé des années à le côtoyer pour savoir cela, hors de questions de se laisser marcher dessus par cet homme.

-J'aimerai bien vous savez, cracha-t-elle, mais le sort est jeté, il en est ainsi. Je ne me considère pas supérieure à vous, mais je peux allez dans les temples sans risquer de les faire s'effondrer, je peux manipuler les artefacts des précurseurs sans craindre d'être corrompue. Malheureusement, ma parole de femme ne pourra jamais raisonner les hommes cupides et avides de pouvoir qui voudront s'en emparer, mais je peux tout de même leur passer mon épée à travers le corps avant qu'il ne soit trop tard.

-Je n'ai jamais vu de tel objet, dit Mirabeau en essayant de calmer les esprits, quel est l'ampleur de leur pouvoir ?

-Ils manipulent les esprits. Les précurseurs les utilisaient pour maintenir les premiers hommes en esclavages, avant que l'un d'entre eux ne se révolte. Ils étaient deux précisément, connus sous les noms d'Adam et d'Ève. Oh, vous connaissez sans d'autre l'histoire que nous raconte la bible, mais elle est loin de la vérité. Les artefacts sont dangereux, leurs possesseurs n'ont qu'à lever le bras pour tuer une foule entière. Ou pire, les torturer… Ces objets ne sont pas faits pour être manipulés par des hommes.

Elle avait beau essayer d'être convaincante et sérieuse, Hélie avait toujours l'impression de parler dans le vide. Certes ces interlocuteurs l'écoutaient, mais elle avait le sentiment qu'ils ne comprendraient jamais l'ampleur du danger. Parler ne servait à rien, il fallait agir.

-Vous pensez que Paris est possesseur de tels artefacts ? demanda Mirabeau.

-Il est fort probable qu'un temple gît sous nos pieds. Et pourquoi pas un artefact… Mais il faut bien souvent une ou plusieurs clefs pour parvenir à y entrer.

-Alors pourquoi nous inquiétons-nous ? Il n'y a aucun danger. dit Bellec.

-Les hommes peuvent se montrer très persévérants quand on leur parle de pouvoir… répondit Hélie.

Un silence suivit. Mirabeau semblait réfléchir. Hélie se sentit observée. Elle se retourna brusquement. Adel sortit de l'ombre.

-Tu es là depuis longtemps ? demanda-t-elle avec méfiance.

-Non, je viens d'arriver. Les autres m'ont envoyé te chercher.

Hélie se leva, saluant les deux maîtres :

-Nous reprendrons cette discutions plus tard, si vous le voulez bien. Encore merci pour ce magnifique présent. Pourquoi me cherchez-vous, je vous ai dit de faire ce que vous voulez de votre journée, nous ne nous entraînons pas aujourd'hui.

-Mais nous voulons fêtez notre réussite avec toi.

Hélie secoua la tête. Faire la fête. Et puis quoi encore, crier leur réussite sur les toits de Paris ? Néanmoins, elle suivit Adel, saluant une dernière fois les deux hommes avant de partir. Derrière elle Bellec lui conseilla de profiter de cette « fête de réussite », car elle serait unique.


Dehors, Hélie rejoignit ses Assassins dans les rues de Paris. Ils partirent tous vers une taverne qu'ils connaissaient bien. Au début, Hélie fut réticente, puis elle se laissa entraîner pas ses camarades et par l'agréable goût de la bière. Ils voulurent lui faire découvrir le vin, elle trouva cela agressif comparé aux doux alcools qu'elle avait pu goûter. Elle savait qu'elle ne tenait pas bien l'alcool, alors elle se mit en retrait, observant ses amis commander encore et encore des pintes, riant de temps à autre à leurs blagues. Ses amis. Oui, Hélie les considéraient comme ces amis, bien qu'elle ne les connaisse que depuis quelques jours. Ils l'avaient tout de suite aimé et accueillit chaleureusement. Ils l'écoutaient, la respectaient. Elle se sentait bien parmi eux.

Hélie regarda Benjamin taquiner Maxime, encouragé par les rires d'Adel et d'Alexandre. Ils étaient de grands enfants, ses grands enfants. Oui, elle les aimait.


Rentrée chez elle, Hélie essaya sa tenue. Elle était magnifique. Elle était parfaitement ajustée et lui donnait une allure martiale. Hélie était enfin un maître Assassin. Elle abaissa sa capuche. Cette tenue était parfaite pour toutes les missions. Les tissus étaient légers et confortables, mais très résistants et protecteurs. Pour la première fois depuis longtemps, Hélie se plut.


Les jours passèrent et devinrent des semaines. Hélie se sentait bien, ses complexes de femme la quittaient peu à peu. Mais la vie la frustrait. Elle n'arrivait plus à attendre le courrier d'Achilles. Elle voulait des nouvelles de son mentor et de son ami. Le temps était trop long. Elle leur avait envoyé trois lettres qui n'étaient sans doute pas encore arrivées à destination. De plus, elle n'avait aucune mission importante où emmener ses Assassins. Elle avait beau solliciter Bellec et Mirabeau, ceux-ci hésitaient à lui confier une mission d'ordre général. Leur raison : pour eux, les quatre Assassins devaient encore s'expérimenter avant de partir sur un terrain dangereux, aussi, il était risqué pour Hélie de s'exposer aux Templiers.

Hélie en devenait folle. Elle n'était plus une gamine ! Elle soupçonnait Achilles d'avoir demandé aux mentors de la garder en sécurité. « Je veux savoir me défendre, je veux pouvoir un jour assurer ma propre sécurité »… Quand elle avait rejoint les Assassins, ses objectifs étaient simples. Et maintenant qu'elle savait se battre, ils continuaient de la protéger comme une petite chose fragile. Hélie savait manier l'épée aussi bien qu'un homme expérimenté, peut-être mieux encore.

Ses Assassins se plaignaient du manque de missions. Ils n'en pouvaient plus de rester enfermer tout le temps, à voir et à revoir les attaques, les parades, les tactiques qu'ils connaissaient déjà par cœur. Hélie avait beau les rappeler à l'ordre, leur dire que les missions n'étaient pas une partie de plaisir, elle comprenait leur soif d'action. Elle n'en pouvait plus de ses quatre murs. Elle se sentait aussi responsable : puisque les mentors ne voulaient pas la laisser sortir, les Assassins étaient eux aussi pénalisés.

Les entrainements étaient lassants, ce qui n'était jamais arrivé auparavant. Les Assassins restaient assis, à affuter leurs lames déjà tranchantes comme des rasoirs. Hélie restait elle aussi dans un coin, à les observer faire ce qu'ils voulaient, sans les rappeler à l'ordre.

On a toujours quelque chose à apprendre. C'était l'une des phrases qu'Hélie se disait souvent, mais là, elle comprenait qu'apprendre ne pourrait se faire qu'en extérieur.

Adel n'en pouvait plus lui non plus. Il passait beaucoup de temps à discuter avec Hélie. Surtout sur cette question d'élue, qui semblait l'intriguer.

-Je n'aime pas parler de cela. soupira un jour Hélie à l'Assassin qui venait encore de lui poser une question.

Elle regardait Benjamin, qui, dans un ennui mortel, tentait d'apprendre à Maxime à se servir d'armes lourdes. Celui-ci, n'étant pas à l'aise avec ce type d'équipements, tenta d'abord de faire plaisir à son ami en suivant ses conseils avant d'abandonner. Tous deux s'énervèrent. Ils parlaient en français, Hélie ne comprenait rien hormis quelques mots, mais elle n'intervint pas. Les deux amis se séparèrent, Benjamin sortit prendre l'air et Maxime retourna auprès d'Alexandre. Elle ne s'inquiéta pas, ils se réconcilieraient bien vite…

-Tu ne veux pas que l'on parle d'autre chose ? demanda Hélie à son ami.

-Cela m'intrigue.

-Cela intrigue tout le monde…

-C'est normal, c'est un don. Nous sommes toujours intéressés par les choses que nous n'avons pas.

-Ce n'est pas un don, c'est une plaie. soupira Hélie. Si seulement je pouvais céder ma place, je le ferai volontiers.

Adel sembla réfléchir, la tête posé sur son poing. Une position bien dangereuse pour un Assassin. La lame de son poignet pouvait jaillir à tout moment et lui transpercer la gorge, lui assurant un coup mortel. Mais l'homme, malgré sa conscience du danger, ne s'inquiétait nullement.

-Donc, je résume. Tu ne peux être corrompue par les artefacts. Tu peux rentrer dans les temples sans craintes. Tu peux également communiquer avec ceux qui étaient là avant

-Quand ils acceptent de me voir.

-Oui, bien sûr. Et c'est tout ?

Hélie soupira, elle n'aimait pas parler de cela. Mais elle comprenait néanmoins la curiosité qu'elle éveillait autour d'elle.

-Non Adel. Il n'y a pas que cela. Aussi étrange qu'il puisse paraître, je pense que ma mère en savait plus que moi sur mon destin. Elle ne m'en a sûrement pas parlé car… cela devait la faire souffrir.

Elle soupira, imaginant la torture qu'avait enduré sa défunte mère.

-Elle m'a dit un jour, que le temple qui se trouvait près de là où je suis née, où j'ai grandi, ferait plus tard parti d'une étape importante de ma vie… Je ne sais en quoi correspond cette étape. Mais ma mère m'a demandé de faire la retarder… le plus possible.

Hélie rit d'un rire sans joie, sa gorge serrée par les souvenirs :

-Elle avait toujours peur que je souffre, que je sois malheureuse. L'idée que je communique avec les esprits ne lui plaisait pas, bien qu'elle sache qu'ils ne me faisaient aucun mal. Au contraire, ils m'aidaient. Elle m'a souvent dit de vivre ma vie, de ne pas toujours penser à ses histoires…

Ils restèrent silencieux un moment. Benjamin était revenu dans la pièce et essayait de convaincre ses amis de faire une partie de cartes avec lui. Hélie tourna la tête vers la porte ouverte. Une lumière orangée pénétrait dans la pièce. C'était la fin de journée, le soleil se couchait paisiblement sur Paris. Elle voulait voir cela. Elle se leva silencieusement et sortit sur la grande terrasse.

La pièce où ils se trouvaient était légèrement surélevée, ainsi, tout Paris s'offrait à eux. Hélie vint s'accouder au bord de la terrasse, la tête dans ses mains, admirant le somptueux spectacle qui s'offrait à elle. Les toits de Paris brillaient une dernière fois sous le soleil couchant. La Senne était devenue écarlate sous cette chaude lumière et brillait de mille feux, comme si elle avait été remplie de milliers de diamants.

Adel se plaça à ses côtés, silencieusement.

-Tu devrais voir les couchers de soleil qu'il y a chez moi. lui dit-elle. Nous sommes sur une falaise, juste au-dessus de la mer. C'est magnifique.

-Ceux du désert sont beaux aussi. murmura-t-il.

Sa voix était comme brisée. Elle se tourna vers lui. Etait-ce un effet de son imagination, ou était-il pâle tout à coup.

-Ça va ? lui demanda-t-elle, inquiète.

-Je vais bien. bredouilla-t-il en se passant une main sur le visage. Hélie, je suis désolé de t'avoir posé toutes ses questions. C'était déplacé de ma part.

-Ce n'est rien. Je comprends.

Ils se turent. Admirant tous deux cette belle ville qu'était Paris.


-Mirabeau, une mission serait des plus bénéfique pour ces Assassins.

Le maître Assassin leva les yeux au ciel. Hélie savait bien qu'il avait des choses plus importantes à faire que de l'écouter, une nouvelle fois. Mais il était important pour elle d'obtenir une mission.

-Cela fait plus d'un mois que je suis ici, et je n'ai jamais vu un templier. Pour une confrérie qui soit disant se relève de ses cendres, je ne trouve pas que beaucoup de monde vous menace.

Hélie savait que ses mots étaient déplacés, mais si il fallait cela pour le faire réagir, alors pourquoi pas. Voyant que Mirabeau ne savait que répondre, elle dit d'un ton plus calme.

-Écoutez. Je sais qu'Achilles vous a demandé d'assurer ma sécurité. Mais lorsque j'étais en Amérique, j'œuvrais comme n'importe quel Assassin, et même si cela ne lui plaisait pas toujours, je m'en suis toujours sorti indemne. Les Templiers ne savent pas que je suis ici, je ne crains rien je vous l'assure. Je suis autant en danger que vous, Bellec ou même Maxime ! Considérez-moi comme n'importe quel Assassin. Je vous en serais très reconnaissante...

Elle l'observa, pleine d'espoir. Mirabeau hésitait, mais les arguments d'Hélie l'avaient atteint.

-Il est vrai, avoua-t-il, que les Assassins sont inquiets quant à votre sécurité. Je suis tout à fait d'accord avec toi sur le fait que Maxime, Benjamin, Alexandre et Adel ont besoin d'un entrainement plus approfondit. Mais nous avons fait une promesse à ton mentor.

-Et vous la tenez. Mais vraiment Mirabeau… Je ne suis même pas au courant de ce qui se passe au sein de la confrérie. Les Templiers auraient pu envahir toute la ville, vous ne me l'auriez jamais dit. Voyez-moi comme une grande fille maintenant. Je suis responsable. Je vous en prie. Faites-le au moins pour vos initiés.

Mirabeau réfléchit. Hélie, tendue comme un arc, attendait sa réponse.

-Bien, dit-il, vous aurez des missions désormais, tous les quatre. Mais fait attention, ils n'ont pas l'habitude, maintiens les sous tes ordres. La moindre erreur pourrait être fatale, autant pour toi que pour eux.

Hélie le remercia et repartit, satisfaite. Elle avait réussi. Les mois suivant s'annonçaient aventureux.