Le concours est terminé... la production est débutée et connaît un franc succès... ça va trop bien... vous me connaissez (enfin je l'espère) assez pour savoir que je vais ajouter quelques éléments perturbateurs afin de voir comment nos héros vont réagir... De plus, je tiens à dire que j'ai pris de grandes libertés avec l'histoire originale (j'en demande pardon à madame Austen)... vous verrez plus tard en quoi... Merci à Gridaille, Calazzi, Iota26, Libra10, Laura14, Gossip Monkey, Morvan, Laura, Marie-Paule, France-ena, Yo, Juliette, Gwen, Elinordreams, MissPapagena, Louloute33, Lealily, FaFii, Fumeseck666, Marie et Op. Continuez à me livrer vos états d'âme... Miriamme (ps: Laurence, où es-tu?)
Dixième partie
Lorsque Jane pénétra dans sa chambre avec un plateau rempli de choses qu'elle aimait, Élisabeth lui pria de reconsidérer son offre de venir vivre avec elle à Hollywood.
«Si Simon et Jane développent une relation à court ou moyen terme, cela pourrait faire en sorte qu'elle revienne s'installer ici pour de bon…» espéra-t-elle tout en jetant un œil attendri sur Jane tandis qu'elle s'éloignait du lit pour aller ouvrir le rideau.
-Ça te dirait de revenir voir la pièce ce soir?
-Tu parles… surtout que je m'en retourne demain…
Considérant que Lydia ne passerait pas non plus à côté de la chance de revoir les chanteurs une seconde fois, Élisabeth termina son déjeuner, puis téléphona au théâtre pour faire mettre des billets de côté pour ses sœurs. Ensuite, pour faire plaisir à Lydia plus particulièrement, les deux aînés l'emmenèrent sur Hollywood Boulevard et s'amusèrent à la voir sautiller de droite à gauche en cherchant les étoiles de ses vedettes préférées sur le trottoir.
Elles revinrent à l'appartement d'Élisabeth vers 16h00, se préparèrent un léger repas à la suite de quoi, la jeune chanteuse alla s'enfermer dans la salle de bain pour prendre une bonne douche avant de se rendre au théâtre. Jane se précipita pour faire une sieste alors que Lydia en profita pour retourner prendre ses messages sur l'ordinateur d'Élisabeth.
Étant donné qu'elle arriva au théâtre un peu plus tôt que d'habitude, Élisabeth décida de passer saluer Simon afin de connaître ses impressions concernant ses sœurs.
-Entrez… répondit celui-ci d'une voix étouffée.
-Je te dérange? S'amusa-t-elle en le découvrant dans une drôle de posture.
-Non. Tu tombes bien au contraire. J'essaie de placer ma bosse… et je me suis emmêlé… s'essouffla-t-il.
-Attend, laisse-moi t'aider…
Deux minutes plus tard, la bosse était solidement replacée sous son costume et fixée par le harnais prévu à cette fin. Élisabeth prit place dans le petit fauteuil à la demande de Simon et l'écouta lui raconter ce qu'il avait fait de sa journée.
-Ta sœur Jane est-elle déjà repartie pour Boston? Lui demanda-t-il enfin pour la plus grande joie d'Élisabeth.
«Tiens, tiens, j'avais raison…» Se félicita-t-elle avant de lui répondre : Non. D'ailleurs je leur ai offert un billet pour ce soir. Lydia voulait absolument revenir voir le spectacle.
-Lydia, c'est la plus jeune? Vérifia-t-il, visiblement pas assez en confiance pour oser évoquer Jane directement.
-Oui.
-Et ton autre sœur? Elle ne voulait pas revoir la pièce?
-Jane, oui bien entendu… elle t'a trouvé très sympathique d'ailleurs… lui annonça-t-elle comme on attache un vers sur un hameçon.
-Jane est vraiment belle…
-Jane est plus que belle voyons… elle rayonne, ricana Élisabeth.
-Elle a surement un petit ami… lâcha-t-il sans se rendre compte que son ton oscillait entre affirmation et interrogation.
-Elle a été longtemps amoureuse d'un homme, mais il n'est plus dans sa vie… toutefois, je ne peux même pas te dire si elle l'aime encore… lui expliqua-t-elle franchement, avant de lui porter le coup de grâce : pour quelle raison veux-tu savoir cela?
-C'est que… bredouilla-t-il, si ça ne te dérange pas… j'aimerais bien inviter ta sœur à sortir un de ces soirs?
-Tu as des soirées de libre toi? L'agaça-t-elle en frappant légèrement sa bosse.
-C'est une façon de parler… et tu le sais bien…
-Tu fais ce que tu veux Simon… mais le fait qu'elle demeure à Boston va te compliquer les choses non?
-Certainement… mais qui ne risque rien n'a rien, pas vrai?
-Gare à toi si tu lui fais du mal par contre.
-Ah, ah, ah! Et toi, belle Esméralda, as-tu fait un choix?
-Un choix?
-Entre tous ceux qui te tournent autour…
-Bof, ils tournent tous tellement vite que j'ai mal au cœur.
-Pauvres mortels que nous sommes…
-Bon, il est temps que j'aille mettre mon costume moi aussi. On se retrouve après la représentation?
-Oui madame!
Lorsqu'elle referma la porte de la loge de Simon, Élisabeth croisa le régisseur qui marchait en compagnie de William. Ce dernier jeta un œil perplexe dans sa direction, enregistra le fait qu'elle sortait de la loge de Simon, l'expression rêveuse qui n'avait pas encore quittée son visage et le fait qu'elle n'avait pas encore revêtu son costume de scène.
Le voyant se rembrunir, Élisabeth le salua d'un bref hochement de tête, accéléra le pas, puis décida qu'il était plus que temps qu'elle dérogeât à cette habitude parfaitement malsaine pour son équilibre émotionnel d'aller s'installer en coulisse pour l'écouter interpréter la première chanson.
«Moins je l'aurai sous les yeux… euh, moins je l'aurai dans les oreilles en fait, mieux je me porterai.»
Lorsque le rideau s'abaissa ce soir-là, Jane et Lydia arrivèrent rapidement dans les coulisses et bloquèrent le chemin d'Élisabeth alors qu'elle regagnait sa loge.
-Entrez les filles… vous me parlerez pendant que je me change.
Lorsqu'elle fut enfin présentable et qu'elle eut recueilli des commentaires aussi dithyrambiques que la veille, elle ouvrit la porte et reconnut le Colonel Fitzwilliam alors qu'il faisait le pied de grue à l'entrée des loges masculines, l'air complètement perdu.
L'apercevant à son tour, il lui offrit son plus beau sourire et attendit qu'elle ait franchit la distance qui les séparait pour la serrer contre lui.
-Colonel, quel joie de vous revoir.
-Et vous, quelle Esméralda vous faites. Vous êtes éblouissante dans ce rôle Élisabeth.
-Merci du compliment. J'imagine que vous attendez pour voir votre cousin… C'est la troisième porte à votre gauche. Mais vous feriez mieux d'attendre. Tant que sa porte est fermée… c'est qu'il n'est pas disponible.
-Je vais attendre avec vous si ça ne vous dérange pas. Alors que devenez-vous?
-Je suis très heureuse. Mon disque a été bien accueilli et je commence maintenant à vivre de mon art.
-J'ai été très heureux de savoir que William et vous alliez avoir l'occasion de travailler ensemble.
-C'est à peine si nous nous parlons. En fait, il se mélange très peu au reste de la troupe…
-Ah… ça m'étonne.
Constatant du coin de l'œil que la porte de la loge de William venait de s'ouvrir, Élisabeth encouragea Fitzwilliam à aller le rejoindre et revint vers ses sœurs. Passant la tête à l'intérieur de son antre, elle réalisa que Simon était déjà en grande conversation avec Jane, mais que Lydia était disparue. La cherchant hors de la pièce, Élisabeth la repéra finalement un peu plus loin, en train de tourner autour de l'interprète de Phoebus.
Elle se dirigeait d'ailleurs vers elle, lorsqu'elle fut assaillie par un groupe de six personnes qui souhaitait la voir pour la féliciter.
Après avoir passé quelques minutes à bavarder avec eux et avoir répondu à leurs nombreuses questions, elle sentit un picotement sur sa nuque, tourna la tête et constata que William regardait dans sa direction, installé tout près de l'escalier. Jetant un œil devant elle à nouveau pour s'assurer que ses admirateurs prissent enfin congé d'elle, Élisabeth comprit que Fitzwilliam attendait patiemment le départ des «pots de colle» pour venir lui reparler.
-Merci encore les salua-t-elle avant de prendre congé d'eux pour aller rejoindre le jeune homme qui faisait preuve d'une grande patience.
-Vous permettez que je vous appelle un de ces jours? Lui demanda-t-il en se penchant pour lui faire la bise.
-J'en serais ravie, décida-t-elle après s'être souvenue de sa résolution concernant sa vie sociale à laquelle elle devait accorder plus d'attention.
-Merci, alors à bientôt.
Les spectateurs étant déjà presque tous partis, Jane, Simon, Lydia, Élisabeth et George retournèrent au même bar que la veille. Élisabeth répéta sa prouesse en s'arrangeant pour que Simon et sa sœur fussent assis l'un près de l'autre, mais ne fut pas assez rapide pour se réserver une place auprès de George. Malchanceuse, elle se retrouva donc assise entre les deux couples sans pouvoir s'adresser directement aux garçons puisque ses deux sœurs étaient ses voisines directes. Au bout d'une heure lentement écoulée, Lydia commença à bailler et annonça à Élisabeth qu'elle désirait rentrer à l'appartement. Ne voulant pas obliger Jane à prendre immédiatement congé de Simon, Élisabeth proposa à Lydia de rentrer avec elle. Toutefois, pour s'assurer que Jane restât encore un peu, Élisabeth demanda à Simon s'il pouvait s'occuper de la ramener un peu plus tard. Comme le chanteur ne demandait pas mieux, les deux sœurs sautèrent dans un taxi et regagnèrent l'appartement. George sortit en même temps qu'elles et enfourcha sa moto sous l'œil admiratif de Lydia.
Arrivée dans l'appartement, Lydia s'empressa de se mettre au lit, tandis qu'Élisabeth se fit couler un bain puis s'installa devant la télévision en attendant qu'il fût prêt. Lorsqu'elle sortit du bain une heure plus tard, elle se vautra dans son lit et s'endormit très rapidement.
Au matin, un grand sourire éclairait son visage lorsqu'elle constata que Jane n'était pas rentrée. Sachant que Simon habitait tout seul près du théâtre, Élisabeth se doutait bien que Jane avait passé la nuit là-bas. Lydia était déjà debout lorsqu'elle entra dans la cuisine pour se préparer à déjeuner. Elle venait tout juste de finir de faire du café. Elles préparèrent leur repas ensemble et sursautèrent lorsque Jane pénétra dans l'appartement les traits tirés, mais les yeux tellement brillants. Comme ses deux sœurs devaient prendre l'avion deux heures plus tard, Élisabeth força Jane à prendre sa place et retourna se faire rôtir du pain. Le café contribua grandement à remettre Jane sur pied. À tout le moins, il lui délia la langue. Elle ne tarissait plus d'éloges concernant Simon et ne parlait plus que de sa prochaine visite. Le repas fut du reste très vite englouti et les valises rapidement bouclées.
Sur le chemin du retour après les éternelles embrassades et recommandations, Élisabeth ne songeait plus qu'au plaisir qui serait le sien lorsque Jane reviendrait s'installer avec elle. En tout cas, c'est ce que laissait croire le message que sa sœur aînée lui avait soufflé à l'oreille juste avant de poser le pied sur l'escalier roulant avec ses bagages.
Lorsqu'elle déverrouilla la porte de son appartement une heure plus tard, les bras chargés de sacs d'épicerie, la voix de Fitzwilliam se faisait entendre sur son répondeur. Sans perdre une seconde, elle posa son butin, s'élança sur l'appareil et réussi à lui parler avant qu'il ne raccroche.
-Élisabeth? Heu… avez-vous entendu le début de mon message?
-Non, pas vraiment. J'arrive de l'aéroport où je viens de laisser mes deux sœurs.
-J'aimerais avoir un entretient avec vous aussitôt que possible. C'est à propos de mon travail. Êtes-vous libre cet après-midi? On pourrait aussi souper ensemble si vous préférez?
-Heu, je suis libre l'un comme l'autre. Voulez-vous passer chez moi maintenant?
-Ce serait plus simple en effet. Je ne suis pas très loin de chez vous en ce moment même. Je suis chez un client qui demeure sur la trente-troisième avenue.
-Je nous prépare du café le temps que vous arriviez…
Très intriguée par le mystérieux coup de fil du Colonel, Élisabeth s'empressa de ranger le contenu de ses sacs et ce qu'elle avait laissé trainer avant de partir pour l'aéroport. Cherchant ensuite quelque chose qu'elle pourrait sortir et servir à son invité comme collation, elle sortit le pain aux bananes que Jane et Lydia avaient pris le temps de préparer la veille, le trancha en morceaux et le déposa dans une grande assiette. Lorsque Fitzwilliam arriva enfin quelques minutes plus tard, Élisabeth lui fit visiter son modeste appartement puis le convia à s'installer au salon où elle avait déjà amené la cafetière, deux tasses et le pain.
-J'espère que vous aimez le café fort Fitzwilliam puisque personnellement, je ne sais pas le faire autrement.
-Compte tenu que je n'ai pas beaucoup dormi la nuit dernière, un café fort sera le bienvenu.
-Sauf si vous avez l'intention de vous coucher un peu plus tard…
-Non. Je dois bientôt retourner au travail. C'est d'ailleurs pour vous parler de cette nouvelle enquête que je suis ici.
-Des ennuis?
-Si l'on veut oui. Nous sommes présentement sur la piste des têtes dirigeantes d'un nouveau réseau de trafic de drogues. Je vous épargne les détails. Là où vous pourriez m'être utile en fait, c'est en acceptant de former l'une des filles de notre groupe.
-Moi? La former en quoi?
-J'y viens, j'y viens. L'agent Roseline Clark doit apprendre un nouveau métier que vous connaissez bien. Elle doit infiltrer un bar et pour cela, elle doit absolument passer pour une barmaid d'expérience. J'ai plusieurs hommes capables de lui montrer comment réussir les meilleures recettes de «drinks», mais il lui manquerait certaines connaissances que je sais que vous possédez. Je n'oublierai jamais que je vous ai vue flairer le danger simplement parce que vous avez été capable d'identifier le mélange que s'apprêtait à faire un assassin. De plus, mon cousin m'a affirmé qu'au manoir, vous avez mis trois hommes hors d'état de nuire sans vous battre avec eux.
-William sait que vous êtes ici avec moi?
-Non… Il ne sait rien de ce nouveau contrat.
-Il est vrai que ma grande curiosité m'a amenée à poser les bonnes questions aux experts que j'ai rencontrés et que je me suis intéressée à ces diverses techniques, mais vous devez avoir des professionnels sous la main? Des gens du métier qui peuvent vous renseigner mieux que moi?
-Il s'agit d'une mission secrète, je vous le répète. Si nous engageons un barman renommé pour la former, cela se saurait assez vite, sans compter que ces professionnels en général ont un emploi du temps si chargé qu'ils ne pourraient satisfaire notre besoin de faire vite. Non, l'idée qui m'est venue est assez simple. J'ai calculé que si vous pouviez consacrer 6 heures par semaine à l'entraînement de Roseline, au bout de cinq semaines, elle devrait être capable d'infiltrer le réseau et réaliser les recettes de drinks les plus populaires.
-Vous n'avez que cinq semaines devant vous?
-Quatre idéalement, mais cinq ça fera aussi l'affaire.
-C'est bien peu, surtout si nous y consacrons seulement six heures par semaine. Idéalement, il faudrait également prévoir un lieu où elle pourrait s'exercer sur le terrain…
-J'y ai pensé également… mais puisque cela vous implique encore et que je ne voudrais pas abuser de votre temps… j'hésite à vous en faire part.
-Fitzwilliam, vous connaissez ma franchise… si votre proposition ne me convient pas, vous le saurez immédiatement. Se moqua-t-elle en prenant une bouchée de pain aux bananes.
-Très bien, alors voilà. Un ami à moi possède une compagnie de traiteurs qui organise des fêtes privées. Les événements auxquels il participe ont presque toujours lieu durant l'après-midi. Roseline et vous pourriez participer à quelques fêtes ensemble… en autant que les heures vous conviennent évidemment?
-C'est une bonne idée en effet… seulement… si je travaille avec elle… les clients chez qui nous travaillerons, ne risquent-ils pas de me reconnaître?
-Pas si vous vous déguisez. Vos talents d'actrice sont excellents, j'en ai eu la preuve hier soir. De plus, l'un de nos départements se spécialise dans le changement d'apparence. Ce sont ces hommes d'ailleurs qui ont entraîné William à changer sa voix. Comme sa voix est connue du grand public, il n'a pas eu le choix de la changer…
«Voilà pourquoi je ne pouvais pas reconnaître sa voix au manoir» comprit-elle avant de s'exclamer : Fitzwilliam. Vous me tentez, je l'avoue…
-Votre implication ne sera pas connue et sans danger. Vous n'aurez qu'à entrainer Roseline quelques heures semaines et participer à certains événements avec la compagnie de traiteur durant les après-midi toujours en compagnie de Roseline.
-Honnêtement, ça m'intéresse vraiment. J'ai besoin de distractions actuellement et je dois dire que votre proposition tombe à pic.
-Il va de soi que vous devrez garder cette mission secrète. Vos sœurs ne doivent pas savoir, pas plus que vos collègues de travail actuels.
-Mes sœurs n'en sauront rien, mais pour ce qui est de mes collègues, William est-il impliqué dans ce dossier?
-Non, je ne l'informe pas de toutes mes missions.
Au bout de trente minutes, les deux jeunes gens convinrent de la nécessité d'organiser une rencontre entre Élisabeth et Roseline dès le lendemain et prirent des arrangements en conséquence. Une fois Fitzwilliam parti, Élisabeth en profita pour mettre de l'ordre dans son appartement et, puisqu'il s'agissait de sa première soirée de congé, appela Josie avec qui elle avait pris l'habitude d'aller au cinéma les lundis soirs depuis qu'elle l'avait revue à l'audition de Notre-Dame de Paris.
Le lendemain, au moment convenu avec Fitzwilliam, Élisabeth se rendit dans un établissement loué par la brigade des stupéfiants où l'environnement d'un bar typique avait été savamment reconstitué en suivant le modèle de l'établissement où Roseline serait éventuellement envoyée en mission «undercover». Élisabeth pourra donc l'y entraîner efficacement et gagner ainsi un précieux temps.
La rencontre entre Roseline et Élisabeth se déroula à peu près comme la jeune chanteuse l'avait imaginée. Fitzwilliam était présent pour la première heure, mais prit congé le reste du temps pour aller passer des coups de fil dans le minuscule bureau qu'il s'était aménagé à l'arrière.
-Je vais m'occuper de prévenir le propriétaire de la compagnie de traiteurs afin que vous soyez toutes les deux inscrites sur la liste des employés. Les informa-t-il avant de se retirer.
Élisabeth commença donc immédiatement à entraîner Roseline en lui montrant de quelle façon les bouteilles et les verres devaient presque toujours être rangés pour rendre le service plus efficace.
-Ça facilite la manipulation… je comprends.
-Ensuite, ici, tu dois placer les outils qui servent à mesurer…
Au terme des trois premières heures de travail, Élisabeth avait déjà pu montrer les recettes de boissons et de cocktails les plus souvent demandés par les clients.
Lorsque Fitzwilliam vint les retrouver à la fin de la troisième heure, Élisabeth se déclara très satisfaite de la rapidité avec laquelle Roseline semblait retenir l'information.
Fitzwilliam laissa partir Roseline la première, puis s'offrit pour aller déposer Élisabeth chez elle. Pendant le trajet, il lui remit la carte d'affaire du traiteur et lui expliqua que son propriétaire allait la contacter dès qu'un contrat susceptible de leur convenir se présenterait.
-Mais n'oubliez pas. C'est vous qui décidez. Abdel n'a pas à faire pression sur vous.
-Très bien, merci Fitzwilliam.
Une fois de retour dans son appartement, Élisabeth prit un long bain et savoura sa dernière soirée de congé en écoutant un film à la télévision. Le lendemain, la routine des jours de représentations reprit ses droits, ramenant avec elle les papillons dans le ventre que la jeune chanteuse associait à deux choses distinctes : le trac et William Darcy.
Elle se leva hâtivement, passa la matinée à faire des courses, se prépara un bon dîner puis commença à échauffer sa voix. Elle passa ensuite quinze minutes sur son ordinateur pour répondre à ses courriels puis s'installa pour essayer d'écrire. Il y avait longtemps qu'elle ne se s'était pas assise pour écrire une chanson.
Se concentrant sur ce qui se passait actuellement dans sa vie, Élisabeth mit sur papier les bases d'un refrain qu'elle se refusa à juger pour l'instant. Elle savait depuis longtemps que ce n'est que lorsqu'une chanson est terminée qu'elle pourrait réellement savoir si elle était bonne. Vers 18h00, elle se dirigea vers le théâtre, entièrement habitée par son personnage de bohémienne qu'elle aimait beaucoup interpréter.
La première représentation de cette seconde semaine fut aussi réussie que d'habitude. Simon vint discuter avec elle dans la loge dès qu'il eut une minute de libre. Ce fut donc par lui qu'elle apprit que Jane avait l'intention de venir faire un tour durant le week-end, mais qu'elle allait dormir chez Simon.
-Tiens, tiens… moi qui pensais que grâce à toi, je la verrais plus souvent.
-Tu la verras plus souvent… enfin j'espère.
-Je suis contente pour vous deux.
Lorsque le spectacle se termina, Élisabeth reçut une visite à laquelle elle ne s'attendait pas. En ouvrant la porte de sa loge après avoir retiré son épais maquillage et avoir pris une longue douche, elle découvrit Charles Bingley tenant un petit bouquet de roses dans ses mains de même que Caroline qui souriait de toutes ses dents.
-Surprise?
-En effet, je ne savais pas que vous étiez dans la salle…
-William ne vous avait pas prévenue? S'étonna Charles en lui faisant la bise.
-Non. Mais ne restez pas là. Entrez, venez vous asseoir… Alors, qu'avez-vous pensé du spectacle?
Les deux juges se déclarèrent très fiers d'elle et lui firent de beaux compliments. Après quelques minutes de discussion autour de la production que Charles avait déjà vue deux fois à Paris, Élisabeth remarqua que Caroline regardait souvent vers la porte. À chaque fois qu'elle entendait une voix d'homme passer devant la loge de la jeune chanteuse, elle tournait la tête comme si elle cherchait quelqu'un.
-Caroline? Si vous voulez voir William, il faut aller vous mettre en ligne devant la porte de sa loge.
-Pourquoi?
-Il quitte toujours rapidement. Si personne ne l'attend, il s'en va sans prévenir.
-Oups! Ça vous dérange si je vais le voir? S'excusa-t-elle soudainement gênée.
-Pas du tout. Lui aussi mérite vos éloges… ou vos critiques. Merci d'être venue me saluer Caroline.
-De rien, Élisabeth. Charles et moi on suit votre carrière de très près. On se sent un peu responsable de vous. C'est comme si on vous avait mis au monde.
Dès qu'elle eut passé la porte, Charles se tourna vers la jeune femme, sa racla la gorge avant de s'enquérir : Comment aimez-vous travailler avec William?
-Comme je viens de le dire à Caroline, c'est à peine si on se parle.
-Êtes-vous fâchés? Demanda-t-il en fronçant les sourcils.
-Non, pas du tout. William est secret c'est certain. Il l'a toujours été. Mais, d'après ce que j'en sais, il ne parle pas beaucoup aux autres et quitte toujours très tôt.
-Je vais essayer de savoir ce qui se passe avec lui.
-Faites comme bon vous semble… personnellement, j'ai d'autres centres d'intérêts que lui, affirma-t-elle.
-Je vous dirai ce qu'il en est. Lui souffla alors le jeune homme d'un ton conspirateur. Jane est-elle venue vous voir? S'intéressa-t-il ensuite en reprenant un masque neutre qu'Élisabeth jugea tout sauf convainquant. Elle savait bien que s'il était resté dans sa loge après le départ de Caroline, c'était pour essayer d'en savoir plus sur sa sœur aînée.
-Oui, deux fois plutôt qu'une.
-Dommage qu'elle soit déjà venue. J'aurais bien aimé la revoir, admit-il enfin.
-Elle reviendra peut-être…
-Vous pourriez me prévenir si jamais elle le faisait?
-Je lui en parlerai, je vous le promets.
Prenant congé d'Élisabeth en lui serrant chaleureusement la main, Charles se heurta presque à Simon qui venait vers elle, changé et démaquillé. Saluant Charles d'un bref coup de tête, le jeune chanteur entra dans la loge de la jeune femme et en referma la porte en fronçant les sourcils.
-Charles Bingley?
-Oui…
-J'imagine qu'il t'a parlé de Jane?
-Bien sûr… mais ne t'en fais pas Simon. Jane est passée à autre chose.
-Mais pas lui, c'est évident! Énonça-t-il comme une évidence, mais Élisabeth ne fut pas dupe, elle avait bien comprit qu'il cherchait un moyen de se faire rassurer.
-De toute façon Simon, c'est à ma sœur de décider, pas à lui.
-En tout cas, il est vraiment beau. Déplora-t-il honnêtement.
-Tu l'es aussi. Voyant apparaître sur son visage une moue dubitative, Élisabeth vint s'installer tout à côté de lui sur le fauteuil. Simon, Jane est la personne la plus honnête que je connaisse. Parle avec elle durant la fin de semaine. Si elle éprouve encore des sentiments pour Charles, elle te le dira.
-Tu as raison, comme toujours. Pardonne-moi de t'impliquer ainsi dans mes histoires de cœur.
-Je suis ton amie et peut être ta future belle-sœur alors… j'ai deux bonne raison de m'impliquer…
-Où de ne pas t'en mêler plutôt.
-Quoique je vois un problème de taille surgir entre vous deux…
-Lequel?
-Jane et moi avons fait un pacte il y a presque deux ans… On s'est juré de ne plus sortir avec des vedettes…
-Quoi?
-Bof, ne t'en fais pas, elle l'a certainement oublié depuis… S'esclaffa-t-elle en voyant l'air penaud du chanteur.
-Et toi? Tu en es où? De qui rêves-tu? Lui demanda Simon après quelques secondes de méditation.
-Je ne parlerai qu'en présence de mon avocat. Blagua-t-elle avant de laisser sortir un grand soupir et ajouter : Il n'y a rien à raconter Simon. La belle Esméralda n'a pas encore trouvé son soleil.
-George n'est pas assez brillant pour toi? La taquina-t-il à son tour.
-Le problème c'est qu'il brille pour toutes les femmes…
Les cinq représentations suivantes permirent à Élisabeth d'affirmer son talent aux yeux de tous. Non seulement était-elle encensée par les journalistes de la presse écrite, mais elle fut également sollicitée par plusieurs émissions de télévision. Durant cette deuxième semaine, elle avait dû se rendre sur le plateau de deux émissions très populaires afin de parler de son expérience. Accompagnée de Simon dans un cas, puis des trois hommes qui chantèrent «BELLE» dans l'autre, Élisabeth ne s'attendait pas à ce que le grand public l'adopte aussi rapidement.
Vers la fin de la semaine, elle recontacta Roseline afin de planifier ses prochaines leçons. Durant ces deux jours de congé, elles travaillèrent deux autres blocs de trois heures à la suite que quoi, Élisabeth commença à douter de sa capacité à remplir le mandat que Fitzwilliam attendait d'elle.
-Élisabeth, j'ai toujours eu un problème de coordination motrice… Je suis née comme ça, se défendit-elle. J'ai toujours dû travailler plus fort que tout me monde pour arriver au même résultat.
-Je veux bien te croire. J'essaie simplement d'être réaliste. Ce qu'il y a, c'est que nous avons peu de temps. Ta mission commence dans quatre semaines au plus tard.
-Je suis toute disposée à travailler davantage et Fitzwilliam le sait.
Peu rassurée au terme de ces deux premières périodes de travail, Élisabeth contacta Fitzwilliam durant la soirée pour discuter du problème d'apprentissage de Roseline. Il était déjà au courant des lacunes physiques de sa collègue et croyait lui aussi que la jeune femme réussirait à surmonter ses difficultés simplement en travaillant davantage.
-Roseline nous a assurés qu'elle travaillerait aussi fort qu'il le faudrait pour atteindre nos objectifs. Argumenta-t-il.
-Fitzwilliam, je crains que vous ne fassiez erreur. Pour travailler dans un bar, il faut non seulement une dextérité sans faille, mais il faut également être capable de le faire en combattant le stress qui est omniprésent.
-Écoutez, je vous promets de tenir compte de ce que vous me dites en planifiant la suite des choses. Après tout, pour l'instant, nous n'avons pas de plan B. Je vais discuter avec mes hommes et voir ce que nous pouvons faire, mais d'ici là, vous allez devoir continuer à l'entraîner.
-Très bien.
-Faites de votre mieux Élisabeth.
Lorsque la jeune chanteuse se présenta au théâtre le mercredi soir de cette troisième semaine, elle croisa James qui lui apprit que la production avait été officiellement classée «sortie culturelle du mois» par l'association des journalistes. En arrivant en coulisse, Élisabeth constata de visu que l'ensemble de la troupe avait l'esprit à la fête depuis l'annonce de cette bonne nouvelle. À cause de l'état d'euphorie qui régnait dans les coulisses avant le spectacle, Élisabeth n'eut pas l'occasion de discuter avec Simon pour lui demander des nouvelles de sa fin de semaine avec Jane.
La représentation terminée, Élisabeth prit sa douche, se changea et quitta sa loge avec l'intention d'aller en discuter avec lui, mais fut arrêtée par le metteur en scène qui interpellait tout le monde pour leur annoncer une autre bonne nouvelle. William fut le dernier à se joindre à la troupe. Son air maussade n'échappa à personne, mais ne sembla pas indisposer James qui en profita pour prendre la parole.
-Je viens d'apprendre que suite aux nombreux appels du public, le directeur du théâtre envisage la possibilité de prolonger le spectacle en ajoutant quatre autres semaines à la production…
Des exclamations de joie et de surprise retentirent de part et d'autres.
-Toutefois, puisque nous devrons céder la place à une autre production à la fin du mois – le théâtre étant réservé par une autre compagnie pour une durée de 4 semaines – je vous demande donc de vérifier vos disponibilités – non pas pour le mois à venir, mais bien pour le suivant - et de m'informer de vos contraintes si toutefois vous en avez.
-Et si l'un de nous a des engagements ailleurs? S'enquit George en levant la main.
-J'aimerais mieux ne pas avoir à faire cela, mais malheureusement, s'il le faut, nous engagerons d'autres chanteurs. De toute façon, je ne prendrai aucune décision seul, le producteur m'assistera et tout sera négocié avec vos agents.
Surveillant William du coin de l'œil tandis qu'il se préparait à partir, Élisabeth s'étonna de son absence de réaction. Cherchant Simon des yeux, elle répondit à son sourire et lui fit signe de la suivre dans sa loge. Au moment où elle refermait la porte de sa loge pour pouvoir s'entretenir avec Simon en toute tranquillité, Élisabeth réalisa que William était resté au même endroit et qu'il la dévisageait avec désapprobation.
«Si je ne le connaissait pas si bien, je pourrais croire qu'il est jaloux.» Se dit-elle une fois qu'il eut disparu derrière la porte close, se rappelant tout à coup qu'elle avait déjà entendu cette même phrase sortir de la bouche de Carl durant le concours lorsque les candidats s'étaient intéressés à la réaction de William suite à la prestation que la jeune chanteuse avait été amenée à faire en tant que Maureen.
Une moue de dépit apparut alors sur son visage lorsqu'à l'évocation de ce souvenir, s'ajouta l'humiliation d'apprendre que le juge avait estimé qu'elle s'était comportée telle une prostituée et que la jalousie n'avait rien à voir avec son attitude butée d'alors.
Chassant ses sombres pensées en se frottant les yeux, Élisabeth posa son regard sur Simon qui la fixait confortablement installé dans le fauteuil où il se reposait tout le temps. L'interrogeant du regard, la jeune femme espéra qu'il entrerait de lui-même dans le vif du sujet et qu'il comprendrait qu'elle attendait des nouvelles de son week-end.
Voyant qu'il s'obstinait à rester silencieux, elle n'eut d'autre choix que de lui demander : Puisque ma sœur n'a pas pris le temps de m'appeler, ni même de venir me voir, je ne peux qu'en tirer deux conclusions : vous étiez trop occupés ou elle n'est pas venue.
-Nous avons été ensemble tout le temps. Admit-il enfin. D'ailleurs, elle m'a demandé de te dire qu'elle t'aime toujours. Elle veut aussi que tu saches qu'elle ne t'a pas laissée tomber et qu'elle reviendra dans deux semaines. Elle restera chez toi cette fois.
-As-tu pris le temps de t'expliquer avec elle?
-Oui. Elle a été très étonnée d'apprendre que Charles voulait la revoir d'ailleurs. Mais elle m'a confirmé qu'elle n'était plus amoureuse de lui.
-Bon, tu vois. Qu'est-ce que je t'avais dit.
-Élisabeth, je suis désespérément tombé amoureux de ta sœur.
-Super. Vous vous méritez bien tous les deux.
Au début de la troisième semaine de formation de Roseline, Élisabeth était toujours inquiète. Elle continua à faire travailler l'agente et lui donna même des exercices supplémentaires à réaliser seule chez elle, mais devant le peu de progrès réalisés par celle-ci, Élisabeth en vint à se demander si ce n'était pas elle qui était trop sévère avec Roseline.
«Il faudrait que je puisse la voir à l'œuvre.» Songea-t-elle alors qu'elle revenait à son appartement à la fin de sa seconde journée de congé.
Deux messages l'attendaient sur son répondeur en rentrant dans son appartement. Le premier lui venait de son agence. Selon ses conseillers, il serait très bénéfique pour sa carrière de participer à la reprise de Notre-Dame de Paris. Nullement surprise, Élisabeth pressa sur la touche afin de faire jouer le message suivant. Une voix d'homme inconnue teintée d'un accent arabe lui demandait de la rappeler. Se souvenant qu'elle attendait des nouvelles de la compagnie de Traiteur dont Fitzwilliam lui avait parlé, Élisabeth devina qu'il s'agissait de son propriétaire. Elle rangea son manteau, vida les sacs d'épicerie qu'elle avait posés par terre en rentrant, puis ramassa le téléphone pour rappeler le dénommé Abdel.
Après avoir discuté avec l'homme en question, Élisabeth savait qu'elle tenait là une occasion en or de mettre Roseline à l'épreuve compte tenu de la taille raisonnable du contrat qu'il leur proposait et surtout parce qu'elles seraient engagées en surplus.
-Il s'agit d'une fête de graduation. Les invités seront principalement des jeunes entre 20 et 24 ans.
-Très bien, mon amie et moi serons là sans faute.
Abdel lui donna l'adresse, l'heure, puis raccrocha.
S'empressant de téléphoner à Fitzwilliam pour lui apprendre la bonne nouvelle, celui-ci lui demanda de passer à son bureau dans la matinée afin que les responsables des effets spéciaux puissent l'aider à changer son apparence.
-Pas de masque! S'exclama-t-elle avant de raccrocher, voyant ressurgir dans son esprit le masque de singe que William avait été obligé de porter lors de la fameuse soirée au manoir.
La soirée au théâtre passa en coup de vent. Il faut dire que la jeune femme était fortement préoccupée par son rendez-vous du lendemain avec les agents de Fitzwilliam. Lorsqu'elle s'y rendit enfin, Élisabeth s'amusa beaucoup à créer le personnage qu'elle allait jouer. Une fois les détails prit en compte par l'équipe de trois hommes qui s'occupait d'elle, Élisabeth leur donna carte blanche pour la transformer physiquement et vocalement puis attendit patiemment qu'ils lui donnassent la permission de se regarder dans le miroir. Stupéfaite par le résultat, Élisabeth convint avec le chef de l'équipe des effets spéciaux de la nécessité de tester son déguisement et sa voix immédiatement.
-Je vais vous envoyer dans le bureau de Fitzwilliam. Vous n'aurez qu'à trouver une excuse pour justifier votre présence…
-Il ne va pas me sauter dessus pour m'arrêter?
-S'il vous saute dessus, ce sera certainement avec une toute autre intention, blagua celui-ci en jetant sur sa silhouette un regard lubrique éloquent.
Tout de même nerveuse en arrivant devant la porte du bureau de l'agent, Élisabeth repensa à une cliente du bar à qui elle estimait ressembler. Une belle rousse aux magnifiques yeux verts. Frappant discrètement sur la porte, elle attendit d'entendre Fitzwilliam l'inviter à entrer avant de saisir la poignée et pénétrer dans la pièce.
-Monsieur? L'interpella-t-elle, voyant qu'il continuait à écrire.
-Oui… pardon, je suis à vous dans un instant… Répondit celui-ci en finissant de noter quelque chose dans un dossier.
Relevant la tête après avoir posé son stylo, le jeune homme perdit tout d'abord son sourire, puis se leva brusquement en renversant la bouteille d'eau qui était resté ouverte à côté du dossier. Il jura en constatant le dégât, tenta d'éponger l'eau avec quelques papiers mouchoirs, avant de s'excuser, contourner son bureau pour aller vers la nouvelle venue, un grand sourire aux lèvres et la main tendue.
-Pardonnez-moi… mademoiselle?
-Cindy, Cindy Bloom, pour vous servir.
-Que puis-je faire pour vous, mademoiselle Bloom?
-Vous ne me reconnaissez pas?
-Eh bien non. Je devrais?
-Super! S'exclama Élisabeth. Les gars? Reprit-elle en haussant le ton. Aussitôt, les trois hommes des effets spéciaux pénétrèrent dans la petite pièce et s'agglutinèrent à côté d'Élisabeth.
-Alors? S'intéressa le chef, Paolo.
-Ne me dites pas qu'il s'agit d'Élisabeth? Bredouilla Fitzwilliam en s'asseyant.
Retirant sa perruque d'un seul mouvement, Élisabeth gloussa de plaisir en voyant l'air incrédule du jeune homme.
-Eh oui!
-Beau travail les gars. Vraiment, s'enthousiasma-t-il, tout en détaillant la silhouette d'Élisabeth ainsi mise en valeur.
Après avoir réglé les derniers détails de la participation des deux femmes à la fête de graduation où Élisabeth allaient enfin pouvoir mettre Roseline à l'épreuve, Fitzwilliam écouta son invitée lui confier ses inquiétudes concernant les lacunes réelles de la jeune agente.
Quinze minutes plus tard, Élisabeth quitta le bureau du détective, liée par la promesse de lui faire un compte rendu complet à la fin de cette première expérience.
-Si vous êtes d'accord, on évaluera la situation à partir des résultats obtenus par Roseline à cette fête… Lui avait-il concédé.
-Très bien. Je vous appelle au plus tard vendredi matin alors, avait-elle répondu.
Jeudi 13h00, l'agente Roseline Clark et la bombe rousse Cindy Bloom se présentèrent à l'adresse indiquée sur le petit carnet qu'Élisabeth tenait dans la main. Lorsque le chauffeur de taxi les déposa devant les grilles d'une immense et magnifique maison de pierres, Roseline ne put retenir le cri d'exclamation qui lui montait de la gorge. Élisabeth régla le chauffeur, puis rejoignit l'agente à l'extérieur. Appuyant sur le bouton pour annoncer leur arrivée, Élisabeth expliqua à son interlocuteur qu'elles faisaient partie de l'équipe du traiteur engagé pour l'événement.
Elles pénétrèrent rapidement après avoir entendu le déclic de la porte et se présentèrent à l'entrée de service où les attendait un homme basané qu'Élisabeth identifia comme étant Abdel, le propriétaire de la compagnie de traiteur.
Après s'être présenté officiellement, celui-ci les guida vers le second des deux bars et leur expliqua ce qu'il attendait d'elles. Abdel leur remit une tunique portant le logo de sa compagnie et leur indiqua où se situait la salle de bain des employés. Les deux filles pénétrèrent en même temps dans la pièce en question et se changèrent aussi vite qu'elles le purent.
-La jeune femme qui est honorée cet après-midi est une jeune fille de 22 ans. Leur confia Abdel en les voyant revenir. C'est son frère qui a fait appel à nos services. Il s'agit d'un «bar ouvert« ce qui veut dire que vous ne devez accepter aucun pourboire.
-Tout a déjà été réglé par le propriétaire, expliqua Élisabeth à Roseline.
-C'est exactement ça. Vous deux, vous vous occuperez du deuxième bar. Vous êtes la seconde ligne. Il y aura de la musique et de la danse. Je vous demande de faire de votre mieux. Je vous présenterai le propriétaire de la maison dès qu'il viendra me voir. Bonne chance, conclut-il en s'éloignant.
Arrivées derrière le bar, Élisabeth invita Roseline à étudier l'emplacement des bouteilles et des verres et à repérer l'endroit où était entassé le surplus d'alcool. Ensuite, elles vérifient si tous les instruments de mesure étaient bien à leur place. Découvrant que quelques verres moins souvent utilisés n'étaient pas assez propres, Élisabeth les remonta sur le comptoir, les posa sur un plateau et chercha la cuisine des yeux.
-Roseline, continue donc à placer les bouteilles. De mon côté, je vais aller relaver ces verres.
-Ne devrions-nous pas ouvrir ces boîtes à l'avance? Lui demanda Roseline en désignant les boîtes pleine de bouteille de vin.
-Oui, très bonne idée. Je te laisse t'en occuper d'accord?
Voyant que les serveurs s'engageaient tous la même direction, Élisabeth se glissa tout simplement derrière l'un d'eux et déboucha dans une cuisine belle à faire rêver. Tout était si luxueux et si bien disposé, qu'elle fut certaine que la décoration avait été confiée à un professionnel. Elle posa le plateau près de l'évier et commença à laver les verres l'un après l'autre. Pendant qu'elle s'acquittait de cette délicate tâche, ses yeux continuèrent à étudier les lieux en profondeur. Le poêle au gaz était immense, le réfrigérateur d'une grandeur idéale et les armoires étaient toutes vitrées. Les domestiques circulaient sans arrêt devant elle se comportant presque tous comme s'ils étaient maîtres des lieux. Élisabeth écoutait leur conversation d'une oreille distraite, occupée qu'elle était maintenant à essuyer les verres. Une jeune femme pénétra alors dans la cuisine en courant. Élisabeth resta figée en l'apercevant à la dévisagea si attentivement qu'elle s'attendait presque à une réaction de sa part.
-Qui êtes-vous? Bredouilla Élisabeth retenant juste à temps le prénom de la jeune femme qu'elle avait bien failli laisser échapper.
-Georgianna Darcy et vous êtes?
-Cindy Bloom.
-Vous travaillez pour le traiteur?
-Oui, je suis barmaid. Vous cherchez quelque chose? Ou quelqu'un peut être?
-Oui. Je me cache de mon petit ami, admit-elle en rougissant.
-Je peux vous aider?
-Non. Mais en fait oui. Si vous voyez arriver un jeune homme avec une chemise blanche et des pantalons noirs, dites-lui que vous ne m'avez pas vue.
-Très bien.
-Merci Cindy.
Encore toute retournée par cette rencontre fortuite, Élisabeth exhala un profond soupir et se mit à essuyer les verres avec beaucoup plus de vigueur.
«Suis-je réellement chez William? Est-ce possible que ce soit sa maison? Paniqua-t-elle réalisant tout à coup qu'elle courrait un grand risque si tel était le cas. À moins que Georgianna soit une amie de la famille…? » Souhaita-t-elle ensuite tout en continuant à essuyer les verres.
S'attendant à voir apparaître un visage connu à chaque fois que la porte de la cuisine s'ouvrait, Élisabeth termina sa besogne faisant volontairement dos à celle-ci. Elle venait tout juste de poser le dernier verre relavé sur son plateau lorsque la porte qui donnait sur l'extérieur s'ouvrit pour la seconde fois.
Sentant une présence dans son dos, elle se retourna lentement, colla un sourire parfaitement neutre sur son visage et se concentra sur la voix du personnage qu'elle avait crée de toute pièce et qui était plus basse que la sienne.
-Vous cherchez quelqu'un? Demanda-t-elle en reconnaissant son ami Lucas.
-Oui, je cherche Georgianna Darcy. Celle qui est honorée aujourd'hui. Lui expliqua-t-il, intrigué par la soudaine pâleur de la belle rousse qui se tenait devant lui, la bouche ouverte.
-Georgianna Darcy est celle qui est honorée ce soir !? Répéta-t-elle avec au moins deux intonations différentes - exclamative et interrogative.
-Oui. S'impatienta le jeune homme tout en recommençant à regarder de droite à gauche.
-Vous la trouverez sans doute au salon. Elle doit être occupée à recevoir les invités.
Finalement rassurée par le brusque départ de son ami, Élisabeth retrouva le sourire en même temps que ses couleurs. Puisque ni Lucas, ni Georgianna ne l'avaient reconnue et que dans les deux cas elle avait eu peur de commettre un impair, il lui sembla d'autant plus nécessaire de se préparer mentalement à croiser William Darcy.
«Fitzwilliam sait-il que William fait parti des clients habituel d'Abdel? se demanda-t-elle en ramassant le plateau sur lequel elle avait replacé les verres qu'elle venait de laver. Je suis certaine que non.»
Tenant fermement le plateau de verres dans la main, elle retourna dans le salon en poussant prudemment la porte de la cuisine. Arrivée près du bar, elle rangea les verres avec l'aide de Roseline. Les invités commençaient à arriver par petits groupes. Élisabeth laissa Roseline prendre les premières commandes voulant à tout prix tester les limites de celle-ci en retardant au maximum le moment où elle la seconderait.
«Voyons ce qu'elle est capable de faire lorsqu'il y a plusieurs clients.» Se répéta-t-elle sans arrêt, luttant contre son réflexe habituel d'un bon barman qui est de soutenir totalement ses collègues. S'installant un peu en retrait, elle disposa donc de plusieurs minutes pour observer les groupes qui se formaient dans la pièce. Soulagée, elle constata que la plupart des invités était des jeunes qui devaient côtoyer Georgianna à l'université. C'est alors qu'elle aperçut William pour la première fois. Il traversait le salon en compagnie d'un groupe de musiciens engagés pour l'occasion. Il était tellement beau vêtu de son complet noir qu'Élisabeth ne put que le suivre des yeux. Un léger sourire flottait sur ses lèvres, prouvant qu'il prenait du plaisir à la petite fête qu'il avait lui même organisé.
«Il y a longtemps que je ne lui ai pas vus ces yeux et cette expression là.» Constata-t-elle pensivement.
Lorsque les yeux du jeune homme balayèrent la salle et se rendirent jusqu'au bar, Élisabeth eut l'impression que son cœur allait éclater tant il palpitait dans sa poitrine. Elle se força à surveiller Roseline et observait ses manœuvres tandis qu'elle continuait à servir les premiers invités.
Ne pouvant résister très longtemps, elle recommença à balayer la salle des yeux, s'arrêta sur lui et découvrit qu'il la fixait lui-même avec une grande concentration un peu comme s'il était gêné par un détail. Détournant les yeux beaucoup plus rapidement que la première fois, Élisabeth s'approcha de Roseline commença à l'aider même si celle-ci se débrouillait très bien. Lorsqu'elle osa enfin relever la tête cinq minutes plus tard, William s'était éloigné et discutait avec Lucas et Carl dans un coin.
«Carl? Carl est là aussi?» Enregistra Élisabeth, presque déçue de ne pas pouvoir aller prendre de leur nouvelle.
-Élisabeth? L'interpella Roseline pour attirer son attention.
-Cindy, la gronda Élisabeth à voix basse. Je me nomme Cindy Bloom, ne l'oublie pas. En passant, nous devons être doublement prudentes avec le propriétaire de la maison…
-Pourquoi? Chuchota-t-elle à son tour.
-Il s'agit de William Darcy, lui déclara simplement Élisabeth sur le même ton.
-Shit, Élisabeth! Réagit Roseline un peu trop rapidement avant de recevoir un coup de torchon de sa collègue : Merde, c'est Cindy c'est vrai. Ne t'en fais pas, c'est la dernière fois que je l'oublie, lui promit-elle en recommençant à s'activer.
La fête battait son plein depuis presque quarante minutes lorsque Roseline osa enfin demander à sa collègue : Alors, comment trouves-tu que je me débrouille?
-Ça va, ça va même très bien, mais il faut aussi que tu saches que ce type de clientèle est la plus facile à satisfaire. Leurs commandes ne sont pas aussi variées que dans un bar traditionnel.
-Je n'y arriverai pas alors, se découragea-t-elle. Déjà ici j'ai l'impression de ne pas être à la hauteur… s'attrista Roseline.
-Eh! Donne-toi le temps. Bientôt, tu verras, il t'arrivera même d'être capable de deviner ce qu'une personne va commander simplement en l'observant attentivement, lui promit-elle affectueusement.
-Tu peux vraiment faire ça?
-Ça m'arrive assez souvent. Tiens… tu vas essayer… avec notre client.
-Avec William Darcy?
-Oui, avec lui. Observe-le et demande-toi ce qu'il peut aimer boire…
-Euh… qu'est-ce que je dois regarder exactement… Ses yeux, sa bouche…
Jetant un œil sur chaque partie de son anatomie au moment même où Roseline les évoquaient, Élisabeth réalisa trop tard qu'il regardait dans sa direction avec une expression qui ne laissait pas de doute quant à son intention de venir vers elles, curieux de découvrir pourquoi elles le détaillaient ainsi toutes les deux.
-Prépare un verre de Rhum & Coke, ordonna-t-elle à sa collègue. Juste comme il arrivera au bar, passe-lui le verre. Tu verras bien comment il réagira.
Ne pouvant détacher son regard de la silhouette de la rouquine qui l'intriguait sans être capable de s'expliquer pourquoi, William commençait à penser qu'il s'était retenu assez longtemps et se demanda s'il n'irait pas l'examiner de plus près. Puis, lorsqu'il découvrit qu'il devenait lui-même l'objet d'un examen de sa part, il laissa ses réserves de côté et franchit d'un pas déterminé la distance qui le séparait du bar où elles s'affairaient maintenant toutes les deux.
-Tenez. Lui dit Roseline en lui tendant le verre de Rhum & Coke aussitôt qu'il passa devant elle.
-Mais je n'ai rien commandé, rétorqua-t-il après avoir accepté puis levé son verre pour l'examiner.
-Je sais.
-Comment avez-vous su que c'était ce que je préférais? L'interrogea-t-il après avoir en humé le contenu.
-Ah! On appelle ça le sixième sens des barmans, pas vrai Cindy?
-Tout à fait, rétorqua Élisabeth en regardant William dans les yeux pour la première fois depuis qu'il s'était approché du bar.
-Incroyable! S'exclama-t-il admiratif. Vous aviez deviné vous aussi? Demanda-t-il à Élisabeth en se tassant vers la gauche pour s'approcher d'elle.
-Bien entendu! C'était prévisible. Répondit-elle en se concentrant sur sa voix, tout autant que sur sa gestuelle.
-Comment vous y prenez-vous?
-C'est un secret qui ne peut être révélé qu'aux gens du métier…Répondit-elle, mystérieuse, réalisant qu'elle s'amusait beaucoup dans la peau de Cindy. Ce personnage, lui permettait, entre autre, d'assumer davantage ses atouts féminins en plus de lui permettre de pratiquer l'art du «flirt».
-Vous avez eu de la chance, c'est tout, la nargua-t-il en portant le verre à ses lèvres pour en prendre une gorgée.
-Croyez-le si ça vous chante.
-Prouvez-moi que je me trompe alors, la défia-t-il alors en la dévisageant avec un curieux mélange d'admiration et de moquerie.
-Comment? S'informa Roseline la première.
-Devinez ce que prennent ces deux hommes là…
-Vous parlez de ceux qui discutent avec votre sœur? S'informa Élisabeth.
-Ceux-là même, oui.
-Et bien, j'accepte de relever le défi, répondit-t-elle avant de s'accoter contre le bar, feindre d'étudier attentivement les deux hommes, puis se redresser pour annoncer : le grand brun prend une bière blonde légère qui s'appelle «Belle Gueule» alors que l'autre préfère un verre de «martini dry», quoiqu'il soit trop gêné pour l'avouer à qui que ce soit.
-Je prépare le martini, décidaRoseline en s'activant.
-Et voilà un verre de Belle Gueule, annonça Élisabeth une minute plus tard après avoir vidé le contenu d'une bouteille de bière dans un grand verre.
-Pour la «Belle Gueule» vous avez raison, je le sais déjà, admit-William en souriant. Mais pour le martini, je suis certain que vous faites erreur.
-Alors allez le lui porter, vous verrez bien sa réaction, l'incita Élisabeth en faisant signe à Roseline de lui tendre le verre.
-Attendez! S'écria Roseline en ramenant le verre vers elle. Qu'allez-vous nous donner si nous avons raison?
-Je ne savais pas qu'il s'agissait d'un pari… rétorqua William en se rembrunissant. Mais bon, puisque c'est ce que vous souhaitez? Que désirez-vous obtenir de moi?
-Deux billets pour aller vous admirer dans… voyons, c'est quoi le titre de la comédie musicale dans laquelle vous chantez présentement? Feignit de chercher Élisabeth.
-Notre Dame de Paris voyons, la renseignaRoseline en se mettant à sauter sur place, Oh, oui, ça c'est une bonne idée, s'excita-t-elle.
-Très bien. Si cet homme accepte le verre de martini alors vous aurez vos deux billets, lui promit William en se mettant en mouvement.
-Deux fois deux billets, précisa Élisabeth d'un ton moqueur.
-Deux pour moi, deux pour elle, l'appuya sa collègue.
-Vous êtes gourmandes, leur fit remarquerWilliam.
-Vous n'avez pas idée, admit Élisabeth en le détaillant des pieds à la tête.
-Je reviens, ajouta William avant de rougir et s'éloigner avec les deux verres.
-Attendez, l'arrêta Roseline à nouveau. Si Cindy se trompe… suggéra-t-elle en pointant en direction d'Élisabeth. Qu'allez-vous exiger de votre côté?
-Oh, c'est vrai. Nous n'avons encore rien décidé me concernant. Et bien je crois que je voudrais bien passer une soirée avec vous, affirma-t-il en désignant Élisabeth du menton. C'est ça… confirma-t-il avec assurance, si j'ai raison et qu'il rejette le verre de martini, vous devrez me consacrer une soirée entière.
-Je veux bien y consentir puisque je sais que cette soirée n'aura jamais lieue… conclut-elle en le congédiant d'un geste de la main.
-Nous verrons bien… renchérit-il en lui tournant le dos.
Les deux femmes suivirent des yeux toute la progression de William alors qu'il s'approchait du groupe des jeunes. Il présenta tout d'abord le verre de bière à Lucas qui l'accepta sans même lever les yeux vers lui.
Avant de se diriger vers Carl, William jeta un œil en direction du bar et fixa les lèvres d'Élisabeth alors qu'elles formaient distinctement la phrase «je vous l'avais dit». S'arrêtant finalement devant l'autre chanteur, William lui tendit le verre de martini tout en guettant sa réaction. Carl jeta un œil intéressé sur le verre, se prépara très clairement à le refuser, mais laissa finalement sa main en suspens dans les airs le temps d'en examiner plus attentivement le contenu. Reconnaissant finalement la boisson à sa couleur et à sa texture, il allongea la main pour saisir le verre et rougit subitement en constatant à quel point son hôte le dévisageait.
-Merci William… bredouilla-t-il, gêné par l'examen attentif dont il était l'objet.
William accepta ses remerciements tout en lorgnant en direction du bar où Roseline riait aux éclats et Élisabeth lui faisait une grimace.
Pendant quelques secondes, William étudia la possibilité de retourner vers le bar pour reprendre sa discussion avec celle qui avait su attirer son attention, mais l'idée que ce ne serait pas vraiment convenable d'aller flirter avec une employée alors qu'elle travaillait indirectement pour lui le convainquit de rester où il était. Il se détourna lentement, se mêla aux invités et se concentra plutôt sur le discours qu'il devrait faire dans quelques minutes pour honorer Georgianna.
Un peu plus tard dans l'après-midi, William s'accorda le droit de retourner au bar pour la seconde fois. Roseline étant allée servir un groupe d'amis de Georgianna, Élisabeth s'occupait seule du service.
-Ce n'est pas juste… Commença-t-il.
-Qu'est-ce qui n'est pas juste?
-J'aurais bien aimé sortir avec vous
-Vous n'avez qu'à m'inviter une seconde fois… qui risque rien n'a rien…
-Vous m'intriguez, j'aimerais bien avoir l'occasion de vous connaître mieux…
-D'après ce que j'ai pu lire sur vous, on dit que vous êtes très pris. N'avez-vous pas de petite amie?
-Non…
Prenant un risque plus grand encore, Élisabeth osa même demander : Personne ne vous envoie de fleurs dans votre loge? Tous les chanteurs en reçoivent non.
-J'en reçois c'est vrai, mais qui vous dit qu'elles me sont envoyés par une femme?
-Votre admirateur est un homme alors?
-Qui sait? La dévisageant avec un intérêt plus soutenu, William osa enfin admettre : Je vous trouve très attirante Cindy.
-Moi? Déglutit Élisabeth réellement surprise de le découvrir aussi entreprenant.
-Et croyez-moi, je ne dis pas ça très souvent. Ajouta-t-il en la dévisageant d'une manière tout à fait charmante.
-Je vais être obligée de vous croire sur parole alors… «Et comment» songea-t-elle» se souvenant qu'à une occasion au moins elle l'avait entendu admettre qu'il devait faire un effort pour se retenir de la désirer. En effet, lorsqu'il l'avait invitée à danser pour la première fois, il avait admit «devoir faire de nombreux efforts pour ne pas succomber à ses charmes.»
-Alors, que faites vous de mon invitation?
-Donnez-moi vos coordonnées, je m'engage à vous faire signe dès que je prends une décision dans un sens ou dans l'autre.
William s'approcha d'elle, contourna le bar pour alla ramasser une feuille et un crayon et fit exprès pour rester tout près d'elle pendant qu'il inscrivait ses coordonnées sur le bout de papier. Il y nota son numéro de téléphone personnel et déposa la feuille au creux de sa main ouverte. Refermant lui-même chacun de ses doigts sur le papier, il pressa sa main fermée entre les deux siennes et s'en retourna lentement vers ses invités. Très souvent par la suite, Élisabeth sentit son regard sur elle, mais fit tout ce qu'il fallait pour ne pas succomber à son envie de le regarder elle aussi.
-Je me trompe où William a flirté avec toi? Lui demanda Roseline un peu plus tard.
-Il m'a invité à sortir avec lui, mais ça ne veut rien dire.
-Tu as accepté, j'espère?
-Tu n'y penses pas. Peux-tu seulement imaginer les complications s'il devine qui je suis…
-Il est très sexy en tout cas. Ce n'est pas moi qui refuserais une offre aussi intéressante.
-Tu oublies qu'il me connaît déjà et que celle que je suis en réalité ne l'attire pas vraiment.
-Il préfère peut être les rousses, commenta Roseline.
-J'imagine que c'est ça, oui.
La soirée se termina quinze minutes plus tard. Élisabeth et Roseline ramassèrent leurs instruments et rangèrent les verres dans le bas du bar avant de prendre congé. Elles allèrent saluer leur hôte une dernière fois. William profita de l'instant où Roseline était allée faire un premier voyage dans le camion pour réitérer son offre à Élisabeth. Celle-ci lui rétorqua simplement qu'elle avait promis d'y réfléchir et qu'elle lui ferait signe aussitôt que sa décision serait prise.
Juste avant leur départ, William informa finalement les deux jeunes femmes qu'il laisserait quatre billets à leur intention à la réception pour la représentation du vendredi soir (le lendemain). Roseline s'empressa de le remercier et lui promit d'aller le saluer dans sa loge après la représentation. Lorsque William se tourna vers Cindy pour voir si l'arrangement lui convenait également, celle-ci répondit par l'affirmative, mais s'abstint de lui promettre davantage. Lorsque William lui demanda franchement si elle allait venir le saluer en coulisse comme Roseline, la jeune fille répondit par un sourire avant d'ajouter que ça dépendrait de la personne qui allait l'accompagner. Sans montrer sa déception, William les laissa partir non sans avoir donné un bon pourboire à Abdel pour l'excellent travail réalisé par son équipe.
En franchissant la porte arrière de la maison, Élisabeth se retourna une dernière fois et surprit le regard pensif de William juste avant qu'il ne s'en retourne rejoindre sa sœur.
…À suivre…
Comment envisagez-vous la suite?
À quel personnage voudriez-vous botter le derrière?
À moi?
Miriamme
