CHAPITRE IX
Dick
« Weasley », reprend Dick avec calme. « Et vous êtes… ? »
« Son oncle », fait l'homme roux en regardant Robin avec défi.
Tim a passé pâle pour être décomposé. Même ce détail a de la valeur, on dirait.
« Eh bien, enchanté, William Weasley. D'Angleterre, je suppose, avec cet accent ? Tim avait le même quand il est arrivé, il lui a fallu des années avant de s'en défaire. Fraichement débarqué ? »
« Pas vraiment », grogne l'homme sans élaborer.
Pas exactement coopératif, mais il est évident que les actions de Timmy n'ont pas agacé que Nightwing cette nuit. Oh Timmy, tu en as pour des années pour regagner la confiance que tu viens de perdre.
Et tu vas peut-être attendre des jours avant de pouvoir t'asseoir, se jure-t-il. Mais il continue. Il lui faut le maximum d'information.
« Et donc notre Timmy était Tim Weasley ? »
Le geste de Timmy est clair : NON ! Mais son oncle ne se laisse pas arrêter. Dick croit même deviner l'existence d'un rictus canin en sa direction.
« Albus. Albus Severus Weasley. Ou Potter, je suppose. »
« C'est… charmant. Très anglais, en tout cas. Albus. Pourquoi Potter, Albus ? »
Tim est coincé. Il déteste s'entendre appeler par ce nom, c'est évident, mais s'il ne répond pas, son oncle le fera. Et qui sait ce qu'il va dire.
Dick veut vraiment vraiment lui taper dessus. Avec une chaise.
« Mes parents ont divorcé. », finit par répondre Tim. « Bill est le frère de ma mère. »
Huh. Une fontaine d'informations et Dick a bien remarqué l'absence du mot père dans la phrase. Maintenant comment pousser ces deux têtes de mules à lui dire ce qu'il veut sans devoir le leur arracher avec des pincettes ? Mmm, la provocation est toujours la tactique la plus simple.
« Et comment se fait-il que personne de cette merveilleuse famille ne soit venu chercher Albus ? »
William manque s'arracher de sa prise. Tim s'est raidi et refermé, il a même fait un pas en arrière. Attention, sujet tabou. C'est généralement là que le garçon sourirait et offrirait des platitudes normalement, noyant la question sous les banalités. Non Dick, personne ne viendra me chercher. Ils sont tous morts. Il n'y avait aucune raison particulière.
Menteur. Mais les rouquins sont généralement emportés et celui-ci a été violent depuis le début. Et donc…
« ILS SONT MORTS ! » hurle l'homme en se débattant. « Morts, sale fils de pute ! Ils ne peuvent venir chercher PERSONNE ! »
Le visage de Robin est pâle et sans vie. Il observe son oncle comme il a observé des dizaines de criminels et Dick se rend compte avec de plus en plus de peine qu'ils ont complètement loupé le coche, Bruce et lui, complètement mal jugé cet enfant et les raisons qui l'ont rendu si doué à ne pas laisser ses émotions influencer ses actions. Ce n'est pas que ça ne le concerne pas. C'est qu'il n'est pas concerné.
Ça ne sent pas bon. Mais il lui en faut plus. Weasley finit de s'agiter dans ses bras – cette prise est très bonne contrairement à ce qu'il a prétendu, elle ne demande pas d'effort et ne cause pas de crampes. Il peut tenir la nuit entière – et il reprend l'interrogatoire.
« Tous morts. Sauf vous et lui. «
« Ouais. », grogne l'homme.
Tim pourrait être une statue de cire.
« Et son père. »
« Suppose. » fait l'autre avec mauvaise grâce.
Sujet délicat des deux côtés, alors. Divorce difficile ?
« En parlant de son père » fait-il d'un ton dégagé, « vous ne sauriez pas comment le joindre ? On pourrait lui donner des nouvelles… »
« NON ! »
En chœur. Carrément. Le rouquin s'est figé dans ses bras, Tim/Albus s'écroule presque, revenu à la vie et leurs voix ont la même note paniquée. Potter, hein. Un gros bras ? Un criminel ? Une tête de gang ? Quelqu'un à redouter, en tout cas.
Mais apparemment les deux idiots se sont surpris mutuellement. Tim regarde son oncle avec un étonnement évident, et Weasley se redresse pour l'interpeller.
« Tu es sûr que tu ne veux pas appeler papa, Potter ? Et espérer qu'il vienne te sauver ? Même s'il n'a sauvé personne d'autre ? Pour son précieux fils, il ferait certainement un effort. »
Celle-là est facile à déchiffrer. Le papa – Potter – n'est donc pas mort. Weasley estime qu'il aurait dû sauver les autres – détails, quelqu'un ? – et insinue qu'il ne l'a pas fait pour des raisons sordides.
« Appelle donc le héros, bébé Albus, peut-être qu'il montrera son nez, après tout ce temps, on pourrait échanger des nouvelles… »
« Il nous tuerait ! Tu sais qu'il nous tuerait ! »
On vient de changer complètement de registre, là. C'est Tim qui a crié, d'une voix plus haut perchée que d'habitude, et à voir les deux tâches de couleur sur ses joues pâles, Dick sait qu'il vient d'apprendre quelque chose de très important : Robin, qui a affronté des dizaines de criminels, Tim qui affronte Batman sans ciller, Albus qui a survécu à un enlèvement et à une ménagerie humaine… est terrifié de son père. Le fameux Potter, quel qu'il soit, a réussi ce dont peu jusqu'ici peuvent se vanter. Et Dick sait que les souvenirs d'enfance sont les moins fiables et les plus douloureux, mais…
Il commence à se demander s'ils ne se sont pas complètement trompés – encore – sur la raison pour laquelle Tim voudrait couper tous ses contacts avec son passé. Pas d'enquête, pas de recherche, surtout pas de nom… Chez quelqu'un de plus vieux, ils auraient reconnu ce comportement : c'est celui de quelqu'un qui cherche à se faire oublier. Rien à voir ici. Albus est mort dans cet enlèvement, ni fleurs ni couronnes s'il vous plait. Et ça expliquerait à la fois l'insistance du garçon à les voir enterrer l'affaire et sa persistance à garder ses propres yeux ouverts au cas où…
Au cas où quelqu'un viendrait le chercher.
Et finalement ce rendez-vous sur un toit à minuit prend une nuance plus sinistre. Oui, Tim a bien laissé entendre que si les réponses de l'homme lui déplaisaient, il s'en chargerait définitivement… et Dick ne l'a pas cru. Pas après toutes ces années d'efforts et de tentations évitées sans problèmes.
Mais si c'est la sécurité de Tim qui est menacé… si tout en revient à Albus…
Dick se rend compte avec une horreur grandissante que ce ne sont pas seulement les problèmes de son frère qu'il affronte là, mais tout ce qu'Albus Potter-Weasley a amené en Amérique avec lui – et dont il n'a jamais parlé.
Dick se sent dépassé. Tim, il peut confronter, mais d'Albus il ne sait rien. Il ne lui reste qu'à prier pour que ce qu'il sait suffise… et pour que les renforts arrivent.
Quand il reporte son attention sur la scène, il se rend compte qu'il a presque laissé échapper sa prise, parce que l'homme s'est littéralement effondré de surprise dans ses bras.
Silence. Est-ce qu'il faut qu'il dise quelque chose ?
A Suivre.
