Disclaimer: les personnages que vous reconnaissez sont à J. K. Rowling. ainsi que l'univers. Certains personnages sont de mon invention, ainsi que le scénario.

note: * se pointe discrètement* " Bon...pendant qu'ils ne sont pas là...je vais poster ce chapitre, comme ça ils ne me taperont pas pour le retard...j'espère que je ne les ai pas tous perdus en route..." *se retire*

hum... bref... alors voilà un nouveau chapitre... oui, je vous l'avais promis il y a un mois...saurez-vous me pardonner? Le prochain, ne sera évidemment pas avant mes prochaines vacances...

sinon je tiens à remercier deux amies qui m'ont particulièrement aidées pour écrire ce chapitre: Anissa, qui n'est pas sur ce site, qui me corrige, qui me commente et me fait rire. C'est elle qui, plongée dans les révisions de son BAC de Français, m'a suggéré ce titre...Référence à ionesco pour les fins connaisseurs ;) ...

Puis, AmyyPhobia. C'est à elle que vous devez toutes les idées de potions machiavéliques...Et qui m'a poussée à bien détailler leur utilisation. Elle a l'esprit délicieusement cruel parfois, et ce fut un plaisir qui donnait des frissons d'effroi que d'écrire ces passages.

J'espère que ça vous plaira. En tous cas, je vous promet un suspens dans le prochain chapitre ( normalement , il se peut évidemment que, capricieuse comme je suis, je change d'avis au dernier moment ou que je veuille écrire trop de choses), et un mort dans le chapitre douze! Mais en attendant... Place au chapitre 10!


Des flammes de fureur dans les yeux, Lord Voldemort semblait incarner la colère en personne. Sa magie crépitait dangereusement autour de lui. Après la disparition d'Harry Potter, il avait poussé un tel cri de rage que, sous sa force thaumaturgique, les fenêtres de la pièce avaient explosé. Maintenant, les lourds rideaux de velours sombre s'agitaient sous la force d'une tempête imaginaire, les décorations du salon virevoltaient en tous sens et des étincelles menaçantes grésillaient au bout de sa baguette. Les mangemorts présents dans la pièce s'étaient prosternés, face contre terre, en espérant calmer leur maître. En vain. Chacun reçut sa dose de doloris. Chacun reçut, comme punition, une tâche ingrate. Chacun se dépêcha de transplaner loin de leur seigneur enragé.

Il ne restait plus que Bellatrix. Sa fidèle et dévouée mangemorte. Celle qui ne l'avait jamais déçu.

- Bella, Bella, Bella...susurra-t-il.

L'ardente échevelée lui jeta un coup d'œil avant de retourner dans sa position initiale.

- Je pensais que je pouvais te faire confiance...

Elle ne répondit pas.

- Tu vas devoir te rattraper...

Elle lui lança un regard qui sembla briller sous la faible lumière. Les bougies s'étaient éteintes et seule la lune solitaire permettait aux protagonistes de se voir.

- J'ai une mission pour toi, fit le Seigneur des ténèbres d'un ton solennel.

Elle se releva légèrement, intéressée.

- Draco ne devrait pas tarder à découvrir l'emplacement de l'âme. Je veux que tu l'accompagne lorsqu'il ira la récupérer. Severus et Derwent vous guideront. J'ose espérer que vous en profiterez pour affaiblir l'ordre. Il paraît que Dumbledore devient vieux...

- Oui, maître. Il sera fait selon vos ordres. J'attendrai avec impatience votre signal et j'irai assister Draco.

Elle en faisait trop, elle le savait. Mais il valait toujours mieux trop en faire que pas assez.

- Bien...

Il se leva, caressa du bout des doigts la joue froide de la mangemorte et transplana, la laissant seule et encore tremblante de sa punition ultérieure. Et dans un coup de vent glacial, elle transplana aussi.

HGSSHGSS

En ce petit matin de février, les flocons tombaient paresseusement du plafond de la grande salle, se volatilisaient juste au dessus des têtes et émerveillaient les plus jeunes. Les bougies volantes éclairaient chaleureusement la pièce et les tables garnies de viennoiseries croustillantes embaumaient l'atmosphère d'une douce odeur de beurre. Il était sept heures et demie et tous les élèves de Poudlard déjeunaient bruyamment dans une ambiance joviale. A la table des professeurs, la gaieté était aussi au rendez-vous. Enfin, presque. Notre cher et aimable professeur de potions restait égal à lui-même, mangeant d'un air renfrogné tout en scrutant de ses yeux sombres chaque élève assis devant lui. Ce que personne ne savait, c'était que ses airs menaçants cachaient une réelle inquiétude. Il avait immédiatement remarqué, à peine avait-il posé un pied dans cette salle sonore, que le directeur n'était pas là. Pourquoi cette inquiétude, me diriez-vous ? Il était courant qu'Albus Dumbledore ne se présente pas aux repas. Eh bien, c'est que, voyez-vous, il ne ratait jamais les matins où les elfes servaient des croissants au beurre. Bien que ses collègues avaient, eux-aussi, noté l'absence de leur employeur, chacun avait haussé les épaules, supposant qu'il avait eu envie de rester dormir encore un peu, ce qui était tout à fait raisonnable vu son grand âge. Cependant, Severus Snape savait qu'il n'en était rien. Le grand Albus Dumbledore avait quitté le château aux aurores. Il l'avait averti de sa petite sortie mais n'avait pas précisé sa destination. S'il lui arrivait quelque chose, personne ne serait en mesure de lui venir en aide. Snape mordit dans un pain tout chaud.

Soudain, un cri perçant retentit derrière lui et une bonne vingtaine de hiboux déboulèrent dans la pièce, chacun portant un petit colis. Ils lâchèrent le courrier dans les mains de leurs destinataires et repartirent, non sans avoir salué leur petit monde d'un nouveau hululement. Et tandis que ses collègues déployaient, non sans appréhension, la Gazette du Sorcier, Severus constata, sans surprise, qu'il n'avait pas de courrier.

A la table des Serpentards, Brettwood dissimula rapidement le parchemin qu'il venait de recevoir. Personne n'avait besoin de savoir que le Professeur Snape lui donnerait un cours ce soir, à vingt heures, dans son bureau.

HGSSHGSS

Trois coups sourds résonnèrent. Snape jeta un Tempus et constata avec un certain contentement que Brettwood était à l'heure.

- Entrez, dit-il d'une voix assez forte pour qu'elle traverse l'épaisse porte de son bureau.

Celle-ci s'entrouvrit et le jeune homme entra. Snape se leva alors et l'invita à le suivre dans son laboratoire.

- Je vous ai déjà exposé les risques de la magie noire. La séduction qu'elle exerce, l'addiction qu'elle peut entraîner et ses risques, nécessairement. Aujourd'hui, je vais vous apprendre à reconnaître différentes potions qu'utilise assez couramment le Seigneur des Ténèbres. Peut-être que cela vous sauvera la vie, un jour.

Il le regarda et constata que le petit mangemort avait laissé place à l'élève studieuse qu'elle était réellement. Un air grave sur le visage, les sourcils froncés dans la concentration, elle lui montrait qu'il avait toute son attention.

- Evidemment, je ne vous enseigne ceci qu'à des fins anti-moldues, est-ce clair ?

Le ton de sa voix était grave mais l'ironie perçait, rendant le sens explicite. Hermione acquiesça.

- Je ne doute pas de vos capacités de mémorisation aux vues de vos...antécédents. J'ose espérer que votre capacité à apprendre des bibliothèques entières par cœur vous servira quand même un jour.

Elle faillit répliquer mais se contenta d'un léger grognement.

- Maintenant que tout est posé, commençons.

Il s'approcha de la paillasse la plus proche, sur laquelle étaient alignées une dizaine de fioles extravagantes au contenu sombre et inquiétant.

- Sachez, Mr Brettwood, que j'ai créé moi-même toutes ces atrocités, donc je connais l'antidote à chacune de ces potions. Etant donné ma...position, je ne livre aucune potion au Seigneur des Ténèbres sans en avoir élaboré le remède. Et ceci pour des raisons que vous pouvez aisément deviner. Des questions ?

- Pourquoi vous ne m'appelez pas par ma véritable identité ?

Snape se pinça l'arrête du nez. La voix était masculine mais l'intonation était exactement la même que celle de la Miss-je-sais-tout qu'il connaissait.

- Premièrement, Granger, cessez d'employer votre ton interrogatif si irritant. Tout le monde va vous reconnaître. Ensuite, sachez que je suis censé faire cours à un jeune mangemort dans le but qu'il soit le plus efficace possible. Soit, je vous forme, plus exactement, au métier d'espion, puisque vous vous êtes engagée, à tord, dans cette voie mais il faut que vous entriez dans votre rôle. Si je continue à vous appeler Granger, vous réagirez moins vite à l'entente de votre fausse identité. Donc soyez Brettwood, pensez Brettwood et cessez d'être l'arrogante Miss Granger.

Hermione déglutit sous ces paroles acerbes.

- D'acc...d'accord.

-Et cessez de trembler devant moi. Le Seigneur des Ténèbres est bien plus dangereux et effrayant.

Elle inspira un grand coup et Snape constata avec fierté que son masque se remettait petit à petit en place. Il se tourna vers la table et caressa du bout du doigt la première fiole.

C'était une fiole de verre ovale, simple. Mais un serpent d'argent s'enroulait autour, sa tête servant de bouchon. Elle contenait un liquide verdâtre, en constant changement, comme si on l'agitait de l'intérieur. Snape la saisit du bout des doigts et l'approcha d'Hermione. Il rencontra des yeux froids, concentrés et cet air, plus... « mangemoresque », lui arrachât un sourire en coin.

- Ceci, pourrait être qualifiée de chef-d'œuvre si elle ne servait pas des desseins si sombres.

Le serpent siffla quand il lui effleura la tête du pouce.

- Il s'agit de la larme d'épouvante.

Un silence théâtral suivit sa déclaration.

- Vous devez surement vous demander pourquoi je la conserve dans une fiole si...originale.

Hermione cligna des yeux.

- Comme vous pouvez le constater, la potion semble relativement instable...

-...Comme s'il y avait quelque chose à l'intérieur, le coupa-t-elle.

Il lui lança un regard noir qui en disait long sur le fait qu'elle prenne la parole.

- C'est exactement ça...

Il lui sembla que ses yeux s'étaient légèrement écarquillés avant que le masque ne se remette en place.

- Comme son nom le suggère, il y a un épouvantard dans cette potion.

Devant l'air étonné que son élève affichait, il se permit un sourire narquois.

- Quand je vous disais que je pouvais mettre la mort dans un flacon...

S'il n'avait pas l'air aussi grave, elle aurait presque sourit.

- Et donc, ce serpent permet de garder l'épouvantard dans la fiole. Je suppose que vous savez combien cette créature est tapageuse quand elle est enfermée...

Elle acquiesça à sa question rhétorique. Il sembla se perdre un moment dans la contemplation de son œuvre. Il faisait presque peur à voir : les yeux rivés sur la forme dansante dans la bouteille, un sourire satisfait sur les lèvres, on aurait dit qu'il se réjouissait d'avoir confectionné une arme de torture aussi sombre.

- Et...quels sont ses effets ?

Il eut un rictus agacé.

- Si une goutte, une seule, entre en contact avec votre peau, l'épouvantard s'infiltre dans votre corps, atteint votre cerveau, dérègle vos sens et vous vivez votre plus grande peur. Avec un épouvantard classique, vous voyez votre plus grande crainte, certes. Mais un peu de volonté peut vous raisonner suffisamment pour que vous puissiez lancer le contre-sort. Une intervention extérieure peut bien vous aider... Bref, ceci ne dure jamais longtemps. Mais, voyez-vous, quand votre plus grande peur est crée par votre cerveau. Toutes les sensations sont le produit de votre imagination. Personne d'autre que vous n'a accès à ce que vous vivrez après l'absorption de la larme d'épouvante. Et les effets dureront tant qu'on ne vous a pas donné l'antidote. Vous aurez une série d'hallucinations qui rythmeront votre vie et vous feront tomber, petit à petit dans la folie.

Il laissa un silence s'installer.

- Quelle est votre plus grande peur, Miss Granger ?

Hermione fronça des sourcils à l'entente de son nom mais ne le releva pas.

- Je ne sais pas.

- Ne me dites pas que vous n'avez pas vu les épouvantards avec Lupin lors de votre troisième année !

- si...si.

- Alors ?

Hermione baissa la tête.

- Le professeur McGonagall me disait que j'avais raté mes examens.

Snape faillit lâcher un éclat de rire. A la place, il afficha un sourire clairement moqueur, ponctué par un haussement de sourcil.

- Vraiment ?

Elle ne répondit pas.

- Soit. Eh bien, à titre d'exemple. En supposant que ceci est toujours votre plus grande crainte, si vous absorbiez cette potion, maintenant, voici les effets qu'elle provoquerait : Lorsqu'on vous rendra vos copies, même si un O décore fièrement votre parchemin, vous n'y verrez qu'un T, accompagné de commentaires virulents. Toute trace d'approbation dans les yeux de vos professeurs sera remplacé par du mépris, vous aurez l'impression que tout le monde vous dédaigne parce que vous avez de mauvaises notes et vous ne sortirez jamais plus de réponses justes. Et ce, pour une durée indéterminée. Vous n'aurez même pas conscience de devenir folle. Vous comprenez ?

- Oui, fit-elle d'une toute petite voix.

- Bien.

Il la toisa, le regard dur.

- Fermons cette parenthèse, le masque, Brettwood.

Presque instantanément, le visage de la jeune fille se raidit pour ne devenir plus qu'un faciès impassible aux traits un peu plus masculins. Il la soupçonnait de contracter son cou pour qu'il paraisse plus large.

Snape reposa la fiole verte, laissa glisser son index le long de la table et se saisit de la seconde fiole. C'était une petite bouteille à fond large et plat dont le goulot était long et surmonté de deux anses parfaitement symétriques qui venaient se courber finement à la base du flacon. Un gros bouchon de liège fermait le tout. Elle contenait un fluide pourpre qui avait l'air aussi lisse que la soie.

- La potion Cerae Veteres ou des statues de cire.

D'un coup de baguette, il fit venir sur la table une cage dans lequel un gros rat grignotait un bout de croûte de fromage.

- Observez, Brettwood.

Il ouvrit délicatement la cage, déboucha lentement la fiole et laissa tomber cinq gouttes sur la bestiole. En quelques minutes, l'aspect du rongeur commença à changer. Ses poils se collèrent, ses gestes se suspendirent, ses yeux s'ouvrirent de terreur et tout son corps se changea en cire.

- Vous remarquerez deux choses, Brettwood. D'abord, la potion n'a pas besoin d'être ingurgitée pour agir. Sa texture est si fluide qu'elle pénètre par les pores de la peau comme un baume. Evidemment, l'effet est accéléré si la potion est ingérée. Mais il paraît que le goût est atroce.

Derwent n'osa pas demander qui avait testé ces potions pour lui. Il avait bien une petite idée.

- Ensuite, le rat reste bien vivant. Seule son enveloppe devient de cire. Si je décidais de trancher l'animal maintenant, je rencontrerais tous ses organes, son squelette, bref, vous avez compris. La mort serait quand même sanglante.

Le rat couina, comme pour confirmer ses paroles. Snape se saisit alors d'une bougie qu'il alluma d'un coup de baguette et l'approcha du rat. Le dos de la bestiole commença alors à se liquéfier.

- Vous fondez comme une bougie...

Le rongeur couina plus fort.

- ...Et vous ressentez la brûlure, sans que vous ne puissiez réagir.

Il souffla la bougie et la reposa sur le candélabre.

- La potion s'estompe au bout d'une heure mais j'ai quand même un antidote.

Il déboucha la fiole qui reposait juste derrière et versa quelques gouttes sur l'animal. Presque immédiatement, sa peau redevint normale. Cependant, à l'endroit où la cire était devenue liquide, un trace étrange subsistait effectivement. Comme si sa peau avait fondu.

- Je suppose que vous pouvez aisément deviner les désastres physiques de cette potion, une fois que la plupart de votre corps a fondu. Vous êtes toujours vivant, mais réduit à une espèce de squelette dégoulinant.

Brettwood fit la grimace.

- Le sujet a-t-il des traces de brûlure ?

- Non. La peau fond mais ne cuit pas.

Derwent hocha la tête et Severus Snape replaça la fiole près de la première.

- Laquelle voulez-vous voir, ensuite ?

Le jeune mangemort parcourut les fioles alignées des yeux. Elles avaient toutes une forme étrange et leur contenu n'en était pas moins inquiétant. Il désigna du doigt un flacon en forme d'anneau qui contenait un liquide bleu clair, presque vaporeux. Calé dans le creux du tore, trônait un ballon de verre.

- C'est un choix intéressant. Je vous suggèrerais de faire l'expérience vous-même de cette potion si vous n'étiez pas élève dans cette école. Car je pense qu'il faut le vivre pour vraiment...apprécier ses effets. Cependant, ce n'est pas une épreuve agréable...

Il attrapa la fiole et l'approcha de ses yeux, contemplant son contenu un peu fumeux.

- Le philtre de désincarnation. Un parfum, si l'on veut être plus exacte. Il suffit de respirer franchement la potion pour que notre âme sorte de notre corps pour se déposer dans cette coupelle.

Il montra le récipient sphérique qui reposait à côté. L'intérieur semblait badigeonné d'une espèce de colle visqueuse transparente.

- Ceci est un réceptacle d'âme. Les parois sont enduites d'une substance particulière agissant comme un aimant sur les âmes séparées de leur enveloppe. Une fois la potion bue, l'âme viendra immédiatement dans le réceptacle. Etonnamment, vous ne vivrez plus que par cette âme. Vous verrez, vous entendrez, et cela, sans organes. Votre corps ne sera plus qu'une coquille vide, tenant à peine debout.

Derwent haussa les sourcils.

- Cette potion aurait une grande utilité dans le domaine médical. Je vois mal comment le Seigneur des Ténèbres pourrait s'en servir.

- Oh, croyez-moi, le Seigneur des Ténèbres ne diffère que de peu du chirurgien. Il se complait dans le découpage de la chair. Néanmoins, entre recoudre une plaie ou complètement charcuter un corps...Il y a une certaine dissemblance.

- Comment l'âme réintègre-t-elle le corps ?

-Il suffit de briser le réceptacle. L'âme en perdition se réfugiera immédiatement dans le premier corps libre qu'elle rencontrera.

- Même s'il est mal en point ?

- Même si le corps est celui d'un mort.

Derwent ouvrit grand les yeux.

- Vous voulez dire...qu'il peut nous réincarner dans n'importe quel cadavre organique ?

- C'est cela... Il préfère quand même réincarner ses victimes dans leur propre corps...après l'avoir bien détérioré, évidemment.

- Et je suppose que l'on reçoit toute la douleur du corps dès qu'on retourne dedans...

Snape acquiesça silencieusement tout en reposant la fiole sur la table.

Il caressa du bout des doigts la bouteille suivante. C'était un flacon fuselé, gravé de petits triangles aux extrémités, fermé par un bouchon de verre surmonté d'un faux rubis rouge. A l'intérieur, une potion d'un rouge sang clapotait doucement. De temps en temps, une goutte tentait une vaine sortie, s'écrasait contre la paroi et retombait dans l'étrange breuvage.

- Ceci est une potion que vous devez absolument savoir reconnaître. Il s'agit de la potion Cruenta Consanguinitas. C'est la potion préférée du Seigneur des Ténèbres. Elle réunit la torture physique et la torture psychologique.

Il fit une pause dans son discours tandis qu'un ploc retentissant perturbait le liquide.

- Le principe est relativement simple. Toute douleur que vous recevez, tous dommages que vous endurez seront immédiatement copiés à l'identique sur le corps de toutes les personnes avec qui vous avez un lien de sang direct : parents biologiques et enfants. Si l'on vous écorche la cuisse gauche, toute votre famille sera écorchée de la cuisse gauche. Si l'on vous crève un œil, vos enfants et vos parents auront un œil crevé. Et il va de soi que la douleur qui accompagne ces maux est présente pour chacun.

Il tapota la paroi d'un doigt pour faire tomber une gouttelette aventureuse.

- Le Seigneur des Ténèbres préfère, évidemment, réunir toute la famille pour ce genre de supplice. Une personne aura plus de chance d'avouer s'il voit les personnes qu'il aime souffrir à cause de lui que s'il souffre seul.

- Vous dites que c'est sa potion préférée et je conçois parfaitement pourquoi. Mais y-a-t-il donc tant de personnes que ça auxquelles il veut soutirer des informations ?

Snape eut un rictus désagréable, entre le dégoût et le mépris, mais Brettwood ne sut pas s'il grimaçait parce qu'il avait pris la parole ou parce qu'il pensait aux actes de leur maître.

- Il est vrai que le Seigneur des Ténèbres...et certains de ses disciples... ont une certaine propension pour la douleur gratuite, et souvent, cette potion est utilisée à des fins...divertissantes.

- Les effets durent-ils longtemps ?

- Seulement une heure...Mais on a le temps d'en faire, des choses, en une heure. J'ai un antidote préventif en ma possession, mais il serait déconseillé de l'utiliser. Je suis le seul à pouvoir le concevoir puisque je suis le seul à connaître la recette de ces potions.

Il avait dit cette dernière phrase en embrassant du regard toutes les fioles alignées.

- A quoi cela vous sert-il d'avoir les antidotes si vous ne pouvez pas les utiliser ?

Cette fois, le rictus lui était réellement destiné.

- Il y a quelques rares occasions où l'on peut faire passer l'échec sur d'autres personnes.

Un air avidement curieux jaillit sur les traits de Derwent, mais le regard dur du maître des potions et ses lèvres finement pincées le dissuadèrent de demander des détails. Snape posa sèchement la fiole et mit une autre bouteille sous le nez de Brettwood. C'était un flacon hexagonal légèrement opaque qui semblait contenir une substance visqueuse noir pétrole.

- Ceci est le baum...

Trois coups sourds résonnèrent. Snape jeta un regard à son élève et remis la fiole sur la table.

- Vous êtes venu pour remettre en cause votre A au dernier devoir, est-ce clair, Brettwood ?

Il avait bien insisté sur le nom de famille. Ce dernier hocha la tête d'approbation et son visage devint celui d'un petit serpentard froid et arrogant.

- Venez.

Ils passèrent la porte du laboratoire qu'il prit bien soin de refermer.

- Prenez ça, murmura Snape sèchement en mettant une copie d'un élève dans les mains de Derwent.

Les coups recommencèrent. Plus distincts, évidemment.

Snape ouvrit la porte à la volée, un air agacé.

- Ah professeur Snape, cette gamine de votre maison traînait dans les couloirs près de votre classe.

Argus Rusard, la jambe boiteuse, les cheveux sales de poussières et de graisse, l'œil révulsé, tenait d'une main osseuse le coude de Pansy Parkinson. Cette dernière se laissait trainer d'un air blasé. Snape eut un rictus.

- Il me semble que les élèves de ma maison peuvent venir me voir à toutes heures de la nuit, et il n'est pas encore très tard.

Rusard eut un spasme de la joue.

- Elle écoutait les portes, professeur.

- Je voulais voir si vous étiez dans votre classe ou votre bureau, monsieur ! s'exclama la voix fluette de Parkinson.

- Laissez Rusard, je m'en occupe.

Il tira à lui la serpentarde, l'assit sur une chaise face à son bureau et prit la copie des mains de Brettwood.

- je vais réexaminer votre copie, monsieur Brettwood, mais je doute qu'elle ne valle plus qu'un acceptable.

- Bien monsieur.

- Monsieur Rusard, vous raccompagnerez cet élève à son dortoir.

- Bien, professeur.

Brettwood sortit et Snape claqua la porte.

- J'exige des explications crédibles, maintenant, déclara le maître des potions en se plantant devant l'élève fautive, les mains croisées et les sourcils froncés.

HGSSHGSS

Draco laissa glisser son doigt sur les couvertures poussiéreuses des vieux grimoires. Malédictions et autres châtiments, L'art sombre de donner la mort, Les secrets du monde sorcier, Le Kâma-Sûtra Sorcier, Oubliettes et autres souterrains du ministère de la magie, Les moldus : une variante de notre espèce fascinante, Les origines de la magie, Les risques du pouvoir suprême...

Tant de titres, tant de grimoires reclus dans les archives du ministère. De grandes salles sombres, oubliées dans les sous-sols, abritant les ouvrages interdits ou censurés par le ministère depuis des siècles et des siècles. Et pourtant, il se trouvait là, affublé d'une lanterne, il parcourait les rayonnages, plissant les yeux pour déchiffrer les titres effacés par le temps.

C'était son père qui lui en avait parlé. Il avait exploré les catacombes du siège du gouvernement magique et était tombé sur cette bibliothèque. Le Seigneur des Ténèbres avait alors chargé Draco de chercher des traces de l'âme de Poudlard dans ces écrits retirés de la circulation depuis des décennies. Il avait, à de nombreuses reprises, haussé un sourcil à la lecture de certains titres et avait même sourit devant certains. Mais, résistant à l'envie de lire certains grimoires aux noms évocateurs, il se concentrait sur sa tâche. Plus tôt il trouverait un indice sur la localisation de l'âme, mieux ce serait pour lui.

Il finit le rayonnage et inspecta celui du dessous, avec toujours la même attention. Il y avait tellement d'ouvrages dans cette pièce sombre et étouffante qu'il s'agissait de ne pas rater ne serait-ce qu'un seul parchemin. La tâche était d'autant plus ardue que les livres semblaient avoir été rangés sans classification apparente. Les manuscrits ancestraux côtoyaient les parchemins de malédictions, les essais politiques voisinaient les traités de magie sexuelle, et les grimoires de magie noire se mélangeaient avec les recueils de secrets sur le ministère.

Il changea encore de rayonnage, arrivant enfin au bas de cette étagère. De temps en temps, il entendait un ouvrage soupirer, comme s'il se réveillait après un trop long sommeil. Il avait sentit combien sa présence avait excité certains livres. Une sorte de frémissement semblait avoir parcourut la pièce quand il était entré. Parfois, un livre claquait ses couvertures trop fortement, et Draco se retournait en sursautant, de peur que ce soit un visiteur mal opportun. Il percevait une certaine agitation autour de lui. Les livres reprenaient vie. Les plus gros compressaient les petits, ceux sur les bords des étagères tentaient de faire tomber leur voisin, les grimoires noirs sifflaient et leurs marques-pages ondulaient comme une langue rose qui dépasserait de leurs feuillets.

Draco n'était pas forcément rassuré par toute cette cacophonie discrète. Il préférait un silence inquiétant à une série de bruits étranges. Ici, un page se froissait, là, un livre tombait, ailleurs, on entendait un raclement de cuir vieilli sur le bois de l'étagère. Et plus il restait, plus les livres se réveillaient, plus les bruits augmentaient. Bientôt, on entendit un bruit sourd, suivi d'un cri strident comme si une femme était transpercée d'un poignard. Draco se précipita vers la source du hurlement et d'un coup de baguette, remis le livre braillard à sa place, bien serré entre deux lourds volumes somnolents. Il souffla un coup, se remettant de sa frayeur. Et alors qu'il s'apprêtait à retourner à son rayonnage, il poussa un juron. Les rayons se ressemblaient tous et il avait, dans sa précipitation, oublié de marquer d'une lueur rouge, le rayonnage qu'il avait entamé. Il grogna. Et entra dans celui qui se trouvait à sa droite. De toute manière, ils y passeraient tous. Le tout était de marquer de vert ceux qu'il avait déjà explorés.

Il entama une nouvelle étagère. Les livres étaient presque tous de gros volumes, entrecoupés de parchemins volants. Des feuilles de papier jauni deçà, delà, recouverts, pour la plupart, d'une écriture illisible ou de runes complexes qu'il ne connaissait pas. Pourtant, alors qu'il s'apprêtait à le reposer, il retînt son geste et rejeta un coup d'œil sur le document qu'il tenait. Les premiers mots avaient semblés sans intérêts, et pourtant...

Quand le Condor s'envolera,

Le chemin de l'âme tu trouveras.

Mais pour créer l'envol,

Cinq personnes devront jouer leur rôle.

Le courage, la ruse, l'intelligence et la loyauté

Réunis autour de la neutralité,

Révéleront la voie

De ce qui, à Poudlard, fait la loi.

Malfoy sourit, d'un sourire si large que quiconque aurait été dans la pièce à ce moment-là, aurait aperçu l'éclat blanc de ses dents parfaitement alignées.


J'ai fait latin jusqu'à l'année dernière, mais les déclinaisons n'étaient pas mon fort. J'espère que je n'offenserais pas les grands latinistes qui lisent ma fiction.

Cerae veteres : « les statues de cire »

Cruenta consanguinitas: littéralement, « le lien du sang sanglant » ( cruor= le sang qui coule)

voilààà! j'espère que ça vous a plu. Une petite review pour me dire que vous êtes encore là? ( même si c'est pour me taper sur les doigts? :p )