10. Un moyen de ressasser


Son cœur était déserté par l'amour.

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La lumière matinale chatoyait dans la chambre de Drago, à travers la fenêtre aux dessins de glace. Depuis l'encadrement de la porte, Hermione observait les subtils mouvements de sa tête tandis qu'il dormait.

Ses joues s'empourprèrent. Elle détourna le regard. Drago était si paisible, presque beau, quand il dormait. Cependant, c'était l'heure de se lever. Une grosse journée les attendait.

Hermione se dirigea vers le bord de son lit et cria :

- C'est Noël !

Drago haleta et sursauta, surpris. Alors qu'ils rencontraient ceux d'Hermione, ses yeux s'étrécirent.

- Je te déteste, grogna-t-il – mais sa voix était légère et fit comprendre à Hermione qu'il ne le pensait pas vraiment (du moins, pas exactement).

Hermione tira le bras de Drago, ce qui eut pour effet de faire tomber les couvertures de son torse nu.

- Allez, Scrooge*, dit-elle en essayant de ne pas regarder son buste pâle et musclé.

- Qui c'est, ce foutu Scrooge ? gémit-il avant de se retourner, enfonçant sa tête dans l'oreiller.

- Ah. Pas grave.

Elle oubliait toujours que Drago n'avait absolument aucune culture moldue. La voix du jeune homme était étouffée par le coussin quand il dit :

- Comment es-tu entrée ici, au nom de Merlin ?

- Starry m'a laissée entrer.

- Rappelle-moi de la tuer, tout à l'heure.

- Lève-toi.

- Non.

Alors qu'Hermione tirait Drago pour qu'il se lève, celui-ci résista et lui fit perdre l'équilibre. Elle tomba sur le lit, à côté de lui. Son visage heurta son oreiller, qui sentait son eau de Cologne épicée. Hermione frémit. C'était un accident, mais elle était dans le lit de Drago Malefoy. Sa première réaction fut d'en sortir aussi vite que possible, mais, au lieu de cela, elle resta simplement là, près de lui.

- Il y a du chocolat chaud, en bas, et des pancakes, dit-elle presque dans un chuchotement.

- Et du sirop chaud ?

Les yeux gris de Drago se tournèrent vers elle. Hermione avait aidé Lucky à faire le petit-déjeuner, ce matin-là. Et non, ils n'avaient pas chauffé le sirop, mais elle n'allait pas laisser du sirop froid l'empêcher de voir Drago se lever ni de le convaincre de faire ce qu'il lui avait promis. Lui expliquer le sortilège.

- Oui.

- Tu mens.

Comment arrivait-il à lire en elle, comme ça ?

- Est-ce que tu viens si je chauffe du sirop ? lui demanda-t-elle, toujours allongée à ses côtés, se délectant de la chaleur de son corps.

Hermione se sentait si seule, depuis qu'elle était arrivée au Manoir des Malefoy. Les seules fois où c'était supportable, c'était dans ces moments-là, avec Drago. Elle savait que ce n'était pas bien, mais lui résister devenait de plus en plus difficile.

- Très bien. Enlève-toi de mon lit, alors, râla-t-il.

Hermione savait cependant qu'il n'était pas vraiment énervé. Une partie d'elle-même pensait qu'il était peut-être tout aussi attiré par elle qu'elle ne l'était par lui.


- Hé, Granger, dit Drago en baillant, alors qu'il descendait enfin l'escalier.

L'entrée et le salon avaient été transformés en un merveilleux pays hivernal. Des flocons et des stalactites bleu clair pendaient de toutes parts. Un arbre imposant, au centre, semblait fait presque entièrement de glace.

- Oui ?

Hermione sourit, digérant l'image de Drago. Il avait enfilé un pantalon de pyjama rouge et vert, mais ne portait toujours pas de T-shirt. Merlin.

- Joyeux, euh, Noël, dit-il. Où sont Lucky et Starry ?

- Ils travaillent sur les dernières touches de ton cadeau, je crois, répondit Hermione.

Drago se tenait à peine à quelques centimètres d'elle.

- De si bons elfes de maison.

Il y avait une petite boîte noire dans ses mains.

- Qu'est-ce que c'est ?

- C'est ton cadeau.

Il fixait la boîte comme si c'était la chose la plus fragile du monde.

- Tu m'offres un cadeau ?

- Tu m'en offres un aussi, non ? fit-il en souriant de toutes ses dents.

- Eh bien, oui, mais...

- Mais quoi ? Tu penses que je suis si horrible que j'oublierais Noël ?

- Un peu, oui.

- Tu le veux, ou pas ? dit-il en levant les yeux au ciel.

- Oui.

Hermione le lui arracha des mains, tout sourire.

- Voilà le tien.

Elle alla sous l'arbre et ramassa un petit paquet. C'était une écharpe qu'elle avait tricotée pour lui. Son ancienne s'était envolée au-delà des limites du domaine.

Drago prit son cadeau et déchira le papier argenté.

- Merci.

Il enroula l'écharpe verte autour de son cou. Hermione laissa échapper un petit rire. Mettre une écharpe sans T-shirt était bizarre.

- Allez. Ouvre le tien.

Hermione ouvrit la boîte et retint son souffle quand elle vit ce que c'était.

- J'ai découpé les pendentifs moi-même.

C'était un joli collier en argent : une chaîne d'où pendaient deux breloques. Un serpent et un lion.

- Merlin, Drago. C'est...

Les pendentifs étaient beaux et spéciaux et... pas du tout ce qu'elle s'attendait à recevoir de la part de quelqu'un. Surtout pas de la part de Drago Malefoy.

- Je voulais juste faire un lion pour toi, mais je l'ai raté, la première fois, et il ressemblait plus à un serpent... Alors je l'ai transformé, expliqua-t-il.

- Eh bien, c'est adorable.

Hermione tenait la chaîne dans sa main, la fixait du regard et l'admirait. Des émotions qu'elle ne comprenait pas défilaient en elle.

- Laisse-moi faire, murmura Drago.

Ses mains fines poussèrent les cheveux d'Hermione, ses doigts coururent sur son cou, faisant parcourir le corps d'Hermione de frissons. Il attacha le collier, mais sa main resta sur son cou plus longtemps que nécessaire. Elle ne voulait pas qu'il s'éloigne. Elle voulait qu'il se mette face à elle et qu'il la serre contre son torse nu. Pour lui faire oublier le fait qu'ils étaient prisonniers de cet endroit. Mais c'était une folle pensée.

- Je crois qu'il est temps que je te montre, chuchota-t-il au creux de son oreille.

Elle suivit Drago en haut des escaliers puis dans la pièce où elle n'était pas allée depuis son premier jour au manoir. La pièce blanche. Le cœur d'Hermione s'arrêta de battre dès qu'elle franchit les portes. Elle n'arrivait pas à croire qu'elle avait le droit de revenir dans cette chambre après la crise que Drago avait faite la première fois. Et cette fois-ci, il l'y escortait lui-même.

Ses doigts parcoururent le mur tandis qu'il murmurait une incantation à voix basse. Le mur s'ouvrit et un large disque argenté en sortit, au-dessus duquel étaient alignées des centaines de minuscules fioles.

C'était une Pensine. Drago attira Hermione près de lui et versa une des fioles dans l'eau. Elle savait ce qu'elle avait à faire. Elle plaça son visage dans le liquide et laissa le souvenir l'emmener au loin.

Des lumières brillaient à travers les fenêtres des maisons d'une petite ville qu'Hermione reconnut comme étant Parson, le village près du Manoir des Malefoy. Drago marchait le long des rues glacées, les épaules affalées, ses yeux, d'un gris frappant, vides de tout ce qui pourrait s'apparenter à de la vie.

Cette vision à elle seule réussit à rendre Hermione nauséeuse. Elle voulait étendre le bras et le toucher. Voir son sourire.

Alors qu'il approchait le sombre Manoir des Malefoy, une vieille femme habillée d'une robe en toile de jute s'avança vers lui d'un pas lourd.

- Excusez-moi, monsieur, dit la vieille femme.

Drago ne la regarda même pas.

- Monsieur, s'il vous plaît, le supplia-t-elle.

- Qu'est-ce que vous me voulez ? fit Drago d'un ton sec en se tournant vers elle.

- J'ai besoin d'un endroit où m'abriter, s'il vous plaît.

Ses mains fragiles étaient jointes.

- En quoi est-ce mon problème ? dit-il d'une voix cassante.

- Il gèle. C'est Noël. S'il vous plaît, s'il vous plaît, monsieur.

La femme tendit la main et attrapa le manteau de Drago. Il s'écarta d'elle brusquement.

- Lâchez-moi !

Elle trébucha dans la neige. Elle leva les yeux et, tout à coup, ils étaient aussi noirs que du charbon. Elle ouvrit la bouche, et sa voix semblait être faite d'un millier de voix. Un millier de voix scandant quelque chose dans la langue qu'Hermione avait entendue dans les catacombes.

- Del – shi – kia – lee.

- Qu'êtes-vous ?

Drago se recula lentement, la visage tordu de peur.

- Mor – tae – cora – dee, continua la femme.

Son corps s'éleva dans les airs et se mit à tourner, une lumière violette irradiant de ses doigts.

- Votre cœur est déserté par l'amour, dirent les voix étranges, ensemble. J'ai lu votre cœur. Vous êtes aussi vide et mort que les murs de votre manoir. Et, tant que vous n'aurez pas trouvé au fond de vous la capacité à aimer quelqu'un et à vous en faire aimer en retour, cette maison sera une malédiction pour tous, et vous, Drago Malefoy, serez une malédiction pour tous.

Hermione tomba à la renverse, haletant, tandis que le souvenir s'estompait. Drago la rattrapa. Il lui semblait qu'elle avait eu une connexion directe avec les émotions du jeune homme.

La douleur. La perte. La haine. Il lui était difficile de respirer.

Hermione leva son regard vers celui de Drago, combattant les larmes.

- Drago.

- Tu ne comprends pas, Granger ? L'amour de ma vie est morte. La malédiction ne pourra jamais être défaite.

Il la repoussa et quitta la pièce comme un fou.


* Scrooge : personnage d'un conte de Charles Dickens.


NOTE

Et voici le chapitre 10 ! Comment l'avez-vous trouvé ? Moi je l'aime bien :) Une révélation qui vous aura rappelé un conte, et des pancakes au petit-déjeuner. Que demander de plus ?

Guest : Merci pour ta review, une fois de plus :)

Clem : L'attente valait la peine, non ? Ici tu auras trouvé une réponse ! A bientôt !

Lililouna : Est-ce que ça t'a plu ? Merci d'avoir reviewé :)

En espérant vous offrir le chapitre suivant très bientôt, je vous souhaite un bel après-midi !

~ Delfine