Yop tout le monde !!! Tout d'abord, deux choses : un grand merci à nos reviewer, nous ne le dirons jamais assez ; et un grand désolé également, pour le temps que nous avons mit à poster ce chapitre. Je crains néanmoins que cela ne se répète souvent désormais, car non seulement nous n'avons plus d'avance sur les chapitres (ce qui veut dire que ceux que nous publierons seront les derniers à avoir été écrits) ; j'ai, pour ma part, des partiels à réviser d'urgence pour janvier, donc ça risque d'être un peu short ; et pour finir, comme ce qu'avait expliqué Izumy dans le chapitre précédent, nous écrivons en parallèle une fiction yaoi, que nous publions sur un blog. Comme visiblement ce fichu site n'autorise pas la diffusion d'adresse directement sur les documents publiés, je l'ai posté sur notre profil.
Allez, juste pour nous faire un peu de pub, et parce qu'on vous aime bien (bon, ok, c'est surtout pour la pub :p) je vous copie/colle le résumé du blog et, donc, de l'histoire : "Quand deux groupes rivaux tentent d'entrer dans le monde de la célébrité. Quand des liens interdits se forgent. Quand il y a un choix à faire. L'histoire de deux génies de la musique que les mensonges réunissent. " Voilaaa !! En espérant que ça vous a intrigué un peu, il y a déjà le premier chapitre de posté, n'hésitez surtout pas !
Bon, sur ce, bonne lecture quand même :)
Chapitre 10
L'erreur est humaine
– POV Edward –
Ce qui se déroulait, en face de moi, n'avait pas de sens. Du moins si, c'en avait un, lorsque l'on prenait en compte le caractère instable d'Envy, et la naïveté affligeante de Rose. Mais mise à part ça, ce tableau était impensable, incroyable, tellement irréaliste que j'eus la sensation de rêver.
Envy détestait Rose. Il me le faisait clairement comprendre de part ses mots, mais son regard en disait bien plus long. Son hypocrisie détonante ne représentait qu'une infime partie de l'expression qu'il affichait lorsqu'il était face à la jeune femme, lorsqu'on en parlait, ou lorsqu'il y songeait. Au-delà des sourires charmeurs et sournois, j'avais plusieurs fois observé un certain dégoût, une répugnance impressionnante à la simple évocation de Rose. Le voir, aujourd'hui, penché vers elle, l'embrassant avec fougue, était déroutant. J'avais deviné ce qu'il prévoyait avant même qu'il ait approché la princesse, mais je ne pensais pas que tout aurait prit une telle dimension.
Tous deux s'enlaçaient sensuellement, leurs bouches se jouant de l'autre avec subtilité et habitude. Planté à côté d'eux, je les dévisageais, assaillis par une vague de sentiments indistincts.
Le premier qui me venait en tête était l'humiliation. J'étais profondément vexé par l'attitude d'Envy, et j'en ignorais la cause. Le trouver dans les bras de Rose alors qu'il m'avait embrassé avec plus de passion que jamais quelques instants plus tôt m'enrageait. Je ne savais pas très bien lequel des deux, entre le prince et la princesse, j'avais le plus envie de cogner. Envy, qui me provoquait, qui se jouait de moi et de mes émotions comme un marionnettistes ; ou Rose, qui se laissait faire, comme une fille facile sans un gramme de fierté. Ils me répugnaient tous les deux, et cette fureur emballait mon cœur, m'étouffait sans raison, maintenant que j'avais la preuve qu'Envy se fichait bien de qui il embrassait.
Enfin, ils se séparèrent, et le jeune homme retint Rose par les épaules tandis qu'elle vacillait légèrement.
- En… Envy… je…
Soudain, à notre plus grande surprise, Envy recula d'un pas et se plia en deux d'un geste vif, ses cheveux venant presque toucher le sol. Je n'avais jamais vu le prince se signer avec autant d'empressement, c'était stupéfiant.
- Excusez moi, Princesse Rose. Ma conduite était inadmissible.
Il avait le souffle court et la voix cassée, signe typique d'un trouble grandissant. Avait-il ressentit quelque chose de particulier durant ce baiser sulfureux avec Rose ? Etrangement, cette idée m'enragea davantage, et je m'exclamai :
- Sombre crétin, on embrasse pas des princesses comme ça !
Il releva la tête, le visage partiellement masqué de ses longues mèches noires, et me lança un regard réfrigérant. Je frissonnai. Lentement, et sans accorder un regard à la jeune femme pétrifiée, il souffla d'un ton méprisant :
- Alors le nain, rassuré ?
La violence de mon indignation atteignit, suite à ces paroles, des proportions que j'eu du mal à contrôler. Elle me broyait les tripes, enflammait mon cœur, assourdissait ma raison. Je n'étais pas rassuré du tout. J'étais vexé, blessé, furieux, et l'envie incompréhensible de me venger me nouait le ventre. Je voulais agir, réagir à ses provocations, à son arrogance. Je voulais lui hurler toutes les injures du monde, je voulais balancer son jeu d'hypocrite à la jeune femme, je voulais enfoncer mon poing dans son visage trop parfait, je voulais le tuer, pour qu'il cesse de me rendre fou, et je voulais aussi l'embrasser, le toucher, l'étouffer entre mes bras, pour lui interdire de s'intéresser à une autre personne que moi.
La gorge nouée, j'étais incapable de parler, mes yeux de fou furieux ne pouvant quitter les perles violettes de mon homologue. Je rêvais de lui faire subir tout ça, mais je ne pouvais bouger, cloué sur place, mon corps prenant le dessus sur mon esprit meurtrier.
- Ed… Edward ? s'enquit la voix mielleuse de la princesse.
Je ne répondis rien. Envy détourna le regard.
- En tout cas, ne vous inquiétez pas, Rose. Tout va bien. Seulement… n'y a-t-il pas possibilité d'utiliser une chambre d'ami, simplement pour cette nuit ? Je crois que le Prince Elric est un peu bouleversé, je ne voudrai pas en payer les frais, au risque de réveiller tout le domaine.
Rose sembla hésiter, mais Envy insista, sans même relever les yeux vers moi. Il osait m'ignorer. Il osait demander une autre chambre. Il m'insupportait. La jeune femme finit par accepter et intima à Envy de la suivre, après m'avoir souhaité une bonne nuit.
Je suivis le prince du regard sans bouger, sans un mot, toujours rongé par l'envie incommensurable de le retenir, de l'empêcher de partir. Il me jeta un dernier regard indéchiffrable avant de refermer la porte, ses longues mèches virevoltant à chacun de ses mouvements.
Mes genoux s'écrasèrent contre le sol quelques instants plus tard, et je m'effondrai sur moi-même, tentant de faire taire l'incompréhensible trouble qui me rongeait l'esprit, faisant grandir en moi la sensation étrange de dédoublement, ce vide, qui peu à peu m'attirait dans la folie. C'était une folie parasite, dangereuse, menaçante, qui portait le visage d'Envy.
xxx
Le lendemain fut un réveil difficile, après une nuit difficile. Je m'étais calmé tant bien que mal, mais mon sommeil avait été ponctué de quelques rêves étranges qui mettaient en scène mon rival dans des situations soit grotesques, soit carrément osées, avec notre amie Rose.
La douche me fit du bien. J'avais la sensation de revivre, de me dépêtrer d'une peau couverte par le doute, la fureur, la jalousie. Plus l'eau coulait sur mes épaules, plus je me savonnais, plus je redevenais le Edward Elric d'avant. Le « Perfect Prince », comme disait Envy, refaisait surface après un moment d'absence incompréhensible, qui m'avait valu une nuit d'atroces pensées obscures et délirantes.
C'est requinqué du mieux possible que je me préparai à rejoindre toute notre petit communauté pour le petit-déjeuner. Envy avait dû repasser prendre ses vêtements très tôt dans la matinée, pendant que je dormais, puisqu'il ne vint pas se changer. J'empruntai l'ascenseur pour descendre jusqu'au rez-de-chaussée, et me fiai à mes souvenirs du lieu pour retrouver le chemin. Peut-être par habitude des grands espaces, je le trouvai assez vite, et pénétrai dans l'imposante pièce où patientaient déjà tous les habitants de la demeure. Dante, au bout de la table, me fit un aimable sourire ; Rose m'adressa une espèce de grimace qui se voulait polie, mais qui me renvoya plutôt le souvenir désagréable de la nuit dernière ; et Envy, que je voyais de dos, ne bougea pas. Une chaise était installée à sa droite, et je compris sans mal qu'il s'agissait de la mienne. A la recherche d'un courage qui me manquait cruellement ces temps-ci, je m'avançai doucement et m'y installai, sans un regard pour le brun prostré devant son assiette.
- Votre père m'avait informé de vos continuels retards aux repas, lança Dante, sur un ton mi-humoristique, mi-réprobateur.
- Désolé, soufflai-je sans trop y faire attention.
- Avez-vous passé une bonne nuit ?
Je tressailli, Rose remua nerveusement, en Envy resta obstinément immobile.
- Excellente. Le château est très agréable.
C'était un mensonge à tous les niveaux. Non seulement j'avais passé une nuit abominable, mais en plus l'aspect constamment glacé du domaine était insupportable. J'avais la sensation de me balader dans une chambre froide. Ou à la morgue. Ou dans les laboratoires d'Olivia Armstrong. Rien de très accueillant, en somme.
Dante m'adressa un sourire qu'il me fut difficile de considérer comme chaleureux, puis elle ajouta :
- Envy m'a dit avoir changé de chambre pendant la nuit. Il s'est passé quelque chose ?
Je toussai, au moment où les couverts de Rose lui glissaient des doigts. Envy se contenta de pousser un long soupir, exaspéré devant notre nervosité presque palpable. La Reine jeta un coup d'œil à sa fille mais ne releva pas, attendant plutôt ma réponse.
- Hum… comment dire…
Je me redressai correctement, puis affichai la mine du Prince sûr de lui, à la limite de l'indifférence.
- Vous savez, Envy et moi ne nous entendons pas très bien, et ce depuis notre rencontre, à son retour d'Amérique. Hier… nous étions exténués, surpris d'être ici, et je dois avouer que notre mauvaise humeur n'en était qu'accentuée. Il aurait suffit d'un quelconque petit désaccord pour que l'un de nous soit tenté d'assassiner l'autre (je ricanai, aussi pitoyablement mal joué qu'une mannequin improvisée actrice). Hum, de ce fait… le Prince Bradley a décidé de changer de chambre pour la nuit.
Envy daigna enfin poser les yeux sur moi, visiblement partagé entre l'admiration de me voir si brillamment déblatérer un flot de mensonges éhontés (quoique…) et la rage d'avoir intercepté ma minuscule provocation. En croisant ses yeux améthyste, mon trouble ressurgit quelque peu, et je m'empressai de détourner le regard, craignant le retour de la fureur incompréhensible qui m'avait habitée toute la nuit durant.
Dante me fixa un moment, de ses yeux perçant à en congeler l'astre solaire. Envy reporta son attention sur son repas, Rose tenta de contrôler les tremblements de ses mains, tandis que je soutenais toujours courageusement le regard de la Reine.
- Très bien, finit-elle par répondre, comme si elle venait d'achever une longue et profonde réflexion. J'espère que tout ira bien par la suite, parce que nous n'aurons plus de chambre à votre disposition, Prince Envy.
- Pourquoi ? s'enquit ce dernier, antipathique.
- Parce que Monsieur Tucker vient loger ici à partir d'aujourd'hui. Il ne devrait d'ailleurs pas tarder à arriver. Vous vous souvenez, je vous ai conseillé une thérapie…
Envy et moi acquiesçâmes d'un geste de la tête, de plus en plus démotivés. A croire qu'ils nous prenaient vraiment pour des dingues, nous étions d'office envoyés dans le château de Dracula pour séduire une princesse qui ne nous attirait pas, tout en étant suivit par un psychologue. C'était quoi cette histoire ? Une caméra cachée ? Un jeu télévisé ? Je commençai sérieusement à me le demander. Après tout, c'était probable. Tout le monde nous faisait croire, à Envy et moi, que nous nous étions connu étant enfant, alors que nous n'en avons aucun souvenir ; déjà, il y avait de quoi rendre fou n'importe qui. Puis on nous envoyait dans l'antre du Démon, chez Olivia Armstrong, qui nous tua à la tache sous le regard sordide de cadavres Ishbals congelés – cette partie, en somme, était quant à elle carrément surréaliste. Et pour finir, nous devions courir après les faveurs d'une Princesse idiote sous l'œil glacé d'une Reine mégère, ponctué de quelques séances chez un psy. Je ne doutais pas qu'il s'agisse vraiment des réelles souveraines de la troisième famille royale d'Amestris, seulement tout ça sonnait tellement faux que cela donnait presque envie de rire. Tout était tellement plus clair, si l'on songeait à une mascarade ! Nos parents avaient simplement voulu faire parler de nous, ou bien ils avaient reçu une incommensurable somme d'argent pour accepter de nous vendre à la télévision, ou encore, ils voulaient démontrer au pays entier qui étaient, en réalité, les héritiers des trônes. C'était d'une évidence sans nom ! Et ils pensaient que nous ne le remarquions pas ? Ha ! Quelle bande d'imbéciles ! Cette histoire était bien trop farfelue pour être authentique.
Mais alors… si tout ça était filmé, est-ce que cela concernait aussi les moments… intimes ? La salle-de-bains ? Les chambres ? Mes altercations avec Envy ? Mes… dérapages avec Envy ? A cette pensée, ma tête me tourna, embrumée par un voile de panique particulièrement épais. Tout le pays était peut-être au courant de ce qui se tramait entre le Prince Débile et moi. Il était possible que mon père, ma famille, mes amis sachent que nous nous étions embrassés, aient vu ma réaction d'hier soir, suivent notre histoire ô combien interdite et honteuse derrière des écrans de télévision miteux. C'était d'un déroutant à couper le souffle. Ma vie était finie.
- Edward ? Tout va bien ?
Je relevai les yeux de mon assiette et les posai sur Rose, qui me dévisageait d'un air inquiet.
- Tu es tout pâle, soudainement…
- Je… je…
Envy tourna la tête vers moi, perplexe. Lui, il n'avait pas compris. Il n'était pas au courant. S'il le savait il tenterait probablement de poser quelques tonnes de dynamite sous les trois châteaux et d'en faire un joli feu de joie, que ça me plaise ou non. Que devais-je faire, alors ? Bon, tout d'abord, je devais m'assurer de ce que j'avançais. Après, j'aviserai.
- N… Non, ça va, finis-je par articuler. Je… réfléchissais.
Les trois autres haussèrent un sourcil et je m'emparai de mon verre de jus d'orange, histoire de m'occuper les mains. Dante toussa un peu, puis reprit :
- Bref. Monsieur Tucker recevra le Prince Edward, aujourd'hui.
- Pourquoi ? grogna Envy.
- Parce qu'il en a été décidé ainsi, répondit simplement la Reine. Pour vous, Prince Envy, ce sera demain.
Le futur souverain en question haussa les épaules d'indifférence et reporta son attention sur son assiette. Dante m'informa que mon rendez-vous avec le psy était à treize heures, et qu'il aurait lieu dans son bureau. Elle ne chercha pas à savoir si je connaissais ou non son emplacement, et le petit-déjeuner s'acheva ainsi, sur ces recommandations ridicules et sur le doute qui subsistait en moi quant au réel de cette situation.
xxx
Je réussis à regagner ma chambre un quart d'heure avant mon rendez-vous avec le psy. Rose nous avait retenu après le repas pour nous faire découvrir son admirable jardin, ses plantes inintéressantes, et l'histoire abominablement ennuyeuse de sa famille. Elle semblait avoir banni son malaise dans un coin de sa tête, et agissait face à nous comme si rien ne s'était passé. De ce côté-là, elle me faisait horriblement penser à Envy ; le soin qu'elle mettait à oublier des évènements troublants relevait de l'irréel. A croire que tout ce qui s'était déroulé cette nuit et pendant le petit-déjeuner n'avait jamais eu lieu ; je mettais ça sur le compte de son rôle d'actrice. Elle avait probablement reçu l'ordre d'arrêter de jouer les grandes stressées pour faire avancer l'action, et, ayant pris ça au pied de la lettre, le résultat était presque choquant. Même Envy ne la suivait pas bien, elle et ses sourires hypocrites – peut-être allait-il deviner, comme moi, ce qui se tramait.
Une fois revenu à l'abri de mes appartements – où, miraculeusement, Rose ne s'aventura pas à revenir – j'entrepris de commencer mes recherches. Je fonçai à la salle-de-bains et inspectai tous les recoins possible et imaginable qui auraient pu masquer quelconques caméras ou micros. Les serviettes volèrent en tous sens, les miroirs furent arrachés à leur mur, et je parcouru des yeux chaque carreau, aussi minuscule soit-il, fièrement collé au parois de la pièce. J'avais commencé à m'attaquer à la pomme de douche lorsqu'une voix familière tonitrua dans mon dos :
- Mais qu'est-ce que tu fous ?!
Surpris, l'objet m'échappa des mains et alla s'écraser au sol dans un claquement métallique. Je me retournai vers Envy, embarrassé. La voix de la sagesse, au fond de ma tête, me rappela qu'il ne valait mieux pas le tenir au courant de ce que j'avais, éventuellement, découvert.
- Euh… je… hum…
Il croisa les bras, impatient.
- T'as perdu ta langue ?
- Je… je vérifiais si la pomme de douche fonctionnait bien, articulai-je lorsque mes yeux tombèrent sur l'objet en question, à mes pieds.
Envy grimaça, incrédule. Ce qui était compréhensible ; mon mensonge était déplorable.
- Tu te fous de ma gueule, la crevette ?
L'insulte me frappa de plein fouet, aussi violent qu'une gifle. Piqué à vif, je m'emportai :
- Peut-être bien, abruti profond ! Et sache que je n'ai pas forcément envie de te dire ce que je fais dans cette salle-de-bains !
Il se figea, ses traits jusque là forgés dans l'agacement désormais écarquillés de surprise. Je me rendis compte de mon sous-entendu involontaire au moment où il commença à ricaner.
- Je… je ne… non, ce n'est…
- Laisse tomber le nain, me coupa-t-il en commençant à s'avancer vers la porte, fais ce que t'as à faire, je vais pas te déranger plus longtemps.
Tandis que je continuais de balbutier quelques morceaux de phrases visant à le persuader que je n'étais pas pervers à ce point, il finit par claquer la porte dans son dos, après un grand éclat de rire. Noyé sous une vague de honte et de désespoir, je m'affaissai contre le mur. J'avais l'air de quoi, maintenant ? Envy voyait une scène érotique rien qu'en mangeant des éclairs au chocolat, alors le fait que je sois totalement habillé au milieu d'une douche ne le dérangeait pas outre mesure pour qu'il pense que je m'apprêtais à satisfaire des besoins masculins vraisemblablement urgents. Quel crétin, franchement.
Bref. Je ne devais pas me relâcher. Envy était un abruti fini depuis sa naissance, personne ne pouvait rien pour lui, c'était inutile que je m'embarrasse d'un malaise causé par un obsédé complètement cinglé. Sur ces belles paroles, je me redressai promptement et m'empressai de continuer mes recherches.
Au bout de plusieurs minutes, je poussai un long soupir ennuyé. Je n'avais absolument rien trouvé. Se pourrait-il que je me sois trompé ? Non, ils avaient sans doute voulu garder un minimum d'intimité en évitant d'installer quoique ce soit dans la salle-de-bains. Je voyais parfaitement mon père instaurer cette clause dans le règlement de leur nouvelle téléréalité, en homme civilisé qu'il était. Agacé, je me passai un peu d'eau sur le visage avant de retourner dans la chambre annexe.
Envy était encore là, affalé sur son lit, un bouquin entre les mains. Il me jeta un coup d'œil lorsque je fis son apparition, et je feignis de ne pas voir le sourire en coin qui étira ses lèvres. Malheureusement pour nous deux, il ajouta à cela un petit commentaire personnel :
- Alors le nabot, t'as tout bien astiqué ?
Je frémis de rage puis crachai en retour :
- T'es vraiment qu'un sale pervers, Envy. Tu te fais des idées.
- C'est ça, c'est ça. D'après ce que j'ai pu constater, ce n'est vraisemblablement pas moi, le plus pervers de nous deux.
- Je te dis que tu te trompes, abruti chronique !
Il fut secoué d'un petit rictus moqueur qui me donna sévèrement envie de lui éclater les dents avec son livre. En contrôlant tant bien que mal mes ardeurs venimeuses, je m'avançai vers ma valise ouverte, et continuai de décharger ce qui ne l'avait pas été la veille. La plus part de mes vêtements étaient sales, presque bons à jeter, puisque étant passé par le domaine de Cruella, notre chère femme médecin. Je grognais quelques mots grincheux en tentant de tout trier correctement, jusqu'à ce que mon colocataire ne s'exclame, à bout de nerf :
- Putain, tu peux pas faire moins de bruit, le minus ?!
- Je ne vois pas pourquoi, ripostai-je sèchement.
- Je lis !Ça se voit pas peut-être ?!
- Tu sais lire, toi ? Je ne pensais pas que tu étais allé aussi loin dans les études…
Il tenta de m'envoyer son livre à la figure mais je l'interceptai d'une main experte. Ce n'était pas avec ses petites attaques de fillette qu'il allait m'avoir.
- Il doit être passionnant alors, pour que tu en prennes si grand soin, ironisai-je en balançant l'objet en question sur mon lit.
- La ferme le nain de jardin, ou je t'explose.
- Dieu du Ciel, protégez-moi, je suis mort de peur.
Il me lança un regard de profond mépris puis se leva pour aller rechercher son livre. Au moment où il me dépassait, mon regard fut attiré par un minuscule point noir au dessus de la fenêtre, qui très rapidement attisa mes soupçons. Je m'élançai vers lui à toute allure, ne prêtant pas attention à la vive douleur qui poignarda ma hanche lorsque je me cognai au bureau. Dans des mouvements quasiment contorsionnistes, je réussis à m'approcher d'assez près pour découvrir qu'il ne s'agissait que d'un simple clou, inutilement planté dans le mur, servant probablement à soutenir quelconque cadre enlevé pour l'occasion. Déçu, je descendis de mon perchoir, au moment où Envy aboyait :
- Qu'est-ce que t'as, soudainement ? Tu craques complètement aujourd'hui !
- J'avais cru… voir quelque chose, marmonnai-je, évasif.
- Voir quoi ? Un morceau de tapisserie déchirée ? T'es vraiment barge, en fait…
- Je pensais que c'était une caméra, voilà ! m'écriai-je alors.
De toute manière, Envy avait le droit de savoir. Même si je le détestais, c'était la moindre des choses qu'il songe, lui aussi, à la possibilité d'une énorme mascarade.
- Hein ?
Après quelques inspirations relaxantes, je repris plus calmement :
- Tout à l'heure, pendant le petit-déjeuner, j'ai envisagé l'idée que tout ça ne soit… qu'une blague. Un coup monté.
- Hein ?répéta-t-il, de plus en plus incrédule.
- Réfléchis deux minutes, si t'en es capable. Tout ce qui nous arrive est complètement… improbable ! Cette Olivia Armstrong et ses cadavres, cette connerie de bataille à propos de Rose, ces rendez-vous chez le psy… C'est absolument…
- Stupide.
- Oui, voilà !
- Non, je parle de toi.
- Quoi ? m'étranglai-je.
- T'es tombé sur la tête ? Comment veux-tu qu'on nous filme vingt-quatre heures sur vingt-quatre ?
- C'est facile si…
- Et pourquoi nos parents feraient-ils ça, franchement ? me coupa-t-il en me dévisageant si sévèrement que j'eu la sensation d'être un gosse qui venait de rater un exercice de maths.
- Et bien… on peut imaginer qu'ils veuillent mieux nous faire connaître au monde, quelque chose du…
- T'es con ou quoi ?! s'écria-t-il alors, si brusquement que je sursautai. Et c'est toi qu'on prétend être le Prince Parfait, qui sait tout sur tout ? Putain, mais réfléchis ! Regarde comment on est tous les deux : je suis un gars prétentieux, arrogants, désagréable, vicieux, j'emmerde le monde à longueur de journée et je me contrefous de l'avenir du pays ! Toi, t'es qu'un fils à papa trop timide, pas capable de prendre des décisions sans en parler à qui que ce soit, susceptible, lâche et fourbe dans le dos de la princesse que t'es sensé épouser !
- Je ne suis…
- Tu sais parfaitement que c'est vrai ! me coupa-t-il, un indexe accusateur pointé vers moi. Et nos pères le savent mieux que quiconque. Alors franchement, quel intérêt auraient-ils à dévoiler à leur peuple la nature écoeurante de leurs héritiers ? Personne n'a besoin d'être au courant de qui nous sommes réellement, tout ce qu'on attend de nous c'est de savoir correctement diriger le pays, rien de plus.
Douché par son assurance cinglante, je toussotai un peu, avant de tenter une nouvelle approche :
- Mais… imaginons que ce qui s'est passé à la soirée ait foncièrement ébranlé le pays, les rois et reine auraient très bien pu miser sur notre… bon sens en nous filmant dans des situations compliquées…
Envy éclata d'un grand rire sans joie qui me fit tressaillir d'appréhension, tandis qu'il se réinstallait sur son lit.
- Comme s'ils avaient le temps ! Met toi à leur place : est-ce que, à cause d'un dérapage de tes crétins de rejetons, tu irais jusqu'à créer une émission de téléréalité pour prouver au pays qu'ils ne sont pas si vils qu'on le dit ? D'autant plus que tu sais pertinemment que ce genre d'accident est capable de se reproduire, ce qui revient à miser sur quelque chose de bancale, d'incertain, qui risquerait même d'enfoncer tes héritiers plus que de les sauver. Je connais mon père, et le tien fonctionne probablement de la même façon : aucun d'eux ne mettrait autant d'argent dans quelque chose d'aussi risqué, et ce même s'ils étaient persuadés de notre sagesse. Sans compter qu'ils ont autre chose à foutre que de s'occuper de notre cas ; pourquoi tu crois qu'on est toujours envoyé chez les autres ? Ils en ont juste ras-le-cul de se soucier de nous.
Là-dessus, il retrouva la page de son livre et s'y cacha derrière, sans rien ajouter. Stupéfait, je n'insistai pas, ne pouvant faire autrement que d'admettre, malgré moi, que son raisonnement tenait la route.
Mauvais comme un pou, j'abandonnai mes vêtements roulés en boule et m'élançai vers la porte, que je claquai le plus fort possible, histoire de le déranger une dernière fois. Bien. Il était temps que je retrouve ce fichu psychologue. Sauf que j'ignorais toujours où était son bureau. Encore bien agacé, je parcourai évasivement les longs couloirs glacés de la bâtisse, à la recherche d'une indication quelconque qui aurait pu me guider. Evidemment, nous n'étions pas dans un musée, et les habitants du château n'allaient pas s'amuser à le décorer de panneau inutilement. Du coin de l'œil, je tentais encore d'apercevoir une caméra ou micro, qui aurait pu faire effondrer toutes les assertions d'Envy.
Il avait été tellement rapide à me contredire… C'en était déroutant. Je ne pensais pas qu'il aurait été si sûr de lui. A croire qu'il y avait déjà réfléchi – même si j'en doutais fortement. Pourquoi fallait-il qu'il ait raison ? Dans un sens, ça m'arrangeait bien, de croire que toute cette histoire n'eut été qu'un coup monté. Tous mes soucis s'envolaient du même coup : je n'avais plus à me préoccuper de Rose et de ma promesse vis-à-vis d'elle, et j'aurais battu mon père à son propre jeu, pour enfin retourner chez moi me la couler douce. Bon, à côté de ça, tout le pays aurait été au courant de ce qui se tramait entre Envy et moi, ce qui aurait, finalement, peut-être été pire – même s'il en avait vu une partie sur tous les journaux d'Amestris.
En essayant d'oublier ces pensées un brin déplaisantes, je tentais de me recentrer sur ma recherche lorsque une voix quasi-inconnue s'éleva dans mon dos :
- Vous me cherchez peut-être, Prince Elric ?
Frigorifié par ce ton enroué de fatigue mais aussi glacé qu'une tornade de neige, je m'empressai de faire volte-face, paré à me défendre.
C'était simplement le dénommé Shô Tucker, m'observant derrière ses lunettes rondes, le dos dangereusement voûté en avant, malgré sa maigreur effarante. Là, tout de suite, ça ne me disait vraiment rien de me confier à lui. Comment avait-il pu réussir à devenir le psychologue personnel de la Reine d'Amestris ? Pour ma part, il me semblait plus apte à faire fuir qu'à inspirer la confiance. La première et dernière fois que je l'avais vu, il était, comme toute l'assemblée présente ce jour là, élégamment vêtu d'un costume sombre, qui allongeait sa silhouette en lui ôtant l'aspect cadavérique qu'elle semblait arborer. Aujourd'hui, il ne portait qu'un simple t-shirt blanc surmonté d'une chemise noire, par-dessus un vieux pantalon beige. Ses bras étaient couverts de cicatrices plus ou moins profondes, et son visage inspirait autant la pitié que la terreur. Il était mal rasé, les traits durs, un nez bossu, des petits yeux enfoncés dans leurs orbites, des cheveux clairs retombant mollement sur un front ridé par une vieillesse prématurée. Il me souriait gentiment, d'un sourire aussi angélique que démoniaque, qui me fit tressaillir d'appréhension. Pas franchement rassuré, je consentis tout de même à jouer le jeu et laissai retomber mes bras, en lançant gaiement :
- En effet ! Je cherchais désespérément votre bureau, haha !
Il fut secoué d'un petit rictus, aussi piquant qu'une aiguille dans le doigt, et répondit en commençant à faire demi tour :
- Vous auriez pu chercher longtemps. Suivez moi, c'est par ici.
En inspirant profondément, je lui obéis. Nous dépassâmes l'ascenseur, et il s'engouffra dans un couloir plus étroit encore que ceux qui peuplaient le domaine, au bout duquel se trouvait une porte, presque noire dans l'obscurité régnante. Les murs étaient vides de toutes décoration, arborant toujours le papier peint beige et l'aspect glacé qui enveloppait le château. En me demandant vaguement s'il ne m'entraînait pas quelque part dans le but de m'égorger, je fus rassuré lorsqu'il me fit entrer dans immense bureau, au meuble de bois et papier peint sombre. Je trouvais ça un peu étrange de constamment changer d'atmosphère selon les pièces, mais ne m'en plaignis pas. Je préférai de loin la chaleur d'un lieu inconnu, plutôt que de parcourir sans cesse ces couloirs modernes sans une once de convivialité.
- Installez-vous, je vous en prie.
Je lui obéis, et m'assis sur le côté droit d'un large canapé de cuir, en face d'un fauteuil plus petit, où était prostré le psychologue. Je toussotai, un peu mal à l'aise. Je ne comprenais vraiment pas ce que je fichais ici.
- Très bien. Tout d'abord, comment allez-vous, Prince Elric ?
- Euh… ça va… merci…, marmonnai-je.
- Que pensez-vous de votre situation ? Je veux dire, votre place, au sein de la société, comment le vivez-vous ?
OK. Là j'avais carrément l'impression d'être à une conférence de presse. Mon malaise se transformant peu à peu en agacement, je répondis avec politesse, ma voix néanmoins assez froide pour qu'il comprenne mon sentiment :
- Ecoutez, je ne comprends vraiment pas ce que je fais ici. Je… je sais que j'ai dit que j'acceptais cette thérapie, mais ça n'empêche que je ne vois absolument pas pourquoi Envy et moi en avons besoin.
Il sourit avec tendresse, respirant la patience et l'amabilité. Malgré moi et malgré mon désir de lui faire confiance, je n'arrivais pas à m'ôter de la tête l'aura maléfique qui semblait l'habiter, pour une raison obscure.
- C'est simplement un ordre de la reine Dante, expliqua-t-il. Elle veut s'assurer que sa fille épouse un Prince digne de ce nom, qui l'aimera comme elle le mérite.
- Mais… c'est à Rose de juger… et puis, une thérapie est sensée rester secrète entre le psy et le client, non ? Si je comprends bien, vous comptez tout divulguer à la Reine, ce qui n'est…
- Détrompez-vous, Monsieur Elric, me coupa-t-il avec calme. Je serais seul juge de cette thérapie, Madame la Reine n'obtiendra de moi qu'un simple conseil quant à celui qui sera le plus apte à épouser Mademoiselle Rose. Voyez-vous… je connais bien la famille Tiresome, et j'ai beaucoup parlé à la Princesse également, je saurais parfaitement deviner lequel de Monsieur Envy et vous êtes le plus digne d'unir sa famille aux Tiresome, qui me sont chers.
A demi convaincu, je m'enfonçai plus profondément dans le canapé et croisai les bras sur mon abdomen.
- Je vois…, soufflai-je. Alors, qu'est-ce que vous attendez de moi ?
- Que vous me racontiez tout ce que vous vivez.
- Hein ?
Comme un souffle glacé, les souvenirs honteux de mes altercations avec Envy ravagèrent mon esprit. Je toussais brusquement pour tenter de faire passer mes joues rougissantes et mes frémissements d'angoisse, lorsqu'il reprit :
- Je dois devenir votre journal intime, votre meilleur confident, le seul à qui vous pourrez parler d'absolument tout ce que vous vivez, ce qui vous blesse, ce qui vous plais. Vous ne devez avoir aucun secret pour moi.
Un brin dégoûté par le visage dudit soi-disant confident, je grimaçai.
- Au risque de paraître impoli, Monsieur Tucker, je n'ai… vraiment aucun besoin et encore moins envie de vous confier quoique ce soit sur ma vie privée. Et surtout parce que je suis ici contre mon gré.
Embêté, il sembla réfléchir un instant à la meilleure façon de me présenter ça.
- Le problème, Prince Edward… c'est que vous n'avez pas le choix.
Visiblement, il avait arrêté son choix au mauvais endroit. De plus en plus agacé, je commençais sérieusement à me demander si je n'allais pas carrément m'en aller, mais il reprit :
- Je sais que ce n'est pas évident pour vous d'accepter ça, et je ne vais pas vous forcer. Dans un premier temps, racontez-moi simplement ce que vous voulez bien me raconter, Prince. Je m'en satisferai.
Boudeur, je ne répondis rien. Derrière ses lunettes rondes, il m'envoya un franc sourire compatissant qui apaisa un peu ma colère.
- Et si on commençait par votre enfance ?
Vaincu par cet air angélique qui peu à peu bannissait son côté sombre, je consenti à lui conter mon histoire, mes souvenirs, en évitant tout de même de lui parler de ceux, étranges, qui demeuraient incomplets.
…
Je sortis du bureau une heure plus tard, pas franchement changé, si ce n'est heureux d'avoir constater que ce vieil homme, bien qu'effrayant, connaissait son métier. Il savait mettre à l'aise, écouter, sans jamais donner son avis ou divulguer la moindre émotion qui aurait pu indiquer qu'il avait un avis particulier sur ce que je lui confiais. Pas que mon enfance relevait de l'exceptionnel, mais j'avais trouvé cela plutôt apaisant de lui parler de ma mère si simplement, sans qu'il semble manipulé par la pitié. Cela m'avait fait du bien d'évoquer quelques scènes passées que j'avais jusque là enfouis dans un coin de mon esprit, réservé à mes soirées nostalgiques que je passais généralement seul, muré dans ma douleur.
Toute la fin d'après midi se déroula sans encombre, par la suite. Je ne rejoignis pas ma chambre directement, pas franchement pressé de retrouver Envy qui, je m'en doutais, jouais encore les misanthropes, affalé sur son lit. Par hasard, je m'arrêtai devant deux immenses portes de verre donnant accès à une imposante bibliothèque, qui débordaient de livres passionnants dont mon château ne disposait pas.
J'aimais lire. J'aimais m'instruire également. Ma propre témérité m'étonnait, parfois. A l'instar de mon frère, j'avais acquis une connaissance générale impressionnante rien qu'en dévorant tous les livres qui me passaient sous la main, qu'il s'agisse de science, d'art ou de littérature. L'intelligence et le savoir des autres me fascinaient, au point que de travailler, de m'envahir de connaissances, m'apaisait. Winry, qui elle préférait le concret – comme la mécanique – était souvent déconcertée devant le temps presque alarmant que nous pouvions passer à étudier un traité philosophique, tandis qu'elle ne lisait rien de plus compliqué de des BD. Mais bien loin de tous les préjugés qu'on pouvait m'attribuer, je me complaisais dans la lecture comme dans des sources chaudes. C'est ainsi que j'occupai cette journée, suite à cette découverte miraculeuse, jusqu'au dîner.
Ce dernier se déroula, comme souvent ces temps-ci, dans un silence à en rivaliser avec les morts. Du moins, plus précisément en ce qui concernait Envy et moi. Rose, elle, ne cessait de parler, à propos de diverses activités qu'elle aimerait nous faire essayer au court de notre séjour. Dante ne fut pas présente lors du repas – je me doutais, par expérience, que son rôle de souveraine ne lui accordait pas toujours le temps de s'adonner à nos mignons petits bavardages, sans compter le fait que d'héberger les deux plus grands Prince du pays ne devait pas arranger ses affaires en matière de discrétion (la presse était une véritable plaie, quand elle s'y mettait).
Lorsque nous dûmes remonter dans nos appartements, Rose nous envoya un sourire joyeux accompagné d'un signe de main, avant de disparaître à l'angle d'un couloir. Côte à côte, Envy et moi regagnâmes notre chambre commune, où il s'affala sur son lit dans la seconde qui suivit notre entrée. A croire que ce type passait la quasi-totalité de ses journées dans la salle-de-bains ou sur son matelas. Un vrai gosse. Dans un soupir ennuyé, je repris mon activité du midi, à savoir de décharger ma valise en tentant de trier le linge sale du propre.
- Alors, le nain de jardin, tu t'es amusé à chercher des caméras vidéo cachées partout dans le château ? demanda soudain Envy, narquois.
Je lui envoyai d'abord un regard noir, par réflexe, et ne percutai qu'ensuite le sens de ses mots. Surpris, je m'arrêtai de bouger pour méditer instant. Depuis mon rendez-vous avec le psy, je n'avais pas une seule fois repensé à cette histoire de téléréalité. Comment se faisait-il ? Je croyais en les dires d'Envy, mais je m'attendais à ce que cette histoire me préoccupe encore un moment, avant que j'accepte totalement mon auto-montage de tête. Mais après avoir parlé à Tucker, l'idée ne m'avait pas même effleurée l'esprit. Ce fut même ce crétin de Prince qui me rappela à l'ordre – quelle ironie.
Humilié, je reportai mon attention sur mes vêtements, sans un mot ni regard pour mon acolyte. Décidé à me provoquer, il insista :
- Mais si tu y tiens vraiment, tu peux refaire un strip-tease, je le filme, et je l'envoie à une émission de télé. Ils sauteront de joie, tu verras : un véritable don pour la charité.
- La ferme, Envy.
- Tu ne te sens pas généreux, toi ? ricana-t-il. Moi oui, je suis prêt à aider mon prochain.
- Alors ainsi tu veux me venir en aide, lâche-moi et occupe toi comme tu veux, tant que c'est silencieux.
- J'ai pas envie de t'aider toi – t'es non seulement pas en difficulté, et en plus t'es trop petit pour être humain…
- Qu'est-ce que tu dis, abruti profond ?! m'emportai-je en déviant enfin vers lui.
Surpris, je constatai qu'il avait finalement quitté son lit pour se poster debout, à quelques mètres de moi, appuyé contre l'armoire. Hilare, il enchaîna :
- Haha ! Enfin, tu commences à réagir !
Ravalant, comme souvent, une sérieuse envie de lui asséner un magnifique crochet du droit, je me contentai de pousser un bref soupir agacé en détournant les yeux. Vraisemblablement frustré, il insista :
- 'Tain, le nain de jardin, faut que je fasse quoi pour que tu m'occupes ?!
- Pardon ? m'étranglai-je, incrédule.
Le matin même il semblait prier les Dieux pour que je ne lui adresse pas la parole, et maintenant il me provoquait parce qu'il s'ennuyait. Quel type incompréhensible.
- On ne s'est pas vu de la journée, accorde moi au moins une petite engueulade ! râla-t-il en se rapprochant de moi.
Sidéré, je me redressai enfin pour lui faire totalement face. Il ne souriait pas, me dévisageait avec insistance comme un plat à la fois désiré et détesté. Décontenancé par cette étonnante accumulation de contradictions, je répliquai, cinglant :
- Personnellement, cette trêve m'a fait le plus grand bien. Ne viens pas tout gâcher, par pitié.
- Tu m'en veux encore pour cette nuit, c'est ça ?
Comme une gifle, cette réponse me percuta de plein fouet, aussi douloureuse qu'inattendue. Que cherchait-il à faire, là ? Que voulait-il prouver ? Même s'il avait parfaitement remarqué mon trouble de la veille, mon incompréhensible fureur de le voir embrasser Rose, de quel droit s'en servait-il pour me provoquer ?
Sentant poindre en moi le retour de l'étrange sentiment insensé qui avait ravagé mon esprit toute la nuit, je tentai de maîtriser mes tremblements en enfonçant les mains dans les poches de mon jean, où patientait toujours l'inutile tournevis. Tout en maintenant, tant bien que mal, une respiration égale, je répondis :
- Je ne vois pas de quoi tu parles. Tu m'as donné la preuve que j'attendais, non ?
Ses lèvres se contractèrent un instant, comme si, soudain, il prenait conscience du terrain dangereux dans lequel il m'avait entraîné. Puis, d'un ton nonchalant presque indifférent, il souffla :
- Ouais, c'est vrai. Mais… t'avais pas l'air de très bien le prendre. J'ai tort ?
De plus en plus furieux, je resserrai ma poigne autour du tournevis. Mon visage, impassible, le toisa un instant d'un regard méprisant.
- Bien sûr que tu as tort, imbécile, sifflai-je. A quoi tu t'attendais ? J'étais carrément rassuré, ça m'aurait embêté que tu aimes m'embrasser.
D'abord pantois devant ma froideur, il éclata ensuite d'un grand rire incontrôlable, qui sonnait tellement faux que j'en grimaçai d'appréhension. En faisant mine de se tenir les côtes pour tenter de respirer, il répliqua :
- Moi ? Aimer t'embrasser ? Tu déconnes ! T'embrasses aussi bien qu'un chien, si ce n'est pire ! C'était plutôt toi qui avais l'air de trouver mes baisers à ton goût.
Eclatant d'un rire sans joie à mon tour, je ripostai, d'un ton à donner froid aux ours polaires :
- Tu parles, c'était tellement écoeurant que j'en ai eu des nausées toute la nuit. Et si j'étais choqué lorsque tu as embrassé Rose, c'est que j'avais peine pour elle ; la pauvre, subir ça à son âge, tu aurais pu la tuer…
Envy blêmit. C'était vraiment trop facile de blesser sa fierté. Amusé, je commençai à me détourner, lorsqu'il scanda la phrase de trop :
- C'est ça, tu fais le malin du haut de tes un mètre vingt, mais je sais qu'au fond tu ne peux pas supporter deux choses : j'ai non seulement volé un baiser à Rose, ce qui me donne une avance considérable sur toi ; et en plus tu sais que ce baiser était beaucoup plus significatif que celui que j'ai échangé avec toi. Toi, tu ne vaux rien, ni pour moi ni pour personne ; alors arrêtes de prendre tes grands airs quand, au final, tu n'es qu'un microbe sans intérêt.
Je me figeai, abasourdi. Chacun de ses mots, prononcés avec une hargne presque douloureuse à entendre, semblaient entrer en moi à la manière d'un poignard. Au dehors, le vent d'automne soufflait contre les vitres, envoyait les feuilles dorées cogner contre les murs, brillant dans la nuit sombre. Comme pour accompagner le cyclone qui balayait peu à peu ma raison, les rafales ressurgissaient sans arrêt, plus puissantes à chaque seconde, plus effrayantes et dévastatrices. C'était comme une sourdine qui venait s'abattre sur mon esprit, ne lui permettant de ne plus qu'entendre les mots d'Envy, l'indignation furieuse qui les accompagnait, la douleur quasi-apocalyptique qu'ils faisaient naître en moi. C'était comme être déchiré de l'intérieur, comme si mon sang ne se déversait plus que dans mes veines, mais venait s'étendre sur mes os, ronger mes muscles, colorer mes larmes. Mon humiliation, ma jalousie était étouffantes, déroutantes, incompréhensible. Plus je considérais le visage, admirable mais furieux, de mon homologue, plus je me rendais compte jusqu'où mon obsession pour lui m'avait conduit. Sans même m'en rendre compte, j'avais ancré le moindre de ses gestes envers moi jusqu'au plus profond de mon âme, marqué au fer rouge la trace de ses baisers, de ses caresses sur mon coeur, et maintenant tout prenait fin, tout s'écroulait, il me détruisait avec plus de violence qu'il n'en avait jamais usé envers moi.
Il fallait que je fuie. Il fallait que je m'achève, seul, pour ne pas lui donner ce qu'il voulait, pour m'affranchir de mes erreurs, pour contourner la folie désespérée qui me menaçait dangereusement, maintenant qu'Envy venait dépouiller ma raison à grand coup de réalité absolue.
Peu à peu, je me sentais perdre le contrôle de moi-même, je me sentais blêmir, mourir. Les yeux d'Envy, imperméable à la déferlante de sentiments qui peu à peu dévorait ma lucidité, restaient obstinément plantés dans les miens, attendant ma réponse. Incapable de lui en fournir une, car incapable de mentir plus longtemps, je me contentai de m'élancer vers la porte, sans un mot ni une explication. Les couloirs me paraissaient interminables, étouffants, si froids que mon dos était tiraillé par des frissons d'angoisse. Je ne savais où aller ; mes pieds me menaient où bon leur semblait, mon esprit, encore martelé de ces émotions indistinctes, incapable de les diriger.
Je savais qu'il fallait que je fasse quelque chose. Que j'agisse, que je me soigne, pour que tout redevienne comme avant, et que je sois seul maître de mon cœur. Je voulais à tout prix faire cesser cette douleur infâme, m'ôter, par accès de stupidité s'il le fallait, la brûlure lancinante de mon âme. Il me fallait du nouveau, de l'inconsidéré, de l'impressionnant, pour que je redevienne moi-même.
- Edward ? Est-ce que tout va bien ?
Alerté par une voix familière, je me retournai.
- Bon sang, vous pleurez ?!
Rose se tenait là, devant moi, dans l'embrasure d'une porte de bois impeccablement vernie. D'un geste rapide, elle vint poser sa main contre ma joue vraisemblablement humide, et son parfum réveilla en moi quelques souvenirs grisant de douleur. C'était elle qui avait tout déclenché. C'était elle la responsable de ma folie, de ma perte de contrôle. C'était à cause d'elle que tout avais commencé, c'était pour elle qu'Envy me rejetait. Soudain, les paroles d'Olivia Armstrong me revinrent en mémoire : « il est bien connu qu'on soigne les maladies par la maladie ». Rose était le virus qui avait provoqué ma démence : pour l'abdiquer, il fallait en abuser. Il n'y avait que comme ça que je pouvais guérir ; il n'y avait qu'en me blessant plus profondément que j'allais atteindre Envy, et l'extraire de mon cœur.
Sans vraiment prendre conscience de ce que je faisais, mais ô combien motivé par ma volonté, je glissai une main derrière la nuque de la jeune fille et plaquai mes lèvres aux siennes. Elle sursauta, déboussolée, mais ne se débattit pas. Ceci dit, probablement n'en n'avait-elle pas la force. Sans lui laisser le choix ni même la possibilité de me faire part de son avis, je l'entraînai dans sa chambre et nous y enfermai avec rapidité.
- Ed… Edward, qu'est-ce que vous…
Ne lui laissant pas le temps de finir, je m'emparai de ses poignets et les collai au mur avec brusquerie, avant d'à nouveau lui voler un baiser. De ma main libre, j'entrepris de m'égarer sur ses hanches, soulevant légèrement son t-shirt pour laisser glisser mes doigts sur sa peau chocolat. Elle gémit mais je l'ignorai, commençant d'ores et déjà à la déshabiller.
Tout était trop puissant. La violence de mes sentiments, les larmes qui roulaient d'elles-mêmes sur mes joues, l'odeur enivrante de la peau nue de la jeune fille que je violais. Je voulais Envy, pour moi et moi seul, mais Envy voulait Rose. Je la lui enlevais donc, par vengeance peut-être, manipulé par une rage que je ne comprenais plus. Je voulais lui faire payer ma souffrance, je voulais le blesser autant qu'il se jouait de mes sentiments, je voulais lui renvoyer tout ce qu'il m'avait fait subir. Par le biais de la Princesse, je lui transmettais ma propre peine. Il l'avait créé, je la lui offrais donc, et ce même si cela me perdait, même si les conséquences de mes actes seraient plus démesurées que jamais. Même si je risquais de tout perdre : ma famille, mon statu, ma vie, et Envy lui-même ; la douleur ne serait jamais plus invivable que celle qui me broyait les sens en cet instant.
Doucement tout de même, j'obligeai Rose à s'allonger sur son lit, la poitrine dénudée et la jupe sévèrement relevée. Elle ne pleurait pas néanmoins, me dévisageait de ses grands yeux bruns comme une bête curieuse. La respiration saccadée, incapable de prendre totalement conscience de ce que je faisais, je voyais mes larmes s'écraser sur le corps de la jeune femme immobile.
- Edward…
- Tais-toi, Rose, soufflai-je, moi-même surpris d'être capable de parler. Laisse-toi faire et ça ira.
Les mains tremblantes, je pris soin de l'immobiliser en m'appuyant sur ses reins, tandis que je commençai à défaire ma ceinture. Soudain, deux mains, fines mais assurées, vinrent arrêter les miennes. Je relevai les yeux vers la Princesse ; elle m'accorda un doux sourire puis acheva d'elle-même mon geste, avant de m'attirer jusqu'à elle dans une étreinte un peu brusque.
- Tu as raison, murmura-t-elle au creux de mon oreille. Ça va aller.
A nouveau, le souvenir de ses baisers avec Envy s'imposa à moi, et Rose sembla prendre l'allure d'une étrange marionnette, sans que je sache réellement si c'était nous qui la dirigions vraiment. Je pris une grande respiration puis fermai les yeux et achevai mon geste.
Je ne sentais, n'entendais, ne voyais plus rien. C'était comme si mes sens s'étaient mis en veille, comme s'ils laissaient la place à ma douleur conductrice, comme si je n'avais plus le contrôle de moi-même. Quelques chose en moi hurlait au désespoir à chaque instant où je me remémorais les mots d'Envy, et j'accélérais, j'accentuais mes efforts envers Rose, entrais en elle pour mieux expédier hors de moi mes sentiments envers ce Prince de malheur.
Dans un cri, commun à elle et moi, je me libérai, savourant l'extase de cette nouvelle liberté, goûtant avec délice les premières vagues de ma vengeance, enfin imperméable à toutes les attaques démesurément violentes que pourrait, à l'avenir, m'envoyer l'homme de mes pensées. J'avais enfin dépassé Envy, et j'étais intouchable.
…
Comme dans un rêve, je regagnai ma chambre en plein milieu de la nuit. Les murs glacés qui m'avaient précédemment paniqués me rafraîchissaient désormais, apaisaient ma conscience en ébullition. Il me semblait ne plus faire attention à rien. Je marchais d'un pas lent, traînant, tant ma satisfaction entourait ma raison comme du coton. J'épongeais mes cicatrices peu à peu, apaisé, bercé par le rythme serein de ma respiration.
A pas de loup, je commençai à traverser ma chambre pour rejoindre mon lit. Soudain, tel un vampire alerté par l'odeur du sang, Envy se redressa d'entre ses couvertures et s'exclama :
- Putain le microbe, t'as vu l'heure ?! T'étais où ?!
Je ne répondis rien. La voix d'Envy ne me troublait plus, ses hurlements ne m'agaçaient plus, mon besoin, irrémédiable, de le vouloir près de moi n'était plus. J'étais vraiment guéri.
- Oh, tu m'écoutes, le nain ?!
Même les insultes ne m'atteignaient pas ; c'était encore plus fameux que ce que j'imaginais. Lentement, je me tournai vers lui. Je voulais me tester. Son physique insolent de beauté était probablement ce qu'il y avait de plus déroutant chez lui, il fallait que je vérifie si ce corps, cette carrure, cette peau, ce regard m'était désormais indifférent. Avec plaisir, je constatais que oui.
De plus en plus énervé, Envy se redressa davantage, et insista :
- T'es sourd ou quoi ? T'entends ce que je dis ? Tu faisais quoi, bordel ?!
Il était temps. Je devais achever ma vengeance pour de bon. Je devais lui faire comprendre, enfin, ce qu'il me faisait subir. Sans trop de mal, je réussis à garder une mine impassible et rêveuse, savourant ma prochaine victoire avec un sadisme impeccablement dissimulé sous un voile d'indifférence :
- J'ai couché avec Rose.
Tadadam ! Qu'en avez-vous pensé ??
A bientôt, et encore merci de m'avoir lu !
By Yumi
