POV Esme

Ces deux dernières semaines avaient été épuisantes, et c'est avec un véritable plaisir que je retrouvais ma chambre.

J'avais crû comprendre que ma future bru était arrivée la veille. J'envisageais de faire sa rencontre plus tard dans la journée, mais pour le moment je désirais plus que tout m'entretenir avec Edward.

Je soupirai. Je devais bien admettre que j'étais quelque peu craintive vis-à-vis de cette lady Swan. Très bientôt elle allait devenir la première dame du pays, remplissant le rôle qui m'incombait jusque là. Je devrai alors me trouver une autre raison d'être. La transition serait plus facile si la fiancée de mon fils et moi-même établissions de bonnes relations. Mais rien ne certifiait qu'il en soit ainsi. J'ignorais encore la personnalité et l'éducation de celle qui allait me remplacer. Elle n'était pas encore arrivée au palais que les problèmes avaient déjà commencé à affluer.

Je devais d'ailleurs m'entretenir avec Edward à ce sujet.

Je finis de me changer, laissant ma femme de chambre ranger mes affaires, et me dirigeai rapidement dans les quartiers du Roi où ce dernier devait se trouver à cette heure matinale.

Il était bien là, plongé dans des papiers et absorbant son petit-déjeuner. Mon cœur à sa vue se remplissait toujours d'un amour absolu, d'autant plus après tant de jours passés sans le voir. Je me glissai derrière lui et le serrai dans mes bras. Il sursauta puis, me reconnaissant, se leva et posa sur mon front baiser aimant.

Ce ne fut qu'après avoir épuisé toutes les autres sujets de conversation : mon voyage, la politique, Emmet et Carlisle, la noblesse… que j'abordai enfin celui qui m'intéressait le plus : Lady Isabella.

- On m'a prévenue qu'une nouvelle invitée venait d'arriver.

- Mère, je crois savoir que Carlisle vous a déjà informée qu'il ne s'agissait pas d'une "invitée". Elle sera bientôt la maîtresse de maison.

- Alors comment est-elle ? Telle que vous l'aviez imaginée, ou vous êtes-vous encore monté la tête avec vos idées burlesques ?

- Pour autant que je puisse en dire elle est bien éduquée, intelligente, agréable et d'une grande beauté quoiqu'inhabituelle. Certes, elle est un peu sauvage, très têtue et ignore les règles de la cour, mais elle est innocente et totalement inintéressée par les affaires politiques. Donc non, Mère, je ne pense pas m'être fourvoyé avec ce choix.

- Même si je te disais que l'ancien fiancé de ta promise rassemble le peuple contre toi ?

- L'ancien…

- Sir Newton devait épouser lady Isabella sous peu. Il venait de revenir du front quand vous vous l'êtes accaparée, si je puis dire. Il semble extrêmement épris d'elle. Depuis qu'il a appris la nouvelle de la bouche de Sir Charles, il n'a eu de cesse de lever contre vous la population de la contrée d'où vient ta future femme. Edward, tu n'ignore pas que le position frontalière de cette province rend dangereuse toute révolte, aussi minime qu'elle soit, en cette période troublée.

Mon fils fronça les sourcils et resta muet durant quelques minutes.

- Je vais m'en occuper. Mais puis-je te demander un service ?

- Bien sûr, tout ce que tu voudra.

- Demain soir il y aura une réception, j'y annoncerai officiellement notre mariage. Peux-tu aider Isabella à s'y préparer ? J'aimerais que tu la prennes sous ton aile. Entre toi et Alice, elle sera mieux protégé qu'avec toute une armée.

En disant cela, il arborait un air espiègle. Il semblait tout à coup revenu le petit garçon de sept ans qui, en compagnie d'Emmet, essayait ses farces sur les gardes du palais.

- Très bien. Il semble temps en effet que je rencontre ta promise.

Je l'embrassai et me levai.

- Mère…

Il attendit que je me retourne pour ajouter, un sourire moqueur étirant ses lèvres :

- Carlisle est dans son bureau… au cas où vous décidiez de faire un petit détour…

Je levai les yeux au ciel et sortis de la pièce.

Oh, et puis ce n'était qu'un petit crochet… uniquement pour lui dire bonjour.

POV Angela

Bella semblait résignée. L'humeur était maussade dans la chambre, quoiqu'ait pu lui dire le Roi, cela avait fait mouche. Pour la première fois j'étais heureuse de m'éloigner d'elle pour effectuer mon travail.

Je descendis aux cuisines pour m'occuper du petit déjeuner de ma maîtresse. Shelly Cope régnait en souveraine sur cette partie du château. Les cheveux d'un roux rougeâtre qu'accentuait la lumière des feux dans les cheminées, les mains calleuses posées sur ses reins, le dos cambré sous le poids d'un ventre et d'une poitrine imposants, Dame Cope était une vision inhabituelle. Une fois le pied posé sur le dallage, vous deveniez au service de ce dragon. Les ordres jaillissaient de sa bouche, chacun en ayant pour son grade.

Mon objectif était de pouvoir prendre un plateau, y déposer les aliments nécessaires à Bella et m'éclipser le plus rapidement possible sans être vue.

Peine perdue.

Je me retrouvais donc avec un plateau plein de victuailles mais à destination du Premier Ministre de sa Majesté, et non des appartement de la future Reine. Tant que l'annonce n'aurait pas été faite, ma maîtresse passera après les hauts dignitaires du palais. Mais demain soir tout allait changer, l'ordre hiérarchique sera bouleversé et Lady Isabella deviendra la seconde personne dans l'ordre des priorités.

Je poussai un soupir. La réception n'arrivera jamais assez vite à mon goût. Une fois assise officiellement comme première domestique de la future Reine, mon travail sera beaucoup plus aisé. Les Shelly Cope et autres importuns n'auront plus d'autorité sur moi. Je pourrai pleinement m'occuper de ma maîtresse.

Un cri me ramena à la réalité, et j'évitai de justesse une personne qui se dirigeait dans le sens inverse. Je vérifiai que mon plateau n'avait subi aucun dommage tout en me confondant en excuses. Ce n'est qu'en levant les yeux que je reconnus l'homme qui se tenait devant moi. Sir Benjamin en personne me dévisageait avec un grand sourire. Je me sentis rougir sous son regard et balbutiai quelques mots pour le saluer. L'influence de lady Isabella ne m'apportait décidément rien de bon aujourd'hui.

Il me proposa de m'accompagner. Étant nouvelle les risques de me perdre étaient grands, j'acceptai donc avec plaisir. Il me prit le plateau des mains, malgré mes protestations. Ses yeux bleus pétillants et son sourire éclatant eurent vite raison de moi.

Nous reprîmes la conversation que nous avions commencée sur le chemin qui nous avait menés jusqu'au château. J'aimais l'entendre parler de son village dans le sud du compté, de ses deux petites sœurs restées avec sa mère, de son admiration pour le Roi, de ses promenades à cheval dans les forêt de sa Majesté…

Malheureusement le château n'était pas long de plusieurs miles, et par conséquent nous arrivâmes devant la porte du bureau de Sir Carlisle bien trop vite. Benjamin me redonna le plateau et je frappai à la porte.

Au bout de la troisième fois je n'avais toujours pas obtenu de réponse. L'écuyer de sa Majesté, qui était resté près de moi, me fis signe d'entrer.

- Il doit être trop plonger dans son travail. Cela arrive fréquemment.

Puis il partit en me faisant un signe de la main

J'ouvris donc la porte après un nouvel essai. J'avais mis un premier pied dans la pièce quand je m'arrêtai brusquement.

Je poussai un petit cri de surprise et refermai la porte le plus rapidement possible.

POV Esme

Je n'entendais rien d'autre que nos cœurs battre la chamade, je ne ressentais rien sinon ses lèvres sur ma clavicule et sa main qui desserrait les liens de mon corsage. Mes cheveux étaient défaits et tombaient sur mes épaules, mes jambes ne me soutenaient plus et je ne tenais debout qu'à la puissance de mes bras appuyés sur le bureau.

Je ne me souvenais pas des événements qui m'avaient conduite à me tenir ici, de façon si désordonnée, totalement à sa merci. Ce n'était pourtant ni le lieu ni l'heure pour ce genre de divertissement. Nous n'en avions plus l'âge non plus.

Le fil de mes pensées se perdit quand je sentis la pression de mon bustier se desserrer, libérant ma poitrine. Mes tempes bourdonnaient, mon sang affluaient dans mes joues et le long de mon cou. Soudain Carlisle me retourna et je me retrouvai tout contre son torse. Il m'assit sur le bureau et posa un baiser sur mon nez, sur ma bouche, il descendit ainsi, centimètre par centimètre, jusqu'à mon sein gauche qu'il se mit à mordiller gentiment tandis qu'une main s'occupait de l'autre. Sa main libre remontait ma jupe à une vitesse excessivement lente. Je laissai échapper un gémissement involontaire et cherchai plus de contact avec lui.

Son toucher se fit peu à peu moins tendre, me pinçant le téton, mordant et suçant le second. Sa main droite dessinait des cercles sur ma peau, frôlant à chaque fois mon centre sans jamais le toucher. Ma respiration se faisait plus difficile, je me laissai aller en arrière. J'étais désormais allongée sur le dos. Pour prendre appui j'entourai de mes jambes la taille de Carlisle. Sa main droite lui servait désormais d'appui, mais cette nouvelle position me fit sentir tout son désir. Ses administrations sur ma poitrine ne s'étaient pas arrêtées mais je voulais plus de friction. Je poussai un gémissement de frustration et resserrai l'étreinte.

Soudain j'entendis un petit cri. Je relevai la tête en même temps que Carlisle et vis avec horreur une servante avec le plateau du petit-déjeuner nous regarder la bouche ouverte. Puis, comme si une décharge l'avais frappée, elle se précipita à la porte et la referma derrière elle.

Il nous fallut quelques secondes pour revenir à nous. Nous échangeâmes un regard affolé. Rien ne prêtait à confusion. Notre position était univoque.

Je me dépêchai de me rhabiller, rouge de honte d'avoir été surprise dans la position et l'accoutrement d'une courtisanne.

Carlisle n'osait pas me regarder et reprenait peu à peu contrôle de lui-même. Sans l'aide d'une servante mon accoutrement laissait à désirer, mais je fis du mieux que je pus et ouvrais la porte pour trouver celle qui nous avait surpris déposer le plateau à terre.

Je lui fis signe d'entrer. Les yeux baissés, fixant le sol, elle alla le mettre sur la table qui avait servi si peu de temps auparavant à d'autres besoins. Elle fit une rapide révérence et s'apprêtait à partir quand je lui demandai son nom.

Je ne l'avais encore jamais vue, et j'avais besoin de savoir à qui j'avais affaire afin d'endiguer les commérages qui allaient sûrement suivre. Cette aventure ne devait pas sortir d'ici. Le respect des nobles comme des serviteurs pour ma personne était en jeu. Ma réputation avait été si difficile à garder intacte dans ce monde d'hommes que je refusais qu'un écart malencontreux abatte toutes ces années de travail.

- Angela, madame.

- Tu n'ignore pas qui je suis, Angela ?

- Vous m'en voyez navrée, madame, mais je suis arrivée hier avec Lady Isabella pour la servir, je ne connais donc point encore les noms et visages de toute la noblesse.

Cette confession m'affola encore davantage. Si elle disait un mot de ce qu'elle avait vu à sa maîtresse, il était certain que nos relations seraient tendues. Les jeunes filles nobles et vierges de province avaient tendance à juger de façon très dure les femmes entretenant des relations charnelles avec un homme à qui elles n'étaient pas liées par le mariage. Une femme de la cour en aurait fait moins de cas, même si le mépris et les rires moqueurs poursuivaient la coupable. La réaction d'Angela me confortait dans ma peur, les domestiques de la cour en avaient vu bien d'autres. Mais la jeune fille était rouge de confusion et ne pouvait lever les yeux sur Carlisle ou moi-même.

Je fis signe à mon ami de nous laisser seules à seules. Ce qu'il fit avec plaisir. Je soupirai. Les hommes étaient bons pour nous mettre dans des situations compromettantes mais il ne fallait compter que sur soi-même pour réparer les dommages.

- Je suis Lady Esme, la Reine Mère.

La petite écarquilla les yeux d'horreur.

- Angela, peux-tu m'aider à réajuster mon habit et ma coiffure ?

- Oui votre Altesse.

Pendant qu'elle m'aidait, je fis la conversation comme je pus. Mais je devais être directe, seulement rien ne la forçait à m'obéir, sa maîtresse sera hiérarchiquement au-dessus de moi demain soir, et c'est à celle-ci qu'Angela devait allégeance.

- Comment est Lady Isabella ?

A cette question, son visage s'illumina.

- D'une grande gentillesse, compréhensive et sans préjugés. Elle traite tout le monde à égalité. C'est la meilleure maîtresse qu'on puisse avoir.

Si cela était vrai, il y avait encore quelques chances que cela ne s'ébruite pas.

- Ce que tu viens de voir, serait-il possible de le garder pour toi ?

- Biens sûr. Je… je ne souhaitais pas qu'il en fut autrement. Je n'aurais jamais dû entrer sans y être invitée. Je suis confuse ! Pardon !

Elle rougit en disant ces mots.

- Ce que je te demande c'est de n'en rien en dire.. même à ta maîtresse.

Angela écarquilla les yeux avant d'opiner de la tête. Il semblait que pour un temps je sois tranquille. Cette jeune fille m'inspirait confiance. Je ne doutais pas non plus qu'elle finirait par en parler à ma bru. Ces deux là semblaient tout partager, mais j'espérais être devenue proche d'elle avant que cela n'arrive. Si la description d'Edward et de la petite étaient correctes, Isabella et moi allions devenir facilement amies. Entre temps je l'aurais mis dans la confidence de ma relation avec Carlisle. Du moins je l'y aurais préparée.

- Bien, je te remercie. Peux-tu me conduire chez Lady Isabella ?

Angela étaient en train d'ouvrir les fenêtres. Ma question la déstabilisa.

- Majestée, Lady Isabella n'a pas encore mangé, je devais lui apporter le petit-déjeuner mais dame Cope…

- Ce n'est rien, je ne me suis moi-même pas encore sustentée. Nous petit-déjeunerons donc ensemble.

Sur ce, je lui fis signe de m'y mener.