Ce texte a été écrit dans le cadre de la 14ème nuit de l'écriture du Fof (voir mes favoris)

Thème : Ombre (Je mettrai un titre très prochainement)


La fin de l'année approche à grands pas et tu ne m'as sans doute pas remarqué. Pourtant, depuis le début de celle-ci, je te suis partout où tu vas. Je connais toutes tes habitudes, tous les traits de ton visage, les salles où tu as cours, même la matière que tu es en train d'étudier en ce moment même. Mais tu ne m'as jamais regardé. Jamais tes yeux rouges ne se sont posés sur moi. Mais je peux comprendre. Après tout, je ne suis qu'une ombre parmi la foule.

Comme une ombre je t'ai suivi.

Comme une ombre je t'ai observé en silence.

Comme une ombre, si jamais il t'arrivait quelque chose, je serais moi aussi blessé.

Et comme une ombre, si tu venais à mourir, je disparaitrais également. Car une ombre ne peut exister sans soleil.

J'ai souffert en silence durant ces longs mois, balancé entre la joie de pouvoir te voir chaque jour et la douleur de ne pas avoir le courage de venir te parler.

Aah, si tu savais à quel point j'aimerais que tes yeux rubis se posent quelques instants sur moi, me sondent, pénètrent au plus profond de mon âme et réparent mon coeur... ou le détruise, si tu ne veux pas de moi. Mais n'oublie pas que comme une ombre, je serai toujours attaché à toi.

Si tu savais à quel point je t'aime Kurogane.

Je crois bien que pour toi je ferais l'impossible. Je pourrais tout quitter et partir avec toi dans un autre monde, si tel est ton désir. Mais je sais qu'il me sera impossible de renoncer à toi, même si c'est ce que tu souhaites le plus au monde. Comme tu ne peux te débarrasser de ton ombre, tu ne peux te débarrasser de moi.

Mais malgré tout cela, je sais que je ne suis qu'une ombre blonde qui ne fait que suivre la tienne.

Peut-être qu'un jour tu te retourneras pour voir quel est l'imbécile qui te court après depuis si longtemps, sans jamais oser trop se rapprocher. Tu me tendras alors ta main, m'invitant à te rejoindre vers ce coucher de soleil chaleureux que nous pourrons regarder rien que tous les deux.

Ce serait vraiment bien...

Regarde un peu à quel état tu m'as réduit. Voilà maintenant que je fantasme sur des choses impossibles. Je suis condamné à marcher derrière toi pour l'éternité, sans jamais pouvoir te toucher. Comme une ombre, tu ne me remarqueras sans doute jamais.

Alors pourquoi je fais ça, hein ? Pourquoi je t'attends depuis 2 heures à la sortie de l'école, sous ce soleil de plomb alors que je sais très bien que tu finis tard aujourd'hui ? Pourquoi je poireaute depuis 2 heures ici alors que je pourrais très bien t'attendre au frais, devant ta salle de cours ? Pourquoi je continue à espérer que tu me remarques ? Que tu acceptes mes sentiments ? Pourquoi j'ai décidé de te donner rendez-vous et de tout t'avouer aujourd'hui ? Pourquoi est-ce que je commence à voir des points noirs danser devant mes yeux...? Pourquoi...

J'ouvre lentement mes yeux.

Qu'est-ce qui s'est passé ?

« Enfin réveillé ? »

Mon coeur rate un battement. Je referme vite mes yeux. Aucun doute. Jamais je ne pourrais confondre. Cette voix, c'est celle de Kurogane. Qu'est-ce que ça veut dire ? Me dites pas que je me suis évanoui en l'attendant, ça le fait vraiment pas pour une première impression... Bon, calme-toi Fye. Il t'a juste porté jusqu'à l'infirmerie parce que t'es tombé dans les pommes. C'est tout. Il n'est au courant de rien. Il ne savait même pas que tu existais jusqu'à tout à l'heure. Garde ton calme...

« Pas le peine de faire semblant de dormir, je t'ai vu tu sais...»

Bravo Fye, maintenant il doit te prendre pour un attardé mental. Quel con je fais !

Je me relève lentement et m'assois sur le lit, gardant la tête baissée. Je jette quelques coups d'oeil à ce qui m'entoure et me retrouve confronté à un léger problème : je ne me rappelle pas que l'infirmerie ait jamais possédé toute une étagère du magazine Shônen Manganian... Attends un peu. Ca veut dire que je suis... chez lui ? Je crois que je vais m'évanouir de nouveau...

« Hey, ça va ?»

Oh oui, ça va très bien. Je me retrouve dans la chambre de la personne que j'aime en secret depuis presque un an, avec la personne en question après m'être évanoui alors que je l'attendais dans le but de lui faire ma déclaration. Bien sûr que tout va bien !

« Tu devrais te reposer encore un peu, t'es brûlant.»

Dit-il en posant sa main sur mon front. Il m'a touché... il m'a touché, moi, alors que je ne suis qu'une ombre. Alors que je pensais que c'était impossible... Je crois bien que je suis au Paradis.

Sans trop réfléchir, j'articule les premiers mots qui me viennent à l'esprit :

« J-je...t'... je t'aime... Kurogane Suwa, classe numéro 3, 21 ans, 1m90, 80 kilos, fort en sport mais a des faiblesses en chimie, a un lapin blanc du nom de Mokona, sort toujours de cours entre 1min et 1min27 après la sonnerie, je t'aime ! »

Oh putain, mais qu'est-ce que j'ai dit ? Si c'est pas une déclaration de pur stalkeur ça ! Bravo Fye, vraiment ! Tu viens de tout fiche en l'air !

Je me lève le plus vite possible et sort en courant de sa maison en prenant soin de ne pas croiser son regard.

Merde, j'ai encore tout foiré ! J'aurai dû rester à ma place, le remercier poliment et m'en aller calmement aussitôt. Puis j'aurais continué de l'espionner comme d'habitude, comme une ombre. Pourquoi j'ai fait ça ? Je suis lamentable... Je ne sais même pas si je suis digne d'être une ombre... Je...

...me suis entravé sur une dalle du trottoir et m'étale par terre façon crêpe...

«Euh... tu vas bien ?»

Encore lui.

«... Pourquoi tu m'as suivi ?

- Comme ça.

C'est pas une réponse ça...

- Tu comptes rester encore longtemps allongé en plein milieu du trottoir ?

Grouille-toi de te relever.»

Je soupire et relève la tête. Et là, je la vois. Cette main qu'il me tend. Comme dans mes rêves. Je vois ses yeux rubis posés sur moi, comme je me l'imaginais. Je n'y crois pas. Ca ne peux pas être vrai. Mais même si c'est juste une illusion, je veux quand même essayer. Je veux essayer d'attraper cette main, de marcher à ses côtés, de ne plus vivre dans son ombre mais avec lui. Je veux tenter ma chance. Alors je saisis la main qu'il me tend. Il m'aide à me relever et il se produit une chose que même moi, je n'avais osé imaginer. Il m'embrasse. J'aimerais arrêter le temps, juste maintenant. Je voudrais faire durer cet instant à jamais. Mais toutes les bonnes choses ont une fin...

« Je ne sais même pas comment tu t'appelles mais je ferai de mon mieux pour te connaître.»

...ou pas.