Merci beaucoup pour les reviews et aussi ceux qui suivent mon histoire ! J'espère vraiment que ce chapitre va vous plaire et ne pas trop vous décevoir…Je vous rassure, les choses finiront par reprendre leur cours.

Merci à 2L pour la correction (j'oublie toujours de la remercier ^^)

Caence : C'est toujours agréable de se sentir appréciée. Merci.

Serdra : Non, ce n'est pas Ginny qui a lu les lettres, tu vas voir…Et tu n'imagines pas qu'elle est peut-être juste amoureuse ?

Brigitte26 : Aha : réponse ci-dessous…

VampireClamp : Merci pour tout.

Chapitre 10 : Comme avant

Harry referma lentement le couvercle de sa valise, fit glisser la fermeture éclair avant de se laisser tomber sur le lit, la lettre froissée dans sa main droite. Il joua avec le parchemin aux coins déchirés pendant une minute ou deux, son regard rivé sur ses doigts blancs et fébriles. Puis il releva les yeux vers la porte close du dortoir. Du pied, il repoussa le bagage sous le lit. Il avait l'impression de ne pas penser, que rien dans son cerveau ne fonctionnait. Juste le visage pâle de Drago, comme une photo collée à l'intérieur de ses paupières. Ses longues mèches presque blanches lui tombant sur les yeux. Cet air dur. Mais Harry était l'une des rares personnes à savoir que derrière les traits glacials se cachait un petit garçon, qui avait besoin d'être protégé. Il n'osait pas imaginer ce qui se produirait si le fouineur venait à révéler leur relation. Ça ferait le tour de l'école, sans aucun doute. Avant de partir et de résonner aux oreilles de Lucius Malefoy. Harry frissonna.

- Qu'est-ce que tu fais ?

La voix de Ron le tira de ses pensées. Harry s'empressa de chiffonner encore plus la lettre et de la glisser dans sa poche, le visage rouge.

- Rien. On va dîner ?

- Tu lisais encore une lettre de Dra…de ton ami ? demanda Ron, avec un sourire étrange.

Le sang d'Harry se gela dans ses veines. Non. C'était une illusion. Non, Ron n'avait pas commencé à prononcer le nom de Drago. Il devenait paranoïaque.

- Ouais, c'est ça. Une lettre de mon ami, articula-t-il avec lenteur.

- Il va être content de savoir que Ginny et toi êtes réconciliés. Vu qu'il voulait t'aider à lui dire que tu l'aimes.

Ron continuait avec son sourire sarcastique.

- Ouais. Il va être ravi. J'ai vraiment hâte de le lui annoncer. Alors, on y va ?

- Bien sûr. Hermione et Ginny sont déjà descendues.

- Ok. Cool.

Harry enfonça le papier plus profondément encore dans la poche de sa robe de sorcier et suivit Ron hors du dortoir.

- Je croyais que tu ne voulais pas qu'on se réconcilie, Ginny et moi, dit Harry, tendu.

- Oh, réconcilier, ça me dérange pas. Mais je n'aimerais pas que tu lui fasses du mal. En lui mentant, par exemple.

Harry ne répondit rien, se concentrant sur les marches qu'il descendait. Il sentait la panique l'envahir peu à peu. Il devait à tout prix parler à Drago. Jamais il n'avait autant eu besoin de lui. Cependant, il lui vint à l'esprit que c'était peut-être dangereux de continuer à le voir par la cheminée alors que Ron veillait au grain.

- Pourquoi je lui mentirais ? Elle a été géniale aujourd'hui. Si tu l'avais vue avec Kingsley, tu aurais plus fier que jamais d'être son grand frère.

- Et toi, Harry ? Tu étais fier, comme un grand frère ?

Harry soupira. Il croisa brièvement le regard de Ron.

- S'il faut que je sois un grand frère, Ron, je serais un frère. Mais je ne pense pas que Ginny ait besoin d'un frère de plus.

Il se remémora l'odeur de ses cheveux. Elle sentait bon. Une odeur fraîche, d'herbes et de fleurs, sucrée. Il se souvint qu'en sixième année, lorsqu'il avait reniflé l'Amortentia, cette potion d'amour qui changeait d'odeur selon la personne aimée, c'était ce parfum qu'il avait reconnu. Il se demanda ce que sentirait l'Amortentia pour lui maintenant. Il n'avait jamais réellement prêté attention à l'odeur de Drago mais, en fouillant dans sa mémoire, il lui semblait que Drago ne sentait rien de particulier.

- Je mentirais si je disais que ta sœur ne m'attirait pas. Mais je serai ce qu'il faut que je sois.

Ron hocha la tête. Ils arrivaient dans la Grande Salle.

Ils passèrent le repas à parler de la réformation de l'Armée de Dumbledore. Tous les anciens se joignirent à la discussion, ravis à l'idée d'agir à nouveau. Néanmoins, Harry ne pouvait s'empêcher de surveiller le moindre mot sortant de la bouche de Ron. Il avait l'impression que chacune de ses paroles criait « Tu aimes Drago ! Tu sors avec Drago ! » et cela le perturbait beaucoup. Il avait des difficultés à se concentrer. Il fallut attendre qu'il soit seul dans la salle commune, après que tous fussent partis se coucher, pour qu'il se détende enfin.

Il lisait un hors-série de la Gazette du Sorcier quand la tête de Drago parut dans les flammes. Enfin lire est un bien grand mot : Harry était trop impatient et il se contentait de tourner les pages à toute vitesse, manquant de les arracher, jetant à peine un coup d'œil aux photos animées.

- Salut, fit Drago.

Harry balança son magazine par-dessus son épaule et se précipita hors de son fauteuil pour se jeter sur le visage tant aimé. Sans peur de se brûler, il attrapa la tête de Drago à pleines mains et l'embrassa de toutes ses forces, mettant dans ce baiser tout l'amour qu'il pouvait contenir. Il dilata ses narines, s'efforçant d'emplir ses poumons de l'odeur de son prince. Mais il n'y avait pas d'odeur.

- Tu ne sens rien, murmura-t-il, d'un air déçu en rompant l'étreinte.

Drago éclata de rire.

- Je ne peux pas en dire autant de toi. La journée a été longue, on dirait.

Harry s'empourpra.

- Tu veux que j'aille prendre une douche ?

- Non, c'est bon. Raconte-moi plutôt pourquoi tu as transpiré comme un dragon en chaleur.

Harry sourit à la comparaison. Il déposa un nouveau baiser sur les lèvres fines, ses doigts caressant la peau si pâle dans le feu. Il en profita pour regarder si les plaies aperçues la dernière fois étaient encore là. Il subsistait un bleu léger sur la pommette gauche et une fine entaille le long de sa mâchoire du côté droit mais rien d'inquiétant. En tout cas, pas de nouvelle blessure.

- Qu'est-ce que tu regardes ?

- Tu es beau.

Harry frotta son visage contre celui de Drago.

- Je t'aime, chuchota-t-il.

- Moi aussi.

Leurs bouches se happèrent, les doigts d'Harry glissèrent dans les cheveux fluides comme l'eau d'une rivière. Ces cheveux qu'il aimait tant. Les flammes le réchauffaient, il entrait presque dans la cheminée tant il voulait être proche de lui.

- Je vais venir dans ta chambre, murmura-t-il, mi- sérieux, mi- rieur. Et je te ferai l'amour.

- Vaut mieux pas. On vient de…Mon père vient de rentrer. Il surveille.

- Il était où ? demanda Harry, les sourcils froncés sans pourtant cesser de mordiller la peau du cou de Drago.

- A…A Londres, il me semble, répondit Drago, d'une voix hésitante. Pourquoi ?

- J'étais en voyage aujourd'hui. Je suis allé à Godric's Hollow puis à Londres.

- Raconte.

Harry soupira en s'écartant de Drago. Il aurait pu passer des heures sans échanger une parole. Mais il savait qu'il devait parler à Drago, sinon il le regretterait par la suite.

- J'ai décidé hier d'aller sur la tombe de mes parents, vérifier par moi-même ce que tu m'avais dit.

- Tu n'as pas confiance en moi ?

Son petit ami fit la grimace.

- Bien sûr que si ! s'agaça Harry. Tu es beaucoup trop susceptible, tu sais ça ?

Sans attendre de réponses, il poursuivit son explication :

- Alors, Hermione, Ron et moi sommes allés à Pré-au-Lard pour transplaner. J'étais…

- Attends ! coupa de nouveau Drago. Ron ? Tu parles de Ronald Weasley ?

- A ton avis ? On connaît combien de Ron ?

- Mais…

- Il est venu s'excuser ce matin, s'empressa de mentir Harry. Je n'y croyais pas mais il semblait tellement désolé alors je lui ai pardonné. Il m'a dit qu'il a été stupide de faire passer les problèmes de cœur de sa sœur avant notre amitié donc…

- Tu es trop gentil, Harry, regretta Drago. Tu aurais fait un très mauvais Serpentard.

- Pourtant le Choixpeau voulait m'y envoyer, avoua Harry.

- Non ? C'est pas possible !

Drago le fixa, étonné. Il battit des cils à toute vitesse, n'y croyant vraiment pas.

- Pince-moi. Maintenant.

Harry gloussa bêtement et tendit une main pour serrer la joue mince de la tête ébahie entre deux doigts.

- Aie !

Harry laissa glisser ses doigts sur la peau douce tout en évitant soigneusement le bleu. Il comprenait que Drago ne veuille pas en parler. Il était trop fier. De toute façon, il devinait sans peine que c'était l'œuvre de Lucius Malefoy.

- Alors, comme ça, tu aurais pu être à Serpentard ? Avec moi ? interrogea Drago, que le sujet semblait passionner.

- Ouais. Mais j'ai dit au Choixpeau que je préférais Gryffondor alors j'ai été envoyé ici.

- Dommage. On aurait partagé un dortoir, imagina Drago.

Ils restèrent quelques instants sans rien dire, les yeux rêveurs. Harry s'inquiétait de ce qu'il aurait été de sa lutte contre Voldemort s'il avait été à Serpentard et comment Sirius l'aurait vu. Il sourit en songeant que les songes de Drago devaient être moins préoccupés. Il se doutait que la seule chose à laquelle pensait Drago, c'était les lits du dortoir des Serpentards et les choses qu'on pouvait y faire.

- Et donc ? reprit le jeune homme blond. Vous êtes allés à Godric's Hollow avec ce crétin de Ron ?

Harry opina du menton avant de relater les événements suivants. Drago se révéla bon public, écoutant attentivement chacun des mots de son amant. Il se mordit la lèvre quand Harry raconta comment les Néo-Mangemorts lui avaient laissé un message.

- Je n'étais pas au courant, pour le message, dit-il, sinon je t'aurais prévenu. Enfin, comme ça, leurs objectifs sont clairs.

Il expira profondément.

- Jure-moi de faire attention à toi, supplia-t-il d'une voix plus basse, comme si ces mots lui coûtaient.

- Ne t'inquiète pas pour moi. Je ne risque rien à Poudlard, sourit Harry et, pour le rassurer, il l'embrassa avec tendresse.

Cependant Drago se dégagea doucement pour le questionner à nouveau :

- Et Londres ?

Harry remarqua que ses lèvres tremblaient et que quelques gouttes de sueur perlaient sur son front. Il se demanda ce qui pouvait l'angoisser à ce point.

- C'est par rapport à ton père que tu veux savoir ?

- Non, répondit fermement Drago. Je ne m'intéresse pas à lui. Juste à toi.

Mais il avait détourné le regard pour parler. Harry renonça et lui expliqua la situation en détail, sans mentionner Ginny. A l'écouter, il avait été le seul à se braquer contre les attentats et il s'était rendu seul à Londres. Ce n'était pas pour cacher des choses qu'il mentait. Il savait que Drago était bien trop jaloux pour supporter de l'entendre dire qu'il avait tenu la main de Ginny ou qu'il l'avait serrée dans ses bras. Il aurait pourtant préféré mille fois serrer Drago dans ses bras.

- Et ce soir, acheva-t-il, je viens de découvrir que quelqu'un a fouillé dans mes lettres.

- Tes lettres ? répéta Drago, soucieux. Quelles lettres ?

- Les tiennes.

La tête de Drago sembla se métamorphoser en une grosse tomate.

- Celles où je…, balbutia-t-il.

- Oui, acquiesça Harry, avec un demi-sourire. Celles où tu te montres si…

- Harry, tais-toi, grogna Drago, de plus en plus rouge. Ou je t'étrangle.

- Tu n'as pas de bras, fit pertinemment Harry. Tiens d'ailleurs, j'en ai une avec moi.

Il fouilla dans sa poche et sortit le papier chiffonné.

- Il n'y a pas de quoi avoir honte, c'est vraiment mignon…

- Je ne suis PAS mignon !

Drago semblait regretter de plus en plus ses mains : il ne pouvait même pas se cacher le visage derrière.

- Non, mais Drago, je ne rigole pas, parvint à dire Harry entre deux éclats de rire. Je suis très touché. Tu es très romantique. Ecoute-moi ça : « Ebloui par de ton courage la lumière / La douceur exceptionnelle d'une réalité maintes fois rêvée / Je me noie sous une pluie plus belle, pénétrant dans une nouvelle ère / Nos lèvres unies dans le fleuve de l'oubli de mes erreurs passées. » C'est vraiment joli.

- S'il te plait, Harry, abrège mes souffrances. Maintenant, supplia Drago.

- Oh c'est bon ! Si on ne peut plus rire ! s'esclaffa Harry en rangeant la lettre dans sa poche.

Mais Drago, à défaut de pouvoir lui tourner le dos, affichait une moue boudeuse, les lèvres serrées. Harry secoua la tête d'un air exaspéré.

- Je ne comprends pas comment tu peux avoir honte de ton talent pour exprimer tes sentiments. Avec ta lettre d'amour, la toute première, tu as manqué de me faire pleurer. Tu devrais être fier. C'est l'une des premières choses que j'ai aimées chez toi. C'est ce qui m'a donné envie de découvrir le reste.

Il se rapprocha plus encore des flammes pour l'embrasser de nouveau du bout des lèvres. Drago ne bougea pas.

- Tu es encore plus mignon quand tu boudes, tu sais.

- Arrête. Je suis PAS mignon ! Je suis ridicule.

- Pour une fois, je suis d'accord. C'est ridicule de bouder pour ça. Tu sais que j'aime te taquiner. C'est parce que je t'aime.

- Je voulais juste te dire que je t'aime, moi aussi, répliqua Drago. Et, à cause de ça, tu te moques moi !

- Non, dit Harry. Je suis sérieux, ajouta-t-il devant l'air peu convaincu de Drago. J'aime beaucoup tes poèmes et je suis sûr que la personne qui a fouillé dans ma malle les a beaucoup aimés aussi.

Drago esquissa un sourire avant de répondre avec une moue incrédule :

- C'est censé me rassurer ? Si mon père entend parler de ces lettres, je suis pire que mort.

- Ouais, c'est sûr, soupira Harry. Heureusement, d'après ce que je devine, cette personne a peu de chances de rendre visite à ton père.

- Ah ? demanda Drago, une lueur d'espoir brillant dans les yeux.

- Ce n'est pas forcément une meilleure chose, avoua Harry. Je pense que c'est Ron.

- Quoi ?

Drago regarda Harry d'un air effrayé.

- Weasley ? Dis-moi que c'est une blague, implora-t-il. Tu viens de me dire que vous vous êtes réconciliés !

- Je sais, admit Harry. Je pense qu'il a dû tomber dessus par hasard…Il n'aurait pas été fouiller comme ça.

- Ah oui ? Tu laisses traîner mes lettres n'importe où, en plus de te foutre de moi, marmonna le jeune homme blond.

Harry considéra cette remarque avec attention. Il avait attendu son petit ami pour oser enfin réfléchir à la situation et il devait bien s'avouer que tout effort pour protéger Ron était vain : sa valise ne s'était pas ouverte toute seule et les lettres n'étaient pas sorties par magie des poches secrètes de sa malle.

- Non, je ne les laisse pas en vue, je ne suis pas si idiot.

- Ah, je ne savais pas…Blague à part, moi, je suis certain que ton « meilleur ami » a voulu vérifier si tu ne lui cachais pas des choses, malgré votre réconciliation…Eh bien, il a été servi, je suppose, conclut Drago.

Harry considéra la tête dans la cheminée en se massant le crâne des doigts. Il voyait bien que Drago était bien plus inquiet qu'il ne voulait bien l'admettre. A vrai dire, lui non plus n'était pas rassuré. Il ne savait pas de quoi Ron serait capable de faire avec ces précieuses informations. Il était étonné que le sujet n'ait pas encore été abordé. Autant qu'il le connaissait, son ami était incapable de garder pour lui ce genre de choses. En temps normal, il l'aurait déjà crié sur tous les toits et Harry serait face aux conséquences de ses actes. Cette pensée le ramena aux questions qu'il s'était posé à peine une journée plus tôt.

- Hé.

- Quoi ?

Drago s'extirpa de ses souvenirs et posa sur Harry un regard attentif.

- Qu'est-ce qu'il y a ?

- Hier, dit lentement le jeune homme, je me demandais…Est-ce que je suis homosexuel ?

La tête dans le feu bascula en arrière de surprise avant d'éclater de rire :

- C'est une chose que je ne peux pas savoir à ta place, ça !

- Tu comprends très bien ce que je veux dire ! s'emporta Harry. Est-ce que toi, tu es homo, par exemple ?

Drago grimaça méchamment.

- Tu dis ça parce que je suis toujours élégant ? Et que j'écris des poèmes ?

- Non, ça n'a rien à voir. Je dis ça parce que tu m'aimes.

- Ah bon ? s'étonna Drago.

Puis, devant les yeux plissés d'Harry, il s'empressa d'ajouter :

- Bien sûr que je t'aime. Mais ça ne fait pas de moi un…

Il ne termina pas sa phrase. Il préféra en construire d'autres.

- C'est déjà trop compliqué pour moi de t'aimer. Je ne vais pas essayer en plus d'entrer précisément dans une définition du dictionnaire.

- C'est compliqué de m'aimer ? releva Harry, amusé. Pourquoi ?

- Parce que tu es mon pire ennemi, crétin.

Harry secoua la tête en soupirant.

- Je ne vois vraiment pas pourquoi tu en fais une montagne.

Et il l'embrassa passionnément.

- Je vais devoir y aller, dit Drago, aux alentours d'une heure et demie du matin.

Harry prit un air déçu qu'il regretta aussitôt. Il savait que dépendre à ce point de Drago n'était pas forcément une bonne idée. Il fallait à tout prix qu'il s'habitue à cette absence.

- Et pour Ron, alors ? demanda-t-il.

- Si j'étais toi, je le ferais taire…Mais tu n'es pas moi, considéra l'ancien Serpentard. Le mieux qu'on puisse attendre de toi, c'est que tu laisses les choses se faire. Ce ne sera sans doute pas très utile mais c'est toujours préférable aux larmes ou aux supplications.

- Pourquoi j'irais le supplier en pleurant ?

- Parce que tu es un Gryffondor. Tu es peut-être courageux, mais ça ne t'empêche pas d'être trop sensible.

- Bien sûr, ironisa Harry. Sensible, moi. Qui écrit des poèmes à l'eau de rose ?

- Ne remets pas cette histoire sur le tapis ou je ne viens pas demain.

- Tu n'en es pas capable, je te manquerais trop.

- Rêve toujours.

Harry étouffa un rire. Même si les lettres romantiques avaient quelque chose de comique, surtout venant de la part de Drago, elles lui apportaient au moins la certitude que son petit ami, sous les dehors moqueurs, l'aimait toujours aussi fort et ce malgré la distance. Aussi l'embrassa-t-il avec passion avant qu'il ne quitte l'âtre.

Il resta quelques instants seul devant la cheminée, les yeux vagues. Il lui semblait voir, brillant dans les flammes, les contours du visage, comme s'il n'était pas parti. Il tendit les mains devant lui et s'aperçut qu'elles étaient toutes rouges à cause de la chaleur. A force de passer tant de temps si près du feu, il ne se rendait plus compte de la température. Il songea à se lever, mais il se sentait trop fatigué pour bouger. Il était bien, à se remémorer la moue honteuse et cramoisie de Drago à la mention de ses poèmes. Il en ressentit un léger pincement au cœur. Il savait que Drago n'était pas réellement vexé mais il se doutait d'avoir touché un point faible. Jamais auparavant il n'avait mentionné à l'oral cette partie écrite de leur relation. Il comprit que ça avait été une erreur de le faire. Il avait déjà pu le constater auparavant, Drago était très doué pour exprimer ses sentiments mais le faire en face semblait l'angoisser. Lorsqu'ils se trouvaient côte à côté, Drago n'allait jamais plus loin que le classique « je t'aime » alors que dans ses lettres, il débordait de passion, d'explications et de poésie. Harry se dit qu'il ferait plus attention à respecter cette « timidité » à l'avenir.

- Harry ? Tu ne dors pas ?

Il se retourna vivement. Ginny achevait de descendre l'escalier qui menait aux dortoirs des filles, elle avait encore une main posée sur la rambarde. Elle ne portait qu'une chemise de nuit toute fine qui dévoilait ses jambes minces jusqu'à mi-cuisses. Elle était pied nus. Ses longs cheveux roux formaient comme un halo de lumière autour de son visage et ondulaient sur le tissu blanc. Harry se leva, en s'appuyant sur le haut de la cheminée.

- Non. Il s'est passé bien trop de choses aujourd'hui.

- Oui. Moi aussi, je n'en pouvais plus de rester à me retourner dans mon lit alors je me suis levée. Je pensais faire un tour.

- Pieds nus ? demanda Harry avec un sourire.

Elle vérifia.

- Oh.

Harry lâcha le marbre de la cheminée. Il lui semblait que ses doigts s'étaient enfoncés dans la pierre et y avaient laissé une empreinte. Il fit quelques pas vers elle.

- Je ne te l'ai pas vraiment dit mais je trouve que tu as été formidable. Avec Kingsley.

- Ron m'en a parlé.

- Ah.

Le silence s'installa entre eux. Un silence étrange, à la fois lourd et léger, brûlant et glacial, agréable et désagréable. Harry ne savait pas ce qu'il était censé faire ou dire. Pour une fois, il n'avait aucune idée de conversation.

- Toi aussi, tu m'as impressionnée. En te voyant, ce midi, j'ai réalisé que j'avais mal agi. Je suis désolée de t'avoir envoyé ce cadeau, murmura-t-elle.

Elle baissa la tête, les joues légèrement rougies.

- C'était bien toi, alors, dit Harry, juste pour parler.

- Je suis désolée, je n'ai pas su te comprendre. J'ai rêvé de toi pendant des années et le moment venu, je n'ai pas su être à la hauteur.

Sa voix se brisa sur le dernier mot. Ses cheveux masquait son visage mais Harry crut voir des larmes jaillir de ses yeux et ruisseler jusqu'à son menton pour se perdre dans le vide. Il demeura raide, à quelques mètres d'elle, pendant une minute ou deux, à la regarder pleurer.

- Je n'ai pas su être à ta hauteur, répéta-t-elle, si doucement qu'elle aurait pu aussi bien ne rien dire.

Harry avait l'impression d'avoir des fourmis dans tout le corps. Il sentait le bout de ses doigts s'engourdir. Enfin il se mit en mouvement. Il franchit les derniers pas et d'une main tremblante, il essuya une larme qui coulait le long de la mâchoire de Ginny. Il fit relever son menton d'un geste presque tendre. Leurs regards se croisèrent.

- Personne n'aurait fait mieux, chuchota-t-il, sans avoir eu l'intention de le dire.

A ces mots, il réalisa ce qu'il était en train de faire. Il était si près. Il aurait voulu partir mais c'était trop tard. Ginny l'entoura de ses bras fins, sa poitrine se colla contre son torse, son souffle vint se poser sur sa peau.

- Tu le penses vraiment ?

- Je ne sais pas, confessa Harry. Je veux juste que tu arrêtes de pleurer.

Elle étouffa un rire dans sa manche. Harry avait l'impression d'être de retour des années en arrière, dans la Salle sur Demande, avec Cho Chang, dont il voyait précisément le visage et ses larmes accrochées à ses longs cils bruns. Il ne recula pas quand les lèvres de Ginny attrapèrent les siennes.

Il aurait voulu ne rien ressentir lors du contact. Mais prétendre qu'il ne ressentait rien à cet instant aurait été un mensonge. Il y avait son odeur, sa peau presque aussi douce et tendre que celle de Drago et ses cheveux qui le chatouillaient. Il y avait ses pieds entre les siens, ses jambes nues qui frôlaient les siennes. Aussi Harry entrouvrit la bouche et laissa la langue de Ginny s'enrouler autour de la sienne, comme celle de Drago quelques minutes plus tôt. Ses mains descendirent sur les hanches de la jeune femme. Celles de Ginny vinrent se hasarder sur son entrejambe. Il la repoussa aussi doucement que possible. Il resta à la fixer, sans mot dire.

- Tout va redevenir comme avant, Harry, murmura-t-elle, en enfouissant son visage fatigué dans son cou. Je saurais t'aimer, cette fois.

- J'ai confiance, répondit Harry à voix basse.

Il lui caressa les cheveux. Ils n'étaient pas aussi doux que ceux de Drago, remarqua-t-il en pensée.

- Tout sera exactement comme avant, promit-il.

A un détail près, ajouta-t-il en pensée. Tandis qu'il se laissait aller contre le corps chaud de Ginny, il ferma les yeux et revit nettement le corps de celui qu'il désirait réellement.