. Enfin… .

« Jacob »

Les jours défilaient et personne n'avait de nouvelles d'Isea. Bella sombrait tous les jours un peu plus dans la mélancolie malgré les efforts d'Edward pour lui rendre le sourire. Carlisle culpabilisait d'avoir renvoyé Isea chez elle. Quand il l'avait examinée pour comprendre son anatomie, Carlisle avait remarqué qu'Isea portait de nombreuses marques. Mais il n'avait pas fait le rapprochement ; pourtant, dans son métier, des enfants battus, il en avait déjà vu... Il se disait que tout ceci ne serait pas arrivé s'il avait fait correctement son travail. Bien sûr, ce n'était pas sa faute, et personne ici ne le jugeait responsable. Néanmoins, il ne vivait plus. Il avait quitté son travail pour avoir plus de temps. Il passait ses journées à arpenter les environs en quête d'indices susceptibles d'indiquer par où Isea avait fui. Il avait même convaincu la tribu Quileutes de s'allier à eux pour la retrouver. Un soir, alors que sa famille attendait son retour et qu'il cherchait encore, il m'avait aussi convaincu. L'odorat infaillible des loups avait d'ailleurs plusieurs fois conduit sur des pistes, mais rien n'avait abouti jusqu'à maintenant. Et Isea restait désespérément introuvable. Alice avait beau se concentrer, sonder le futur de tous les êtres qu'elle croisait, Isea lui restait totalement inaccessible. Jasper sombrait dans la catatonie. Il ne se nourrissait plus, il devenait agressif à la moindre contrariété : il devenait dangereux, pour sa famille comme pour Bella. Et ça me rendait, ça nous rendait tous terriblement malheureux. Cette famille se déchirait, lentement mais sûrement.

Et puis une matinée, on avait reçu un coup de fils du chef Swan qui nous informait qu'une jeune fille errante dont la description correspondait à sa fille avait été aperçue aux abords de la forêt Walawky, à environ 100 km d'ici. D'un accord commun, nous étions tous partis sur les traces d'Isea. On s'était séparé pour augmenter la surface de recherche, en sept groupes de deux membres, un loup et un vampire, « pour augmenter les chances de résultats », comme avait dit Billy, mon père, avant qu'on quitte la réserve. A croire qu'on allait jouer une partie de base-ball. Qu'est ce que vous voulez, des après-midi entiers avec Charlie devant le poste de télé, ça finit par faire des dégâts.

Sam faisait équipe avec Carlisle, Seth avec Edward, Léah avec Rosalie, Quil avec Emmett, Embry avec Jasper, et moi avec Alice. Bella était restée à la villa des Cullen avec Esmée. Cet accord tacite avait bien sûr été imposé par un ordre de l'Alpha de la meute sinon Quil et Embry en seraient encore à discuter du pour et du contre d'une telle alliance. Tout le monde appréhendait les retrouvailles. Je sentais les pensées confuses et dispersées des autres membres de la meute, c'était éprouvant. Mais une seule chose comptait, retrouver Isea. Une promesse, un objectif commun, une obsession…

Je courais depuis environ deux heures avec Alice. On nous avait affecté le quart Nord-Est de la forêt Walawky, et pour l'instant, nous n'avions trouvé aucun signe de la présence d'Isea. Une chose néanmoins me confortait dans l'idée que nous étions sur la bonne voie : Alice s'était souvenue d'une vision qu'elle avait eu des mois auparavant, où on voyait Isea, perdue, marchant dans une forêt. Je savais que c'était un peu vague comme indice, mais c'était déjà ça. Notre seule chance, notre seul espoir.

Il fallait le reconnaître, Alice incarnait la grâce et la beauté à l'état pur. Ses cheveux en bataille virevoltaient au gré de ses accélérations, sa silhouette menue se faufilait parmi les arbres et son parfum enivrait sur des kilomètres à la ronde. A ces pensées, je sentis certaines parties de mon anatomie réagir… Mais, il ne fallait surtout pas que je pense à cela, pas dans ces conditions, pas avec la meute connectée… on me le rappellerait pour les siècles à venir ! C'est ainsi que sur ces sages pensées, je détectais une odeur différente… une odeur semblable à celle de Bella ! ISEA ! ! Je me lançais dans une course folle à travers les fourrées, Alice sur mes talons. Les autres membres de la meute ayant perçu ma découverte, fondaient vers nous à une allure démesurée. Nous l'avions enfin retrouvée. Tous ces mois passés à fouiller la région et nous ne l'avions pas vu. On avait probablement dû passer des milliers de fois devant elle sans s'apercevoir qu'elle était là, terrée dans une coin, silencieuse, seule.

C'est au détour d'un sentier de terre battu que nous l'avons aperçu. Elle était là, assise au milieu des fougères, elle regardait le ciel. Ses ailes étaient déployées, mais reposaient négligemment sur la mousse des souches. Cette vision était splendide. Jasper commença à s'approcher d'Isea en lui murmurant des mots doux et en lui envoyant des tsunamis de calme et de bien être, à tel point que nous nous sentions tous dans un état second. C'était plaisant, étrange, anormal… Et puis, tout bascula.