Note de traducteur : Cette histoire ne m'appartient pas. Je ne suis que la traductrice de 'Apple Pies and Other Amends' de ToEatAPeach.

Disclaimer : Rien n'est à moi. Tout appartient à la grande J.K Rowling. Sauf l'histoire. L'histoire, elle, est de ToEatAPeach.


Chapitre 10

C'est presque absurde, idiot, le niveau d'angoisse qui habite Hermione juste avant qu'elle ne montre son nouvel achat à Drago le lendemain.

Il soulève le sac et l'inspecte attentivement sous la lumière éclatante des fenêtres de la cuisine. Il fronce les sourcils. Inspire. Pèse le filet entre ses mains. Puis il le lui rend avec un soupir désolé.

« Ok Granger, j'abandonne. Tu as gagné. Je n'ai aucune idée de ce que c'est. »

Son sourire timide se fait triomphant. « Ce sont des key limes. »

Les sourcils de Drago se froncent un peu plus et sa bouche se tord en une grimace intriguée. Grimace qu'elle ne trouve absolument pas adorable. Non, non, non.

« Des key limes ? dit-il. Ce sont des fruits ensorcelés pour ouvrir des portes ? »

Hermione glousse. Elle glousse vraiment. Alors elle tente de cacher son embarras sous un flot d'information. Comme elle en avait l'habitude à Poudlard.

« En réalité, c'est une variété de petits citrons verts qui n'a pas la moindre propriété magique. On les appelle comme ça parce qu'ils poussent principalement dans les Keys, en Floride.

— Les Keys ?

— C'est un archipel au large de la pointe de terre la plus méridionale des États-Unis. Certains récifs autour des îles sont classés au patrimoine et leur climat tropical a… »

Elle s'interrompt quand elle réalise combien sa voix a l'air pompeuse. Mais pour la première fois depuis qu'ils se connaissent, Drago ne lui fait pas remarquer. Il baisse la tête, affiche un sourire songeur et retourne à la pâte à tarte qu'elle lui a demandé de préparer un peu plus tôt.

Ce jour-là, il se tient juste à côté d'elle sur le plan de travail. Il tourne volontairement le dos à la bouteille de Whisky Pur Feu d'Odgens - toujours fermée, toujours à l'endroit où il l'a posée la semaine précédente - et son corps est si près du sien que leurs coudes se cognent de temps à autre.

« Granger, pourquoi est-ce que j'ai l'impression que tu n'as pas choisi ces fruits parfaitement moldus et parfaitement exotiques par hasard ? »

Elle ne gloussera pas cette fois. Certainement pas. Elle découpe consciencieusement le filet et fait tomber quelques key limes sur le comptoir. Les petits fruits verts roulent sur la surface en bois et elle les rassemble en un tas maîtrisé à l'aide de son couteau.

« Parce que ce n'était effectivement pas par hasard, dit-elle. C'est une nouvelle énigme. Devine pourquoi j'ai choisi ces fruits. »

Drago s'arrête un instant de pétrir. « Je ne suis pas sûr des détails, mais je crois saisir l'idée générale.

— Fais de ton mieux alors.

— Très bien, répond t-il en reprenant son travail de boulanger. Chaque pâtisserie que tu as offerte avait une sorte de lien avec son destinataire ou du moins un rapport avec ce que tu penses de lui. Greg et sa Forêt Noire. Les tuiles au vinaigre balsamique pour Pansy.

— Pansy n'aimerait-elle pas les tuiles ? demande t-elle moqueuse.

— Si. Mais là n'est pas la question. Je te soupçonne d'avoir choisi cette recette-là pour son nom, un peu comme Greg. Pansy étant à tes yeux une personne aigre, tout ça, tout ça… »

Hermione occupe ses mains en jouant avec les citrons pour s'empêcher une fois de plus de sourire bêtement.

« Quant à moi, poursuit Drago d'un ton plus doux. C'est les pommes. Je pense que tu as dû te rappeler à quel point j'aimais les pommes à Poudlard, alors tu t'es présentée à ma porte avec un souvenir heureux parsemé de sucre et de cannelle pour m'amadouer. »

Elle ne nie pas mais ne confirme rien non plus. Elle continue de faire rouler les citrons sur le comptoir sans le quitter des yeux. « Et les key limes ? Tu penses que c'est pourquoi ? »

Il la regarde fixement, la transperce, la cloue sur place de tout ce gris pâle qu'elle trouvait pourtant si froid jadis.

« C'est pour toi, dit Drago. Ces citrons verts sont ton souvenir heureux. »

Jusque là elle s'était refusée à rompre le contact visuel. Mais soudainement elle ne peut détourner les yeux assez vite. Elle les pose sur le comptoir, sur les citrons, sur ses propres mains. Tout sauf le gris perçant devant elle.

« Vingt… vingt points pour Serpentard », bégaie t-elle. Puis elle laisse échapper un rire bancal.

Drago rit lui aussi et retourne à sa pâte à tarte sans sembler remarquer son étrange comportement. Ils travaillent en silence un moment, l'un à côté de l'autre, et elle profite de ce répit pour reprendre ses esprits. Et pour tenter, c'est vrai, de deviner ce qu'il pense. Parce qu'après tant de déductions rusées sur sa Tournée Pâtissière SSPT, surtout en ce qui la concerne, il ne peut que penser quelque chose, non ?

Ignorant tout du tumulte qui se trame dans sa tête, Drago grogne soudainement :

« Ok, Granger. Félicitations. Je déclare forfait.

— Hein ?

— Le suspens est intolérable, alors crache le morceau.

— Quel morceau ? »

Il lève les yeux au ciel. « Le souvenir, Granger. Ton souvenir. La raison pour laquelle on prépare une tarte avec des citrons de Ricains qui ne peuvent pas ouvrir de portes.

— Oh, ça.

— Oui, ça. »

Elle l'observe. Ses longues mains blanches couvertes de pâte, les tâches de farine sur ses poignets et ce regard plein d'anticipation qu'il lui lance.

Puis prudemment, très prudemment, elle dit : « Mes parents. Mon souvenir concerne mes parents. Et un voyage que j'ai fait avec eux l'été avant la Guerre. »

Elle attend, craintive, qu'il réagisse. Mais il ne bouge pas et elle se met à se mordiller la lèvre, ne sachant trop si… si…

Drago semble comprendre ce qu'elle attend de lui en cet instant. Il se redresse soudainement et lui lance un de ses habituels sourires en coin. Mais sous cette expression familière, d'autres émotions se dessinent. La honte, d'abord. Il a l'air d'avoir honte, pense t-elle. Et même, oui peut-être même qu'il a l'air d'être un peu blessé.

« Granger, dit-il de son indéfectible voix traînante, j'espère que tu sais que je ne vais pas t'attaquer parce que tu me parles de tes parents moldus. »

Hermione se sent rougir d'embarras. Elle n'ose l'admettre, mais c'est l'une des choses qui l'angoissaient le plus ce matin. La réaction de Drago Malefoy quand elle devrait mentionner de parfaits moldus. Ces mêmes personnes qu'il avait juré un jour de torturer et d'assujettir.

« Je suppose que je le sais oui… », répond t-elle doucement.

Il hoche la tête, l'air de dire que le sujet est clos, et s'en remet à sa préparation. Mais elle attend toujours et le regarde étirer la pâte avant de la rouler à nouveau. Il doit sentir son hésitation derrière lui et sans relever les yeux de son plan de travail, il dit : « Vas-y Granger. Raconte-moi ton souvenir avant que la curiosité ne me tue. »

D'accord, pense Hermione. D'accord.

« C'était l'été après notre sixième année, commence t-elle. Après Dumbledore… enfin… après que tout se mette à déraper. Chaque jour la Guerre semblait de plus en plus proche. Je savais que je devrais bientôt partir pour aider Harry dans sa quête des Horcruxes et je… j'étais terrifiée. Tout ce que je voulais c'était m'échapper, ne serait-ce que pour quelques jours. Alors j'ai supplié mes parents d'organiser un voyage vers un pays ensoleillé, nouveau et surtout très très loin d'ici. Mes parents avaient un congrès dentaire de prévu ce juillet-là à Miami, aux États-Unis. Je leur ai suggéré de les accompagner et qu'on descende ensuite un peu plus bas pour visiter les Keys. Et c'est ce qu'on a fait. On a conduit des heures le long d'une autoroute qui longeait cet océan si remarquablement bleu et on s'arrêtait sur chaque île en chemin. On a pêché, on a joué à des jeux de société, on a pas mis assez de crème solaire et on a mangé plus de tartes aux keys limes que je ne saurais en compter… »

Drago a reposé la pâte et la regarde maintenant attentivement. Comme elle ne poursuit pas, il lui lance un petit signe d'encouragement.

« Ça avait l'air vraiment chouette, Granger.

— C'était le plus bel été de ma vie. »

Très vite les larmes lui montent aux yeux et, horrifiée, elle s'empresse de les essuyer du revers de sa main. Drago s'approche d'elle au moment même ou elle confesse : « Je leur ai effacé la mémoire. Quelques jours après notre retour de vacances. Je me suis baignée avec eux, et j'ai nagé avec eux, et j'ai mangé de la tarte aux keys limes avec eux. Et puis quand on est rentrés à la maison, je me suis éradiquée de leurs souvenirs et je les ai envoyés en Australie. »

Drago cligne des yeux, ahuri. C'est une habitude qu'il semble tenir d'elle.

« Putain Granger, putain. Mais pourquoi ?

— Pour les cacher de tes… des Mangemorts. J'étais la meilleure amie Sang-de-Bourbe d'Harry Potter. J'avais des raisons de craindre qu'ils deviennent des cibles.

— Ouah, c'est… bordel. Combien de temps sont ils restés comme ça ?

— Près de quinze mois. Il a fallu une équipe entière de Conjureurs de Sorts pour réparer ce que je leur avais fait. »

Un sifflement affligé lui échappe.

« Merde.

— Merde, en effet. J'ai eu le sentiment d'être la plus minable des filles. Ils étaient fous furieux quand ils ont retrouvé leurs souvenirs. Mais le pire c'est que si la Guerre recommençait, je n'hésiterais pas une seconde à refaire la même chose. Parce que j'étais et je suis toujours prête à tout, à absolument tout pour les protéger. »

Drago en a le souffle coupé et il secoue la tête au-dessus du comptoir.

« Est-ce que… est-ce que ce serait déplacé de dire que je te comprends parfaitement ? »

Elle se remémore alors la déposition d'Harry au procès de Drago. Ces choses que son ami l'a entendu dire dans la tour d'astronomie le soir où Dumbledore est mort. « Je dois aller jusqu'au bout ! Sinon, il me tuera ! Et il tuera toute ma famille ! »

« Non, murmure t-elle. Ce ne serait pas déplacé du tout. »

Ils se regardent encore longuement. L'air est pesant entre eux, lourd de toutes ces choses qu'ils ne se disent pas. Drago la voit essuyer une larme solitaire et sa main se contracte nerveusement autour du plan de travail.

« Parle moi d'eux, dit-il. De tes parents, je veux dire. »

Elle est si déconcertée qu'elle reste un moment sans voix. Ne sachant trop où se mettre, elle se retourne vers ses citrons verts et commence à les couper en deux. C'est seulement après en avoir tranché un certain nombre qu'elle parvient à se reprendre et lui répond.

« Heu… Ils sont tous les deux dentistes, comme je te l'ai déjà dit. Des médecins moldus qui réparent les dents des gens. Ce qui est assez ironique, quand on pense à mon ancien problème de dents de devant. Ou quand on sait à quel point Maman aime les desserts.

— Telle mère, telle fille ? » la taquine t-il.

Hermione lui offre un sourire timide et il le prend comme un signal pour se remettre à cuisiner. En retour, elle prend son geste comme une invitation à poursuivre.

« Ils sont marrants mes parents, ajoute t-elle. D'une manière terriblement ringarde. C'est atroce et attachant à la fois.

— C'est à dire ?

— Maman parodie tout. Ses histoires sont pleines de jeux de mimes. Et elle n'agite pas seulement les bras et les mains. Non ! Elle fait appel à de véritables marionettes. Et Papa a ce livre de blagues que son grand-oncle ou je ne sais qui lui a donné. Et chaque fois qu'on a des invités, il tente une nouvelle blague devant la porte d'entrée. C'est son équivalent d'une poignée de mains.

— Un example ?

— Vraiment ? dit Hermione en grimaçant.

— Vraiment.

— Très bien, mais tu l'auras voulu. Pourquoi le hibou est-il toujours heureux ?

— On parle d'un hibou grand-duc comme le mien ou d'un plus petit hibou ?

— Les moldus n'attachent pas autant d'importance que les sorciers aux hiboux Drago, alors peu importe. Un hibou normal, disons. »

Il considère un moment sa réponse.

« Bon… dans ce cas, je n'en ai aucune idée. Pourquoi le hibou est-il toujours heureux ?

— Parce que sa femme est chouette. »

Drago grogne et fait ce mi-grimace mi-sourire qu'elle ne trouve absolument pas charmant. Non, non, non.

« C'est nul, Granger. Vraiment.

— Je t'avais prévenu, non ? »

Ils retournent à leurs préparations respectives, de minces sourires sur leurs lèvres. Mais il y a autre chose qu'elle veut partager avec lui. Elle coupe un citron vert, puis deux, puis trois. Jusqu'à qu'elle ait réuni suffisamment de courage pour lui dire ce qui lui brûle les lèvres depuis qu'il a reconnu pour la première fois avoir un problème avec l'alcool. C'est un secret qu'elle n'a partagé qu'une fois, une profonde et sombre nuit d'hiver dans la Forêt de Dean, quand Harry et elle commençaient à perdre espoir. Un secret que Drago pourrait… apprécier connaître. Dont il pourrait avoir besoin.

« C'est un ancien alcoolique, dit-elle finalement. Mon père. »

Du coin de l'oeil, elle voit Drago se figer. Il l'écoute, elle en est certaine, alors elle continue.

« J'étais très jeune quand il est passé par là, alors je ne m'en souviens plus très bien. Juste quelques images floues quand j'étais toute petite. Mes parents qui se disputaient. Le bruit des glaçons dans un verre. La manière dont les mains de mon père tremblaient quand il tenait les miennes. Je ne sais pas à quel point c'était sérieux. Mais je sais que tout est allé mieux ensuite. Bien mieux.

— Comment… comment est-ce qu'il s'en est sorti ?

— L'amour, dit-elle simplement. On l'aimait, il nous aimait et bizarrement ça l'a aidé à s'aimer suffisamment lui-même pour arrêter. »

La vérité, aussi belle soit-elle, a l'air absurde quand elle la formule à voix haute. Elle se demande si Drago va lui rire au nez. Mais il ne le fait pas. Il la détaille attentivement. Ses pâles yeux gris transpercent les siens. Son regard est si intense qu'elle est à la fois gênée et étrangement… Confuse ? Frustrée ?

Excitée ?

Cette dernière pensée, parfaitement involontaire, la fait tressaillir. Elle se retourne brusquement vers ses citrons, tentant furieusement d'ignorer la chaleur de son regard toujours cloué sur elle. Ses coups de couteau sont frénétiques, comme si leur violence pouvait faire taire le bourdonnement incontrôlé de son cerveau. Ses mouvements fiévreux semblent presque avoir fait leur effet quand il ajoute :

« Est-ce que je pourrais les rencontrer un jour ? Tes parents ? »

La douceur de sa voix quand il pose cette question la prend de court et ses mains glissent. Il lui faut quelques secondes pour sentir le tiraillement de douleur dans son index. Elle relève les yeux sur Drago, les baisse sur le plan de travail et se sent vaciller.

« Oh, regarde, souffle t-elle en signalant le comptoir. Encore du sang. »

Et ses genoux se dérobent sous elle.

Mais elle ne touche jamais le sol. Non, elle atterrit dans un enchevêtrement de bras et de jambes, le dos écrasé contre le torse de quelqu'un, ni vraiment allongée, ni vraiment assise. Et très vite elle sent qu'on la retourne et elle termine blottie sur les genoux de Drago et son visage est devant le sien.

Qu'est-ce qu'on fait pas terre ?

Elle ne sait pas bien si elle pose cette question à voix haute ou ne fait que la penser. Mais ça n'a plus aucune importance quand une seconde plus tard Drago attrape sa main meurtrie et pris du plus bizarre des automatismes, met le doigt ensanglanté d'Hermione dans sa bouche.

Et son cerveau disjoncte. Et son coeur déraille. Elle est paralysée. Elle ne sent plus rien. Rien n'existe plus. Il n'y a que cet effleurement léger, délicat, de sa langue qui glisse le long de sa coupure.

« Mon sang », souffle t-elle.

Mon sang de bourbe.

Drago sort brutalement de sa transe et ses joues virent au rouge. Il prend conscience de son geste, retire à la hâte ses lèvres de la blessure, sort sa baguette de sa poche et se met à réciter fébrilement Vulnera Sanentur, Vulnera Sanentur, Vulnera Sanentur. Il exécute si vite le contre-sort que le doigt d'Hermione est guéri en quelques seconde à peine. Seule une mince ligne blanche vient remplacer la coupure. Et il caresse doucement cette ligne de son pouce.

« Ça fait mal ? »

Si Harry ou Ron lui avaient posé cette question, elle aurait répondu « non » sans hésiter. Mais il y quelque chose dans le regard inquiet qu'il pose sur sa main qui étouffe le mensonge dans sa gorge.

« Oui, murmure t-elle. Ça fait mal.

— La coupure était profonde. Bien plus profonde que la mienne l'autre jour. »

Sa voix est éraillée, mais son ton révérencieux. Comme si elle avait accompli quelque chose d'héroïque à saigner comme ça sur lui.

« Ça avait quel goût ? » lâche t-elle soudain.

Les yeux toujours rivés sur sa main, Drago laisse échapper un rire rauque qui l'électrise toute entière.

« Un goût métallique. Comme le mien. »

Et voilà.

C'est là, entre eux. Le non-dit. Il flotte au-dessus de leurs têtes. Il résonne, il vibre. Comme une épée. Comme un écho. Son sang à lui, son sang à elle. Son sang qui tape et tape et tape contre ses tempes.

« Tu… tu penses encore que mon sang est…?

— Bien sûr que non bordel, siffle t-il. Comment pourrais-je ? Après… après tout ça ?

Soudain elle prend pleinement conscience qu'elle est dans les bras de Drago, qu'elle est assise sur ses genoux. Pourtant elle ne fait pas un geste. Lui non plus. Non, il la regarde droit dans les yeux, tout de blondeur et de gris électrique. Et son regard ainsi cloué sur elle lui fait curieusement tourner la tête et elle a le sentiment que ça n'a plus rien à voir avec la perte de sang.

« Drago », murmure t-elle.

Elle le sent frissonner. Mais il ne s'éloigne pas. Il ne se dérobe pas à son souffle, son souffle si proche qu'il se mélange au sien.

« Hermione. »

Un nouveau silence.

« Je… je crois que tu devrais t'occuper de la partie découpe à l'avenir. »

Il cligne des yeux, laisse échapper un autre de ses rires étranglés et hoche la tête. Puis, doucement, il déplie les jambes, se redresse et l'aide à se relever elle aussi.

« Bonne idée, Granger. Je pense qu'on a maintenant la preuve que tu es un danger en cuisine. »

Elle n'en est pas certaine, mais elle a l'impression qu'il caresse une dernière fois ses doigts avant que sa main ne lâche finalement la sienne.


Moins de deux heures plus tard, il sort la tarte du four et la pose à côté du saladier de garniture qu'ils ont préparé. Hermione, qui est occupée à incorporer la meringue à l'aide d'une spatule en bois, se penche sur la tarte exactement au même moment que Drago et ils inspirent ensemble les effluves citronnées qui s'en dégagent. Elle sent ses boucles effleurer ses épaules, mais il ne recule pas.

« C'est comme dans tes souvenirs ? » demande t-il. Et son souffle caresse sa joue.

Ils ont passé la matinée comme ça. À se tourner autour. À se tenir toujours un peu plus près l'un de l'autre, si bien qu'ils se frôlent chaque fois que l'un deux bouge. Et quand ils parlent, ils parlent tout bas. Comme s'ils avaient tous deux peur que le bruit ne perce la bulle étrange qu'ils ont tissé. Elle ne sait pas bien ce que tout cela veut dire et elle ne veut pas le savoir. Non, non, non.

Elle se penche un peu plus encore. C'est pour mieux sentir le parfum des key limes, se convainc t-elle. Ce n'est pas pour se rapprocher de lui.

« C'est exactement comme dans mes souvenirs, dit-elle.

— Et c'est… une mauvaise chose ? »

Elle secoue la tête et prétend ignorer que par ce geste son visage n'est plus qu'à quelques centimètres du sien.

« Pas du tout. Surtout avec cette odeur… »

Drago la regarde, incrédule. « L'odeur, Granger ?

— Oui, l'odeur. C'est sucré, intense et acidulé à la fois, tu ne trouves pas ? Cette tarte à un parfum de… de…

— De magie ? » propose t-il, railleur.

Elle lui donne un petit coup sur le bras. « Non. »

« De quoi alors ? Un parfum pulpeux ? » Son sourire en coin s'élargit et il se penche sur elle pour attraper le bol de meringue. « Soyeux ? Exquis ? »

Ses yeux s'arrêtent sur son avant-bras, si proche. Il faut qu'elle dise quelque chose, n'importe quoi pour se distraire. Pour oublier cette dangereuse proximité.

« C'est bon ? T'en as fini avec le lyrisme gastronomique ?

— Pas encore, Granger. Pas avant d'avoir essayé succulent et délectable. »

Hermione ne peut s'empêcher de rire. Et suivant un instinct qu'elle ne comprend pas elle-même, elle pose ses mains sur la taille de Drago. Il se fige et elle profite de son absolue immobilité pour échanger de place avec lui.

« Moins de poésie et plus de travail, Malefoy. »

Il hoche silencieusement la tête et elle retire ses mains. Elle croit sentir un nouveau frisson le secouer avant qu'il ne se mette à déposer la meringue dans le moule. Bientôt une mousse blanche recouvre sur quelques centimètres la garniture citronnée.

Drago repose la spatule en bois dans le saladier vide. « Et maintenant ? »

Hermione lève sa baguette et lui montre le sortilège qu'elle a inventé, un entre-deux entre Lumos et Incendio. « L'incantation est Deminuo Confringo, explique t-elle. Je l'ai mise au point pendant la Guerre pour faire fondre de petits objets quand je cherchais un moyen de détruire les Horcruxes. Je voulais quelque chose de plus maîtrisé que Incendio ou… ou…

Feudeymon », termine t-il.

Elle hoche la tête, inquiète que cette référence indirecte à Crabbe ne l'affecte. Mais Drago reste impassible. Il répète l'incantation plusieurs fois pour s'entraîner, puis d'un mouvement adroit de sa baguette, il lance le sort. Une petite flamme bleue apparaît et sa baguette se change en chalumeau. Drago est si heureux du résultat qu'il rit et se tourne vers elle.

« Ce sort est juste incroyable. »

Puis il se met à dorer le dessus de la tarte avec la flamme. Elle le regarde, un sourire radieux sur les lèvres, manier habilement le sortilège qu'elle a créé. Et une curieuse chaleur l'envahit.

« Cette tarte sent trop bon pour attendre, dit-elle. Je vais aller nous chercher des assiettes pour qu'on puisse la goûter tout de suite. »

Drago grogne en signe d'affirmation, visiblement trop amusé par le sortilège pour lui venir en aide. Hermione s'éloigne dans la cuisine et s'arrête devant une série de placards blanc cassé.

« Accio assiettes à dessert », dit-elle en agitant sa baguette. Immédiatement une porte s'ouvre et deux petites assiettes volent vers elle. Elle remet sa baguette dans la poche de son jean juste à temps pour les attraper.

D'abord les assiettes lui semblent élégantes mais ordinaires. Ce n'est que de la porcelaine blanche bordée d'une délicate ligne en or. Mais en les regardant de plus près Hermione voit apparaître et disparaître au centre de chaque assiette une plume de paon dorée. Au bout de chaque plume brille une pierre d'émeraude.

C'est joli. Tellement joli.

Elle est toujours occupée à admirer ce précieux et scintillant ouvrage quand un bruit de vaisselle la sort de sa rêverie. Elle relève la tête et voit le placard se réouvrir. Deux nouvelles assiettes qu'elle n'avait pas appelées volent jusqu'à elle et se posent sur celles qu'elle porte déjà du bout des bras.

Elle fronce les sourcils et se tourne vers le plan de travail.

« Drago, je crois qu'il y a un problème avec ta… »

Les jolies assiettes enchantées manquent de lui échapper des mains et de voler en éclat quand les yeux d'Hermione s'arrêtent soudain sur Lucius et Narcissa Malefoy, qui se tiennent bras-dessus, bras-dessous sur le seuil de la cuisine. Et la regardent sans détour.

« Miss Granger, dit Lucius d'une voix traînante. Quel plaisir de vous revoir. »