10.
A la vue d'une dizaine de gamins en armure de combat, Alérian aurait été tenté d'éclater de rire, mais plus rien ne l'amusait depuis qu'on l'avait fait poireauter d'interminables minutes dans un vent et un souffle glacial !
- Non, vous ne m'empêcherai pas de rendre son esprit à mon père ! Laissez-moi deviner : il faut manipuler ces leviers en cristal ?
- Et c'est compliqué, intervint encore Skemdel et son poupin visage sous son casque de mèche d'un roux pâle. Tu ne trouveras jamais la combinaison !
- Inutile, je suis le fils de mon père ?
- Comment cela ? tressaillirent Krobam et son Génie Scientifique.
- Je vais tout perturber, il finira bien par se passer quelque chose !
- Oui, toutes les ondes de notre dieu Sepbek s'entremêleraient convint Skemdel. Mais rien n'assurerait le retour de l'âme de votre père !
- Si, car j'ai une amie qui va m'aider ! Et une grande lézarde contre un dieu crocodile, ça pourrait bien faire des étincelles ! J'ai hâte de voir ça !
Krobam grogna, ses doigts triturant sa longue robe damasquinée, brodée, constellée de pierreries.
- Non, Kepbsek a été formel il y a quelques années : Khérem la dernière Dragonne est morte, affamée, on l'a eue !
- Possible… susurra Alérian en se dirigeant vers le pupitre des cristaux. Papa, tu vas m'aider où tu vas m'attaquer en traître ?
- Je suis l'esprit occupant ce corps d'adulte et de Pirate. Je ne comprends pas grand-chose, mais je t'empêcherai de faire plus de dégâts à ma communauté, à mes copains !
- Des potes, de la pizza, ton langage, tu n'étais donc plus qu'un gosse dans ton corps, papa ! Tu n'es plus toi et donc je dois tout faire pour te ramener à ton état normal !
- C'est impossible, se rengorgea Krobam.
Alérian dodelina légèrement de la tête.
- Je compte bien tenter ma chance ! Je suis de la lignée de balafrés, je ne peux agir autrement ! rugit le jeune homme. Je dois libérer mon père, tout simplement !
- Je perçois des choses étranges en cet Humain, jeta soudain une voix sifflante, très flûtée, très aigue. Il n'est pas entièrement normal !
- Raison de plus pour éradiquer la menace qu'il représente, ainsi que tous ceux dont il annonce la venue pour détruire la Communauté ! gronda Krobam.
- Tu parles avec ton dieu ? s'enquit Alérian.
- Oui, bien sûr. Notre dieu Crocodile nous a protégés depuis des générations ! Et Sepbek éradiquera toute menace envers notre monde !
- Des échanges d'âmes, des échanges de corps… On dirait que tout n'est qu'illusions ici… Mais je ne me laisserai pas piéger à mon tour ! Zunia, aide-moi !
- A ton service.
La Dragonne jaillit du pendentif.
- Que puis-je faire ?
- Tu es connectée avec chacun de ma famille, en extension avec Warius. Kepbsek est un lézard, je crois que tu peux lire en lui, quels cristaux je dois activer ?
- J'ai lu, en effet, mais l'inverse s'est forcément produit. Je te transmets mes dernières ondes de lucidité pour sauver ton père !
Le schéma de manipulation des cristaux révélés à son esprit, Alérian se précipita, attrapant au passage son père par l'épaule pour l'amener sous le lustre.
Et réarrangeant l'ordre des cristaux, Alérian provoqua le feu d'énergie des têtes de crocodiles, entourant son père.
- Alie, j'ai cru ne jamais pouvoir te prévenir, te faire comprendre ce qui m'était arrivé !
- Tu es revenu ? C'est bien toi ?
- Oui ?
- Envie de pizza ?
- Jamais plus depuis mon adolescence !
- Envie d'alcool ?
- Plus que jamais !
- Alors, c'est bien toi ! se réjouit Alérian en se précipitant pour étreindre son père.
Mais les tous petits Commandos se jetant soudain sur lui, Alérian recula de plusieurs pas, basculant en arrière sur le pupitre des cristaux, avant qu'une onde de force ne le projette au milieu de la Salle des Châtiments, sous le lustre qui s'activa alors, le nimbant de sa puissance.
- Le lustre s'est activé, et en tombant sur le pupitre, le commandant Rheindenbach a tout perturbé… remarqua Skemdel.
- M'en fiche, qu'a-t-on donc fait à mon enfant ! ?
- Je crains de répondre, reconnut Skemdel. Vous allez vite le comprendre. Je suis désolé. J'obéis aux ordres ! Allez auprès de votre petit, capitaine.
Albator se jeta vers l'uniforme de la République Indépendante, devenu soudain démesuré pour son propriétaire, écarta, avec une démesurée angoisse au cœur, le tissu excédentaire.
- Papa ! rit Alérian.
- Oh mon petit garçon, souffla Albator à la vue de son fils ramené à l'âge de neuf ans !
