20 janvier 1979
Quinze heures arrivèrent et Sirius était prêt quand Albus Dumbledore vint le chercher. Tous deux transplanèrent au Ministère de la Magie où le procès d'Elliot Cattlebird devait se dérouler à huit clos. Etaient présents le Ministre de la Magie Harold Minchum, ainsi que les sorciers du Magenmagot, Albus Dumbledore et Sirius Black. Albus Dumbledore, qui faisait partie du Magenmagot, ne serait ce jour-là pas membre du jury, à sa demande. Il souhaitait se tenir près de l'accusé et du témoin, Sirius, qui avait obtenu l'autorisation spéciale du Ministre suite à la demande du directeur de Poudlard, car il pouvait apporter des informations sur le repentir éventuel d'Elliot Cattlebird.
Après avoir énoncé ses droits et les éléments à charge contre lui, le Ministre demanda à Elliot s'il voulait s'exprimer. Ce dernier avoua qu'il était un Mangemort, mais assura qu'il ne l'était pas par choix. Exactement ce qu'il avait dit à Albus Dumbledore. Il assura que s'il devait revenir en arrière, il referait probablement la même chose, parce qu'il tenait à sa famille plus qu'à tout autre chose et que même s'il était horrifié par tout ce qui se passait pendant cette guerre, il craignait plus de voir sa famille torturée ou tuée que de voir d'autres familles déchirées. Il savait que c'était égoïste, mais ne parvenait pas à penser autrement. Enfin, il déclara être prêt à aller à Azkaban car il pensait que cette peine ou une autre seraient tout à fait justifiées, même s'il n'avait jamais torturé ou tué quelqu'un directement. En prononçant cette dernière phrase, son regard s'était tourné vers Sirius. Il était désolé.
Après l'avoir écouté attentivement, Albus Dumbledore se leva et parla, prononçant une sorte de plaidoyer en faveur d'Elliot.
- Je crois que nous ne devons pas sous-estimer la force de l'amour, dit-il. Nous devrions simplement espérer que cette force nous mène dans le droit chemin. Cela n'était pas le cas en l'occurrence, mais peut-on blâmer un enfant d'avoir aimé sa famille au point d'avoir risqué sa vie pour eux ? Je crois que la famille du jeune Cattlebird a fait des erreurs dans ses allégeances et que leur enfant unique en a payé le prix. Pour avoir côtoyé Lord Voldemort, poursuivit-il sans se soucier du frisson qui parcourut l'assemblée, il devrait être puni. Il semble toutefois vouloir coopérer, dans le seul cas où sa famille serait protégée. Je pense que cela est faisable. Mais qu'en pensez-vous, pour votre part ? Croyez-vous qu'une famille proche de la magie noire voudrait être protégée du Seigneur des Ténèbres ? Je pense personnellement qu'elle pourrait l'accepter en sachant que son enfant est en danger. Mais est-ce que le Ministère est prêt à s'occuper d'une famille réticente pour enlever à Voldemort une infime partie de son armée ?
Le jury écoutait silencieusement et attentivement le vieil homme. Il sentait qu'il avait touché certaines personnes, mais la partie n'était pas encore gagnée. Quand il eut terminé, le Ministre prit la parole à son tour.
- Monsieur Dumbledore, j'entends bien ce que vous dites. Il nous faut la garantie que le jeune homme ici présent a bien l'intention de se repentir. Nous ne pouvons prendre le risque de laisser infiltrer parmi nous des membres affiliés à Celui-dont-on-ne-doit-pas-prononcer-le-nom. Je crois que ce jeune homme est sincère, mais je ne l'ai pas entendu dire une seule fois qu'il souhaitait venir de notre côté.
Il regarda le prévenu, l'invitant ainsi à répondre à cette question silencieuse. Ce dernier semblait abattu mais lorsqu'il parla de nouveau, sa voix se fit de plus en plus audible et assurée.
- Je ne veux plus être un Mangemort. Je ne veux pas de cette guerre, je ne veux pas de cette souffrance. Je crois qu'on ne nous a pas laissé le choix, monsieur le Ministre. J'aurais aimé avoir une vie tranquille, voir mes amis, fonder une famille, avoir un travail respectable et ne pas avoir peur constamment. Que je sois chez moi ou à l'extérieur, j'ai peur. Même en étant ici, avec vous, j'ai peur. Qui me dit que cette marque que je porte au bras ne permet pas à … à … ne lui permet pas de me retrouver ou pire de savoir que quelque chose se trame, lui donnant l'idée d'aller punir ma famille par ma faute ? Je n'ai rien voulu de tout cela, et j'aimerais que ça cesse. C'est tout ce que je veux, et je suis prêt à faire ce qu'il faut pour que ça fonctionne.
- Bien, répondit le Ministre. Que peut nous dire votre témoin à ce sujet, monsieur Dumbledore ? Veuillez nous rappeler pourquoi vous l'avez appelé ici et ce qu'il peut apporter à ce procès, je vous prie.
- Sirius Black ici présent est un ancien ami d'Elliot Cattlebird, répondit le fondateur de l'Ordre. Leurs familles sont très proches, deux familles au Sang-Pur et avec un fort penchant pour la magie noire. Comme vous le savez très certainement, tous deux n'ont pas suivi le même chemin puisque l'un porte la marque des ténèbres et l'autre non. Toutefois, je pense qu'ils peuvent se comprendre. J'ai demandé à Sirius Black de s'entretenir avec Elliot Cattlebird pour voir s'il, comme vous le demandez, était sincère ou non, dans ses revendications. Avec Sirius, il n'avait aucune raison de feindre quoi que ce soit. L'entretien s'est avéré concluant, et je l'ai su dès le moment où ce jeune homme est sorti de la cellule.
- Bien, monsieur Black, voulez-vous nous raconter cet entretien, s'il vous plaît ? demanda le Ministre.
Sirius se leva pour être vu de tous, bien que l'assemblée ne fût pas nombreuse. Il ressentait une certaine pression à se tenir ainsi face à ces gens qui allaient bientôt décider du sort de son ancien ami, qu'il avait vu si sincère lors de leur entretien. Il était peut-être la clé de tout et l'idée qu'il serait jugé selon ses paroles l'angoissait assez. Il se résolut à dire la vérité, sans chercher à l'influencer dans quelque sens que ce soit, parce que la vérité était selon lui la plus juste des réponses, et lui enlevait ce poids de devoir choisir entre deux amitiés : celle d'Elliot, plus ancienne, ou celle de Peter, plus forte.
- Pardonnez mes mots, monsieur le Ministre, mais quand je suis entré dans la cellule, j'avais simplement envie de lui montrer toute la rage que j'avais en moi, face à la mort de mon amie, parce qu'il faisait partie de ceux qui étaient là au moment où elle était morte, et qu'il ne pouvait être que coupable. Et je crois qu'il l'a vu quand je suis entré, que je n'avais pas l'intention de le prendre dans mes bras. Toutefois, il a eu une réaction à laquelle je ne m'attendais pas : il s'est énervé à son tour, comme si moi aussi, j'étais coupable de quelque chose. De quoi ? De me battre pour la liberté ? Non, j'étais coupable de n'avoir aucune compassion et de ne pas essayer de le comprendre, lui, cet ami d'enfance avec qui j'avais passé de nombreux bons moments. Et en y repensant, monsieur, je crois que j'arrive à me mettre à sa place. Je n'ai jamais été très proche de ma famille, même lorsque j'étais enfant, et que j'essayais par tous les moyens d'obtenir l'amour de mes parents. Ça a probablement aidé à ce que je m'éloigne d'eux et de la magie noire. Elliot a eu cette chance, ou cette malchance, je ne sais pas, de vivre entouré d'amour, et de subir l'influence de ses parents, de sa famille, qui l'a entraîné dans un combat, qui, je pense, ne lui correspond pas. Il s'est énervé parce qu'il ne voulait pas que tout ce qui était arrivé arrive, et pourtant ça a été le cas. Je crois que tout ça lui est tombé dessus comme ça nous est tombé dessus, monsieur. Je ne savais pas si je pouvais lui pardonner, mais je crois, maintenant que je vous parle, que je pourrais en être capable. Pas tout de suite, mais un jour. Je lui ai reproché d'avoir indirectement tué mon amie, mais je crois qu'il est aussi une victime de tout ça, qu'il se bat pour survivre plus que par conviction. Bien sûr, je lui en veux d'avoir fait les mauvais choix, de n'avoir pas été comme moi, mais nous n'avons pas la même histoire, et je ne sais pas ce que j'aurais fait si j'avais eu l'affection de mes parents. Mon frère est la preuve que cela peut changer les choses : nous sommes de la même famille, nous nous aimions et pour ma part je l'aime encore, mais il a été endoctriné par mes parents alors que je ne l'ai pas été, parce que je n'en étais pas digne selon eux. C'est probablement ce qui m'a sauvé. C'est tout ce que je voudrais dire, monsieur.
Sirius n'attendit pas la permission avant de se rasseoir. Ce discours l'avait ému. Il n'avait pas prémédité ce qu'il allait dire mais tout était sorti naturellement, comme si quelque chose s'était débloqué en lui. Peut-être qu'il était en train de pardonner, justement en ce moment. Elliot n'était pas responsable de la mort de Betty, il était désolé et regrettait ce qu'il s'était passé. Sirius pensait à présent qu'il méritait plus d'aide que de dégoût. Mais comment pourrait-il l'aider sans se sentir mal à l'aise par rapport à Peter qui ne comprendrait probablement pas ses choix ? Il fallait qu'il en parle avec Albus Dumbledore, qui lui servait beaucoup de confident ces derniers temps, étant donné qu'il ne pouvait plus se confier à James.
Harold Minchum ne parla pas tout de suite. Il semblait observer les deux jeunes hommes tour à tour, puis Albus Dumbledore, qui avait l'air satisfait. Puis il sourit.
- Merci pour votre témoignage, monsieur Black, dit-il avec compassion. Je ne peux que regretter comme vous le choix des personnes qui s'engagent auprès de Vous-Savez-Qui. Monsieur Dumbledore ou l'accusé ont-ils quelque chose à ajouter avant que l'on ne procède à la délibération ?
- Je ne veux que mettre en évidence ce qui vient d'être dit, monsieur le Ministre, répondit le fondateur de l'Ordre, cette guerre est beaucoup plus complexe qu'elle n'y paraît, et ce serait un tort de considérer tous les Mangemorts comme des partisans. Ou même de considérer ceux qui ne sont pas Mangemorts comme des résistants. Si vous décidez d'accorder une deuxième chance à ce jeune homme, il faudra qu'il soit aidé. Il sera cependant plus difficile de s'occuper de sa famille, mais je ne doute pas que vous le ferez avec le plus de justice et de volonté possibles.
- Bien. Et vous, monsieur Cattlebird, avez-vous quelque chose à ajouter ? Etes-vous d'accord avec ce qui a été dit ?
- Oui, monsieur. Faites ce que vous voulez de moi, monsieur. Mais ne faites pas de mal à ma famille.
- Très bien. J'invite les membres du jury à se réunir près de moi pour que nous délibérions.
Lors de la délibération, Albus Dumbledore adressa quelques mots à Elliot, puis vint voir Sirius.
- Cela a été éprouvant, n'est-ce pas ?
- Oui assez, mais je suis content d'avoir pu m'exprimer, ça m'a comme libéré d'un poids.
- Je comprends, Sirius. Ce n'est pas forcément bon de garder tout ce que l'on ressent pour soi. Je trouve que tu as très bien réagi pendant cette audition. Un procès peut durer plusieurs jours, mais je ne sais pas s'ils vont faire durer celui-ci, je trouve que tout s'est passé assez vite. Nous verrons.
Une bonne heure passa, durant laquelle Sirius retint son souffle. Elliot fit certainement de même. Albus Dumbledore paraissait serein. Il paraissait toujours serein. Enfin, il y eut du mouvement du côté du jury, et le Ministre prit la parole.
- Beaucoup de choses ont été faites, beaucoup de choses ont été dites. Les faits sont là : Elliot Cattlebird ici présent est un Mangemort. Il ne l'a pas nié. Il est le seul de sa famille proche à s'être engagé. Il a participé à une attaque contre des sorciers récemment, mais il n'a blessé ni tué personne. Etait-ce volontaire ou simplement dû à une inexpérience de sa part ? Le prévenu semble vouloir se repentir, et les faits jouent en sa faveur. Il n'y aura pas besoin d'un complément d'enquête. Le jury a délibéré. Monsieur Elliot Cattlebird, vous avez été jugé coupable d'être un Mangemort. La peine encourue est un emprisonnement ferme à Azkaban, sous la surveillance des Détraqueurs au service du Ministère. Toutefois, le jury a jugé votre témoignage sincère et ceux de messieurs Dumbledore et Black jouent en votre faveur. Nous vous condamnons à une peine d'emprisonnement ferme d'un mois à compter de ce jour, puis nous nous entretiendrons à votre sortie pour parler de votre protection et de celle de votre famille, en échange de votre aide si vous pouvez nous la fournir.
- Merci, monsieur.
- Je vous accorde quelques minutes avant de vous faire emmener, conclut le Ministre.
Durant ces quelques minutes, Albus Dumbledore proposa son aide à Elliot Cattlebird. Celui-ci la refusa par peur d'éventuelles représailles. Il souhaitait purger sa peine à Azkaban, afin de lever tout soupçon sur une potentielle traitrise de sa part. Il remercia Albus Dumbledore, et Sirius pour son témoignage, puis leur dit au revoir et s'en alla. La durée de son emprisonnement ne devait pas être communiquée, afin que chacun croie qu'il resterait bien plus longtemps qu'un mois en prison, comme le reste des Mangemorts arrêtés. A sa sortie, il s'entretiendrait avec un membre du Ministère pour opérer sa reconversion.
Albus Dumbledore et Sirius Black rentrèrent ensemble au QG, la tête pleine de pensées concernant Elliot Cattlebird et Jane Stun. Sirius se demandait ce qu'il allait advenir de ce garçon qui avait été son ami, lorsqu'il serait à Azkaban, et de cette femme qu'il appréciait, lorsqu'elle découvrirait qu'elle avait été repérée.
