Shelter From The Storm
Bonsoir / Bonjour,
J'ai mis trois semaines pour écrire le chapitre suivant. Il est beaucoup plus court que les précédents. Je l'ai volontairement coupé ici même si j'ai les notes pour la suite.
Je voulais vous offrir la suite.
J'ai eu ... un blanc, je n'arrivais plus à écrire cette histoire parce que c'est difficile. J'ai retrouvé le "truc", j'espère ne plus le reperdre ...
J'espère que ce chapitre vous plaira. J'essaierai de poster la suite dans un temps raisonnable ! Et si vous avez des suggestions, des idées, des envies, je serai ravie de les lire.
Merci à toutes pour vos reviews : mon Ninja, Lisa, Alexia, Chaton. Merci à toi Lora-66, je suis contente de te voir ici !
Merci à Hugh de s'être si joliment manifesté 8-)
Bonne lecture à tous. J'espère qu'il n'y a pas trop de fautes ni d'erreurs ...
Ju
CHAPITRE X
Samedi 01 août
Elle est partie avant qu'il ne se réveille. Il n'a pas esquissé le moindre mouvement lorsqu'elle s'est levée. Elle se souvient de son visage étonnamment tranquille, de ses cheveux en bataille et de ses lèvres qui disparaissent derrière sa barbe. Lorsqu'elle est retournée dans la chambre avant de quitter la maison, Cuddy l'a regardé quelques instants. Étendu sur le ventre, il a ramené l'oreiller de sa compagne contre lui. Le souvenir la fait sourire alors qu'elle fait une pause dans son travail. Après de longues minutes silencieuses dans le jardin, ils sont retournés à l'intérieur. L'un contre l'autre enveloppés par la fraîcheur des draps blancs, il a continué à lui raconter des idioties à l'oreille un long moment. Entre deux éclats de rire, elle s'est laissée embrasser sans plus penser à la discussion qu'ils ont eue en fin de soirée.
Si elle veut avoir une chance de rentrer plus tôt pour passer du temps avec House, elle doit encore s'occuper de la vingtaine de dossiers qui traînent sur son bureau. Ce sont des demandes de financement et des rapports mensuels que chaque chef de département doit lui apporter. Il lui faut deux heures pour lire, remplir certains formulaires et passer deux coups de téléphone. Lorsqu'elle émerge enfin de son travail, il est près de 15H. Alors qu'elle glisse plusieurs affaires, on frappe à la porte. Levant les yeux, Cuddy croise le regard de Cameron alors que la jeune femme avance vers elle.
« Vous rentrez ? »
« Je peux vous aider ? » demande la Doyenne avec le sourire et un hochement de tête.
« Est-ce que House vient avec vous ? » enchaîne Cameron en regardant Cuddy ranger deux dossiers dans son sac.
Cuddy s'arrête dans son geste et relève vivement la tête. Cameron fronce les sourcils avec l'horrible impression que l'idée même du mariage est complètement sortie de l'esprit de sa patronne.
« Pour la cérémonie » ajoute-t-elle « Vous avez oublié ? »
« Non, non. Bien sûr » sourit la Doyenne en secouant la tête « Nous n'en avons pas encore discuté »
« Peut-être que je pourrais passer lui demander moi-même » propose la jeune femme en haussant les épaules.
« C'est inutile, je lui demanderai en rentrant. Je ne vous promets rien »
« Merci » dit-elle avec un sourire un peu désappointé.
Elle la remercie et accompagne Cuddy lorsqu'elle sort de son bureau. Cameron s'arrête près du bureau dans le hall.
« Comment va-t-il ? » s'enquiert la jeune femme en se plaçant entre la Doyenne et la sortie.
« Bien » répond Cuddy en fronçant légèrement les sourcils tout en rendant un dossier.
« Bien ? »
« Oui. J'essaie de vous donner une réponse rapide pour la cérémonie » ajoute Cuddy en souriant avant de laisser Cameron.
Sur le chemin, elle s'arrête faire quelques courses et c'est les bras chargés de deux sacs qu'elle remonte l'allée de la villa.
« Je suis rentrée » annonce-t-elle à l'intention du Diagnosticien.
La maison est silencieuse. Elle quitte ses talons et va déposer les sacs dans la cuisine. Une tasse de café est rincée, tournée à l'envers dans l'égouttoir. Une assiette est lavée. Un petit sourire triomphant sur les lèvres, Cuddy range les affaires urgentes dans le frigo avant de laisser le reste pour plus tard.
« House ? »
« Salle de bain » l'entend-t-elle répondre alors qu'elle jette un coup d'œil au salon.
Il n'y a qu'une seule raison pour laquelle il prendrait un bain en plein milieu de l'après-midi – détendre ses muscles et combattre la douleur en la noyant dans un bain brûlant. À sa grande surprise, Cuddy découvre le Diagnosticien devant le miroir. Il tourne la tête en la voyant puis repose les yeux sur son reflet.
« On dirait que tu viens de voir un fantôme » ricane-t-il en voyant sa surprise « Ou moi faisant volontairement des consultations »
« Je ne m'attendais pas exactement à ça » réplique Cuddy en souriant alors qu'il examine sa barbe du bout des doigts « Je pensais que tu prenais un bain, à cause de ta jambe »
« Je vais bien »
Il prononce ces trois mots sans la regarder et commence à se raser. Souriant doucement devant un geste qu'elle ne lui a jamais vraiment vu faire, Cuddy lui dit qu'elle va se changer. Elle enfile un short en jean et un débardeur blanc qui flotte autour d'elle.
« C'est ma tasse » lui fait-il remarquer lorsqu'elle revient s'asseoir sur le bord de la baignoire.
« Tu as fait la vaisselle » dit Cuddy en souriant et prenant une gorgée d'eau fraîche.
C'est une des tasses qu'il a ramenées de son appartement. Elle l'a trouvée un jour sur la table de la cuisine. Arrivant derrière elle, il lui avait repris en lui pinçant les flancs. C'est la mienne, on ne touche pas. Elle aime trouver ses affaires à la villa car ce sont les signes qu'il s'habitue et qu'il prend ses marques. Elle a toujours l'impression que c'est plus sa maison que la sienne car en dehors de ses vêtements et des affaires de douche, il a laissé beaucoup de ses affaires à son appartement. Elle le regarde dans le miroir. Il porte un tee-shirt blanc aux inscriptions noires et un jean.
« Tu devrais couper tes cheveux aussi » lui fait-elle remarquer en le regardant.
« Tu veux pas aussi que je change tous mes vêtements, de voiture et d'appartement ? » s'exclame le Diagnosticien en lui lançant un regard horrifié alors qu'elle se lève, laissant la tasse sur le meuble.
« Ils sont un peu longs » dit Cuddy en passant les doigts dans ses cheveux « Je préfère quand ils sont plus courts »
« Alors coupe-les » lance House en tournant la tête vers elle.
Lorsqu'elle se met à rire, House se tourne complètement vers elle et l'embrasse en lui mordant gentiment les lèvres. Il abandonne la petite paire de ciseaux sur le bord du lavabo et passe une main dans son dos. Elle s'écarte et passe les doigts sur ses joues barbues.
« Toutes les femmes savent couper les cheveux » la provoque-t-il en souriant.
Il fait la moue et papillonne des yeux pour la supplier de le faire. Les yeux légèrement écarquillés, elle va lui faire une remarque qu'il efface d'un baiser. Cuddy se mord les lèvres et s'empêche de rire de nouveau. Affichant un sourire déçu, House se tourne vers le miroir et reprend sa tâche. Cuddy s'appuie contre le placard à côté de lui et le regarde faire. Il a cette petite moue concentrée, le menton légèrement relevé. Laissant le ciseau, il pince les lèvres et entreprend de se raser sous le regard attentif de Cuddy.
« Dans tes fantasmes, je suis doyenne d'un hôpital la journée et coiffeuse pendant la nuit ? » demande Cuddy en reprenant son sérieux.
« Si tu ne me coupes pas les cheveux, je les laisse pousser » la menace House.
Elle éclate une nouvelle fois de rire et il la regarde avant de sourire. En short et en débardeur, il a sous les yeux sa Cuddy, celle qui se laisse aller à ses idioties et qui ne se cache plus derrière son masque d'administratrice impassible.
« Termine de te raser d'abord » lui fait-elle en secouant la tête lorsqu'il souffle un cool épaté « Et ne t'emballe pas, je n'ai pas coupé les cheveux à un homme depuis mon père … il y a vingt ans »
« Oh. Mon. Dieu »
« Assis-toi »
« J'aime quand tu parles comme ça » s'amuse House en s'asseyant sur une chaise de la cuisine.
Elle revient devant lui et place une serviette sur ses épaules. Une canine enfoncée dans la chair rosée de sa lèvre inférieure, Cuddy l'examine avec attention. Ses cheveux châtains entremêlés de mèches grises sont en désordre lorsqu'elle y passe les doigts. Sa barbe taillée lui donne un air malicieux et lui laisse l'impression qu'il a perdu quelques années. Les yeux levés, House la regarde alors qu'un sourire étire ses lèvres. Du bout des doigts, il caresse les jambes de sa compagne et remonte jusqu'à ses hanches. Écartant les jambes, le Diagnosticien l'attire vers lui et dépose un baiser contre son tee-shirt à hauteur de son ventre.
« Tu ferais mieux de ne pas distraire une femme qui tient des ciseaux si près de ton visage » l'avertit-elle en gigotant sous ses caresses.
Grognant contre son ventre, House laisse ses mains retomber et se redresse. Le dos droit, il affiche désormais une moue énigmatique et amusée.
« Va te mouiller la tête »
« Coupe-moi les cheveux sous la douche »
« Tu veux que je te coupe les cheveux oui ou non ? » réplique aussitôt Cuddy en lui lançant un regard consterné « Parce que quand tu me regardes comme ça, je sais très bien que tu parles de sexe »
Le sourire provocant qui flotte sur les lèvres de House s'évanouit quand il la voit stopper tout mouvement. Braquant son regard gris sur le sien, Cuddy sourit malicieusement et pose le ciseau sur la table. Se mordillant les lèvres involontairement, elle place les jambes de chaque côté des hanches du Diagnosticien et s'assoit prudemment sur ses genoux. Les bras autour de son cou, elle approche les lèvres de son oreille. Les mains de House ont trouvé leur place autour de ses hanches et caressent son dos en de longs mouvements circulaires. Il déglutit avec difficulté quand le souffle de sa compagne caresse son cou. Il embrasse la peau de sa nuque à plusieurs reprises alors qu'elle fait la même chose. Cuddy ferme les yeux, la barbe taillée lui pique les joues et les lèvres.
« Je veux que tu fasses quelque chose » lui murmure-t-elle langoureusement à l'oreille.
« Tout ce que tu veux »
« Tout ce que je veux ? »
« Tant que tu restes là » répond House en continuant d'embrasser son cou, ses mains se promenant dans son dos.
« Dans deux semaines » continue Cuddy tandis que ses ongles grattent le crâne de son compagnon « Je voudrais que tu viennes avec moi... »
Cuddy ferme les yeux quand il mordille la peau à hauteur de sa clavicule et l'embrasse jusqu'au débardeur. Se mordant les lèvres, elle referme les doigts autour de la nuque de House et souffle doucement près de son oreille.
« Je voudrais que tu viennes avec moi » reprend-t-elle en calmant les papillons qui voltigent au creux de ses reins « Au mariage … de Chase et Cameron. Pour la cérémonie »
« Attends, quoi ?! » s'exclame le Diagnosticien en la repoussant soudainement, ses mains restant sur ses hanches « Je ne ... »
« S'il te plaît »
Elle le regarde dans les yeux alors qu'il détourne le regard. Agacé par son détachement, Cuddy se lève brusquement, attrape la paire de ciseaux et quitte la cuisine sans un mot. House baisse la tête et les yeux rivés aux rainures du carrelage, se passe les doigts dans les cheveux. Qu'elle veuille assister à la cérémonie, il le comprend. Depuis plusieurs semaines, il n'arrive pas à envisager un futur. Il vit chaque jour en espérant que la douleur et le manque finissent par disparaître. Dans ses pensées, il n'est pas question de mariage ni de quoi que ce soit d'autre. Aussi tourmenté qu'il soit, il a besoin de stabilité. House entend la porte d'une armoire claquer dans la chambre. Lorsque Cuddy revient dans la cuisine, il n'esquisse pas un geste. Sans un regard pour son compagnon la Doyenne ramasse les sacs de courses. Elle commence à ranger les affaires, ouvrant et fermant mécaniquement les placards.
« Pourquoi c'est si important d'aller à ce mariage ? » demande House alors qu'elle plie un des sacs en papier et le range.
Le Diagnosticien se pince les lèvres, il se lève lentement et fait quelques pas. Il observe sa compagne, ses gestes calculés et précis, sa silhouette, ses lèvres pincées. Il se surprend lui-même en réalisant combien il a été égoïste. Il pourrait lui dire qu'elle réagit excessivement mais il comprend qu'elle est en droit d'attendre de lui qu'il fasse ce genre d'effort.
« Tu as choisi une robe ? »
Un ricanement amer s'échappe des lèvres de Cuddy alors qu'elle secoue la tête.
« Qu'est-ce que ça peut te faire de toute façon ? » demande-t-elle en le regardant « Je n'ai pas besoin de robe si je ne vais pas à la cérémonie »
Elle détourne le regard et range les dernières affaires. Elle plie le deuxième sac, ramasse le premier et les range. Le silence de House l'agace.
« J'ai dit que je ne viendrais pas, pas que tu ne pouvais pas y aller » fait-il, la voix incertaine.
Le regard qu'elle lui lance le fige et il détourne les yeux. House se tient droit, utilisant sa taille pour se donner un peu de contenance. Il a conscience d'avancer sur un terrain dangereux.
« Tu ne saisis pas ? » demande Cuddy le ton acide « Il ne s'agit pas simplement d'aller à cette cérémonie, House, mais de faire quelque chose ensemble. Tais-toi »
Elle lui lance un regard noir quand il ouvre la bouche pour répliquer. Elle s'est approchée et lève les yeux vers lui.
« Ça fait des semaines que l'on a rien fait ensemble » continue Cuddy « Et ne me parle pas de sexe » l'avertit-elle, amère « On passe nos soirées ensemble à regarder la télé, à écouter de la musique ... »
« J'aime rester simplement avec toi » se défend âprement le Diagnosticien en balayant l'air de la main.
« Je veux sortir avec toi, House » dit-elle « Littéralement »
Le Diagnosticien voit le regard de sa compagne s'adoucir, puis elle fronce les sourcils devant son sourire timide.
« Tu m'as traîné au gala de l'hôpital » essaie-t-il de plaisanter.
« C'était il y a quatre mois » réplique Cuddy « J'apprécie aussi les soirées que l'on passe ensemble »
« Mais tu veux plus » finit-il pour elle.
Il ne voit pas son pâle sourire car il refuse de la regarder dans les yeux. Appuyé sur sa canne, House se passe une main sur le visage et contourne la table, préférant mettre un peu de distance entre eux. Il boite jusqu'au frigo mais n'en ouvre pas la porte. Lorsqu'il se retourne, Cuddy le fixe d'un regard clair et attentif.
« Je ne te demande pas de me demander en mariage. Simplement de m'accompagner » lui fait-elle remarquer en approchant, le regard taquin.
« C'est un mariage ou une exhibition ? » lance le Diagnosticien en roulant les yeux.
« C'est ça, je veux aller à la cérémonie pour que chaque femme soit jalouse de moi et de mon charmant cavalier » réplique aussitôt Cuddy.
Il lui jette un regard faussement agacé puis penche légèrement la tête sur le côté.
« Peut-être que je veux rendre les hommes jaloux, peut-être que je veux que tu sois jaloux » continue-t-elle en s'approchant davantage, un sourire étirant malicieusement ses lèvres.
« Tu ne m'auras pas comme ça, Cuddy »
« Tu ne supportes pas que d'autres hommes me regardent » ajoute-t-elle « Si tu savais à quoi ressemble la robe que je vais porter, tu ... »
Elle se mord furieusement la lèvre quand il lui jette un regard atterré.
« Je te déteste » marmonne-t-il entre ses dents.
« Est-ce que c'est un oui ? » s'exclame Cuddy en esquissant un geste joyeux et involontaire.
« Je n'ai rien dit ! » l'arrête le Diagnosticien en sachant pourtant qu'il vient de perdre la bataille.
Elle lui attrape la main et dépose un baiser sur ses lèvres. Lui soufflant un merci, Cuddy éclate de rire en voyant sa mine dépitée et l'embrasse de nouveau. House ferme les yeux sous son baiser. Les mains de Cuddy posées sur son abdomen, le Diagnosticien lui rend son baiser avant de s'écarter.
« Qu'est-ce qu'il y a ? » s'inquiète Cuddy en le voyant baisser la tête et fermer les yeux.
« Rien. Simple vertige »
« Assis-toi » lui intime-t-elle doucement.
Il boite jusqu'à la chaise sans repousser l'appui qu'elle lui offre. Elle lui prend la canne et la pose sur la table tout en s'agenouillant à ses côtés. Elle le voit contracter plusieurs fois les paupières et pencher le torse. Son visage s'est vidé de toute couleur et ses joues semblent davantage creusées, accentuées par sa courte barbe. House rouvre doucement les yeux puis les referme lorsque la pièce tangue devant ses yeux.
« C'est la première fois aujourd'hui ? » demande-t-elle en posant une main sur sa cuisse.
Il garde la tête baissée et les yeux fermés. Les mâchoires comprimées, il semble faire un effort surhumain pour reprendre contenance.
« Greg »
Le Diagnosticien rouvre les yeux en entendant son prénom et croise le regard inquiet de sa compagne. Il secoue doucement la tête.
« Pourquoi tu ne m'as rien dit ? » soupire Cuddy.
« Je pensais que ça ne recommencerait pas » avoue-t-il en déglutissant « Je … »
« Dis-moi » l'encourage-t-elle en caressant son bras.
« C'est arrivé deux fois ce matin. J'ai du .. m'asseoir un moment avant de pouvoir faire quelque chose »
« Qu'est-ce que tu as mangé ? »
« Pas grand chose » grimace House au souvenir des nausées qu'il a ressenties dès le réveil « Je ne vais pas aussi bien que ça finalement » ajoute-t-il en la regardant dans les yeux alors qu'elle se relève « Et je suis désolé de ne rien t'avoir dit, je ne voulais pas ... »
« Je sais, tu ne veux pas m'inquiéter » fait Cuddy avec un petit sourire fatigué « N'essaie pas de me protéger. Et ancre cette idée dans ta tête : je veux savoir tout ce que tu ressens » ajoute-t-elle en haussant un sourcil.
« Reçu, chef » grimace-t-il une dernière fois avant de s'enfouir son visage dans ses mains « Bon sang, est-ce que c'est possible d'être aussi exténué ... »
« Heureusement que ta boss est assez conciliante pour te donner des vacances » le taquine-t-elle en passant les doigts dans ses cheveux « Laisse-moi regarder ce que je peux préparer pour le dîner et va t'allonger un moment »
« Je peux regarder la télé, maman ? » demande le Diagnosticien avec une moue enfantine.
Une vingtaine de minutes plus tard et alors qu'elle repasse dans le couloir, House est endormi sur le canapé. Inconsciemment ou non, sa main est posée sur sa cicatrice. Dodelinant de la tête, House garde la bouche légèrement entrouverte. Cuddy baisse le son de la télévision sans l'éteindre, certaine que le silence le réveillerait aussitôt. En le regardant, elle ne peut s'empêcher de repenser à son visage exsangue lorsqu'il a vacillé devant ses yeux. Il a maigri depuis le début du sevrage et elle ne s'étonne pas de son manque d'appétit.
« Où tu vas ? » lui demande-t-il en ouvrant les yeux.
« Je pensais que tu dormais »
« Tu as baissé le volume de la télé » l'accuse House avec une grimace ce qui tire un sourire ironique à la Doyenne « L'heure du dîner ? » demande-t-il en renversant la tête dans l'espoir d'apercevoir le ciel.
« Il est à peine 17H »
« Je meurs de faim »
« La cuisine est dans cette direction » lui sourit Cuddy alors qu'il éteint la télé et s'assoit sur le bord du canapé.
House hoche doucement la tête et elle le laisse. Il la suit des yeux, la remerciant intérieurement de le laisser seul. La douleur lui broie la jambe et il prend le temps avant de se lever. À travers son jean, il masse sa cuisse en gardant les yeux fermés. Son cou est courbaturé à cause de la position dans laquelle il s'est endormi. Après plusieurs minutes, lorsqu'il rejoint Cuddy dans la cuisine, elle lui tend une assiette et pose deux tasses sur la table – un café pour lui et un thé pour elle.
« Et tu as intérêt à finir ton assiette »
Dimanche 02 août
Elle n'est pas revenue sur la discussion de la veille. Le mariage est dans deux semaines et elle sait qu'ils ont encore le temps d'en discuter ensemble. Il viendra avec elle, elle le sait. Son imagination travaille à plein régime alors qu'elle s'efforce de terminer les dossiers qu'elle a ramenés la veille. Installée à la salle à manger, Cuddy griffonne rapidement une lettre avant de l'ajouter à un des dossiers. Cuddy a hâte de terminer cette préparation pour mardi. Remontant une jambe, elle pose le pied sur la chaise puis ramène ses cheveux en un chignon improvisé. Tournant la tête, elle regarde un instant son compagnon. House est installé dans un fauteuil. Ses lunettes sur le nez, il a un livre à la main mais elle voit qu'il est n'est pas concentré sur sa lecture. Il regarde les pages comme s'il ne les voyait pas et, le regard perdu dans le vide, House revient souvent poser la main sur sa cicatrice. Elle n'a pas besoin de le demander pour voir qu'il a mal. Cuddy le connaît assez bien pour décrypter la tension qui émane de ses épaules ou des traits crispés de son visage. Lorsqu'il referme le livre, elle détourne la tête et reprend son travail.
Il passe derrière elle en silence. Sa canne accompagne ses mouvements et elle écoute seulement les frottements de son jean lorsqu'il se déplace. Son silence l'attriste car elle voudrait qu'il lui parle. Elle voudrait l'aider mais il rejetterait son aide. Il n'a pas atteint la cuisine que Cuddy l'entend déjà revenir. Son pas est lourd et elle se fige lorsqu'il ralentit à sa hauteur. Elle ne relève pas la tête ni ne lève les yeux vers lui, le stylo à quelques millimètres de la feuille. House reste silencieux. Cuddy libère son souffle quand il s'en va dans le couloir. Ses pas s'éloignent mais elle n'arrête jamais de l'entendre. House continue ses allées-retour, elle sait que c'est sa manière de traverser ce douloureux moment.
Il s'est arrêté dans le couloir, incapable de faire un pas de plus. Il sent son cœur battre rapidement – trop rapidement contre sa poitrine. La gorge sèche, House pose une main contre le mur et s'efforce de respirer lentement. Chaque bouffée d'air lui arrache une grimace. Il serre les doigts autour du pommeau de la canne et s'adosse contre le mur, la bouche entrouverte et la tête légèrement renversée en arrière. Le silence de la maison est complet et accentue les battements précipités de son cœur. Il bat contre ses tempes obligeant le Diagnosticien à bouger pour espérer penser à autre chose.
« Je vais dehors »
Cuddy tourne la tête vers lui et pose les pieds par terre lorsqu'il revient dans le salon. Il lui accorde un regard avant de retourner dans la cuisine.
En tee-shirt et en jean, House arpente la terrasse. Les planches sont brûlantes sous ses pieds nus mais la chaleur qui irradie du bois calme paradoxalement la douleur dans sa jambe. Il n'a pas ressenti cette souffrance depuis longtemps. C'est celle qui ne le quitte jamais, qui dort dans sa cuisse avant d'exploser avec fureur. Abandonnant la terrasse, House descend dans l'herbe en essayant d'oublier la Vicodin. Il a le goût des comprimés sur la langue. Cette sensation le fait grimacer alors qu'il se tient en plein soleil. La tête baissée, House boite lourdement et vacille lorsqu'une crampe lui broie la cuisse. Il est saisi d'un vertige lorsqu'il commence à reprendre aplomb. Fermant les yeux, il est envahi par un sentiment de panique aussi fulgurant qu'éphémère. Le jardin est silencieux et inondé de soleil. Il pourrait tomber à genoux et abandonner face à la souffrance. Ses lèvres tremblent lorsqu'il rouvre les yeux. La transpiration dégouline le long de sa nuque et il sent son tee-shirt coller à sa peau. Il pourrait retourner à l'intérieur, s'effondrer sur le canapé. Il pourrait appeler Cuddy, il voudrait l'appeler. C'est comme s'il n'arrivait plus à faire face à la douleur seul. La solitude lui est si familière qu'il s'enferme et rebâtit les murailles qui entourent son cœur sans réellement sans rendre compte.
Il boite jusqu'au fond du jardin avant de laisser tomber sa canne. Ses doigts rencontrent l'écorce de l'arbre et il s'assoit dans l'herbe. Les branches immenses offrent un refuge ombragé au Diagnosticien.
Quelques secondes aveuglée par la lumière extérieure, Cuddy plisse les yeux en cherchant son compagnon. Elle s'est retenue de sortir en même temps que lui. Elle aperçoit sa silhouette à l'ombre. Un élan de panique lui enserre le cœur quand elle le voit. Pieds nus elle aussi, elle descend dans l'herbe et le rejoint. Une quinzaine de mètres séparent la maison de là où il est assis. Il rouvre les yeux quand il l'entend approcher et ne dit rien lorsqu'elle s'installer à ses côtés. Un pâle sourire étire les lèvres de Cuddy quand il ferme de nouveau les yeux. Il est exténué et à bout.
« Il fait trop chaud pour rester dehors » lui dit-elle doucement.
« Il fait trop chaud pour prendre un bain, il fait trop chaud pour porter un jean et un tee-shirt, il fait trop chaud pour faire quoique ce soit » réplique House en marmonnant contre ses lèvres serrées « La prochaine fois, on fait ça en plein mois de février »
Elle déglutit et ne relève pas « la prochaine fois », se refusant à imaginer un échec. Elle reste silencieuse et le regarde en ayant la terrible impression d'être inutile. Son torse se soulève de manière irrégulière lorsqu'il inspire profondément. Cuddy voudrait lui prendre la main mais elle a peur qu'il ne la rejette. Malgré elle, la Doyenne effleure le dos de sa main. Il frisonne et elle voit les muscles de son bras se contracter. Rouvrant les yeux, House braque sur elle un regard bleu fatigué.
« J'ai mal à la jambe » murmure-t-il en déglutissant, les sourcils légèrement froncés comme s'il avait mal à la tête.
« Autant que vendredi matin ? »
Il secoue doucement la tête et cherche une position plus confortable. Il sent l'écorce du tronc contre son dos et son crâne alors qu'il tourne la tête vers elle.
« Ce n'est pas la même douleur … C'est juste … celle qui est toujours là sans que je ne puisse rien faire. »
Cuddy acquiesce et ne dit rien. Ils savent tous les deux quels souvenirs ils partagent à l'instant même. Cuddy ramène ses jambes devant elle et passe les bras autour de ses genoux.
« Je suis désolée » murmure-t-elle avec un sourire triste.
« Je ferai n'importe quoi pour une Vicodin » dit House puis il ajoute aussitôt en voyant son regard envahi par la surprise « Pas de panique, je ne foutrais pas tout en l'air pour ça, promis »
« Tu n'as pas besoin de me faire de promesse » répond Cuddy.
« Et pourtant, je viens de le faire »
Levant le bras, House glisse ses doigts dans le chignon de sa compagne et observe ses propres gestes d'un regard un peu perdu. Parler l'aide à oublier la solitude et la douleur qui le dévorent de l'intérieur. Elle a toujours été pour lui une source de distraction précieuse. Il a encore du mal à admettre combien elle est importante à ses yeux, particulièrement dans des moments comme celui-ci. Il n'a jamais été que seul lorsque la douleur menaçait de le terrasser ; il n'est pas aisé pour lui de s'ouvrir aux autres. Mais il essaie, avec elle plus qu'avec n'importe qui d'autre. Ils restent un long moment en silence sans se regarder. Cuddy sort de ses pensées lorsqu'elle le voit poser la main sur sa cicatrice et comprimer le membre entre ses doigts. Elle ne comprend pas pourquoi il continue de porter des jeans et imagine que c'est une façon de dissimuler sa balafre aux yeux des autres. Mais il n'y a que nous deux, pense-t-elle alors. Elle met cela sur le compte de l'habitude.
« Allez viens » murmure-t-elle en se levant « Si tu ne veux pas prendre de bain, il y a encore une chose que je peux faire »
Elle lui tend une main pour se lever et sent son cœur faire un bond dans sa poitrine lorsqu'il la saisit aussitôt.
« Va t'allonger sur le lit et enlève ton pantalon » lui intime-t-elle alors qu'ils rentrent à l'intérieur.
Elle ne lui laisse pas le temps de poser de questions et va dans la salle de bain. Trop fatigué et l'esprit embué par la douleur, House ne cherche même pas à comprendre et rejoint la chambre en boitant. Lorsqu'elle revient, il est installé sur le bord mais a gardé son jean. Il lève les yeux vers elle et fronce les sourcils en voyant ce qu'elle tient dans les mains.
« Qu'est-ce que c'est ? » demande House, la voix défiante.
« Je l'ai achetée hier avant de rentrer » répond-t-elle avec un sourire en lui tendant le tube de crème.
« Cuddy, tu n'as pas besoin de faire ça » l'arrête le Diagnosticien en voulant se lever.
Elle fait un pas et pose une main contre son torse pour l'en empêcher. Les yeux baissés vers son compagnon, elle lui offre un sourire empli de sincérité. Elle lit dans son regard de l'indécision. C'est la première fois qu'elle lui propose de masser sa jambe et elle est consciente qu'il lui est difficile de se débarrasser de sa peur. Malgré l'intimité qu'ils partagent, elle n'est pas encore arrivée à briser le mur qui entoure ce sujet. Ce n'est pourtant pas la première fois qu'elle lui masse la jambe, mais jamais ainsi, jamais en ayant directement sous les yeux cette horrible balafre. Elle écarte les souvenirs des masseuses – et bien souvent des prostitués – auxquelles il a fait appel lorsqu'il était seul. Mais il ne l'est plus. Ils sont ensemble. Et elle a besoin d'être avec lui.
« C'est la première fois que tu rechignes à enlever ton pantalon » essaie-t-elle de le taquiner.
« Ce n'est pas ça »
Ses yeux bleus sont brillants. Elle est à la fois subjuguée par leur couleur et atterrée par tout ce qu'elle y voit. Posant un genou à terre, Cuddy déglutit avant de passer les doigts dans ses cheveux, dégageant quelques mèches de son front. Il est incapable de tenir l'échange et baisse la tête, les lèvres tremblantes. Il n'arrive pas à avancer, il n'arrive pas à lui faire face. Il donnerait n'importe quoi pour ne plus ressentir cette douleur quotidienne.
« House » l'appelle-t-elle en posant sa main contre sa joue couverte de barbe « Regarde-moi »
Il met quelques secondes avant de relever les yeux. Elle dissimule sa détresse lorsqu'elle voit l'unique larme qui dégringole sur la joue de son compagnon. Avec un sourire empli de tendresse, Cuddy se penche et capture cette larme du bout des lèvres avant de déposer un baiser contre la bouche du Diagnosticien.
« Je t'aime » chuchote-t-elle en l'embrassant une dernière fois « Laisse-moi t'aider, je veux t'aider »
Il ferme les yeux alors qu'elle dépose plusieurs baisers contre ses lèvres.
« Je t'aime » répète-t-elle dans un murmure.
« Cuddy »
Il ne sourit pas et se contente de la regarder dans les yeux. House hoche doucement la tête et lui fait signe de s'écarter un peu. Il se lève avec précaution car il n'a aucune confiance en sa jambe. House se penche et saisit les lèvres de sa compagne entre les siennes quelques secondes avant de déboucler sa ceinture. Elle le laisse faire et se saisit de la crème chauffante avant de venir s'installer sur le lit où il la rejoint.
« Enlève ton débardeur » lui intime House en ramenant un coussin derrière sa tête, un sourire mutin peint sur les lèvres.
Elle lui jette un regard consterné avant de sourire à son tour. Se débarrassant de son haut, Cuddy lui jette à la figure avant de s'installer plus convenablement. La crème est froide dans sa paume et elle sent House se crisper lorsqu'elle la dépose près de sa cicatrice. Elle s'arrête dans son geste et lève les yeux vers lui.
« Ne t'arrête pas » murmure House avant de fermer les yeux.
Les mouvements sont délicats et attentifs aux moindres réactions de son corps. House est abasourdi par les sensations de bien-être qui l'envahissent alors que Cuddy masse sa cuisse avec autant de tendresse que de professionnalisme. Les doigts de Cuddy glissent contre sa peau et étalent le gel avec lenteur. House se détend lentement jusqu'à oublier tout ce qui l'entoure. Sa respiration se calme lentement et sa tête se fait plus lourde. Les yeux fermés, il ne compte pas les minutes qui s'écoulent et ne retient pas un soupir de contentement lorsque le gel enveloppe sa cicatrice d'une douce chaleur, emportant avec elle toute trace de douleur.
Il s'est endormi quelques minutes auparavant mais cela n'empêche pas Cuddy de continuer son massage. Ses mouvements sont plus lents et moins précis ; elle s'arrête et lève les yeux vers son compagnon. Elle est heureuse en voyant son visage détendu et ses traits sereins. Cuddy se lève doucement pour ne pas le réveiller, récupère son débardeur et vient déposer un baiser amoureux sur son front.
TBC ...
