Chapitre 09.

Meg Smith.

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- Une chambre simple s'il-vous-plaît.

Le réceptionniste regarda sa cliente du coin de l'oeil. Remarquant qu'elle ne ressemblait pas à ses clients habituels, c'est-à-dire des prostituées, des jeunes adolescents en fugue ou des couples en adultère, il s'accorda un examen plus poussé de la jeune fille.

C'était une belle demoiselle, au visage doux, parsemé de quelques tâches de rousseur, encadré d'une longue chevelure rousse qui lui tombaient dans le milieu du dos. Elle avait des yeux bleus, empreints de quelques sentiments désagréables, mais qui dégageait une confiance en soi palpable. Elle abordait un ton adulte, malgré son air enfantin, chargée un lourd sac, qu'elle posa au sol, se balançant d'un pied sur l'autre. Aussi, elle était trempée, et le réceptionniste eut une certaine pitié pour son état.

- Y'a pas de chambres simples ma 'tite dame.

- Donnez moi une autre chambre alors, répondit-elle derechef.

Le réceptionniste esquissa un sourire. Elle était sûre d'elle, et confiante en cet endroit. En fait, elle ne voulait pas aller autre part, pour une raison qui lui était inconnue. Il fouilla dans un des tiroirs à portée de sa main, et en sortit un carnet et une clé.

- J'vous donne une chambre à lit double. Écrivez vot' nom ici, et signez.

La rousse attrapa le stylo que l'homme lui tendait, et écrivit son nom à l'endroit qu'il avait indiqué sur le carnet. Elle improvisa une signature, et reposa le stylo.

- Vous partez à quelle heure demain?

- Je resterais plusieurs jours ici.

L'homme la regarda perplexe. Personne ne restait plusieurs jours dans cet hôtel miteux. Évidemment, les habitués des tromperies et des courbettes revenaient, mais à quelques jours d'intervalle. Jamais plusieurs nuits de suite. Il soupira, repris le carnet, et lui tendit la clé.

- Deuxième étage au fond du couloir. Passez une bonne nuit Meg.

Sur ces mots, la rousse pris les clés et s'engouffra dans les escaliers.

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Ginny posa son lourd sac sur le lit. Elle avait marché longtemps dans les sombres ruelles de Londres avant de trouver ce petit hôtel. C'était parfait. Loin de square Grimmault. Loin de l'hôpital. Loin de Harry. Elle avait pris un autre nom (et elle devait s'en souvenir) afin que personne ne puisse la , ce type d'hôtels pour prostituées et adultères ne demandaient pas de vérification d'identité. Aussi, elle n'avait pas d'identité moldue, alors peu importe quel nom elle aurait donné, il ne serait pas dans les papiers officiels. De toute évidence, d'ici une semaine tout au plus, elle allait déménager, et se trouver un autre hôtel.

Elle regarda autour d'elle. La chambre était d'une propreté raisonnable, d'armoire, en revanche, était bien trop poussiéreuse. La salle de bain ne comportait qu'une douche, un lavabo et des toilettes, mais c'était amplement suffisant. Elle se planta devant le miroir, et se dévisagea...

Elle couru jusqu'aux toilettes pour rendre le peu qu'elle avait dans l'estomac.

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Tous ses sentiments affluaient d'un seul coup dans son esprit.

Tout ce qu'elle avait fait.
Tout ce qu'elle n'aurait pas dû faire.

Elle n'aurait pas dû...
Elle n'aurait pas dû l'abandonner.
Et pourtant, elle l'a fait.

Comment allait-il s'en sortir maintenant?
Comment allaient-ils s'en sortir?
Comment allait-elle s'en sortir?
Comment cela pourrait-il s'arranger?
Comment redevenir heureux?
Tous?

Elle pleura toutes les larmes de son corps. Et même lorsque ses yeux furent secs, des spasmes la secouaient. Elle s'endormit ainsi chagrinée, après s'être traînée jusqu'au lit.

- Réveilles-toi.

Ginny souleva les paupières. Elle était toujours dans la chambre, qu'elle avait fermé à clé. Mais qui avait donc pu entrer? Elle leva la tête, et fut surprise en remarquant la présence de Rose. Elle était vêtue d'une robe sombre, et ses longs cheveux blancs tombaient comme un rideau de neige sur ses épaules.

- Tu as enfin répondu à ma question, dit l'enfant.

Et là, ce fut le déclic.

C'était donc ça! Pour répondre à sa question, il fallait le faire?! «Engueuler » Harry. Une nouvelle vague de tristesse et culpabilité l'envahit. Mais elle se maîtrisa. Pas pendant bien longtemps cependant, elle se détourna de l'enfant et fondit en sanglots.

- Ne pleures pas. Ne pas pleurer. Les larmes ne servent à rien. Ce qui est fait, est fait. Tu ne peux pas revenir en arrière. Juste avancer et suivre ton chemin.

Les paroles qu'avaient proféré Rose étaient si intelligentes, adultes. Ginny n'y croyait pas, elle se faisait consoler par une personne qui avait la moitié de son âge.
Et puis « Suivre son chemin »...

- Mon chemin est lié à celui de Harry, ricana-t-elle.

- Et alors? Tu as toujours été amoureuse de lui, et tu es pourtant sortie avec d'autres garçons.

Ce n'était pas faux. Mais d'où diable Rose sortait-elle toutes ces informations.

- Comment tu sais ça?

- Tu as toujours été souriante, répondit la jeune fille sans prendre en compte la question, même lorsque Harry était malheureux. Alors pourquoi ne pas continuer. Tu as pris la bonne décision. Tu es partie. Être auprès de lui te faisait souffrir car tu voyais sa souffrance. Dorénavant, tu n'es plus auprès de lui, tu ne verra pas ses larmes. Tu pourra t'accorder un vrai sourire.

D'où sortait-elle donc de telles idioties. Son bonheur était avec Harry. Son bonheur est Harry.

Elle décida de se retourner enfin afin de la regarder dans les yeux.

Trop tard.

Elle avait disparu.