Titre : An deine Stimme (Au son de ta voix).

Auteur : Sahad

Note : J'aurais mis vraiment longtemps pour ce chapitre... Navrée. Pour ceux/celles qui auront eu le courage (l'obstination ?) de m'attendre. Merci.

Note 2 : Comme j'ai un travail assez prenant, j'écris souvent très tard, merci d'être indulgent(e)s pour les fautes d'orthographe.

Note 3 : réponses aux reviews.

Laura : Voici la suite. J'espère que tu trouveras réponses à tes questions.

hl-fic-tion-x3 : Oui, tout ne peut pas bien aller, tout simplement parce que sinon vous ne liriez pas... Mais pour l'instant, petit moment de ciel sans nuage...

madison2a : Voilà la suite, j'espère que tu es encore là.

Thunsterblich1 : Ton commentaire m'a fait vraiment très plaisir. Fan est un bien grand mot... Disons que j'écoute la musique et que je garde pour mes fics l'image que j'avais des 4 garçons... En tout cas, merci de lire cette histoire même si j'ai bien peur qu'elle perde de son intérêt. A moi de me resaisir, me diras-tu. Héhé...

Shin-ichi : Comme quelqu'un me l'a si bien dit un jour : « tu as deux joues ». Tom aussi, donc plusieurs baffes. Héhéhé... J'espère que cette suite te plaira.

Ketty : La voici... Très en retard. Désolée.

Bonne lecture.

Chapitre 10 :

La journée allait bientôt toucher à sa fin. Tom était fatigué mais anxieux en regardant la pendule dans le magasin : bientôt, il allait terminer sa journée, bientôt... Il allait revoir sa mère. Non pas que cela le gêna beaucoup, mais il savait qu'il allait s'énerver s'ils parlaient à nouveau du chantier. Bill avait dit qu'il essayerait de la convaincre mais le jeune dreadeux n'y croyait qu'à moitié : après ce qu'il s'était passé, sa mère n'allait définitivement pas accepter de le laisser travailler là-bas. Il soupira et claudiqua jusqu'à une étagère pour ranger des articles qui avaient été déplacés par des clients.

« Tom, tu ne pars pas ? » s'étonna Christine. « C'est l'heure, tu sais, je paye pas les heures sup'. »

« Je sais. » sourit le dreadeux, amusé. « J'vais y aller, t'inquiète, pas la peine de me mettre dehors.

La femme sourit et attendit que son jeune employé ait terminé pour fermer le magasin. Se tournant, Tom marqua un temps d'arrêt, appercevant, de l'autre côté de la rue, une voiture stationnée qu'il ne connaissait que trop ; la portière s'ouvrit et Bill en sortit, souriant. Le jeune brun traversa la rue et vint prendre son frère dans ses bras ; ce dernier n'était pas des plus démonstratifs de ce côté-là mais accepta de lui donner une accolade en retour. Son regard noisette se reporta sur la voiture, sa mère s'en extipant à son tour ; il la fixa un long moment avant de se détacher de son frère et d'aller vers elle.

« ... Bonjour, m'man... » murmura-t-il en arrivant à sa hauteur.

« Bonjour, mon poussin. » répondit-elle, lui faisant un bisou sur la joue. « La journée s'est bien passée ? »

« Comme d'habitude. » affirma le dreadeux en haussant les épaules.

« Ta jambe ne te gêne pas ? » insista Simone.

« Non. Elle n'est pas si faible que ça, je me débrouille. » répliqua Tom.

Sa mère hocha la tête, mais l'adolescent se doutait bien que sa mère n'était pas venue en voiture jusqu'au magasin juste pour le voir. Il attendit plusieurs secondes, puis lança un regard à son jumeau qui se contenta de lui adresser un sourire réconfortant. Il reporta ses yeux sur le visage soucieux de sa mère, ce qu'elle sembla remarquer :

« Ecoute, Tom. Ça ne me plaît toujours pas mais... Bill n'a pas arrêter d'argumenter en ta faveur alors... J'ai décidé de te laisser retourner sur le chantier. »

Les yeux de Tom s'écarquillèrent alors qu'il entendait ces paroles. Elle acceptait ? Il lança une nouvelle fois un coup d'œil à son frère qui souriait toujours. Simone reprit d'un ton plus ferme :

« Mais je te préviens. Au moindre petit problème, tu arrêteras tout : chantier comme magasin. C'est compris ? »

« Même le magasin ? » s'étonna l'ancien guitariste.

« Oui, même ça. » répondit sa mère.

Tom hésita et pesa le pour et le contre : il risquait de devoir tout arrêter, mais il avait aussi la possibilité de continuer à gagner de l'argent... Relevant les yeux vers sa mère, il hocha la tête, signe qu'il acceptait la condition. Bill esquissa un sourire plus grand encore, à l'inverse de leur mère qui laissa échapper un soupir, ses épaules s'affessant légèrement.

« Bon... Si tu es décidé... »

« Merci, m'man. » répondit Tom, préférant mettre toutes les chances de son côté en se montrant soulagé et reconnaissant.

Simone le regarda quelques instants, puis leur fit signe de monter dans la voiture. Bill s'approcha de son frère, lui adressant un sourire entendu et ils s'exécutèrent, montant tout deux à l'arrière comme à leur habitude. Tom aurait voulu savoir quels arguments le brun avait-il trouvé pour convaincre leur mère, mais, préférant ne pas tenter le diable, se tut. Le trajet se passa dans un lourd silence, uniquement interrompu par la radio qui captait une station de temps à autres.

Lorsqu'ils arrivèrent au chantier, le jeune dreadeux sentit son cœur battre un peu plus fort... Comment allait se passer la confrontation Philipp-Simone ? Y aurait-il des reproches ? Un désaccord ? Du sang ? Bon, non, peut-être pas jusque là. Mais il était vrai que l'idée de voir les deux adultes discuter ne l'enchantait pas beaucoup car il avait surtout peur qu'ils décident finalement qu'il était mieux pour lui qu'il ne revienne pas sur le chantier. La main réconfortante de Bill se posant sur son épaule le calma quelques peu, le regard du brun tentant de le rassurer. Tom esquissa un sourire un peu crispé puis reporta à nouveau ses yeux sur le cabanon... Ne mettaient-il pas trop de temps ? De quoi pouvaient-ils bien parler ? L'envie d'y aller le démangeait autant qu'elle le clouait sur place.

« Ah, le p'tit. » lança une voix derrière eux.

Les deux garçons se retournèrent d'un même mouvement pour voir apparaître un grand blond que Tom reconnut de suite :

« Stephan ! »

« Alors comment tu vas ? » sourit l'intéressé.

« Ben, ça va. Plus de peur pour vous que de mal pour moi. » répondit le dreadeux.

« Mieux qu'hier ? » demanda le blond.

« Et pire que demain. » sourit Tom. « Ah, Stephan, je te présente Bill, mon frère jumeau. »

Stephan haussa les sourcils et se pencha sur l'androgyne, le détaillant, puis fit des allers-retours entre les deux frères. La ressemblance n'était pas évidente à cause de leurs styles différents mais une fois qu'on avait bien regardé, elle sautait aux yeux. Sentant l'adolescent quelque peu mal à l'aise, il sourit à nouveau :

« Enchanté, gamin. »

Pour toute réponse, Bill hocha la tête en esquissant un mince sourire, ce que le blond comprenait très bien. Il héla Georg qui termina sa tache avant de les rejoindre en quelques enjambées, un large sourire aux lèvres :

« Salut Bill, salut Tom. »

« Salut Georg. » répondit le deuxième. « Comment va le taf ? »

« C'est dur mais ça va. Tu vas revenir ? » s'empressa de demander le grand brun.

« Je sais pas... » avoua son cadet. « Ma mère est en train de discuter avec Philipp pour voir si elle accepte que je revienne travailler ici... Pour lui, y a pas de souci, même si je suis un peu handicapé : il dit qu'il y a toujours quelque chose à faire et que je peux faire quelques petites tâches ce qui permettra à d'autres ouvriers de gagner du temps. »

L'ancien bassiste hocha la tête et suivit le regard de son ami en direction du cabanon. Il crut comprendre aux dires de Tom que cela faisait déjà un bon moment que les deux adultes discutaient et que plus les minutes passaient, plus il se sentait stressé. Stephan les délaissa pour retourner travailler, autorisant Georg à prendre quelques minutes de pause mais pas plus, l'intéressé hocha la tête, soulagé de pouvoir souffler un peu : le travail sur le chantier n'était pas de tout repos même s'il ne travaillait pas depuis bien longtemps. C'était lorsqu'il s'arrêtait qu'il ressentait la fatigue.

Ils attendirent encore un peu avant de finalement voir les deux adultes sortir du cabanon et venir vers eux. L'inquiétude de Tom était presque palpable et, pour le réconforter, Bill glissa sa main dans la sienne, s'attirant son regard, et lui adressa se même sourire empli de certitude que lorsqu'il était venu le chercher au magasin. Le dreadeux pouvait sentir son cœur battre au rythme des pas des deux adultes qui approchaient en discutant, sa mère releva les yeux sur lui et lui sourit :

« Bon, j'ai discuté avec ce monsieur et je pense qu'il pourra veiller à ce que ça se passe bien... »

Tom n'en crut d'abord pas ses oreilles, sa bouche s'entrouvrant de surprise : il avait été tellement sûr d'essuyer un refus de la part de sa mère... Mais les sourires que lui adressèrent son frère, Stephan et Philipp lui confirmèrent que ce n'était pas une simple plaisanterie de mauvais goût ou un quelconque défaut auditif. Simone reprit :

« Bill viendra te voir pour t'apporter le repas... Comme ça tu n'auras pas besoin d'acheter quoique ce soit. »

Une sorte de liberté surveillée... Mais c'était prévisible. Bizarrement, si l'idée l'aurait choquée quelques mois plus tôt, il l'acceptait sans protester à présent. Il hocha simplement la tête, adressant un sourire à sa mère puis à Philipp qui le lui rendit. Le grand brun l'informa qu'il pourrait revenir le lendemain même pour commencer puis retourna à son travail qui ne pouvait souffrir aucune attente. Simone le remercia une dernière fois et emmena ses deux enfants hors du chantier, revenant vers la voiture ; elle n'était pas des plus enjouées à l'idée de laisser son fils retourner là, mais le sourire de reconnaissance qu'il venait de lui faire avait fini de la persuader qu'elle faisait le bon choix.

Le trajet du retour se fit dans le silence, Tom regardant par la fenêtre, sa main dans celle de son jumeau qui regardait lui aussi dehors. Ils n'avaient pas besoin de paroles, ils se comprenaient par les infimes changements de pression de leurs mains l'une dans l'autre. Le dreadeux ne savait pas comment son vis-à-vis avait pu persuader sa mère de le laisser y retourner mais il avaiat réussi et il ne pouvait que lui en être reconnaissant. Comme une sensation d'utilité qui lui revenait : il pouvait faire quelque chose pour les sortir de ce problème dans lequel ils étaient embourbés, ils pourraient s'en sortir. Il était bien sûr conscient qu'il pouvait survenir n'importe quoi entre temps mais il ne voulait pas se laisser aller à des pensées noires, juste se laisser bercer par cette étincelle d'euphorie passagère...

OoOoO

Le cri agaçant de son réveil le tira violemment de son sommeil, l'obligeant à ouvrir les yeux. L'adolescent soupira et l'éteignit en se tordant le bras en arrière ; l'appareil braillard mis en sourdine, il soupira une nouvelle fois mais différemment, se sentant bien dans ce coccon de chaleur. Bill dormait encore, blottit contre lui, comme ils le faisaient souvent lorsqu'ils étaient enfants. Ce souvenir étira les lèvres de l'ancien guitariste dans un doux sourire, il dégagea doucement une mèche du visage de son jumeau, aimant le voir avec un visage aussi serein, dénué de toute trace de préoccupation. Tournant la tête vers son réveil, il étouffa un juron et s'extirpa aussi vite que possible de son lit tout en essayant de ne pas réveiller son frère et fila se prendre une douche pour en ressortir quelques minutes après, fraîchement vêtu.

Il n'avait pas mis longtemps et avait quelques minutes pour avaler un rapide petit déjeuner. Il remonta prendre ses affaires, déposant un bisou sur la tête de son frère, et partit en courant aussi vite que lui permettait sa béquille, mais si sa jambe le gênait toujours un peu, elle ne lui faisait plus aussi mal qu'aux premiers jours après son hospitalisation.

Christine le retrouva avec le sourire et, ce jour-là, il eût même le droit de rencontrer ses filles : deux petites jumelles d'une dizaine d'années. Leur mère lui expliqua qu'elles n'avaient pas cours ce matin-là car leur professeur avait eu un petit problème de voiture mais qu'elles iraient en cours dans l'après-midi, ce qui semblait les ravir à un tel point qu'il eût envie d'en rire. Stacy et Marina se ressemblaient comme deux gouttes d'eau si ce n'était que Stacy avait un caractère plus prononcé que celui de sa sœur ; comme leur mère, les deux petites avaient des sortes de « dons » qui le mettaient mal à l'aise. Etaient-ils donc tous bizarres dans cette famille ? Mais d'après ce que Christine lui expliqua, ses « pouvoirs » ne se passaient que de mère en fille, ainsi Stacy pouvait elle sentir ou voir les morts et Marina lire les cartes.

Oui, elles le mettaient mal à l'aise et il ne fut pas malheureux lorsque les deux paires d'yeux durent le délaisser pour aller à l'école. C'était le genre de choses qui le faisaient parfois douter de son bon sens habituel qui était de ne croire qu'en ce qu'il voyait et il n'aimait pas beaucoup ça. Il avait toujours pensé que sa famille était un peu étrange mais finalement, elle était plutôt normale...

Il tint le magasin seul pendant que Christine emmenait ses enfants à l'école et fut soulagé qu'il n'y ait pas énormément de clients : cela lui permettait de rester assis et de reposer sa jambe... Et parallèlement de s'ennuyer ferme. Lorsque son employeuse revint, il fut ravi de pouvoir avoir un brin de conversation avec quelqu'un, appréciant aussi d'éviter les sujets magnétisme, pouvoirs, etc...

« Alors tu vas retourner travailler là-bas finalement ? »

« Oui, je reprends ce soir. » approuva le dreadeux.

« Content ? » demanda-t-elle.

« Très. » sourit-il en retour. « J'avais l'impression de m'embourber dans mes propres erreurs... De plus être bon à rien... »

« Comme quoi tu vois... C'est bien parfois de faire confiance aux autres et de t'ouvrir à eux. » murmura Christine.

« Oui, c'est vrai et... Attend, comment tu sais que... ? » s'étonna Tom, mais le sourire qu'elle lui adressa l'en dissuada. « Nan, en fait, je ne veux pas savoir comment tu sais. »

Pour toute réponse, son interlocutrice lui adressa un sourire amusé, narquois : c'était décidément un véritable passe-temps d'embêter ce jeune homme. Ils parlèrent de tout et de rien, accueillant les quelques clients de la journée, jusqu'à l'heure de la fermeture. Tom esquissa un sourire en voyant une silhouette qu'il connaissait bien se dessiner derrière la vitrine et alla accueillir son frère jumeau. Ce dernier lui tendit son portable, son seul moyen d'expression, moins encombrant qu'un cahier ; son message proposait à son jumeau un petit extra pour le week end à venir. En effet, il avait reçu une demande du photographe qui le prenait comme mannequin : poser avec son frère jumeau pour quelques photos, ainsi qu'avec leurs deux amis Georg et Gustav si ces derniers en avaient le temps.

Tom haussa un sourcil à cette proposition mais ne protesta pas : si cela pouvait leur permettre de ramener de l'argent, l'idée était la bienvenue. Son regard se posa sur le sac plastique que transportait Bill et il esquissa un sourire : sa mère s'inquiétait décidément beaucoup pour lui... Il y avait assez de nourriture pour tout un régiment. Il s'abstint toutefois de tout commentaire et emboîta le pas à son frère en direction du chantier ; le jeune brun glissa son bras autour du sien, leur attirant les regards de bien des passants, mais ils ne s'en rendaient pas réellement compte : ils étaient très proches depuis toujours, une telle marque d'affection était monnaie courrante entre eux, surtout de la part de Bill qui exprimait plus facilement ses sentiments que Tom. Comme un sentiment de réconfort.

Ils marchèrent jusqu'au chantier où Georg les accueillit avec un grand sourire et une accolade pour chacun ; il promit à Bill de garder un œil sur son frère puis accompagna ce dernier jusqu'au dépôt pour qu'il se munisse d'un casque et commence son travail sous les directives de Philipp. Bill, lui, alla s'asseoir dans un coin près du cabanon, légèrement à l'écart du chantier même, le sac plastique posé à côté de lui, son regard suivant son frère. Il savait que tout allait bien maintenant, que les autres faisaient tout de même attention au dreadeux, mais c'était comme une peur qui ne voulait pas délaisser ses entrailles. Il avait peur de le voir tomber, qu'il se blesse... Le temps lui sembla une éternité, seulement rythmée par les battements de son propre cœur, lorsque la voix du chef de chantier le sortit de sa contemplation :

« Alors comme ça, c'est toi le frère du petit. »

Si l'appellation fit naître un sourire dans l'esprit du jeune garçon, il n'en laissa rien paraître, hochant simplement la tête en guise d'acquiescement. Le travailleur le détailla un moment puis reporta son regard sur le chantier, surveillant ses hommes tel un général de troupes. Ce fut du moins l'image qui vient à l'esprit de Bill en regardant cet homme que le travail avait étoffé ; il allait détourner la tête, persuadé que l'homme ne lui adresserait plus la parole pour le moment, lorsque celui-ci reprit :

« Ton frère est un sacré gamin... »

Ce commentaire fit naître un sourire sur les lèvres du jeune brun qui hocha une nouvelle fois la tête : oui, il le savait. C'était comme une sensation de fierté qui emplissait sa poitrine. Il aimait son frère et appréciait que les autres reconnaissent son mérite. Mais Philipp brisa quelques peu cet élan de fierté :

« Totalement buté et insconcient, malheureusement. »

S'il remarqua le regard noisette indigné que lui adressa son cadet, le chef de chantier ne laissa rien paraître de son amusement, se contentant d'observer le travail de ses hommes qui n'avaient, pour le moment, pas expressément besoin de lui. Il murmura à nouveau :

« Il est maladroit mais sincère dans ce qu'il fait... Occupe-toi bien de lui et, si possible, met-lui un peu de plombs dans sa cervelle de moineau. »

Bill en resta bouche-bée puis pinça ses lèvres : même si cela partait d'une bonne intention, il y avait d'autres façon de le dire, et puis il savait tout cela ! Tom était tout de même son frère jumeau ! Mais il s'abstint de tout geste obscène à l'attention du travailleur et prit son mal en patience. Tom avait beau ne pas être au mieux de sa forme, il parvenait tant bien que mal à effectuer le travail que l'on attendait de lui, ne s'arrêtant qu'au moment de la pause comme tout le monde, rejoignant son frère en claudiquant et manquant de lui tomber dans les bras : sa jambe le lançait de tant d'efforts fournis. Le jeune brun, inquiet, aida son homologue à s'asseoir, lui servant par la suite une tasse de café chaud pour le réchauffer. Tom grimaça à la première gorgée, le café n'étant pas tout à fait son breuvage préféré.

Georg vint les rejoindre, couvert de poussière et le visage dégoulinant de transpiration ; ils s'assirent les uns à côté des autres, discutant comme ils l'avaient toujours fait, bien que cela soit plus compliqué pour l'ancien chanteur. Il se permit de proposer d'un simple geste du café aux autres travailleurs, ceux-ci acceptant avec plaisir ; une fois le tour des tasses fait, il revint s'asseoir aux côtés de son jumeau et sourit aux deux garçons, écoutant leur conversation. Il aurait aimé pouvoir y participer mais il ne se souvenait que trop bien de la douleur qui lui avait râclé la gorge lorsqu'il avait tenté de parler quelques jours plus tôt, aussi se contenta-t-il d'écouter ses deux homologues en hochant la tête de temps à autres.

« Allez, les gars ! On y retourne ! »

Tom et Georg relevèrent la tête d'un même mouvement, puis se levèrent pour suivre leurs aînés ; le dreadeux adressa un sourire à son frère puis emboîta le pas des autres travailleurs, s'aidant de sa béquille pour marcher convenablement. Bill les regarda s'éloigner avec un petit serrement de cœur... Plus que jamais, en les voyant de dos, s'éloigner, il avait cette impression que jamais rien ne serait plus comme avant... Et qu'il était sûrement le seul à ne pas réussir à tourner la page. Cette page qui représentait tant pour lui... Une boule commença à enserrer douloureusement sa gorge, mais il ne voulait pas pleurer. Pas là. Pas ici. Il extirpa délicatement son portable de sa poche et fit courrir son pouce sur les touches :

- Je suis fatigué, je vais rentrer. On se voit à la maison. Bisous. Bill. -

A peine le message envoyé à son jumeau, il se leva et mit tout ce qu'il avait amené dans un sac plastique ; si Philipp le remarqua, il n'en dit rien, allant s'occuper de ses hommes. Le jeune brun lança un dernier regard au chantier pour voir son jumeau de loin, puis s'éloigna lentement pour rejoindre la rue. Il n'était pas particulièrement fatigué, mais son moral commençait à nouveau à battre de l'aile... Même si les autres peinaient et devaient se battre avec hargne pour y arriver, ils sortaient petit à petit la tête de ce gouffre dans lequel ils étaient tombés. Mais lui... Qu'arrivait-il à faire ? Seul ? Rien que la discussion entre Georg et Tom, sans aucune intervention de sa part, lui faisait ressentir le mur que son mutisme dressait entre eux. Il fallait qu'il s'en accommode, il le savait... Mais c'était si dur...

Le chantier avait disparu de sa vue, après le tournant d'une rue ; là, il s'appuya contre le mur et se laissa glisser jusqu'au sol, accroupi, prenant sa tête entre ses mains. Qu'avait-il fait pour mériter cela ? Il savait que se poser cette question ne changerait rien, mais elle revenait presque constamment à son esprit. Pourquoi cela lui était-il arrivé à lui ? Combien de fois encore maudirait-il le jour de cette fameuse dédicace ? Le jour de cet incident... Sa respiration était devenue plus sacadée et l'envie de pleurer lui montait à la gorge. Pleurer, pleurer et pleurer encore ; maudire cette existence qui l'avait abandonné, ce monde qui tournait contre lui, cette vie qui l'avait jeté. Mais il aurait beau hurler en silence, rien de changerait, n'est-ce pas ? Le monde, qu'il dicernait derrière le nuage éphémère de son souffle dans l'air froid, ne changerait pas...

« Hey, si tu dois chialer, fais-le chez toi au moins, dignement. »

Bill sursauta et releva la tête à cette voix, découvrant une adolescente à la peau blanche et aux cheveux aussi sombres que les siens, le fixant de son regard réprobateur. Elle devait être un peu plus jeune que lui, mais il n'aurait su lui donner un âge: elle était grande et fine, perchée sur des talons hauts, ses collants noirs allant se dissimuler sous une mini jupe en tule noir et rose, elle-même s'effaçant sous une veste en cuir sombre. La seule chose d'enfantin sur elle était le bonnet panda qu'elle avait sur la tête. Il la considéra un long moment, se demandant comment il avait pu ne pas l'entendre arriver ; elle, elle plissa les yeux, comme pour mieux dicerner son visage, puis s'approcha et s'accoupit à son tour, pour être à sa hauteur. Elle l'examina encore plusieurs minutes avant de murmurer :

« Je pensais que tu étais une nana mais tu es... Bill Kaulitz, le chanteur de Tokio Hotel, non? »

S'il n'avait pas été aussi surpris, son cerveau aurait très certainement corrigé mentalement « ex-chanteur de Tokio Hotel », mais à cet instant précis, il ne parvenait à fixer cette fille. Celle-ci sembla amusée de son air incrédule :

« Fais pas cette tête : c'est rare les gens qui te connaissent pas maintenant, même juste de nom. » son sourire devint un peu plus narquois. « Mais si ça peut te rassurer, je ne suis pas super fan alors je n'essayerai pas de t'arracher les tripes juste pour me tailler un soutif et un string. »

Le jeune brun se sentit déglutir, ne sachant pas trop à quoi s'attendre avec cette fille... Peut-être vallait-il mieux se lever et partir en courant ? Sans se retourner ? Elle le considéra encore un moment puis, constatant son manque de réaction, lâcha simplement :

« Alors c'est vrai ce qu'ils disent dans les magazines ? T'as plus de voix ? »

Cette remarque fut comme un retour brutal à la réalité. Oui, il n'avait plus de voix... Baissant les yeux, l'adolescent hocha la tête, laissant comprendre à son interlocutrice qu'elle était dans le vrai. La jeune fille le considéra un moment, comme pensive ou tentant de lire en lui, puis elle reprit :

« Tu sais... La vie, c'est comme les tapis roulants dans les aéroports, mais celui-là il te porte pas dans le bon sens, il va contre toi. Si tu restes dans ton coin à pleurer, il t'emmènera trop loin et tu vas rater l'avion. »

Bill la fixa de ses yeux noisettes, incrédule : qu'est-ce qu'une gamine pouvait bien savoir de ces choses là ? Que sous-entendait-elle ? Qu'elle pouvait comprendre ce qu'il ressentait ? Pris d'un élan de colère, il plaça ses mains sur chacune de ses épaules et la repoussa brutalement, la faisant tomber sur le trottoire : il s'en moquait royalement, il voulait juste qu'on le laisse tranquille ! Etait-ce donc trop demander ? Il avait mal et n'avait besoin de personne pour tirailler la blessure béante de son mutisme ! Il écarquilla les yeux en entendant un léger rire moqueur émaner de cette fille : se moquait-elle de lui ? Elle releva les yeux vers lui, un sourire narquois étirant ses lèvres :

« C'est moche, hein ? Tu veux qu'on te foute la paix mais tu veux surtout pas être oublié. Tu veux que les autres voient que tu as mal mais t'es incapable d'accepter qu'on se penche sur ton cas... » son sourire disparut et son ton devint plus acide. « T'es aussi pathétique qu'un cafard se noyant dans la cuvette des chiottes. Elle te va bien cette chanson... « Rette mich » (Sauve-moi). »

Sur ces quelques mots, elle se releva, époussetant sa jupe et récupérant son sac sur lequel était marqué ''We are going to hell anyway, let's travel first class'', puis lui adressa un dernier regard, aussi narquois que son sourire quelques minutes plus tôt. Il n'aurait su dire combien de temps ils restèrent ainsi à se fixer en chiens de faïence, mais elle fut la première à détourner les yeux, reprenant sa route, le plantant là. Bill n'en croyait pas ses yeux ni ses oreilles : une fille sortie de nulle part venait et lui crachait ça à la figure sans qu'il ne lui ait rien fait... ? Sentant la colère monter en lui, il se releva à son tour et lui courut après, la saisissant brutalement par le bras et la forçant à se retourner. L'adolescente le regarda, nullement impressionné malgré le fait qu'il soit plus grand qu'elle ; non, elle se contenta simplement de sourire, amusée :

« Bah tu vois que tu sais te relever et marcher. »

L'ex-chanteur écarquilla les yeux de surprise, découvrant un sourire aimable sur le visage de cette fille qui l'avait presque insulté quelques minutes plus tôt à peine... L'avait-elle provoqué pour le forcer à lever la tête ? Perturbé, il ne savait pas quoi faire maintenant qu'il lui tenait le bras ; la jeune fille se dégagea simplement et murmura :

« Je m'appelle Chanty, des Fräulein Wunder (Demoiselles Merveilles)... » puis voyant que son homologue ne réagissait pas, elle reprit. « Tu ne regardes peut-être pas la télé ou les magazines... Mais il y a beaucoup de monde qui pleure votre absence. Si ça peut te remonter le moral... »

Elle reprit à nouveau sa route mais Bill ne la retint pas cette fois. Beaucoup de monde les pleurait ? Il regarda Chanty s'éloigner sans chercher à la rattraper, ne parvenant pas à réaliser ce qu'elle venait de lui dire... Tout le monde ne les avait-il pas oubliés ? Pourtant il n'avait rien eu : pas de lettres, rien, alors qu'avant ils en recevaient chez eux et ce même lorsqu'ils étaient absents, en tournée. Il demeura interdit un long moment encore avant de finalement se détourner, reprenant le chemin de chez lui, les paroles de cette fille résonnant encore dans son esprit... Peut-être Andreas en savait-il quelque chose ?

A SUIVRE...

Sahad : Alors, pourquoi avoir fait apparaître Chanty... ? Et bien tout simplement parce que j'aime beaucoup ce groupe et que ça fait un moment que des gens me demande de faire des fics sur plusieurs groupes, donc là j'ai pensé que c'était une bonne occasion aussi pour éviter que l'histoire stagne de trop et aussi éviter que la fin arrive trop brutalement. J'ai préféré prendre un groupe que je connais, plus facile, hein ? Si vous êtes totalement contre... Ben, je ne pourrais pas y faire grand-chose mais votre avis m'intéresse.