Raphi5930 : Tant de haine, tant de haine... Tu fous Mendell dans le même sac que Robin ? x)

Guest : Emma et Regina finiront bien par se croiser, c'est du SQ après tout (même si ça en a toujours pas l'air). Oooh attends, tu as pas encore vu le traitement en question...

Bonne lecture !


Emma déposa un bouquet de lys blancs et de myosotis sur la tombe. Elle s'assit contre la pierre, comme elle en avait pris l'habitude. Il faisait plus frais que l'année dernière. Le soleil restait présent même s'il commençait à décliner derrière les immeubles. Elle n'avait pu venir qu'en début de soirée.

« Je t'ai finalement encore pris un bouquet. C'est vrai que ça a toujours son charme... »

Elle avait aussi acheté un bouquet l'année dernière. Elle avait aussi passé ses nerfs sur le pauvre fleuriste car il n'avait pas de myosotis ce jour-là. Avec le recul, s'énerver ainsi avait été un peu excessif...

Emma laissa sa tête aller contre la pierre froide et ferma les yeux. Elle soupira.

« Tu me manques, tu sais ? … Je m'en voudrais toujours... »

Le vent souffla et Emma ramena ses jambes contre elle pour conserver un peu de chaleur. Elle remonta la fermeture éclair de sa vieille veste rouge. Elle essuya quelques larmes et ferma les yeux. C'était ici qu'elle se sentait le plus proche d'elle, bien qu'elle soit désormais partout et nulle part. Elle garda le silence et essaya de calmer sa respiration. Il y avait des moments où son absence était plus supportable que d'autres.

Emma se racla la gorge et reprit d'une voix plus claire, bien que ses yeux soient toujours humides et brillants. Elle n'avait pas envie de parler. Sa gorge était trop serrée. Elle songea que s'évertuer à lui parler n'était qu'une piètre stratégie pour surmonter sa mort. Elle avait beau garder précieusement les souvenirs la concernant, sa mémoire oubliait certains détails... Sa voix, ses expressions, sa gestuelle...

Emma soupira. Elle toucha la gravure de la tombe de sa main, dessinant le contour de chaque lettre : LILY PAGE. C'est dans ces moments-là qu'elle aurait aimé que Lily puisse lui parler. Emma se souvenait encore de son franc-parler et de son impulsivité. Elle n'aurait peut-être pas aimé la voir se morfondre sur sa pierre tombale mais Emma s'en fichait : Lily n'était plus là pour se faire entendre et ce, depuis longtemps hélas.


Emma retrouva Graham dans un restaurant qui leur était bien familier. Ils venaient y manger tous les ans depuis sa mort. Ils prirent à emporter ce soir-là car Graham était toujours de service. Manger dans la voiture de patrouille restait un cadre atypique non dépourvu de charme.

Ils échangèrent des nouvelles entre deux bouchées puis revinrent naturellement sur leurs souvenirs avec Lily. Il y en avait toujours de nouveaux qui ressurgissaient. Il était apaisant de se rappeler que Lily Page n'avait pas toujours été qu'un nom sur une tombe mais aussi quelqu'un de vivant.

Emma songea que Graham avait changé. Il s'était un peu laissé pousser la barbe mais le changement ne concernait pas que son apparence. Il était plus posé, plus mûr. Il avait fier allure avec l'étoile de Shérif à sa ceinture. Il en assumait pleinement les fonctions. Emma, quant à elle, avait l'impression d'être la même, comme si elle était morte avec Lily ce jour-là.

Ils rirent de ces souvenirs aussi plaisants que douloureux puis furent interrompu car le bruit de la radio.

« Ici Patrouille Bravo. Message prioritaire. Envoyez équipe en renfort pour réguler la circulation. Un AVP corporel sur l'angle de Saint Edward Street et Myrtle Avenue. Les SP sont en route. Terminé »

Graham sortit un stylo et griffonna l'adresse. Il signala à son collègue qu'il serait là d'ici moins de cinq minutes. Il termina sa transmission et remballa son repas dans sa boite. Emma était toute ouïe.

- « Je suppose que tu veux venir ?, demanda Graham en connaissant déjà la réponse.

- Bien sûr, s'enthousiasma Emma le regard brillant.

- Ce sera comme au bon vieux temps. »

Graham mit le moteur en marche et déclencha la sirène. Emma se redressa sur son siège. Voilà une autre adrénaline que celle ressentie dans un tribunal. Le véhicule circula sans encombres dans les rues de New-York, les voitures s'écartant sur son passage, jusqu'à rejoindre un autre véhicule de patrouille dont les gyrophares perçait la nuit. Il y avait un petit attroupement. Bien que sa présence soit justifiée par Graham, Emma ne put approcher. Elle vit seulement les policiers prendre des photos d'un corps inerte, gisant dans son sang avant que ce dernier ne soit emportorté. Les policiers interrogèrent d'éventuels témoins. Emma tendit l'oreille.

- « Qu'avez-vous vu ?, demanda un policier.

- Une voiture a foncé sur l'homme là, dit le témoin en désignant le corps qui était en train d'être emmené. Mais la voiture a aussi percuté une autre personne.

- Comment était la voiture ?

- Je n'ai pas pu voir. Les réverbères ne marchent pas ici... Mais je pense que c'était intentionnel. La voiture est revenue, est repassée sur le corps deux fois avant de partir. »

Emma tentait de s'imaginer la scène. Elle écouta de nouveau et apprit que l'homme était un SDF. L'avocate fronça les sourcils : Pourquoi s'attaquer à quelqu'un qui n'avait rien ?

« Hey ! Sucre d'Orge! »

Emma se retourna vers la voix et roula des yeux en reconnaissant l'auteur de cette appellation mielleuse. Elle esquissa néanmoins un sourire amusé en le voyant. L'homme la rejoignit en passant outre les policiers qui cherchaient à tenir les curieux à l'écart.

En voyant un inconnu s'adresser si familièrement à Emma, Graham tourna la tête et s'intéressa à cet individu. Emma se détourna de Graham et lança un regard entendu à l'homme qui changea aussitôt d'attitude. Emma l'en remercia silencieusement.

Ce dernier ôta son petit haut de forme dont le sommet s'était ouvert comme une boite de conserve. Il s'inclina de façon maniérée et rajusta les mitaines qui couvraient ses mains. Emma la salua brièvement et lui conseilla d'arrêter ses jérémiades. Graham détourna le regard et reporta son attention sur l'interrogatoire qui se jouait dans la rue.

- « Je n'arrive pas à croire que tu me forces encore endosser ce rôle là, ma poule, dit-il.

- C'est ma vie, ça ne regarde que moi, se justifia Emma. Personne n'a à savoir ce qu'était ma vie avant.

- C'est toi qui choisit. » fit-il en haussant les épaules.

Son manteau usé et son apparence négligée incitait plus à l'évitement. Emma remarqua qu'il s'était rasé et que son visage avait la traces de quelques coupures ici et là. Ceci la fit sourire.

- « Qu'est-ce que tu fais ici ?, demanda Emma. Ça faisait un bout de temps que je t'avais pas vu.

- Je suis un peu partout, répondit-il dans un sourire. J'ai eu ton virement mais ce n'était pas nécessaire. »

Emma ne releva pas ce point. Elle savait qu'il faisait bon usage que cet argent.

- « Waldo... Tu traines ici maintenant ?

- J'ai emmené un gamin à l'association. Il s'appelle Oliver. Ses parents l'ont abandonné.

- Ah oui... fit Emma. C'est vrai qu'elle est à deux rues d'ici. »

Emma regarda de l'autre côté de la route où un petit garçon attendait sagement. On devinait ses cheveux roux sous son béret miteux.

« Amélia, Abigail et moi, on a plus de place pour le moment pour accueillir un gamin de plus donc on l'emmène ici, le temps de lui trouver un endroit où loger. » expliqua Waldo.

Emma hocha la tête. Le garçon ne devait pas avoir plus de dix ans.

- « Tu as vu quelque chose ?, reprit-elle.

- Oh mon sucre d'orge, je ne savais pas que tu tenais encore à moi. »

Emma soupira et sourit. Elle sentait le regard de Graham dans son dos. Waldo jouait la comédie comme personne. Elle dégaina son portefeuille et sortit deux billets qu'elle mit dans la main tendue de Waldo. Leur petit manège était bien rodé et dupait tout le monde.

- « J'ai vu une voiture..., dit timidement Waldo.

- Ok..., fit Emma en joignant trois autres billets.

- Une voiture aux vitres teintées. Qui roulait les phares éteints. La voiture semblait en vouloir au type... L'autre n'est qu'un dommage collatéral.

- Mmmmh...

- Je n'ai pas pu voir si c'était un homme ou une femme au volant, ajouta Waldo.

- Très bien, conclut Emma. Tiens prends ça... Prends soin du gosse et payez-vous un bon repas... Et merci pour les infos.

- Merci pour tout, ma poule, dit-il en fourrant la nouvelle liasse de billets dans ses poches. Passe nous voir quand tu auras le temps, tu sais que les gosses t'aiment bien.

- N'en fais pas trop, recommanda la blonde dans un sourire. Je passerai quand j'en aurais le temps.

- Tu veux que je garde un œil sur les environs ?, demanda Waldo à voix basse.

- J'aimerai beaucoup. Mais fais attention je la sens pas cette histoire. »

Waldo hocha la tête. Il partit et l'enfant adressa un au revoir de la main à l'avocate qui lui fit signe à son tour. Elle attendit que Graham finisse son intervention pour lui parler une fois à l'abri des oreilles indiscrètes dans la voiture. Elle lui expliqua ce que Waldo lui avait appris et Graham en prit note.

- « Comment tu le connais ?

- C'est un informateur. Il a des yeux partout. C'est la voix du peuple. Il m'a aidé pour quelques affaires en tant que témoin, répondit-elle vaguement.

- On peut lui faire confiance ?

- Au prix où je le paye, j'espère bien » rit Emma.

Il était si facile de mentir. Personne ne croirait qu'elle avait un lien quelconque avec cet homme aux vêtements usés.

- « Tu voudras bien éclairer encore un peu ma lanterne ?, demanda Graham.

- Avec plaisir. Tu viens chez moi demain soir ?

- Ok.

- Bon courage, dit-elle.

- Tu veux que je te ramène ?, proposa Graham.

- C'est bon je vais rentrer en bus. »

Graham continua de recueillir quelques témoignages. Emma fourra ses mains dans les poches de sa veste rouge. Elle marcha dans le halo des réverbères puis tourna au coin de la rue pour rejoindre l'arrêt de bus.


Regina jouait silencieusement aux échecs. Elle ne cherchait le contact avec personne, elle cherchait même à l'éviter d'autant plus depuis ces deux jours en isolement et le début de son nouveau traitement. Elle regardait les cartes qu'elle avait fait faire, cartes qui récapitulaient les aptitudes des différentes pièces de l'échiquier. Elle oubliait de plus en plus de choses alors elle commençait à tout prendre en notes. Elle soupira et arrêta sa partie où elle était son seul et unique adversaire. Son esprit s'embrouillait et réfléchir à une stratégie devenait une tâche impossible.

Elle ouvrit son carnet où elle avait commencé à griffonner sa perception des choses : les traitements, sa vie confinée dans ces quatre murs d'un blanc opaque, son Henry qui serait vivant... Elle avait du mal à serrer sa main autour du stylo. Écrire était une épreuve presque insurmontable. Le trait tremblait et dessinait les lettres avec hésitation. Les lignes ondulaient devant ses yeux et ne faisaient que rendre la tâche plus ardue encore.

On lui arracha son carnet des mains. Elle ne tenta même pas le reprendre quand elle vit qu'il s'agissait de Mendell.

« Madame Wood..., commença-t-il d'un ton moralisateur. Écrire ton délire ne le rendra pas plus réel. »

Il déchira les pages qu'elle venait d'écrire et lui rendit son carnet. Il le lui jeta. Regina le rattrapa maladroitement. Elle froissa quelques pages du carnet qui s'était ouvert et écrasé sur elle.

« Tâche de faire quelque chose de plus constructif pour ta guérison » conseilla-t-il en s'éloignant.

Il sortit son stylo et appuya sur l'embout au rythme d'une mélodie que lui seul connaissait. Regina tressaillit. Dieu qu'elle exécrait ce bruit.

Une jeune femme prit place à côté de Regina, une patiente.

« C'est le pire de tous » commenta-t-elle.

La brune leva les yeux vers l'inconnue. D'autres avaient déjà tenté de nouer un lien avec elle mais elle s'y était toujours refusée car cela aurait été s'allier à la folie des autres, d'une certaine manière. S'exclure n'avait pour autant pas porté ses fruits. La femme était jeune, aux cheveux blonds et un serre-tête ornait sa chevelure et dégageait son visage. Regina pensait qu'elle l'avait déjà vue... sans parvenir à situer quand... lors des repas peut-être ? Elle ne pouvait l'avoir vue qu'ici.

- « Oui, répondit néanmoins Regina.

- Moi aussi ils m'ont enfermée ici sans raison. Moi c'est mes parents, et toi ?

- Mon mari. »

La jeune femme hocha la tête, compréhensive. Elle donna son prénom et la brune songea qu'Alice n'était pas un prénom si dur à retenir. Pourtant, son esprit ne le garderait pas longtemps en mémoire.

« Si vous voyons des choses, c'est que les autres ne sont pas aptes à les voir, c'est tout » assura Alice forte de sa théorie.

Regina fronça les sourcils. Le discours d'Alice se faisait de plus en plus obscur. Elle continua de faire mine d'adhérer à son propos et Alice mit fin à leur brève conversation :

« Je dois te laisser. Je dois voir le Comte de Cheshire. C'est un chat tigré », précisa-t-elle à voix basse.

Alice partit, le pas léger et dansant en entonnant une chanson dont les mots rocambolesques et imaginaires devaient constituer son langage propre :

« Il était grilheure : les slictueux toves

Gyraient sur l'alloindre et vriblaient

Tout flivoreux allaient les borogoves

Les verchons fourgus bourniflaient. »

Regina vit ces espoirs balayés par ce poème dépourvu de sens. Alice se pencha pour attraper le chat de la résidence et l'emporter avec elle. Cora leva les sourcils, dans une expression de surprise savamment calculé. Regina ne fut pas étonnée de la voir apparaître de nulle part. Cora darda Alice d'une réplique moqueuse :

« Celle-là, elle a bien creusé son trou. »

Regina devait faire des efforts pour garder la tête hors de l'eau sinon elle finirait comme eux et parfois, elle se demandait sérieusement si sa mère était un appui ou un fardeau.


Regina se retint de le fusiller du regard. Ce n'était pas avec des pâtisseries qu'il obtiendrait quelque chose d'elle. Mais elle savait maintenant, qu'attaquer de front était stupide lorsque l'on avait aucun pouvoir. Elle s'efforça de paraître aimable. Il était son seul et unique lien vers l'extérieur. L'attaquer de front n'était pas la meilleure stratégie. Elle décida de tenter une approche plus diplomate. Elle prit la main de Robin avec délicatesse et s'efforça de ne pas laisser paraître le mal de crâne qui compressait sa tête.

« Je vais mieux, nous pourrions sortir. » lui suggéra-t-elle.

Robin regarda Regina avec attention. Elle semblait aller mieux. Il l'avait vue dans un état végétatif et comateux. Il l'avait vue parfois fondre en larmes devant lui et mentionner Henry mais Regina ne se souvenait pas de toutes ses visites. Elle l'accusait toujours de cacher Henry quelque part.

Robin appliquait les conseils du psychiatre et restait calme, tout en essayant de ne pas la contrarier, ni de la conforter dans son délire. L'exercice n'était pas simple mais il faisait de son mieux.

Regina paraissait plus éveillée et jusqu'à présent, elle n'avait pas montrée de signes d'hallucinations ou d'angoisse. Peut-être que cette sismothérapie avait montré ses effets. Robin lui sourit et prit la main de sa femme dans une tendre caresse.

- « On m'a dit que ta dernière sortie ne s'était pas très bien passée, souffla Robin. Tu as agressé et volé un client dans un café et je...

- C'est ce qu'on t'a dit ? » coupa-t-elle en retirant sa main.

Elle apposa ses doigts froids sur ses tempes. Le sang battait à ses oreilles et elle sentait la colère l'assaillir. Elle se concentra et tenta de calmer sa respiration. Ce n'était pas le moment d'exploser.

- « Je voudrais te faire sortir, plaida Robin, mais je ne peux pas te gérer tout seul. Si tu es agressive, je ne peux pas t'aider.

- Tu vas me laisser croupir ici ?

- Tes sorties sont permises par les médecins, jugea-t-il bon de rappeler. J'aimerai beaucoup que l'on puisse ressortir comme avant mais dans ton état, ce n'est pas encore possible. »

Regina déglutit et ferma les yeux quelques secondes. Elle avait l'impression que son crâne allait se briser sous l'effet de la douleur.

- « Je n'ai agressé personne au café, se souvint-elle.

- Dans ce cas, pourquoi avais-tu son téléphone ?, demanda Robin. Si tu veux m'appeler, tu n'as qu'à demander. »

Le souvenir était obscur. Elle croyait bien avoir cherché quelque chose sur l'ordinateur... mais ce n'était pas Robin... ou peut-être était-ce lui après tout ? Elle n'y avait personne d'autre qu'elle pouvait joindre. Aucune de ses amies n'étaient venues lui rendre visite, ne serait-ce qu'une fois.

Son regard se posa sur la main de Robin. Elle se souvint alors des traces rouges qu'elle y avait vu. Ceci raviva sa haine et sa rage.

« Je n'ai pas mis le feu au manoir. » dit-elle.

Robin soupira, fatigué. Il avait toujours droit au même discours, aux mêmes négations perpétuelles. Il était toujours là, il essayait d'avancer, de l'aider et Regina s'enfermait toujours dans sa folie. Cette fois, Robin ne put en écouter davantage. Il avait atteint la limite du supportable.

- « C'est moi qui t'aie forcée à mettre feu à ton manoir peut-être ?, s'exclama-t-il en se levant. Tu désirais tellement mourir que tu ne t'en souviens même pas !

- Tu mens !, répliqua Regina en se levant à son tour.

- Tu as foutu des caméras dans cette fichue maison pour assurer la sécurité. On te voit toi oui toi, Regina, mettre de l'essence partout et y jeter une allumette.

- C'est truqué !

- C'est la vérité ! Fais un peu face aux conséquences de tes actes ! Tu as voulu mourir, tu as des hallucinations. Merde, Regina, tu vois ta mère, tu dois bien reconnaître qu'il y a un problème ! »

Robin regarda sa femme avec tristesse et exaspération.

- « Henry est vivant, soutint Regina. Tu avais des plaques dues à ton allergie à la camomille.

- Je fais de l'eczéma parce que je suis stressé par ton état et mon travail. On a perdu notre fils et je te perds toi, tu penses vraiment que je suis heureux ?

- Et le porte-clefs ? », interrogea sa femme en croisant les bras.

Robin inspira et retint une remarque. Le meilleur moyen de montrer à Regina qu'elle délirait restait sans doute de lui montrer une preuve. Robin sortit ses clefs de sa poche. Les yeux de la patiente détaillèrent les clefs de métal et les portes-clefs. Il y en avait un de Sherwood Archerie et un autre en forme d'une mini chope de bière dans laquelle un liquide ambré miroitait avec des petites billes pour symboliser la mousse... mais aucune trace du porte-clefs que Regina avait vu.

« Tu l'a retiré, c'est ça ? » l'attaqua-t-elle alors.

Robin soupira, excédée. Quoi qu'il dise, quoi qu'il fasse, elle restait ancrée dans son fol espoir. Regina était obstinée mais là c'est une pure hérésie. Il tenta de rester calme et de répondre d'une voix posée, sachant qu'un éclat de voix ne ferait que rendre sa femme plus virulente.

- « Il n'y a jamais eu rien d'autres que ces porte-clefs, assura-t-il d'une voix calme et rassurante.

- Je suis certaine que non, s'obstina-t-elle.

- J'y vais, termina Robin. Je reviendrais bientôt. »

Robin s'éloigna. La visite d'aujourd'hui avait été éprouvante.

Pas de porte-clef. Elle avait dû rêver mais elle était persuadée que non. Elle n'était pas folle. Elle se souvenait clairement avoir vu ce porte-clef. Elle se rappelait bien que la rougeur à la main de Robin n'avait rien à voir avec de l'eczéma.

Une vague de douleur assaillit son crâne. Elle apposa ses paumes et tenta de masser son crâne douloureux. Elle ferma les yeux et pria pour que la douleur cesse. Elle sentit une main se poser sur son épaule et se tourna vers elle, pleine d'espoir, pensant qu'il s'agissait de sa mère.

« Madame Mills, il va falloir prendre votre traitement », l'informa Nova avec douceur.

Regina acquiesça. La douleur était si forte qu'elle daigna les prendre. De plus, il y avait cette séance de sismothérapie demain. Elle avait besoin de faire une pause, de partir. Et pour rendre son existence plus supportable, elle avala les précieuses gélules. D'ici une quinzaine de minutes, elle ne serait plus qu'une coquille vide et elle pourrait tout endurer.


Emma ouvrit la porte à Graham. Ce dernier ne s'étonna pas de la nudité de l'appartement, dépourvu d'objets superflus. L'appartement restait inchangé depuis des années. Le papier peint était plus fatigué et la télévision avait été changée mais dans le fond, Emma avait gardé le même cadre de vie et ce, indépendamment de son compte en banque plus généreux.

Graham posa son dossier sur la table. Il n'était pas dans la procédure de faire les choses ainsi mais cet échange de services était fort utile, pour l'un pour pour l'autre. Emma apporta les tasses de café. Ils éparpillèrent les feuilles du dossier tout en vidant tasse après tasse. La nuit s'avançait et ils demeuraient encore avec des questions sans réponse.

- « Tu es sûr que ces meurtres auraient pas un rapport ?, demanda Emma avec scepticisme. Est-ce qu'on est sûr déjà que ce sont que des accidents ? Il y a eu le même genre de truc il y a plus de deux ans, à quelques rues de là. Un SDF s'était fait taper par une voiture.

- Il y a des accidents partout. Et cet endroit est peut-être plus sujet aux accidents que d'autres. Regarde : les réverbères ne marchent plus dans ce coin, rappela Graham.

- On a deux témoins pour le premier et le troisième cas qui décrivent le même véhicule, fit remarquer Emma.

- La voiture décrite est assez commune et on a toujours pas le modèle exact. Mais pourquoi les tuer ? Ces gens n'ont rien... Et ton ami Waldo dit qu'il n'y a personne de louche dans les rues... Enfin, personne de nouveau, se reprit-il. Et ils ont aucun point commun... »

Ils reprirent certaines feuilles du dossier. Des personnes sans biens, sans argent... Ils n'étaient pas connus des services de police, ne semblaient pas baigner dans un trafic quelconque... Graham se prit la tête dans ses mains et ferma les yeux quelques instants, accusant la fatigue. Emma lui tapota le bras pour le sortir de sa somnolence et lui demanda :

« Si, ils ont un point commun. Regarde. C'est cette association. »

Elle montra un cliché du deuxième meurtre et du troisième où à l'arrière-plan, à l'écart du corps, on devinait un emballage portant le logo d'une association caritative.

- « Tu connais cette assoc', interrogea-t-elle ?

- Je crois..., commença Graham en se rapprochant de la photo, que ça pourrait être l'association des Joyeux Compagnons. Ils sont tous là-bas. C'est la plus grosse association de la ville. C'est pas étonnant. C'est qu'une simple coïncidence.»

Emma savait que les SDF ne suscitaient pas beaucoup d'intérêt. On les considérait comme des parasites indésirables. Aussi, cet homicide, volontaire ou non, serait bientôt classé pour manque de preuve et manque d'intérêt.

Cependant, Maitre Swan restait focalisée sur le nom de cette association. Le nom lui paraissait toujours aussi insultant, toujours aussi humiliant mais elle se rappelait très bien de la propriétaire. Il n'y a pas si longtemps, elle avait eu l'occasion de ranger le dossier de divorce la concernant.

Graham décida de ne pas s'imposer plus longtemps dans son petit appartement. Il rangea son dossier.

- « Merci pour ton aide mais je continue de penser que ce n'est qu'une coïncidence. On va essayer de retrouver la voiture même si les indices sont minces et qu'on a pas la plaque.

- Ouais, répondit Emma. Si tu as du neuf tu m'en toucheras un mot ?

- D'accord » acquiesça Graham.

Il ne voyait pas en quoi cette affaire d'une banalité morose suscitant tant l'intérêt de son amie mais il était trop tard désormais pour qu'il se torture avec ce genre de questionnement. Emma referma la porte derrière Graham. Elle prit son téléphone et nota un rappel :

Cherchez Regina Mills.

En dépit de que disait Graham, Maitre Swan continuait de penser que ces homicides avaient un lien et elle était déterminée à le trouver.


Notes :

Concernant l'appel radio :

Patrouille Bravo désigne la deuxième voiture selon l'alphabet phonétique.

SP: Sapeurs Pompiers.

AVP corporel : Accident sur la Voie Publique.

Je mettrai un chapitre demain !