Dans le ventre de l'opéra, un homme s'affairait. Il n'y avait rien de mieux pour passer le temps et s'occuper l'esprit, que de s'investir dans un projet. Le souci majeur est qu'un tel projet nécessite une inspiration qui l'avait quitté depuis quelques années déjà...

Cependant, la main d'Erik était guidé par un autre dessein. Il ne s'agissait plus d'exprimer un quelconque sentiment ou de sublimer la beauté dans une oeuvre éternelle. Non cette fois ci, l'artiste souhaitait simplement faire plaisir, offrir un cadeau significatif à celle qui l'avait accepté et l'avait sorti de sa pesante solitude.

Depuis quelques jours, il avait entreprit une nouvelle création dans l'art qu'il maitrisait le moins, la sculpture. Oh, bien sûr, il savait sculpter. Après tout, quand on a du temps à combler, on s'intéresse à toutes sortes d'activités...solitaires, cela va sans dire. Mais la démarche ne lui convenait pas. Trop peu de liberté, trop de restriction, de codes...un peu comme le dessin mais dans de plus larges proportions...Alors que la musique elle, est la matérialisation même de l'expression... Pourtant, bien qu'étant persuadé que la création d'une pièce musicale soit agréablement accueillie, Erik savait que son idée aurait bien plus de valeur sentimentale. Il n'en demeurait pas moins que sculpter un buste avec pour seul modèle un lointain souvenir, n'était pas là une tâche aisée.

Quant Erik leva le nez de son travail, il s'aperçut de plusieurs choses. Ou plutôt, une considération, bassement matérielle, le conduisit par jeu de déduction à un fait bien plus inquiétant. Il avait faim. Pas étonnant se dit-il lorsqu'il constata à l'horloge que la course du soleil arrivait à son terme. Absorbé par son projet, il avait perdu toute notion du temps.

C'est à ce moment précis de son raisonnement que l'inquiétude commença à poindre.

Marie était partie tôt dans la matinée. Il concevait bien que des auditions pouvaient s'étaler sur la durée surtout si le nombre de candidats était conséquent. Mais la journée était à ce point avancé qu'arrivaient des heures où il n'était pas bienséant, ni sûr pour une femme de promener seule. Pourvu qu'il ne lui soit rien arrivé...

Mais après tout...qu'est ce qui lui garantissait qu'elle était seule... Si audition elle avait passé, surement celle ci avait elle été réussit. La jeune femme avait fait d'énormes progrès. Elle n'égalait pas Christine (qui pourrait égaler Christine) mais elle ferait une diva bien meilleure que cette odieuse Carlotta. Alors peut être qu'une fois encore le succès, lui avait ravi son bonheur... Étrangement la réussite réveille l'inexistante flamme d'une foule de prétendants qui eux même ne se savaient pas à la recherche d'une âme soeur, écoeurantes mouches qui gâchent de leurs sales pattes le doux miel blond...

Aurait-elle succombé, par hasard, aux belles tournures mensongères d'un ces bonimenteurs... Soit, c'était son droit. D'ailleurs, il avait au départ bataillé ferme pour qu'elle parte et vive la vie qu'elle méritait. Mais elle était restée, et par égard à tout ce qui s'est passé depuis, elle aurait tout de même pu venir le prévenir.

Quel idiot avait-il été de la croire différente ! Toutes se ressemblent, femelles inconstantes et profiteuses, qui telles des vampires vous sucent jusqu'à vous en laisser amorphe pour retirer le dernier petit bénéfice que vous auriez à leur offrir en pauvre benêt que vous êtes.

Erik sentait un flots de sentiments destructeurs rugir en lui : la déception, l'incompréhension, le désespoir, la haine de se savoir une fois encore manipulé... De dépit, il lança son couteau à sculpter en direction du buste inachevé où il se planta indifféremment implacable, en lieu et place de la narine droite. L'homme furieux s'affaissa sur son siège, devant son orgue et rumina sa colère en enchainant violemment des accords rageurs. Et étonnamment, cette improvisation impulsive et apparemment décousue sonnait divinement mélodieuse.

Ce manège dura plusieurs heures, et la musique libératrice accomplissait fidèlement son oeuvre. Le déchaînement passé, la tristesse reprenait son droit amenant avec elle une douce mélancolie. Mais Erik ignorait que cette fois ci il n'était plus seul. Dissimulé dans la pénombre, un petit groupe de personnes l'écoutaient avidement depuis un petit moment déjà. Après s'être repu de musique, Marie qui menait le groupe, leur signifia de rester à couvert encore quelques minutes. Elle savait qu'il valait mieux annoncer les choses en douceur.

Elle sortit de l'ombre et s'avança timidement vers le maître des lieux qui lui donnait le dos. Celui ci entendit le bruissement caractéristique des robes qui caressent le dur sol de pierre, et ce simple son soigna instantanément son coeur blessé. Peut être allait -elle lui annoncer son départ, mais au mois elle avait pensé à lui et était revenue... Il ne se retourna pas, et attendit qu'elle lui signale sa présence. Ceci ne tarda d'ailleurs pas car sa voix s'éleva, timide et mal assurée:

_ E-Erik... ? Puis je vous parler un instant... ?

_ Laissez moi deviner, vous venez m'annoncer que vous êtes la nouvelle soprane du futur opéra de Paris, lâcha-t-il toujours immobile, en feignant un certain détachement. Cette réponse inattendue surprit Marie au plus au point. Celle ci décontenancée articula tant bien que mal :

_ Que voulez vous dire ?

_ Et bien, je suppose que vous avez brillamment passé les auditions annoncée dans la feuille de chou que vous m'avez lancée ce matin, se justifia-t-il en lui faisant face pour la première fois depuis son retour. C'est alors qu'il comprit à la lueur de ses yeux que sa surprise n'était pas feinte. Ses certitudes commencèrent alors à tomber une à une tandis qu'un climat général de quiproquo s'installait entre eux.

_ Je...bien...mais...non voyons, quelle idée ridicule. Moi devenir cantatrice, vous n'y pensez tout de même pas, rit-elle comme si 'homme lui avait conter la plus horripilante des histoires. Lui ne réagit pas, il ne comprenait plus rien et attendait plus ou moins patiemment des explications.

_ Vous pensez vraiment que j'aurais pu... ?

La question de Marie se noya dans sa gorge serrée par la gratitude face à ce compliment tacite. Non loin de là un homme, qui n'avait rien manqué de la scène, n'y tint plus et intervint assez bruyamment :

_ J'en étais sûr ! Elle ne pouvait pas être aussi inepte qu'elle le prétendait ! Une journée que je la travaille pour qu'elle accepte de me montrer son talent !

Immédiatement l'atmosphère s'alourdit. La présence d'un intrus dans son havre de paix réveilla le fantôme de l'opéra et son instinct de conservation aiguisé se déclencha. En une fraction de seconde il était sur pied, en appui, prêt à intervenir. Sa douleur au genou se manifesta de nouveau, plainte aigüe face à ce brusque traitement. Un éphémère coup d'oeil l'informa que ses lassos étaient bien trop loin pour qu'il puisse les atteindre mais il ne restait pas sans ressource car dans sa main, la plume avait été remplacée par une dague acérée. Tout était allé si vite que personne ne l'avait vu venir. Gérald, prudent, recula d'un pas. Marie quant à elle encore secouée, finit par poser sa main sur le bras de son ami, plus pour le calmer que pour le retenir.

_ Non ! Erik, s'il vous plait. Ce monsieur ne vous veut aucun mal, c'est moi qui l'ai fait venir !

Cette supplique ne le détendit pas. C'est glacial qu'il demanda impérieusement, comme un ultimatum :

_ Que signifie tout ceci ?

_ Erik..j..je m'excuse, j'aurais du vous en parler, m-mais j'avais peur que vous refusiez... Vous êtes si renfermé... Écoutez ce monsieur, je vous en prie, Erik, écoutez sa proposition... déclama Marie, au bord des larmes, d'un ton suppliant.

Erik, toujours impassible la regarda brièvement, puis examina minutieusement l'indésirable, et lâcha sèchement à son intention :

_ Alors ?

Gérald avait l'esprit bouillonnant. « Dans quel pétrin me suis je encore fourré » pensa-t-il.

_ Allons Monsieur, calmez vous. Je viens ici pour affaire. Je suis M Leclerc Gérald, le nouveau gestionnaire de l'opéra. J'ai racheté la charge à messieurs André et Firmin. C'est moi qui ai fait paraître l'annonce que vous avez mentionné il y a quelques minutes. Mademoiselle votre amie est venue me trouver à votre sujet.

Le regard d'Erik glissa vers Marie qui était encore accrochée à son bras, tandis que Gérald poursuivait sa plaidoirie.

_ Elle m'a dépeint un tableau assez charmeur de votre personne. Selon elle vous seriez un génie. Et voyez vous monsieur, après vous avoir entendu de mes propres oreilles, je suis bien tenté de la croire. Surtout que les preuves qu'elle m'a apporté parlent d'elle même...

_ Les preuves ?

_ J'ai en main une partition de votre création, dit-il en brandissant le feuillet de Music of the Night. Mademoiselle m'en a joué un morceau, et j'ai moi même étudié les notes... et c'est effectivement génial ! Mademoiselle m'a raconté l'ensemble de l'histoire dans laquelle s'inscrit ce mouvement, votre histoire si j'ai bien compris... Cela étant c'est avec ça que je veux lancer le nouvelle opéra. Une belle histoire, des airs en conséquence. Avec de bons interprètes, c'est le succès assuré ! Acceptez de devenir mon collaborateur, devenez le compositeur officiel de l'opéra. Ensemble nous ferons de grandes choses. Et je ne parle pas simplement d'argent, l'argent viendra forcément, mais je parle de redorer la splendeur de ce lieu mythique. Vous avez en vous les moyens de le faire...

Erik ne bougeait pas. Tout cela le dépassait. Pourquoi donc cet homme venait ainsi troubler sa quiétude avec ses promesses vides. Il le savait lui, qu'un monstre n'aurait jamais sa place au grand jour. Il aurait beau être le meilleur des hommes, sa difformité serait à jamais un obstacle infranchissable. Le monde est cruel, méchant, il n'est capable que de haine et de mépris pour les infortunés. Le monde est aveugle, il ne sait pas voir derrière la façade de l'apparence. Il se borne à des considérations objectives sans s'intéresser au comment, sans s'intéresser au pourquoi. Le monde est sourd aux supplices des malheureux dont le seul crime est d'exister. On préfère un dandy meurtrier à un honnête bougre que le sort a bafoué.

Comment alors expliquer des gens comme Marie... Cette jeune personne qui a dans ses mains toutes les clés du plus beau des avenirs, et qui perd son temps à s'accrocher à une chose comme lui. Ce n'est que l'exception qui confirme la règle. Il ne faut pas se baser sur des exceptions. Elle ne sont et ne resteront que des exceptions, des faux espoirs... Il y a cru un moment mais plus maintenant. Il n'existe pour les gens comme lui aucune rédemption possible, uniquement des illusions qui tôt ou tard se dissipent de la plus dure des manières.

_ Partez !

_ Pardon ? Demanda Gérald

_ Vous m'avez très bien compris ! Quittez cet endroit maudit ! Laissez moi croupir tranquillement dans l'enfer qui est le mien.

_ Mais Erik,... je vous en conjure ne soyez pas si têtu, l'implora Marie toujours pendue à son bras.

_ Il suffit ! Estimez vous heureuse petite sotte, que je laisse cet individu s'en tirer à si bon compte. Il m'ont vu, il connaissent mon repaire à moi le criminel, le meurtrier, l'incendiaire, le kidnappeur, la bête ! Si ma vie avait encore un tant soit peu de valeur à mes yeux, jamais je ne pourrais permettre à cet homme de sortir d'ici vivant et qu'il aille informer les autorités de mon existence pour qu'elles puissent venir m'abattre !

La tension était palpable dans l'antre. Marie, à la suite de cette tirade blessante, ne put retenir ses larmes, flots de son désarroi. S'entendre ce reproche de la part de son maître, de son protecteur, de son ami, lui était insupportable. Elle ne voulait que son bien, l'aider comme lui l'avait aidé. Être ainsi l'objet de son courroux, quelle cruelle récompense.

Gérald quand à lui réfléchissait à toute allure. Il avait été prévenu du caractère emporté de l'homme. Mais le discours qu'il venait l'entendre l'avait considérablement refroidi. Il s'agissait tout de même de sa vie ! Comment pourrait-il calmer le jeu et emporter la mise par la même occasion...

_ Monsieur, je vous en prie, calmez vous et discutons posément de tout cela.

_ Seriez vous par hasard sourd. Il n'y a aucune discussion envisageable.

_ Au contraire, excusez moi d'insister.

_ Je ne risque pas de vous excusez bien longtemps. Vous êtes en train d'user ma patience avec votre acharnement inconscient. Vous ne savez pas qui je suis, ce que je suis, ce que j'ai fait. Quand bien même j'accèderais à votre ridicule requête, ce ne serait que pour signer votre perte.

_ Je ne crois pas. J'ai connaissance de votre petit problème et je pense que vous vous fourvoyez en vous braquant là dessus.

_ Quel comble de vous entendre ainsi parler ! Qu'en savez vous, vous, de ce qui m'est ou non possible ? Vous ne savez rien ! Vous ne pourrez jamais me comprendre ! Vous à qui tout sourit.

_ Vous vous avancez bien vite monsieur. Je sais bien plus de choses à votre sujet, que vous ne pourriez imaginer du mien, déclara calmement Gérald.

_ Sans la bêtise sans nom de cette petite idiote, jamais vous n'auriez eu vent de mon existence ! cracha-t-il en retirant si vivement son bras que la jeune femme surprise s'échoua lourdement sur le sol, s'écorchant les mains dans sa chute. Un gémissement révélateur franchi ses lèvres en réponse à une lancinante douleur qui irradia de son poignet. Elle sanglota doucement tandis qu'alentours le ton monta.

_ Insultez moi tant qu'il vous plaira, mais ne molestez pas ainsi cette jeune femme qui de bon coeur n'a agit que dans votre propre intérêt, intervint sèchement Gérald.

_ Qui croyez vous donc être pour oser me braver ainsi ! Le fantôme de l'opéra n'a pas de maître !

_ Arrêtez donc de vous dissimulez lâchement derrière cette image grotesque !

_ Lâche ? Moi un lâche!vociféra Erik

_ Oui, vous êtes un lâche. Vous vous terrez pour ne pas affronter vos problèmes et vous vous morfondez sur vous même pour mieux les ignorer, pour ne pas avouer que ce qui vous retient ici n'est autre que la peur !

_ Taisez vous ! Vous prétendez expliquer mes réactions ! Quittez cette endroit avant qu'il ne soit trop tard. Je ne resterai pas aussi magnanime indéfiniment ! S'emporta-t-il en menaçant l'intrus de son arme.

_ Non, je resterai ici aussi longtemps qu'il le faudra. Je suis la personne la mieux placée pour comprendre votre douleur, affirma le plus calmement possible Gérald.

_ Alors prouvez le ! Allez y ! Éblouissez moi ! Qu'avez vous à opposer à ça ! Rugit Erik en arrachant violemment son masque et sa perruque.

Marie qui s'était relevée, frémit à la vue de son visage à nu. Elle s'était certes habituée aux reliefs anormaux de sa face meurtrie mais la fureur qui déformait ses traits le rendait bestial et dangereux. Elle avait peur.

Gérald de son côté ne bronchait pas, nullement impressionné par la mascarade du prétendu fantôme.

_ Hum...C'est vrai qu'on ne vous a pas gâté...jaugea Gérald avant d'ajouter :

Je le ferai mais uniquement en tête à tête. Je refuse d'imposer ceci à cette jeune dame, dit-il en désignant Marie de la tête.

_ C'est là une bien piètre excuse pour éluder la question, lâcha Erik sarcastique.

La mâchoire tendue et le poing serré de Gérald ne laissaient aucuns doutes quant à son irrésistible envie de parachever le portrait de son interlocuteur. Comment ce malotru pouvait il ainsi oser remettre en doute sa parole. Néanmoins il n'en fit rien et se maitrisa plutôt royalement. Il considéra successivement Erik puis Marie, appréciant de la décision à prendre. « Quelle paire d'entêtés ces deux là » pensa-t-il. Il s'adressa alors cordialement à la jeune femme, priant pour que celle ci ne fasse pas d'histoires.

_ Mademoiselle, voudriez vous bien nous laisser seuls un moment ?

_ J-je...ne vous en faites pas pour moi...Faites comme ci je n'étais pas là...

_ Vous ne devriez pas rester...certaines choses de ce monde ne devraient pas souiller de si jolis yeux, tenta-t-il avant de se souvenir que les flatteries n'avaient aucun effet sur cette diablesse.

_ Je vous remercie, monsieur...

_ Gérald, la corrigea-t-il automatiquement sous le regard inquisiteur du maître des lieux.

_ Pardon, Gérald... Mais je ne fuirai pas, je ne fuirai plus...Je...s'il vous plait, ne me demandez pas de m'expliquer... finit-elle dans un souffle.

_ Allons donc, faites lui entendre raison vous ! S'emporta Gérald en apostrophant Erik.

_ Je n'ai absolument aucun pouvoir à l'égard de mademoiselle, rétorqua-t-il fermé.

_ D'accord, d'accord...vous avez gagné. Soit... abandonna l'homme que le courroux commençait déjà à quitter. Il prit quelques secondes de réflexion, le temps qu'un large sourire lui tranche le visage et ajouta alors en riant à gorge déployée :

_ Par Dieu ! Vous vous êtes vraiment bien trouvés tous les deux !

Erik et Marie échangèrent un regard perplexe face à cette insinuation... Il n'eurent cependant pas le temps de creuser cette question car déjà Gérald Leclerc honorait son engagement, attirant par là même toute leur attention.

A la vue de ce qui se présentait à elle, Marie ne put retenir un cri d'horreur qu'elle étouffa en enfouissant sa tête dans la chemise d'Erik, s'agrippant désespérément à lui : les belles résolutions ne tiennent jamais bien longtemps.

Ce dernier était totalement perdu face à la situation. Entre cette présence féminine qui tremblait de frayeur dans ses bras et l'homme qui se tenait en face de lui, il ne savait plus que penser, que dire et surtout quoi faire.

Hésitant il referma machinalement son bras libre sur Marie, frottant maladroitement son dos dans le vague but de la rassurer, de la calmer. Ce faisant, il détailla le dénommé Gérald qui affichait maintenant un rictus narquois et triomphant, clamant sourdement un : je vous l'avais bien dit.

L'homme avait retiré son chapeau et rabattu ses cheveux en arrière, laissant ainsi l'intégralité de son visage à découvert, un visage ravagé par le malheur. Une cicatrice profonde et mal ressoudée, barrait son front de part en part. Elle se poursuivait par delà l'oeil droit tout le long de sa joue pour aller se perdre sous son oreille et finir sa course à la base du cou. Son oreille,...Non, son semblant d'oreille. En effet seule la partie supérieure du lobe existait encore, car le reste avait été sectionné, laissant à découvert le trou béant du canal auditif. Plus haut encore, là où naissent les premiers cheveux, une bosse conséquente, irrégulière et rougie. Une tâche brillante à la lumière et adjacente à la boursoufflure, attirait sur elle les regards. Planté dans la chair il s'agissait en réalité d'un morceau de métal incrusté dans la peau, qui dépassait de deux bons centimètres. Enfin l'élément le plus frappant de ce tableau sordide était le dit oeil droit, auparavant camouflé sous la masse chevelue. Il ne s'agissait en réalité que d'un orbite vide, déserté par son occupant. La paupière livrée à elle même couvrait paresseusement la moitié de ce creux angoissant. Sous la lumière, il était même possible de détailler l'intérieur à vif, d'où parfois suintait du sang rubis.

Alors qu'Erik ne disait rien, interdit, Marie retrouvait peu à peu ses esprits. Sa respiration se faisait plus régulière et les battements frénétiques de son coeur se calmaient lentement. Trop choquée par la révélation, elle maintenait fermement ses yeux clos, sa tête dissimulée au plus profond des replis du vêtement qui lui servait de rempart. Et dire qu'elle avait passé la journée en compagnie de cet homme.

Un silence lourd et pesant régnait dans la pièce. Or, cet état des choses ne convenait pas à Gérald qui décida lui même de le rompre, tout en remettant en place ses accessoires.

_ Il n'y a vraiment pas à dire, les cheveux longs c'est pas ce qu'il y a forcément de plus seyant mais c'est bien pratique ! Plaisanta-t-il.

Une fois réhabilité dans son faciès d'être humain atypique mais normal, il s'adressa à Marie aussi bien pour la rassurer que pour s'excuser.

_ Pardonnez moi, mademoiselle mais je vous avais prévenu. Peut être aurais-je dû insister un peu plus... Vous pouvez vous détendre, je suis redevenu celui que vous avez rencontré ce matin...

En revanche je vous conseille de faire attention. Je ne doute pas des louables intentions de votre ami mais sa pratique laisse un peu à désirer : son avant bras est totalement emmêlé dans votre chevelure, ajouta-t-il en ricanant

Celle ci se retourna légèrement, constatant avec soulagement qu'il disait vrai. Elle ne se détacha cependant pas immédiatement de la rassurante étreinte du musicien. La raison restait cependant très pratique. Elle ne doutait pas que celui ci aurait surement préféré être libérer du poids qu'elle représentait. Mais d'un autre côté elle ne souhaitait pas être scalpée, car Gérald avait vu juste. Ce dernier se retenait bien mal d'éclater de rire en voyant le pauvre homme tenter de se dépêtrer de la tignasse sans en blesser la propriétaire. Au final, cette situation cocasse avait un rendu différend selon le regard qu'on adoptait : extraordinairement comique pour Gérald, infiniment embarrassant selon le ressenti de la jeune femme et passablement ennuyant du point de vue d'Erik.

Quand enfin le problème fut démêlé dans tous les sens du terme. Gérald reprit son sérieux et réitéra sa proposition.

_ Alors monsieur, que décidez vous ?

_ Je vous demande pardon ?

_ Voulez vous collaborer à la réussite de l'opéra nouveau ? Venez un peu vous autre ! Appela-t-il.

_ Vous autre ? Comment ça vous autre ? Demanda Erik en embrassant sa tanière du regard.

_ Vous ne croyez tout de même pas que je suis le seul à me charger de la lourde tâche de faire renaître l'opéra ! Voici mes associés, présenta Gérald en désignant le coin de la pièce d'où il était apparu un peu plus tôt.

Deux personnes sortirent alors de leur cachette. Ou plutôt un homme sortit, trimballant dans ses bras un jeune garçon qui gigotait et se débattait pour s'échapper. Erik interloqué ne pipa pas mot attendant de plus amples explications. Il raffermit cependant sa prise sur le manche de la dague qu'il tenait toujours en main.

L'homme s'avança à hauteur de Gérald qu'il dépassait d'une bonne tête. Enfin il lâcha son remuant fardeau, qui ne manqua pas de lui décrocher un énergique coup de poing dans l'estomac avant de s'adresser au chef de la bande.

_ D'solé Gerry, j'aurais bien aimé v'nir te filer un coup main mais c't'apôtre n'a pas voulu m'lâcher, déclara-t-il fièrement.

Marie eut une moue désapprobatrice devant le langage du jeune homme mais s'attendrit quand elle vit Gérald lui frotter affectueusement le sommet du crâne en riant comme s'il s'agissait de son fils.

_ Ha,Ha ! Voici Rémi, le diablotin! C'est grâce à lui que tout a été possible. Un petit gabarit mais un sacré caractère ! Et voici M Vernant, mon... agent comptable en quelque sorte.

_ Et le défouloir favori de votre garnement, ajouta ce dernier en se massant l'estomac.

_ Allons, allons, il faut laisser s'exprimer les enfants !

_ Ça c'est vous qui le dites, maugréa l'autre. Une bonne paire de claque de temps en temps ne seraient pas du luxe.

_ Rabat joie va ! Bon, et bien voilà ma petite troupe. Notre mécène n'est malheureusement pas là mais j'ai cru comprendre que vous le connaissiez, reprit Gérald en s'adressant de nouveau Erik.

_ Qui ?

_ Le vicomte de Chagny.

A ce nom, Erik serra les poings de haine tellement fort que ses jointures blanchirent alors que ses ongles se plantaient dans la molle peau. Il ne put cependant pas ruminer un peu plus car son visiteur était bien décidé à ne pas lâcher le morceau.

_ Et vous ?

_ J-Je ne sais pas... Tout est si soudain, improbable...

_ Imprévisible, incroyable, surprenant, déroutant, inimaginable, ...surtout dites moi quand je dois m'arrêter, je pourrais aller loin comme ça. Pourtant il me semble que je viens de démonter un à un vos arguments... Je sais ce que vous ressentez, je le comprends pour l'avoir traversé... Mais regardez moi, est ce pour ça que je me cache, que je m'apitoie sur moi même, non. Bon, c'est sûr que ça n'a pas été facile au début. Je mentirai si je vous disais n'avoir jamais baissé les bras... Mais on trouve toujours plus malheureux que soit. Et puis, un jour, on rencontre des êtres qui nous sont cher, qui ne nous jugent pas et pour qui on n'a plus le droit de se laisser aller, argumenta-t-il en tenant Rémi par l'épaule et en scrutant Marie.

_ Otez moi d'un doute, me laisseriez vous en paix si jamais je venais à refuser votre offre ?

_ Ha, Ha, Ha. Vous êtes perspicace. A vrai dire, j'avais bien l'intention de camper ici !

_ C'est bien ce que je pensais. Et admettons que je vous réponde favorablement, accepteriez vous mes conditions ?

_ Oh pour ça ! Du moment que vous ne me demandez pas de danser la gigue en kilt et bonnet à pompom, je pense que ça devrait pouvoir se faire.

_ Très bien alors j'aurais deux conditions...

_ ...Si on pouvait aussi éviter la valse, tous ces tours ont la fâcheuse tendance de me faire rendre mes repas. Et par expérience je peux vous dire que ça ne fait pas bon ménage avec les souliers cirés !

Cette remarque était si incongrue, si hors propos par rapport à la gravité de la situation que l'effet fut immédiat. Un soupir de lassitude émana du comptable qui a priori était habitué à la légèreté de son partenaire sans pour autant l'approuver. Erik quant à lui, n'appréciait pas qu'on se moque de lui. Il avait pour habitude que le fantôme soit écouté, et ceux qui ont dérogé à cette règle avaient payé cher leur bravade. Néanmoins, il se contint, s'inclinant face à l'hilarité générale qui s'était emparée de Marie, Gérald et Rémi.

_ Ha, ha,...pardonnez moi, s'excusa Gérald à bout de souffle. Je ne peux pas m'en empêcher. Vous savez...Vous faire la morale, ça a épuisé toute ma réserve de sérieux...Ha, ha, ha, vous auriez vu votre tête !

_ Hum, hum, rappela à l'ordre monsieur Vernant.

_ Ah, laissez vous aller un peu, vous le regretterez plus tard, réprimanda Gérald en se rapprochant.

_ Je sais, je sais, vous me le répétez à longueur de journée. Mais il me semble que monsieur attends pour vous faire savoir sa proposition.

_ Je ne suis pas idiot mon ami, mais un peu de bonne humeur n'a jamais nuit à des négociations. Je suis persuadé qu'il est de mon avis. N'est ce pas ? Demanda-t-il à Erik en le gratifiant d'une magistrale claque amicale dans le dos.

Ce dernier chancela, ébranlé par la surprise de cette si soudaine familiarité. Il lâcha par la même son arme qui s'écrasa bruyamment sur le sol. Horrifié de se retrouver ainsi à la merci de ses visiteurs, il vit avec appréhension Gérald se pencher pour ramasser la dague. Voilà donc à quoi rimait toute cette mise en scène, pensa-t-il, à lui ôter tout moyen de défense. Les rôles étaient maintenant inversés, il se retrouvait, encore blessé, sous le coup de cet homme qui pointait l'arme dans sa direction. Mais il était prêt à se battre, il vendrait chèrement sa peau...ou peut être pas. Quel ridicule réflexe de survie. La vie ne lui apportait rien alors pourquoi s'y accrocher désespérément... Erik s'apprêtait à se rendre quand il fut tiré de ses pensées par un simple mot :

_ Tenez.

_ Comment ? Demanda-t-il décontenancé, en remarquant que Gérald ne lui présentait pas la pointe acérée de la dague mais le manche.

_ Tenez, répéta-t-il. Mais entre nous soit dit, j'aimerais autant ne pas finir comme votre chef d'oeuvre, ajouta-t-il ironiquement en désigna d'un signe de tête le buste qui se trouvait derrière Erik. Et puis je n'aime pas la violence. Qui plus est, avec ma guitare pour seule arme, je doute de faire le poids, finit-il dans un grand sourire.

_ Votre quoi, questionna Erik intrigué.

_ Ma guitare ! Répondit-il en exhibant fièrement l'objet de bois verni qui pendait dans son dos.

_ Quel est donc cet étrange instrument ? Une guiterne travaillée par un mauvais luthier ?

_ Hé, hé, avouez que ce n'est pas commun. En réalité, je l'ai acquise lors de mon dernier voyage, en Espagne. A La Cañada de San Urbano, j'ai rencontré un homme assez spécial, Antonio de Torres. C'était un luthier de grand talent. Malheureusement, il avait quelques petits soucis. Je l'ai aidé et il a tenu à me récompenser. Bon je ne vais pas entrer dans les détails.

_ Ha, ha ! Oui ! Vaut mieux pas !

_ Rémi!interrompit Gérald avec insistance.

_ Ben quoi, tu t'es quand même fait viré d'la ville. L'vieux avait pas trop apprécié qu'tu t'octroie sa dernière création comme récompense. L'pauvre, lui qui voulait dévoiler au monde sa création secrète, c'est raté !

_ Ba, il fera ça l'année prochaine, c'est reculer pour mieux sauter, dit simplement Gérald dans un haussement d'épaule, un rictus goguenard accroché aux lèvres.

_ Vous avez volé cet instrument ? déclara Marie outrée.

_ Meu non voyons, qu'allez vous donc penser!L'affaire est tellement ridicule que je me demande même pourquoi on en parle, tenta d'éluder Gérald. Mais sous les regards insistants il compléta. La vérité c'est qu'il m'avait alloué une coquette somme d'argent pour me remercier du service que je lui ai rendu. Mais ça ne me convenait pas, il me fallait cette belle qui a fait chavirer mon coeur. Alors, j'ai attendu la nuit, je me suis introduit dans son atelier et j'ai fait un échange, mon paquet de billets contre ce magnifique objet. Bien entendu je n'ai pas demandé mon reste et je suis parti. Le bougre n'a pas apprécié ! Je ne l'ai donc pas volé, puisque je l'ai payé.

Marie n'était pas du tout convaincue par la démonstration de l'homme. Elle s'abstint cependant de tout commentaire, laissant les événements s'enchaîner d'eux même.

_ Puis je ? S'enquit Erik.

_ Bien sûr.

Gérald se défit de la lanière qui retenait l'instrument et le tendit à Erik qui s'en saisit délicatement. Ce dernier examina l'objet de bois verni sous toutes les coutures. Les finitions étaient excellentes : pas un accroc, pas une trace de colle ou de clou. La guitare était assez légère dans son ensemble, mais faisait tout de même preuve d'une certaine présence dans les mains. La caisse de résonance était plutôt imposante. Le manche était bien droit, pas très large. Il se composait de deux couches de bois superposées dont la partie supérieure était subdivisée en plusieurs sections. De la tête, dotée de mécaniques dans ce qui semblait être de l'os, partaient six cordes qu'Erik titilla les unes après les autres pour se faire une idée de la sonorité qu'offrait leur vibration. Il rendit enfin le bien à son légitime propriétaire, ou plutôt à son propriétaire, puisque le légitime était si discutable.

_ Alors ? Interrogea Gérald impatient de recevoir l'avis d'un connaisseur.

_ Le concept est original et intéressant. Utilisé par un initié, le rendu doit être agréable à l'oreille.

_ A qui le dite vous ! Il n'y a rien de mieux pour égayer une soirée entre amis, affirma jovialement Gérald, heureux que le musicien se rallie à sa cause. Cependant celui ci se rembrunit face à la remarque et lâcha avec amertume :

_ Je me vois contraint de vous croire sur parole...

Pour la première fois depuis sa descente dans les entrailles de l'opéra, Gérald se sentit mal à l'aise. Il y avait tant de choses dernière ces quelques mots, tant de mauvaises choses... Il gratta pensivement quelques accords sur sa guitare, plongé dans de douloureux souvenirs. Une suite inopinée d'accords le tira de sa mélancolique dérive. Il les répéta en boucle. À la deuxième suite, sa main droite imprima un rythme plus soutenue sur les cordes : une mélodie apparut alors. Tous le regardait intéressés. Il stoppa son geste. Satisfait il leva le regard au niveau de celui d'Erik et débuta la chanson qu'il venait de tester, s'adressant directement à lui. Une douce suite de notes s'éleva très vite rejointe par la voix de Gérald :

Toi plus moi plus eux (il désigna alors le petit groupe)

Plus tous ceux qui le veulent

Plus lui plus elle (il montra Rémi et Marie)

Et tous ceux qui sont seuls

Allez, venez, et entrez dans la danse

Allez, venez, laissez faire l'insouciance

Le jeu du chanteur n'était pas statique. Gérald tirait tout avantage du côté pratique et transportable de son instrument, en bougeant, tournant autour de ses spectateurs pour les impliquer un peu mieux dans la joie de son air.

A deux, à mille, je sais qu'on est capable

Tout est possible, tout est réalisable

On peut s'enfuir bien plus haut que nos rêves

On peut partir bien plus loin que la grève

Oh, toi plus moi

Plus tous ceux qui le veulent

Plus lui plus elle

Plus tous ceux qui sont seuls

Allez, venez, et entrez dans la danse

Allez, venez, laissez faire l'insouciance

Avec l'envie, la force et le courage

Le froid, la peur ne sont que des mirages

Laissez tomber vos malheurs pour une fois

Allez venez, reprenez avec moi

Oh, toi plus moi

Plus tous ceux qui le veulent

Plus lui plus elle

Et tous ceux qui sont seuls

Allez, venez, et entrez dans la danse

Allez, venez, laissez faire l'insouciance

Je sais, c'est vrai, ma chanson est naïve

Même un peu bête et bien inoffensive

Et même si elle ne change pas le monde

Elle vous invite à entrer dans la ronde

Oh, toi plus moi

Plus tous ceux qui le veulent

Plus lui plus elle

Et tous ceux qui sont seuls

Allez, venez, et entrez dans la danse

Allez, venez, c'est notre jour de chance

L'espoir, l'ardeur prend tout ce qu'il te faut

Mes bras, mon coeur, mes épaules et mon dos

Je veux te voir des étoiles dans les yeux

Je veux nous voir insoumis et heureux

Oh, toi plus moi

Plus tous ceux qui le veulent

Plus lui plus elle

Et tous ceux qui sont seuls

Allez, venez, et entrez dans la danse

Allez, venez, laissez faire l'insouciance

Oh, toi plus moi

Plus tous ceux qui le veulent

Plus lui plus elle

Et tous ceux qui sont seuls

Allez, venez, et entrez dans la danse

Allez, venez, c'est notre jour de chance

Oh, toi plus moi

Plus tous ceux qui le veulent

Plus lui plus elle

Et tous ceux qui sont seuls

Allez, venez, et entrez dans la danse

Allez, venez, c'est notre jour de chance

Tout comme vient le calme après la tempête, le rythme, qui était monté crescendo avec l'enthousiasme, se calma d'un coup et Gérald finit son interprétation sur une tranquille suite d'arpèges.

Oh, toi plus moi

Plus tous ceux qui le veulent

Plus lui plus elle

Et tous ceux qui sont seuls

Allez, venez, et entrez dans la danse

Allez, venez, et entrez dans la danse

Une chanson pleine d'entrain, un rythme de gaieté et des paroles d'espoir, des mots qui donnent envie d'y croire...

Tandis que Gérald s'inclinait face aux applaudissements qui gratifiaient sa prestation, Erik avait prit sa décision. Il allait interrompre cette scène de liesse pour la faire savoir quand un détail retint son attention. Le dénommé Vernant était posté en retrait. Sa mine était agacée et s'il applaudissait lui aussi, son geste était très protocolaire, de simples et faibles petites tapes des deux doigts sur sa paume. Et puis son regard brillant d'un intérêt malsain … Le concerné remarqua qu'il était l'objet de l'attention du maître des lieux, il ne cilla cependant pas et le défia du regard quelques instants pour finalement d'un dédaigneux signe de tête lui rappeler ce qui les entouraient, et notamment Gérald qui attendait son verdict. Erik ne se détacha pas immédiatement de la vision de cet individu...Il n'était pas le plus prévenu en matière de relationnel, mais il avait un mauvais pressentiment concernant cet homme. Il se détourna finalement, pour répondre à Gérald :

_ J'accepte

_ Vous dites ?

_ J'accepte

_ Merveilleux !

_ Deux conditions, ajouta-t-il inflexible.

_ Pourquoi rien n'est jamais simple, soupira Gérald. Lesquelles ?

_ Une place doit être réservée à cette jeune femme comme soprane.

_ Hé, surtout ne m'accusez pas ! C'est entièrement de sa faute ! Elle a catégoriquement refusé toute la journée de chanter pour moi, s'insurgea Gérald en pointant une Marie rougissante d'être ainsi au coeur des discussions.

_ Elle le fera et bien, j'en réponds, affirma Erik avec assurance.

_ Très bien, et la deuxième condition ?

_ Je veux conserver ma quiétude et mon anonymat.

_ Oh... J'imagine que je pourrais faire cela aussi...d'accord, je m'engage à conserver au maximum votre anonymat, déclara solennellement Gérald, les doigts croisés dans son dos.

Tout le monde était à présent soulagé, un accord avait enfin été trouvé.

_ Magnifique ! S'exclama Gérald. Que diriez de venir chez moi fêter ça ?

_ Je ne sais pas...

_ J'insiste ! Après tout que seraient des négociations sans le dîner d'affaire, c'est même le seul point intéressant des négociations, rit-il

_ …

_ De toute façon, je ne vous laisse pas le choix, sinon j'organise tout ici ! Peut être vaudrait-il mieux que je conduise mademoiselle, j'ai entraperçu une écurie, mais je doute que vous ayez la voiture assortie...

_ Effectivement, affirma Erik.

_ Allez venez mademoiselle ?

_ Marie, appelez moi Marie.

_ Allons y Marie, invita Gérald.

_ Non ! Les retint subrepticement Erik.

_ Qu'y a-t-il ?

_ Je vous la ramène dans un moment. Il me reste encore une chose à régler avec elle.

_ Fort bien, nous vous attendons à l'entrée, informa Gérald.

Ce dernier d'abord soucieux, compris bien vite compris quelles étaient les intentions de son nouvel associé et il s'en réjouissait. Marie, qui elle était en revanche dans le vague le plus complet, appréhendait de se retrouver seule avec Erik. Bien que tout se soit arrangé de la plus étonnante mais de la meilleure des façons, elle redoutait son courroux. Après tout elle avait agit sans son consentement, elle avait conduit des étrangers dans sa cachette, elle avait divulgué son secret et dévoilé sa douloureuse histoire. Il avait mille raisons de lui en vouloir, elle qui avait trahi sa confiance.

_ Venez.

Le ton était sec, sans appel. Marie le suivit donc sans broncher, tête baissée, penaude.

_ A nous deux !

Le glas des remontrances avait sonné pour Marie. Se préparant mentalement au sermon du siècle, elle fit le décompte des secondes d'impunité qu'il lui restait. Cinq... quatre... trois... deux... un... L'heure était venue il prit délicatement ses mains. « Que ? » fut la seule pensée qui frappa Marie alors qu'elle osait enfin lever les yeux. Alors qu'elle s'imaginait crouler sous les reproches, elle trouvait un Erik prévenant qui pris de remords après son emportement, pansait ses plaies et bandait son poignet foulé. L'opération fut brève. Sitôt sa besogne accomplie, l'homme saisi une cape, qu'il plaça sur les frêles épaules de la jeune femme. Il l'a conduisit ensuite devant une minuscule écurie qui abritait pour seul occupant, un magnifique cheval noir de jais. Marie s'en approcha et timidement elle lui caressa les naseaux. Erik de son côté, sellait l'animal tout en lui flattant régulièrement l'encolure en guise de récompense. Il aida ensuite la jeune femme, à monter sur la selle en amazone. Marie, peu rassurée se cramponnait fermement au pommeau de la selle. C'était une toute nouvelle expérience pour elle car, malgré sa haute naissance, elle n'était jamais montée à cheval, son père jugeant que l'équitation était une activité bien trop dangereuse.

_ Comment s'appelle-t-il ?

_ « Il » s'appelle Harmonie.

_ Oh, tu es une fille, s'exclama Marie en caressant la crinière de sa monture.

Tranquillement Erik, qui tenait les rênes de l'animal, les conduisit au dehors. Arrivés près de la voiture de Gérald, il aida galamment Marie à descendre. Cette dernière alla s'installer confortablement sur la banquette libre tout en remarquant que les deux homes et le jeune garçon se serraient sur le siège opposé.

_ Si vous voulez reconduire votre cheval à l'écurie et venir avec nous, ce n'est pas un souci. En nous serrant un peu il y a bien assez de place, proposa Gérald.

_ Merci bien, mais je préfère vous suivre, refusa-t-il en enfourchant sa jument.

_ Comme vous voudrez... Allons y cocher !

Marie était un peu déçu de la réponse de son ami. Elle se serait sentie un peu moins mal à l'aise s'il avait été là, surtout que ce monsieur Vernant ne cessait de la fixer . Mais le voyage se passa très bien. Rémi, qui était venu s'asseoir à côté d'elle, lui fit la conversation, lui racontant blagues et ragots si bien que Marie ne vit pas le temps passer.

Et voilà ! C'est tout pour aujourd'hui. Alors ? Qu'en dites vous ? J'espère que l'histoire est un peu originale, que ce n'est pas du déjà vu...

J'ai remarqué qu'au chapitre précédent je n'avais pas donné les droits de la chanson que j'avais utilisé. Bon vous l'aurez tous reconnue et vous savez très bien que la musique de la nuit est l'oeuvre de Andrew Lloyd Webber et qu'elle lui appartient intégralement. Et pour celle de ce chapitre et bien c'est Toi plus moi de Grégoire (merci google^^ ben ou parce que si je mettais, c'est le générique de l'émission fais moi signe sur Gulli, ça ferait pas très sérieux XD)

A la prochaine !