Me revoilà ! J'espère que je ne vous ai pas trop fait attendre. Pour me faire pardonner, je peux déjà vous promettre que les prochains chapitres seront postés plus régulièrement. Merci à tous et bonne lecture!

...

William se baladait depuis déjà plusieurs heures dans les rues quasi-désertes du village voisin. Un gigot sous le bras et un sac de course dans l'autre main, il avançait serin entre de petites battisses placées de manière aléatoire le long d'un chemin boueux. Cela faisait maintenant quatre jours qu'ils avaient quitté la ville et pourtant, il n'arrivait toujours pas à s'habituer à leur nouveau style de vie. Les édifices majestueux habituellement côtoyés à Toronto, le bruit de la circulation... tout ça n'avaient aucuns lieux d'être dans ce cadre minimaliste. D'un côté, ça n'était pas plus mal. Pour la première fois depuis des mois, il pouvait marcher tranquillement sans craindre d'être reconnu. Mieux encore, il pouvait croiser le regard des passants sans redouter leurs moqueries.

Alors qu'il se dirigeait vers la place de l'église, il remarqua que le primeur lui faisait signe du trottoir d'en face.

- Hé là monsieur ! Hurla-il de sa boutique.

- Bonjour ?

- Vous êtes nouveau dans le coin, non ?

William sourit : « ça ce voit tant que ça ? »

- Ne le prenez pas mal, vous avez cette démarche. Le vieil homme lâcha un rire rauque lorsqu'il le vit froncer un sourcil. Oué, celle d'un gars d'la ville! Vos pieds, reprit-il en les pointant du doigt, vous ne les regardez pas. A croire que d'là où vous venez, vous n'avez pas peur de marcher dans d'la bouse, hein ?

William esquissa un sourire poli, pensant à tort qu'il mettrait un terme à leur échange.

- J'espère que vous vous plaisez chez nous. Vous allez rester longtemps dans le coin ?

- Votre village est tout à fait charmant. Pour ce qui est de la durée de mon séjour, cela dépendra …

L'homme prit soudain un air grave et lui fit signe d'approcher.

- Bon sang, chuchota-il à l'oreille, le regard tourné vers d'éventuels espions. Vous êtes le détective Murdoch, vrai ?

C'était incroyable ! Y avait-il vraiment nul part où il pouvait passer inaperçu ? Il n'eut pas le temps de réagir que le vieil homme le tirait déjà par le bras.

- Venez avec moi, dit-il en l'entraînant dans sa boutique.

Une fois arrivés derrière le comptoir, le marchand sortit de sa poche un trousseau de clé, et en lui faisant signe de se taire, ouvrit une porte dissimulée derrière plusieurs cageots de légumes. Elle cachait un escalier obscure et une désagréable odeur de moisissure leur monta au nez. Il s'y aventura le premier et c'est à contre cœur que William le suivit. Lorsqu'ils arrivèrent en bas, l'homme alluma une lampe à pétrole et lui présenta fièrement les lieux. William n'en revenait pas : C'était un bureau, aussi simple que cela. Un bureau enfoui à plusieurs mètres sous terre, caché sous une banale épicerie. Rien de ce qui le constituait ne sortait de l'ordinaire, à l'exception d'un réseaux impressionnant de fils électriques qui gisait au sol. " Pourquoi tous ces fils ? "Leur quantité était affolante au point d'en avoir mal au crâne.

- Hé bien, lâcha William émerveillé, bien qu'encore sur ses gardes.

- C'est le cas d'le dire, hein ?

L'homme s'assit avec nonchalance au secrétaire qui prenait à lui seul les trois quart de la pièce. D'un revers de main, le débarrassa d'une pile de papiers et y plaça avec soulagement ses talons.

- Asseyiez vous.

Murdoch s'exécuta tout en ayant conscience du ridicule de la situation.

- Nous nous sommes déjà croisés ?

- Pas que je sache. Bon sang mon vieux, mettez vous à l'aise ! Le reprit-il alors qu'il se tenait raide sur sa chaise.

- Monsieur je vous en prie, de quoi s'agit-il ?

- De vous.

- De moi ?

Il tourna sur lui même, attrapa un paquet posé sur l'étagère de derrière et le lâcha bruyamment sur son bureau.

- Voilà, ça c'est pour vous !

William regarda béa les cinq télégrammes qui constituaient le colis.

- Quelle... quelle est exactement la nature de votre métier ?

L'homme lui sourit :

- Je m'occupe du relais télégraphique de la vallée.

Ne fallait-il pas toute une cabine pour ça et du personnel ? Ça n'avait aucun sens, et pourtant, à aucun moment Murdoch ne remit en doute la parole du vieillard. Après tout, ne lui avait-il pas déjà fait confiance en descendant ici avec lui ?

- Et votre boutique, ce n'est qu'une couverture ?

- Oh non ! Ça monsieur, c'est mon gagne pain. Il fixa attentivement l'un de ses ongles jaunis et le porta à sa bouche. Y a pas mal de temps à tuer par ici, vous allez vite vous en rendre compte...

Le regard de William était maintenant attiré par la semelle crasseuse du marchand qui déviait dangereusement vers la pile de télégrammes. L'homme recracha un bout d'ongle, le mit dans la poche et se décida enfin à les lui remettre. Aussitôt en sa possession, William les fit aussitôt tourner sur eux même.

- Je ne comprends pas, le plus récent date d'il y a trois jours déjà.

- Vous n'êtes pas un homme facile à trouver.

- Comment m'avez vous trouvé en premier lieu ?

Le vieillard sortit une enveloppe d'un de ses tiroirs et la lui tendit. Il fut d'abord surpris de se retrouver nez à nez avec son propre portrait robot. Puis il reconnu sur la lettre qui l'accompagnait, le cachet du poste de police n°4 ainsi que l'écriture hésitante de l'un de ses agents.

- « Cher monsieur, nous avons le devoir de vous informer que le détective William Murdoch de la maréchaussée de Toronto, s'est récemment installé dans votre commune. Pour des raisons personnelles dont nous ne vous ferons pas part, il est capital que son identité ainsi que l'existence même de cet échange restent confidentiels. Vous trouverez ci-joint le télégramme qu'il faudra lui remettre en mains propres dans les plus brefs délais. Nous vous prions de rester à notre disposition dans le cas où une nouvelle communication avec lui s'imposera. »

- Fascinant tout c'qu'on peut faire aujourd'hui, hein ?

- Je vois...

William regarda attentivement les cinq télégrammes, puis sans prévenir, les rangea aussitôt dans sa sacoche.

- Oh, vous ne les ouvrez pas ici ?

- Est-ce que quelqu'un d'autre vous a questionné à mon sujet ?

- Non, monsieur.

- Vous a-t'-on dit où je séjournait ?

- Non plus.

- Vous a t'-on mentionné...

- Hé là ! S'emporta-il. Calmez vous mon vieux ! J'ignore pourquoi vous êtes là, et je vais pas tenter d'le savoir.

- Oui, bien sûr... excusez moi.

- Ça doit être une sacrée affaire votre histoire. Vous avez bien fait de venir chez nous, on a pas la langue aussi pendue que chez vous autres.

William le remercia d'une poignée de main, regarda une dernière fois le bureau du marchand un sourire en coin, puis remonta à la surface.

Lorsqu'il rentra au chalet, il trouva Julia endormie sur le sofa du salon. Elle n'avait pas bougé depuis son départ. Ses cheveux défaits tentaient toujours de rejoindre le sol et la fine couverture qui la recouvrait, présentait exactement les mêmes rides qu'il y a trois heures. Il s'assit à côté d'elle et la regarda dormir.

- William ? Murmura-t'-elle lorsque la main froide du détective lui effleura l'épaule.

- Oh, pardonne moi. Je ne voulais pas te réveiller.

Elle s'étira en grimaçant puis le regarda tendrement.

- Je commençais à ne plus supporter ton absence.

Il l'aida à se redresser et la serra contre lui. Son corps lui parut frêle comparé à la montagne de vêtement qui l'emmitouflait, et il crut l'espace d'un instant la priver d'oxygène.

- Quelle heure est-il ?

- 17 h.

- Vraiment ? Si j'avais su je n'aurais pas...

- Tu ne te serais pas autant reposée. Comment vas tu ?

- Mieux, dit-elle sans grande conviction. Elle esquissa un sourire forcé et d'une main timide, commença à déboutonner le manteau de William.

- L'hiver ici est insoutenable.

- C'est ce que je vois détective.

- C'est une bonne chose que tu n'aies pas à l'affronter.

Elle fronça les sourcils;

- Une bonne chose ?

- Hé bien...

Ses mains quittèrent les boutons de sa veste et revinrent se placer sous la couette.

- William, je passe littéralement mes journées à dormir.

- Pour le moment. Tu n'as aucunes idée du froid qu'il fait dehors.

- Justement, comment le pourrais-je ?

- Pour le moment... répéta-t'-il d'une voix calme. Je préfère te savoir ici, au chaud.

Elle leva les yeux au ciel et sourit malgré elle.

- Un jour ou l'autre, ton charme n'aura plus d'effet sur moi, tu en es conscient j'espère ?

Il sourit et chuchota à son oreille :

- J'en doute fort docteur.

Elle rit et l'attira vers elle pour l'embrasser. La fraîcheur de ses lèvres la fit frissonner, elle frotta avec vigueur le dos du détective pour le réchauffer.

- Repose toi, s'il te plaît, insista-t'-il en lui remontant la couverture jusqu'aux épaules.

Il se leva, s'arrangea pour qu'elle ne le vit pas dissimuler le paquet de télégrammes dans la commode de l'entrée, puis se dirigea vers la cuisine.

Julia soupira encore une fois et regarda la fine couverture qui la recouvrait.« Non, se dit-elle, je perds mon temps ». Aussitôt, elle la retira d'un geste sec et se leva vers l'une des fenêtres du salon. D'une main hésitante, elle retira doucement le rideau qui la coupait de l'extérieur. C'est en regardant avec envie la neige recouvrir de plusieurs centimètres les dalles de la terrasse, qu'elle se sentit faible. « Finalement, faible. » Ses jambes en manque d'exercices fléchirent et elle se cramponna à la poignée pour ne pas tomber. Cette neige oppressait tout ce qu'elle touchait, à quoi bon lutter, elle la détruirait elle aussi.

Elle enfila rapidement un peignoir et alla rejoindre William dans la cuisine.

- Alors détective...dit-elle en faisant glisser ses bras le long de son torse.

- Julia ? Je t'avais dit de rester couchée.

Elle resserra son étreinte et embrassa sa nuque.

- Qu'as-tu fais pendant que ta charmante malade perdait encore son temps à dormir ?

- Julia...

- Je suis sérieuse.

Il lâcha la vaisselle mousseuse qu'il nettoyait, se sécha rapidement les mains et s'empara des hanches de la jeune femme.

- Oh rien de bien excitant, je suis descendu au village.

- Et ?

- Les gens là bas sont charmants, ils te plairont à coup sûr.

- Dans ce cas, j'ai hâte de les rencontrer.

Elle lui caressa la joue, et alla s'asseoir sur le plan de travail.

- Tu veux que je te prépare un thé ?

- Si tu me promets qu'il ne me fera aucun mal...

Ils partagèrent un sourire complice et il se mit aussitôt à l'ouvrage. Elle faisait maintenant danser ses jambes dans le vide et le regardait faire avec tendresse. Quelque chose avait changé en elle depuis qu'ils vivaient ici. L'air montagnard peut-être, ou le fait de se savoir en sécurité ici ? Peu importait la raison. Le fait était qu'aujourd'hui, elle se sentait libre. Libre de ne plus s'en faire, d'être outrageusement naturelle avec l'homme qu'elle aimait, libre de vivre simplement.

- Qui y a t-il de s'y amusant Julia, demanda-t'-il lorsqu'il la vit sourire.

- Toi.

- Moi ?

Elle le regardait mettre tant bien que mal les feuilles de thé dans leur boule de métal.

- Je m'y prends si mal que ça, n'est-ce pas ?

Elle leva un sourcil « vraiment William ? ». Elle se mordit la lèvre et se pencha vers lui pour l'aider.

- Tu te débrouilles très bien... pour un débutant.

Il fit mine d'être vexé et sans prévenir, l'éclaboussa avec l'eau de la vaisselle.

- William !

Elle le regarda stupéfaite, puis toucha son visage mouillé.

- Oh Julia, bafouilla-t'-il en s'empressant de la sécher, je ne sais pas ce qui m'a pris.

- Pas avec un torchon !

Décidément, il ne savait plus où se mettre. Il alla rapidement chercher un mouchoir et l'essuya sans dire un mot. Au moment où il s'y attendait le moins, le corps de la jeune femme se mit à trembler, se convulsionna puis éclata violemment de rire. Elle se courba en deux et dût se retenir à son bras pour ne pas glisser.

- Julia ? Demanda-t'-il timidement. Avait-il le droit d'en rire avec elle ?

Sans réfléchir, elle prit l'éponge posée sur le rebord de levier et l'aspergea à son tour avec toute la mousse qu'elle contenait.

- Hé ?!

En quelques secondes, la cuisine se transforma en pataugeoire. Le jeune couple se livra une bataille féroce sans règles ni pitié.

- Je suis malade William ! Cria-t'-elle entre deux éclats de rire, alors qu'elle perdait l'avantage.

- Oui, tu l'es, lança-t'-il à bout de souffle.

Ils rirent encore de bonnes minutes puis se regardèrent trempés de la tête au pied.

- Ne bouge pas, je vais te chercher une serviette.

Elle le retint par le bras:

- Non, reste avec moi.

- Julia, tu trembles...

- Serre moi contre toi.

Il le fit aussitôt. L'étreinte s'était d'abord montrée désagréable mais leur grimace disparut vite lorsqu'ils sentirent avec délice, chaque détails de leur corps maintenant moulé par leurs vêtements.

- Merci William.

- Merci ?

- C'est exactement ce dont j'avais besoin.

Elle débarrassa ses yeux d'une mèche de cheveux et ils se fixèrent à nouveau, cette fois-ci calmement. Comme si elle avait lu dans ses pensées, ses mains quittèrent la chevelure du détective et glissèrent le long de sa joue. Il ferma les yeux quand ses doigts s'attardèrent sur le contour de ses lèvres. Il lui prit la main et embrassa avec délicatesse chaque phalange. Lorsque le souffle de la jeune femme devint de plus en plus saccadé, il la saisit par les hanches, la souleva du sol et la fit de nouveau asseoir sur le plan de travail. Agréablement surprise, elle l'encercla avec ses cuisses.

- William... murmura-t'-elle tant qu'elle pouvait encore parler.

Leurs lèvres se trouvèrent, se mêlèrent et plus tardivement leur langue. C'est ainsi qu'ils expérimentèrent pour la première fois, toutes les possibilités acrobatiques que pouvait offrir leur bouche.

Goerge observait d'un œil méfiant la scène qui se déroulait déjà depuis plusieurs minutes dans le bureau du détective.

- Laissez tombez Crabtree, lança Brakernreid de son fauteuil.

- Mais monsieur, vous ne trouvez pas cela un peu... déplacé ?

- Ce n'est que temporaire, remettez vous au travail.

Il jeta un dernier regard à Cleton qui installait ses affaires dans le bureau de William, puis alla rejoindre l'inspecteur.

- Monsieur, je peux vous parler ?

Brakenreid soupira puis acquiesça, sachant pertinemment qu'il allait le regretter.

- Fermez la porte, ordonna-t'-il, les murs ont des oreilles de nos jours.

Le jeune agent s'exécuta puis se positionna timidement devant son supérieur.

- Monsieur, j'ai bien peur que ça ne fasse qu'empirer les choses.

- Quoi donc ?

- L'inspecteur Cleton, ici.

- Bon sang ! Vous n'allez pas lâcher l'affaire.

- Je ne vois pas comment je pourrais enquêter librement, s'il se trouve à quelques mètres de moi ?

- Vous ferez attention.

- Mais imaginez, devoir sans arrêt être sur ses gardes...

- Écoutez Crabtree, je ne suis pas plus enchanté que vous par la présence de ce type ici. Seulement Murdoch est absent, Cleton a son enquête à mener et Giles tire les ficelles ; C'est comme ça, ça ne dépend pas de moi, et ça ne dépend certainement pas de vous.

- Oui, mais si par mégarde je venais à mentionner le détective, ou le docteur...

- Il n'y a pas intérêt à ce que ça arrive Crabtree ! Il regarda d'un œil réprobateur l'inspecteur Cleton prendre ses aises et soupira. Je veux qu'il continue de croire dur comme fer à son enlèvement, on est bien clair ?

- Et s'il me demande de...

- Bon sang Crabtree ! Faites absolument tout ce qu'il vous demande.

- Bien monsieur.

Il prit soudain un air concerné et lui demanda d'approcher.

- Des nouvelles de Murdoch ?

- Non monsieur, doit-on s'en inquiéter ?

- Ça fait combien de temps maintenant ?

- Trois jours déjà...

- Alors laissez tomber, il a certainement mieux à faire.

- Vous ne croyez pas qu'il...

Ils furent interrompus par deux coups portés à la porte. Un agent de police souleva une enveloppe à travers la vitre et l'inspecteur lui fit signe d'entrer.

- C'est arriver à l'instant, dit-il en la lui tendant.

- Monsieur, c'est peut-être lui !

- Bon sang Crabtree! Tenez votre langue.

Il attendit que l'agent ressorte et ouvrit la lettre.

- Alors ? Demanda Gorge, débordant d'impatience.

Brakenreid la parcourut brièvement des yeux, puis secoua la tête négativement.

- Oh... Que faisons nous dans ce cas ?

- Ce n'est pas parce-que Murdoch n'est pas là qu'on ne peut pas résoudre nous même cette affaire.

- Bien sûr, mais s'il lui était arrivé quelque chose...

Il refusait d'y croire, du moins essayait-il de s'en convaincre.

- Il ne lui est rien arrivé, grogna-t'-il. C'est ce maudit temps ! De sa chaise, il se retourna vers la fenêtre et écarta l'un des stores en frissonnant. Comment voulez vous transmettre quoique ce soit par cette neige ?

- J'ai interrogé la compagnie de transport routier ce matin, annonça le jeune agent, anticipant la prochaine question de l'inspecteur. Ils se souviennent du cocher qui est allé chercher le Dr Ogden.

- Et ?

- Ça ne faisait qu'une semaine qu'il travaillait pour eux. Depuis, ils ne l'ont plus revu.

- Vous avez son nom ?

- Oui, mais c'est un faux. J'ai vérifié.

- Alors pourquoi souriez-vous bêtement ?

George sortit fièrement de sa poche le portrait robot du suspect.

- Excellent, Crabtree, excellent! Allez vite m'accrocher ça dehors.

William regardait distraitement le plafond de leur chambre. Il n'avait pas changé de position, ni prononcé un seul mot depuis que Julia l'avait rejoint dans leur lit voilà maintenant dix minutes.

- Qui a t'-il William ? Finit-elle par lui demander.

Il se frotta rapidement les paupières puis se retourna vers elle en souriant.

- Oh rien d'important.

- C'est encore cette affaire qui te préoccupes ?

Il la prit dans ses bras et la serra contre lui. Elle venait tout juste de prendre son bain et il ne put s'empêcher de respirer sa peau qui sentait encore le savon.

- Nous avons promis de ne pas en parler.

- Oui, mais si ça peut te faire du bien...

Bien qu'elle le suppliait d'en parler, il savait pertinemment qu'elle ne supporterait pas d'avoir cette conversation. Pour son bien à elle, et surtout pour ne pas gâcher leur moment d'intimité, il secoua la tête puis l'embrassa sur le front.

- Ce n'est rien.

- Comme tu veux, murmura-t'-elle. Mais s'il était arrivé quelque chose... tu m'en parlerais n'est-ce pas ?

Il la regarda confus, puis acquiesça. Elle se blottit alors contre lui et ferma les yeux sur sa poitrine.

- Oh je ne t'ai pas dit, dit-t'-elle innocemment, nous avons reçu de la visite tout à l'heure.

De la visite ? Il se redressa aussitôt.

- Julia, tu aurais dû m'en parler immédiatement !

- Je ne pensais pas que...

- Qui était-ce ?

- William...

- As tu eu l'impression qu'il te cachait quelque chose ? Non, s'est-il montré trop confiant ?

Elle posa sa main sur l'une de ses joues, elle était brûlante.

- C'était une femme, chuchota-t'-elle en le caressant. Une femme de la paroisse, tout simplement.

- Oh...

Son état la perturbait. D'abord son esprit ailleurs et maintenant cette crise d'angoisse ? Elle lui sourit et d'un geste délicat, s'empara avec douceur de sa bouche. Décidément, elle sentait jusqu'à dans ses lèvres les battements affolants de son cœur.

- Elle pensait que la villa était inhabitée jusqu'à ce qu'elle te voit en sortir ce matin.

- Que... que voulait-elle ?

- Nous souhaiter la bienvenue. Elle nous invite également à la fête annuelle du village, après demain.

- Une fête ?

- Une cérémonie plutôt. C'est une tradition chez eux d'honorer la mort du premier fondateur du village, Arthur Milet. Elle lui tendit le tracte apporté par leur visiteuse. Il aurait gravit trois kilomètres de dénivelé en plein de mois de décembre pour poser la première pierre de ce village.

- Leur héros local ?

- C'est à peu près ça. Enfin, toute une soirée est organisée en l'honneur de cet homme et ...

- Tu voudrais y assister ?

Elle soupira et le fixa droit dans les yeux.

- Je sais que c'est peut-être encore trop tôt pour moi, je l'ai bien compris mais... c'est idiot, je sens que j'en ai besoin.

Il réfléchit quelques secondes. En deux jours, elle aurait largement le temps de se reposer et objectivement, ils n'avaient rien à craindre des villageois.

- C'est entendu Julia.

- Écoute William, je sais que tu ne veux que mon bien, mais il y a un moment où il faut lâcher prise ! Tu dois me laisser prendre mes propres décisions. J'ai besoin de voir du monde, de sentir à nouveau la chaleur humaine. Ce n'est pas en restant enfermé ici que... pourquoi souris-tu ?

-C'est entendu, répéta-t'-il.

- Vraiment ?

Elle rougit, surprise voir presque déçue qu'il ait cédé aussi facilement.

- Je préférerais que tu restes encore allongée quelques jours, mais...je veux aussi te savoir heureuse. Fais ce qui te semble juste, je te suivrai dans tous les cas.

Ils se sourirent et Julia l'embrassa à nouveau. Quand leurs lèvres se séparèrent, il la regarda confus.

- Excuse moi pour tout à l'heure... je ne sais pas ce qu'il m'a pris.

- Oui, à propos William. Je pense qu'il est grand temps que l'on parle toi et moi.