Chapitre 10
Ouais. Ouais, c'est ça.
La tension montait graduellement depuis qu'elle avait quitté la prison. Combien de fois avait-elle frôlé la mort pour eux ? Pour les stupides expériences sans queue ni tête du pseudo-docteur Charles Lindsey. Et elle avait même tué Faith, qui, au fond, avec le recul, n'était rien d'autre qu'une gamine paumée. Exactement comme elle. Elle explosa sans crier gare.
- Connard ! Rugit-elle.
Elle cogna sur le volant du plat de la main, ulcérée. Elle éteignit la radio, descendit vers la côte plutôt que de poursuivre sur la grande route. Elle emprunta des petits chemins boueux, sa jeep ne s'enlisant heureusement pas, contourna le lac et entra alors sur le territoire de Jacob, dans un état d'esprit pour le moins mauvais, avec la rage au ventre, les nerfs à vif.
Tout à coup, des lumières jaunâtres filtrèrent à travers les feuillages verdâtres. Instantanément, elle coupa ses phares et ralentit l'allure jusqu'à immobiliser parfaitement son véhicule, dont elle descendit sans faire de bruit. Elle chargea son arme et se dirigea vers ce qui s'avéra être un avant-poste. Deux hommes bavardaient dehors,baignant dans la lumière des phares de leur bagnole.
- Il était temps qu'on les dégage ailleurs. Ça puait leur pisse jusque dans nos chiottes, j'te jure !
Eve, tout en restant à couvert, se rapprocha et tendit l'oreille. Elle n'eut pas longtemps à attendre pour comprendre que Jacob capturait de plus en plus de loups, qui étaient à présent si nombreux qu'il devait les déporter en dehors du camp principal, dans l'attente qu'ils deviennent des « Juges ». Apparemment, Pêpêche et Boomer faisaient partie du lot de déportés.
Elle quitta l'arbuste derrière lequel elle se planquait, pour se faufiler jusqu'à l'abri non loin des disciples. Par chance, la vitre n'avait pas de carreau et elle put se glisser à l'intérieur sans se faire repérer. Il lui en fallait un vivant. Pas deux. Une balle traversa la caboche du plus proche. L'autre, son arme en mains, se dirigea vers la cabane.
Exactement comme elle le souhaitait. Elle rengaina son pistolet et dégaina son poignard. Aussitôt qu'il entra, qu'elle vit ses pieds, elle lui sectionna d'un coup net et précis les deux tendons d'Achille. L'homme s'effondra d'un bloc, en hurlant de douleur, mais, avant qu'il puisse bouger, elle lui arracha son arme. Par chance, il n'eut pas le réflexe de résister avec trop de virulence ; elle devait le garder en vie. Le temps de lui extorquer des renseignements tout du moins. Elle grimpa à califourchon sur lui, l'empoigna par le col.
- Putain ! Où ? Hurla-t-elle. Où vous les avez déplacés ?
- Va te faire foutre, salope ! Je dirai rien !
Elle lui cogna violemment la tête contre le plancher une première fois, avant de crier de plus belle.
- Où ! Tu vas me le dire ou je te fais cracher toutes tes putain de dents enculé !
Pour toute réponse, il lui cracha au visage. Sa main voulut attraper une barre de fer qui traînait par terre, mais elle se montra plus rapide. Elle dégaina son poignard et lui transperça la main, l'épinglant au plancher.
- Où... gronda-t-elle, son regard froid braqué sur lui, alors que, doucement, elle faisait tourner la lame dans la plaie.
Le type ne lâchait rien. Son visage se tordait de douleur, son corps se contorsionnait, il geignait de souffrance. Mais il n'avouerait pas. Les dents serrées, hors d'elle, elle le frappa encore une fois, avant de reprendre son couteau, lui arrachant un cri éraillé horrible. Elle lui entailla profondément les doigts de sorte qu'il soit incapable de la gêner quand elle le déplacerait. Alors qu'il vagissait d'horreur, elle l'empoigna à bras-le-corps pour le traîner dehors. Là, elle l'allongea en bordure de route. Puis elle s'accroupit près de lui, ses grands yeux clairs luisant sous la lune.
- Ok, voilà le deal tête de gland. Soit tu parles et je t'achève vite, proprement. Soit tu continues d'être con et je te laisse te faire bouffer par les « Juges ».
Avec tout le sang qu'il perdait partout, elles ne se priveraient pas les pauvres bêtes, livrées à elles-mêmes le plus souvent. Elle regarda ses doigts qui pendouillaient, salement charcutés, puis se pencha sur lui, avec un sourire féroce.
- Je serais bien restée manger un morceau aussi, mais j'ai à faire...
Un peu d'intimidation et la promesse réitérée d'être dégusté en carpaccio finirent par venir à bout de ses dernières résistances. Jacob les avait tous faits transférés en haut des montagnes. Elle se crispa, son regard remontant les centaines de mètres qui l'attendaient. Elle devrait gravir jusqu'au sommet. Elle abattit le type d'une balle dans la tête. Elle ne respectait pas toujours sa parole, mais elle ne pouvait pas risquer que ses hurlements donnent l'alerte.
S'ensuivit une marche pénible à travers les bois, jusqu'aux pieds de la chaîne montagneuse, mais qui n'était rien comparé à l'ascension qu'elle s'apprêtait à entamer. Elle ne raffolait pas spécialement de l'escalade, surtout quand un vent froid menaçait de la secouer dans tous les sens, faisant atrocement vibrer la corde. Elle avait enfilé des gants soi-disant adaptés, mais sa peau en dessous était quand même de plus en plus irritée par les frottements. Elle leva les yeux, calculant vaguement la hauteur qui lui restait à monter ; elle finirait les mains en sang.
Elle se pressait, tout en prenant garde à ses appuis, à là où elle posait le pied. Au moins, tous ces efforts supprimaient la sensation de froid. Quelques gouttes de sueur perlaient même sur son front. Son corps montra des signes de fatigue bien plus tôt que d'habitude. Ça la mit hors d'elle ; elle pesta, cogna son pied pris de crampes contre la pierre. Elle s'épuisait encore plus, mais expurger ainsi avait au moins le mérite de la relancer. La rage était un moteur. Elle se hâta encore plus.
Deux bonnes heures devaient s'être écoulées. A cette heure, John devait retourner la maison, furieux, jurant qu'il lui tordrait le cou. Ce qu'il ne ferait pas. Pas jusqu'au bout en tout cas. Inconsciemment cependant, elle accéléra encore la cadence. Sa main cherchait un rebord stable auquel s'agripper, quand la corde se tendit anormalement. Les sourcils froncés, elle promena son regard sur les hauteurs, songeant à un animal qui s'amuserait avec le grappin.
Mais ce ne fut pas une bête, pas au sens strict du terme en tout cas, qui apparut. Plutôt un homme, dont elle avait eu le déplaisir de faire la connaissance il y avait quelque temps de ça, celui qu'on appelait « le Boucher ». Il fallait croire qu'il s'en était tiré la dernière fois, malgré les deux balles dans son flanc et une bonne flèche plantée entre les omoplates. Elle souffla entre ses dents serrées. Le salopard... La lumière se refléta sur ses dents pourries quand il lui fit cet immense sourire cynique qui la ficha en rogne. Il ne l'avait vraisemblablement pas oubliée. Et elle non plus. Sans ôter son regard d'elle, toujours souriant, il chopa la corde à laquelle elle s'agrippait. Elle réalisa ce que le tordu avait en tête.
- Putain d'enf...
Son exclamation haineuse fut étouffée par le fracas qui résonna dans la vallée, quand elle alla percuter la paroi rocheuse. Il rit tout en accentuant le balancement. De plus en plus. Son corps au bout de la corde était ballotté de gauche et de droite, si bien que ses deux flancs heurtaient tour à tour la falaise. Elle se roula en boule autant que possible pour se protéger. Elle dégaina, tira sur lui en tenant son arme d'une main.
Elle ne pouvait apercevoir si elle l'avait atteint à cette distance, mais ce devait être le cas. Il poussa un cri rauque de bête blessée et lâcha brutalement la corde. Eve se retrouva si violemment libérée qu'elle cogna de plein fouet contre la roche encore une fois. Elle devait reprendre pied. Elle commença à se balancer, avec de plus en plus d'ampleur, en essayant d'atteindre un promontoire sur sa droite.
Un ricanement lui glaça le sang. Elle releva les yeux juste le temps d'entrevoir l'éclat d'une lame, juste avant qu'il ne tranche la corde. Sa poitrine se gonfla de rage. Elle hurla. Ça ne servait à rien, mais ça défoulait.
- Va te faire foutre !
L'instant d'après, elle chutait à toute vitesse, si dangereusement proche de la montagne qu'au moindre relief, elle risquait de finir écrasée ou empalée sur un piton rocheux. Elle essaya d'ouvrir son parachute. La toile se gonfla, pour aussitôt se prendre dans des rochers, ralentissant sa dégringolade et y mettant même finalement un terme.
Elle se retrouva alors accrochée à un roc, suspendue dans le vide, à une bonne centaine de mètres de la terre ferme. Elle vociféra, surtout pour se calmer les nerfs et s'éclaircir les idées. Elle avait encore besoin de lâcher un peu de lest.
- Putain ! J'emmerde la montagne ! Région de merde !
Elle inspira à fond et promena son regard sur ses environs, qui ne lui offraient pas vraiment d'échappatoire. Elle réfléchissait au moyen le plus sûr de s'en sortir, quand un bruit de tissu se déchirant résonna à ses oreilles. La toile du parachute cédait peu à peu. De nouveau, la déchirure s'agrandit. Eve glissa sur plusieurs mètres. Elle essaya avec toute l'énergie du désespoir de se rattraper à la paroi qui défila si vite sous ses yeux. Les pointes des reliefs lacérèrent ses paumes. Elle étouffa un juron.
Ce fut alors qu'elle repéra une cavité dans la roche qui lui avait échappé à l'aller ; elle avait dû dériver sur le côté durant sa courte chute, avec tout ce vent qui soufflait de plus en plus fort. Elle se repoussa de toutes ses forces loin de la paroi, poussant sur ses jambes, sur ses bras. Le trou dans le parachute s'agrandit encore. Au bout de quelques secondes, le mouvement de balancier fut assez important pour qu'elle atteigne le trou. Elle roula sur la terre rocailleuse et se débarrassa prestement de son parachute, qui ne tarda pas à lâcher.
Ce lot de sensations fortes présentait au moins l'avantage d'avoir détourné son attention de ses nausées. Elle cligna des yeux, surprise de trouver cette grotte plus éclairée que l'extérieur en définitive. Rapidement, elle discerna une lueur, là-bas, tout au bout de la galerie. Ils avaient aménagé l'intérieur de la montagne. Ce qui signifiait qu'elle s'était jetée seule dans la gueule du loup. Qu'elle était coincée. Impossible de faire marche arrière dans cet espace. Elle n'escomptait pas le faire de toute façon. Pas de retraite. Ça lui allait. Ce n'était pas dans ses habitudes. Son pistolet en mains, prête à faire feu, elle avança prudemment, le plus silencieusement possible. Des cavités plus ou moins larges s'ouvraient tantôt sur sa gauche, tantôt sur sa droite, et elle pivotait nerveusement, s'assurant que personne n'en surgirait.
Elle n'était pas claustrophobe, mais quelque chose l'oppressait furieusement. Elle avait ce mauvais pressentiment qui lui coupait la respiration et lui retournait les entrailles. Pourtant, elle avait tout prévu, avait paré au pire.
Le pire qui ne tarda pas à se concrétiser. La chanson débuta. Elle la reconnut dès la première note. Elle attrapa les bouchons d'oreille qu'elle avait amenés et s'apprêtait à les enfoncer dans ses oreilles, quand deux mains couvertes de cicatrices la saisirent par les poignets et les bouchons tombèrent sur le sol, dans le noir.
- Only you... can make all this world seem right...
La voix se rapprocha, jusqu'à résonner derrière elle, juste dans son dos. Il s'était faufilé, suivant ses traces, silencieux comme le chasseur qu'il était, jusqu'à, à présent, se tenir là, à quelques centimètres seulement. Il ricana tout bas.
- Only you can make the darkness bright...
La sachant sous contrôle, John n'étant pas là aujourd'hui pour l'aider à échapper à son emprise, il relâcha avec une délicatesse toute ironique ses fins poignets. Il la contourna, son bras frôlant le sien et son bassin, par provocation, pour lui rappeler combien elle était impuissante, mais aussi en raison de l'étroitesse du corridor. Elle aurait pu le planter, lui tirer dessus ; il était si près. Elle ferma les yeux, furieuse. Pour les rouvrir quasi-immédiatement. Il l'observait, avec ce léger sourire, les yeux mi-clos, si cernés, comme s'il n'avait pas dormi depuis des lustres, le visage barbouillé de boue et de poussière. Il avait préparé son piège.
- Only you and you alone... fredonna-t-il du bout des lèvres. Que toi pour tuer Eli. Que toi pour... briser notre famille... Que toi pour revenir seule ici... pour un chien et un couguar... Tu as « gagné » la dernière fois, parce que tu étais avec John... Aujourd'hui, c'est bien plus équitable... tu ne crois pas ?
Elle ne pouvait remuer un muscle. Elle ne pouvait pas l'empêcher de tourner autour d'elle, comme un prédateur.
- Stoppe cette musique... si tu veux que ce soit équitable... parvint-elle à balbutier, avec d'infinies difficultés.
Toujours avec ce regard fatigué, ce léger sourire qui n'en était pas un, il posa son doigt sur le bout de son arme, la contraignant, sans avoir à forcer, à la baisser, puis à la lâcher, quand il la lui prit des mains, toujours si aisément. La gardant dans ses mains, il commença à marcher jusqu'à une salle circulaire et, contre son gré, comme un bon petit pantin, elle dut le suivre.
Lui s'assit sur une chaise, penché vers l'avant, les épaules un peu voûtées, retournant le pistolet entre ses doigts, jusqu'à ce qu'il le décharge et ne balance le chargeur au hasard. Elle restait debout. De longues secondes passèrent dans le silence le plus absolu et le plus angoissant pour l'officier. Jusqu'à ce que, soudain, Jacob n'émette un ricanement narquois. Il se recula dans son siège, appuyant son dos contre le dossier, relevant les yeux sur elle. Ils échangèrent un long regard, aucun d'eux ne se détournant à aucun moment, alors qu'ils se jaugeaient.
Assurément, il y avait de la colère, de la haine dans ses yeux, mais toujours ce respect qu'il n'aurait jamais cru y trouver pour commencer. Ce respect s'accrochait, envers et contre tout, et ce fut ce qui le conduisit à couper la musique.
Son geste attestait de la réciprocité de cette déférence. Elle n'attaqua pas. Au contraire, elle demeura immobile, face à lui. De nouveau, le silence. Moins pesant cependant cette fois-ci. De nouveau, Jacob le rompit. La fixant droit dans les yeux, comme s'il l'accusait de quelque crime, il débuta, sur un ton terriblement détaché prouvant bien que ses paroles seraient paradoxalement tout le contraire d'anodines :
- Tu sais ce qui est fascinant aussi avec les loups ? Nous avons tant à apprendre d'eux. Les loups... fonctionnent par deux. Il y a la femelle dominante, alpha, qui ne s'accouple qu'avec le mâle alpha et le mâle alpha ne s'accouplera aussi jamais qu'avec elle. Cette fidélité, c'est ce qui assure... la survie de la meute, la survie des forts.
Elle eut un faible sourire un peu triste. Ce qu'il sous-entendait ne la choquait pas, ne la surprenait même pas, parce que ce n'était pas motivé, mu par des sentiments, mais par sa théorie. Cette loi du plus fort qui l'obsédait.
- Nous ne sommes pas des loups, Jacob.
Il émit à peine l'ombre d'un ricanement, avant de pousser un profond soupir, guttural, accablé. Il saisit le moindre signe révélateur de tension, d'anxiété, chez elle. Certes, il la connaissait, après toutes ces semaines qu'elles avaient passées à son camp, sous sa tutelle. Mais, surtout, pareil à un loup, il sentait la peur, ressentait sa respiration s'accélérant, son regard se perdant, percevait cette micro-seconde où elle peina à déglutir, parce que sa gorge, avec une infinie lenteur, commençait à se resserrer.
- Tu te ramollis.
Ce n'était pas une question. Il ne lui accorda pas une seule seconde pour répondre. Elle frémissait.
- De quoi as-tu peur ?
Pas de périr. Il savait déjà ça. Elle ne craignait pas le danger, comme si la mort était un concept abstrait pour elle, alors qu'elle la côtoyait tous les jours, la frôlait de son aile. Elle essaya d'avaler sa salive de nouveau, bien que ce fût de plus en plus douloureux. Elle se sentait incapable de lutter, émotionnellement parlant, bien plus émotive encore que d'ordinaire. Foutues hormones. Foutu cortisol.
- Tout de suite ?... De perdre l'homme que j'aime et l'homme qui m'a tout appris. John et toi. Et... avec cette guerre... tu... m'obliges à faire un choix. Et tu sais... que je le choisirai lui.
Alors qu'elle parlait, elle ne détournait pas son regard de son visage, pas même quand ses yeux s'embuèrent. Elle n'était pas certaine qu'il s'en rendait compte, mais il essaya de se dédouaner.
- John est devenu notre ennemi à cause de toi.
- Non, non, Jacob, l'arrêta-t-elle derechef. C'est moi qui trahis la Résistance, mais ce n'est certainement pas lui qui trahit toi ou Joseph. Il ne change pas de camp. Il n'en changera jamais. Parce qu'il croit. Il croit en Joseph.
Passant de la tristesse à la colère en un rien de temps, elle ajouta d'une voix acerbe, mordante :
- C'est toi. T'as réagi comme une merde.
Contre toute attente, il accusa le coup sans trop de mal. Elle s'imagina alors qu'il s'en fichait tout bonnement, qu'il se foutait éperdument de ce qu'elle racontait. C'était faux. Il ne tarda pas à le lui prouver. Son visage se fit tout à coup inhabituellement grave, sérieux.
- Quand tu as fui, après le meurtre d'Eli... j'ai été... surpris. S'il y avait une personne, dans ce monde, que je ne m'attendais pas à voir partir comme ça... c'était toi, acheva-t-il, appuyant son index sur son sternum osseux, comme il le faisait souvent autrefois.
La légère poussée était assez pour l'ébranler sensiblement. Toutefois, elle ne se déroba pas.
- J'ai donc... attendu... que tu reviennes. Et quelle surprise... un beau jour... une « belle nuit » plutôt... ricana-t-il, se remémorant la noirceur du ciel, la pluie terrible qui s'était abattue sur eux. Je te retrouve enfin.
« T'es comme les chiens qui rentrent d'eux-mêmes à la maison. » Ces mots qu'il avait prononcés repassèrent dans la tête d'Eve à ce moment.
- Et qu'est-ce que je découvre ? Reprit-il, levant un peu les mains, avant de les laisser retomber sur ses cuisses. Que tu essayes de diviser notre famille. Que tu... te fais baiser par mon frère !...
Elle serra les dents, s'abstenant de répliquer tout de suite ; elle ne l'interromprait pas.
- Sans Joseph... ce soir-là... je les aurais laissés te démolir.
Et il lui avait dit. Haut et fort. « Estime-toi heureuse que Joseph ait été là pour te sauver. » Les lèvres pincées, le cœur et la gorge serrés, elle l'écoutait sans souffler un mot.
- Je... Je ne suis ni un loup, ni ton outil, déclara-t-elle, au terme de quelques secondes, le temps de digérer sa version de l'histoire. Tu ne peux pas... disposer de moi comme tu l'entends. Maintenant que tu sais... que je ne détournerai pas John du Projet, de votre famille... stoppe cette guerre. Il n'est pas trop tard, Jacob. John n'attend que ça. Joseph n'attend que ça. Je n'attends que ça.
Rien... d'irréparable ne s'était encore point produit. A son sens, en tout cas, mais il n'en allait pas de même pour lui.
- Même si tu ne le voulais pas, tu as détruit notre famille. Il a essayé de me tuer, moi, son frère. Pour toi. Et tu semblais... prête à le faire aussi.
Elle réprima un sanglot, réussit de justesse à sauver les apparences, même s'il était évident qu'elle ne trompait personne, surtout pas lui.
- On a tous... dépassé la limite.
Ils s'étaient emportés. Quoi d'étonnant que ça ait atteint des proportions pareilles, avec un tel passif, une telle violence enfouie en chacun d'eux ? Sur le moment, ils avaient tous voulu s'entretuer ; c'était indéniable, mais ce n'était qu'un pathétique contrecoup à chaud, assorti d'un effet d'entraînement, comme au sein d'une meute. L'un montrait les crocs ; tous les autres se mettaient en garde. Il mordait ; les autres s'y mettaient aussi et en découlait cette escalade frénétique de la violence.
- Tu as eu une réaction de merde, répéta-t-elle, en insistant bien sur le « tu ». Mais, après ça... on a tous merdé.
Il y avait eu cet horrible effet boule de neige. Qu'ils regrettaient tous assurément, Jacob y compris, même s'il refusait de l'admettre et qu'il se cachait derrière des justifications. Sans lui tourner le dos, par prudence, elle recula jusqu'à s'appuyer contre une caisse de matériel.
Là, elle s'immobilisa, l'observa un moment. Elle croisa ses bras, une seconde hésitante à lui dire tout ce qu'elle avait sur le cœur, ne les décroisant que quand elle eut pris sa décision. D'une voix fragile, au demeurant claire et affirmée, elle déclara :
- J'ai tué pour toi. J'ai tué... Eli pour toi. J'ai réfléchi... durant mon absence... et j'ai réalisé... que je l'aurais refait. Deux fois, trois fois, quatre fois... Pour toi. Avec ou sans la chanson.
Parce que c'était comme ça qu'elle démontrait son affection. Il n'en laissa rien paraître, mais cette révélation le déstabilisa ; il ne s'y attendait pas, à ce que quiconque soit prêt à de telles extrémités pour lui uniquement, en toute conscience.
- Parce que, que ça ait été intentionnel ou non... la vérité, c'est... je serais morte sans toi à l'heure qu'il est. Tu m'as donné les armes pour survivre. Tu m'as forgée. Tu as changé la gamine qui croyait savoir tirer en une vraie tueuse. Un vrai combattant.
Elle secoua la tête, d'un air profondément navré, et dieu elle l'était.
- Mais, après ce que tu as fait... et si tu ne renonces pas...
Sa voix se cassa et elle haussa les épaules, d'un air désolé, une fine larme traversant sa joue avant de disparaître.
- Je devrai te tuer. Je... ne veux pas ça...
Ses mots lui arrachèrent un ricanement inaudible, amer. Il lui lança un regard incisif, ses yeux pourtant si calmes, comme toujours.
- Mais tu es un soldat. Tu dois faire ce que tu dois, pas ce que tu veux.
- J'ai... débuta-t-elle maladroitement, la voix tremblante d'incertitude, jusqu'à ce que, subitement, elle trouve les mots.
En fait, ils s'imposèrent d'eux-mêmes. Tout ce marasme dans lequel elle s'était embourbée s'éclaircit et, alors qu'elle était mise au pied du mur, ce qui lui paraissait un cauchemar, ce qui la terrifiait, devint un autre obstacle qui valait le coup d'être franchi. Elle n'irait pas jusqu'à en être heureuse ou à crier au miracle, mais... si jamais elle devait être enceinte, elle saurait gérer la situation. D'une façon ou d'une autre. Quand bien même elle aurait avorté, il restait John. Elle n'était pas seule.
- J'ai une famille avant tout. Et... si... toi, tu refuses de faire partie de ma famille...
Elle ne parvint pas à achever sa phrase. Son sourire se fit amer et ses épaules se soulevèrent de nouveau. Une autre larme coula. Un léger rire le secoua et il se dressa, se plaça face à elle, bien campé sur ses deux pieds écartés, immense, fier même si désillusionné, comme le militaire qu'il était. Toujours avec ce minuscule, sarcastique sourire, il répondit, sur un ton décisif, sévère :
- Je ne t'ai pas entraînée pour que tu aies de la compassion, encore moins de l'affection, pour moi. Je t'ai formée parce que tu avais le potentiel de devenir un outil efficace.
- Et, comme je te l'ai dit, je ne suis pas un outil et je ne t'appartiens pas. Je tue, je protège... parce que j'aime. Au final... je suis tout le contraire d'un soldat.
Il eut ce ricanement étrange, plus aigre que d'ordinaire. Elle sourit, attristée, consternée qu'ils en soient arrivés là ; peut-être que ça le chagrinait aussi au fond, mais il restait imperturbable. Il dégaina son propre pistolet, retira le chargeur, toujours en gardant un œil sur elle, et déposa le tout sur une caisse. Elle reçut le message cinq sur cinq. Son sourire s'effaçant, elle tira lentement de son étui son poignard et se mit en garde, alors qu'il faisait de même, à la différence que son léger sourire amer mit plus de temps à s'évanouir.
- Tu es prête « soldat » ?
Elle désapprouvait. Son regard bleuté se raffermit, se courrouça. Il ricana tout bas.
- Tu seras toujours un soldat pour moi.
C'était un compliment, en réalité. Un magnifique compliment. Elle avait l'âme d'un soldat, persistante, rude, brave, sans l'aveuglement. Elle était un soldat pour ceux seulement qui méritaient qu'elle mette son talent à leur service. Aussitôt qu'elle le réalisa, elle se contenta de lui offrir un pâle sourire, empreint d'une sorte d'innocente douceur.
- Je suis prête. Et toi ?
- Je suis prêt depuis le jour où tu nous as débarrassés d'Eli.
A partir de cet instant, cette seconde où sa balle lui avait transpercé le crâne, Jacob l'avait attendue. Pour qu'elle se venge de lui ou pour qu'elle pardonne. Ça, au fond, n'importait pas. Et, maintenant, il attendait qu'elle ouvre les hostilités, qu'elle se mette en danger en attaquant.
- Tu sais... J'aurais tellement aimé... te traquer dans les bois... mais, encore plus que ça, je voulais pas que tu puisses me filer entre les doigts...
Alors il avait finalement choisi de l'attirer ici, quand bien même il aurait préféré le frisson exquis de la chasse. Ça l'excitait, comme le sang. Pas autant que John cela dit, pas de la même façon. Plus que le sang, c'était surtout la souffrance qui grisait John.
Ses mots la perturbèrent. Instantanément, elle fit une fente sur le côté, essayant de le planter entre les côtes. Il évita, contre-attaqua et elle recula juste à temps, la lame de son couteau lui rasant la figure. Elle sentit le courant d'air passer sur son visage, froid, mortel. Ils échangèrent des coups de couteau, se bloquant mutuellement à chaque fois. Le risque existait, pour une fois, mais il s'en fichait ; il était juste fier. Elle réagissait promptement, avec précision, aucun coup laissé au hasard ; elle calculait autant son prochain mouvement que le sien.
Ils reprirent chacun de la distance, durant un court temps mort passé à se scruter, tous deux concentrés, reprenant leur souffle. A un moment donné, sans raison apparente, il émit un rire narquois, à peine audible, et revint à la charge. Elle chopa son bras, réalisant un instant trop tard qu'il avait bluffé et qu'elle tenait la mauvaise main, celle qui ne tenait pas de couteau. Elle avait agi trop vite, par réflexe. Elle voulut se dégager sur-le-champ, mais le bout de sa lame plongea dans son bras avant qu'elle ne se retire.
Il ne lui laissa pas une seconde de répit. Elle se repassait ses enseignements en boucle. Elle n'aurait sûrement jamais l'avantage physique, la force brute, alors elle devait frapper vite et là où ça faisait mal. Toutes les jointures des membres, les tempes, les oreilles, le nez... Le plexus solaire. Lâchant son poignard, elle prit appui sur une caisse et balança ses deux pieds pile à cet endroit.
Dans son élan, il reçut le coup de plein fouet et tomba à la renverse. Elle avait cogné exactement là où il fallait. L'onde de choc se propagea, atteignit son cerveau. Il lutta pour rester conscient, bien que sa respiration eût été coupée nette, son corps comme paralysé. La douleur était telle qu'elle provoquait habituellement un KO. Mais un KO, c'était inenvisageable. Ça équivalait à la mort dans ces circonstances. Il fallait tenir, le temps que les nerfs, le cerveau, se calment.
Elle ne se rendit heureusement pas compte qu'il avait réussi à garder ses esprits ; elle ne se figurait même pas ça possible. Pas après avoir encaissé un coup aussi violent dans cette zone. Elle lui avait tourné le dos une demi-seconde pour récupérer son couteau. Quand elle fit volte-face, il était toujours à terre, mais bel et bien là, pas évanoui, refusant de succomber à la douleur. Sur ce même ton qu'il employait pour la féliciter, si froidement, pendant les sessions d'entraînement, elle lâcha, avec un sourire à la fois content et agacé :
- Pas mal.
Elle piétina sa main, qui s'agrippait au couteau, exactement comme il avait écrasé la sienne sous sa botte, ce jour où elle avait essayé d'attraper cette maudite boîte à musique depuis sa cage. Il n'avait pas perdu conscience, mais n'avait pas pour autant encore la capacité de répliquer. Elle poussa du pied son coutelas, toujours avec ce petit sourire victorieux, présomptueux sur ses lèvres mutines.
Mais il se reprit, bien plus vite qu'elle ne l'avait présumé. Il la chopa tout à coup par le mollet et parvint à la faire tomber. Elle s'éclata sur lui, au sol, mais elle ne pesait pas bien lourd ; ça ne le fit pas broncher. Il l'attrapa d'une main par les poignets, la désarmant de l'autre.
D'une seule main, il compressait ses poignets, assez fort pour qu'elle grogne de douleur. Elle se tortilla dans tous les sens pour échapper à la prise. Tout à coup, elle plongea ses dents dans son bras. Jacob eut un grondement rauque de douleur. Elle forçait, ses dents s'enfonçant encore et encore. Il l'imita, instinctivement ; il mordit à pleines dents dans sa main, celle la plus proche de sa bouche. Elle grogna contre sa chair, ne lâchant pas prise. Comme un loup refusant d'abandonner sa proie. Leurs regards se trouvèrent, enragés, pour ne plus se séparer. Le sang jaillissait des plaies, dégoulinant sur leurs mentons. Ils respiraient fort, par les narines, leurs bouches entièrement refermées, comme un étau, sur l'autre.
Aucune idée du temps qui passa, sans qu'aucun ne se rétracte. Mais assez s'était écoulé pour que l'officier ne ressente presque plus la douleur de ces dents creusant dans sa main. Elle ne pouvait rester. Il fallait en finir. Il dut le voir dans ses yeux, jusque dans la pénombre. Il la cogna au visage au même moment qu'elle balança son genou dans son entrejambe. Du même coup, ils se libérèrent enfin. Jacob, qui avait totalement récupéré à présent, bondit sur ses pieds et lui flanqua un fulgurant crochet du droit qui l'envoya contre les caisses.
La gueule en sang, ce doux fluide amer qui lui appartenait se mêlant au sien dans sa bouche, elle se remit debout en s'appuyant contre la paroi, pour presque aussitôt retomber par terre, sur le côté, complètement groggy. Il faisait tout aussi peur à voir. Il la contempla, pas très stable non plus. Son regard alla de sa main sanguinolente à son propre bras, l'empreinte des dents nettement visible dans les deux cas.
- Pour être franc... je pense que, pour rester en vie, il vaut mieux rester éloigné de toi, ricana-t-il après une seconde de battement, de respirations rauques. Regarde tous ces gens que tu tentais d'aider et... qui ont fini... torturés, tués...
Elle ne s'essuyait pas ; elle laissait le sang couler, librement. Elle renifla, s'efforça de reprendre sa respiration.
- ça arrive. C'est la vie.
Si peu de pitié. Ça le fit doucement rire. Il murmura ses mots, comme s'il désirait les imprimer dans son esprit.
- « ça arrive »...
- Oui... Exactement... comme la dernière fois, rétorqua-t-elle, avec dureté. Ça arrive.
Ils n'avaient plus que leurs poings. Eve songea un instant à courir, mais, au vu de la taille de la pièce, elle devrait passer trop près de lui. Il l'attraperait au passage. Il la provoqua, avec un sourire fendant ses lèvres encore trempées de son sang, et l'invita d'un geste à approcher. Dans l'inaction, cette tension qui habitait son corps se révélait, menaçait de la faire craquer. Alors elle fit ce qu'il attendait d'elle ; elle décida d'agir.
Elle ne laissa rien paraître et, tout à coup, courut sur lui à toute vitesse et sauta avec le coude en avant pour l'atteindre au visage. Il la réceptionna, quitte à recevoir le coup, qui l'étourdit un peu, d'autant plus qu'elle avait visé la tempe. Il se jeta contre le mur, l'écrasant. Elle continua de le frapper du coude, dans la nuque, mais ce fut la claque violente et sèche sur l'oreille qui lui fut fatale. Il perdit l'équilibre, sonné. Elle avait tout retenu... Tout ce qu'il lui avait dit. Il l'entraîna dans sa chute, refusant de la lâcher, la tenant toujours si férocement. Ils se retrouvèrent de nouveau au sol.
Eve poussa un juron furieux, entre deux halètements. Son premier réflexe fut de précipiter sa bouche sur sa gorge, pour la déchirer. Elle eut à peine le temps d'effleurer la peau de ses dents. La main de Jacob recouvrit son visage, la repoussant. Elle essaya de mordre ses doigts, en renâclant rageusement, mais il l'empoigna par les cheveux pour la dégager. Il tira d'un coup sec sur ses cheveux, la contraignant à offrir son visage. Son poing s'encastra dans sa mâchoire. Ce coup terrible fut près de la mettre hors-course.
Il se dressa. Il la tenait avec une telle poigne qu'elle avait l'impression que tout son scalp resterait dans sa main si elle se débattait. Il la traîna sur plusieurs mètres ; ils quittèrent la pièce, arrivèrent dans une autre, avec toujours ces caisses empilées occupant la majeure partie de l'espace. Il marmonnait dans sa barbe, les idées pas très claires, l'esprit toujours embrumé :
- Est-ce que... John t'a dit... que notre mère... avait des cheveux roux magnifiques ?... Comme toi. Mais... elle était faible. Elle a laissé notre père la briser... jusqu'à ce qu'elle ne soit plus... qu'une sorte d'émanation de sa volonté à lui.
Elle hoqueta, tout en faisant de son mieux pour tenir le rythme, pour ne pas qu'il tire davantage sur sa chevelure. Mais elle trébuchait, retombait sans cesse. Il lâcha ses cheveux, mais captura sa nuque. Elle rit. Un rire goguenard d'épuisement.
- Tu réalises que c'est ce que tu es aujourd'hui ? Une « émanation de la volonté » de Joseph ?... Ce qui fait de moi... quelqu'un... de plus fort que toi, acheva-t-elle avec un sourire vipérin, fielleux et pourtant si curieusement affectionné à la fois.
Il lui cogna la tête contre une caisse. Avant qu'il puisse recommencer, elle plaça ses mains pour l'arrêter sur la caisse et balança sa tête en arrière. Son crâne heurta son menton. Il recula, cracha ce flot de sang qui lui avait inondé la bouche, dans un grondement sourd. Elle cognait beaucoup moins fort que lui, mais, à force d'atteindre les points vitaux, elle aurait raison de lui ; elle le tuait à petit feu.
Ils se surveillaient du coin de l'œil, tout en récupérant. Ils déployaient tous deux des efforts surhumains rien que pour se maintenir debout. Néanmoins, ils se remirent en position.
- T'es meilleure encore que je le pensais... Ok, bravo... Hoou-rah... ironisa-t-il ; Eve sentit bien que l'idée de mourir l'indifférait totalement, le laissait de marbre. Tu pourrais peut-être me buter...
- Jacob.
Elle le fixa d'un air si résolu, comme si elle avait tranché en son for intérieur et que rien ne la dissuaderait.
- Je vais partir. Je vais... me rendre jusqu'au sommet, libérer mes animaux et ensuite je vais rentrer chez moi. Et je vais te demander une seule chose avant de partir.
Il promena sur elle un regard à la fois féroce et tranquille. Joseph n'avait pas prévu ça. Il lui avait affirmé qu'elle les pousserait tous vers l'abîme, qu'elle détruirait tout ce qu'ils avaient construit, qu'elle incarnerait ce chaos qui renversait les empires un à un et précipitait tout dans le néant. Et elle avait bien commencé à remplir son rôle, en tuant Faith, en rasant son bunker. Elle avait réalisé exactement ce que Joseph avait anticipé.
Tout avait commencé à sortir des rails quand elle avait fui les Whitetails Mountains, au lieu d'aller se venger sur-le-champ de Jacob. Le train avait encore plus déraillé avec ce qui s'était passé entre John et elle. Et, maintenant, tout foutait le camp, partait dans tous les sens. Incertaine, elle leva un doigt, le replia, semblant subitement réaliser quelque chose.
- Non. En fait deux. Un, tu vas mettre un terme à cette guerre...
Il ne le ferait pas, mais, au moins, elle n'aurait rien à regretter.
- Deux... ne meurs pas. S'il te plaît.
Il n'avait pas vraiment... été d'accord avec le fait qu'elle dût rentrer. Avec le fait qu'elle parte en vie tout court. La femme qui grimpa dans la jeep, une bonne heure plus tard, sous une pluie battante... exactement comme la dernière fois... peinait à se mouvoir. Du sang frais coulait de ses blessures les plus récentes, les autres closes par du sang coagulé marron, voire noirâtre. Elle manqua de s'étaler dans la boue, mais le couguar qui s'apprêtait à sauter à bord vint immédiatement à ses côtés, lui offrant un appui. Pêpêche lui servit de béquille jusqu'à ce qu'elle soit installée derrière le volant, puis elle monta à l'arrière, rejoignant Boomer qui jappait joyeusement, heureux de quitter sa cage.
L'officier roula comme une folle, à travers la nuit noire, en dépit de l'obscurité, de l'averse terrible qui martelait le pare-brise. Ses doigts tremblaient. Une plaie, particulièrement large, en travers de sa cuisse, saignait si abondamment qu'elle ressentait comme de violentes pulsations qui semblaient secouer sa jambe tout entière. Elle s'émerveillait de pouvoir encore appuyer sur les pédales.
Elle emprunta des petites routes, pour éviter les barrages à la frontière, ne souhaitant pas être vue dans cet état pitoyable. Qui sait ? Peut-être auraient-ils prévenu John. Elle préférait être face à lui, à lui expliquer, à tenter de justifier l'injustifiable, plutôt qu'il n'apprenne en amont qu'elle se trimballait toute sanguinolente.
Elle se hâtait tant que sa voiture dérapa dans un virage. Elle partit en embardée, heureusement dans un champ sans arbres. Boomer se mit à aboyer d'inquiétude, sentant bien que quelque chose clochait. Elle s'évertua à le rassurer, tout en ramenant son véhicule sur la route. Elle tâchait de faire abstraction de sa tête qui lui tournait.
Enfin, elle parvint au ranch. Bien sûr, toutes les lumières étaient allumées dans la maison. Il dut voir les phares. Parce qu'avant même qu'elle soit descendue de la jeep, il avait surgi de la maison, dans une colère noire. Il lui jeta à la figure un des tests qu'elle était sensée utiliser ce soir-là, où elle aurait dû calmement attendre chez eux au lieu de fuguer comme une ado pour aller se battre dans les montagnes. Quand il constata combien elle était mal en point, son ire monta encore d'un cran ; quand il vit Pêpêche et Boomer, il crut devenir absolument fou. Il refusait d'y croire.
- John...
Il se passa la main sur le visage, réprouvant l'envie de juste l'égorger sur place. Il n'avait pas besoin qu'elle lui dise quoi que ce soit. Quand il avait vu ses deux bêtes, il avait compris.
- Ce ne sont que des animaux ! Putain Evie !
Elle eut le culot de lui tenir tête.
- Ce sont bien plus que des animaux pour moi !
- Plus importants que ta propre vie ? Que la vie de notre enfant ? Imagine que tu sois enceinte !
Il s'interrompit, hors d'haleine, la contemplant qui ne réagissait pas, ni positivement, ni négativement, restant juste neutre. Peut-être souffrait-elle juste trop, physiquement, dans l'immédiat. Ou peut-être se fermait-elle, parce qu'elle se sentait si atrocement mal à présent de lui avoir infligé ça. Il n'arrivait plus à prononcer un mot tant il était sidéré.
- Pourquoi t'as fait ça putain ? rugit-il après un moment de terrible silence.
Elle voulait répondre, expliquer, mais elle lutta un moment, s'obstinant à garder le silence, parce qu'elle sentait que, au moindre son passant ses lèvres, elle s'écroulerait devant lui. Et pas de douleur, pas de fatigue. Elle s'effondrerait émotionnellement. Mais cette tension qui régnait devint vite intenable.
- Parce que j'avais peur ! T'es content ? J'étais terrifiée ! S'exclama-t-elle, loin de se sentir libérée après cet aveu de faiblesse.
Sa plainte stridente trahissait tant de terreur et de détresse qu'il se retrouva pantois. Sa voix se déchirait.
- Si on a un bébé, qu'est-ce qu'il va lui arriver ? Hein, John ? Il ou elle va naître dans ce monde de merde ! Dans ce comté de merde ! Et on va lui dire quoi ? Maman est un monstre ! Papa torture des gens !
Son rythme cardiaque monta en flèche. Il fit un pas de côté, essayant de contenir cette violence qui menaçait de le submerger. Il ne riposta pas tout de suite ; il luttait pour taire ses paroles qui résonnaient dans sa tête, encore et encore, ses mots qui perçaient des murs qu'il avait mis du temps à ériger, pour se protéger de la vérité. De la vérité de ce qu'il était.
- Je ne... torture pas ces gens ! Je les libère !
Elle n'allait pas la fermer ; il le savait. Une fois qu'elle était lancée, il était quasiment impossible de l'arrêter.
- Si, tu les tortures ! Riposta-t-elle véhémentement, comme si elle concentrait le peu d'énergie lui restant dans ce cri furieux. Tu fais exactement ce que tu faisais à ces femmes ! Tu n'as pas changé du tout ! Tu te donnes juste bonne conscience ! Comme Joseph quand il parle d'une épreuve alors qu'il est juste un putain de connard qui a tué son propre enfant !
- Tais-toi !
En une seconde, il fut sur elle. Affaiblie comme elle l'était, elle n'eut pas le réflexe d'esquiver. De toute façon, si elle avait cessé de s'appuyer sur la voiture, elle serait sûrement tombée. Il la renversa violemment sur le capot de la voiture. Elle ne grimaça même pas, malgré la douleur formidable résultant du choc, s'ajoutant à celle qui l'affligeait déjà. Elle le fixait, les yeux grand ouverts, sans voix. Il comprima sa trachée. C'était devenu comme un rituel. Tout allait bien. Tant qu'il s'arrêtait à temps. Mais ça restait un jeu dangereux. Ils se battraient toujours, tant qu'ils vivraient, mais ils s'aimeraient aussi. A moins... qu'un petit ne vienne calmer leur furie.
- Evie... murmura-t-il tout bas, le souffle court, presque comme s'il la suppliait froidement. Tais-toi. Ou... je vais te faire... du mal. Je ne veux pas te faire du mal.
Elle mordit sa propre lèvre, qui tremblait. Même si ses mains étaient toujours sur son cou, elle leva les siennes pour toucher son visage. Il la laissa faire. Cette sensation étrange de la sentir vivre sous ses doigts, quand elle essaya de déglutir, de respirer, était juste fantastique.
- Je suis désolée.
Pour ce qu'elle avait fait. Il l'observa comme s'il essayait de déceler un indice, un éclat dans son regard, qui lui permettrait de savoir si elle mentait encore. Peu à peu, la pression de ses doigts décrut jusqu'à s'évanouir. Il traça le contour d'un bleu, puis d'une fente, d'une plaie fine, sur sa joue, sans un mot. Elle ne bougea pas pour autant. Ses mains glissèrent derrière sa tête, pour l'attirer contre sa poitrine. D'une manière très pure ce jour-là, comme pour le réconforter, pour le bercer.
- Pardon... Pardon...
Elle le répéta encore et encore, un long moment, tout bas, comme si elle chuchotait un mantra, et lui se détendit peu à peu, sous ses caresses. Un sourire âpre germa sur sa bouche.
- T'es vraiment... une belle connasse.
- Putain ! Fais chier ! Putain !
En slip, son débardeur bâillant, sa petite poitrine loin de la remplir, elle se replia sur la cuvette des toilettes, la gorge nouée, brûlante, comme ces lourdes larmes qui dévalaient ses joues. La tristesse ne succéda même pas à la colère. Tout lui tomba dessus en même temps tant elle était sous le choc.
Elle hoqueta tout bas, souffla un bon coup. Elle se lava le visage, surtout pour se rafraîchir les idées, l'eau froide lui mettant comme une grande claque. Elle s'y attendait à ce stade, malgré son déni furieux, mais elle avait gardé l'espoir, un espoir stupide, que ça n'arrivât pas. Là, à présent, c'était sûr, c'était pour de vrai, réel, beaucoup trop réel. Elle jeta de toutes ses forces le test contre le mur. Le quatrième qu'elle avait fait. La colère avait monté d'un cran à chaque nouveau résultat positif.
Elle avait à peine pris le temps de bander ses plaies, d'en suturer une ou deux ; il avait fallu qu'elle en ait enfin le cœur net. Qu'ils en aient le cœur net plutôt. Elle pouvait entendre les pas énervés de John qui arpentait le salon, en bas, dans l'attente du verdict. De temps en temps, le son s'estompait, cessait ; il s'asseyait sur le canapé, la tête dans les mains, le temps de se flageller mentalement et de la maudire aussi sûrement, avant de se relever et de recommencer à tourner comme un lion en cage.
En relevant les yeux, son regard embrassa son reflet. Un visage martyrisé, avec ce loup de taches de rousseur cernant deux grands yeux bleus qu'elle essuya encore. Elle demeura ainsi un certain temps, détestant cette femme face à elle, avant de reprendre pied et d'enfin se sentir prête à affronter John. Parce que c'était exactement ce qui se produirait ; elle en détenait la certitude absolue.
A la seconde où il perçut le grincement de la porte, il se tendit comme chien de chasse qui avait flairé sa proie. Tellement tendu comparé à d'habitude. Elle aussi. Elle descendit les marches en s'aidant de la rampe, évitant au maximum d'appuyer sur sa jambe la plus abîmée. Cette scène avait des furieux dérangeants accents de déjà-vu. Ils étaient de retour au ranch ; elle était blessée et... ils étaient en conflit. Mais c'était pire aujourd'hui, car l'objet de cette dispute était plus grave encore. Elle n'avait aucune idée de comment annoncer ce qu'il savait sûrement déjà. Son expression, bouleversée, toute retournée, ne laissait pas place au doute de toute manière. De but en blanc, elle déclara sur un ton sans équivoque :
- Je veux avorter.
C'était encore tôt. Quelques comprimés suffiraient sûrement. Lui n'avait pas remué un muscle, atterré, plus par son comportement que par la nouvelle, tandis qu'elle retournait déjà la cuisine, furetant dans tous les tiroirs.
- J'ai besoin... de... Tu as des médocs avec du misoprostol ici ? Genre... du Cytotec... des médocs anti-ulcéreux... De quoi provoquer une bonne grosse hémorragie.
Elle vomirait peut-être ; elle se tordrait par terre tant les contractions seraient violentes et tout se finirait possiblement en bain de sang, sur final d'hémorragie interne. Mais elle était prête à endurer tout ça. Lui la voyait déjà se vider du peu de sang qu'il devait lui rester sur le tapis du salon. Il n'avait pas besoin d'appeler Joseph pour savoir qu'un avortement constituait un horrible péché. Ils n'étaient même pas mariés, pour couronner le tout.
Il se dirigea vers elle, tellement occupée à fouiller frénétiquement partout, qu'elle ne réalisât qu'il se tenait dans son dos que lorsqu'il attrapa fermement sa main.
- Evie... Non...
Elle n'avait pas les moyens physiques de le rejeter, de se libérer, alors elle se contenta de darder son regard le plus noir sur lui.
- Je VEUX avorter, rétorqua-t-elle, en articulant très clairement. On peut pas avoir un bébé, John. Regarde-toi. Regarde-moi ! Regarde cette merde autour de nous !
Il eut ce sourire, pas équivoque du tout, peut-être même content, qui la réduisit au silence. Elle le considéra avec étonnement.
- Pourquoi tu vois tout ce qui arrive comme une catastrophe ?
Durant une seconde, elle brûla d'effacer ce sourire de sa face, de le secouer, de le cogner partout, juste pour qu'il réalise, pour qu'il voit ce qu'elle voyait. Au lieu de ça, elle se récria :
- C'est pas un cadeau de Dieu ou je ne sais quelle connerie, John ! C'est une emmerde de plus ! Voilà ce que c'est !
Il y avait une raison derrière ces mots si crus, si durs. Il ne réagit pas tout de suite, dans l'attente du moment où elle confesserait la vraie raison qui la poussait à se montrer si ignoble envers un bébé qui n'était après tout là que par sa faute. Elle serra les dents, son menton tremblant, pinçant les lèvres. Elle donna un petit coup dans son épaule, comme si elle voulait parler, mais que sa parole était bloquée. Il lui fallut plusieurs secondes. Il la sentait trembler. Ce fragile aspect d'elle, c'était quelque chose que si peu avaient pu contempler. Comme sa jambe fatiguait, toujours en lui faisant face, elle se hissa à la force de ses bras pour s'asseoir sur le comptoir de cuisine.
- Et si... on est comme eux ?
Elle déglutit, les mâchoires toujours contractées.
- Comme nos parents ? Ajouta-t-elle, son regard cillant sous la honte que cette simple éventualité suscitait.
Elle n'avait pas à préciser ; il avait immédiatement saisi. Elle était hantée par la peur de tourner comme eux. Dans un sens, elle était devenue bien pire, mais, quoi qu'elle eût subi, John aurait juré qu'elle n'aurait jamais blessé son enfant. Certes, il était partial ; il subsistait un doute en réalité, d'autant plus qu'il lui était impossible d'aborder le sujet de son passé.
Il avait essayé, à maintes reprises, de la pousser doucement à parler, mais elle se refermait comme une huître, voire se mettait en colère. Ça irritait John. Énormément. C'était comme un lambeau de peau refusant de s'arracher, un abcès refusant de crever. Tant que ça restait là, ça faisait mal. Horriblement mal. Et, plus il était témoin de sa souffrance, plus ça l'énervait aussi. Sans perdre son déstabilisant, presque réconfortant, sourire, il répondit avec cette étrange lueur dans le regard, trop confiante pour être lucide :
- ça n'arrivera pas.
Elle ferma les yeux, comme pour ne plus voir les siens. Elle sentit sa main glisser derrière sa tête, ses doigts s'enfoncer dans ses cheveux encore englués de sang, son front toucher le sien. Elle trembla violemment, parce que ce geste n'était pas anodin, teinté de la religion de ce fou de Joseph. Mais elle ne le combattit pas ce soir-là. John essayait seulement de la rassurer.
- Tout ira bien, Evie.
Un sourire, encore un peu faiblard, fendit les lèvres vermeilles de l'officier. Elle rouvrit les yeux, scrutant les siens. Et elle se surprit à rire, un brin moqueuse, mais le poids sur ses épaules s'allégeant.
- Tu n'en sais rien.
- Il suffit d'avoir... juste un tout petit peu foi, murmura-t-il.
Foi en eux-mêmes, à défaut d'en Dieu. Parce qu'elle n'allait pas du jour au lendemain se convertir. Tout à coup, rompant le silence qui s'était instauré, il la relança avec un petit sourire en coin :
- Evie, tu serais prête à mourir pour moi. Vrai ou faux ?
La question, si directe, l'alarma. Elle se recula vivement, le dévisagea, comme offusquée, puis elle réalisa qu'il ne s'agissait que d'une question rhétorique, qui se passait de réponse. Alors elle baissa la tête en ricanant. Elle ne lui retourna pas la question. A quoi bon quand, par ses actes, il le lui avait prouvé maintes fois.
- Je suis prête... à absolument tout.
Et tu sais ça. Y compris à cesser de lutter contre le culte, quand bien même sa haine à l'égard de Joseph était demeurée intacte, quand bien même elle ne plaçait pas une once de foi en Dieu.
- Pareil pour notre enfant, n'est-ce pas ?
Il la vit sourire, heureuse, comme si elle aussi apprivoisait peu à peu cette idée de tenir leur bébé dans ses bras. Lui n'était pas forcément prêt non plus, même s'il voulait croire qu'il l'était, mais il voulait qu'elle garde cet enfant, qu'ils l'élèvent. Il voulait le voir grandir, voulait éviter de répéter les erreurs que ses propres parents avaient commises, comme si ça lui permettrait de se racheter, de définitivement rectifier le tir, de rompre le cycle infernal.
Son sourire s'étira, se faisant presque innocent, enfantin, parce qu'il éprouvait un bonheur bête en se figurant déjà les premiers pas du bout de chou. Mais elle, brutalement, se fit maussade ; le semblant de joie qui avait éclairé son visage se mua en une froide, préoccupante, gravité.
- Je ne pense pas... que ça suffise, John.
Sa main osseuse glissa sur le comptoir, s'ouvrit pour attraper un paquet de cigarettes que John écarta derechef. C'était un malheureux réflexe, dès qu'elle était stressée ; il fallait qu'elle s'occupe les mains, l'esprit. Mais cette réaction instantanée de John démontrait bien à quel point il prenait sa grossesse au sérieux. Elle poussa un soupir apparemment désabusé, mais en réalité inquiet, parce qu'elle envisageait aussi à présent de garder le bébé.
- Tu le veux parce que tu ne veux pas violer je ne sais quelle stupide règle de votre culte à la con ou tu le veux parce que tu veux être père, parce que tu veux avoir un enfant avec moi ?
Son regard perçant lui intimait de bien réfléchir, avant de donner sa réponse, de ne surtout pas mentir. Il se détourna, l'espace d'un instant, sans pour autant rompre le contact visuel, avant de la regarder bien en face de nouveau. Il ne souriait plus ; il paraissait plutôt... résolu.
- Les deux.
Il désirait qu'ils gardent l'enfant, mais si, en plus, ça l'assurait de toujours se conformer aux règles, alors que demander de plus ? Il espérait obtenir une réponse, là, tout de suite, mais elle lui nia ce plaisir. Sa réponse lui arracha un nouveau lourd soupir. Elle attrapa sa main tatouée dans les siennes, la tritura avec tendresse, comme si elle la découvrait.
- Ce n'est que le début... On devrait s'accorder le temps d'y réfléchir. A froid, termina-t-elle avec un regard entendu.
Un retournement de situation que John vécut plutôt mal, qui fut rude à encaisser, mais il avait toujours été stupidement, naïvement, optimiste la concernant. Quand elle l'insultait, lui crachait toute sa rage au visage, il était resté persuadé qu'un jour, elle céderait, qu'elle lui dirait « Oui ». Certes, elle ne s'était toujours pas confessée, mais elle nuisait nettement moins au Projet, pas directement en tout cas, projetait possiblement de quitter la Résistance. Il y avait eu une nette amélioration. Pourquoi n'en irait-il pas de même aujourd'hui, pour le bébé ?
Gros gros chapitre donc XD
Ce qui va être amusant, c'est que je pense que la première partie du chapitre va engendrer des avis très différents sur Jacob, sur ce qui a pu arriver ou pas d'ailleurs entre lui et l'officier XD
Il y a un discret hommage à un film dans ce chapitre. Je pense qu'à la fin de la fic je posterai une petite note avec la liste des films auxquels j'ai fait des clins d'oeil ^^
Merci aux lecteurs,
Beast Out
Vendett : C'était effectivement pour alléger l'ambiance ce passage avec les autres résistants ! ^^ Ils ré-interviendront normalement.
Irina-759 : Génial si ça captive toujours ! parfois, avec les fics, c'est difficile de maintenir l'intérêt, donc tu me rassures ! ^^ (surtout qu'avec le schéma que j'ai en tête maintenant, depuis hier, ça risque d'être assez long XD) Ils sont pas arrivés au bout de leurs peines ! Je te le confirme XD
