10.
L'hologramme de Danéïre vibrait presque sous les sentiments qui agitaient la jeune femme.
- Oh, Alie, comment as-tu pu parler ainsi à ton père ? s'étrangla-t-elle une fois de plus. Il n'est pourtant responsable de rien !
- Il est au contraire à l'origine de tout ! siffla Alérian, buté, renfermé sur ses ressentiments.
Danéïre eut une petite mimique.
- Moi, je ne m'en plaindrai pas car sinon notre foyer n'aurait jamais existé, nos cinq merveilles ! A toi de gérer cette nouvelle situation. Et j'ai confiance, tu y arriveras.
- Je ne me battrai pas contre ma mère !
- Je crois qu'on ne te laisse pas le choix ! remarqua la jeune femme, avec une profonde pertinence. Et tu as aussi à découvrir ce qui est arrivé à l'âme pure de ta mère puisque ce fut pour cette raison qu'elle a été élevée au rang de Déesse !
- Je ne sais pas si elle est récupérable, avoua Alérian, en se calmant légèrement. Il faut au moins être l'égal d'une Divinité pour en soumettre une autre !
Danéïre fronça les sourcils.
- Maya est, était pacifiste, tout comme Lumiane puis Itha. Elle n'a certainement pas pu se défendre autant qu'une guerrière née ! Cette pureté l'a desservie en ce cas.
Alérian soupira.
- Tu es plus lucide que moi. C'est moi qui devrais avoir ce raisonnement !…
- Tu es touché de trop près. De bien plus près que par le passé. Et je comprends toutes tes réticences. Mais je ne tolèrerai pas que tu insultes ton père !
- Les mots ont dépassé ma pensée… Je me rappelais des reproches de Maya lui reprochant de l'avoir souillée de son sperme. Et je ne le voyais plus que comme le point d'origine de ce nouveau cauchemar !
- Ce n'était pas faux. Mais ton père avait cru en cet amour, il avait même fondé son futur sans même le savoir. C'est là la pensée que tu dois garder, pour lui et pour toi. Maya a tenté de le tuer, il est victime lui aussi de ce nouvel affrontement. Il est assez blessé dans ses souvenirs et son cœur, et lui n'en a qu'un. Ne vous lancez pas dans ce genre de guerre, cela vous affaiblirait et ferait le plaisir de l'ennemi qui est derrière la possession de Maya !
- Là aussi j'aurais dû y songer…
- Et moi je crois que cela t'a effleuré !
- Dana ?
- Agis à ta guise, mon bel amour. Mais ne vous blessez pas mutuellement, ton père et toi. Qu'il s'agisse de véritables sentiments exacerbés ou d'une stratégie entre vous deux !
- Plus de mots, je te prie, Dana. Mes cœurs et mon statut de Souverain des Dragons ne me permettent pas de te protéger autant que je le voudrais.
- Et ton père, qui veille sur lui ?
- Il a ses propres gardiens !
Et Alérian mit fin à la communication.
La musique de la harpe de Clio avait apaisé son compagnon borgne et balafré
- Le petit y a été fort, chuchota la Jurassienne Il avait sûrement ses raisons !
- Non, c'était bien plus simple : il souffre le martyr, mais pas dans sa chair directement, et c'est infiniment pire !
- Comme si toi tu t'en sortais indemne alors que ces tortures psychologiques ne font que commencer ! se révolta presque Clio avec quelque chose qui ressemblait à de la colère qu'elle ne pouvait contenir. Tu as mal autant qu'Alérian. Et plus encore même car tu sais que c'est en aimant Maya que le drame d'aujourd'hui peut avoir lieu !
- Alérian a raison : je ne me le pardonnerai jamais…
- Alérian a tort. Il le sait, poursuivit la Jurassienne. Et pour se préparer aux combats à venir, il doit briser ses liens d'amour les plus forts, car la prochaine adversaire, ce sera sa mère !
- Je le comprenais aussi, sinon bien qu'il soit mon fils aîné, je lui aurais cassé la gueule pour tant d'irrespect ! gronda le grand Pirate balafré. Mais je crains qu'il n'ait vraiment pensé une bonne partie de ses propos ! Qui le protègera si je ne suis pas là ?
- Et qui veillera sur toi qui n'as pas de pouvoirs surnaturels ?
- Je me suis toujours débrouillé, grinça le capitaine de l'Arcadia. Quoi, j'ai des gardiens ?
- Itha, déjà. Moi ensuite car je suis à jamais ta compagne d'âme et de voyages éternels. Et puis les cœurs des Dragons sont avec toi, Albator !
- Alie…
- Comme s'il pourrait jamais te laisser tomber, même au plus noir de ses rancœurs, conscientes ou non, assura Clio. Ressers-moi de saké et je vais improviser un autre air pour apaiser ton âme.
- Merci, Clio.
L'âme portée par les notes de la harpe, Albator laissa ses pensées vagabonder vers des pensées plus douces, où un petit garçon à la crinière d'acajou et aux prunelles d'émeraude galopait à travers pré chargé de toute l'innocence son jeune âge.
« Si seulement j'avais été là, mon grand chéri, j'aurais peut-être pu t'éviter toute cette cruelle destinée ! J'ai mérité tes reproches, je ne t'en voudrai jamais, pour aucun ! Mais gagne cette partie et reviens-en vivant, Alérian, c'est tout ce que j'exige de toi ! ».
