« La scène s'ouvre sur un petit amphithéâtre plongé dans l'obscurité, aucun bruit ne vient troubler le silence pesant qui règne dans la pièce.
On perçoit soudain un mouvement en arrière-plan, comme une petite silhouette courtaude qui s'agite pour se hisser avec difficulté sur le promontoire au centre de la salle. Parvenue à ses fins, la petite ombre reprend son souffle tant bien que mal en s'époussetant et se dirige vers le pupitre inutilisé depuis deux bons mois, soit une petite éternité.
Elle tapote le micro, avant de souffler dessus, faisant s'envoler un nuage de poussière, la faisant tousser légèrement. Elle se met alors à trifouiller dans les entrailles du meuble, laissant entendre quelques insultes bien senties ainsi que des grésillements typiquement électriques, avant que les projecteurs ne s'allument brusquement dans un claquement sec de fin du monde, en même temps qu'une explosion n'éjecte la petite silhouette et ne l'envoie bouler au fond de la scène dans une traînée de fumée noire.
Toussotant et fumante, elle se relève et revient en zigzagant dans le cercle de lumière projeté victorieusement grâce à ses précédentes expérimentations hasardeuses. Elle souffle sur une de ses mèches qui avait commencé à prendre feu avant de plisser les yeux et de scruter les rangs de sièges vides encore plongés dans le noir. Hésitante, elle se rapproche du micro et prend une grande inspiration :
« Bonsoir…euh… il y a quelqu'un ? Non, parce que c'est plutôt poussiéreux par ici, on dirait que ça fait un bail qu'il n'y a pas eu de passage. »
Un mouvement dans une rangée en fond de salle la fait sursauter avant qu'elle n'affiche un grand sourire :
« Ah si, pour finir, il y a quelqu'un ! Tant mieux, comme ça, je ne parlerai pas dans le vent, alors, euh, vous n'êtes pas obligé de vous présenter vous savez, vous pouvez rester dans l'ombre, ça ne me gêne pas, enfin, euh, même si cela me ferait très plaisir si vous décidez de prendre le temps de me parler un peu de vous. Vous pouvez juste écouter.
Bien, alors je me présente, FeliciaChan, auteure de fanfictions de mon état, Felicia pour les amis. J'espère que vous allez bien, euh, et je sais que vous m'attendez depuis quelque temps déjà pour certain(e)s du moins. »
Un reflet métallique dangereux et des murmures menaçants se manifestèrent de l'autre côté de la salle, toujours dans l'obscurité. La petite silhouette rentre piteusement la tête dans ses épaules et déglutit difficilement avant de reprendre :
« Je voudrais tout d'abord vous remercier de votre infinie patience et de vos témoignages plein de bienveillance et de menaç…hum, d'impatience, d'impatience, c'est ce que je voulais dire ! Je sais que j'ai mis un temps fou à revenir et je comprends parfaitement à quel point c'est frustrant pour vous, alors je serai brève. »
Elle farfouille dans ses poches avant d'en extraire un papier froissé qu'elle déplie habilement :
« Je suis très fière de mériter votre attention, vous toutes et tous. Vous êtes extraordinaires. Vraiment.
A vous qui avez osé faire le premier pas vers moi, promis, vous ne le regretterez pas.
Mention spéciale Petits Nouveaux donc pour Cherryle, unknown-woman et Asagie.
A vous qui êtes là depuis le début pour certain(e)s et pour celles et ceux qui ont rejoint l'aventure en cours de route, juste un immense merci.
Mention extra-spéciale donc pour mes habitué(e)s que j'aime de tout mon petit cœur gelé : Gamora-Bald, Angelyoru, ErwinCaerul, Tofuette, Mimi98, Ayu, Akahime-chan, Trolocat et Visiteuse T.
Vous êtes vraiment trop cools ! Sachez que toute ma motivation vient de vous ! Vraiment merci beaucoup !»
Elle essuie une petite larmichette avant de reprendre la parole d'une petite voix tremblotante tandis que dans les gradins, l'agitation se fait ressentir :
« J'aimerais terminer mon discours avec un petit mot pour chacun et chacune d'entre vous, alors si vous me le permettez… »
La petite silhouette enfile fièrement une paire de lunettes de soleil, se coiffe d'un haut de forme élégant, avant de sortir de sa manchette une petite télécommande et de presser un bouton rouge luisant, déclenchant une réaction en chaîne composée, entre autres choses, de feux d'artifices, d'explosions de confettis, de machine à fumée et d'un hymne à la joie, tandis qu'un néon d'un orange flamboyant retraçant les lettres R.A.R. descend du plafond en clignotant. Elle reprend le micro et hausse le ton pour couvrir le son des trompettes tout en brandissant le poing joyeusement :
Tofuette : Ma très chère Tofuette, je t'avais prévenue que mes coupures seraient t.o.u.j.o.u.r.s. pires. Je suis désolée, vraiment, mais mon côté sadique ne regrette rien. Merci de toujours me suivre, savoir que tu aimes tant mon histoire au point de me menacer me rend tellement heureuse. Que veux-tu, c'est ça l'amour vache. Je te fais des bisous, voilà enfin la suite.
Angelyoru : Waouh, tellement de sentiments dans ta réaction, je ne sais pas quoi dire. T'inspirer comme ça juste par mes écrits, c'est juste dingue ! Comme tu l'as écrit, il faut garder espoir, on ne sait jamais ce qui peut arriver. Merci de tes compliments, je ferais gaffe au bazooka dorénavant, juste au cas où *sourire ultra-sadique* Des bisous !
Trolocat : Salut, heureuse de te revoir ! Ah, bien sûr que ta review m'a plu ! Si tu m'en fais des comme ça à chaque fois, je ne peux être que comblée. Contente que le chapitre t'ait fait kiffer. J'adore le langage soutenu alors avec Gin, c'est du pain béni ^^. Le but a été atteint si tu as encouragé Grimm, c'est ce que j'ai voulu inspirer. Ah la fameuse coupure…je sais ) ! Merci pour tout, des bisous !
Cherryle : Voici la suite, merci pour ta review !
Unknown-woman : Je suis ravie de faire votre connaissance, vraiment ! Vous avez très bien compris le système, en effet, rien ne me motive plus que les reviews, et la vôtre était merveilleuse, c'était une apparition de ninja remarquable, merci pour tant de compliments et d'encouragements ! Je suis très heureuse que vous aimiez mon style et ma façon de dépeindre les personnages, rien ne me fait plus plaisir ! Voici la suite, encore merci et à très bientôt, je l'espère !
Amiar-hana : Et ouiiiiiiii, sadique que je suis ! Merci pour ce cri du cœur !
Visiteuse T : Salut, ravie de te voir de nouveau, c'est toujours aussi magique de te lire. J'adore ! Si ça ne sert à rien mais que le rythme est bon, alors tout va bien j'espère ! En tout cas, je ferais de mon mieux pour faire des chapitres épaissis mais ce n'est pas mon style à la base ^^' Merci à toi, bises !
Gamora-Bald : Coucou, merci pour tes compliments, oui, je fais rester le chat haha ! Contente que le clash des gallinacées t'ait plu ! Que de suppositions, tu verras bien, na ! Voici la suite, des bisous !
Akahime-chan : Alors, sache que c'est grâce à toi et à ton deuxième commentaire que tout le monde a le droit à son chapitre ce soir. Je ne sais pas quand tu l'as posté mais je l'ai vu seulement aujourd'hui et c'est ce qui m'a motivé à me mettre au travail. Concernant ton premier review, j'ai aimé le décalage entre l'exigence de la première partie et la politesse qui venait rattraper le tout à la fin. C'était exquis. Et en ce qui concerne le second, le sacro-saint commentaire sauveur, merci pour tous ces compliments visant à flatter mon petit ego, et surtout pour cette finesse de fin, où la curiosité prend le pas et exige la suite tout en douceur. Bravo. Te voilà récompensée de tes efforts. Savoure bien.
Mimi98 : Hey Mademoiselle, comment vas-tu ? Et ton cœur, il s'en est remis ? Tu vas bientôt pouvoir voir si tes suppositions sont justes ! Désolée du retard ! Heureuse de susciter tant d'émotions grâce à mon écriture, je te fais de gros bisous, et te dis à très bientôt, je l'espère également !
ErwinCaerul : Salut, oh ça va, pas la peine d'en faire tout un plat ! Et oui, en effet, il va falloir s'attendre à pas mal de choses me concernant. Je ferais ce qu'il me plait de mon pouvoir, crois-moi. Merci pour cette review très détaillée comme d'habitude. Il suffit de se baisser pour ramasser des dindes à la pelleteuse, ce n'est pas compliqué. Sympa que tu compares mon style à des codes manga, je n'avais pas remarqué personnellement. Merci, voici la suite.
Ayu : Salut ! Et oui, pauvre Grimmy-chou ! Cool que ça te plaise toujours ! Voilà la suite. Biz
Asagie : Hey, ravie que ma fin de chap' t'ait plu ! Merci, pour tes observations, ça me fait très plaisir. Je voue également un culte à Gin ^^ J'admets que cette coupure était cruelle mais j'assume et même je le revendique. Voici enfin la suite ! Des bisous !
La petite silhouette en haut-de-forme replie son papier et sourit de toutes ses quenottes, avant d'appuyer une nouvelle fois sur sa télécommande, déclenchant cette fois-ci l'apparition de gyrophares et une sirène stridente, et sortant d'on ne sait où un mégaphone, elle reprend en hurlant :
« Un petit avertissement ne faisant pas de mal : Jeunes bambins, si vous vous trouvez ici c'est que vous vous attendez forcement à ce qu'il y ait dans cette fanfiction : du sexe, des insultes, du BDSM (et oui ça arrivera un jour, soyez en certain(e)s), bref du slash comme on en fait plus. Si ça ne vous plaît pas, visez la petite croix en haut à droite, bonne journée ! »
Elle s'apprête à faire demi-tour quand soudain un dernier devoir la rappelle à l'ordre. Elle appuie une nouvelle fois sur sa zapette, faisant apparaître le mot DISCLAIMER en néon bleu fluo ce coup-ci et annonce d'une voix robotisée :
« L'univers de Bleach et ses personnages sont la stricte propriété de Tite Kubo Sama. Mais moi j'en fais ce qu'il me plait, et puis j'en invente aussi alors na ! »
Fière de sa conclusion, elle retire ses lunettes, salut de son couvre-chef et les yeux brillant de mille et une étincelles, incline le buste en une ultime révérence : « Merci de votre attention, maintenant place au spectacle ! ». Et elle appuie une dernière fois sur sa télécommande avec un clin d'œil vers les rangées de sièges assombries, faisant exploser les projecteurs dans des gerbes d'arcs électriques, disparaissant dans les ténèbres avec un rire éclatant.
Chapitre 10 : Ghibli ou La ciaccona de la mise à mort, fin d'une ère et prémices d'un ouragan
La chaconne ou ciaconna (en italien) pour violon de Bach est, de très loin, la plus célèbre, néanmoins, elle fut transcrite pour d'autres instruments, tels que le piano, et détail peu connu de la littérature, cette variante particulière donna à Busoni l'occasion de libérer un véritable déluge de notes, les 10 doigts et les deux pieds intégralement mobilisés. Mais c'est la transcription de Brahms, pour piano main gauche, qui révèle au plus profond les harmonies secrètes de cette pièce (composée pour un ami amputé après un accident "la Chaconne de Brahms" reste un des grands moments du répertoire pianistique.)
...
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Gin l'avait fauché en pleine foulée, le renversant sur le dos, et cherchait maintenant à atteindre sa gorge. Khamsim, projeté lors de l'impact, était retombé sur ses pattes et crachait de toutes ses forces en direction de l'argenté. Rugissant, le bleuté se démenait comme un beau diable pour se dégager de la prise de son assaillant.
Souriant, l'albinos esquiva aisément un coup vicieux du chef de la sécurité qui l'aurait envoyé valser au tapis, en profitant pour attraper ses deux poignets d'une main avec une facilité désarçonnante, lui bloquant les bras au-dessus de la tête et utilisa l'autre pour empoigner fermement la gorge découverte de sa proie, l'obligeant à s'immobiliser net.
« Dégage ! Lâche-moi, bordel, 'spèce d'enfoiré ! », cracha furieusement l'Américain faisant se froncer les sourcils du traqueur qui se contenta de resserrer sa prise sur la gorge de sa proie, la faisant râler de douleur et s'interrompre dans le même temps, faute d'oxygène.
Observant la poitrine hâlée qui se soulevait rapidement au rythme d'une respiration complètement affolée, Gin se lécha lentement les lèvres en même temps que ses yeux caressaient voracement le corps musculeux qui s'offrait à lui. Oh quel splendide défouloir il avait trouvé là ! Il ferait bien mieux l'affaire que ces trois dindonnes gloussantes et braillardes !
Grimmjow tentait désespérément de ne pas céder à la panique. Après tout, ce n'était pas la première fois qu'il tombait entre les griffes implacablement joueuses de l'argenté. Feulant sourdement, il se concentra, se forçant à oblitérer temporairement les cicatrices que l'homme renard lui avait laissées en souvenir et se relâcha, attendant le bon moment.
Trahissant son léger étonnement face à cette attitude inédite par un imperceptible haussement de sourcil, Gin, méfiant, raffermit sa prise sur les poignets de l'homme félin avant d'ouvrir la bouche : « Grimmy, Grimmy, Grimmy, qu'est-ce que tu nous fais là ? Tu sais, je ne compte pas te lâcher, ni toi, ni tes jolis poignets, ni même laisser échapper ceci d'ailleurs, susurra-t-il en joignant le geste à la parole, faisant courir sa langue le long de la jugulaire du bleuté qui frissonna de dégoût, tandis que Khamsim crachait de rage. On ne touchait pas à son humain. Le chat s'élança en prenant son élan, atterrissant souplement sur le large torse de Jaggerjack, qui se crispa légèrement sous l'impact avant d'écarquiller les yeux.
Ichimaru tourna la tête, s'intéressant enfin au mince félin furieux qui s'interposait entre lui et sa proie. Il leva un sourcil, restant un instant dubitatif avant que la lumière ne se fasse et que son sourire ne revienne sur son visage :
« Mais ce ne serait pas Khamsim ? Qu'est-ce que tu fais par ici, d'habitude tu rôdes dans les hauts quartiers ? »
Le félin lui jeta un regard noir avant de reposer avec autorité ses pattes avant sur la poitrine du bleuté, revendiquant sa propriété d'un miaulement péremptoire.
Le regard de Gin s'étrécit encore plus, si c'était possible, avant qu'il ne se penche vers l'animal qui se tenait fièrement campé sur sa proie désignée de la soirée :
« Lui ? Tu le réclames, lui ? Il t'intéresse tant que ça ? »
Un grondement éloquent lui répondit tandis que le chat doublait de volume tant son pelage se hérissait, le faisant ressembler à une ample boule de fourrure, mais plutôt dans le genre dangereuse la boule de fourrure.
En effet, la poigne prolongée de l'argenté sur le cou du bleuté l'avait fait dangereusement virer à l'indigo et il se débattait maintenant avec l'énergie du désespoir, Gin, distrait, s'en aperçut enfin suite à la réaction menaçante du félin et le relâcha négligemment. Grimmjow se redressa autant que le lui permettait ses poignets, toujours rivés au sol par l'autre main de l'homme renard, crachotant et tenta d'aspirer une grande goulée d'air frais, toussant comme un perdu avant de relever un regard prodigieusement obscur, promettant mille morts à son tourmenteur. Le tourmenteur en question le dévisagea un moment avec tendresse, faisant fi des envies de meurtre de sa proie avant de lui caresser la joue du bout de l'index, esquivant avec amusement les crocs luisants qui ne manquèrent pas de tenter de venir happer ce doigt insultant.
« Certes. Je conçois qu'il est fascinant. »
Cette fois, le feulement de l'animal se fit approbateur.
L'albinos fronça les sourcils, et tandis que son expression tournait à l'orage, il susurra d'un ton venimeux :
« Mais il y a problème, vois-tu, il est à moi. Il a été à moi, bien avant de pouvoir être à toi. C'est aussi simple que ça. »
Khamsim lâcha un piaulement moqueur. Le traqueur au pelage d'ivoire, posséder le bleuté ? Absurde ! Son humain bleu, il le partageait uniquement avec son maître !
L'argenté sourit avec indulgence :
« Tu es jeune, Khamsim. Tu as, quoi, environ quatre ans maintenant ? »
Le félin bomba le torse et s'ébouriffa un peu plus la fourrure, gazouillant presque de fierté. En effet, il était tout à fait adulte.
Donc, poursuivit Gin, tu n'étais même pas né quand ton cher Grimmjow est arrivé à la citadelle ?
Miih ?, les oreilles du félin se couchèrent lentement sur son crâne en même temps que son pelage retombait tel un soufflé raté et le miaulement se fit très hésitant.
Pendant ce temps-là, un Grimmjow Jaggerjack à la respiration encore sifflante enrageait, lentement mais sûrement, d'être complètement ignoré au profit d'un chat, certes ce n'était pas un chat ordinaire mais tout de même ! Il détestait par-dessus tout être le sujet de la conversation sans que quiconque ne prenne la peine de lui demander son avis sur la question ! Vexé, il fomentait furieusement un coup d'éclat, relégué dans son coin, quand il dressa soudain l'oreille aux paroles de Gin, anticipant avec crainte la suite de son petit discours.
« Tu ne sais pas ce qui est arrivé il y a presque six ans maintenant. Tu ne sais pas comment ça s'est passé. Tu ne sais pas ce que ton maître a ordonné à l'époque. Tu ignores tout de ce que ton humain chéri a fait et a subi. Tu ne sais rien ! Rien du tout », ronronna l'homme renard avec délectation.
Chaque phrase avait sonné comme un glas pour le bleuté qui avait senti son cœur se resserrer un peu plus à chaque mot prononcé par cette voix de velours qu'il ne connaissait que trop bien. Il ferma un instant les yeux, refoulant avec difficulté les mauvais souvenirs que les paroles doucereuses de Gin avait déterrés.
Bien que méfiant, le chat s'assit sur le torse de l'homme, attentif, attendant les justifications du chasseur délavé. La notion de propriété et de territoire était très importante chez les félins. Il enroula toutefois délicatement sa queue autour de la gorge du bleuté, retraçant avec douceur les ecchymoses violacées qui commençaient à transparaître sur la peau hâlée, antithèse absolue du geste du traqueur, tentant d'apporter du réconfort et du soutien à son humain favori.
Ichimaru sourit à cette vue, plus que ravi de la tournure que prenaient les évènements. Il se racla la gorge et entama son récit :
« Vois-tu, quand ce splendide spécimen ici présent s'est retrouvé dans notre beau pays, bon gré mal gré, je te l'accorde, il a fallu lui inculquer les bonnes manières, et il se trouve qu'il était particulièrement peu réceptif à ses leçons. Vilain garçon, roucoula-t-il en caressant de sa main libre les mèches azurées de l'homme qu'il maintenait plaqué au sol, le faisant renâcler et gronder.
Il a donc fallu recourir aux grands moyens pour le …stimuler ? Disons plutôt, le pousser à développer son attention et ses capacités. J'ai donc intégré son petit programme quotidien. Il faut dire qu'au départ, il n'a pas été attentif du tout. Mais au fur et à mesure des séances, il a été forcé de reconsidérer ses options. J'ai contribué à faire de lui ce qu'il est maintenant, le parfait petit soldat, enfin presque parfait », sourit Ichimaru en entendant ledit parfait petit soldat jurer violemment.
Khamsim émit un piaulement intransigeant, certes, il comprenait ce que racontait le délavé mais il n'avait aucune preuve tangible de sa légitimité sur son humain.
Gin ne broncha pas, si ce n'est par un léger rire, amusé de l'impatience évidente du félin.
« J'y viens, j'y viens. Pas la peine d'en faire toute une boule de poils. »
L'animal gronda mais resta assis, attendant la suite, décidant de passer outre l'expression dégradante.
« Bien. Mon travail consistait donc à former notre petit chaton ici présent… » Il fut vite interrompu par le chaton en question, de fort méchante humeur :
« M'appelle pas comme ça ! Et arrête de faire comme si j'tais pas là ! Relâche-moi, putain de bordel de merde ! »
« Ma, ma, langage, mon beau, langage, le stoppa l'albinos en posant d'autorité ses doigts sur la bouche du bleuté, qui vit irrémédiablement rouge et ne se laissa pas faire, pas cette fois-ci.
Le traqueur ramena vivement sa main devant son visage, contemplant avec curiosité son index et son majeur ensanglantés, fixant le fluide écarlate qui s'écoulait librement des ouvertures que les crocs tranchants de l'azuré avaient laissées dans sa chair.
Grimmjow, toujours maintenu au sol par l'autre main de l'argenté qui ne l'avait pas lâché malgré la surprise, cracha puis sourit de toutes ses dents, ses canines d'ordinaire immaculées teintées de vermillon.
Khamsim, qui avait sauté sur le côté, inclina la tête sur le côté, intrigué. Après tout, si son humain voulait affronter le traqueur, libre à lui. En plus, il avait trop rarement vu le bleuté combattre, ça promettait d'être intéressant.
Gin releva la tête, plongeant dans le bleu lagon satisfait du regard de Grimmjow et sans rompre le contact, porta sa main à ses lèvres et recueillit le liquide vital du bout de la langue, ouvrant lentement les yeux. Le bleuté perdit son sourire petit à petit en assistant avec effroi à la transformation des pupilles de l'albinos, passant de cercles parfaits à de simples fentes verticales, sombres écorchures luisantes dans le translucide éthéré des iris du renard qui n'avait pas cillé un seul instant durant tout le processus. Un frisson glacial remonta le long de son échine, car la dernière fois qu'il avait vu ces yeux-là, tout s'était très mal fini.
Le défiant malgré tout, ses yeux toujours plantés dans ceux, dorénavant fendus, du traqueur, il frémit lorsque son attention se concentra malgré lui sur la saveur métallique qui imprégnait sa langue, arôme jumeau de celui du liquide sombre qui tâchait le menton de l'homme renard qui lui faisait face, et qui le fixait toujours en souriant.
« J'admets que je ne m'y attendait pas à celle-là. Le chaton sait mordre en définitive. » Le bras libre de l'argenté se mut à une vitesse terrifiante, inhumaine, agrippant le bleuté à la gorge, lui coupant la respiration sur le coup, ses doigts venant parfaitement s'imprimer sur les empreintes qui ornaient déjà sa peau. L'Américain se débattit tant bien que mal, suffocant, tandis que Gin rapprochait son visage, jusqu'à ce que leurs souffles ensanglantés ne se mêlent.
« Tu sais mon beau, je n'avais pas l'intention de te faire du mal. J'avais prévu de te faire courir et de jouer avec toi une fois que je t'aurais attrapé. Je voulais juste t'embêter un peu, comme au bon vieux temps. Rien de bien méchant, tu me connais, murmura-t-il d'une voix dangereusement calme, au timbre presque…attristé ?
Grimmjow haleta douloureusement, bien incapable de répondre. Le traqueur desserra sa prise une fraction de seconde, laissant un Jaggerjack à l'agonie inspirer avidement une bouffée d'oxygène et reprit :
« Mais tu es plus imprévisible que ce que j'aurais cru. Et tu m'as gratifié de ceci », conclut-il avec un soupir navré, en agitant ses doigts rougis qui avaient fini par relâcher sa gorge pour ce faire.
Il saisit délicatement le menton de son vis-à-vis qui ne broncha pas, le maculant de vermeil par la même occasion et approcha sa bouche ourlée de rouge de son oreille :
« C'était inattendu, vraiment. Je pensais que tu n'étais plus qu'une marionnette brisée, un jouet cassé d'avoir été trop utilisé. Mais tu étais là tout ce temps, ton vrai toi, ta volonté si féroce dissimulée sous ce vernis de silence et d'obéissance. Tu étais déjà alléchant avant mais là…oh là c'est encore mieux !, chuchota Gin avec délectation, presque ronronnant. Après tout, avec un peu de sauvagerie c'est toujours plus plaisant. »
L'aura de l'albinos tressautait comme une onde radio mal réglée, parfait reflet de l'agitation et de l'excitation entre lesquelles l'homme renard oscillait.
Le souffle violent si caractéristique du Ghibli se leva, amenant avec lui des myriades de poussières d'étoile dans la nuit, faisant virevolter les vêtements des deux protagonistes et la fourrure du félin spectateur, soulevant une masse d'air chaud et sec, figeant pour un instant la scène, instantané irréel d'un drame à venir.
Alarmé par le changement distinct de l'atmosphère, Grimmjow tenta un mouvement de recul.
Gin ne lui en laissa pas le temps.
...
...
...
Une voix éthérée se fit soudain entendre dans l'amphithéâtre plongé dans la stupeur autant que dans l'obscurité et susurre doucereusement : « A suivre... »
