Coucou tout le monde!!
Me revoilà avec un tout nouveau chapitre!
Bonne lecture!!
Chapitre 10
Square Grimmauld, 8h04.
Un œil bleu s'ouvrit péniblement, gonflé par le manque de sommeil et tout collé de larmes séchées. Un nouveau bâillement attaqua en force et une fraîche pellicule d'humidité vint recouvrir les écailles de la précédente. L'œil tourna lentement jusqu'à pouvoir apercevoir la petite horloge qui trônait sur la table de chevet, coincée entre de lourds volumes.
Il fallut quelques secondes pour que les chiffres et les aiguilles prennent un sens compréhensible mais, lorsque la lumière se fit dans le cerveau embrumé et vaseux, le deuxième œil s'ouvrit brusquement et Sirius poussa un cri à faire dresser les cheveux sur la tête d'un Inférius.
Merlin !! Je suis en retard !!! Compte sur cet elfe de malheur pour judicieusement oublier qu'il doit te réveiller le seul et unique jour où tu VEUX te lever tôt !!
Tant pis, Harry ratera un cours !
L'animagus bondit de son lit, posa les pieds sur le parquet glacial, cria derechef et s'enfuit dans sa salle de bain prendre une douche brûlante. Laissant le jet bouillant détendre ses muscles engourdis de sommeil, il se fit la réflexion qu'il eut peut-être été plus indiqué de ne pas passer la moitié de la nuit à marcher de long en large dans sa frustration. Il avait du, plus d'une fois, se faire violence pour ne pas débarquer sans cérémonie à Poudlard afin d'investir les quartiers de Lucius Malfoy et de sermonner le vampire et son calice comme ils le méritaient. Avaient-ils idée de se comporter l'un comme l'autre comme des gosses de cinq ans n'ayant pas la moindre notion de la vie en société…
**********
Appartements de Lucius Malfoy, Poudlard, dans la matinée.
Installé derrière un lourd bureau de chêne massif, Lucius tentait de mettre au point sa stratégie. Il ne pouvait pas se lancer à la poursuite des Horcruxes du Lord sans prévoir au minimum un plan de retraite, les choses dussent-elles mal tourner. Mais il ne parvenait pas à se concentrer.
Il se sentait bizarrement insatisfait et l'absence de son calice lui pesait, détournant avec une grande efficacité ses pensées des préoccupations vitales qui devraient être son seul souci en cet instant. Il ne savait pas exactement ce qui provoquait en lui cet état de quasi mal-être.
Il avait la sensation que tout cela était lié d'une manière ou d'une autre à sa relation avec son calice, ou plutôt à l'absence de relation entre eux. Pas qu'il recherche activement la compagnie du gamin, non, mais…
Quelque chose clochait décidément.
La veille au soir, Potter n'avait pas protesté pour le nourrir, il n'avait pas attendu qu'il le lui ordonne non plus. Il était entré dans l'appartement après le dîner qu'il avait pris dans la Grande Salle et, sans rien dire, avait déposé son sac, retiré sa robe d'uniforme et remonté la manche de sa chemise jusqu'au coude. Il avait présenté son poignet à un Lucius ahuri, bien qu'impassible, et avait simplement patienté sans prononcer une parole. La surprise suffisamment passée pour qu'il comprenne de quoi il s'agissait, Lucius avait pris le membre offert sans la violence qui l'avait submergé le jour précédent et avait enfoncé ses dents dans la chair tendre. Le goût du sang était toujours le même, merveilleusement riche et gorgé de magie, mais il n'avait pas ressenti ce même sentiment de félicité, ni cette excitation qui n'avait auparavant jamais manqué de se faire remarquer.
Il avait très vite commencé à se sentir mal à l'aise, ne comprenant pas le vide brumeux qui émergeait du lien. Il avait, malgré le peu de temps dont il avait disposé, pris l'habitude de percevoir un certain plaisir le percuter en vagues en provenance du jeune homme. Il avait relâché Potter plus vite qu'il n'en avait eu primitivement l'intention mais cette sensation désagréable ne faisait que s'amplifier et il semblait que le seul moyen de la faire cesser était de ne plus s'abreuver.
Dès que le garçon avait été à nouveau libre, il s'était effondré sur ses genoux dans un cri étouffé, plié en deux de douleur, serrant son bras contre sa poitrine. Lucius l'avait rapidement recueilli, sans que ce dernier ne proteste, et mis au lit, intrigué. Il avait beau être rassasié, il restait curieusement insatisfait. Il n'avait jamais pensé qu'un changement de la localisation de la morsure puisse provoquer une telle réaction… Potter non plus sinon il n'aurait jamais proposé son poignet, à moins qu'il n'appartienne à l'espèce des masochistes, mais Lucius en doutait fortement.
Ce qu'il ne comprenait pas était l'absence de ressenti de la douleur à travers le lien. Il avait bel et bien senti que quelque chose n'allait pas mais il n'avait pas eu mal. Lorsqu'il avait balancé le jeune homme contre le mur dans un accès de colère, il avait ressenti la souffrance, atténuée certainement par rapport à ce que son calice avait du endurer, mais bien présente. Cela n'avait guère plus de sens pour lui maintenant qu'il avait passé une partie de la nuit à y réfléchir, et il envisagea de faire un petit crochet discret à la bibliothèque dans la journée, voir si ce phénomène ne serait pas décrit dans quelque obscur grimoire couvert de toiles d'araignées de la Réserve.
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Cours de métamorphose avancée, 8h37.
Harry venait, pour la troisième fois consécutive, d'échouer à transformer son coussin en méduse. Ses échecs répétés ne le désespéraient pas, non, contrairement à Hermione qui, à ces côtés, sifflait de contrariété devant son manque évident de concentration.
Le fait était qu'il ne pouvait détourner son esprit de la veille et de l'absence de réponse de Sirius. Cette dernière ne le surprenait pas outre mesure, il est vrai. L'animagus n'était pas l'homme le plus porté sur l'écriture qu'il connaisse, bien au contraire. Il était plus aisé d'obtenir des nouvelles de Ron, qui détestait prendre la plume pendant les vacances sous prétexte que cela lui rappelait trop l'école, que de son parrain qui, pour d'obscures raisons, semblait ne jamais penser que chouettes et hiboux existassent. Toutefois, une missive si brève fut-elle eut été chaudement appréciée en ces circonstances.
Lucius ayant la veille exigé sa présence dans leurs appartements le midi – pour apaiser le lien qui ne supportait certes pas d'être étiré durant toute une journée, avait pensé Harry – le jeune homme s'y était rendu sans passion, plutôt déçu de ne pouvoir rester avec ses amis en compagnie desquels il ne se sentait pas dans la peau d'une pièce rapportée indésirable. Le repas se serait déroulé dans un silence absolu si ce n'était pour les trois fois lors desquelles le vampire avait pris la parole. Il avait tout d'abord critiqué les manières de table de son calice, lui intimant de se redresser, de tenir son couteau de telle façon, apparemment plus convenable qu'une autre… Cela seul avait suffit à ne pas mettre le garçon dans de bonnes dispositions et les annonces qui avaient suivi n'avaient point arrangé les choses. Lucius avait décrété qu'il avait prévu un rendez-vous pour Harry, le samedi, chez son tailleur personnel et que cela n'était nullement négociable. Le calice s'était hérissé devant le regard plus que chargé de remontrances du blond mais n'avait rien répliqué, peu désireux de refaire connaissance avec un mur voisin.
Au dessert, alors qu'Harry chipotait dans son assiette, Lucius avait lâché comme si de rien était que Dumbledore avait requis de sa part une certaine assistance dans les cours qui lui seraient prodigués, à savoir qu'il était de sa responsabilité de l'entraîner au duel. Le Gryffondor en était resté bouche bée, incapable de penser autre chose que le mot 'trahison' qui s'était inscrit en lettres de feu dans son cerveau. Comment le directeur pouvait-il lui faire une chose pareille ? Il faisait tout son possible pour éviter au maximum la présence malvenue et irritante du vampire et voilà que, d'une manipulation supplémentaire, Dumbledore le jetait à sa merci. Il avait quitté les appartements de Lucius peu après, sans marquer ni accord, ni désaccord, sonné et rageur tout à la fois.
Il avait passé l'après-midi entière à se demander ce qu'il avait bien pu faire aux puissances supérieures, quelles qu'elles soient, pour mériter ça. Maintenant le Mangemort avec lequel il était sensé partager sa vie avait la bénédiction de l'Ordre du Phénix pour lancer sur lui sortilèges et maléfices… Il n'en sortirait jamais vivant, quoi qu'ait pu en dire sa future fille dont l'existence était, de son point de vue, plus que fortement compromise.
Il avait obstinément refusé de manger dans les appartements dans lesquels il se sentait parfaitement étranger, et ce malgré les quasi-suppliques d'Hermione qui tentait de l'aider à se rapprocher de Lucius. Il ne voulait pas, point !
Retourner dans cet endroit signifiait nourrir le vampire et se murer seul dans une chape de silence.
Déprimant.
Il avait, dans la vie, le choix entre mourir assassiné par un fou furieux ou bien devenir un meurtrier, le plus tôt possible bien évidemment. Il serait après tout fort inopportun de faire patienter la Grande-Bretagne toute entière parce qu'il avait des états d'âme, n'est-ce pas ?
Comme si être un agneau destiné à l'abattoir était folichon, il fallait que le destin, décidément doté d'un tragique sens de l'humour, en remette une couche et lui colle un vampire violent et sadique sur le dos. Il avait vraiment du être une créature méprisable dans une existence antérieure pour mériter cela…
Il avait tout de même fini, en désespoir de cause, par regagner son lieu de résidence. Lucius était installé sur le sofa, face au foyer, lorsqu'il était entré. Voulant se débarrasser au plus vite de cette corvée, il avait décidé de permettre à l'aristocrate de se nourrir immédiatement. Il avait retiré sa robe et tendu son bras à Lucius. Son geste avait clairement surpris l'homme mais il avait tout de même fini par le mordre. La douleur des dents qui avaient pénétré sa chair avait été encore pire que la fois précédente et, au lieu de s'effacer pour laisser place à cette excitation montante, elle n'avait fait qu'augmenter jusqu'à rapidement devenir intolérable, envahissant chaque fibre de son être, coulant dans ses veines comme un feu vivant et affamé. Harry avait lutté autant qu'il avait pu pour tenir debout, pour ne pas crier, mais à l'instant où les crocs s'étaient retirés avec la délicatesse de fils de fer barbelés incrustés dans une plaie, il s'était effondré. Il se souvenait très vaguement avoir été porté dans la chambre par Lucius mais n'avait pas souvenance d'avoir été réconforté ou même veillé. Le blond était sûrement parti immédiatement.
Harry s'était réveillé assez tard dans la soirée et s'était levé pour faire ses devoirs malgré l'heure indue. Lucius était dans le salon et l'avait regardé un moment, le visage impassible, avant de reprendre l'inspection des flammes qui dansaient dans la cheminée, ne prêtant plus attention aux faits et gestes de son calice. Le vampire s'était finalement dirigé vers la chambre et Harry n'avait pu se résoudre à aller le rejoindre de sang froid dans un lit lorsque ses exercices furent achevés. Il avait passé la nuit sur le sofa, sans même une couverture, à réfléchir.
Il ne voulait plus sentir cette douleur agonisante parcourir son corps mais il était hors de question que son cou devienne le terrain de chasse d'un vampire qui n'avait pas la simple courtoisie de s'enquérir de son état de santé après un moment pareil. Ce geste était bien trop intime.
Minerva McGonagall lui hurla pratiquement dans l'oreille pour avoir son attention et Harry sursauta violemment, perdant le fil de ses pensées insolubles. Il eut la décence de rougir sous les remontrances de son professeur et tenta honnêtement de réaliser la métamorphose qui lui était demandée, sans grand succès.
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Bureau d'Albus Dumbledore, 8h56.
Albus papouillait gentiment son phénix en préparant une commande de sucreries, chocolats et dragées divers, suffisante pour durer au moins un mois, lorsque la cheminée explosa en flammes vertes. Abasourdi par l'arrivée inopinée et certes pas annoncée de Sirius Black au beau milieu de son bureau, un matin à une heure que l'animagus consacrait habituellement religieusement au sommeil, le vénérable directeur de la très célèbre institution bondit dans son fauteuil, envoyant les parchemins de son catalogue voltiger à travers toute la pièce.
- Sirius ? Mais, mon cher, que faites-vous là ?? s'exclama-t-il.
- Excusez-moi d'interrompre votre petite commande mensuelle de douceurs mais je dois parler à Harry immédiatement, lâcha platement Sirius.
- Il est en cours, je suis sûr que vous le savez, mon cher. Cela ne pourrait-il attendre ?
- Non.
- Sûrement un hibou eut-il fait l'affaire…
- Je ne me serais pas déplacé si cela avait été le cas. Ce genre d'affaire ne peut être réglé qu'en personne.
- Si vous le dites, souffla Albus qui avait achevé de ramasser ses feuillets éparpillés, pressé de retourner à sa rigoureuse sélection.
Sirius obtint facilement du directeur un tantinet obnubilé la salle dans laquelle son filleul avait cours à cette heure et se retira discrètement.
- Oh, Albus, vous ne voyez pas d'inconvénient à ce que je rende une petite visite à Lucius Malfoy, n'est-ce pas ?
Avant que le vieux sorcier ne puisse émettre le moindre son, l'animagus se glissa souplement par l'ouverture de la porte et descendit vivement les escaliers tournants.
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Cours d'histoire de la magie, 9h03.
Harry dormait déjà.
La voix miraculeusement soporifique de Binns, alliée à la chaleur douillette de la pièce et à son manque de sommeil de la nuit passée, berçait doucement son cerveau vers l'oblitération totale. La seule chose qui l'avait empêché de rouler sous la table pour prendre un repos bien mérité était sa main soigneusement calée sous sa pommette. Sa plume pendouillait lamentablement entre ses doigts lâches, maculant de noir le parchemin qui se trouvait en dessous.
Une main se posa sur son épaule, le réveillant brusquement, et il cria de surprise. Le professeur Binns s'affola et s'enquit immédiatement du motif de cette interruption sans remarquer la mine ébouriffée de chats réveillés en sursaut de l'ensemble de sa classe.
- Monsieur le directeur m'envoie chercher Mr Potter, mentit aisément Sirius, raffermissant sa prise sur l'épaule de son filleul.
- Oh, bien sûr, bien sûr… Faites donc… Où diantre en étais-je ?... s'inquiéta le fantôme en compulsant ses notes. Ah oui ! La révolte des Gobelins de 1477 avait trait à l'ingérence du Ministère dans les affaires de la banque, notamment en ce qui concerne les taux d'intérêt des prêts personnels…
Sirius entraîna Harry en dehors de la pièce et le mena rapidement jusqu'à la Salle sur Demande pour une conversation à cœur ouvert. Il passa devant la tapisserie à grandes enjambées et, après une brève étreinte, poussa le petit brun dans l'un des fauteuils du confortable salon qu'il avait fait apparaître.
- Merci d'être venu, Sirius, exhala Harry, soulagé de voir son parrain.
- Évidemment, je suis venu. Je n'allais pas te laisser déprimer dans un coin ! Mais je t'interdis de recommencer.
- Pardon ? s'étonna le Gryffondor.
- Harry, ne me prends pas pour un imbécile, s'il te plait. Je sais pertinemment que tu m'as appelé pour que je règle à ta place les problèmes que tu rencontres avec ton vampire. J'accepte de le faire pour une fois, mais ne rêves pas ! Tu dois apprendre à dialoguer avec lui. Je ne serais pas toujours là. Malfoy va vivre des siècles, moi pas.
Harry lui lança un regard perdu et Sirius soupira, tapotant gentiment le genou de son filleul assis en face de lui.
- Je sais que tu te sens un peu mal à l'aise pour l'instant avec cette situation. On le serait à moins... mais cela n'empêche nullement que vous devez faire en sorte de vous comprendre si tu ne veux pas que cette affaire tourne en jus de boudin. Je ne peux le faire pour toi, juste… te mettre sur la voie, tout au plus. Puisque je suis là, dis-moi donc ce qui se passe.
- Avant-hier soir, je… comment dire… il… il s'est approché pour me parler… il m'a demandé de le nourrir et… c'est compliqué…
- Tu veux plutôt dire que c'est très intime…
Harry rougit comme un joli coquelicot et baissa la tête, honteux. Sirius se retint de laisser paraître un sourire qui serait certainement interprété avec détresse ou colère par le jeune homme.
- Ben en fait… je… il s'était… nourri la veille en nous… liant et je ne voulais pas qu'il recommence. J'ai protesté… Je sais qu'il n'a pas demandé méchamment, qu'il n'a pas exigé non plus… au début du moins… mais j'ai refusé. C'est trop… intime… et ça me met vraiment très mal à l'aise… D'un coup, il m'a sauté dessus et plaqué contre le mur si fort que j'ai cru qu'il m'avait brisé le dos. Le pire, je crois, c'était que je n'ai pas pu m'empêcher de… enfin tu vois… pendant qu'il buvait, expliqua Harry avec une visible répugnance.
- La morsure d'un vampire est réputée pour être soit extrêmement aphrodisiaque, soit atrocement douloureuse. Tu n'as pas à te sentir gêné si cela t'a stimulé, précisa Sirius en réprimant un rire amusé devant le brusque accès de pudibonderie de son filleul. En ce qui concerne la réaction un peu vive de Malfoy, elle est malheureusement naturelle. Tu as sciemment défié le vampire, il a réagit et exigé la soumission de son calice. Tu ne peux pas déterminer pour lui la régularité avec laquelle il doit se nourrir. Il vient de passer une éternité dans un vieux cachot puant, sans aucune soutenance. Ses besoins de sang sont sûrement accrus. Le mieux que vous puissiez faire est de vous entendre sur un compromis. La relation que vous entretenez peut être entièrement dépourvue de sentiment, elle n'en reste pas moins symbiotique. Tu as besoin de sa protection, il a besoin de ton sang. Tu dois t'attendre à un minimum de contrariété de sa part si tu tentes de le sevrer.
- Contrariété ?!?!?! Siri, il aurait pu me tuer ! s'exclama le garçon.
- N'exagère pas. Te blesser, éventuellement, et il s'en serait voulu. Te tuer, certes non. Il serait mort au mieux quelques jours après toi. Je n'approuve pas son comportement, Harry, déclara l'animagus en levant la main pour stopper nette toute interruption de son filleul, mais il fallait s'y attendre. Je t'avais prévenu, les vampires sont dominateurs et possessifs.
- Je doute qu'il se préoccupe suffisamment de moi pour s'en vouloir de quoi que ce soit…
- Oh, mais c'est très probablement le cas. Son instinct l'exige. Il ne peut pas faire autrement que de vouloir protéger son calice envers et contre tout. C'est un Malfoy, tu ne verras jamais sur lui une indication de ses émotions. Il te faudra apprendre à les décrypter. Ses actions parleront probablement toujours plus que son visage.
- C'est pour ça qu'il m'a soigné ? demanda Harry, franchement dubitatif.
- Pardon ?
- J'avais un hématome dans le dos, un gros je pense. Il me faisait très mal. Malfoy est sorti après avoir… bu. Il a ordonné à un elfe de pratiquement me nourrir de force et, quand il est rentré, il m'a obligé à me mettre sur le ventre pour passer une sorte de baume entre mes épaules… et sur mes poignets.
- Il lui faudra sûrement un certain temps pour prendre pleinement la mesure de sa puissance physique, musa Sirius. Mais cela me parait bien avoir été une manifestation d'inquiétude de sa part… Il faut vraiment que tu lui parles, Harry, ou que tu le laisses parler s'il en prend l'initiative, soupira Sirius. D'après ce que tu me dis, il ne t'a pas sauté dessus sans préavis, il voulait d'abord discuter. S'il fait une concession, ne la rejette pas sans prendre le temps de la considérer. Un homme comme lui n'est pas habitué à composer, ne gâche pas un mouvement positif de sa part.
- Positif ? Le matin après la première morsure, après que vous soyez parti, on a commencé à discuter et j'ai cru que les choses ne débutaient pas si mal que ça en fin de compte. Mais il m'a très clairement fait comprendre que je n'avais pas le moindre intérêt en ce qui le concernait et qu'il serait bénéfique pour moi de devenir une jolie potiche qu'on sort du coffre et époussette pour les grandes occasions. Alors le positif dans tout ça…
- Harry… comment t'expliquer cela ?? Heu… Sûrement n'a-t-il pas exprimé sa pensée en ces termes ? balbutia Sirius.
- Non, mais ça n'en change pas le sens, répliqua Harry sarcastiquement.
- C'est une question de point de vue, en réalité, expliqua Sirius.
- Mais bien sûr !! Et Voldemort est un adorable petit poussin qui suit sa mère en se dandinant !
- Tout de même pas… Ce que je veux dire, c'est que Lucius Malfoy et toi vivez dans des mondes très différents. Pour un Sang Pur habitué au milieu de requins dans lequel il évolue, un conjoint, quel qu'il soit, doit savoir présenter un front uni en public. Il n'est pas envisageable pour lui qu'une dispute ou un désaccord privé puisse être perceptible en public, peu importe l'occasion ou les personnes qui en seraient témoins. Vous pouvez vous haïr et vous jeter l'argenterie au grand complet au visage tant que vous êtes entre vous, ce n'est pas un problème, mais dès qu'une tierce personne risque d'apercevoir une infime partie de votre vie, vous êtes un couple parfait et très amoureux. C'est ainsi que les Sang Purs se comportent. Je doute que Malfoy puisse ne serait-ce que concevoir les choses différemment. Cela ne fait de toi un bibelot en aucune manière.
- Le fait qu'il m'ait demandé de me comporter en 'bonne épouse' en privé est également une erreur d'interprétation de ma part, je présume ? cingla Harry d'une voix acide.
- J'avoue que j'ignore ce qu'il a voulu dire par là, mais tu ne le sauras qu'en posant la question, Harry. Je ne suis cela dit pas persuadé qu'un homme comme Lucius Malfoy recherche un simple faire-valoir…
- Comment tu considères Narcissa Malfoy, toi ? demanda le garçon, stupéfait.
- Crois-moi, ma cousine est très loin de la potiche prenant la poussière sur le buffet, s'esclaffa Sirius. C'est une Serpentarde vicieuse de la pire espèce. Elle sait parfaitement obtenir tout ce qu'elle désire, même de Malfoy. Elle n'a pas la folie furieuse de Bellatrix mais elle n'est pas tendre et ne voit jamais que son avantage en toute chose.
- Elle ne travaille pas ! Elle donne des réceptions et des bals, et voilà ! s'écria Harry, presque avec désespoir. Il ne pouvait pas avoir complètement tort. La façon dont Lucius lui avait parlé était sans ambiguïté…
- Parce qu'une carrière n'a jamais été son ambition. Déjà enfant, elle ne rêvait que d'épouser un héritier qui serait en mesure de la couvrir de cadeaux pour avoir la paix. Elle n'a pas eu le choix de son mari, c'est vrai. Mon père a négocié avec le vieil Abraxas lorsqu'il a été question de marier Lucius et son choix s'est porté sur Narcissa car elle ne désirait rien de plus exaltant dans son existence. Et aussi parce qu'elle permettrait de faire ressortir les caractères typiquement malfoyens, au contraire de Bellatrix avec ses yeux et ses cheveux sombres.
- Tu veux dire qu'elle aurait pu travailler ?
- Probablement, confirma Sirius devant les grands yeux ronds de son filleul. Je ne connais pas les contrats de mariage des Malfoy mais il serait surprenant que l'activité d'une épouse ou d'un consort soit considérée comme malvenue. Il existe peut-être des restrictions cependant, je ne sais pas.
- Je n'ai pas le choix, hein ? demanda Harry d'un air tristement résigné.
- Non, tu dois lui parler. Si tu ne fais pas l'effort de comprendre ce qu'il demande, tu ne peux pas négocier et faire valoir ton point de vue. Essaie de voir comment il voit les choses pour déterminer ce qui te convient, ce qui nécessite un ajustement et ce qui est inacceptable.
- C'est Malfoy, implora Harry, comme si cela expliquait tout.
- Je sais, soupira Sirius. Mais il est impossible de revenir en arrière alors cela ne doit pas t'empêcher de tirer le meilleur parti de la situation.
Les yeux fuyants du petit brun firent aisément comprendre à Sirius qu'une question demeurait sans réponse, aussi patienta-t-il jusqu'à ce qu'Harry, après maints tortillements, se décide à se confier avec une visible réticence.
- Hier, j'ai pensé que… peut-être… il n'était pas utile de… protester et de voler à travers la pièce alors… quand je suis rentré… j'ai tendu mon poignet pour qu'il… boive.
Harry fit une pause qui menaça sérieusement de s'éterniser avant qu'il ne prenne brusquement une profonde inspiration et ne débite l'interrogation qui le turlupinait à une vitesse impressionnante.
- C'était vraiment atroce, comme si j'avais de la lave en fusion dans le corps. Est-ce que c'est normal que ça fasse tellement mal ? Non, parce si c'est le cas, je…
- Harry !!! Respire.
Sirius ne reprit la parole que lorsque son filleul eut quelque peu calmé sa respiration et échappé à la crise d'hyperventilation.
- Au poignet, dis-tu ? Non, il n'est pas habituel que cela soit douloureux pour un calice… Pour tout autre sorcier, ou moldu d'ailleurs, une morsure de vampire est affreuse à ce qu'il parait, mais elle ne devrait pas l'être pour toi… dit-il d'une voix pensive. Ce doit être le lien, je ne vois pas d'autre explication.
- Je croyais que le lien n'entraînait pas de sentiment. Comment pourrait-il provoquer des sensations ?
- Il en provoque. C'est le lien qui te fait ressentir cette insécurité lorsque tu restes éloigné trop longtemps de ton vampire. Quelque chose a du le déstabiliser. A moins que…
Sirius se plongea dans ses pensées, dépoussiérant vaillamment ses vieux souvenirs. Il avait déjà lu un incident semblable quelque part… à propos de ?? Merlin !! Pourquoi ne se rappelait-il jamais les détails importants ?! Il n'y avait rien de plus rageant que d'avoir une information vitale sur le bout de langue, jouant à cache-cache avec votre santé mentale.
Il lui semblait vaguement que cela avait un rapport avec… la confiance ???
Bon d'accord, il déraillait…
Sauf si…
Subitement l'illumination le terrassa et il s'écria :
- Mais bien sûr !! Quel crétin !
- Mais encore ? s'enquit un Harry un peu effrayé de l'éclat soudain, son cœur battant follement dans sa poitrine.
- Ne soit pas moqueur, s'il te plait ! Si je te demandais de me réciter tes potions de première année, il te faudrait un peu de temps pour réfléchir à toi aussi !
Le regard suspicieux que lui envoya le jeune Gryffondor le décida à ne pas tourner au tour du pot et il commença à s'expliquer d'assez mauvaise grâce.
- Il se peut que ce soit un problème de confiance.
- Tu ne m'apprends rien, là, se moqua Harry. Je n'ai pas confiance en Malfoy, et ça ne risque pas d'arriver !
- Ce n'est pas ce que je veux dire, Harry. Bien sûr, tu ne peux pas allègrement remettre ta vie entre les mains d'un homme qui a toujours été ton ennemi, et personne ne te le reproche. Mais la confiance aveugle des calices en le fait que leur vampire les protégera de tout mal est une réalité. Seulement, je doute que tu te conformes à la règle. Entre votre passé respectif et les récents événements, il est naturel que tu sois plus que circonspect avec Malfoy, mais apparemment ton manque de confiance et ta récalcitrance générale perturbent le lien. J'ai lu, jadis, dans un très ancien journal tenu par un couple vampire/calice de mes ancêtres, qu'au début de leur relation, toute morsure réalisée à tout endroit autre que la gorge était insupportable pour le calice. Il semblerait que cela ait été du au fait que leur lien, très puissant, ne tolérait pas l'absence de foi, d'aisance entre les deux partenaires. Il les forçait donc à une intimité maximale pour tenter de colmater la brèche. Je n'ai pas trouvé d'autres références à un cas similaires dans le reste des archives Black alors je pense qu'il s'agit d'occurrences extrêmement rares.
- Donc forcément ça me tombe dessus ! murmura Harry d'un ton tristement amer.
- On ne peut pas prévoir la force intrinsèque d'un lien vampire/calice, Harry. C'est en grande partie une question de compatibilité magique. Deux personnes incompatibles ne créeront jamais de lien. Une faible compatibilité entraînera un lien assez lâche, laissant chaque partenaire relativement libre de mener sa vie comme il l'entend. Mais les fortes affinités magiques créent des liens parfois très étroits. Je crois qu'il y a peu chance que tu puisses jamais faire grand-chose indépendamment de Malfoy.
- Déjà qu'il veut m'emmener chez le tailleur, changer mes lunettes, m'apprendre la bienséance, soi-disant, et… éclata le garçon, des larmes brillant dans ses grands yeux verts.
- Sssshhhhh… susurra Sirius, attirant son filleul contre lui pour le consoler. Calme-toi. Tu vas finir pas attirer Malfoy. Ssshhhhhhh… Là… Ce n'est pas si terrible. Ne me dis pas que les vêtements de seconde main que ton oncle te refile te plaisent, si ? Bon tu vois, répondit l'animagus au petit signe de tête qu'il avait plus senti que vu.
Harry ne lui avait parlé de son oncle, contraint et forcé par ses questions impérieuses, qu'il y avait peu de temps et, une fois l'instinct primitif et meurtrier du dernier des Black passé, ce dernier avait commencé à ourdir sa vengeance. La révélation ayant eu lieu quelques jours seulement avant la rentrée, Sirius s'était assuré que son filleul avait à disposition tout le nécessaire pour Poudlard, payant pour remplacer tout ce qu'il jugeait impossible à porter, et avait envisagé de lui offrir une vraie garde-robe complète et digne d'un Black pour Noël. Il l'aurait bien fait plus tôt mais Harry n'avait cessé de protester contre la dépense, arguant qu'il refusait la pitié. La mort dans l'âme, Sirius avait baissé pavillon, sans renoncer pour autant, espérant que Harry serait plus enclin à accepter un cadeau pendant les fêtes. Malfoy venait sans le savoir de lui ôter une belle épine du pied. Harry ne considérait certes pas la démarche du blond comme un acte de commisération. Il lui restait à veiller au bon déroulement de ce petit voyage de lèche-vitrine…
Ils restèrent un moment ainsi, jusqu'à ce que Harry se sente un peu mieux d'avoir pleuré et déchargé ses angoisses sur un tiers. Il commençait cependant à percevoir un tiraillement gênant en provenance du lien qui impliquait qu'il serait sûrement forcé de prendre son déjeuner en compagnie de l'insupportable vampire. Il soupira alors que Sirius le relâchait.
- Harry ? s'enquit l'animagus.
- Ça va…
- Je vais te laisser retourner en cours. Si jamais les choses deviennent hors de contrôle avec Malfoy, n'hésite pas à m'appeler, d'accord ? Ne prends pas cela pour une invitation à me faire intervenir pour un oui ou pour un non. Uniquement si le problème est sérieux ! Il faut que tu apprennes à le comprendre et tu ne peux pas le faire si je règle tout à ta place.
- D'accord, acquiesça platement Harry d'une petite voix.
- Bien. Si c'est une urgence et que je ne suis là, tu sais que le directeur est toujours disponible, n'est-ce pas ? Au pire, tu peux aller voir Snape, ajouta Sirius avec une grimace.
Il sera une dernière fois Harry dans ses bras et le poussa dans l'embrasure de la porte d'une main solide entre les omoplates.
- Allez, zou !! En cours !!
- Ok, ok…
A Malfoy maintenant !
**********
Dans un couloir des cachots, près du bureau de Severus Snape, 10h02.
Lucius et Severus marchaient côte à côte dans l'étroit couloir humide. L'aristocrate s'était présenté à la porte de sa salle de classe quelques minutes plus tôt, sous le prétexte très officiel de 'revoir le cursus de potion pour le Bureau des Gouverneurs' pendant les deux heures que le professeur avait de libre avant le déjeuner. Severus savait pertinemment que Lucius était un brasseur compétent mais sans plus, soit la dernière personne apte à discuter une telle entreprise. L'ironie qu'il y avait à voir ses élèves gober cette excuse sans un battement de cils l'amusait énormément, non pas qu'il le laissa paraître.
Alors que Severus ôtait un à un les sortilèges de protection qui empêchaient toute intrusion dans son bureau en son absence, Lucius émit tout à coup un jappement sifflant parfaitement indigne d'un Malfoy. Stupéfait, le maître des potions se retourna, la baguette levée, pour constater que Lucius, deux belles plaques rouges ornant ses pommettes sculpturales, avait fait de même en direction d'une ombre qui s'avançait vers eux dans le corridor.
- Ça, c'était pour avoir plaqué mon filleul contre un mur avec suffisamment de violence pour qu'il en souffre, déclara sereinement Sirius.
- Black !! s'écria Severus, plus abasourdi qu'autre chose alors que Lucius rageait positivement.
- Inutile de prendre cet air, Malfoy. Ce n'était qu'un maléfice cuisant, poursuivit l'animagus en haussant les épaules devant l'air affronté du blond, ignorant totalement le brun qui se tenait juste à côté. Nous devons parler.
Passant outre Severus, il ouvrit la porte, heureusement débarrassée de ses protections, et entra sans attendre d'invitation. Il ne vit pas les yeux très étrécis du directeur des Serpentards et le visage pincé de Lucius.
- Mais ne te gêne donc pas, Black ! susurra Severus d'une voix proprement létale.
- Merci, répliqua guillerettement l'animagus en se laissant tomber dans un fauteuil devant le bureau couvert de parchemins à corriger.
- Je t'en prie, Lucius, invita le maître des potions.
Black se conduisait étrangement.
Il n'aimait pas ça.
Le bizarre habituel du Maraudeur était suffisamment pénible comme cela mais là… Il y avait quelque chose de différent sur lequel il n'arrivait pas à poser le doigt et cela l'agaçait prodigieusement. Black l'insultait, le provoquait ou l'évitait, mais jamais il ne l'ignorait.
Pendant que Severus pondérait l'attitude d'un homme imprévisible, Lucius, ravalant la débordante envie de lancer un ou deux sorts de son cru sur l'intrus qui avait eu la prévoyance de s'entourer d'un bouclier suffisamment puissant pour faire rebondir tout charme se hasardant dans sa direction, s'était installé dans le siège le plus éloigné de celui de Sirius, avec toute la distinction dont il était capable maintenant qu'un Malfoy avait couiné en public. Le maître des potions le rejoignit et prit place derrière le bureau.
- Que viens-tu faire dans mes cachots, Black ??
- Je n'ai rien à te dire, Snape. C'est une conversation privée entre Malfoy et moi.
Sirius ne voulait pas rester en compagnie du sombre maître des potions. Il trouvait trop aisément son chemin dans ses rêves ces temps-ci et, pour des raisons obscures qu'il le souhaitait nullement approfondir, l'animagus lui en tenait rancune.
- Severus peut rester. C'est son bureau après tout, indiqua Lucius d'une voix glaciale. Il n'avait nul désir de rester en tête à tête avec Black, pas étant donné la situation avec son filleul et le sortilège qui était déjà venu titiller son postérieur. Ce qu'il n'emporterait d'ailleurs pas au paradis…
- Soit, gronda Sirius, sachant au ton de l'aristocrate qu'il n'aurait pas gain de cause. Si je suis là aujourd'hui, c'est parce qu'Harry a requis ma présence au sujet de difficultés d'ordre relationnel.
- Évidemment. Potter ne peut rien faire seul, il va pleurnicher, railla Lucius. Il n'y avait pas mieux qu'une atteinte à sa dignité pour le mettre d'une humeur massacrante. J'apprécierais que vous n'interveniez pas dans ma vie privée !
- Je trouve qu'il a exagéré en présentant cette requête et je le lui ai signifié, lâcha simplement Sirius, surprenant au plus haut point les deux Serpentards. Il n'en reste pas moins que j'ai l'impression que vous n'êtes pas exempt de blâmes vous-même, Malfoy.
- Je vous demande pardon ? s'étonna Lucius, toute ouїe cette fois. Sirius Black avait sermonné son filleul ? Voilà qui valait le détour, et peut-être même un maléfice cuisant… Quant aux griefs qu'il pouvait arborer contre sa personne… et bien, disons que ce n'était pas nouveau !
- Vous êtes-vous donné la peine de tenter de le comprendre un minimum ? Harry n'a pas été élevé dans le monde dans lequel nous l'avons été. Il ne connaît rien à tout cela. Il était complètement affolé à l'idée d'être considéré comme une potiche qui n'a pas même la liberté de se moucher le nez sans autorisation.
- C'est pour ça qu'il me demande toujours l'autorisation pour tout ?? Mais où a-t-il été pêcher une idée pareille ? demanda Lucius, interloqué. Je ne supporte pas que l'on passe son temps à chercher mon approbation avant d'agir. J'en ai mon compte avec les crétins qui s'imaginent s'attirer ma sympathie et une éventuelle promotion en jouant les carpettes.
- Et bien il serait constructif de le lui expliquer.
- Je ne vois vraiment pas comment il a pu se mettre martel en tête à ce sujet. Je n'ai rien dit qui ait pu laisser croire…
- Exiger de lui d'être, je cite, une bonne épouse, fin de citation, n'est pas la meilleure manière de l'empêcher de se faire des idées préconçues. Il a pensé que vous attendiez de lui qu'il se comporte comme Narcissa le faisait, frivolement, sans travailler, obéissant apparemment à chacun de vos caprices.
Lucius étouffa un rire.
- Loin de moins cette pensée !
- Je m'en doute. Ma cousine est un cas… J'ai essayé de convaincre Harry de parler de ce qui l'ennuie, ou tout du moins d'écouter. Si vous prenez les devants, ce que personnellement je vous conseille, gardez en mémoire qu'il a été élevé par des moldus de bas étage qui ne perdent d'ailleurs rien pour attendre, grogna Sirius.
- A quel propos ? s'enquit Severus. Il ne voyait pas ce que des moldus adorateurs du Golden Boy pouvaient avoir fait pour mériter la célèbre colère des Black.
Une lueur calculatrice s'alluma dans les grands yeux bleu nuit et un petit sourire très serpentard apparut sur le beau visage de Sirius. Il sembla soupeser quelque peu sa décision et, ses lèvres prenant décidemment un pli presque cruel, il murmura d'une voix doucereuse :
- Après tout, Lucius est pratiquement marié à Harry désormais…
Le blond ne sembla pas s'offusquer d'entendre son prénom dans la bouche de Sirius, mais inclina la tête sur le côté en signe d'intérêt.
- Et un professeur est tenu de veiller au bien-être de ses élèves si je ne m'abuse, continua le Maraudeur d'un ton venimeux.
Severus haussa simplement un sourcil d'un demi-millimètre, encourageant muettement l'homme à poursuivre. Voir Sirius Black agir comme tous les autres membres de sa famille était pour le moins intéressant et étrangement stimulant…
- J'ai eu connaissance, il y a peu, de certains aspects de l'enfance de mon filleul que je ne soupçonnais pas. Son oncle l'a non seulement négligé mais maltraité pendant des années, exhortant son fils à faire de même et nourrissant la haine que sa femme éprouvait déjà vis-à-vis de la magie. Ils l'ont enfermé dans un placard pendant onze ans et ne l'en ont fait déménager que parce que la lettre de Poudlard leur est parvenue à cette adresse, leur faisant craindre une surveillance. Ils ne l'ont nourri que juste assez pour assurer sa survie, n'ont jamais dépensé une Mornille pour le vêtir ou le distraire et ne se sont guère préoccupés de son éducation.
Les deux Serpentards ne devaient qu'à leur exceptionnelle maîtrise d'eux-mêmes de ne point écarquiller les yeux aussi stupidement qu'un elfe de maison. Aucun des deux ne s'attendait à cela. Lucius n'avait pas de préjugé particulier, ignorant tout du passé du Gryffondor préalablement à son entrée à Poudlard, et Severus tombait des nues, ahuri. Les aperçus inexplicables des souvenirs du garçon durant leurs leçons d'Occlumencie prenaient enfin un sens, un sens qu'il aurait préféré ne jamais connaître.
- Je suis en pleins préparatifs de vengeance à l'heure actuelle et j'avoue que la participation d'un ou deux Serpentards confirmés ne serait pas inopportune. Tenez-moi au courant de votre décision. Oh, à propos, ayez l'obligeance, Lucius, d'être un peu moins directif avec Harry au sujet de ce rendez-vous chez le tailleur, enchaîna Sirius, sautant sans vergogne du coq à l'âne. Il n'est nullement responsable de l'état calamiteux de ses vêtements. Au vu des hauts cris qu'il a poussé lorsque je lui ai acheté le minimum pour l'année scolaire, j'avais décidé de lui offrir le reste plus tard, mais ne vous gênez pas pour le faire. Laissez-le choisir les tenues informelles, c'est tout ce que je vous demande.
Sirius se leva pour partir, s'arrêta sur le pas de la porte et, après avoir vérifié qu'aucun élève ne passait par là, déclara une dernière chose :
- Expliquez-lui ce que vous attendez de lui, Lucius, patiemment et sans imaginer qu'il sait déjà tout cela. Arrêtez de le plaquer contre les murs ou de pratiquer toute autre forme de violence sur lui sinon je vous assure que qu'Azkaban et Albus seront les cadets de vos soucis. Et convainquez-le d'accepter une morsure au cou. Votre lien est trop fort pour une autre localisation pour le moment !
L'animagus disparut, laissant derrière lui deux hommes complètement perdus qui se regardaient sottement.
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- Cela va demander réflexion… Je ne suis pas sûr d'avoir tout saisi… murmura doucement un Lucius perplexe, quelques minutes après le départ de Sirius.
- Moi non plus, admit à contrecœur Severus. De quoi souhaitais-tu m'entretenir avant l'arrivée grandiloquente de cet énergumène ?
- Jusqu'à quel point es-tu sous la coupe de Dumbledore ? s'enquit Lucius le plus sérieusement du monde.
- C'est-à-dire ?
Severus dardait sur son vieil ami un regard perçant et incisif qui eut fait trembler toute personne le connaissant moins. Lucius se contenta de rencontrer les yeux noirs étincelants avant de préciser sa pensée.
- Il a beau être vieux et certainement un peu gâteux, il doit s'attendre à ce que je veuille me débarrasser de lui sitôt l'annihilation du Lord accomplie. La seule question qui se pose en ce qui me concerne est de savoir si tu le soutiendras.
Severus ne quitta pas Lucius du regard alors qu'il réfléchissait à toute allure aux implications que ses paroles soulevaient. Durant un bref instant, il avait craint d'entendre un tout autre son de cloche… Il n'était nullement surprenant que le blond ait déjà commencé à bâtir ses plans pour la reconstruction qui suivrait la guerre et, bien que l'influence de Dumbledore lui soit dans une certaine mesure utile pour cette période, il était très clair que l'aristocrate ne voulait pas prendre le risque de voir une dette se former. Il allait certainement s'arranger pour pousser gentiment le vieux directeur vers la sortie et une retraite bien méritée, gardant ainsi le champ libre pour ses propres projets, quels qu'ils soient.
- Albus s'est porté garant pour moi afin que je quitte Azkaban. Je lui dois ma liberté, c'est un fait. J'estime cependant avoir amplement remboursé cet acte au fil des ans et n'ai pas d'allégeance envers la Lumière, ainsi que tu le sais parfaitement.
Lucius se fendit d'un petit sourire.
- Il devrait être en maison de retraite depuis bien longtemps, si tu veux mon avis… ajouta le maître des potions en claquant des doigts pour appeler un elfe.
Un plateau de thé leur fut rapidement servi et la discussion se poursuivit dès que l'elfe se fut éclipsé et que des protections convenables furent érigées afin de garantir une complète confidentialité aux deux comploteurs.
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Appartements de Lucius Malfoy, heure du déjeuner.
Lucius jouait distraitement avec sa canne, ses pensées très éloignées de l'instant présent, focalisées sur la surprenante apparition de Sirius Black le matin même et sur ses paroles extraordinaires. Il devait avouer que cela clarifiait bon nombre des comportements et phrases étranges qui l'avaient stupéfié ces deux derniers jours. Le vampire en lui grondait, exigeant un prompt et cruel châtiment des Dursley, et la finalisation du lien, afin que plus personne ne s'approche à nouveau de son calice.
Faire taire ses instincts s'avérait de plus en plus difficile et il savait qu'il devrait bientôt les laisser s'exprimer, aussi perturbant que cela soit. Il admettait ne pas avoir été très compréhensif avec le garçon mais il ne lui était pas venu à l'idée que ce dernier puisse ne pas saisir les principes de base de la vie en société telle que Lucius la connaissait. Il n'avait pas estimé nécessaire de s'expliquer sur des notions qui relevaient à son avis du plus élémentaire des bons sens, même pour des moldus. Bien évidemment, il ne supposait pas qu'il n'existe aucune différence entre la bonne société moldue et la leur mais, jusqu'à présent, il n'avait pas souvenir d'avoir vu la reine d'Angleterre laver son linge sale en public.
L'ennui était qu'il ignorait parfaitement par quel bout commencer.
Il n'avait jamais autant regretté que Draco ne soit pas en bons termes avec le Survivant. Son fils aurait certainement plus de facilité à aborder le Gryffondor avec succès que lui. Il n'avait pas la moindre idée de la manière appropriée dont il devait présenter les choses. Il ne pouvait pas tout simplement coller le gamin dans un fauteuil et le bassiner avec les raffinements du savoir-vivre à la sorcière, il se retrouverait avec une mutinerie sur les bras et n'avait pas grand désir de devoir remettre son calice à sa place, pas plus que de voir un Black furieux le charger comme un hippogriffe enragé en pleine saison des amours. Potter était trop vieux pour qu'un tel mouvement de sa part ait un impact.
De toute façon, quelles que soient ses intentions, rien ne fonctionnerait si le gosse refusait de lui prêter une oreille attentive. Il ne savait pas trop pourquoi le vampire en lui insistait pour qu'il ménage son calice, peut-être cette histoire de lien… Le fait était qu'il avait de plus en plus de mal à s'empêcher de montrer un quelconque sentiment.
Oh, ne sautez pas aux conclusions, Lucius n'aimait pas Harry, non, non. Il ne le trouvait certes pas attirant non plus. Un gamin maigrelet, noyé dans des vêtements taillés pour un baleineau… Rien à voir avec les courbes raffinées et les membres ronds et déliés de Narcissa, soigneusement entretenus en institut et mis en valeur par des toilettes choisies. Que voulez-vous considérer comme inspirant là-dedans ?? Il sentait cependant émerger, outre une violente envie de protéger le petit brun et les rugissements du vampire qui tenait à faire sien ce gringalet, une certaine complaisance vis-à-vis du garçon. Seulement… il ne savait qu'en faire.
Le son de la porte se refermant le tira de ses pensées et il leva la tête pour voir entrer l'objet de ses songeries. Le Gryffondor semblait irrité et mal à l'aise. Son visage s'apaisa partiellement après quelques instants passés dans la même pièce que Lucius mais il n'ouvrit pas la bouche et ne mentionna nullement Sirius et sa visite matinale. Le vampire lutta contre l'envie soudaine de prendre l'adolescent dans ses bras pour faire disparaître les marques de tension qui se lisaient sur son front. Il avait senti l'insécurité augmenter chez son calice toute la matinée, mais engoncé dans ses propres problèmes, il n'y avait prêté attention. Maintenant qu'ils se trouvaient tous deux dans la même pièce, il lui était impossible de l'ignorer.
Ils n'étaient pas assez proches, il le savait. Ils ne passaient que le minimum de temps en compagnie l'un de l'autre et sans aucun contact physique si celui-ci pouvait être évité. Le lien s'en ressentait. Était-ce là ce que Black avait voulu dire par la phrase affreusement cryptique qu'il avait lancée avant de partir ? Lucius n'en était pas persuadé mais il s'agissait là d'une explication comme une autre.
Encore des recherches en perspective…
Ils déjeunèrent ensemble sans plus de conversation, Lucius étudiant attentivement son calice, cherchant toute indication ultérieurement utilisable dans son comportement. Harry prit sur lui et ne se tortilla pas sous le regard intense, bien qu'il ne comprenne absolument pas ce qui pouvait passer tout à coup par la tête du vampire. Il ne le critiquait pas, se contentant de l'observer comme Snape se concentrant sur le chaudron de Neville. Il sentait une manigance siriusienne là-dessous mais était incapable d'en déterminer davantage.
Harry était arrivé avec la ferme intention de s'expliquer avec l'aristocrate, décidé à suivre les conseils de son parrain mais, lorsque son regard s'était posé sur le blond qui balançait sa canne de droite et de gauche, le regard perdu dans les flammes de la cheminée, il n'avait pas pu. Il ne savait par où commencer. Il craignait de s'attirer maints commentaires acerbes et moqueurs, ou pire, de se voir totalement snobé. Il avait pensé engager la discussion par les cours de duel que Lucius devait lui donner mais il avait réalisé qu'il ne savait presque rien des duels sorciers, mis à part ce qu'il avait pu glaner lors de cette farce de club qu'avait brièvement instauré Lockart, et il ne voulait pas passer pour un inculte en plus du reste.
Au final, Harry repartit en cours sans avoir ouvert la bouche, si ce n'est pour y enfourner de la nourriture, et Lucius, décidant de passer à la bibliothèque lorsque les élèves seraient en cours, se renfonça dans un fauteuil avec une bonne tasse de thé pour réfléchir à la situation.
Encore.
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Salle commune des Gryffondors, un peu avant 17h.
Le regard de Ron s'égarait plus souvent qu'il ne l'aurait souhaité sur la personne d'Hermione Granger au lieu de demeurer concentré sur son devoir de Sortilèges ainsi qu'il convenait. Il ne savait toujours pas quoi faire et cela le minait chaque jour davantage, n'osant rompre mais n'entretenant aucun espoir de réconciliation. Il se faisait l'effet de vivre perpétuellement dans un mensonge éhonté, à maintenir pour la galerie l'illusion d'une relation. Le fait d'être poursuivi par le visage angélique de Draco Malfoy n'arrangeait en outre rien à l'affaire.
La jeune sorcière ne se formalisait point de son attention, le fait étant, après tout, très courant depuis des années. Lors d'un énième coup d'œil, Ron constata que son amie rangeait ses affaires dans son sac et son cerveau se mit momentanément en pause devant l'incongruité de ce geste.
Hermione Granger arrêterait de réviser, l'année de ses ASPICs, avant même qu'il soit 17h, un jour de semaine ????
Cherchez l'erreur !
- Euhhhhh… Tu vas quelque part ? demanda le rouquin d'un ton un peu incertain.
- A la bibliothèque. Blaise doit me rejoindre pour travailler sur le prochain essai de métamorphose, répondit la jeune femme sans lever les yeux, absorbée par la vérification minutieuse du contenu de son sac de cours.
- Oh.
Hermione n'ajouta rien et sortit de la salle, un léger sautillement discernable dans son pas.
Ron soupira. Il avait attendu, s'était voilé la face autant que faire ce peut mais là, il ne pouvait plus rien faire d'autre que de reconnaître que sa relation avec la brillante Gryffondor était morte et enterrée. Ils étaient toujours amis certes, mais rien de plus n'émanait d'elle désormais. L'enthousiasme avec lequel elle allait le rejoindre…
Aussi difficile que cela soit, il savait dorénavant ce qu'il devait faire.
Il quitta lentement la salle, ses pieds lui semblant peser plusieurs tonnes. Le chemin jusqu'aux portes du royaume incontesté de Madame Pince ne lui avait jamais paru si long malgré le nombre de fois où il avait du s'y rendre contre sa volonté. Il regarda sa montre lorsqu'il fut parvenu à l'entrée de la définition même du paradis selon Hermione et inspira profondément en constatant qu'il restait quelques minutes encore avant que l'heure ne sonne.
Tant mieux.
Il savait que Blaise serait pile à l'heure, comme tout Serpentard qui se respecte. Il ne lui restait plus qu'à l'attendre discrètement, en priant pour qu'Hermione ne ressorte pas de la bibliothèque sous un quelconque prétexte. Il ne tenait vraiment pas à devoir expliquer sa présence à la jeune femme.
Ron aperçut bientôt la silhouette mince et élégante du métis qui remontait le couloir. Il patienta jusqu'à ce qu'il soit à portée de voix et l'interpella.
- Zabini !
- Plait-il, Weasley ?
Il fit signe à Blaise de le suivre et tourna à l'angle du corridor pour se mettre hors de vue de tout individu entrant ou sortant de ce lieu d'études qu'il détestait tant.
- Bon, qu'est-ce que tu veux ? Je n'ai pas que ça à faire, râla Blaise.
- Hermione.
Ron s'attira un regard un rien ahuri, si commun à la gente masculine, peu habituée à gérer deux idées en même temps.
- Pardon ?
- Hermione, répéta le grand roux. Je ne sais vraiment pas pourquoi je prends la peine de faire ça mais… je ne suis pas aveugle, j'ai vu comment vous vous regardez… alors, fais ce que tu as à faire, je ne m'en mêlerai pas. Mais si tu t'avises de la faire souffrir, tu me le payeras au centuple !
Ron fit une pause, mal à l'aise, avant d'ajouter, si bas que Blaise ne fut tout d'abord pas sûr de l'avoir entendu :
- Elle mérite d'être heureuse… Bonne chance.
Le métis fixait bouche bée le Gryffondor qui lui tourna promptement le dos et repartit en direction de son dortoir. Avait-il subitement des acouphènes ou la belette venait-elle bien de lui donner sa bénédiction pour fréquenter sa petite amie ? Non pas qu'il ait eu besoin d'une autorisation pour poursuivre ses projets mais cela lui simplifiait drastiquement l'existence.
- Weasley ! appela-t-il avant de perdre le rouquin de vue.
Un Zabini paye toujours ses dettes.
- Quoi ? fut la réponse lasse qu'il obtint.
- Draco n'est pas aussi mauvais qu'il en a l'air. Il a juste des apparences à respecter. Il n'est jamais aussi hautain que lorsqu'il est mal à l'aise avec quelqu'un et la seule chose qui déstabilise un Malfoy sont ses propres sentiments.
Sur ce, Blaise disparut en direction de la bibliothèque alors que Ron, cloué sur place par la surprise, tentait de comprendre l'allusion, les joues rosissantes.
