C'était donc un vent de quasi assurance qui planait autour d'Hinata, accompagnant le moindre de ses pas. En vérité, penser à l'adolescent lui donnait de la force, par son objectif et ce besoin de se retrouver en lui. Naruto marchait loin devant elle avec énergie, mais la brune distinguait des titubements, bien cachés, mais étant derrière, Hinata pouvait les voir. C'était cette vision mentale qui l'encourageait à avancer, pour le rattraper, et lui tendre une main secourable… Et lorsqu'il relèverait la sienne pour la lui saisir, enfin la jeune fille obtiendrait ce contrepoids qui l'empêcherait, elle, de basculer en arrière.

La rentrée lui semblait ainsi presque agréable, avec de telles expectations. La pluie battante de l'hiver n'entacha pas du tout sa bonne humeur, et la brune pénétra le lycée d'un pas vif. Dans le grand hall d'entrée, des casiers s'alignaient par rangées, où les élèves étaient sommés de changer leurs chaussures avant de monter dans les classes. Le règlement de l'école sur la tenue était relativement laxiste : chacun venait, habillé tel qu'il le souhaitait, sans grande contrainte, mais il était en tout cas strictement interdit de ramener la boue de l'extérieur dans l'enceinte de l'établissement; la directrice Tsunade était extrêmement maniaque sur ce point-là. On fournissait alors aux lycées ces espèces de tennis-chaussons pour respecter la propreté des locaux. Cette étape du quotidien scolaire était très importante : Hinata connaissait le rituel.

En effet, ses chaussons avaient maintes fois été les victimes des quelques blagues de ses collègues. Epingles, punaises, dessins au marqueur, ou simple disparition; les pauvres chausses en avait vu de belles. Hinata avait dû les changer trois fois, depuis le début de l'année. Mais elle s'était totalement habituée à ce genre d'idioties, et prenait bien soin de secouer la paire, la basculer vers le sol, avant de l'enfiler. Aucun son, rien n'en tombe : les chaussons sont mettables. Ainsi, presque chantonnant, la petite brune les enfila.

C'est à cet instant qu'elle comprit, et qu'un frisson de dégoût parcourut son dos. L'intérieur de ses tennis semblait anormalement moite et visqueux, et ses doigts de pieds furent embaumés d'une humidité huileuse et nauséabonde. Elle se figea en sentant l'engourdissement, avec un pincement de nez.

Derrière elle, Hinata entendit des rires très familiers; elle se retourna pour faire face au classique groupe de sur-maquillées qui pouffaient en traversant le hall. Toutes lui lançaient des regards discrets, jusqu'à ce que l'une lui lance :

« Un problème avec tes chaussons, Hinata-chan ? »

Le troupeau retint un fou rire, alors que celle qui venait de parler fit claquer une énorme bulle de chewing-gum. La brune comprit alors rapidement l'origine de la moiteur autour de ses pieds, ce qui déclencha un nouveau bourdonnement de dégoût.

Mais Hinata les regardait d'un air médusé, presque provocateur. Pour tout dire, elle était littéralement affligée par le pathétique de la farce, au point qu'elle avait totalement oublié dans quoi elle pataugeait. Sa seule réaction fut un reniflement de dédain, accompagné d'un froncement de sourcil terriblement hautain, avant de se détourner vers les escaliers sans même regarder ses chaussures piégées. C'était Hinata Hyuuga, la froide et qu'aimait son père, qui semblait visible à cet instant. Etrangement, elle ne pensait plus « Comment père réagirait-il dans cette situation ? » mais plutôt « Que dirait Naruto-kun, devant cette blague imbécile ? » Sûrement qu'il aurait soit ri, soit hurlé et menacé les fautives. Mais au fond d'elle-même, elle se disait que ça ne valait même pas la peine de réagir.

Totalement indifférente à l'odeur mentholée que dégageaient ses chaussures, Hinata monta les escaliers, ferme, décidée et quelque part, un peu fière aussi.

Bien sûr, la fierté fut de courte durée : marcher toute une journée les chaussettes figées dans du chewing-gum était loin d'être agréable. Elle avait l'impression que ses pieds fondaient, la plante transformée en un miasme gluant. Mais la Hyuuga avait poussé son sens de l'honneur au maximum; de toute la journée, elle n'osa pas une seule fois montrer que ses membres inférieurs la dérangeaient. Elle revit Naruto et les Sabaku avec joie, reprit avec eux leurs discussions habituelles, sans jamais faiblir, alla même marcher avec Kiba et Shino pendant la pause de midi, puis passant la pause de quatre heure avec Tenten et Neji à la bibliothèque du lycée. Jamais la pauvre brune ne put trouver le moment de s'éclipser aux toilettes pour arranger le massacre. Plusieurs fois, elle tenta de filer discrètement, mais les toilettes étaient toujours bondées : inconcevable de déballer l'horreur devant la moitié du lycée. Chacun de ses pas étaient calculé, de façon à ce que l'inconfort ne soit pas visible. Les groupies la regardaient d'un œil ébahi, vexées par sa provocation, et impressionnées par son indifférence. Certaines riaient de sa situation, d'autres n'osaient rien dire, oscillant entre l'admiration et la pitié. Ino et Sakura remarquèrent cette effervescence inhabituelle, et comprirent rapidement son origine.

« Elles sont ridicules, remarqua la blonde, dépitée. C'est le genre de blagues qu'on fait en maternelle !

_ C'est Hinata qui est ridicule, objecta Sakura, en faisant la moue. Ca ne lui coûterait rien d'aller nettoyer ça, pourquoi est-ce qu'elle s'obstine à faire comme si de rien n'était ? »

Les deux adolescentes eurent un silence, en fixant la victime d'un œil incrédule. La jeune fille aux yeux verts finit par se détourner de la pitoyable scène avec un soupir. Ino lui fit une tape, et commença à railler :

« Tu es vraiment sans pitié, des fois, Sakura. »

L'interpellée se mit à rire.

Ce fut seulement à la fin de la longue journée de cours qu'enfin la sonnerie retentit. Temari lui donna l'heure de rendez-vous pour le cinéma du soir, juste avant qu'ils ne se séparent. Dès que les Sabaku furent hors de vue, Hinata s'élança vers les toilettes du premier étage.

La pâte à mâcher s'étendit en longs fils odorants lorsqu'elle retira les chaussures. Ses chaussettes étaient ruinées, totalement imbibées de chewing-gum, de même que l'intérieur des chaussons. En fait, c'était comme si les deux accessoires avaient fusionné ensemble, la sueur ayant fait que la matière avait collé aux deux tissus. Hinata laissa échapper un « bêark » repoussant en enleva ses chaussettes. Pieds nus sur le sol salis par toute une journée d'élèves pressés, elle s'attela au nettoyage difficile des objets.

Bien entendu, alors que la brune s'échinait à arracher chaque morceaux de gomme à mâcher de sa chaussette droite, des piaillements se firent entendre à la porte. C'est avec désespoir qu'Hinata reconnut ses tyrans qui pénétraient les toilettes. Elles étaient six, à se stopper, devant la brune attelée à son lavabo.

« Tu te décides enfin à enlever tout ça, demanda l'une d'elle, visiblement dégoûtée.

_ Ca pue, c'est horrible.

_ Un mélange de sueur, d'odeur de pieds et de menthe, immonde. »

La troupe s'avança, et toutes se mirent devant les miroirs, aux côtés de la jeune fille. Cette dernière fit comme si elle ne les avait pas vues, et continua son nettoyage sans rien dire. Certaines lycéennes s'irritèrent ; une lui lança une éclaboussure d'eau.

« Arrête de faire ta fière, réagis. Lança-t-elle. Le ton n'était pas moqueur comme d'habitude, on sentait un réel agacement qui planait sur tout le groupe. C'est aussi cette même contrariété qui se lut sur les yeux d'Hinata, lorsqu'elle se retourna vers ses persécutrices.

« Qu'est-ce que vous voulez de plus ? » Demanda la brune, le plus calmement possible. Le fait que les filles soient devenues sérieuses ne lui plaisait pas du tout.

« Sakura-san et Ino-san sont allées se plaindre à la direction, répondit une meneuse qui s'avança dangereusement vers elle. Comme quoi, ce serait nous qui aurions piégé tes chaussons. Qu'est-ce que tu en penses ? »

Hinata ouvrit grand les yeux. Ino et Sakura ? Elle ne leur avait pas adressé la parole depuis la fois où elles avaient pris un chocolat ensemble. La brune se souvenait parfaitement de l'avertissement qu'elles lui avaient lancé à cette époque.

« C'est impossible, fit-elle, incrédule.

Hinata n'eut absolument pas le temps de réagir, qu'elle sentit une main s'abattre sur sa joue avec violence. Le choc lui fit lâcher sa chaussure, et elle dut se reculer contre le mur pour ne pas tomber, avant qu'une douleur sourde se mit à résonner dans sa chair.

« Tu es vraiment une petite pute, lança son agresseur. Tu ne peux pas arrêter de te mêler de tout, à fricoter avec les cas sociaux, puis après, tu viens quémander de l'aide à Sakura-san ; pour qui tu te prends ?

_ Reste à ta place, t'as rien à foutre dans ce lycée ! Explosèrent les autres.

_ Et vous alors ? » Riposta Hinata, ayant repris ses esprits. La main plaquée contre sa joue rougissante, elle les défiait du regard. « Je n'ai rien à voir avec vous, au contraire ! Si je veux fréquenter les Sabaku, c'est mon problème, qu'est-ce que cela a à voir avec vous ? »

Celle qui l'avait frappée s'avança encore plus, et la plaqua contre le mur.

« C'est toi qui fous le bordel, Hinata-chan, fit-elle, on était très bien avant que tu ne débarques. Depuis que tu es là, Ino-san et Sakura-san, elles ne sont plus pareilles.

_ En quoi ça vous regarde ? Provoqua encore Hinata, toujours aussi ferme, vous m'accusez de fouiner, mais c'est vous qui vous mêlez des affaires des autres. »

La réponse fut physique Hinata se plia en deux, sous le choc. La groupie avait enfoncé son poing juste en dessous de ses côtes, lui coupant littéralement le souffle. Le groupe commença à l'insulter de façons diverses, alors qu'elle tentait vainement de retrouver sa respiration.

Mais Hinata ne baissait pas les yeux. Ses agresseurs l'entouraient, menaçantes ; malgré son esprit totalement paniqué, la brune s'empêcha de fléchir et garda son regard fiché dans celui de la fille qui l'avait frappée. Elle les regardait de bas, sans se détourner. Bien qu'en position très problématique, Hinata craignait seulement, en quelque sorte, de se faire frapper de nouveau. Ces groupies qui l'entouraient lui semblaient, à cet instant, terriblement petites, et loin, inférieures. Elles s'attaquaient à elle sans raison ; c'était certain que le groupe ignorait tout de l'histoire des Sabaku. Hinata était persuadée que ce qu'il s'était passé avait forcément un lien avec l'organisation actuelle du lycée, avec les traitements qu'on lui faisait subir. Mais ces filles ne savaient rien, se contentaient de profiter du système de l'établissement pour persécuter ceux qui en étaient automatiquement exclus. Maintenant que la Hyuuga avait trouvé une piste, commençait à visionner les choses, ces mijaurées lui semblaient ridicules. Depuis le début de l'année, Hinata n'avait su comment s'en défaire, son insupportable politesse et sa faiblesse l'avaient figée alors qu'elle acceptait de se faire maltraiter, sans broncher. Elle pensait simplement attendre que ses tyrans se lassent un jour.

Mais ce soir-là, Hinata était dans un état d'esprit totalement différent. Elle avait peur, elle avait mal ; mais la brune était aussi révoltée par ces bêcheuses qui croyaient faire la loi sans voir plus loin que le bout de leur cil.

« Vous me détestez sans même savoir pourquoi, lança-t-elle, la respiration encore hachée, vous êtes là pour me frapper, mais qu'est-ce que vous espérez après m'avoir mise à mort ? »

Ce fut posé avec un mélange de supplication et de défi. Quelques filles furent déstabilisées, s'interrogeaient du regard. Mais la meneuse et le reste de la bande s'en vexèrent, et se rapprochèrent d'autant plus dangereusement. L'une s'énerva :

« Et toi, qu'est-ce que tu sais ? Souffla-t-elle.

_ Sakura-san ou Ino-san t'ont dit quelque chose ? Avança une autre, soudainement plus curieuse que menaçante. Hinata tiqua, voyant que l'intérêt basculait sur un autre sujet.

« Qu'est-ce que tu as appris ? Interrogea celle qui l'avait giflée.

_ Je ne vois pas ce que Sakura-san aurait pu me révéler, répondit la brune, sincèrement prise de court par cette question. A cela, son agresseur plaça son visage tout près du sien ; Hinata pouvait respirer l'odeur poudrée de son fond de teint.

« Arrête de mentir. Tu sais quelque chose sur les Sabaku, dit-elle, Ino-san… elles t'ont dit quelque chose.

_ Pardon ? Bégaya Hinata, décontenancée.

_ Pourquoi est-ce qu'elles seraient allées te protéger chez Tsunade, alors ?

_ Qu'est-ce qu'elles ont avec toi ?

_ Je ne comprends rien ! Lâcha la jeune fille oppressée.

_ Arrête de faire ta petite victime ! » Crachèrent les adolescentes.

Hinata se fit gifler de nouveau, sur l'autre joue. Puis elles commencèrent à la frapper plus fort lorsque l'assaillie sentit sa mâchoire à la limite du décrochage, elle riposta en bloquant tant bien que mal un point qui s'abattait. Les coups redoublèrent, tandis que l'autre hurlait de lui lâcher la main. Puis voyant qu'Hinata ne voulait pas céder, celle qu'elle tenait par le poignet lui saisit le col de la veste avec sa main libre, et l'éloigna sur le côté avec une violence inouïe.

« Crève ! » Jura-t-elle, avec une sincère colère. L'attaquante la poussa de nouveau, avec encore plus de force. Toutes les six se mirent à la bousculer, jusqu'à ce que l'une d'entre elle ne la percute bien plus sauvagement, au point qu'Hinata fut littéralement propulsée vers une cabine de toilette. Elle n'eut pas le temps de se rattraper : tête la première, la brune chuta et heurta brutalement la cuvette. Après un grand vide, Hinata sentit l'étourdissement accompagner la douleur progressive. La Hyuuga poussa un léger gémissement, soudainement incapable de bouger, le monde autour d'elle comme sur le point de se liquéfier.

« Elle saigne, remarqua une fille, commençant à s'affoler.

_ Ferme la porte !

_ Arrête, la porte est fichue, elle ne va pas pouvoir sortir.

_ Justement.

_ Elle est trop à la masse pour sortir de toute façon.

_ Ca saigne de partout ! Qu'est-ce que c'est que ça, tu l'as tuée !

_ J'ai rien fait !

_ Y a toujours plein de sang pour les blessures à la tête.

_ Fermez la porte !

_ Ouais, fermez, qu'on en finisse, j'en ai marre, qu'elle crève enfin !

_ Je ne pensais pas la pousser aussi fort…

_ On ferme. Tant pis pour elle.

_ On reviendra la chercher demain, elle ne peut pas crever pour ça.

_ Les filles…

_ On se barre ! Ferme cette porte ! »

Hinata ne sentit pas la porte qui s'abattit contre son genou. Elle était cramponnée à la cuvette, se sentant défaillir. Tout s'assombrissait, quelque chose de chaud coulait sur son visage, teintait sa vision en rouge. La lumière s'éteignit, et la brune se laissa alors glisser contre la céramique, jusqu'à tomber sur le sol humide et sale. Les pas de ses agresseurs en fuite s'éloignèrent, et ressemblaient à des gargouillements leurs voix se déformaient. Tout devenait noir. Par terre, la jeune fille s'évanouit finalement.

Lorsqu'elle ouvrit les yeux, Hinata mit beaucoup de temps à comprendre qu'elle s'était réveillée. L'obscurité totale de la pièce lui semblait comme un rêve quelconque, et elle resta ainsi recroquevillée sur le carrelage pendant plusieurs bonnes minutes. Lorsque la brune parvint à se redresser, elle se plaque la main contre le front, prise de spasmes douloureux : c'était comme si une énorme boule avait poussé sous sa peau, et battait au rythme de son cœur. Hinata s'assit contre le mur, tentant de réduire les contractions. Puis au fur et à mesure que les esprits lui revenaient, le sens de la réalité reprit aussi le dessus.

« Quelle heure est-il ? » Fit-elle subitement, se rendant compte de sa situation. Ses souvenirs quant au pourquoi de son atterrissage dans cette espace obscur étaient encore flous, mais elle se reconnut bien dans les toilettes du lycée. Un poussée de rage et de désespoir lui étreignirent la poitrine, tandis qu'elle se relevait péniblement.

La porte était fermée. Le verrou, introuvable ; il n'en restait qu'un orifice au niveau de la poignée.

« C'est pas vrai… » Murmura la brune, abattue. Elle avait l'impression de s'être fait jeter un seau d'eau chaude et sale sur la tête : son visage était gluant, une croûte glutineuse s'était formée sur le côté droit de son front. La délaissée s'appuya contre le mur, retenant un gémissement. Elle frappa une fois contre la porte. Puis une autre. Et encore.

Des coups inutiles, tout l'établissement était plongé dans l'obscurité ; aucun espoir que quelqu'un entende le bruit de ses mains contre la paroi. De nouveau, Hinata tenta de l'ouvrir, mais la cale était trop bien inséré dans l'amorce, sans la poignée il était impossible d'ouvrir la porte. Dans le noir complet, la brune gratta avec ses ongles, espérant décoincer la cale, sans succès. Elle frappa de nouveau, cette fois-ci par dépit. Le coup fut si fort qu'elle eut de nouveau mal à la tête, et dût se rassoir pour reprendre ses esprits.

Hinata se sentait hirsute, faible. Dans cet état, la Hyuuga n'avait même plus de dégoût à l'idée de poser son postérieur sur le sol mouillé et couvert de terre. A ce propos, elle ignorait d'ailleurs pourquoi aucun agent d'entretien n'était encore passé ; il n'était peut-être pas si tard que cela… Ou alors, cela signifiait juste que les employés faisaient le ménage le matin, avant l'arrivée des élèves, ce qui était tout aussi probable, vu l'organisation relativement discutable de cet établissement. Hinata soupira, désespérée. Les larmes lui vinrent aux yeux, en même temps que la panique. Quelle heure était-il ? Sa tante allait la tuer. Elle n'allait quand même pas passer la nuit ici ? Et demain, quand on la trouvera, dégoûtante, puante, qu'allait-on dire ? Qu'allait-il dire ?

Quand ses pensées se détournèrent vers Naruto, son estomac se crispa d'horreur. « Le cinéma ! » s'exclama-t-elle soudain, pour elle-même. Hinata l'avait totalement oublié, dans son malheur. Ce rappel fit naître une nouvelle couche de panique qui vint s'ajouter à la précédente. Précipitamment, elle glissa un pied sous la porte : trop bas. Elle ne pourrait jamais ramper en dessous. Son autre option était par-dessus. La victime gémit d'avance.

Dans les ténèbres, l'adolescente se hissa sur la cuvette des toilettes. Le tout était de pouvoir passer dans une des cabines voisines, d'où elle devrait pouvoir sortir. En équilibre sur la céramique glissante, Hinata réfléchit à comment réussir à grimper sur les parois. Elles étaient hautes d'un peu plus de deux mètres la jeune fille doutait de sa capacité à pouvoir se tirer jusque là. Attrapant fermement des deux mains le sommet de la paroi, la brune eut une prière silencieuse, et attendit que son tournis diminue encore un peu. Puis elle s'élança.

Dans un fracas étourdissant, ses genoux percutèrent la paroi violemment. La Hyuuga, retenant sa respiration par réflexe, remonta le plus vite possible ses jambes, en prenant appui sur la chasse d'eau. Elle se retrouva à califourchon sur l'arrête du paravent séparant les deux cabines, haletante, la tête lui tournant de plus belle. Hinata cligna fortement des yeux, pour reprendre ses esprits, vainement. C'était inutile, son cœur battait trop vite, son crâne malmené était le sujet de violentes pulsations douloureuses qui brisait son sens de l'équilibre : la brune tanguait, se rattrapait difficilement. Pour ne pas tomber, elle s'allongea plus ou moins sur l'arête, mais ce geste ne fit que la faire pencher un peu plus. Elle lâcha prise, et bascula de l'autre côté de la paroi.

Le choc fut terriblement dur. De nouveau, Hinata tomba la tête la première, cognant son épaule contre la cuvette, et claquant brutalement le haut de son dos sur le carrelage. Ayant échappé de peu au cou du lapin, elle ne put s'empêcher de se recroqueviller de douleur, avec la sensation de s'être brisé l'omoplate et la nuque. Cette nouvelle chute lui valu une nouvelle baisse de conscience, elle faillit s'évanouir à nouveau. A la place, elle se mit à renifler, retenant ses larmes, la main plaquée contre le miasme qui lui recouvrait le front. Au moins, Hinata était tombée du bon côté : la porte était grande ouverte.

Elle rampa hors de la cabine, essoufflée. A tâtons, la brune rechercha son sac, priant pour que les filles ne l'aient pas embarqué pour rire une dernière fois. Mais par chance, elle sentit rapidement le tissu contre sa main, et ramena l'objet sain contre elle, avec soulagement. La jeune fille farfouilla à l'aveuglette, en tira son portable ; impatiente, mais terriblement anxieuse, elle l'alluma.

Huit heure quarante-deux.

« Oh non… » Gémit-elle. La pauvre se crispa encore plus en remarquant les sept appels en absence. Deux de Naruto, deux de Temari, trois de sa tante. Les trois derniers étaient comme la matérialisation de la guillotine Hyuuga juste au dessus de sa tête. Sa sœur lui avait envoyé deux messages, et les Sabaku avaient un record de huit.

« Bah, t'es où ? »

« T'as quatre minutes pour débarquer, avant de rater le début. »

« Tu pues. »

« Il se passe quoi, à la fille du PDG, elle est décédée ? »

Hinata ne put même pas rire au faux vocabulaire du blond. « Presque. » Répondit-elle toute seule. C'était inutile de résister maintenant, les larmes se mêlaient au sang sur son visage. Elle ignorait que la matière visqueuse qui recouvrait ses joues était de l'hémoglobine, mais la douleur sur son front était bien décelable. En plissant les yeux pour les débarrasser des larmes, les spasmes s'accentuèrent, et la brune eut un sifflement endolori. Elle resta quelques instants, agenouillée, à renifler sur son sort. Il ne restait plus grand-chose de sa détermination.

En se relevant, à la lumière du téléphone, Hinata se regarda dans la glace : cette vision lui provoqua un haut le cœur. Le sang lui donnait un visage tout droit sorti d'un film d'horreur. Elle se rinça la figure, mais enlever le début de croûte sur son front eût pour résultat de relancer le saignement ; elle pesta. De désespoir, la brune laissa sa plaie couler de tout son soûl, et boita vers l'extérieur. Cette visite nocturne du lycée lui permit de savoir que, même le soir, la grille à l'entrée était toujours grande ouverte, le concierge lisant son journal dans sa cabine. Petit soulagement, elle pu s'enfuir sans se faire voir.

Le trottoir valsait sous ses pieds. Hinata devait s'appuyer contre les murs pour rester debout. Les yeux mi-clos, alourdis par la fatigue et le sang qui leur avait coulé dessus, la brune ressemblait à une réchappée de guerre ; elle marchait en claudiquant, attirant tout les regards. Maladroitement, la blessée avait plus ou moins dissimulé sa plaie derrière sa frange, lâchant ses longs cheveux emmêlés et gras devant son visage. Elle avançait en reniflant. Les lieux lui semblaient étrangers, elle ne reconnaissait plus rien. En traversant les carrefours, la brune s'affaissait contre un lampadaire avant que le feu ne passe au vert, puis s'élançait à travers la rue pour se retenir au poteau de l'autre côté du passage clouté. Un homme lui proposa de l'aide, elle fit non de la tête sans le regarder, et continua son chemin boitillant. L'air hivernal la rafraîchissait, doucement la jeune fille sentait ses esprits lui revenir.

« Hinata ! »

Mais ce cri la glaça. Avec effroi, l'interpellée avait reconnu ce timbre de voix, et se figea sur place. Sur toutes les personnes qu'elle pouvait rencontrer dans la rue, celui-là était bien le dernier sur lequel la brune voulait tomber à cet instant.

Elle tourna la tête de quelques centimètres, pour bien confirmer sa terreur. Naruto se tenait à une trentaine de mètres derrière elle, l'air ahuri, yeux grands ouverts. Des écouteurs enfoncés dans les oreilles, deux sac plastiques à la main, il ressemblait à la fois où les deux adolescents s'étaient croisés sous la pluie, deux jours après la rentrée. Le blond s'avança, en l'appelant de nouveau ; Hinata fit violement volte-face, et recommença à marcher, plus vite. Ce n'est vraiment pas le moment qu'il me voie, se disait-elle, plutôt mourir. Elle n'avait jamais autant haï le sort qu'à cet instant, et ne parvenait pas à comprendre comment il était possible de se croiser ainsi, à la même heure, dans la même rue, le même jour, dans la ville la plus grande du pays. Trottinant, la brune avait lâché le mur et filait à toute vitesse ; la panique lui donnait des ailes.

« Qu'est-ce que… Hinata, mais arrête-toi ! » Hurlait Naruto, qui l'avait très bien reconnue. Il se mit à courir à son tour, bousculant les passants pour se frayer un passage dans la masse humaine. Hinata enchaînait les pardon, excusez-moi, s'il-vous plaît, et se glissait entre les gens, une main contre son front pour masquer la blessure, l'autre plaquant son sac contre sa hanche. Elle évita les carrefours, se contentait de bifurquer à chaque tournant, espérant le semer ; malheureusement il était bien plus efficace qu'elle en bourrinage et en course, et se rapprochait dangereusement.

Ils coururent ainsi sur une centaine de mètres, au milieu de la foule. Entre les protestations des piétons, Hinata entendait les appels du blond qui grandissaient, et elle ne faisait qu'accélérer. Soudain, elle aperçu une petite ruelle, qui coupait un bloc de bâtiments dans sa largeur ; la brune connaissait ce passage, savait où il menait, et avait espoir qu'en tournant au dernier moment, Naruto ne la suivrait pas. Lorsqu'elle l'eût atteinte, la Hyuuga fit un dérapage relativement bien maîtrisé et s'enfuit à travers le minuscule chemin ; malheureusement, ce changement soudain de direction relança son tournis. Hinata se remit à claudiquer, ralentissant sa tête avait de nouveaux lancements de douleur. La brune se courba, rapetissant ses pas, se tenant de nouveau contre le mur glacé.

« Hinata, qu'est-ce que tu fous ? » Lança Naruto, en s'engageant à sa suite dans la ruelle. La concernée s'arrêta définitivement, mais essayant d'avancer, elle se heurta contre le mur, et dût se laissa glisser au sol. Le blond arrêta de courir, et la rejoignit en quelques pas. Elle était recroquevillée contre la pierre, le visage dans les genoux.

« Hinata. » appela-t-il de nouveau, plus doucement cette fois. La brune ne répondit rien. De là où elle était, elle pouvait entendre la musique de ses écouteurs, qu'il mettait toujours bien trop fort ; l'adolescente renifla, et resserra encore un peu plus ses jambes contre elle. Naruto ne s'approchait pas plus. Il était à moins de deux pas de la jeune fille, et restait debout.

« Qu'est-ce qu'il s'est passé ?

_ Rien. »

Il eût un gémissement exaspéré, puis s'avança d'un pas. Dans la pénombre de la ruelle, le blond aperçu les taches qui recouvraient les vêtements d'Hinata. Il reconnu le sang, qui avait coulé sur ses épaules et ses manches. Cette vision le fit tressaillir, il serra les poings contre ses sacs plastiques, et dit en se courbant vers elle :

« C'est les groupies ? »

Hinata ne fit que se pencher encore plus contre ses cuisses. Le blond comprit très bien ce geste. Il s'accroupit enfin près d'elle.

« Regarde-moi. » Sa voix tremblait.

La brune fut surprise par ce ton, mais fit non de la tête.

« Hinata. » souffla-t-il, encore plus faiblement. Elle renifla encore, se crispa un peu plus. Puis, doucement, la blessée remonta à moitié son visage, sans oser le regarder dans les yeux. Naruto déglutit en apercevant la plaie, et ferma les yeux dans une expression d'extrême souffrance. Il jura en se reculant, la main contre son nez.

« Qu'est-ce qu'elles t'ont fait ? murmura-t-il, de loin.

_ Rien, rien, je… Je suis tombée, expliqua Hinata, toujours tournée vers le mur. Je me suis cognée.

_ Arrête de raconter des conneries… Qu'est-ce qu'elles ont fait ?

_ C'est la vérité, protesta-t-elle.

C'était vraiment la vérité. Elle ne voulait juste pas avouer qu'elle s'était pris la cuvette des toilettes en pleine tête, et qu'elle y était restée enfermée pendant plusieurs heures, assommée. Dans l'obscurité, Naruto ne pouvait pas distinguer ses larmes, mais il se doutait bien de l'origine des reniflements. Quant à elle, la jeune fille était perturbée par la réaction du blond. Il semblait se retenir de s'approcher plus, et sa voix n'était pas du tout assurée. Toujours détournée, Hinata se refusait à lui raconter quoi que ce soit.

« Faut soigner ça. Murmura-t-il, osant la regarder de nouveau.

_ Je vais me débrouiller, balbutia la brune, ce n'est qu'une coupure, ça saigne toujours beaucoup à la tête, mais…

_ Je sais, coupa Naruto. Il la regardait avec sévérité, mais Hinata distinguait surtout un flot de tristesse qui se déversait de son être. L'adolescent ajouta :

« Tu vas mettre trop longtemps à rentrer chez toi, tu vas t'évanouir avant même d'atteindre le métro… Constata-t-il. Si tu tenais tant à me fuir, pourquoi est-ce que tu te dirigeais vers chez nous, alors que tu habites de l'autre côté ? »

Il avait faussement ri, en se relevant. Finalement, Hinata était d'accord avec son interrogation. L'inconscient est parfois trompeur. Le blond l'aida à se relever ; ce fut la première fois qu'il se permit un contact physique. La jeune fille remarqua que sa main tremblait, et qu'il avait des pas étrangement saccadés.

« Temari a une trousse à pharmacie. » Marmonna-t-il en se dirigeant vers la sortie de la ruelle. Elle le regarda marcher, hésitante, rouge de honte. Pourquoi fallait-il toujours qu'elle finisse par devoir se reposer sur lui ? Cela faisait plusieurs fois qu'il devait assumer ses problèmes. Posant de nouveau sa paume contre son front endolori, l'adolescente se décida à le suivre, voyant qu'il s'était retourné pour l'attendre. En atteignant la rue, le jeune homme lui tendit son bras, pour ne pas risquer une nouvelle baisse de tension.

« Naruto-kun, murmura la brune en se tenant à son coude, et le cinéma ? » Elle venait tout juste d'y repenser, se rendant compte qu'à cette heure-ci, le film ne devait toujours pas être terminé.

« Tes non-réponses ne m'ont pas plu, répondit-il d'un ton faussement froid, et apparemment j'ai bien fait de m'inquiéter. »

Elle le regarda avec des gros yeux, lui demandant pardon.

« Je reviens de chez toi, fit-il. Ta tante n'avait pas l'air de savoir si elle devait m'assassiner ou me remercier de te porter tant d'attention, parce que personne ne semblait avoir remarqué ton absence.

_ Tu es allée chez moi ? Hinata se stoppa, stupéfaite.

_ Ta sœur m'a dit que tu n'étais toujours pas rentrée, et tu ne répondais pas au téléphone. Elle est sûrement en train de s'arracher les cheveux d'inquiétude, tu sais ; elle était persuadée que tu t'étais faite enlever, violer, ou un autre truc dans le genre bien gai. »

La brune se répandit alors en excuses, totalement abasourdie. Toujours sans croiser son regard, Naruto se mit à pianoter sur son portable, prévenant la cadette Hyuuga de la survie de sa sœur. Hanabi lui avait donné son numéro, dans l'espoir qu'il la tiendrait au courant si jamais la disparue refaisait surface.

« Laisse tomber, fit-il simplement, pour interrompre sa série d'excuses. Il regardait toujours droit devant lui, sans faire un seul geste vers elle qui se tenait un peu derrière.

« Il faut nettoyer ton front, ça a l'air d'être assez méchant, ajouta-t-il, plus inquiet. On soigne ça à la maison, histoire que tu ne rentres pas chez toi comme ça… Sinon je vais vraiment avoir des ennuis. Termina-t-il avec un rire très peu sincère.

_ Depuis quand crains-tu les ennuis venant de mon père, Naruto-kun ? » Avait-elle soufflé alors. Il ne réagit pas, se contentant de reprendre sa marche. Jusqu'à l'appartement, il ne lui proposa plus son bras, mais Hinata marchait sans difficulté. Le blond l'inquiétait. Elle était salement amochée, pourtant le comportement de l'Uzumaki lui était si étrange que sa blessure disparaissait. Ils avançaient, éloignés l'un de l'autre d'au moins trois pas. Hinata n'osait pas se rapprocher, l'adolescent semblait avoir monté une barrière entre eux, comme une distance de sécurité.

Lorsqu'Hinata s'assit sur le canapé de la salle à vivre, dans l'appartement Sabaku, à la même place qu'elle occupait la veille aux côtés de Gaara, le blond sembla faire plus d'efforts pour être chaleureux. Il l'avait guidée jusqu'aux toilettes, dans le couloir, pour qu'elle se nettoie le visage. La brune avait fait semblant de découvrir l'habitation, craignant qu'il ne trouve suspect le fait qu'elle y soit déjà passé en son absence. Pendant qu'elle s'était rincée, le jeune homme avait sorti d'un placard une grosse sacoche blanche, et avait commencé à farfouiller à l'intérieur. Maintenant que la blessée était installée sur le canapé, Naruto lui tendit des compresses humectées de désinfectant. Le remerciant, elle la posa contre sa plaie. La douleur piqua, la faisant plisser les yeux. Naruto regardait ailleurs.

« Naruto-kun, fit-elle, lorsque le désinfectant cessa de lui brûler le front. Il répondit par un grognement.

« Naruto-kun, répéta-t-elle, Est-ce que tout va bien ? »

Il tourna son regard vers elle. Hinata le fixait de ses yeux inquiets, qu'à force, il devait bien connaître. Un genou sur le canapé, la main posée sur la compresse par-dessus sa plaie, la jeune fille était ruisselante d'eau et de diverses saletés. Il eut un soubresaut.

« J'ai l'air de mauvais poil ? Il répondit.

_ Ce n'est pas ça, murmura-t-elle, tu as l'air différent…

_ J'ai pas pour habitude de récolter des filles ensanglantées dans la rue, désolé. »

Il avait parlé d'une voix tranchante, Hinata se figea devant cette soudaine irritation. Elle n'osa plus rien dire, rougissante, embarrassée. Normal qu'il soit énervé, pensait la jeune fille elle était déjà assez gonflée de profiter de son hospitalité ainsi pour se permettre de juger son humeur. La Hyuuga baissa les yeux, repentante. En la voyant ainsi, Naruto se radoucit, se sentant peut-être un peu coupable de la traiter ainsi.

« Désolé, fit-il, sans ironie cette fois. Je suis crevé, et on s'est vraiment inquiétés. Ca m'a foutu sur les nerfs.

_ C'est moi, répondit Hinata.

Elle le fixa de nouveau, lui n'osait toujours pas soutenir son regard. Il s'était appuyé au bar de la kitchenette, les yeux tournés vers l'accoudoir du canapé. La brune remarquait encore des soubresauts, des tressautements de sourcils, des reniflements répétés… Quelque chose n'allait pas, mais elle ne pouvait lui demander. C'est lui qui finalement releva la tête vers elle, soudain pris d'une détermination forcée.

« Hinata, est-ce que… » Il s'interrompit, hésitant. Elle avança son buste, en signe d'encouragement, heureuse de ce silence brisé.

« C'est… A propos de ce qu'il s'est passé… Au nouvel an, chuchota-t-il presque. Hinata fut surprise, elle pensait qu'il n'aurait plus jamais voulu aborder le sujet.

« Cet Itachi, il t'a dit quelque chose ? »

Naruto la regardait avec un air très sérieux, très concentré, mais il ne semblait pas pouvoir réfréner les spasmes qui secouaient son corps. La concernée ne sut quoi répondre ; fallait-il qu'elle avoue ses découvertes ? Ce serait montrer qu'elle avait trahi sa confiance. La brune se mordit l'intérieur de la joue, sentant une angoisse se nouer autour de son cœur. Devant son silence, le regard du jeune homme devint très sombre.

« Qu'est-ce qu'il a raconté ? »

Cette fois, l'adolescente se recula, maintenant effrayée par le ton que Naruto prenait. Elle allait répondre « rien », mais il la devança.

« C'est inutile de me dire n'importe quoi, je suis sûr qu'il a lâché des trucs… La preuve, fit-il en la montrant d'un geste de menton. Voyant qu'elle se rétractait un peu plus, il murmura : « Hinata. » Sûrement que le blond avait tenté de prendre une voix douce, mais les dernières syllabes se cassèrent dans un léger haut-le-cœur. L'interrogée se renfrogna encore un peu, mais articula :

« Il ne m'a rien dit de spécial. »

Le blond fronça les sourcils, exprimant clairement son incrédulité. Hinata se mordit la lèvre, toujours embarrassée.

« Il m'a, chuchota-t-elle presque, montré un journal. »

Elle essayait de remanier l'histoire. Le jeune homme eut un toussotement, ce qui fit frissonner la brune : elle avait déjà vu ces symptômes. Hinata commençait réellement à avoir peur.

« Quel journal ? Demanda-t-il, toujours sombre. L'adolescente décida de tout dire, voyant qu'il ne la laisserait pas mentir plus longtemps.

_ Il datait d'il y a quinze ans. »

Cela suffit à faire comprendre à Naruto ce qu'elle savait exactement. Il n'eut pas besoin de demander si elle l'avait lu ou non. Dans un soupir, le blond se mit le visage dans une main, et resta quelques secondes à réfléchir. Dans le silence qui suivit, Hinata ne sut quoi ajouter, et se contenta de poser un pansement sur sa plaie, sans rien dire.

« C'est tout ? Murmura-t-il finalement, entre ses doigts. Elle acquiesça vivement, voulant à tout prix le convaincre. Puis lentement, le blond releva la tête, pour planter son regard blessé dans celui de la Hyuuga. Il semblait à la limite des larmes, les yeux rougis.

« Et qu'est-ce qu'il s'est passé finalement, tout à l'heure ?

_ Je te l'ai déjà dit, je suis tombée, et je me suis…

_ Arrête de mentir ! Vociféra-t-il soudain. Naruto avait rentré sa tête dans ses épaules pour crier, et la fixait maintenant d'un air enragé. L'adolescente tressauta à cette menace, et se recula encore.

« Je sais que c'est le groupe des idiotes qui t'ont fait quelque chose, c'est flagrant, arrête de raconter des conneries, déblatéra le blond avec hargne, mais pourquoi est-ce qu'elles se sont attaquées à toi comme ça ? Plus que d'habitude ! Qu'est-ce qu'il s'est passé exactement ?

_ Rien, rien, je t'assure, Naruto-kun, défendit Hinata, j'ai… Elles m'ont fait une mauvaise blague ce matin, c'est tout… »

Il plissa les yeux, dégageant bien plus de ressentiment. Hinata prit peur.

« J'avais juste décidé de ne plus me laisser faire, je leur ai fait comprendre que ces plaisanteries ne m'affectaient pas, elles n'ont pas apprécié, c'est tout, il ne s'est rien passé de plus… Ca n'a aucun rapport, je suis juste tombée avant de partir…

_ C'est à cause d'Itachi ? »

Cette fois, Hinata eut un arrêt, surprise par le lien que Naruto faisait entre l'accident et le président Uchiwa.

« Il t'a dit de te mêler de ce qui ne te regarde pas, il t'a balancé un beau discours sur l'amitié, hein ? Lança le blond, puis il s'affaissa sur lui-même, soudainement plus faible.

_ Naruto-kun, commença Hinata, voyant qu'il semblait plus calme, mais il l'interrompit :

« C'est de ma faute, souffla-t-il simplement.

_ Absolument pas, écoute…

_ Tu n'as rien à dire, Hinata, rien à dire. C'est de ma faute, depuis le début, c'est de ma faute.

Sa voix baissait, tandis qu'il commençait à marmonner tout seul. La jeune fille l'appela de nouveau, mais voyant qu'il semblait perdu dans ses chuchotements, elle se leva et s'approcha de lui. Puis, doucement, elle posa ses mains sur les bras du blond, qui avait de nouveau caché son visage dans ses mains. A ce contact, il eut un énorme sursaut, et se redressa vivement. Naruto ne lui laissa pas le temps de commencer à parler, qu'il enchaîna :

« Hinata, il faut que tu sortes de tout ça, arrête, sérieusement, souffla-t-il, dans un pitoyable murmure, tu vois déjà dans quel état tu es, ne va pas plus loin…

_ Ce n'est pas toi qui m'as blessée, dit-elle doucement.

_ Si, c'est moi, c'est de ma faute, tout ce qui se passe est de ma faute, alors arrête, sinon ça va… Sa voix faiblissait tellement qu'Hinata ne put percevoir les derniers mots.

_ Naruto-kun, ce qu'Uchiwa-san m'a appris ne change pas ce que je pense de toi, rassura Hinata, rougissante, craignant de trop en dire. Il eut un frémissement, et se mit à trembler. L'adolescente ne savait trop quoi faire, elle n'avait jamais vu Naruto dans cet état. Il ressemblait à un enfant. Cette idée fit naître un léger attendrissement dans l'esprit d'Hinata, et avec un doux sourire, elle murmure :

« Et puis, Naruto-kun, je te fais confiance. »

Ce phrase anodine déclencha un déclic chez le concerné. Ses yeux s'agrandirent soudain, sa bouche s'ouvrit en un gémissement silencieux, et d'un coup violent et brusque, il la repoussa en déployant ses bras. Il n'y avait pas autant de force dans ce mouvement que dans les toilettes du lycée, mais Hinata faillit tomber une nouvelle fois, totalement prise de court par ce refus inopiné. Alors qu'elle tentait de reprendre son équilibre, Naruto avait replié ses mains devant son visage, et les fixait d'un œil apeuré.

« Désolé, balbutia-t-il, je… » Il manquait de souffle, commençait à haleter. Hinata n'osa pas se rapprocher de nouveau, mais s'excusa elle aussi, essayant de retrouver le calme, mais le blond eut un nouveau pic de violence.

« Dégage, Hinata, va-t-en, fit-t-il, entre deux quintes de toux. Elle voulut l'interrompre, l'appela par son nom, mais la seule réponse qu'elle reçu fut un poing violent qui s'élança contre elle.

Il l'arrêta au dernier moment, à quelques centimètres de sa joue Hinata s'était figée sur place. Naruto replia son bras qui tremblait de plus belle, avant de le saisir de sa main libre, le fixant comme s'il était recouvert… de sang. Sa respiration était devenue totalement saccadée, bruyante, il suait à grosses gouttes. La jeune fille était glacée, incapable de bouger, le regardant glisser contre le bar pour se retrouver assis sur le parquet.

« Naruto-kun, articula-t-elle.

_ Va-t-en, Hinata.

_ Tu…

_ Dégage. »

Il ne la regardait pas, fixant son bras posé au sol. La brune, d'où elle se tenait, ne pouvait apercevoir le visage de Naruto, mais la brutalité de ses paroles et de ses actes l'avaient profondément touchée. Il lui ordonna une nouvelle fois de partir, cette fois-ci elle recula. Sa gorge était terriblement sèche, elle ne pouvait articuler aucun mot, aucun au revoir ; ainsi en silence, elle quitta l'appartement. Il ne vint pas la retenir ni dans le couloir, ni dans l'escalier. Elle marcha sans rien dire, comme un automate, jusque chez elle.

Sa tante cru avoir une crise d'apoplexie en voyant l'état de sa nièce, et faillit appeler l'hôpital. Hinata avait faiblement prétexté avoir besoin de sommeil pour aller s'enfermer dans sa chambre, où tout éclata.

Hinata ne s'était jamais autant haïe.

Naruto, sur le lit, face à la fenêtre. De l'autre côté de la rue, l'immeuble d'en face. Il fait nuit, Naruto fixe les lumières des habitations qui s'allument et s'éteignent.

« C'est trop bien l'anglais. T'es pas d'accord, Naruto ? Tout le monde dit que tu n'es qu'un démon. Le démon du bahut ! Genre, the school demon. Quelle classe, non ? L'anglais, ça rend tout tellement impressionnant, même les trucs les plus ridicules. Comme toi. Arrête de faire le fier, imbécile, t'es pas un démon ! Les autres, ils racontent que des bêtises, t'es tout sauf un quelconque être obscur. Je m'en fous, moi, des autres, t'inquiète pas. Tu pourras jamais rien faire de démoniaque, t'es trop débile pour ça. Non non, ne t'inquiète pas. Moi, je te fais confiance. »

Une lumière s'éteint pour la nuit, dans l'immeuble, à travers la fenêtre. Naruto regarde toujours. Du sang sur ses bras, il s'est griffé jusqu'à la veine. Le souffle lui revient. Il tire les rideaux.