Nous allons avec Beetee et Wiress au troisième étage, personne ne pipe mots dans l'ascenceur et Wiress ne cesse de me caresser le dos comme le faisait Blume, ma mère pour m'apaiser.
-Tu devrais te coucher, demain tu as ton entrevue. Me conseille Beetee
J'examine divers cadeaux posés sur la table, je secoue une grosse boîte près de mon oreille.
-La dernière avant de rentrer, dis-je plus qu'heureuse.
La boîte contient des chocolats que je donne à Wiress, connaissant ses goûts enfantins. Beetee ne semble pas si heureux que moi de rentrer en bercaille, peut-être s'est-il habitué aux belles choses du Capitoles qui pour me paraissent bien fade à la comparaison de mon District.
Je m'esclipe dans ma chambre, je suis exténuée, j'ai l'impression de ne pas avoir dormi pendant des siècles alors à peine je saute sur mon lit propre et moelleux je m'en vais ailleurs.
J'essaie de nager mais je n'y arrive pas, je n'ai jamais appris, il n'y a aucune source d'eau assez profonde et propre pour cela dans le district 3. L'eau est glacé, je commence à manquer d'air mais lorsque j'essaie de remonter à la surface un bloc de glace cogne ma tête. Je lève les yeux apeurés, la banquise s'est formé au-dessus de moi, me piégeant, j'essaie de donner des coups de poings, l'eau devient rougeâtre mes mains saignent. Une pression sur ma cheville me fait paniquer d'autant plus, une poigne de fer me tire vers le fond où l'eau est tellement sombre que je n'y vois rien. Je tente des coups de pieds mais rien, je sens mon cerveau se déconnecté.
Je bondis hors de mon lit, m'empêtrant dans des couvertures je tombe à terre. Je sue par tous les ports de ma peau, je jette des coups d'œil suspect à toute ma chambre mais il n'y a personne pourtant je ressens encore une main tenir ma jambe. Ce cauchemar avait l'air si réel. J'allume le plafonnier, ma lampe de chevet ne me suffisant pas assez et je retourne sur mon matelas, je forme une boule avec mon corps et tente de penser à Cobalt pour dormir paisiblement.
Au réveil, mon dos craque et je suis encore épuisée, quand est-ce que je vais réussir à aligner toute une nuit de sommeil ? Irritée, je ne bavarde à peine pendant le petit déjeuner, Beetee me répète que je dois plaire au public pendant l'entrevue coûte que coûte. Willius quant à lui me fait porter un pantalon or et je suis heureuse de ne plus porter de stupides robes, ainsi qu'un débardeur translucide reflétant la lumière. Mes préparateurs se sont plains pendant plus d'une heure sur mes cernes et m'ont injecté un produit censé les faire disparaitre temporairement du moins puisque j'ai refusé toutes transformations définitives sur mon corps.
-Lana ! Ceasar m'accueille avec une accolade légère.
-Stressée ? Me demande-t-il en m'installant sur un sofa crème.
-Impatiente plutôt, rectifiais-je. Il me lance un clin d'œil complice.
-Alors c'est parti.
Un homme dans le fond fait un décompte et je ne peux m'empêcher de penser à la voix de Claudius Templesmith lorsqu'il a donné le départ des Jeux.
-Aujourd'hui, j'ai la chance de commencer ma journée avec ni plus ni moins que la grande gagnante des soixante-onzième Hunger Games ! S'extasie-t-il.
-Et moi avec le présentateur de toutes ses dames, je ris jouant le jeu autant que possible.
-Quelle flatteuse ! Alors Lana, trève de plaisanteries, nous voulons tous savoir.
-Je suis toute ouïe.
-Qu'as-tu ressentis lorsque tu as gagné ? Lorsque le Jeu a pris fin ?
Je tente d'avoir un sourire engageant et tendre.
-De la joie Ceasar, à l'idée de vous revoir mais surtout le Capitole et ma famille.
-Et nous donc ! Et je t'avoue que mon cœur a cessé de battre lorsque j'ai vus ce qui s'est passé pour Christal, un drame pour toi aussi non ?
Ses yeux se font suppliant, il me tend une perche, il sait dans quel galère je me trouve et je lui en remercie, Beetee pourras être fier de mes efforts :
-Une tragédie. Je pose une main sur ma poitrine en faisant semblant d'être émue, sur le bord des larmes.
-Qui aurait pu savoir ? C'était un terrible accident. Repris-je puis j'enlève d'un revers de main une fausse larme au coin de mon œil.
-Personne, nous savons que cela a était un choc pour toi, il me regarde d'un air conciliant et je lui adresse un faible sourire touchée de son inquiétude même si c'est entièrement faux, une mise en scène.
-Tu nous as tous énormément touché, tes alliances avec Marcius, Tess et Jeramia ont rythmés les Jeux. Pourtant nous sentions que tu n'en voulais pas au départ.
Je ne laisse pas montrer quel impact l'évocation de leurs noms me fait, je réponds tout simplement :
-Nous sommes plus fort ensemble.
Ceasar pince les lèvres comme si j'avais dit une erreur.
-En tout cas Lana, nous sommes impatient de te revoir pendant ta tournée et promets-nous de revenir chaque année.
-Je vous le promets.
-Coupé.
J'expire un bon coup, vidant mes poumons au maximum.
-Tu as été parfaite, me complimente Ceasar en me reprenant dans ses bras.
-Merci, lui glissais-je à l'oreille.
Il hoche d'un air grave la tête et part sans préambule le plus loin de moi, comme si j'étais la mort en personne.
Beetee me fait signe de le suivre sans un mot, il ne commente pas ma prestation pendant tout le trajet jusqu'à la gare me laissant perplexe. Wiress nous y attends, dévorant des fraises avec du coulis de chocolat, elle m'embrasse chaleureusement.
-Belle entrevue. Fleuria n'a pas pu te dire au revoir, elle en est …
-Désolée ? Ce n'est pas grave, ce n'est pas comme si nous étions les meilleurs amies du monde.
Beetee se mords les joues, se retenant à première vue de faire une révélation.
-Il y a un problème ? Depuis que je suis revenue, j'ai l'impression que vous me cachez quelque chose.
Il s'installe dans le sofa bleu tandis que je vole une fraise à Wiress pour la taquiner.
-Le président Snow est plus difficile à duper que le Capitole, commence t'il et je sais déjà qu'on va discuter de la mort de Christal.
-L'important c'est que j'ai réussis quand même à leurs faire croire, mon entrevue a marché à merveille, Ceasar m'a sauvé.
-Pour lui, tu l'as offensé.
Je me demande si nous sommes sur écoute, j'aurais dit oui mais Beetee n'aurait jamais osé parler aussi franc si c'était le cas. Peut-être qu'il les court-circuités.
-Je m'en excuse, soit je l'offensais soit je crevais. Le choix était vite fait. Me renfrognais-je.
-Lana, personne n'offense le Président Snow. Et ceux qui le font le paie aux prix fort.
J'avale ma salive difficilement, je n'entends plus que mon cœur cognait contre ma cage thoracique et la voix peinée de Beetee.
-Fleuria a était accusé sur le coup, il fallait un coupable.
-Fleuria ? Demandais-je d'une petite voix.
-Disparue depuis la cérémonie.
-Morte ? Ma vue se brouille, encore un mort de ma faute ? Suis-je maudite ?
-Ce n'était pas assez, il fallait venger. Lana, ta maison a brûlé.
Je respire difficilement, Wiress me presse délicatement l'épaule pour me calmer.
-Papa ? Lili ? M'inquiétais-je.
-Désolé Lana.
Des taches noires se forment, trou noir.
