Japon : appartement de Kai
Quel bonheur de m'éveiller auprès de toi, de respirer ta peau, comme autrefois. De découvrir ton sourire encore une fois, d'admirer ton visage à moitié endormi, de sentir tes mains glisser sur mes joues.
« Tu veux que je te prépare quoi ? »
« Des œufs...si tu me jures que tu ne les fais pas exploser ! »
« Je suis capable d'en faire. Regarde. »
Il resta planté derrière moi près à m'arrêter dès le moindre faux pas. Que je ne commis pas. Il eut ses œufs, mangeables, sans que sa cuisine soit endommagée. J'en étais plutôt fier.
Je m'appliquai à nettoyer son appartement de fond en comble alors qu'il restait sur le canapé à se reposer comme je lui avais demandé. Les autres membres du groupe nous donnèrent ensuite rendez-vous au café en bas de l'immeuble. Nous discutâmes de tout et de rien. De leur deux ans à eux aussi. Aoi avoua, même si le mot était mal choisi, qu'il avait veillé personnellement sur Reita, eux tous sur Kai. Je les remerciai bien que mes mots ne pouvaient exprimer totalement la teneur de ma gratitude et de mon émotion.
« Ce n'est rien. On l'aurait fait pour toi aussi. »
Je fus surpris de cette réponse, surtout de la part de Reita qui était censé me haïr.
« Merci aussi, d'être revenu. » De plus en plus surprenant.
« Je crois que j'aurais été horrible si j'avais dit que j'aimais Aoi alors que Kai était en train de périr à petit feu. Je t'en ai voulu Ruki, pour ça aussi. J'ai été vraiment idiot. »
J'étais abasourdi par ce que je venais t'entendre. Reita se repentait de toute la haine qu'il avait fait fondre sur moi.
« Tu n'as pas à me remercier, je n'ai rien fait de bien. C'est à moi de vous remercier, de te remercier, Reita. Kai m'a dit que c'est toi qui l'as trouvé. Merci. Sans toi, il serait... »
Je tus le dernier mot, impossible à prononcer, et baissai la tête. Kai resserra ses doigts sur les miens, conscient de la peine que je ressentais. Une idée germa dans ma tête.
« Vous avez gardé notre studio ? »
« ... Oui, mais on y met pu les pieds. On joue que pour nous, maintenant. »
« Ca vous dérangerais si on y allait, tous ensemble. »
Ils se regardèrent tous, apparemment c'était une mauvaise idée.
« Pourquoi pas ? » répondit enfin Aoi après un silence gêné.
Le moins qu'on puisse dire c'est que rien n'avait changé, à part la poussière qui avait envahie les lieux et les instruments qui était dans les appartements de leur propriétaire. Seul mon micro était à sa place.
Une vague de souvenir m'envahit, toutes ses chansons que nous avions joué ici, pour nous cinq. Les projets avortés, ceux menés à bien. Tous ces souvenirs se bousculèrent dans ma tête. Une vague d'émotion s'éleva en moi pour se déverser sur mes joues. Kai me prit dans ses bras, lui aussi pleurait. Ils pleuraient tous un peu. C'était notre passé, notre rêve qui avait été brisé. Je lisais mon abandon dans la poussière. Tous ces éclats de rire, ces délires, ces concerts où nous nous donnions à fond, l'effet tout flagada à la fin quand on s'étalait par terre parce que nous avions donné tous ce qu'on avait. Tous ces moments brûlaient dans ma tête, tous s'étaient envolés.
« Je suis désolé, c'est de ma faute. »
« Non, ce n'est pas ta faute, tu n'y pouvais rien. »
Le groupe se rassembla autour de moi, ils me serrèrent tous dans leurs bras, comme avant, comme si rien n'avait changé.
« Merci. » fut tous ce que je pus articuler.
Nous restâmes dans le studio plusieurs heures. Nos larmes s'étaient taries. Chacun écumait les pièces à la recherche de souvenir. Uruha ouvrit une porte qui donnait sur une toute petite pièce où était accroché le reste de leurs instruments. Uruha et Aoi se saisirent de leur guitare, Reita de sa basse. Ils les regardèrent avec avidité, ils voulaient jouer.
« Allez-y » leur lança Kai.
« Et toi. Y'a ta batterie derrière. »
« Le doc' m'a interdit de faire des efforts trop intenses pendant un moment »
« Dommage, je suis sûr que tant crève d'envie »
« A peine » dit-il dans un sourire.
Aoi entreprit de faire revivre D.L.N, magnifique, Uruha, son solo dans Cassis et Reita, le sien dans Silly God Disco. Ce fut en moment magique, je replongeais dans ces souvenirs de bonheur intense, sans faille. Ils étaient aussi heureux que moi, de retrouver ses sensations. Ils attaquèrent ensuite Reila.
C'était un plaisir immense qu'ils se souviennent autant de nos chansons. Ils les jouaient sans aucune difficulté, ils les connaissaient aussi bien qu'il y a deux ans. Moi aussi. Je n'avais rien oublié de ces paroles. Elles résonnaient en moi tellement fort, que j'avais envie de les chanter. Qu'elles sortent de moi comme avant, sans que je ne me soucis de quoique ce soit.
Reila...
Puis ils s'arrêtèrent de jouer en plein milieu de la chanson, leur regard rivé sur moi.
« Ruki, ta voix... Tu viens de chanter. »
« Quoi, j'ai... »
Kai acquiesça d'un signe de tête suivi par les autres.
« J'ai...chanté. »
Aucune émotion ne peut décrire l'état d'euphorie dans lequel j'étais. Je sautai au cou de mon amour. Nous rîmes tous ensemble, nous pleurâmes de bonheur. C'est merveilleux, mieux encore. J'avais chanté. Ce fut une joie immense que nous partageâmes tous.
« Ruki, rechante-nous un truc qu'on vérifie si on a pas rêvé. »
« D'accord, attaquez sur Bath Room. »
Leurs doigts s'activaient sur leur instrument, je chantai. Je n'en croyais pas mes oreilles. C'était un miracle, juste un miracle. Et je priai pour que ce ne soit pas un rêve, je me pinçai, je ne rêvais pas. Les larmes me montaient encore aux yeux, des larmes de joie que Kai partageait avec moi. Nous étions tout les deux guéris, nous étions tous guéris. Nous revivions.
Japon : hôpital
Toujours cet endroit froid, trop blanc, trop propre. Cette odeur qui pique le nez. Cette chambre. Kai est allongé sur le lit, son torse se soulève à la mesure de sa respiration. Je suis assis de l'autre côté de la pièce, je ne peux même pas lui tenir la main. J'attends.
« C'est fini ! » L'infirmière sort de la chambre.
Je m'avance vers son lit, son visage n'est pas tout à fait détendu.
« Alors... »
« J'aime pas les piqûres »
« C'est pour ton bien, mon amour. »
« Je sais, mais il n'empêche que j'aime pas. »
Nous passions ensuite voir le médecin qui avait fait cette « macabre » découverte deux ans plus tôt. Il ne se expliquait pas sur le retour de ma voix, peut-être l'inactivité, non un simple miracle. Ma mine un peu blafarde l'inquiéta quelque peu, je feignais le manque de sommeil, qui de plus était vrai. Nous attendîmes, Kai et moi les résultats de ses prises de sang, simple routine pour voir si tout est rentré dans l'ordre. L'attente est insoutenable, ses doigts se crispent et formaient de deux poings.
« Aie confiance, je suis sûr que tout va pour le mieux. »
« Je l'espère. »
« Alors arrête de stresser comme ça »
Le médecin arrive enfin, invite Kai à le suivre, j'attends encore. Trop longue attente. Pourquoi es-ce si long ? Mon amour sort enfin, le visage impassible.
« Qu'es ce qu'il y a ? »
« Faut qu'on voit les autres, maintenant. »
« Pourquoi, il y a un problème ? Kai, dis-moi ! » le suppliai-je alors qu'il m'entraînait hors de l'hôpital. Arrivé à sa voiture, il prit place derrière le volant, je montai à côté de lui, plus qu'inquiet à présent. Pourquoi ne me disait-il rien ? Il y avait un problème c'est ça ? Il ne pouvait plus jouer ou je ne sais quoi d'autre, il s'était choppé autre chose, il était encore malade, il allait... Mes pensées divaguaient sur des pentes abruptes, celles que je dissimulais tout au fond de mon être. Mon cœur me faisait mal, pourquoi il ne disait rien ?
« Ruki, viens là, me dit-il, en me prenant dans ses bras, ne pleure pas, je ne voulais pas t'inquiéter pour ça »
« Alors tu vas partir, c'est ça, tu vas me laisser tout seul ! » hoquetais-je entre deux sanglots.
« Bien sûr que non, jamais je ne te laisserais, jamais tu m'entends »
« Mais pourquoi, tu ne me dis rien alors, qu'est ce qui se passe à la fin ? »
« Rien, rien du tout, maintenant, patiente encore un peu, le temps qu'on rentre à l'appart et que les autres rappliquent. »
Je me ressaisis quelque peu, il démarra la voiture. Le reste de la bande ne tarda pas à arriver, quelque peu surpris eux aussi de cette invitation éclair. Nous nous installâmes autour de la table du living, moi à ses côtés.
« Bien, j'ai une nouvelle à vous faire savoir. Je sais que maintenant que Ruki a retrouvé sa voix nous pouvons reformer le groupe mais je crains que votre batteur... soit... »
Il hésitait alors c'était ça la nouvelle, il ne pouvait plus jouer.
« Je crains que je sois... trop en forme pour vous suivre, les gars. Va falloir passer le turbo ! »
Pouvais-je avoir une réaction fasse à son incapacité de jouer, que pouv...
« T'as dit quoi ? »
« Je peux jouer, Ruki, on va reformer le groupe ! »
Deuxième instant magique en deux jours, suis-je en mesure de survivre à ça ! Le bonheur pleut sur nous tous, nous revivons encore, c'est une renaissance totale. Mon aimé me serre dans ses bras, ses lèvres se mouvant contre les miennes. Il s'écarta de moi, sécha mes larmes en embrassant mes paupières. Les autres n'en pouvaient plus, ils sautillaient dans tout l'appartement avant de nous rejoindre, et nous forcèrent à nous lever. C'est une scène de liesse général : les éclats de rire, les accolades fusèrent.
« Euh, les mecs y'a pas un problème ? Elles sont où les bouteilles d'alcool ! »
« Ruwa, tu changeras jamais. Y'en à toute une réserve dans le frigo, j'avais prévu le coup ! »
