Tout d'abord, un grand merci à Akabane-Girl dont la correction aura été plus que nécessaire XP

Puis, merci à VOUS pour m'avoir lue, suivie, commentée, menacée, enguirlandée, frappée, crié dessus de façon hystérique, j'en passe et des meilleures. (Certaines personnes se reconnaîtront, pour les autres, merci de ne pas être passés à l'acte.)

Bref, ceci est mon dernier chapitre, mais avec de la chance j'écrirai un épilogue. Et après tout, ai-je le choix ?

A bientôt x3


Le regard de Matthew passait de Roy au tableau, évaluant ses chances et la crédibilité des paroles du colonel. Riza s'interrogeait. Si la toile lui paraissait vaguement familière, elle ne voyait pas en quoi elle constituait un moyen de pression sur Matthew. A moins, bien sûr, qu'elle soit ce qu'il voulait récupérer. Mais depuis quand avait-elle de la valeur ?

- Ok, lâcha Matthew. Voilà comment on s'arrange : vous me laissez le tableau et je disparais. Complètement.

- Une preuve de votre bonne foi ?

- Quoi que je vous dise vous ne me croiriez pas.

Roy eut un sourire.

- En effet. Mais de toute façon le manoir est entouré d'une bonne dizaine de mes hommes.

Il avait beau jouer très bien la comédie quand il le voulait, Riza connaissait suffisamment son supérieur pour savoir quand il mentait.

Ce qui était le cas en ce moment. Ce qui la rendait encore plus anxieuse. Ce qui l'énervait passablement. Il n'était quand même pas venu seul ?

Mais encore une fois son expérience auprès de lui lui soufflait que c'était plus que probable. Rajoutant par là-dessus le gorille de Matthew qui devait se trouver dans les parages, Riza ne pouvait avoir qu'une confiance absolue en Roy.

- Si vous êtes aussi maître de la situation, pourquoi vous justifier et vouloir négocier ? demanda innocemment Matthew, profitant de la seule faille du raisonnement de Roy pour tenter de reprendre le contrôle du jeu.

- Matthew, ferme-la et fais ce qu'il te dit. Peut-être que je te laisserai un peu d'avance avant que je ne t'envoie en prison pour les restant de tes jours. Peut-être.

Roy interrompit Riza avec nonchalance.

- Pour éviter le bain de sang qu'elle vous promet, fit-il d'un ton léger. Maintenant détachez-la.

Matthew hésita un instant avant de s'exécuter.

Riza frotta ses poignets endoloris, écartant et repliant ses doigts en un poing qui avait clairement envie d'aller faire la bise au menton de son ravisseur. La jeune femme croisa le regard de Roy qui surveillait sa libération. Une étincelle passa dans ses yeux noirs et étrangement Riza comprit ce qu'il voulait faire.

- Vous n'allez quand même pas... s'étrangla-t-elle.

- Je vais me gêner, répliqua Roy.

Et il poussa du pied le tableau qui oscilla dangereusement avant d'entamer sa chute inexorable.

Riza était estomaquée du culot de son supérieur mais retrouva rapidement ses esprits - familier des situations de crise. Matthew lâcha son arme pour plonger vers la toile. Il la rattrapa in extremis en traitant Roy de divers noms d'oiseaux. A plat ventre, il sentit sur l'arrière de son crâne le canon d'un pistolet, entendit un déclic connu et devina le sourire de Riza. Roy releva le tableau et menotta Matthew.

- Vous êtes en état d'arrestation.

De retour à Central, après que Riza eut manifesté un vif désir de s'occuper personnellement du cas de Matthew, Roy eut l'immense honneur, ainsi que ses collègues, de devoir compléter un rapport en bonne et due forme et plusieurs exemplaires pour justifier leur absence de la journée. Riza, qui avait déjà terminé le sien, allait les aider quand des bleus apportèrent avec dévotion ce qu'on avait trouvé au manoir et qui appartenait à Matthew.

Le lieutenant n'y prêta pas attention jusqu'à ce qu'elle reconnaisse ce que Mustang était sur le point de lire. Riza lui arracha les feuilles des mains, ouvrit le tiroir du bureau de son supérieur et sortit un des gants qu'elle utilisa sans difficulté...

... Et il ne resta bientôt plus du contrat de mariage mort-né qu'un petit tas de cendres.

- Euh...

- Oui ? fit Riza en se rasseyant innocemment à son propre bureau sous le regard stupéfait - et sans doute effrayé - des autres.

Roy déglutit avec difficulté et osa une remarque.

- ... Vous venez de détruire une preuve, là ...

Ses coéquipiers retinrent leur respiration. Le colonel s'attendit à une remarque acide sur le fait qu'il devrait consulter son ophtalmologue, ou que Riza sorte d'une crise de somnambulisme passagère et terrifiante, ou carrément qu'il se réveille.

La jeune femme ne choisit aucune de ses possibilités et lui fit un clin d'œil. Encore plus affolant de sa part.

- Absolument pas, puisqu'elle n'a jamais existé - vous n'avez qu'à lire mon rapport.

Roy crut tomber de sa chaise. Riza, sa si professionnelle Riza, avait sciemment omis des éléments dans un dossier, agissant de façon délibérée, de son plein gré ?

Impossible.

- Mais si jamais c'était le contraire, il est évident que cette information ne sortirait jamais de cette pièce, n'est-ce pas ? déclara Riza en posant ostensiblement son arme sur le bureau.

Roy sourit face au concert de murmures approbateurs qui s'éleva. C'était tout de suite plus naturel.

Lorsqu'il ne resta plus qu'eux dans la pièce, alors qu'ils terminaient pour une fois relativement tôt, Roy posa sa question en ayant l'impression de déclencher une bombe à retardement.

- Vous êtes libre ce soir ?

La réponse sèche ne vint pas. Au contraire, Riza avait un air sincèrement navré, qui ne collait pas avec ce qu'elle dit :

- J'ai déjà un rendez-vous de prévu... Désolée, ajouta-elle en se mordant la lèvre.

Roy essaya de cacher sa déception. Mal.

- J'ose espérer que vous n'allez pas nous sortir un deuxième fiancé qui serait... Je ne sais pas moi, tueur en série ?

Riza éclata de rire et lui assura que non, a priori elle n'avait personne dans ce genre parmi ses connaissances.

- Mais c'est gentil de vous inquiéter. Merci pour tout, murmura-t-elle avant de lui faire une bise et de partir en hâte, apparemment en retard à son « rendez-vous » .

Roy la regarda s'éloigner avec un sourire las.

Il n'allait quand même la suivre pour savoir avec qui c'était, non ?

Le procès eut lieu quelques jours plus tard, avec cette rapidité propre à l'armée d'Amestris qui préférait s'occuper en priorité de ses membres - même si parfois le verbe « occuper » signifiait « étouffer l'affaire » - quitte à laisser les civils se faire pendre ailleurs.

Ce fut une Riza soulagée qui sortit du tribunal où elle avait bien sûr témoigné avec l'assurance de ne plus revoir Matthew d'ici 156 ans, cinq mois et trois jours. Signe de relâchement extrême, elle laissa ses cheveux en liberté et Roy profita de ce moment d'égarement pour l'inviter à dîner, croisant discrètement les doigts pour qu'elle ne décline pas à nouveau.

- Pourquoi pas ? dit-elle avec un sourire. Mais laissez-moi le temps de me changer d'abord.

Roy hocha la tête, connaissant l'aversion de son lieutenant pour les jupes de l'uniforme féminin. Il se demanda un instant ce qu'elle dirait si jamais les jupes en question venaient à raccourcir de façon notable. Avant d'abandonner l'idée folle et de proposer de venir la chercher.

Le fait de se retrouver tous les deux en civil leur semblait de nouveau naturel -réminiscence de cette époque presque insouciante où ils étaient tous deux au manoir-, et ce dîner en laissait présager d'autres.

Encore une fois, Riza se laissa guider dans Central, redécouvrant la ville de nuit, si différente de ce qu'elle ne connaissait qu'au travers de diverses missions nocturnes, pas toujours joyeuses. On était bien loin des bars mal famés où se tramaient d'étranges négociations et des ivrognes aux coins de rue… Les lampadaires éclairaient abondamment les trottoirs sans se faire trop violents, des couples se baladaient - et eux, comment pouvait-on les qualifier ?-, un groupe jouait sur la terrasse d'un restaurant sur laquelle ils s'installèrent.

Riza sourit face à la carte.

- Un restaurant de pâtes. C'est une blague ?

- Disons que c'est pour me faire pardonner.

- Vous faire pardonner de quoi ? s'étonna Riza.

- Si je ne vous avais pas lâchée d'une semelle il n'y aurait pas eu… tout ça.

Roy paraissait surpris qu'elle ne lui en veuille pas.

Riza ne comprenait pas pourquoi elle aurait dû.

- Il y a eu des effets positifs.

Il lui lança un sourire goguenard.

- Je suis curieux de savoir lesquels.

- Eh bien… On a arrêté un criminel.

- Vous avez négocié avec lui, en lui promettant Dieu sait quoi de compromettant. Et d'ailleurs on aurait très bien pu l'avoir sans ça, objecta Roy.

- J'ai appris que je possédais un héritage conséquent… fit Riza comme si elle n'avait rien entendu.

- Qui en attirera d'autres. Et je ne serais pas toujours là pour vous sauver.

- Je n'en aurais pas besoin. Enfin, si vous voulez jouer à « qui est le plus coupable dans cette histoire », allez-y, je ne marche pas.

Riza fit une pause en attendant que le serveur apporte leurs plats sur la table. Elle piqua une pâte avec sa fourchette, prit le temps de la savourer avant de rajouter :

- Pour moi l'affaire est close.

Roy la regarda un instant. Elle semblait sûre d'elle et presque détachée de ce qui s'était passé. La page était tournée…

- Pourtant, insista Roy en souriant face à Riza qui levait déjà les yeux au ciel, il reste quelques points obscurs.

- Lesquels ? demanda Riza, intriguée.

- D'après ce que j'ai pou lire sur ces feuilles avant que vous ne les fassiez cramer, vous êtes, ou plutôt, étiez mariée, si je ne m'abuse.

Roy s'arrêta pour laisser place à une quelque objection de la jeune femme. Elle retenait sa respiration. S'il avait lu ça…

- La question est : avec qui ? Pas lui j'espère ?

Riza poussa un imperceptible soupir de soulagement. Ce n'était pas à cette question qu'elle s'attendait…

- Non, pas du tout, rassura-t-elle Roy. Je ne suis pas encore complètement folle, je crois.

Quoique pour faire ce qu'elle avait fait…

- Et avant que vous ne le demandiez, vous ne saurez pas avec qui.

Roy referma la bouche et se renfrogna, piquant trop brusquement dans son assiette pour mimer l'indifférence.

Riza ne s'en formalisa pas, puisqu'elle savait que cette bouderie ne durait pas. Non, elle se préparait à la question qui n'allait pas tarder à suivre.

- Alors que vous a-t-il dit, de quoi vous a-t-il menacée pour vous tenir tranquille ? Je suis étonné que vous vous soyez laissée faire…

Il l'observait de nouveau et Riza dut mettre toute sa volonté contre le charme hypnotique de ses yeux noirs pour ne pas cracher le morceau. C'était de la triche.

- Ce ne vous regarde pas.

Un gros mensonge, mais ça, Roy ne le saurait jamais, croyait-elle.

- Pff… Vous n'êtes pas drôle…

- Désolée, fit Riza, sarcastique.

- Oh, mais ce pas pour ça que je vais m'arrêter, détrompez-vous, répliqua Roy.

- Vous ne savez toujours pas qu'il y a des limites à l'entêtement ? Rien ne vous dérange.

- Comme si vous n'en aviez pas déjà fait l'expérience. Avec qui sortiez-vous mercredi soir ?

- Pardon ? s'étrangla Riza. Je dois avoir mal entendu ! Pourquoi cet intérêt si soudain pour ma vie privée ? Qui, en passant, ne vous regarde pas !

Surtout que tu ne t'en es jamais soucié, si ce n'est pour que je comprenne que tu n'en avais rien à faire, se retint-elle d'ajouter.

- Il faut croire que vous avez des goûts étranges en matière d'hommes.

Si tu savais, Roy.

- Et c'est un casanova qui me fait la morale, préféra-t-elle répliquer.

Ils se défièrent un instant du regard avant que l'expression « petites embrouilles de couple » ne parvienne à leurs oreilles. Ils rougirent de concert et recommencèrent à manger comme si de rien n'était.

- C'était mon notaire, déclara Riza au bout d'un moment. Il a plus de 80 ans.

Roy s'étouffa dans son verre et la jeune femme éclata de rire.

- Vous pouvez répéter ? demanda Roy en congédiant d'un geste agacé le serveur qui s'était inquiété.

- Vous avez bien compris.

- Mais... Enfin... Bon sang... Pourquoi ?

Riza aurait voulu le faire mariner encore un peu, mais la mine déconfite et complètement perdue de Roy l'en empêcha.

- Comme vous l'avez dit, mon... patrimoine risquant de faire venir quelques autres inopportuns, j'ai préféré vendre certaines pièces.

Roy se sentit soulagé et reconnut alors ce qu'il avait éprouvé. De la jalousie pure et simple.

- Donc, vous être riche, ce qui fait décidément de vous une femme à marier, glissa-t-il avec un sourire.

- Désolée de décevoir vos attentes mais l'argent est parti à une association qui aide les rares réfugiés d'Ishbal.

Elle avait dit cela sur le ton de la conversation, entre deux gorgées de vin, mais Roy fut impressionné. Lui qui croyait être le seul à repenser à cette période avec amertume, Riza ne semblait pas non plus avoir tourné la page. Et elle n'avait rien laissé paraître durant tout ce temps...

- L'interrogatoire est-il terminé, monsieur ? reprit Riza.

- Je n'ai pas d'autres questions pour le moment, mademoiselle, mais cela ne saurait tarder, répondit Roy en rentrant dans son jeu. Qui dura toute la soirée.

Vue l'heure avancée et comme ils travaillaient le lendemain, Riza estima préférable de rentrer. Après avoir tenté une négociation sur un éventuel congé, Roy abdiqua et la raccompagna. Sur le pas de la porte, il posa sa dernière question.

- Pourquoi avoir mis mon nom sur ce contrat de mariage ?

Les clés de la jeune femme tombèrent sans bruit sur la moquette.

- Comment...

- Je lai aperçu juste avant que vous ne soyez prise d'une crise de destruction de preuves. D'ailleurs, quand je vois la façon dont vous imitez ma signature, je commence à m'interroger sérieusement...

Riza ne sourit pas.

- Vous le saviez. Depuis le début vous saviez et vous ne m'avez rien dit...

- J'avais besoin de réfléchir sur ce qui avait bien pu vous motiv- Hééé! s'exclama-t-il en bloquant in extremis la porte que Riza refermait violemment.

- Et qu'est-ce que le grand alchimiste des flammes a-t-il bien pu déduire de ce qu'une pauvre fille a écrit ?

Riza ne criait que très rarement. Peu expansive, elle préférait une colère froide avec des paroles chargées de mépris, ou même l'ignorance totale plutôt que de laisser sortir son ressentiment. Dans le cas présent, Roy avait la sensation qu'on approchait du point de rupture - et qu'une Riza très fâchée était extrêmement dangereuse.

- Écoute, Riza, si j'ai pu te blesser de quelque manière que ce soit...

- C'est déjà fait, Roy. Et depuis longtemps. Avec toi je ne suis plus à ça près, maintenant, et-

Il l'embrassa si rapidement qu'elle ne ferma d'abord pas les yeux. Mais elle se reprit et en profita autant qu'elle le pouvait -après tout, qui lui aurait assuré que cela se renouvellerait ?

- C'était quand même mieux que la dernière fois... murmura-t-elle.

- Je ne suis pas le seul à omettre certaines choses, on dirait. Tu veux bien écouter ce que j'ai à dire, maintenant ?

C'était facile.

- Je pense que si tu as volontairement choisi de te marier avec l'imbécile de première que je suis, c'est pour la même raison qui va me pousser à t'avouer quelque chose.

Il lui susurra trois mots magiques à l'oreille.

- Est-ce que je me trompe ?

Riza sourit et consentit à le laisser entrer.

- Je crois qu'il va falloir étayer tes arguments.

- Avec plaisir.

Puisque désormais ils avaient tout le temps pour ça.