Voici donc l'avant-dernier chapitre! J'en profite pour vous informer que je ne publierai rien du weekend. Le dernier chapitre, qui sert un peu d'épilogue, viendra donc lundi normalement.

Ici, à peu près tout se règle. J'espère que vous avez aimé mon histoire et comment je l'ai développé. Je me rends compte maintenant que j'aurais pu en faire une fic pas mal plus longue, mais bon, c'est ce que j'ai réussi à faire, alors tant pis.

Bonne lecture!


La première chose que fit Kaidoh quand Inui le laissa s'en aller – après lui avoir fait l'amour –, fut de vérifier la pièce du fond, qui était encore verrouillée. Il soupira de soulagement en la trouvant vide comme prévu et repartit de l'appartement de son petit ami avec un sentiment de plénitude.

La prochaine fois que lui et Momoshiro se rencontrèrent, il lui expliqua ce qui s'était passé. Son rival semblait dubitatif, mais, faute de pouvoir le convaincre, il accepta la réalité et le fit promettre de le tenir au courant si jamais il était bizarre. Kaidoh acquiesça et le sujet prit fin à ce moment.

Décidément, la vie de Kaidoh avait beaucoup changé dernièrement, mais il avait confiance en Inui, il était convaincu qu'il arriverait à ne plus garder ces mauvaises habitudes. Pour l'aider, d'ailleurs, il lui proposa de lui chercher un passetemps.

Inui accepta et ils firent une liste de ce qu'il pourrait essayer. Ils y passèrent tout le reste de l'hiver et le probabiliste, au grand étonnement de Kaidoh, se trouva non pas un mais plusieurs passetemps. Ils commencèrent par essayer la lecture, qui était après tout une activité proche de sa collecte de données, et le plus vieux se découvrit une passion pour les romans policiers.

Pour les films, ce fut plus compliqué : ils durent passer par plusieurs styles et Kaidoh dut se taper avec lui autant des films d'horreur – Inui apprécia seulement la façon qu'il avait de le coller et ne put même pas lui expliquer l'histoire – que des films d'animation, des comédies, des films à l'eau de rose même. Finalement, ils découvrirent ensemble que le type qui lui plaisait le plus était les films coréens – ils avaient simplement une façon de présenter les choses qui lui plaisait.

Inui fut celui qui eut l'idée d'essayer les jeux de société, comme il était certain de pouvoir y utiliser ses capacités d'analyse, et il ne fut pas déçu. Entre les échecs, le shogi, le go et Othello, il battit toujours à plate couture son petit ami. Il décida d'utiliser son ordinateur pour jouer contre des gens sur l'Internet et même si son comportement virait légèrement à l'obsession, Kaidoh était content qu'il se soit trouvé une activité qu'il aimait vraiment.

Ses parents lui laissaient beaucoup d'argent et comme il n'avait jamais tout utilisé, il avait beaucoup d'économie. Il put aussi s'acheter une console et quelques jeux vidéos, de quoi occuper ses soirées.

Inui était peut-être un obsessif, mais il était aussi à son affaire et Kaidoh, qui le surveillait, put le voir s'ajuster à ces nouvelles activités sans pour autant délaisser le lycée ou le tennis. Après quelques échecs et autres essais plus ou moins fructueux, il réussit à trouver un juste milieu.

Ces quelques mois furent, à l'avis de serpent, les plus heureux de leur relation jusqu'à présent. Inui semblait s'épanouir et découvrir la vie comme jamais auparavant et Kaidoh aimait voir son sourire candide quand il découvrait une œuvre qu'il aimait ou qu'il le battait une fois de plus à l'un de ses jeux. Le serpent normalement détestait perdre, mais quand il voyait le visage de son petit ami, il se sentait aussitôt heureux.

Parfois, cela dit, quand il voyait et constatait à quel point Inui n'était pas habitué à s'amuser, il se sentait triste pour lui. Il ne pouvait pas imaginer l'enfance qu'il avait vécue, comment il avait pu ne même pas savoir bien tenir une manette. D'ailleurs, les premiers temps, il lui avoua qu'il se sentait coupable chaque fois qu'il faisait quelque chose qui n'allait pas être utile, comme regarder un film ou jouer. Heureusement, il apprit au fil du temps à s'y faire, surtout quand il réalisa que ni ses études ni le tennis n'en pâtissaient.

Kaidoh vérifia aussi régulièrement la pièce du fond, mais, à son grand bonheur, il trouva qu'il l'avait complètement réaménagé. Il y avait installé des tables et y avait déplacé tout son matériel de laboratoire. La cuisine se retrouvait ainsi libérée de tout ce qui l'encombrait et Inui fit même l'acquisition de matériel de base comme un cuiseur à riz – il était temps, Kaidoh en avait marre de devoir le faire à l'ancienne.

Ce qui était bien, d'ailleurs, c'était que la pièce était à côté de la salle de bain, et il put donc y faire construire un lavabo assez facilement – Kaidoh songea que soit ses parents lui donnaient beaucoup d'argent, soit il n'avait vraiment pas dépensé beaucoup ces dernières années, pour pouvoir se payer des rénovations comme celles-là. Il en fit donc un véritable laboratoire et Kaidoh espéra vivement qu'il n'y ferait rien de trop dangereux.

Il en profita pour changer la poignée aussi et par la même occasion retirer le verrou. Kaidoh jeta sa clé avec toutes ses possibles suspicions.

Un vendredi soir de mars, ils finissaient d'écouter un film, emmitouflés sur le divan du salon dans l'appartement d'Inui. Ce dernier ferma la télévision et, en tenant bien Kaidoh sous leur couverture, il lui dit :

- Kaidoh, j'ai beaucoup pensé dernièrement et je... je suis prêt.

Le serpent ne savait pas à quoi il faisait référence et c'est pourquoi il demanda :

- Prêt pour quoi?

Inui inspira avant de se lancer :

- Pour te raconter. Tout. Si bien sûr tu te sens prêt toi aussi.

Kaidoh acquiesça immédiatement, malgré son cœur qui prenait du rythme, et lui prit la main pour montrer qu'il allait l'écouter attentivement. Inui, sans le regarder, commença son récit.

C'était une histoire un peu typique, à laquelle Kaidoh s'attendait – le début du moins. Quand il était enfant, très jeune, ses parents étaient très stricts avec lui. Ils le forçaient à étudier même quand il ne le voulait pas, tout en lui reprochant de ne pas avoir d'amis. Il était un enfant plutôt renfermé et, même s'il n'était pas vraiment timide, il avait du mal à s'ouvrir aux gens. Le comportement de ses parents ne faisait que nuire : en essayant à tout prix de leur plaire, il en oubliait de vivre sa vie d'enfant.

Ils ne le félicitaient jamais et le réprimandaient à la moindre gaffe. Inui avec le recul réalisait qu'en fait il n'avait jamais été le fils qu'ils auraient voulu avoir, et ils étaient en permanence si déçus de lui que, quoi qu'il faisait, ils pouvaient n'y trouver que des défauts. Ils auraient aimé un garçon sociable, souriant, attentionné et, surtout, «normal», selon leur définition à eux en tout cas.

Quand il avait demandé à commencer le tennis, ses parents avaient tout de suite accepté parce qu'ils croyaient, à tort, que ça allait lui permettre de se faire de «vrais» amis. Le résultat ne donna pas ce qu'ils avaient escompté, car il y avait rencontré Renji et s'était limité à lui en terme d'amitié. En plus, ensemble, ils devenaient de plus en plus... hors-normes.

Les données, leurs surnoms, leur manière de manigancer comme s'ils préparaient une rébellion, tout ça ne plut pas à ses parents, mais l'Inui de l'époque ne voulait pas se séparer de son meilleur et surtout seul ami. Il avait donc continué à le voir, même si ses parents le lui reprochaient, et, en toute innocence d'enfant, avait tenté, sans succès, de leur faire apprécier.

Inui, à ce moment du récit, fit une pause pour calmer sa respiration et Kaidoh caressa sa main pour le rassurer. C'était sans aucun doute la première fois qu'il racontait cette histoire de vive voix et le plus jeune comprenait que ce devait être très difficile. Il reprit sa narration sur un ton un peu moins assuré.

- Quand Renji m'a laissé, fit-il, je me suis senti trahi et abandonné. J'ai essayé d'en parler avec mes parents, mais ils n'ont rien fait pour me consoler, au contraire. Ils m'ont dit que je n'avais qu'à me faire des amis plus adéquats.

Kaidoh ne comprenait pas comment ils pouvaient être aussi insensibles. Leur propre fils se sentait abandonné et tout ce qu'ils trouvaient à lui dire était de se faire d'autres amis!

- C'est un peu après que je les ai entendu parler. Ils me reprochaient beaucoup de choses de vive voix, mais il n'était jamais allé plus loin que de me chicaner. Je n'aurais jamais cru qu'ils puissent parler de moi ainsi...

Le serpent tenta de rassurer son petit ami du mieux qu'il le pouvait, mais, intérieurement, il ne pouvait s'empêcher de bouillir de rage. Il sentait que s'il voyait un jour ses parents, il n'aurait qu'une envie : les tuer.

- Je t'ai dit un peu, mais en gros, ils discutaient les deux. Ils pensaient que je dormais, mais, en fait, je m'étais réveillé et voulais un verre d'eau. Quand je les ai vus, assis à la table de cuisine, je suis resté dans le couloir et j'ai écouté. Ils ont dit que j'étais un monstre, qu'ils avaient manqué mon éducation, que je n'étais surement pas leur fils parce que je ne leur ressemblais pas du tout.

Inui inspira profondément, comme s'il s'apprêtait à dire ce qu'il redoutait le plus au monde, et finit par murmurer difficilement :

- Le pire, ça a été quand mon père a dit que... que juste me regarder le dégoutait.

Le plus grand retira ses lunettes et pinça l'arcane de son nez, pour se retenir de pleurer. Kaidoh resta silencieux, mais montra physiquement son support. Les lunettes d'Inui se retrouvèrent sur la table à leur côté et il continua :

- C'est là que j'ai sérieusement essayé de changer. J'avais... douze ans, je crois. J'ai essayé de me faire des amis, mais l'épisode avec Renji m'avait traumatisé. Je m'entendais bien avec les gens du club de tennis, mais je n'ai jamais pu m'ouvrir vraiment à eux... c'est alors que j'ai vu que je ne pouvais pas changer et j'ai demandé à mes parents de déménager. Je croyais que d'être seul me ferait moins de mal, mais, au contraire, je souffrais encore plus, et j'ai fini par m'enfermer dans mon monde...

À la surprise de Kaidoh, Inui se tourna vers lui pour le regarder dans les yeux et, avec un petit sourire, il continua :

- Tu sais, je serais surement resté toute ma vie en retrait si je ne t'avais pas rencontré. J'ai tout de suite senti, quand je t'ai vu, que, s'il y avait une personne au monde qui pourrait m'accepter, ce serait toi. Je pense que je suis tombé amoureux du premier regard. Tu étais tellement mignon à l'époque... quoique tu l'es toujours.

Le serpent se sentit encore rougir – à quarante ans, il rougirait encore de ce genre de compliments, il en était certain – et prit enfin la parole :

- Inui-senpai, je peux pas dire la même chose... sauf que, maintenant, j'imagine plus la vie sans toi...

Inui empoigna doucement son visage pour lui souffler tout bas :

- Promets-moi de toujours rester avec moi.

Kaidoh souffla et répondit :

- Si tu me le promets aussi, senpai.

Pour sceller leur promesse, le plus vieux se pencha sur lui pour l'embrasser tendrement. Après ce baiser, il se recula et lui avoua, changeant de sujet complètement :

- Je ne pourrais pas trop t'expliquer pourquoi ou comment j'ai commencé à te suivre. Je l'ai fait un peu sans m'en rendre compte... je crois que je ne me sentais pas à l'aise si je ne savais pas exactement tout sur ta vie. J'avais peur... que la même chose qu'avec Renji arrive, je suppose.

Kaidoh eut un petit ricanement et avoua :

- Senpai, tu m'as jamais paru incertain. C'est toi qui t'es déclaré en premier, c'est toi qui as toujours été le premier à tout faire.

- Parce que j'avais peur. Kaidoh, depuis le départ, t'es ce que j'ai de plus précieux. Si je te perdais, je crois que je deviendrais fou.

Le serpent siffla et murmura :

- T'inquiète pas, senpai. Je serai toujours là.

Le probabiliste le prit dans ses bras et lui répéta qu'il l'aimait. Kaidoh, pour la première fois, lui répondit chaque fois.