− Le ministère de la Magie vous souhaite une agréable journée.
C'est ça, ouais, grommela intérieurement Harry en ouvrant la porte de la cabane téléphonique qui faisait office d'entrée des visiteurs. Un badge carré et argenté étincelant à sa robe de sorcier commandée par Brighton et reçue juste après son départ pour Poudlard, Harry s'avança dans le gigantesque atrium du ministère. Apparemment, les ministres de la Magie ne cherchaient pas à retoucher à la décoration : comme lors du mandat de Cornelius Fudge – ou plutôt, peut-être futur mandat –, les murs étaient lambrissés et aménagés de cheminées aux manteaux dorés d'où jaillissaient des sorciers et des sorcières revenant du déjeuner ou d'une quelconque mission, le plafond était aussi bleu que dans les souvenirs de Harry, ses petits symboles d'or et mobiles s'animant en tous sens – ce qui ne l'étonna pas, en revanche, ce fut de constater que la Fontaine de la Fraternité était toujours là, ses grandes statues dorées éjectant des jets d'eau qui retombaient dans le bassin circulaire, le gobelin, le centaure et l'elfe de maison affichant toujours des expressions admiratives en contemplant le sorcier et la sorcière.
Ignorant les regards curieux que les quelques employés lui adressaient tandis qu'ils se dirigeaient vers le grand portail d'or ouvrant sur le hall des ascenseurs, Harry passa à côté de la fontaine sans y jeter un d'œil puis s'arrêta devant le poste de sécurité, où un sorcier à l'air morose bloquait apparemment sur ses mots croisés :
− Branche de feu éternel, marmonnait-il, si concentré qu'il ne remarqua pas la présence de Harry. Une branche de feu éternel…
− Feu de Sempremais ? suggéra Harry avec une pensée pour Hermione.
Le sorcier haussa les sourcils sans quitter sa grille des yeux, puis sembla considérer que la réponse entrait dans la rangée divisée par trois cases noires. Inscrivant la réponse, il repoussa momentanément l'édition du jour de La Gazette du sorcier et se redressa enfin. Il rapprocha alors une balance à un seul plateau qu'il avait laissée dans un coin de son bureau et plongea la main sous le comptoir pour y récupérer une longue tige d'or, fine et souple.
− Votre baguette magique, s'il vous plaît, demanda-t-il.
Harry la lui tendit et regarda le sorcier-vigile la poser sur la balance, qui se mit aussitôt à vibrer. L'homme vint alors se planter devant lui et passa la tige dorée autour de Harry, des pieds à la tête, tandis qu'une fente recrachait une bande de parchemin, à la base de la balance qui redevint silencieuse.
Le Capteur de Dissimulation ne donnant rien, le sorcier-vigile retourna derrière son comptoir et planta la petite bande de parchemin avec une pointe de cuivre :
− 26, 8 centimètres, bois de charme, avec un crin de licorne mâle, en usage depuis quarante-deux ans ?
− C'est ça, prétendit Harry avec calme.
Naturellement, il s'était inquiété d'avoir à présenter sa véritable baguette magique au ministère, car celle-ci se trouvait aussi dans la boutique d'Ollivander en ce moment même. Mais Brighton avait anticipé la chose, car rien ne lui avait garanti que le voyageur temporel aurait conservé sa baguette en atterrissant à cette époque. Quand un de ses élèves avait tragiquement péri lors d'une expérience extrascolaire, les parents du jeune homme lui avaient offert la baguette de leur défunt fils pour que ses camarades n'oublient jamais que la magie pouvait être mortelle, si elle était utilisée n'importe comment.
Il l'avait donc confiée à Harry pour passer le contrôle du ministère.
− Votre baguette, dit le sorcier-vigile en la lui tendant. Vous devez monter jusqu'au niveau deux, il y aura très probablement quelqu'un pour vous accueillir.
Harry en doutait sérieusement étant donné qu'il avait deux heures d'avance, mais il n'en dit rien. S'éloignant à destination des immenses portes d'or par lesquelles avaient disparu les employés du ministère, il rejoignit le hall des ascenseurs, beaucoup plus petit que l'atrium, une vingtaine de grilles dorées s'alignaient dans le mur. Il avait beau avoir conscience être seul et en pleine journée, le silence qui régnait à présent n'était pas sans lui rappeler la nuit où Ron, Hermione, Neville, Ginny Luna et lui s'étaient aventurés jusqu'au Département des mystères pour y « sauver » Sirius.
A peine eut-il appuyé sur un bouton d'appel qu'une grille, sur sa gauche, coulissa dans un bruit métallique. Un homme de petite taille en sortit, étrangement incolore, comme s'il avait perdu une bonne partie de sa consistance en vieillissant. Harry le reconnut instantanément : c'était le moniteur du ministère de la Magie qui avait proposé des cours de transplanage au mois de janvier. Derrière Tycross, une poignée d'adolescents de dix-sept et dix-huit ans jaillirent à leur tour de la cabine. Il reconnut la jeune femme qui accompagnait Winters, le matin même. Une fille aux cheveux blonds coupés au carré, le nez en pointe et les yeux bruns, amorça un geste pour le saluer, mais réalisant qu'il n'était pas James, elle le fixa d'un air proprement stupéfait. D'autres parurent tout aussi incrédules qu'elle, mais Tycross ne leur laissa pas le temps de fixer Harry plus longtemps, les entraînant vers l'atrium alors que Harry s'engouffrait dans l'ascenseur.
Même sans être célèbre, on murmurait sur son passage, soupira-t-il en écrasant le bouton d'ascension. Et si les adolescents passant leur permis de transplanage n'étaient pas discrets quand ils chuchotaient, Harry était sûr que ce serait pire une fois à Poudlard. En admettant que la Brigade magique le libère à la fin de l'entretien, pensa-t-il.
L'ascenseur ne s'arrêta pas à tous les étages. Apparemment, sauf indication contraire, les employés restaient à leurs places, sans vadrouiller de service en service ou de niveau en niveau. Harry n'en fut pas mécontent : moins il croisait d'employés, moins il risquait de tomber sur un Guetteur.
− Niveau deux, annonça la voix féminine et distante qui lui avait souhaité bonne journée au nom du ministère, à son arrivée. Département de la Justice magique, Service des usages abusifs de la magie, Quartier général des Aurors, Services administratifs du Magenmagot.
Les portes de l'ascenseur s'ouvrirent sur un couloir au sol constellé de fientes plus ou moins séchées, et Harry se souvint qu'avant les petites notes de service en forme d'avion, les différents services communiquaient via des hiboux et des chouettes. Essayant de ne pas trop écraser de fèces fraîches pour ne pas glisser, il suivit à peu près le même chemin que celui emprunté lors de l'été précédant sa cinquième année, estimant qu'il aurait bien plus de chances de trouver la Brigade magique s'il allait à la rencontre des employés plutôt qu'en les attendant près des ascenseurs.
Tournant donc à gauche, il remarqua que les fenêtres enchantées étaient déjà installées, s'alignant à intervalles réguliers, séparées les unes des autres par des portes identiques puis il bifurqua une nouvelle fois et aperçut une sorcière corpulente, les sourcils froncés, qui parcourait d'un air désapprobateur un parchemin.
− Excusez-moi, dit-il.
La femme lui lança un bref coup d'œil et reprit sa lecture.
− Que puis-je pour vous ? demanda-t-elle d'une voix distraite.
− Je cherche la brigade magique, répondit Harry.
La sorcière reporta son regard aigu sur lui, tout à coup un peu plus intéressée, et jeta un œil à son badge.
− Vous n'êtes pas étranger, remarqua-t-elle en fronçant à nouveau les sourcils.
− Je suis pourtant nouveau dans le pays, dit Harry.
− Quel est votre nom ?
− Potter.
La sorcière plongea une main dans la poche de sa robe et en sortit un calepin qu'elle feuilleta rapidement.
− Vous aviez dit venir vers seize heures, lut-elle.
− Mon rendez-vous a été décalé.
− Très bien, très bien, dit la sorcière en rangeant son calepin. Suivez-moi, dans ce cas.
Et elle l'entraîna dans le couloir de droite, à l'opposé du Quartier général des Aurors, lisant son parchemin tout en marmonnant des choses incompréhensibles. Harry lança un regard en biais au parchemin : CIRCULAIRE N°9 A L'EGARD DES MASSALIENS.
− Grotesque, maugréa la sorcière.
− Le ministère redoute une invasion massalienne ? demanda Harry.
− Je me posais justement la question, avoua la sorcière sans s'offusquer que Harry ait lu le titre. Complètement absurde ! On se demande ce que Burrow a dans le crâne, des fois…
Elle parlait plus à elle-même qu'à Harry, mais si concentrée fut-elle sur sa lecture, elle s'arrêta bientôt devant une porte et, toujours sans lever les yeux de son parchemin, dit à l'attention de Harry :
− Entrez ici, Mr Potter, et installez-vous. Je vais chercher les personnes qui vont vous auditionner.
Harry poussa la porte et entra dans une petite pièce qui, au premier abord, devait servir de salle de réunion. Un grand tableau noir était fixé au mur du fond, faisant face à des tables disposées en U s'il était peu probable qu'il y ait quelqu'un pour utiliser le tableau pendant l'audition de Harry, il semblait qu'il ferait quand même face à ses interrogateurs, car une chaise était encadrée par les deux ailes de tables. Les contournant, Harry alla s'asseoir sur la chaise qui lui était visiblement destinée et sortit de son sac à dos, le testament de Grinval.
Brighton avait estimé qu'il était préférable qu'il le remette en mains propres au brigadier qui l'interrogerait. En l'absence de Harry, il s'intéresserait quant à lui au diadème que le jeune homme avait ramené de Poudlard, aussi impatient que Harry lui-même de découvrir pourquoi la couronne avait attiré l'attention de l'œil d'Astaroth.
La porte s'ouvrit quelques minutes plus tard sur trois personnes. Harry reconnut aussitôt la sorcière massive, la mâchoire forte et les cheveux bruns coupés au carré – c'était Amelia Bones, « sauvagement » assassinée pendant l'été ayant précédé sa sixième année. Elle ne portait pas encore son monocle, remarqua-t-il. Derrière elle, un très grand sorcier (qui dut se baisser pour pouvoir franchir la porte) au front large, le crâne chauve et le nez busqué et un autre homme, les épaules larges, sa barbe noire se parsemant de fils gris.
− Bonjour, Mr Potter, dit Amelia Bones en s'installant.
− Bonjour, répondit Harry.
− Voici Gaël O'connor, de la brigade magique, reprit-elle en désignant le très grand sorcier, et Albert Clocker, du service de la Justice magique internationale. Je suis Amelia Bones, je représente les Services administratifs du Magenmagot.
D'un même mouvement, ils ouvrirent les pochettes qu'ils tenaient sous le bras à leur entrée.
− Je vous en prie, Gaël, dit Amelia Bones.
− Vous êtes anglais, Potter ? interrogea aussitôt O'connor.
− De naissance, mais j'ai grandi à l'étranger, prétendit Harry.
− Nous n'avons pourtant aucune trace de vous, intervint Amelia Bones. Où êtes-vous né ?
− A Godric's Hollow.
Amelia Bones haussa légèrement les sourcils en inscrivant la réponse sur le premier parchemin contenu par les pochettes. O'connor et Clocker, eux, avaient pris la liberté de se munir de plumes ensorcelées pour s'épargner un effort manuel.
− Où avez-vous grandi, exactement ? reprit O'connor.
− Un peu partout, mentit Harry, très calme. J'ai été promené à travers toute l'Europe.
− Par vos parents ?
− Mon tuteur.
− Comment s'appelle-t-il ? demanda Amelia Bones.
− Vassili Rodtchenko.
Brighton lui avait suggéré ce nom, mais il n'était pas entré dans les détails.
− De quelle nationalité est-il ? lança Clocker.
− Ukrainienne, indiqua Harry.
− Depuis combien de temps est-il votre tuteur ?
− Depuis presque seize ans.
− Et quel âge avez-vous ? demanda O'connor.
− Dix-sept ans depuis le 31 juillet.
− Vos parents sont morts quand vous aviez un an ? De quoi ?
− Assassinés.
− Pour quelles raisons ?
− Je n'ai jamais su.
− Vous n'avez pas posé la question à Rodtchenko ? s'étonna légèrement Clocker.
− Il l'ignorait lui-même, affirma Harry. Il les a juste trouvés morts, les a enterrés puis m'a pris avec lui.
Clocker fronça les sourcils.
− Comme ça ? Il vous a recensé, au moins ?
− Je ne lui ai jamais posé la question…
− Et où pouvons-nous trouver ce Rodtchenko ? interrogea O'connor.
− Au cimetière de Stara Bouda.
Harry espérait que les questions sur Rodtchenko allaient s'interrompre rapidement, car Brighton n'avait pas eu la bonté de lui offrir toutes les informations qu'il possédait sur cet homme.
− Quand est-il mort ?
− Le mois dernier.
− De quoi ?
− Maladie.
C'était fini, Harry avait épuisé tous les renseignements qu'il pourrait donner au sujet de Rodtchenko, mais à sa grande réjouissance, Albert Clocker parut considérer qu'il avait assez d'informations pour mener une enquête via son propre service.
− Quand êtes-vous arrivé en Grande-Bretagne ? reprit Amelia Bones.
− Le 31 juillet.
− Par Portoloin ? Transplanage ? Balai ? interrogea O'connor.
− Transplanage.
− Vous saviez donc transplaner avant votre majorité, remarqua Amelia Bones.
− Vassili m'a donné des cours au mois de mai, improvisa Harry sans se laisser surprendre.
− Mais vous n'avez pas le permis, j'imagine, dit O'connor.
− Non, reconnut Harry.
Quelle était la sanction pour un transplanage sans permis ? se demanda-t-il subitement. Même Brighton n'avait pas songé à ce détail, mais Amelia Bones poursuivit comme si de rien n'était :
− Connaissez-vous les prénoms de vos parents ?
− Non, admit Harry. Vassili a juste trouvé une enveloppe adressée à « Mr et Mrs Potter » en fouillant les corps pour essayer de les identifier.
Amelia Bones eut un nouveau mouvement de sourcils, comprenant que l'enquête sur l'ascendance de Harry ne serait pas des plus simples.
− Où avez-vous appris la magie ? lança O'connor.
− Avec Vassili, mentit Harry. Il m'a donné la vieille baguette d'un de ses amis quand j'ai eu onze ans, puis il a essayé de préparer un programme scolaire.
− Il n'y a pas de ministère de la Magie sur le continent européen, ou quoi ? marmonna O'connor en hochant la tête, l'air désabusé.
− Mr O'connor n'a pas tort, dit Clocker en observant Harry d'un air perplexe. Comment le ministère ukrainien de la Magie a-t-il pu tolérer une telle situation ?
− Aucune idée, assura Harry. Peut-être que Vassili avait une autorisation pour être mon tuteur et mon prof.
− Vous avez l'intention de vous inscrire à Poudlard, Mr Potter ? demanda Amelia Bones.
− J'ai envoyé une demande d'inscription ce midi, avoua Harry.
− Où avez-vous passé ces six derniers jours, au fait ? reprit O'connor.
− J'ai vagabondé à gauche et à droite, prétendit Harry.
− Pourquoi avoir attendu aujourd'hui pour vous faire recenser ?
Harry agita doucement le testament de Grinval.
− Je cherchais ça, dit-il.
− Qu'est-ce que c'est ? demanda Amelia Bones.
− Mon héritage, répondit Harry.
− Apportez-le-moi, s'il vous plaît.
Harry se leva de sa chaise et donna le parchemin à l'air neuf à Amelia Bones, qui le descella d'un simple coup de baguette magique et le parcourut, ses sourcils se haussant un peu plus à chaque ligne qu'elle lisait.
− Comment saviez-vous où trouver ce testament ? s'étonna-t-elle.
− Vassili avait récupéré une devinette dans la poche de mon père, mentit Harry. J'ai juste eu à l'élucider et j'ai récupéré le testament.
− Il faudra que nous le fassions expertiser, bien évidemment, mais à première vue, il est authentique, reconnut Amelia Bones. Même si le parchemin me paraît un peu trop neuf…
− Il était protégé par un sortilège pour le protéger des dégâts du temps, indiqua Harry.
Il eut la très nette impression que la sorcière connaissait la singularité du manoir de Grinval, car elle ne sembla pas du tout surprise par le sortilège, contrairement à O'connor et Clocker.
− Je le transmettrai au service approprié dès que cet entretien sera fini, annonça-t-elle en passant le testament à Clocker pour qu'il y jette un œil. Quelles matières avez-vous choisi, ou choisirez-vous, à Poudlard ?
− Les matières pour devenir Auror.
− C'est votre projet de carrière ? demanda O'connor, quelque peu surpris.
− Oui.
− C'est une carrière très dangereuse, commenta le brigadier. Plus que jamais, d'ailleurs. C'est la guerre qui est à l'origine de votre venue en Grande-Bretagne ?
− Pas vraiment, admit Harry. Je voulais découvrir mon pays natal, élucider l'énigme et voir comment était une vie d'étudiant de Poudlard. Mais, bien sûr, si je deviens Auror, j'aurai à cœur de faire du dégât dans les rangs de Voldemort.
La réaction ne se fit pas attendre : O'connor blêmit, Amelia Bones grimaça et Clocker sursauta si brusquement qu'il en lâcha le testament de Grinval, qu'il lisait jusqu'à présent avec des yeux de plus en plus ronds.
− Bien, bien… C'est une ambition louable, certes périlleuse, mais louable, dit Amelia Bones. J'imagine que le programme scolaire de Mr Rodtchenko ne prenait pas en compte les examens de B.U.S.E ?
− Il a essayé d'en obtenir un, en vain, prétendit Harry.
− Nous le signalerons à Poudlard, dit Amelia Bones.
− Avez-vous un casier judiciaire ? interrogea O'connor. Avez-vous fréquenté des personnes douteuses ? Avez-vous des connaissances en magie noire ?
− Je n'ai pas de casier judiciaire, non, répondit Harry. Quant aux fréquentations douteuses, je ne crois pas qu'il y ait eu un quelconque criminel dans les personnes que connaissait Vassili. Et pour la magie noire, je connais un ou deux maléfices, sans compter les Sortilèges Impardonnables.
− Et vous n'en avez jamais utilisé un seul ?
− Un maléfice de magie noire… dans un moment de panique, et j'ignorais alors quels seraient ses effets, admit Harry.
− Vous lancez souvent des sortilèges dont vous ignorez les effets, Potter ? demanda O'connor, dubitatif.
− Ca ne m'est arrivé que cette fois-là et on m'y reprendra plus, affirma Harry.
− Et votre victime ? intervint Clocker.
− Quelqu'un l'a prise en charge aussitôt, elle s'en est très bien tirée.
− Vous avez peut-être son nom ?
− Je ne le connaissais pas, c'était un ivrogne que j'avais accidentellement bousculé, lui faisant lâcher sa chope, prétendit Harry. Tout ce que je peux vous dire, c'est que c'était en Roumanie.
Clocker inscrivit les informations, tandis que Harry croisait les doigts pour qu'une altercation similaire ait été dénoncée au ministère roumain de la Magie. Brighton lui avait pourtant recommandé de ne pas trop en dire !
− Bien, je crois que nous avons tout ce qu'il faut, dit Amelia Bones en jetant un regard interrogateur aux deux autres. Nous vous adresserons un courrier si jamais nous avons besoin d'autres informations, Mr Potter…
− Une dernière question, l'interrompit O'connor, qui parcourait à son tour le testament de Grinval. Si je ne me trompe pas, le manoir qui vous est légué se trouve du côté de Godric's Hollow, non ?
− En effet.
− Ce n'est pas celui dont on dit que personne n'a jamais franchi le portail depuis la mort de son propriétaire ?
− Si, approuva Amelia Bones.
− Et vous, Potter, y êtes-vous parvenu ? demanda O'connor avec une franche curiosité.
− Oui, reconnut Harry.
Amelia Bones haussa les sourcils si hauts qu'ils en disparurent sous les mèches qui lui tombaient sur le front.
− Vous avez réussi à ouvrir le portail ? s'exclama-t-elle sur le ton de la plus grande surprise.
− Oui, répéta Harry.
− Comment avez-vous fait ? interrogea O'connor, perplexe.
Harry réfléchit à toute vitesse. Brighton lui avait laissé le choix si jamais la question lui était posée : il pouvait soit dire la vérité et prendre le risque que Lord Voldemort découvre qu'il y avait un autre Fourchelang, ou bien il mentait en reprenant l'idée de Brighton, qui consistait à faire croire que le portail s'était ouvert de lui-même – un mensonge qui présentait cependant des inconvénients, car le ministère pouvait très bien exiger qu'il le prouve en présence de témoins.
− Vous ne vous en souvenez plus ? demanda O'connor, soupçonneux.
− C'est… compliqué, avoua Harry avec lenteur.
− Que voulez-vous dire ? interrogea Clocker, l'air hautain, comme s'il accusait Harry de les prendre pour trois imbéciles incapables de comprendre quelque chose d'un tant soit peu complexe.
− Ce n'est pas une information que j'aime communiquer à n'importe qui… expliqua Harry. Vassili m'a dit que je ne devais jamais la révéler à des personnes en qui je n'avais pas confiance et, sauf votre respect, les ministères ne sont pas les institutions les plus douées pour conserver des secrets.
− Que redoutez-vous ? lança O'connor avec l'ombre d'un sourire goguenard. Que les Mangemorts risqueraient de s'intéresser à vous si vous communiquez cette information ?
− Eux, peut-être pas, mais Voldemort s'y intéresserait sûrement, répliqua Harry.
− Rien que ça, dit O'connor en essayant de paraître amusé, bien qu'il eût encore réagi au nom du Mage noir. Il me paraît fort improbable que Celui-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcer-Le-Nom puisse attacher le moindre intérêt à un jeune homme n'ayant même pas fini ses études, quand bien même ce jeune homme aurait réussi à ouvrir un portail réputé inviolable.
− Vous oubliez un peu vite Massalia, Gaël, fit remarquer Amelia Bones.
− Et il serait prétentieux de votre part de croire que vous savez comment réfléchit Voldemort, ajouta Harry, décidé à faire ravaler sa fierté au brigadier.
− Peu importe ! intervint Clocker pour mettre fin à l'échange. Si je vous comprends bien, Mr Potter, il faut une sorte de capacité spéciale pour accéder au Manoir Grinval, c'est ça ?
− Oui, monsieur.
− Nous nous contenterons de cette information, déclara-t-il d'un ton paisible. Amelia a raison, Mr O'connor, il ne faut pas oublier la tragédie de Massalia !
Un curieux soupçon sembla naître dans son esprit et il scruta attentivement Harry.
− Vous ne seriez pas un massalien, en réalité ? demanda-t-il.
− Non, monsieur, assura Harry avec un sourire.
− Bien, bien… Bien évidemment, nous tairons cette histoire de « don spécial », Mr Potter, promit Clocker, non sans un regard d'avertissement à O'connor. Je pense que, cette fois-ci, nous en avons réellement fini. Amelia ?
− Je n'ai rien à ajouter.
− Mr O'connor ?
− Rien non plus, marmonna le brigadier.
− Vous pouvez partir, Mr Potter, annonça Clocker.
− Et pour l'héritage ? demanda Harry.
− Ah, oui, dit Amelia Bones. Nous devrions vous transmettre des nouvelles dans deux ou trois jours.
Harry hocha la tête, salua les trois personnes et sortit de la salle de réunion pour reprendre le chemin inverse. Il s'en était mieux tiré qu'il l'avait pensé, et aussi bien que Brighton s'y attendait, même s'il avait démontré un peu trop de zèle avec son histoire d'ivrogne en Roumanie.
De retour dans un ascenseur, Harry s'adossa à la cloison du fond et regarda les portes se refermer. Il savait que dire ouvertement qu'il était Fourchelang aurait été une erreur, tout comme il savait pertinemment que, malgré ses promesses, Clocker ne pourrait jamais empêcher que filtre l'existence d'un « don spécial » qui intéresserait Lord Voldemort. Néanmoins, Harry n'avait pas vraiment de souci à se faire : à l'exception de la veille de la rentrée, le mois d'août se déroulerait sur l'île cachée de Brighton. Même si Voldemort soupçonnait son « don spécial » être le Fourchelang, il ne pourrait pas atteindre Harry. En revanche, Harry redoutait quelque peu que Voldemort fasse du Manoir Grinval, en son absence, le quartier général des Mangemorts, mais l'idée lui parut aussitôt saugrenue, car les mages noirs seraient alors incapables d'entrer ou de sortir. Et Voldemort n'avait pas du tout le profil d'un portier.
− Niveau six, annonça la voix féminine, Département des transports magiques, Régie autonome des transports par cheminée, Service de régulation des balais, Office des Portoloins, Centre d'essai de transplanage.
Harry émit un léger grognement qu'il faillit reproduire lorsque les portes s'écartèrent sur des adolescents ayant terminé le passage de leur permis. Leurs conversations s'interrompirent subitement à la vue de Harry, qui soutint le regard d'un massif jeune homme au regard méprisant, les cheveux drus, que tous les autres semblaient vouloir éviter.
− Alors c'est vrai ?! lança-t-il avec dédain. Il y a un sosie de Potter en liberté !
Quelques étudiants préférèrent tout à coup reculer hors de la cabine, tandis que les autres se tassaient contre les cloisons, derrière le massif jeune homme. Les portes se refermèrent, Harry observant le solide gaillard. Il n'avait pas l'air commode de tout, semblant taillé comme Vincent Crabbe et Gregory Goyle, mais visiblement doté d'un intellect grandement supérieur aux gardes-du-corps de Drago Malefoy.
− Je te conseille de baisser les yeux, Sosie-Potter, dit le jeune homme d'un ton mauvais. Ceux qui me fixent ne tardent jamais à le regretter !
− Tu dois être à Serpentard, toi, non ? dit Harry, très calme.
Le jeune homme redressa son imposante carcasse, visiblement très fier d'être reconnu comme un Serpentard – il sembla croire qu'il dégageait quelque chose de typique de cette maison, mais c'était plutôt à son attitude que le « Sosie-Potter », comme il l'appelait, l'avait situé.
− Exactement, et crois-moi, il n'y a personne pour oser nous défier, dit le jeune homme d'un ton important.
Harry plissa légèrement les yeux.
− Mulciber.
Le Serpentard cilla, visiblement surpris. Harry se souvenait des noms donnés par Lupin aux Serpentard s'étant trouvé dans la même classe que Tumter. Il connaissait déjà Rogue et Avery, il avait donc eu le choix entre John Haustin et Mulciber, et il semblait avoir visé juste.
− Bien, dit le jeune homme en se ressaisissant. On dirait que tu as été informé des élèves qu'il ne fallait surtout pas contrarier.
Harry eut un sourire en coin. Il aurait été si facile, il était si tentant, d'ouvrir les hostilités avec Voldemort qu'il dut fournir un effort considérable pour ravaler les provocations qui lui démangeaient les lèvres. Jouer avec le feu n'était pas dans ses habitudes, sauf quand il y était vraiment obligé.
− Efface-moi ce sourire, Sosie-Potter, ou je m'en charge ! menaça Mulciber.
− Niveau huit, atrium, annonça la voix féminine et froide.
− Apprécie les dernières années scolaires, Mulciber, car celle qui vient pourrait être déplaisante, dit Harry sans se départir de son sourire.
Il passa devant le Serpentard et sortit de l'ascenseur, plusieurs élèves se retournant vers lui d'un air médusé. Si Brighton tenait tant à ce que Harry accepte le fait d'appartenir à cette époque, soit : mais ce serait avec les règles de Harry.
