J'étais en train de surveiller avec Helsinki les derniers otages qui occupaient le grand hall, quand Nairobi a foncé sur moi, l'air grave. A voir son air suspect, elle a une révélation à me faire, mais quelque chose s'est passé, c'est certain ! Le grand baraqué à côté nous épie les sourcils froncés, mais je ne lui donne pas l'occasion de s'incruster. Je réponds à l'invitation de mon amie et la suis plus à l'écart du groupe :
- Il y a un problème ?
- Un putain de gros problème, ouais !
- Pitié, dis moi que ça ne concerne que le plan et rien d'autre...
Tout sauf Berlin, je t'en prie. Je suis déjà assez dans la merde comme ça !
- Oui et non... Figure toi que j'ai trouvé Denver, il planque Mónica dans le coffre fort. Il n'y a que Moscou qui est au courant, et ils la soignent plus comme des bouchers qu'autre chose !
- Elle est blessée ?
- Denver lui a tiré dans la jambe pour faire croire à Berlin qu'il l'avait tué... entre les tâches de sang et le coup de feu...
- Sauf que tout ça est faux... merde Nairobi, il ne faut surtout pas qu'il l'apprenne !
- Je sais, je me suis occupée d'elle et j'ai promis de garder le secret mais tout finit par se savoir ici...
Helsinki nous regarde de travers. Le fusil d'assaut à hauteur de la taille et le doigt prêt à presser la détente, il cherche à connaître le sujet de notre discussion. Je lui lance un sourire emplit de faux semblant, qu'il gobe par naïveté. Il a beau être Monsieur Muscle, il en reste assez manipulable parfois. Nairobi baisse les yeux, tracassée :
- Il y a autre chose dont je voudrais te parler...
- Je t'écoute.
- C'est à propos de Berlin. En entrant dans son bureau, je l'ai surpris en pleine conversation avec la prof, Mercedes... Là n'est pas le problème, même si elle semblait super nerveuse... et j'ai vite compris pourquoi. Dans la pièce d'à côté, Berlin y a enfermé l'une de ses étudiantes. Et elle était attachée de la tête aux pieds, en larmes alors qu'il s'amusait de la voir dans un tel état. Ça m'embête sincèrement de te parler de tout ça, mais comme tu es proche de lui, je pensais que tu pourrais le raisonner ou trouver une solution.
Et voilà que la douloureuse sentence vient de tomber. Voilà que j'encaisse toute la perfidie de ce connard parce que les autres pensent qu'on est intime. Mais merde, je vais devoir réparer les pots cassés en plus de le surveiller ! Je me racle la gorge discrètement en articulant doucement :
- Je ne sais pas quoi faire... je l'ai vu enfermer cette fille, mais je ne pensais pas qu'elle serait si mal en point.
- Elle était au bord de la crise d'angoisse. Tu sais... on connait tous Berlin maintenant, du moins, on commence à voir quel personnage il est. Je suis désolée de te poser cette question mais, est-ce que tu crois qu'il pourrait lui faire du mal ?
- Non, pas du mal.
- Tu en es sûre ? Je veux dire, il est complètement tordu...
- Pas de mal physiquement. Ce qui l'excite, c'est plus ce qui touche à l'esprit. S'il peut la briser mentalement, il le fera avec joie.
Elle jette une injure à l'égard d'Andrés et m'avoue outragée :
- Il est passé aux infos, les flics ont trouvé un bouton de sa veste dans la voiture... Ils sont vite remontés jusqu'à lui et ont diffusé son portrait à la télé. Cet enfoiré n'est pas qu'un ancien voleur qui a fait de la taule. C'est aussi une ordure de proxénète avec des penchants pour les mineurs !
- Quoi ? Non, impossible !
Je n'arrive pas à la croire, tout ceci n'est pas en adéquation avec les codes d'honneur de Berlin. Mais en même temps, pourquoi me mentirait-elle ? Elle continue, énérvée :
- Rome, il a collaboré avec les flics. Ce mec est une putain de balance !
Je pousse un gémissement étouffé. Ce grand con a alors bel et bien eu affaire aux autorités pour se sortir de la merde par ses propres moyens ! Lui qui m'a fait les yeux doux en se défendant le soir où je l'ai accusé de m'avoir trahi après notre casse à Berlin. Je me retiens au mur contre lequel je me plaque, la mine atteinte. Si tout n'est que mensonge, alors qui croire ? Beaucoup trop de personnes sont victimes de Berlin. Je ne suis pas la seule. Nairobi me raconte leur petite dispute qui en est venue violemment aux mains. Et il y a ces otages et ces étudiantes...
Je me sens encore plus concernée par l'affaire et décide d'accepter la mission qu'elle m'offre. Si je peux me racheter à ma façon pour nettoyer ma faute d'avoir côtoyé de bien trop près un monstre pareil... Après tout, j'avais déjà commencé à m'exécuter jusqu'à ce qu'il me plante dans la salle avec les étudiantes. Si j'avais pu, je l'aurais accompagné encore et encore. J'aurais rassuré cette fille :
- Je m'en occupe.
- Tu vas lui en parler ?
- Hors de question, je vais m'arranger pour faire ça dans son dos. Je vais aller rendre visite à cette élève et voir si je peux détacher ses liens ou discuter pour qu'elle aille mieux. Je ne sais pas encore comment je vais m'y prendre mais une chose est certaine... Je ne vais pas le laisser continuer à jouer avec les peurs des autres.
Enfin, je me surprends à mentir car j'ai une petite idée de comment me mettre Berlin dans la poche. Toutefois, c'est la boule au ventre que j'essaie de ne pas imaginer la scène sur le moment. Tout arrivera vite et ce sera assez difficile à digérer comme cela. Car il faut savoir faire des compromis pour avancer dans des situations obstruées par un obstacle. Surtout un tel obstacle ! Malgré cette brillante idée, mon amie n'est pas du même avis :
- C'est risqué, je vais t'aider.
- Qu'est-ce que tu comptes faire ?
- Une fois son attention détournée, je vais parler à Mercedes et aux autres. Toi, tu t'occupes de la fille dans le bureau ! On a pas le temps de rendre visite à l'une ou l'autre. Autant tout faire d'un coup et on avise ensuite... je sais que Tokyo l'a méchamment dans le viseur. Encore une bourde de la part de Berlin et elle va en faire une affaire personnelle... Et tu connais Tokyo, elle ne fait pas les choses à moitié !
Helsinki arrive enfin. Cela faisait un moment qu'il nous guettait, suspicieux :
- Vous êtes bien bavardes les filles. Vous n'avez pas des prisonniers à surveiller ?
- Et toi ?
Nairobi ne se laisse pas faire. Mal à l'aise de se voir rembarré par une telle personnalité, il détourne le regard :
- Si, justement, je voulais vous en parler... ça fait un moment qu'Oslo est parti s'occuper des otages avec le tunnel et il est toujours pas revenu. Le truc, c'est que je peux pas me barrer comme ça.
On comprend rapidement où il veut en venir, mon amie en profite pour jouer son jeu :
- C'est bon, vas-y, mais fais vite ! Il ne faudrait pas que Berlin te choppe ailleurs qu'à ton poste. On va garder un œil sur les otages.
Au même moment, nous surprenons l'un d'eux un peu trop curieux. Il s'est arrêté discrètement et écoute le dialogue, au lieu de filer à sa tâche :
- Hé, toi ! Tu veux te retrouver avec un trou entre les deux yeux ?!
- Non...
- Non ?! Alors retourne bosser et vas traîner tes oreilles ailleurs !
Nairobi sait se faire respecter. Helsinki la scrute bouche bée, avant de la remercier d'un signe de tête et partir retrouver Oslo. Ces deux là sont décidément inséparables. Elle reprend, soudainement amusée :
- Quoi qu'il en soit, tu vas t'occuper de ce fils de pute et lui faire comprendre que c'est un travail d'équipe et non en solo comme il fait. Il va nous enterrer avec lui s'il continu son numéro de psychopathe !
Après une courte hésitation, elle lance de nouveau :
- C'est bête que Berlin ne soit pas digne de confiance. Au début, quand on a commencé à se connaître, je l'aimais bien ! Il avait ce côté mystérieux qui attisait mon envie d'en savoir plus, mais en même temps, il y avait quelque chose chez lui qui me dérangeait déjà. Il faut museler le clébard avant qu'il nous morde... parce qu'il va mordre de nouveau. Dès qu'Helsinki revient, on se barre et on agit. Il nous doit bien cette petite faveur, il ne posera pas de questions.
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Helsinki n'a pas tardé à revenir plus décontracté que précédemment. Il veille sur Oslo comme sur un frère. D'ailleurs, il a raison car nous devons tous nous entraider et compter les uns sur les autres dans ce braquage... certains semblent avoir oublié ce principe. J'adresse un mouvement de tête à mon amie afin de donner le feu vert et me dirige plus en profondeur dans la Fabrique. Je ne sais pas exactement où se trouve Berlin, mais quelque chose me dit qu'il doit être dans la salle des opérations.
Tout se bouscule en moi et j'ai l'impression de jouer un rôle qui n'est pas le mien. Même avant de faire de la taule, je n'étais pas ainsi. Les initiatives, je les prenais mais toujours de manière réfléchie. Comment voulez-vous l'être avec Berlin ? Tout se fait à l'instinct et sur le moment. Le peu de réflexion se fait bouffer par son tempérament. Bref, j'avance l'estomac noué. Je ne sais pas comment je vais amener la chose mais je n'ai pas droit à l'erreur. Je dois ruser et me la jouer aussi fine que lui. Une fois devant la salle, j'ose jeter un regard à l'intérieur par la fenêtre vitrée. Le rideau métallique entrouvert me permet de voir l'intérieur de la pièce et il est bien là, allongé sur le canapé en cuir. Il paraît apaisé et reprendre des forces en somnolent légèrement. Doucement, j'entre et referme la porte derrière moi. Andrés ouvre les paupières. Ses mains reposent derrière sa tête et il la penche dans ma direction :
- C'est toi Rome. Viens t'asseoir près de moi... faire une coupure avec cette vie mouvementée fait un bien fou.
- Ce serait avec plaisir mais j'aimerais te parler.
Il me dévisage perplexe. Les mots sont sortis tout seuls et je n'ai pas répondu à son invitation. En ce moment, Nairobi est à l'opposé, dans le couloir qui mène à son bureau et à celui des étudiantes. Il attend quelques secondes, j'enchaîne quitte à me griller :
- J'aimerais te parler en privé.
- Mais on y est, en privé.
Il cherche la petite bête en démontrant la salle vide d'un revers de main. Je soupire et emploie les grands moyens :
- Andrés, je ne vais pas te faire un dessin. On est trop exposé ici.
Il affiche soudainement un sourire carnassier qui me fait regretter mes paroles. C'est fou comme l'on peut comprendre les pensées d'un individu en une fraction de secondes, juste en constatant ses mimiques corporelles. Il se lève et s'avance vers moi, curieux :
- J'attendais un appel du Professeur mais je peux te donner dix minutes.
- Dix minutes ou plus ?
- Convainc moi et on verra.
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J'ai rapidement acquiescé en saisissant l'occasion. Avant le braquage, nous avons analysé les plans de la Fabrique en détail et je connais le recoin qui suffira pour la diversion. D'une démarche pressée, je le mène à la porte de sortie de secours, qui débouche sur un escalier peu éclairé. Le fameux cliché des endroits lugubres où il se passe toujours des choses pas très reluisantes. Apparemment, ce n'est pas que dans les films. Il ne dit rien mais je sens son attention malsaine rivée sur moi. J'en frissonne quand nous descendant les marches. J'essaie de faire le moins de bruit possible, quand il m'arrête en m'attrapant le bras :
- Tu comptes me tendre un piège et m'amener dans un coupe gorge ?
- Pas besoin, je t'aurais déjà tué dans la salle des opérations si je l'avais voulu !
Il éclate de rire et se mord la lèvre inférieure. Je m'apprête à repartir quand il déclare, un peu trop sûr de lui :
- Tu sais que le sexe, c'est comme du bon vin. Il vaut mieux attendre pour mieux savourer.
- Je n'ai pas envie d'attendre.
Et surtout, je n'ai pas le temps. Ni Nairobi, ni moi ne pouvons attendre !
- Tu as toujours su m'impressionner Alma.
Je hausse les épaules et arrive en bas. Devant nous se trouve les pièces de rangements et les casiers du personnel de service. Berlin retient un fou rire nerveux en constatant la sordidité du lieu :
- J'ai connu mieux !
J'ouvre une salle vide que j'inspecte minutieusement. Bordel, je me sens déjà sale ! Je n'aurais jamais pensé être capable de faire ça. Mais si on y réfléchit bien, je n'ai pas le choix. Les débordements de Berlin vont tout faire éclater si nous n'agissons pas. Tokyo est prête à exploser et Rio la suivra sans hésiter. Moscou est sur ses gardes depuis qu'il a essayé de s'en prendre à son fils pour l'histoire du bouton retrouvé dans la voiture. Denver portait la veste de Berlin ce soir là, et après une soirée bien arrosée, il avait passé la nuit dans la voiture. Voilà comment s'est déroulé l'incident. Et Nairobi a tout fait pour l'arrêter, mais rien à faire. Berlin était remonté contre Denver et décidé à lui faire manger son erreur. Car c'est à cause de lui qu'il est désormais humilié publiquement. C'est à cause de lui que les flics ont pu remonter sa trace et inventer toutes ces saloperies à son égard. Avouez le, ça fait froid dans le dos de l'imaginer avec un casier judiciaire si fourni. Helsinki et Oslo le suivent comme des chiens en laisse. Il ne reste plus que Nairobi et moi. Nous sommes des inconscientes qui tentent de ramener un semblant d'harmonie depuis la division de notre groupe en deux clans. Deux clans séparés par une mentalité différente et des caractères forts. Le concerné entre dans la pièce et se racle la gorge :
- Et maintenant ?
Je déglutis avec difficulté. Je ne peux plus reculer. Berlin me fixe avec un regard déjà brumeux. L'imagination permet d'anticiper les situations et à le voir, il y est déjà dans la scène où les deux s'envoient en l'air en cachette, à l'abri des regards. Je ferme les yeux quelques secondes avant de défaire la fermeture de ma combinaison. Pourvu que Nairobi réussisse sa mission. Je me coltine le sale boulot qui me donne la gerbe rien que d'y penser ! Ma tunique glisse et tombe au sol :
- A ton tour, déshabille toi.
- Je t'offre l'honneur de le faire par toi-même.
Ha... l'écoeurement, vous le sentez monter là ? En fait, même dans une situation où je pense avoir l'avantage, je ne l'ai pas et il me le fait bien comprendre. Depuis que je l'ai retrouvé il y a cinq mois, j'appréhende ce moment parce que je l'ai visionné pas mal de fois dans ma tête. Je savais que ça allait arriver et mes putains d'insomnies étaient présentes pour me le rappeler. Je m'approche de lui en remontant le menton, habitée par une fierté presque inconsciente. Histoire de jouer le jeu jusqu'au bout, me direz-vous... Puis, mes mains montent à ses épaules pour défaire la sangle qui retient son flingue aux épaules. Je pourrais m'en armer et le menacer. Ou je pourrais le descendre directement pour nous éviter des tracas à l'avenir dans notre braquage. Mais nous avons besoin de lui. Il est malheureusement le chef des opérations juste après le Professeur. Et ce dernier, tient, qu'est-ce qu'il dirait s'il venait à apprendre que nous nous sommes rebellés contre son plan et qu'on a buté un membre de notre équipe ? Le cauchemar serait insoutenable, en plus de la pression omniprésente à l'intérieur de la Fabrique. Tout partirait en vrille et on pourrait dire adieu à nos millions d'euros.
Il respire fort ce grand con qui cherche à maîtriser ses sens. Je me baisse pour déposer la sangle avec douceur au sol et éviter que son pistolet ne tombe lourdement. Je me redresse et cherche durant une seconde en son regard, une once de sincérité, mais je m'y perds et n'y vois rien. Il me bloque. Il a toujours réussi à me bloquer afin de ne pas connaître ses ressentis. Je retire la fermeture qui emprisonne son t-shirt dans sa combinaison et me surprends à me demander s'il est toujours foutu comme avant. Sec et glabre. Certainement, il n'a pas l'air d'avoir beaucoup changé depuis ces dernières années. Elle tombe au niveau de sa taille. Je dévisage la couture au niveau de son cou en cherchant à m'encourager. Comme j'aimerais être seule sur le moment. Je me dis que tout ceci est pour la bonne cause. Pour éviter qu'une merde n'arrive et qu'il dérape en faisant tout capoter. Puis, mes yeux viennent de nouveau s'attarder sur son torse et j'allège mon esprit en repensant aux bons souvenirs. Il était plutôt bien gauler ce Andrés ! Toutefois, il ne me laisse pas le temps pour continuer à rêvasser. Il grogne soudainement en me poussant avec légèreté contre le casier froid. Le contact me déclenche une grimace. Son avant-bras me soutient en haut de la poitrine et je me sens enfermée sous son corps. J'essaie de protester afin de m'imposer une dernière fois, mais il brusque mon élan de franchise :
- Berlin...
- Rome, le sexe, c'est comme le bon vin. Et le bon vin se déguste en silence.
En silence et surtout, gagner du temps, c'est tout ce qui m'importe.
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J'ai eu l'impression de revivre quelques années en arrière. Berlin n'a pas changé et il ne s'améliore pas avec le temps. Même en plein moment de tendresse, il reste maître des événements et contrôle les choses. Il est froid et imperturbable. Je ne vois même pas pourquoi je suis surprise... mais il continu de m'impressionner car il est rare de rencontrer de tels personnages.
Je reste assise par terre, adossée contre les casiers. Il est à côté, une jambe repliée. Il est silencieux et patiente l'air serein. Ça ne lui vient pas à l'idée d'évoquer la raison de ma pulsion. Mais tant mieux. Je ne veux pas évoquer quoi que ce soit et encore moins inventer un bobard. J'en ai marre de mentir et mes conneries pourraient risquer gros :
- Ça m'a rappelé nos premières nuits dans les hôtels miteux qu'on prenait quand on débutait nos casses...
Je me tourne vers lui et le toise avec mépris. Il esquisse un large sourire, satisfait de partager le souvenirs :
- Tout ça, c'était avant...
- Avant ? Non, notre histoire vient de reprendre.
Je me retiens pour ne pas hurler. Il est persuadé que j'éprouve quelque chose à son égard. Son égo se gonfle alors qu'il pense avoir ravivé la flamme :
- Sinon, tu ne serais pas venue me réclamer il y a une heure...
- C'est ce que tu crois vraiment ?
- Je crois que tout s'est terminé bien trop brutalement entre nous. On a même pas eu le temps d'avoir des Andrés juniors. Ce serait super. Et on les regarderait grandir en nageant dans nos liasses de billets.
- Si on ne retourne pas par la case prison, ou pire.
- Je t'en prie Alma... cesse de repenser à ça.
Il pose une main chaleureuse sur mon genou en tentant de me convaincre d'un regard doux :
- Les autorités ont dit aux infos que tu avais collaboré avec la police... que tu as balancé pour pouvoir te sortir du pétrin.
- C'est faux... c'est complètement faux. Je suis un voleur, juste un putain de voleur ! Ils ont sali ma réputation en inventant tout ça. Je n'ai divulgué aucune info.
Je soupire en me mordant l'intérieur de la bouche. Il semble si sincère dans ses mots :
- Tu n'arrives pas à me croire, je sais.
- C'est parce que je n'arrive pas à comprendre.
- Pourtant, je ne te mens pas... mais la vie est une blague que l'on finit par comprendre au fil du temps. Je ne sais toujours pas exactement comment les flics ont trouvé le bouton dans la voiture. C'est peut-être Denver, comme c'est peut-être quelqu'un d'autre.
- Tu en as parlé au Professeur ?
Je n'y avais pas pensé plus tôt et lui non plus apparemment. Le regard de Berlin devient soudainement sombre. Il se crispe en se levant brusquement. Je viens de lui donner une idée. J'enchaîne en essayant de le convaincre :
- Appelle le Professeur, il aura certainement des réponses à tes questions. Après tout, c'est lui le cerveau des opérations...
Il ne prend pas la peine de me répondre et hoche la tête de manière presque imperceptible. Voilà. Il prend la direction de la sortie. Voilà, il compte régler cela avec notre intello à lunettes. Je viens de gagner un temps précieux. Je me lève et l'imite en empruntant la porte. Comme j'espère que l'appel sera long. Assez long pour me laisser en tête à tête avec l'otage retenue dans son bureau.
