All is black (and nothing is right)
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Chapitre 10
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Déjà le 10ème chapitre ! A nouveau je tiens à remercier toutes celles et ceux qui me suivent et soutiennent cette fic ! Je ne sais pas exactement combien il reste de chapitres, mais je pense qu'on doit en être arrivé à peu près à la moitié ! Hourra ! lol
Sinon comme d'habitude je m'excuse du délai, j'ai cru pouvoir finir plus tôt cette fois-ci mais j'ai été pas mal occupée en cours de route donc je me retrouve avec encore presque un mois entre les deux chapitres (à deux jours près lol).
Et pour finir, comme d'habitude, voici les réponses à mes petits "reviewers anonymes" ^^:
A Unelectrice: Merci merciii, je suis contente que ça te plaise autant :D Tu n'as pas à me remercier pour ça, je trouve ça tout à fait normal de répondre à chacun d'entre vous (même si ça prend parfois du temps lol). C'est le moins que je puisse faire quand vous prenez le temps de laisser un petit mot et de m'encourager :D
A GUEST: lol je suis contente de te faire plaisir ! En général je sors un chapitre par mois, comme tu dis pour certaines fics on attend plus que ça, mais je sais à quel point c'est frustrant en tant que lecteur d'attendre une suite qui tarde à arriver, donc je me sens un peu mal pour vous lol. Mais je fais au mieux pour que ça reste raisonnable. Pour la longueur des chapitres, si je faisais plus long ça mettrait plus de temps, donc plus d'attente lol, et puis l'histoire se terminerait beaucoup plus vite aussi (mais c'est peut-être pas pour vous déplaire lol). En tout cas, voici la suite tant attendue ! ^^
A Ann: Je suis contente que ça te plaise malgré le délai. C'est vrai que ça peut paraître long, et je m'en excuse encore une fois, mais je fais au mieux. Je préfère privilégier la qualité à la rapidité, j'espère que tu le comprendras.
A fan nanonyme: Merciii ^^ C'est vrai que j'ai tendance à les faire un peu plus long pour essayer de me faire pardonner lol. Je suis contente que l'histoire du Grand Capitaine Usopp t'ai plu, j'ai eu un peu de mal à l'écrire, mais j'y tenais donc je suis rassurée de voir que c'était agréable à lire ^^ Et oui, ça se rapproche, ça se rapproche ^^ J'espère que ce chapitre sera à la hauteur de l'attente ;)
Deux jours s'étaient écoulés depuis la fête. Le calme avait retrouvé sa place à bord, et le Sunny avait mis le cap sur leur prochaine destination. Sanji s'ennuyait. Certes il passait plus de temps en cuisine, aidé par l'un ou l'autre de ses amis, mais Zoro étant convalescent et interdit d'entrainement par Chopper, lui aussi se retrouvait oisif. Il n'avait pas osé demander de l'aide à Luffy ou un autre de ses nakama pour remplacer le bretteur, et il était bien décidé à ne pas le faire.
Alors il passa son temps libre dans la salle à manger, ou sur le pont, parfois même dans le bar-aquarium quand il était déserté, à penser, laissant son esprit divaguer. La plupart du temps, ses pensées le ramenaient au bretteur, avec toutes ces questions sans réponse qui tournaient dans sa tête. Il n'avait pas encore trouvé l'occasion de lui parler. Avec tous les autres à bord, il était plus difficile d'avoir une discussion privée, chacun pouvant à tout moment débarquer.
Il était assis à la table de la salle à manger, fumant distraitement une cigarette. Il était seul et avait encore un peu de temps avant d'avoir à préparer le repas. Il repensa à tous ces petits gestes que Zoro avait eu envers lui l'autre jour. Sa main dans la sienne, sa main dans le creux de son dos… C'était déconcertant. Il avait aimé le toucher, la chaleur du bretteur se diffusant contre sa propre peau. Il avait aimé, et en voulait plus, pourtant, il ressentait cette amertume, cette question qui tournait dans sa tête à chaque fois. Qu'est-ce que cela représentait pour lui ? Est-ce qu'il faisait cela comme ça, sur un coup de tête, comme tout ce qu'il semblait faire ? Ou bien est-ce qu'il y avait une signification cachée ? Et si oui en était-il conscient ?
Malheureusement, il n'était pas dans sa tête et ne trouvait aucune réponse. Zoro avait toujours été énigmatique. Jusqu'à ce qu'il réalise ses sentiments pour lui, il n'avait jamais vraiment pensé que le bretteur puisse aimer quelqu'un, qu'il puisse ne serait-ce que s'intéresser à quelqu'un de façon sensuelle. Il ne l'avait jamais vu regarder une femme, ni un homme, ne l'avait jamais vu s'éclipser lors des escales à la recherche de compagnie de fortune. Est-ce qu'il ressentait au moins ce genre de chose ? Avait-il des besoins comme tout être humain ordinaire ? Ou bien était-il tellement concentré sur son but que tout ceci était inutile et dérisoire à ses yeux ?
Mais si c'était le cas, pourquoi faisait-il tout cela ? Pourquoi lui donnait-il de faux-espoirs ? Pourquoi lui donnerait-il ce qu'il avait longuement désiré si c'était pour les lui reprendre après ? Frustré, il écrasa son mégot dans le cendrier posé sur la table devant lui puis fourragea dans ses cheveux blonds. Si seulement il avait quelque chose pour lui changer les idées, quelque chose pour lui faire oublier toutes ces questions ne serait-ce qu'un instant !
Il se redressa légèrement sur sa chaise lorsqu'il entendit la porte s'ouvrir. Il reconnut immédiatement le bruit de bottes lourdes martelant le sol en bois. Il décida cependant de ne rien dire, et suivit à l'oreille la progression du bretteur. Il se dirigeait vers la cuisine, et rapidement, il entendit un placard s'ouvrir et se refermer, puis le robinet d'eau en faire de même. Un verre fut ensuite posé dans l'évier, et le bruit des bottes s'éleva à nouveau, faisant le chemin inverse. Pourtant cette fois-ci, il s'arrêta devant lui. Sanji pouvait sentir sa présence tout près de lui. Il pouvait presque sentir sa chaleur. Mais il resta silencieux, ne sachant ce qu'il voulait.
Il sursauta lorsqu'il sentit des doigts se poser sous son menton, avant d'exercer une pression dessus pour qu'il relève la tête. Il fronça les sourcils mais se laissa faire, comme incapable de bouger. Il le sentit se rapprocher, jusqu'à sentir son souffle sur sa peau. Et puis une légère pression sur ses lèvres lui coupa la respiration. Il sentit les lèvres chaudes de Zoro contre les siennes, immobiles, légères. Le contact ne dura que quelques secondes avant qu'il ne soit rompu. Il eut l'impression que Zoro allait dire quelque chose, mais il sembla se raviser et rapidement, la chaleur disparut, et le bretteur aussi.
Sanji était hébété, ne réalisant pas ce qui venait de se passer. Instinctivement, il leva ses doigts à ses lèvres, reproduisant la sensation qu'il venait de ressentir. Puis un sourire les étira lentement. Zoro venait de l'embrasser. Il ne savait pas pourquoi, il ne savait pas comment il en était arrivé à faire ça, mais il l'avait embrassé, comme ça. Mais son sourire le quitta rapidement, les questions revenant dans sa tête, mêlées à ce qui semblait être de la colère. Comment osait-il lui faire ça ?
— Zoro !? appela-t-il, ne sachant plus s'il avait complètement quitté la salle à manger ou s'il s'était simplement éloigné.
— Il vient de sortir, s'éleva la voix de Nami.
Un silence se fit, puis la jeune femme reprit.
— Sanji-kun, tout va bien ? Il s'est passé quelque chose ?
— Non, c'est bon, tout va bien, s'empressa-t-il de la rassurer. Ce n'est rien.
— Tu veux que j'aille le chercher ?
— Non, ça va, j'irai le voir tout à l'heure, mentit-il.
Il s'en voulait de mentir ainsi à sa chère Nami, mais ce qui venait de se passer entre eux ne devait rester qu'entre eux.
— Bien, comme tu voudras.
Il ne put voir le regard suspicieux que lui lança la navigatrice avant de sortir à son tour, mais il fut heureux qu'elle n'insiste pas.
De nouveau seul, il soupira et alluma une autre cigarette. Si seulement il avait quelque chose pour lui occuper l'esprit…
Zoro passa en trombe sur le pont, ignorant ses nakama. Il monta à la vigie en un rien de temps, ferma la trappe derrière lui, plaça son plus lourd poids dessus puis sembla enfin pouvoir respirer. Il arpenta la petite pièce de long en large, fourrageant dans ses cheveux, agrippant des mèches dans ses poings.
Qu'avait-il fait ? Qu'est-ce qui lui avait pris de… d'embrasser, puisque c'était de ça dont il s'agissait, d'embrasser le Cook ? Lorsqu'il était entré dans la salle à manger, c'était une journée ordinaire. Il avait parcouru les différents ponts du Sunny de long en large pendant des heures pour au moins continuer à faire un peu d'exercice sans risquer de se faire engueuler par Chopper. Quand il avait finalement décidé d'arrêter, il avait eu soif et était allé se désaltérer.
Mais quand il avait vu Sanji, assis à la table, une expression à la fois perdue et exaspérée au visage, ses cheveux ébouriffés, ses deux yeux bleus à la vue de tous, il n'avait pas résisté. Suivant une impulsion qu'il ne comprenait pas, il s'était penché vers lui, avait plongé dans ses pupilles couleur océan, et l'avait embrassé.
Il s'arrêta dans ses va-et-vient entre les murs circulaires de la pièce et se passa les mains sur le visage. Il ne comprenait pas. Pourquoi avait-il fait ça ? Pourquoi avait-il eu cette envie ? Qu'est-ce que ça signifiait ?
Exaspéré, il reprit sa marche frénétique, cherchant à respirer profondément pour se calmer. Comment allait-il pouvoir le regarder en face à présent ? Il s'étonnait d'ailleurs que le Cook ne soit pas déjà là à essayer de rentrer ici pour lui casser la gueule.
Il s'arrêta à nouveau devant ses haltères et les fixa d'un œil vide. Il devait oublier ça, passer à autre chose et ne pas se prendre la tête avec tout un tas de questions. Il attrapa donc deux d'entre elles, s'assit sur la banquette et commença à faire des répétitions. Il risquait gros si Chopper le trouvait en train de faire ça, mais ça ne tirait pas vraiment sur ses blessures et il devait trouver un moyen de se changer les idées.
Au bout de quelques minutes, l'habitude du geste l'avait calmé, et bientôt, il se trouva dans un état proche de la méditation. Il était maintenant sûr d'une chose, il allait devoir éviter le Cook dans les jours à venir, n'ayant pas du tout envie d'avoir une conversation avec lui sur ce qui venait de se passer.
Le lendemain matin, après une nuit courte et agitée, Zoro se sentait toujours aussi perdu quant à son comportement de la veille. Au petit déjeuner, il n'avait osé regarder dans la direction du Cook. Certes il ne pouvait pas le voir, mais il était persuadé qu'il était capable de le sentir. Il savait qu'il ne risquait pas de confrontation lorsqu'ils n'étaient pas seuls, alors sitôt son repas avalé, il avait sauté sur l'occasion que Chopper lui offrait pour s'éclipser rapidement. Le petit médecin avait changé ses pansements puis l'avait libéré. Finalement revenu dans la salle à manger, bien trop tôt à son goût, il découvrit que le Cook était occupé en cuisine avec Usopp et Franky pour nettoyer et ranger la vaisselle. Un peu rassuré, il s'empressa de monter l'échelle menant au pont situé au-dessus, espérant ne pas se faire repérer.
Il respira un peu mieux une fois au grand air, se demandant ce qu'il allait pouvoir faire pour s'occuper. Avec enfin une idée en tête, il reprit sa route, passa à côté des mandariniers de Nami, puis ouvrit la porte de la bibliothèque. Il hésita sur le seuil en découvrant que Robin était déjà installée sur l'une des chaises entourant la table centrale, mais entra tout de même. Il ignora son regard interrogateur et se dirigea vers l'étagère où étaient rangés les quelques livres qu'il possédait. Certains lui avaient été offerts par ses nakama, mais la plupart avaient été rassemblés pour lui par Robin au grès de ses découvertes. Il n'avait jamais vraiment pris le temps de s'y intéresser, et aujourd'hui semblait être enfin le bon moment pour cela.
Il parcourut les tranches du regard, à la recherche d'un titre plus accrocheur que les autres. Finalement, il se décida sur le dernier, portant sur les épéistes célèbres et leurs katana à travers les siècles. Il ignora délibérément le fait que c'était le Cook qui le lui avait offert quelques années auparavant, et s'assit confortablement sur la banquette. Il osa un regard en direction de l'archéologue, et comme prévu, elle le fixait toujours. Rapidement, il dévia le regard, se racla la gorge, et ouvrit son livre, bien décidé à conserver sa tranquillité. Il fallut quelques minutes pour que la sensation disparaisse et qu'il entende les pages du livre que la jeune femme lisait se tourner à nouveau.
Le temps passa ensuite rapidement. Les histoires, plus ou moins détaillées, de ces maîtres de la voie du sabre étaient passionnantes, même si d'après lui il manquait quelques informations techniques sur leurs styles de combat. Toujours était-il que ce n'est que lorsque du bruit se fit entendre de l'autre côté de la porte qu'il réalisa que presque deux heures s'étaient écoulées. Rapidement, elle s'ouvrit et Zoro sentit sa respiration se couper lorsqu'il découvrit le Cook, un plateau à la main, se diriger vers Robin. Il le regarda avec un froncement de sourcil déclarer son affection à la jeune femme tout en déposant devant elle une tasse de café et une part de gâteau. Il paraissait moins enthousiaste que d'ordinaire, mais la vision était tout autant exaspérante. Mais il se força à ne faire aucun commentaire, espérant passer inaperçu et éviter les questions qui ne manqueraient pas de tomber si le Cook s'apercevait de sa présence ici. Et puis il ne voulait pas qu'il pense qu'il l'évitait, même si c'était vrai. Il ne voulait pas qu'il pense qu'il était un trouillard. Ce n'était définitivement pas ça. S'il l'évitait, ce n'était pas parce qu'il avait peur de parler avec lui, mais parce qu'il n'en avait tout simplement pas envie.
Malheureusement, lorsqu'il se retourna pour enfin partir, le Cook s'arrêta net et tourna la tête dans sa direction. Il resta figé ainsi quelques secondes, les sourcils froncés, puis l'air passablement énervé, il sortit sans un mot d'un pas rapide. Zoro soupira de soulagement et reporta son attention sur son livre lorsque la voix de Robin s'éleva.
— Je vois que vous vous êtes encore disputés, remarqua-t-elle sur un ton amusé.
— En quelque sorte, répondit-il, ne souhaitant pas du tout lui expliquer la véritable raison de cette tension entre eux.
— C'est nouveau que tu l'évites comme ça…, insinua-t-elle après un silence.
— Je n'évite personne ! s'exclama Zoro.
— C'est pourtant rare de te voir ici.
— C'est parce que je ne peux pas m'entraîner, il faut bien que je m'occupe, répondit-il sèchement.
La jeune femme émit un petit bruit peu convaincu mais Zoro décida de l'ignorer. Il essaya de se reconcentrer sur son livre, mais les lignes se mélangeaient. Encore une fois, il pensait au cuistot, à son geste fou de la veille, et à ce que tout cela pouvait bien signifier. Il était prêt à abandonner, refermer son bouquin et partir lorsque la porte s'ouvrit à nouveau, et que l'objet de ses pensées tourmentées entra une nouvelle fois. Avec un peu trop de force, il posa sur la table une autre tasse ainsi qu'une petite assiette contenant un onigiri.
— Pour toi Marimo, informa-t-il sèchement avant de tourner les talons sans une parole de plus.
Zoro en resta un instant bouche bée, mais finit par réagir.
— Merci, répondit-il doucement juste avant que le Cook ne disparaisse.
Cela lui ressemblait bien, et c'était une des qualités qu'il appréciait chez le cuistot. Même s'ils étaient en froid, il continuait à lui apporter des en-cas ou des boissons. Avec un léger sourire en coin qu'il ne réalisa pas avoir, il ferma son livre qu'il posa sur la banquette, se leva, et vint s'asseoir à la table. Il était conscient du regard de Robin de nouveau fixé sur lui et il soupira. Il allait certainement avoir droit à une conversation, qu'il le veuille ou non. Il ne fut donc pas surpris lorsqu'elle prit la parole.
— Tu veux en parler ? demanda-t-elle doucement.
— Non, répondit-il du tac au tac en entamant sa boulette de riz.
La jeune femme ne réagit pas à ce ton sec et continua tranquillement de déguster sa pâtisserie. Ce n'est que lorsqu'elle eut terminé, et qu'elle eut avalé une gorgée de sa boisson, qu'elle reprit.
— Tu sais que tu vas devoir régler ça n'est-ce pas ? Lui parler et arranger les choses…
— Ouais, je sais, soupira-t-il la bouche pleine.
— Tu sais aussi bien que moi qu'on ne peut plus se permettre d'avoir des différents entre nous.
— Je sais, c'est bon, commença à s'impatienter Zoro. Ce n'est pas si grave que ça de toute façon, ça va s'arranger.
A nouveau elle ne répondit pas, mais il discerna clairement sur son visage qu'il avait intérêt à le faire sinon il aurait affaire à elle. Sans un mot de plus, il termina son thé, puis retourna s'asseoir sur la banquette et reprit sa lecture. Du moins il essaya. Bien sûr qu'il savait qu'il allait devoir arranger les choses entre lui et le Cook, mais il ne savait pas vraiment comment celui-ci se sentait à son sujet. Est-ce qu'il lui en voulait de l'avoir embrassé ? Est-ce qu'il était en colère, ou simplement surpris, ne sachant comment réagir ? Voulait-il sa peau ou simplement comprendre ? Les deux cas ne l'arrangeaient pas vraiment, puisque lui-même était incapable de savoir pourquoi il avait fait ça. Et si le cuistot était vraiment énervé contre lui, il serait difficile de se faire pardonner, ou du moins de retrouver une relation à peu près amicale, puisque celle-ci semblait avoir disparu. Mais ce qu'il savait, c'était qu'il n'aurait pas de réponses à moins de lui parler, et que pour cela, il allait devoir arrêter de l'éviter, et faire le premier pas.
Il soupira doucement et se força à se concentrer sur son livre, ce qu'il réussit finalement à faire. Cela dura quelques minutes, jusqu'à ce qu'à nouveau la porte s'ouvre, et que Nami entre dans la pièce comme en pays conquis.
— Sanji-kun a dit que le repas serait prêt dans un peu plus d'une heure, annonça-t-elle joyeusement à l'intention évidente de Robin.
Il lui fallut le temps de réponse de son amie pour qu'elle remarque la présence de Zoro.
— Qu'est-ce que tu fais là ? demanda-t-elle surprise et légèrement agacée.
Le bretteur ne lui en voulait pas trop, il était vrai que la bibliothèque était d'ordinaire le territoire des filles et qu'elles n'avaient pas l'habitude de partager cet espace avec l'un d'entre eux.
— Ça ne se voit pas ? demanda-t-il en retour en agitant son livre.
La jeune femme fronça les sourcils, releva le menton puis décida de l'ignorer et se dirigea vers sa table de travail. Zoro aurait pu retourner à son histoire et lire jusqu'à l'heure du repas si ce n'avait été sans les coups d'œil appuyés que la navigatrice n'arrêtait pas de lui lancer, signe qu'elle n'appréciait pas trop sa présence ici.
Le bretteur comprit le message et sans un mot, reposa son livre sur l'étagère. Il revint vers la table centrale pour ramasser la vaisselle à présent vide, prenant aussi celle de Robin, puis sortit de cette atmosphère devenue tout à coup pesante. Rapidement, il fit le chemin en sens inverse de celui qu'il avait pris quelques heures plus tôt, et se retrouva bientôt sur l'échelle menant à la cuisine, prenant bien soin de ne pas faire tomber une tasse. Il arriva finalement en bas sans encombre, et découvrit celui qu'il tentait d'éviter depuis ce matin derrière les fourneaux.
Il ne mit pas longtemps à comprendre que le Cook semblait paniquer, s'emmêlant dans ses gestes et se perdant dans ses préparations. Zoro soupira puis avança vers la cuisine.
— Je vais t'aider, annonça-t-il avant de déposer la vaisselle dans l'évier.
Le cuistot sembla surpris de sa proposition, mais se garda bien de la refuser, signe qu'il avait vraiment besoin d'aide. Ils se mirent ensuite rapidement au travail, Sanji expliquant à Zoro ce qu'il devait faire et comment, et ce dernier fut heureux lorsqu'il comprit que la discussion qu'il redoutait tant ne serait pas pour tout de suite.
Après presque une heure de travail, les préparations furent bien avancées et le repas presque achevé. Ils n'avaient pas beaucoup parlé, hormis pour des indications de la part du cuistot ou quelques invectives. Alors lorsque ce dernier prit la parole d'une voix douce, Zoro en fut presque surpris.
— Merci.
— C'est rien, balaya-t-il d'un revers de la main que son nakama ne put voir. Pourquoi il n'y avait personne pour t'aider aujourd'hui ?
Il était curieux d'en connaître la raison, histoire peut-être de le faire remarquer à ses troupes un peu plus tard.
— J'en sais rien, je suppose qu'ils en ont déjà marre d'aider un impotent, répondit le Cook amèrement.
Le ton n'échappa pas à Zoro qui fronça les sourcils.
— Je ne leur en veux pas vraiment, reprit le blondinet. C'est pas vraiment marrant de devoir aider un aveugle qui ne peut rien faire tout seul.
— Je ne veux pas que tu parles comme ça, prévint Zoro d'une voix sèche.
— C'est pourtant la vérité…
Les sourcils du bretteur se froncèrent encore un peu plus. Il n'aimait pas ce ton. Le Cook semblait sur les nerfs et défaitiste, et il espérait sincèrement que ce ne soit pas de sa faute.
— Je suis sûr qu'il y a une raison, un malentendu pour expliquer ça. Ça ne gêne personne de t'aider, je t'assure.
La moue dubitative sur les lèvres du cuistot avant qu'il n'allume une nouvelle cigarette lui apprit qu'il ne l'avait pas convaincu. Il n'était pas doué avec les mots et dans les moments comme celui-ci, il aurait aimé que ce ne soit pas le cas. Ne sachant comment le convaincre, il garda le silence, se contentant de l'observer. Maintenant qu'il y faisait attention, il paraissait fatigué, et le peu de fois où il avait été en contact avec lui depuis le début de la journée, il avait toujours eu une cigarette entre les doigts. D'ordinaire, même s'il fumait beaucoup, il y avait des périodes dans la journée où il ne fumait pas, par exemple lorsqu'il cuisinait.
— Ecoute Sanji, Chopper te l'a sûrement dit, mais il va falloir que tu sois patient. Ce n'est pas le moment d'abandonner.
— Je n'abandonne pas ! s'exclama le Cook un peu trop violemment à son goût. Je n'abandonne pas mais… pourquoi ça ne revient pas ?! Il est clair que tout fonctionne correctement alors pourquoi tout ne rentre pas dans l'ordre qu'on n'en parle plus ? J'en ai marre de ne rien voir, de ne pas pouvoir faire mon job sur ce navire, d'être un boulet pour tout le monde !
— Tu n'es pas un boulet, Cook ! Arrête de penser ça ! commença à s'énerver le bretteur.
— Peut-être que toi tu ne le penses pas, mais les autres commencent à s'en rendre compte…
— Tu te trompes.
Le cuistot sembla hésiter devant son assurance, mais l'expression de son visage lui indiqua une nouvelle fois qu'il n'était pas complètement convaincu.
— Arrête d'y penser ok ? Tu devrais en profiter pour te reposer cet après-midi. Essaye de te calmer un peu et sois patient. Ça va revenir.
— Patient… tu sais très bien que je n'ai jamais été patient, rappela Sanji d'une voix faible.
Il semblait malgré tout plus calme et Zoro se permit un léger sourire en coin. Ses paroles commençaient à porter.
— Alors c'est le moment d'apprendre à l'être. Essaye de t'occuper l'esprit, je ne sais pas moi... Tu as essayé de méditer ?
— Non, répondit-il en faisant une nouvelle moue.
— Penses-y.
La finalité dans sa voix mit un terme à la conversation, et le bretteur se promit de garder un œil sur le Cook dans les jours à venir. Ce n'était pas le moment qu'il perde espoir et qu'il se décourage. Il commençait tout juste à se reprendre et une rechute ne serait vraiment pas bon signe.
— Ça va être prêt, tu devrais appeler les autres, demanda-t-il finalement après quelques minutes de silence.
En quelques instants, l'atmosphère changea du tout au tout lorsque le reste de l'équipage affamé envahit la salle à manger. Le brouhaha habituel retentit entre les murs en bois, empêchant quiconque de s'entendre penser. Ce qui n'était pas plus mal pour un certain cuistot, pensa Zoro.
Le repas se termina rapidement, et tandis que les autres s'attardaient à table avec un thé, un café ou simplement une petite gourmandise, Zoro commença à débarrasser le champ de bataille qu'était à présent la grande table. Lorsqu'il prit l'assiette de Chopper cependant, un petit couinement le ramena au moment présent.
— Zoro ! s'exclama le petit renne. Qu'est-ce que tu as fait, ta blessure s'est rouverte !
Le bretteur fronça les sourcils et dirigea son regard vers le bas. En effet, le bandage qui entourait son torse avait à présent une petite tache rouge au niveau de sa blessure.
— J'ai rien fait Chopper, j'ai passé la matinée dans la bibliothèque et après j'ai juste aidé le Cook en cuisine…
Le médecin sembla le croire car il n'insista pas plus.
— C'était pas à toi Usopp d'aider Sanji ? demanda Franky d'une voix forte.
— Non, c'était ton tour, je te l'ai dit ce matin que j'avais un truc important à faire.
— Ah, j'avais oublié ! s'exclama le cyborg. Désolé Sanji.
Zoro participa à l'échange du coin de l'œil, écoutant distraitement Chopper débiter ses inquiétudes et ses incompréhensions. Mais il ne manqua pas le soulagement sur les traits du Cook, ni ses épaules qui s'affaissèrent un peu tandis qu'il se décontractait. Il avait eu raison un peu plus tôt, c'était bien à cause d'un malentendu que le cuistot s'était retrouvé seul en cuisine. Le bretteur savait qu'aucun de leur nakama ne le considérait comme un boulet, ni aujourd'hui, ni jamais.
C'est donc l'esprit un peu plus léger qu'il suivit le petit cervidé à l'infirmerie, confiant la vaisselle sale à Franky qui insistait pour se faire pardonner de son oubli. Il soupira un peu lorsque la porte se referma et que le calme l'entoura à nouveau. Sans un mot, il s'assit sur le lit et laissa Chopper travailler, déroulant la longue bande de son torse.
— Tu es sûr que tu n'as rien fait qui aurait pu la rouvrir ? demanda son ami après une observation méticuleuse de la blessure.
— Non, pourquoi c'est grave ?
— Non, pas vraiment, mais c'est étonnant, ça fait déjà trois jours, et avec ta rapidité de cicatrisation, normalement à ce stade-là tu ne risques plus rien de ce genre…
— La blessure était profonde, rappela Zoro avec un soupçon d'ironie dans la voix.
Profond était un peu léger puisque la lance l'avait tout de même transpercé de part en part. Une première pour lui d'ailleurs, se fit-il la remarque.
— Oui, c'est peut-être ça…, en convint Chopper. Je vais refaire ton pansement et voir la blessure de ton dos, et je veux que tu me préviennes tout de suite si jamais ça recommence. Je ferais des analyses complémentaires pour m'assurer que tout est en ordre.
— Ok.
— Et surtout aucune activité physique. Et ce serait bien que tu ne restes pas trop longtemps debout ou assis, au moins jusqu'à demain.
— D'accord…, soupira Zoro.
Il était bon pour piquer un roupillon le reste de la journée histoire de passer le temps. Ou peut-être qu'il suivrait ses propres conseils et essayerait un peu de méditation.
Rapidement, il put quitter l'infirmerie et il se dirigea aussitôt vers la cabine des garçons, normalement vide et calme à cette heure de la journée. Il s'allongea dans sa couchette, finalement heureux d'avoir un prétexte pour éviter le Cook. Parce que même s'il l'avait échappé belle tout à l'heure, il n'en serait pas toujours le cas. Il ferma l'œil et fit le vide dans sa tête, et il sombra sans trop de difficultés dans le sommeil.
L'après-midi venait de commencer et déjà l'ennui se faisait sentir. Sitôt après avoir terminé de ranger la cuisine, avec l'aide précieuse de Franky, Sanji s'était isolé, cherchant un coin tranquille où passer les quelques heures qui le mènerait aux préparations du repas du soir. Il était tout d'abord allé s'asseoir sur le banc entourant le mât, appréciant l'herbe sous ses pieds et le bruit du vent dans les feuilles des arbres le surplombant. Mais rapidement, les cris et les exclamations des plus jeunes du groupe l'avaient lassé et il avait changé de coin. Il s'était retrouvé ici, sur le pont longeant la cuisine côté bâbord. Il y était relativement au calme, et plus ou moins à l'abri des regards.
Il essayait de se reposer, comme le lui avait conseillé Zoro, mais avec ses pensées qui partaient dans tous les sens, ce n'était pas évident. Après la colère et la déception qu'il avait ressenties en se retrouvant seul en cuisine ce midi, il avait oublié l'histoire de quelques heures les questions qu'il avait pour le bretteur. Finalement, le malentendu avait été dissipé, mais ce petit quelque chose qui était né en lui n'avait pas disparu. Il avait pensé avoir dépassé tout ça, pourtant, une nouvelle fois, il avait perdu de sa confiance. Viendrait un jour où ses nakama commenceront à remettre en question sa présence dans l'équipage. C'était inévitable, il le savait. Et il craignait cet instant. Il avait fait des efforts pour qu'il n'arrive jamais, pour qu'il reste utile malgré son handicap, pourtant ce matin, quand il s'était retrouvé perdu dans sa propre cuisine, ne sachant comment faire pour préparer même le plat le plus simple sans aucune aide, lui avait ouvert les yeux. Tant qu'il ne retrouverait pas la vue, il serait inutile, et tous les entrainements et efforts du monde n'y changeraient rien.
Une fois de plus, il sentit la colère l'envahir. Il ne comprenait pas son corps. Il ne comprenait pas pourquoi il le trahissait ainsi, à ne plus lui obéir alors que tout était apparemment en ordre. Et même s'il savait que c'était injuste et infondé, il en voulait aussi un peu à Chopper. N'était-il pas censé être le meilleur médecin ? Alors pourquoi ne trouvait-il pas une solution ? N'avait-il pas un médicament miracle pour ça ?
Et puis Zoro, à quoi jouait-il avec lui ? Etait-il au moins conscient de ce qu'il provoquait chez lui ? Il en doutait. Cette tête vide ne devait pas penser comme ça. Il allait devoir le coincer et lui parler, rapidement. Mais pas aujourd'hui, il n'était pas maître de ses émotions et la colère ne le mènerait nulle part avec le bretteur.
Il soupira et éteignit son mégot dans le cendrier qu'il avait apporté avec lui. Il allait devoir réduire sa consommation de tabac s'il voulait tenir jusqu'à la prochaine île. Mais il ne pouvait pas s'en empêcher, il avait besoin de quelque chose pour lui calmer les nerfs.
En repensant à sa conversation avec Zoro avant le déjeuner, il se rappela de son autre conseil. Essayer la médiation. Il n'avait jamais fait ça et ne savait pas vraiment comment cela fonctionnait, mais ça ne coûtait rien d'essayer.
Il se redressa un peu, le dos droit, les jambes repliées devant lui. Il repensa à toutes les fois où il était tombé sur Zoro en méditation. Son visage détendu, sa pose relâchée, cette impression qu'il était loin tout en étant devant lui. Il ne savait pas comment il faisait cela. Il tenta alors de faire le vide dans sa tête, ne plus penser à rien, mais c'était plus dur qu'il n'y paraissait. Il n'y avait que les têtes d'algues pour réussir à ne penser à rien, remarqua-t-il en esquissant un sourire. Après quelques minutes infructueuses, il abandonna, et décida de se concentrer sur quelque chose. Le bruit des vagues par exemple. Cela avait toujours été quelque chose qui l'avait apaisé. Il laissa le son des remous provoqués par l'avancée de la coque du Sunny, celui des vagues et vaguelettes s'écrasant contre le bois, l'envahir.
L'apaisement se ressentit après plusieurs minutes, mais au lieu de lui changer les idées, cela permit à toutes ses questions, ses incertitudes, de revenir à pleine force. Frustré, il alluma une nouvelle cigarette. Et puis un nouveau son s'éleva soudain par-dessus celui de la mer. C'était le son d'un piano, joué avec virtuose, provenant des entrailles du Sunny. Il se laissa bercer quelques instants par cette mélodie, puis décida de s'en rapprocher. Il se releva et prit la direction du bar-aquarium, où l'instrument se trouvait.
Il entra silencieusement dans la pièce pour ne pas déranger Brook et s'installa sur la banquette. Il écouta la musique de nombreuses minutes sans que le pianiste ne s'arrête. Il ne reconnaissait pas le morceau, cela devait être l'une des compositions de leur nakama. Le rythme était parfois vif et enjoué, parfois plus mélancolique et doux. Et puis, toujours sans aucun arrêt, la musique devint de plus en plus douce, apaisante, rappelant parfois à Sanji le bruit de gouttes d'eau tombant au sol un jour de pluie. C'était assez relaxant, et il réalisa qu'il ne pensait plus à rien d'autre qu'un paysage printanier pluvieux que lorsque les notes s'arrêtèrent enfin. Il fut ramené doucement au moment présent et attendit patiemment, écoutant pour voir si Brook allait se remettre à jouer.
— Ce n'est pas habituel de te voir ici Sanji-san, s'éleva à la place la voix du squelette.
— Désolé, je ne voulais pas te déranger, répondit aussitôt Sanji.
Il était sur le point de se relever lorsque son ami continua.
— Ce n'est pas ce que j'ai dit.
— On n'a pas souvent l'occasion de discuter tous les deux, reprit Brook après un silence. Tu veux parler de quelque chose ? Tu me sembles tracassé ces derniers temps.
Sanji en perdit la parole quelques instants. Il n'avait pas cru avoir été si flagrant dans son comportement. Mais après tout, Brook était l'un de ceux qui observaient beaucoup autour de lui, et qui en ressortait des informations importantes.
— Dis-moi tout, qu'est-ce qui ne va pas ? continua-t-il en voyant qu'il ne répondrait pas.
— Ce n'est pas si important Brook, ne t'en fais pas, répondit Sanji en espérant s'en sortir.
Il n'avait pas vraiment envie d'en parler. Il ne voulait vraiment pas paraître ridicule. Surtout avec le dernier arrivé dans l'équipage, et donc celui qu'il connaissait le moins.
— Laisse-moi deviner, problèmes de cœur je suppose ? C'est vrai que Zoro-san n'est pas toujours facile à comprendre…
Sanji sentit son cœur s'arrêter et sa bouche s'ouvrir en grand. Réalisant ce qu'il faisait, il s'empressa de la refermer et tenta d'articuler quelques mots.
— Comment tu… ?
Il était incapable de continuer, mais Brook devait avoir saisi sa question. Il n'en revenait pas que, non seulement il ait tapé dans le mille en parlant de problèmes de cœur, mais qu'en plus il ait remarqué son attirance pour le bretteur.
— Voyons Sanji-san, je ne suis pas né de la dernière pluie, rappela Brook d'une voix amusée.
— Qui d'autre est au courant ? chercha-t-il à savoir.
— Difficile à dire, réfléchit le musicien. Robin-san sait tout sur ce navire donc je suppose qu'elle est au courant. Et je dirais que Chopper-san s'en est rendu compte aussi. Nami-san doit avoir des doutes…
Ça faisait beaucoup de monde. Sanji était mortifié. Il croyait avoir été discret, gardant ses sentiments pour lui, mais apparemment il n'avait pas été assez prudent. Il ne savait pas s'il devait en être affligé ou soulagé.
— Alors, tu veux en parler ? reprit Brook après un nouveau silence. Tu peux me faire confiance, je sais garder ces choses-là pour moi.
— Je te fais confiance, s'empressa de le rassurer Sanji. C'est juste qu'il n'y a pas grand-chose à dire… Ce foutu Marimo est déconcertant, et je n'arrive pas à savoir ce qu'il veut.
— Vous vous êtes beaucoup rapprochés ces derniers temps.
— Oui, et je pensais que ce serait super, mais je n'en suis plus si sûr. Il fait… des choses qui me font penser qu'il ressent peut-être quelque chose pour moi, mais la seconde d'après il m'ignore totalement, ou bien il me cherche et fait tout pour m'énerver. Je ne sais plus quoi penser.
— Si tu veux mon avis, je pense qu'il ne sait pas ce qu'il se passe. D'après ce que je vous ai entendu dire de vos histoires, la sienne manque d'amour, ou bien d'attachement émotionnel. Je crois qu'il s'est retrouvé seul très jeune c'est ça ?
— Oui, apparemment il serait entré assez tôt dans le dojo où il a grandi. Je n'ai jamais entendu parler de ses parents. Il avait un maître, mais je ne pense pas qu'il ait eu un rôle de père pour lui.
— Et Zoro-san a dû se jeter corps et âme dans sa mission de devenir le meilleur, et il a dû mettre de côté toutes les choses inutiles. D'après mes observations, il aime être seul, et même s'il est en groupe, il garde ses distances. Je pense pouvoir affirmer sans trop me tromper qu'il ignore ce qu'est l'amour. Bien sûr il nous aime à sa façon, mais dans sa tête, la notion même d'amour doit être étrangère. Il est attaché à nous, ferait tout pour nous protéger, mais si on lui posait directement la question, il ne saurait pas comment répondre.
— Tout ça ne m'avance pas trop…
— Donne-lui du temps, Sanji-san. Sois patient. Il finira par comprendre.
Sanji ne put s'empêcher de sourire.
— C'est la deuxième fois aujourd'hui qu'on me dit d'être patient, mais ce n'est pas ma qualité première.
— La patience est mère de toutes les vertus.
— Mais comment être sûr qu'il ne joue pas simplement avec moi ? Peut-être qu'il fait tout ça simplement pour m'énerver. C'est peut-être sa nouvelle façon de me taper sur le système…
— Là je t'arrête tout de suite Sanji-san. Tu le connais mieux que moi, mais je suis sûr qu'il ne ferait pas quelque chose comme ça. Il est des limites que même lui ne peut franchir, et il le sait. Et je peux t'assurer que vu la façon dont il te regarde quand il croit que personne ne le voit… il ne fait pas ça pour jouer. Il est sérieux. C'est juste qu'il ne comprend pas ce qui se passe dans son cœur.
— Donc qu'est-ce que je fais ? J'attends patiemment qu'il comprenne, même si ça prend des années ? Je ne sais pas si je pourrais le supporter longtemps…
— Tu peux attendre, ou tu peux essayer de lui forcer un peu la main. Fais-lui comprendre ce que tu attends de lui.
Sanji ne répondit pas, s'imprégnant de ce conseil. Il ne savait pas trop comment il devait s'y prendre, mais c'était toujours mieux que d'attendre sans rien faire. Il ne savait pas combien de temps cela prendrait au Marimo pour réaliser que ce qu'il ressentait pour lui était quelque chose d'unique. Si tant est que c'était réellement le cas. S'il avait eu l'utilité de ses yeux, il aurait pu certainement voir ce que Brook avait vu, il aurait pu se rendre compte que le bretteur était sérieux. Mais dans le cas présent, il était incapable de faire ce genre de constatation. Pourtant il savait que Brook ne lui mentirait pas sur quelque chose comme ça, qu'il ne lui donnerait pas consciemment de faux espoirs. Alors il décida de le croire. Cela lui enleva une partie du poids qui pesait sur ses épaules depuis quelques jours. Et cela lui redonnait espoir. Peut-être que tout n'était pas perdu. Peut-être qu'il allait pouvoir développer avec Zoro quelque chose de nouveau et de magnifique…
Il remercia son ami chaleureusement, heureux finalement de lui avoir parlé. Il retourna en cuisine pour commencer à préparer le repas du soir, sachant qu'il serait bientôt rejoint par l'un ou l'autre de ses nakama pour l'aider. Finalement, ce n'était pas si dur que ça de baisser quelques barrières et de laisser ses amis voir ses côtés les plus vulnérables.
Une nouvelle journée venait de passer. En cette fin d'après-midi, Nami avait demandé à Zoro de rassembler tous leurs nakama dans la salle à manger pour une réunion. Il ne savait pas pourquoi c'était à lui qu'elle l'avait demandé, mais il était persuadé que c'était pour l'emmerder.
Il avait déjà trouvé Usopp et Franky dans leurs ateliers respectifs, et il ne manquait plus que le Cook. Il se dirigeait vers le bar-aquarium, là où son haki lui avait informé qu'il se trouvait. Même s'il avait décidé de ne plus l'éviter et qu'ils se parlaient normalement, il y avait toujours cette tension entre eux. Et depuis le matin, Zoro avait cette envie de l'embrasser à nouveau, de revivre cette expérience. C'était par moment tout ce à quoi il arrivait à penser, et c'était à la fois frustrant et énervant. Il allait devoir régler les choses avec le cuistot rapidement, sinon il allait perdre sa santé mentale en un rien de temps.
Lorsqu'il pénétra finalement dans la vaste salle, il découvrit avec surprise qu'elle était vide. Mais un détail attira son attention. L'un des rideaux cachant l'entrée du couloir longeant l'aquarium, celui de droite, était fermé, alors que d'ordinaire ils étaient tous deux ouverts. Rapidement, il se faufila derrière et descendit les trois marches qui le mirent de niveau avec le couloir. Il passa le canon et avança dans la sorte de tunnel. Il ne venait que rarement ici, mais l'impression était assez agréable. Sur sa gauche ainsi qu'au plafond, se trouvait la paroi de l'aquarium où il pouvait voir quelques poissons nager tranquillement. La lumière se diffusant par les fenêtres perçant le mur de droite créait une ambiance sous-marine, avec des reflets bleus et verts jouant sur les murs.
Il arriva presque à la moitié lorsqu'il découvrit celui qu'il cherchait, assit le dos contre le mur, fumant distraitement une cigarette en fixant l'aquarium devant lui. Les fenêtres étaient fermées et la fumée s'amoncelait rapidement dans cet espace réduit.
Le Cook ne réagit pas lorsqu'il s'approcha et que sans un mot il s'assit à côté de lui. Quelque chose dans son comportement lui disait que ce n'était pas la grande forme, et que peut-être, le moment était venu d'avoir cette fameuse discussion. Il resta silencieux à l'observer quelques minutes. Son regard était posé sur la paroi en verre, mais les pupilles fixes lui rappelaient qu'il ne voyait rien. Pourtant, un poisson un peu plus curieux que les autres leur faisait face, comme s'il attendait une quelconque attention de leur part, à moins qu'il n'espère un peu de nourriture.
— Je venais souvent ici avant, s'éleva soudain la voix du Cook.
Il n'était pas difficile de comprendre ce qu'il voulait dire par "avant", ni pourquoi il paraissait aimer passer du temps ici. Le Cook était un marin, il avait toujours vécu avec la mer, et ce petit morceau reconstitué de ce qu'ils avaient sous les pieds était forcément attractif pour lui.
— On se croirait sous l'eau, répondit simplement Zoro, lui faisant ainsi savoir qu'il avait compris ce qu'il avait voulu dire.
Le petit poisson curieux, probablement lassé, fit demi-tour et s'éloigna doucement, rejoignant les autres habitants de ce monde miniature.
Le silence s'installa à nouveau entre eux, et une fois de plus, Zoro porta son regard sur son voisin. Cette envie qu'il avait eue toute la journée se fit de plus en plus forte à mesure qu'il l'observait. Il passa en revue son visage, s'attardant sur ses yeux, son nez, puis son œil s'arrêta sur ses lèvres, qui entouraient le filtre de sa cigarette. Il n'avait jamais ressenti ce genre de chose auparavant, n'avait jamais eu l'envie irrépressible d'embrasser quelqu'un. Pour lui, tout ça n'était que du temps perdu que les gens pourraient passer plus utilement, comme s'entraîner par exemple. Il n'avait jamais vraiment compris les couples qu'il croisait lors des escales, ni les paroles du cuistot lorsqu'il parlait de romantisme et ce genre de conneries. Certes, dans ces moments-là il ne l'écoutait pas, le trouvant incroyablement ridicule. Et soit il mettait le plus de distance entre eux, soit il tentait de casser cette humeur stupide en lui cherchant des noises.
Pourtant il ne pouvait nier que, lors des brèves secondes pendant lesquelles leurs lèvres s'étaient touchées, il avait ressenti quelque chose d'incroyable. Comme une douce chaleur l'envahissant progressivement. Et au fil du temps, cette chaleur s'était transformée en brasier qui menaçait de le consumer tout entier. Il fallait toute sa retenue et sa concentration pour y résister.
Un mouvement du Cook le tira de ses pensées. Il écrasait son mégot dans le cendrier qu'il avait amené avec lui. Ses lèvres se retrouvèrent inoccupées, et sans réfléchir plus longtemps, Zoro se laissa guider par la tentation. Comme l'autre fois, il plaça ses doigts sous le menton du cuistot, qui sursauta à ce contact inattendu, et s'en servit pour tourner son visage vers lui. Sans lui laisser le temps de protester ou de le repousser, il combla la distance entre eux et retrouva instantanément cette sensation unique lorsque leurs lèvres se frôlèrent. Il les appuya les unes contre les autres un peu plus longtemps que la dernière fois, notant dans un coin de sa tête que le Cook ne réagissait pas. Il finit par s'écarter, laissant quelques centimètres seulement entre leurs deux visages. Malgré la faible distance, il remarqua très nettement l'impression de tristesse dans le regard de son vis-à-vis, et il perdit un peu de sa confiance.
— Pourquoi tu fais ça ? demanda Sanji, le regard baissé.
Zoro fut incapable de répondre à cette question, à la fois parce qu'il restait sans voix devant la morosité évidente du Cook, et à la fois parce qu'il n'avait aucune réponse à donner.
Devant son silence, Sanji s'énerva et le repoussa assez durement de ses deux mains sur ses épaules. Le choc envoya une décharge de douleur dans son flanc, et il serra les dents pour n'en rien montrer.
— Pourquoi tu fais tout ça ?! continua le Cook d'une voix agitée, presque désespérée.
— Je… je ne sais pas, avoua-t-il finalement doucement.
Le ton de sa voix sembla calmer un peu son ami, qui se réinstalla contre le mur.
— Pourquoi tu m'embrasses comme ça, pourquoi tu fais ces petits gestes envers moi, pourquoi…
Il s'arrêta là, comme incapable de continuer.
— Je ne sais pas. Je… j'en ai envie et c'est… agréable.
— Est-ce que tu as pensé à moi ? A ce que je peux ressentir quand tu fais tout ça?
Si le Cook avait eu l'usage de ses yeux, il aurait certainement eu la réponse à sa question rien qu'en voyant l'expression que Zoro devait faire à cet instant. Il le réalisait à présent, mais il était vrai que jamais il n'avait pensé à ce que Sanji pouvait ressentir. Il ne l'avait jamais repoussé donc il avait pensé qu'il était d'accord avec tout ça. Que ça lui allait et qu'il appréciait ces moments lui aussi.
— Qu'est-ce que tu attends de moi ? demanda-t-il au lieu de s'excuser.
Il avait besoin de savoir à quoi s'en tenir. S'il devait arrêter complètement, ou s'il y avait peut-être une autre solution. Il savait que cela lui manquerait, mais si c'était ce que Sanji voulait, alors il le ferait. Une petite bouffée d'angoisse le prit en réalisant que, même si cela était assez récent comparé à la longueur de leur histoire commune, toutes ces petites choses, ce rapprochement entre eux avait pris une place si importante.
— J'ai besoin que tu sois sérieux, répondit finalement son voisin doucement, comme s'il ne voulait pas être entendu. J'ai besoin de savoir que tu n'arrêteras pas tout ça quand tu te seras lassé. Parce que je ne sais pas si je le supporterais…
— Comment savoir ? demanda Zoro sur le même ton. C'est la première fois que je ressens tout ça. Je ne sais pas ce qu'il se passe. Je ne sais pas pourquoi j'ai ces… envies.
Il était totalement perdu, et vulnérable. Il ne s'était jamais senti aussi faible de toute sa vie. Il perdait le contrôle sur lui-même, et cela faisait bien longtemps que cela ne s'était pas produit.
— Je ne peux pas le savoir pour toi Zoro. Réfléchis, pose-toi des questions, je ne sais pas, parle à quelqu'un, peut-être que ça t'aiderais à y voir plus clair. Mais s'il te plaît arrête de faire tout ça. Je ne veux pas m'y habituer en sachant que je risque de le perdre après.
Zoro ne saisit pas le sous-entendu de ses paroles. Mais il comprit que le sujet était sérieux et important pour le Cook, alors il y réfléchirait tout aussi sérieusement. Il ne voulait pas blesser son ami. Résolu, il força une nouvelle fois son voisin à lui faire face, mais celui-ci tenta de se dégager.
— Sanji, s'il te plaît, implora Zoro.
Il ne sut pas si c'était le ton de sa voix, ou le fait qu'il ait utilisé son prénom, chose qu'il ne faisait pas si souvent, qui le convainquit, mais il se laissa ensuite faire. Il posa alors une main sur sa joue puis s'inclina à nouveau vers lui jusqu'à ce que leurs lèvres se rencontrent. Une inspiration soudaine lui fit faire bouger lentement les siennes, tout en appréciant cette sensation de chaleur douce contre sa peau. Et puis, après quelques secondes, son cœur manqua un battement lorsque Sanji commença à en faire de même. Les sensations se décuplèrent et des flashs lumineux se dessinèrent derrière ses paupières closes. Il sentit quelque chose de chaud et d'humide faire pression sur sa lèvre inférieure, et il mit plusieurs secondes pour comprendre qu'il s'agissait de la langue de Sanji. Mais celle-ci disparut rapidement, et son propriétaire stoppa calmement l'échange.
A bout de souffle comme s'il s'était entraîné une demi-journée entière, Zoro reposa son front sur celui de Sanji, réticent à mettre plus de distance entre eux. Puis lorsqu'il eut repris sa respiration, il prit la parole.
— Je te promets que je ne ferais plus rien de ce genre avant d'avoir les réponses à tes questions.
Il marqua une pause, cherchant ses mots, tout en caressant machinalement la joue de Sanji avec le pouce de sa main qui n'avait pas quitté son visage.
— Je ne sais pas ce que je ressens, je ne comprends pas tout ce qu'il se passe depuis ces derniers temps. Mais je sais que j'apprécie énormément ce qu'il y a entre nous.
— J'attendrais, murmura Sanji lorsqu'il comprit qu'il ne dirait rien de plus.
Un long silence se fit, chacun perdu dans ses pensées, insouciant de la proximité entre eux. Ils n'avaient jamais été aussi proches physiquement l'un de l'autre, du moins pas dans ces conditions, mais aucun des deux ne sembla y prêter attention. Ils profitaient tous deux de cet instant, conscients qu'il ne durerait pas et qui peut-être ne se répèterait plus à l'avenir.
— On devrait aller rejoindre les autres, remarqua enfin Zoro. Ils vont nous attendre et se demander ce qu'on fait.
Il se releva rapidement puis tira Sanji par la main pour l'aider à le remettre sur pied. Ils se dirigèrent ensuite vers l'étage supérieur où devait se tenir la fameuse réunion organisée par leur navigatrice, la tête occupée à tout autre chose que ce qui les attendait là-haut.
