Chapitre 11 : Mon copain de lit

Faites des bêtises, mais faites-les avec enthousiasme. -Colette

-Mais qu'est-ce que vos foutez là !! Vous m'avez flanqué une de ces trouilles, bande d'abrutis !!

Eh oui, quand j'ai peur, je jure. Comme un dresseur de dragons, même. Devant moi, assis très droit sur mon lit, me fixant, se trouvaient Hugo, Albus et Rose. Ils ne répondirent rien et je compris immédiatement où ils voulaient en venir.

-Vous voulez faire mon procès, d'accord ! Mais enlevez vos pieds de mes draps !

D'un mouvement si identique qu'il en paraissait avoir été répété, ils se soulevèrent et se rassirent. Albus prit enfin la parole, d'une voix qui me rappelait celle de Papa.

-Est-ce que c'est vrai ?

-Oui. J'adore le chocolat.

-Lily !, fis le chœur de mes juges.

-Je ne suis pas accro à Littleton. (Le soulagement de mon frère fut visible) Seulement à ses baisers.

Pourquoi est-ce que je ressens toujours le besoin de lui mettre les nerfs à vif ? Est-ce un privilège de petite sœur ?

Toujours est-il qu'il se leva d'un bond et Rose et son frère le retinrent de leur mieux.

-Je vais le tuer !

-Al…, soupirais-je, tandis que les deux autres le forçaient à se rasseoir. Tu n'as aucun souci à te faire. J'ai seize ans, je sais ce que je fais. Et il n'y a presque rien entre moi et Littleton.

-Presque rien ?, demanda Hugo.

-Rien., dis-je, fermement.

Nous avions décidé qu'on serait beaucoup plus tranquille si tout le monde ignorait que nous tentions de résoudre cette… théorie.

Je connaissais Albus. Il allait me faire promettre de ne plus approcher le préfet en chef. Et il fallait que j'évite ça ; j'essayais, dans la mesure du possible de respecter mes promesses. Je me mis à l'engueuler, faussement fâchée.

-Je n'arrive pas à croire que tu oses venir, comme ça, dans ma chambre et que tu m'interroges ! Je fais mes propres choix, je suis grande, maintenant ! Tu n'as plus besoin de surveiller mes moindres faits et gestes !

-Ce… C'était pas mon intention.

Merlin merci, le caractère des femmes de la famille Weasley est suffisamment affreux pour que ces messieurs se calment dès que nous nous fâchons.

-Parfait., dis-je, d'un ton glacial en continuant mon numéro.

Je tournas les talons et claqua la porte du dortoir derrière moi… en y oubliant malheureusement le livre que j'étais venu chercher. Je descendis dans la salle commune, sous quelques regards de Gryffondor à qui ma conduite n'avait pas échappé. Rose me rejoignit assez vite et je ne pus conserver mon air furieux. A sa tête, je compris qu'elle savait que j'avais bluffé. Je crus que ça l'amuserait, mais je me trompais. Elle me dit froidement.

-Pas mal joué. Mais fais gaffe à toi.

Je résolus de suivre ce conseil. Mais ne renonçai pas pour autant à des rencontres dans des coins déserts avec Littleton.

Le temps s'écoula. Ce furent les fêtes de Noël, une drôle d'épreuve. Je pensai que ne pas le voir mettrait fin à la théorie, mais lorsque, en m'en rendant à peine compte, je partis à sa recherche dans le train qui nous ramenait au château, je compris que ce n'était pas encore fini. Et de son côté non plus. Une nouvelle fois, merci Merlin, les toilettes du Poudlard Express ferment à clef.

Mais ça n'alla jamais plus loin que de folles embrassades, sentimentalement ou physiquement. Les règles étaient simples, limpides même. Et cela nous évitait les affres d'une jalousie mal placée. L'unique ennui, c'était que cette… lubie était loin de s'atténuer.

Un soir, alors que les autres élèves étaient déjà dans leurs Salles Communes et que nous étions toujours dehors ensemble lorsque sonna l'heure du couvre-feu, je m'aperçus que ni lui ni moi n'avions envie de nous quitter… et je nous emmenais en direction de ses appartements privés. Il demanda si j'étais sûre, je lui dis de la fermer ; je n'étais plus sûre de rien.

Mais, vers cinq heures, en quittant sa chambre sur la pointe des pieds pour ne pas le réveiller, je compris que j'avais un problème.

Je regagnas la tour, ignorant les questions de la Grosse Dame. Je rallumai un feu dans la Salle Commune et m'assis sur un canapé, les bras autour des jambes. Je regardai le feu et je commençais à me sentir mieux, lorsque j'entendis un raclement de chaise derrière moi. Je me retournas brusquement. Rose était là, souriant doucement. Elle murmura.

-On en parle demain ?

Je n'étais pas vraiment sûre de vouloir en parler, mais je hochai la tête. Elle monta l'escalier vers son dortoir et je me replongeai dans la contemplation des flammes. Plus tard, je me préparai dans la salle de bains alors que les autres dormaient encore. Bouger, faire semblant m'aidait à penser à autre chose. Puis, je retournai m'installer dans la Salle Commune.

Nous étions samedi, tout le monde était d'humeur joyeuse, en prévision d'une journée ensoleillée à Pré-Au-Lard. Tout était exactement comme hier. Sauf moi.

Je descendis les escaliers, dans un état second, l'estomac en bouillie à l'idée de parler avec Rose. C'est du moins ce que je me disais. Je rencontrai Andrew devant la porte du château.

-Salut.

-Salut.

On s'embrassa. Cela faisait quelques temps depuis que nous nous étions fait surprendre ensemble et, à ce moment-là, il n'avait plus été question de nier.

-Ça va ?, demanda t-il.

Je baissa la voix.

-Rose m'a vu quand je suis rentrée hier soir.

-Oh. Ça ira ?

-Bien sûr., mentis-je.

Il me prit dans ses bras et j'eus un serrement de cœur inacceptable et inadmettable.

-Tu te souviens, le pari qu'on a fait au mariage de ta cousine ?

Je hocha la tête dans son cou. Il avait parié que je n'aimerais jamais tendrement et moi qu'il n'aimerait jamais passionnément.

-Tu te trompais.

Il me lâcha, me sourit et s'en fut.

Je croisai les doigts sur ma tête, dans un geste qui m'était devenu familier, en me demandant quand ma vie était-elle devenue aussi compliquée.