Titre: Hanshibou → Neuvième angoisse
Auteur: Reiku E. Suzuki
Couple : Reituki
Genre : Amour, survival horror...
Disclaimer: The GazettE ne m'appartient pas encore, l'histoire provient tout droit de mon imagination tordu.
Commentaires:
Vous me croyez si je vous dis que ça fait une semaine que ce chapitre est prêt à être publier et que je le mets que maintenant? U.U trop de devoirs, ça m'énerve.
Début du chapitre
Nous nous dirigions maintenant le plus loin possible du hall d'entrée. J'imagine que Reita voulait nous faire passer par l'espèce de salon-bibliothèque de l'hôtel, puisqu'il y avait par là une sortie d'urgence menant directement à la cour extérieure, selon ce qu'on avait pu en voir en visitant les lieux à notre arrivé. De là, il nous serait facile de rejoindre le chemin pour la ville, sans passer proche du hall d'entrée.
Je n'ai pas remarqué exactement pourquoi il nous a fait prendre un détour. Les couloirs menant à la biblio étaient assez sombres, mais pourtant il me semble qu'il a vu quelque chose, loin dans le corridor, qui lui a fait changer de direction. Mais je n'en suis pas certain, puisque je n'ai rien vu, et qu'il n'a rien dit. Et maintenant, nous nous ramassions en silence en train de monter les marches pour nous rendre au premier étage.
Si le rez-de-chaussée contenait le restaurant, la piscine et la bibliothèque, le premier étage contenait une grande salle de réunion, ainsi que des locaux permettant de pratiquer la musique et d'autres les arts plastiques. Les salles informatiques et de jeux se trouvaient au deuxième. C'était en soi un hôtel assez complet, construit dans un ancien pensionnat, je crois.
Le premier étage était aussi silencieux que l'étage que nous venions de quitter. Quoique le silence est relatif; nous entendions toujours les étranges sons des zombies, comme s'ils ne savaient rien dire d'autre et encore moins se taire. La pénombre était toutefois la même. Il n'y avait pas non plus de lumière qui filtrait des fenêtres, le soleil ayant décidé de se coucher. Ça devait faire maintenant à peu près 24 h que le cauchemar avait commencé, peut-être un peu moins, je ne sais pas…
Nous passâmes devant la grande salle. Reita se dirigeait résolument vers les prochains escaliers, pour nous faire redescendre et gagner la porte à côté de la bibliothèque. Uruha et moi suivions en silence, seulement quelques pas derrière lui. Un bruit métallique nous stoppa, suivit de près par une exclamation humaine. L'exclamation était étrange en son genre : apeurée oui, mais sans souffrance ou s'en peur atroce de voir un zombie en face de soi. Je crois que c'est l'étrange intonation de cette exclamation qui fit aussi s'arrêter Rei pendant quelques secondes. Puis il secoua la tête et s'apprêta à repartir. Je le retins par le coude.
-Attend! C'était quoi, ça?
-Comment veux-tu que je le sache?
-On ferait peut-être mieux d'aller voir…
-Non, Ruki…
Voyant que je ne l'écoutais pas et que je me dirigeais résolument vers l'origine du bruit, soit la grande salle, il se tourna pour la première fois vers Uruha et lui adressa la parole.
-Et, toi, tu pourrais pas lui parler, lui dire que c'est pas une bonne idée?
-Je…
-Laisse tomber. Tu es aussi inutile que peureux quand t'es à jeun. Ruki, reviens ici!
S'il avait su montrer la moindre petite inquiétude dans sa voix, je me serais peut-être arrêter. Mais même là, il n'avait ni inquiétude, ni colère, ni même des reproches dans ses intonations. Seulement son éternelle neutralité, comme s'il s'en fichait un peu, même si je voyais bien que je l'exaspérais. Il me suivait pourtant, mais ne tenta pas de me retenir. Peut-être était-il lui aussi curieux sur ce qu'il se passait dans cette salle…
Je poussai la porte, puis me figeai dans l'entrée. Si j'avais su d'avance ce qu'il y avait là, il était certain que j'aurais passé mon chemin. Je commençais à m'habituer à la présence des zombies. Oui, car au final, ils se ressemblent tous et sont aussi idiots que prévisibles. Reita aurait dit la même chose de moi…
Sur la scène de l'auditorium, une échelle était tombée. Jusque-là pas de problème, jusqu'à ce que je lève les yeux au plafond. Un homme se tenait-là. Je le reconnu immédiatement : notre manager! Je m'apprêtai à crier son nom, quand je vis ce qu'il était en train de faire. Il tenait dans ses mains une corde qu'il attachait solidement à une des lumières de la salle, tout en essayant de ne pas tomber par terre. Le nœud coulissant au bout de la corde me glaça le sang… non…
-Manager-san, murmurai-je d'une voix plus faiblarde que ce à quoi je m'attendais.
-Qu'est-ce qu'il fout, ce con?
Reita et Uruha m'avaient rejoint. Ni l'un ni l'autre ne faisait un geste, comme s'ils en étaient venus à la même conclusion que moi. Je ne pouvais pas laisser notre manager faire une chose pareille! Après tout ce qu'il avait fait pour nous jusqu'à présent...
-Arête, criai-je.
-Ruki? Ruki, c'est toi? Et Reita? Uruha?
Sa voix tremblait autant que la mienne. Je m'empressai de traverser la salle pour me rendre jusqu'à lui. Je repris l'échelle et tentai de la relever. Il me dévisagea d'un regard noir.
-Qu'est-ce que tu fais, Ruki?
-Je monte te chercher…
-Non! Non, je veux pas! Laisse-moi en finir, s'il te plait. J'aurais dû t'écouter, hier soir… Mais je ne te croyais pas. Mais de toute façon, regarde où ça nous mène! Nous allons tous mourir de toute façon.
Sa voix se brisa sur son dernier mot, et il éclata en sanglot. Les larmes commençaient à couler sur mes joues, mais les miennes étaient silencieuses, et froides.
-Écoute. Nous avons déjà survécu jusqu'ici. Nous pouvons bien nous en sortir, non?
-Tu ne comprends pas, Ruki, il n'y a aucune chance de survie! Cette ville est un coin perdu, loin de tout. Les renforts ne viendront pas, et qui sait si le reste du monde n'est pas déjà détruit? Je ne veux pas finir zombifiée! Et qui sait si c'était pas prévu? Si vous saviez la somme qu'ils ont donnés, et les pressions qu'ils ont mis pour que vous veniez... J'aurais dû démissionner, j'aurais dû vous laisser partir seuls, je... je veux pas devenir un zombie...
-Comment as-tu fait pour venir jusqu'ici?
Une voix calme, neutre. Fort différente des voix en larmes et brisées qui ponctuaient notre échange, entre notre manager et moi.
-Reita, qu'est-ce que tu veux?
-Survivre. Et m'arranger pour que les autres survivent.
Je tiquai sur le ''m'arranger pour que les autres survivent''. C'était la première fois qu'il utilisait une expression un peu moins égoïste depuis le début du cauchemar. Il n'y a pas si longtemps encore, il disait qu'il m'utilisait pour assurer sa survie. En d'autres temps et lieux, j'aurais été heureux du changement d'attitude de sa part. Mais présentement, j'étais loin d'avoir la tête à me réjouir.
-Alors tu prendras soin de Ruki pour moi, s'il te plaît.
-D'accord, si tu réponds à ma question.
-Quand j'ai vu que ce fou de Ruki s'habillait pour se diriger dehors, je commençai à doutai que ce qu'il avait vu ne soit pas qu'un cauchemar. Alors je me suis habillé pour le rejoindre. J'atteignis le hall quand il se sauvait dans le secrétariat. Voyant les cadavres qui s'approchaient de moi, j'ai courus vers ce bâtiment-ci. Je les ai semés. Mais on ne les sèmera jamais pour de bon. Ils sont trop nombreux, ils les ont tous eus… et se sera bientôt notre tour. Je veux pas devenir un mort-vivant. Alors autant en finir maintenant.
-Manager-san, si nous avons réussi à survivre jusqu'ici, commençai-je.
-Ruki, tu as peut-être la force et le courage d'affronter une armée de mort-vivant, mais pas moi. Je n'en peux plus, c'est au-dessus de mes forces. Reita... Prend bien soin de lui, tu sais aussi bien que moi qu'il est sans doute le plus fragile de vous tous, même s'il le laisse pas toujours paraître.
-Tu ne devrais pas faire ça…
-Promet, Reita!
-Je te le promets, manager-san. Mais nous surveillerons Ruki ensemble.
-Non.
Il ferma les yeux un instant, et poussa un profond soupir. Je profitai de cet instant de silence pour placer l'échelle comme il faut, et je commençai à grimper dedans. J'allais déloger notre manager de son plafond de gré ou de force. Il n'allait pas se suicider comme ça, je ne le laisserais pas faire! Lorsqu'il ouvrit les yeux, ceux-ci étaient tristes, mais sec. Sa voix ne tremblait même plus. Je pouvais lire en lui une triste résignation, mais une détermination froide et forte, indestructible.
-Ruki, les autres, j'espère vous revoir dans l'autre monde le plus tard possible. Je vous souhaite la meilleure des chances, moi, j'abandonne la partie. Essayez de retrouver les autres, si possible, et reprenez le retard dans la tournée...
-Non!
Je n'eus pas le temps de l'atteindre. Déjà, il passait la corde autour de son coup et se lançait dans le vide. Je franchis les derniers barreaux qui me séparaient encore de lui, puis j'essayai de le décrocher. Parfois, on pense que la pendaison est une mort lente, mort par asphyxie à cause de la corde qui bloque la respiration. Mais il en est autrement. La mort par pendaison est rapide et sans souffrance, par la rupture de la nuque. Je n'avais aucune chance de le sauver… et pourtant, je m'efforçais de le décrocher, simplement parce que je n'arrivais pas à croire en l'évidence. Notre manager s'était suicidé.
Je serais sûrement resté à pleurer en haut de l'échelle jusqu'à ce que mon corps se vide en entier de l'eau qu'il contenait si Reita ne m'attendait pas en bas. Il criait mon nom, montrant pour la première fois un peu d'inquiétude à mon égard. C'est peut-être cette petite trace d'humanité de sa part qui me fit descendre.
Je remarquai avec amertume que je collectionnais dans ma mémoire tous les petits moments où il montrait un peu de sentiment. Ses sourires, son rire que j'avais eu la chance d'entendre une seule fois depuis le début du cauchemar, et maintenant la légère trace d'inquiétude, subtile mais pourtant présente.
Dès que je posai le pied sur le sol, il me prit dans ses bras comme s'il avait peur que je tombe sur le sol. Puis il m'entraîna vers la sortie, Uruha suivant calmement derrière. J'avais beau le frapper, le gifler, le traiter de tous les noms possibles et inimaginables… Il continuait encore et toujours de me traîner de force vers la sortie de la salle. Je ne voulais pas sortir! Je voulais rester avec notre manager. Je ne voulais pas croire qu'il avait vraiment fait ça…
Je me calmai seulement rendu à l'extérieur, la porte de la salle bien fermé. Quoique calmé n'est peut-être pas le mot. Je continuais à pleurer et à sangloter, mais je n'essayais plus de rejoindre le défunt. J'étais devenue un peu plus raisonnable, si on veut. Je pensais surtout à ce qu'il vous avait demandé. Trouver les deux autres. Partir d'ici. Continuer la tournée. J'avais des tonnes de chansons à écrire, on pourrait probablement faire quelques bons Cds après ça, tous les cinq.
-Ça va?
Le retour de sa voix froide et neutre. Il me posait la question seulement pour la forme. De mon côté, je ne réussis pas à lui répondre autrement que par un hochement de tête qui signifiait clairement un non. Uruha semblait aussi bouleversé que moi, sinon plus. Il était pâle, tremblant, comme figé dans du plâtre. Décidément, à jeun, il ne valait pas grand-chose... Qu'importe. J'aurais pu passer la nuit au complet figée comme lui, en essayant d'accepter la mort de notre manager. Mais Reita ne m'en laissa pas le temps.
-Désolé, les gars, mais il faut y aller. À moins que vous ne voulez le rejoindre au plus tôt. Mais je lui ai promis de m'occuper de toi, Ruki, et je déteste rompre des promesses.
Je n'avais pas le droit de le haïr parce qu'il avait raison, mais en ce moment, je l'aurais bien égorgé juste parce qu'il ne respectait même pas une minute de silence pour notre ami. Il me tendit la main pour m'entraîner dans le corridor. Au lieu de la prendre, je lui jetai un regard noir, avant d'aider Uruha a avancé. Le pauvre était plus faible que moi, en ce moment. Personne ne devrait vivre des situations comme la nôtre, tout ça est injuste.
Fin du chapitre
Un mort, un mort, on aime les morts^^
