Titre: Les rayures du tigre
Disclaimer: J. Davis
Note de l'auteure: Haïssez-moi, je me hais aussi pour tout le temps que j'ai mis à publier ce chapitre, très long, le plus long à ce jour (j'ai l'impression d'écrire cette phrase à chaque nouveau chapitre). Comme vous avez dû vous en rendre compte, j'ai été très occupée, au point de vous délaisser, et de même ne pas vous répondre. J'en suis navrée. J'espère que ce chapitre vous plaira! On se voit en bas!
« Et maintenant, elle veut reformer son baiser. Et la meute de son calice. Je crois qu'elle ne veut plus de Lucas, elle a dû se lasser de lui. Elle est en chasse, elle sait qu'elle a le pouvoir de récupérer une meute, il suffit de la briser, de briser l'alpha. Et elle a déjà choisi sa proie.
La meute retint son souffle, attendant un verdict qu'ils connaissaient déjà, et qui leur faisait peur.
Stiles prit une grande inspiration :
-Vous. »
À nouveau, le silence se fit. La meute avait les yeux baissés, des images plus terribles les unes que les autres se précipitant dans leurs esprits. Le shérif, arrivé peu après la défection de Jamie, avait le regard hargneux et inconsolable. Jamais son fils n'aurait dû être témoin de tant d'horreurs et de cruauté réunies, encore moins les combattre. Harry se leva à son tour :
« N'ayez trop de craintes, vous êtes une meute forte, votre territoire est déjà protégé grâce à cela.
-C'est vrai ! continua Dan, Candice ne peut même pas se nourrir sur vos terres, c'est d'ailleurs assez incroyable ! »
Scott releva la tête tout à coup, fixant ses yeux brillants sur le chasseur. Stiles quant à lui eut un sourire. La meute avait bien travaillé. Il se détourna, faisant face à Derek, toujours assis près de lui. Ce dernier le regardait, le désir et le pouvoir brûlaient dans ses yeux. Le loup leva la main, effleura celle du jeune hyperactif. Les griffes de Stiles glissèrent contre sa paume, et enfin leurs mains se lièrent. Aucun moment ne vit leurs yeux se détacher. Une bouffée de désir brilla dans le regard de Derek, avant que le bleu ne cède au rouge. Liés. Des grognements autour d'eux firent sortir les deux alphas de leur bulle. Ils se tournèrent vers les autres loups qui grondaient doucement. Les couples s'étaient reformés, et semblaient à deux doigts de s'élancer vers les escaliers.
« Assez ! dit Harry en voyant les doigts entrelacés, il va falloir que vous appreniez à contrôler ce pouvoir, les jeunes. Je le sens ramper sur ma peau. »
En fronçant les sourcils, Stiles se concentra : il s'ouvrit aux flux qui brassaient imperceptiblement l'air, comme le lui avait appris Maggie. L'atmosphère était saturée d'un pouvoir brûlant, la lave en fusion, qui s'écoulait paresseusement. La puissante coulée envahissait la pièce, s'engouffrait dans chacun des membres de la meute. Il ressentait cette énergie, chaque molécule métaphysique de pouvoir qui glissait, pénétrait la chaire. Loin d'être intrusive, elle entrait en douceur, ne trouvant que des portes ouvertes à sa chaleur. Remontant le court de la trainée, il vit sa main, enfermée dans la paume de son loup, il vit la connexion établie entre elles, comme si le pouvoir provenait de ce contact. Des deux alphas, sortait un flot continu de pouvoir, plus ou moins fort. Stiles sentait contre lui la pression du désir, la force des sentiments qui les unissaient. Continuant sa route, il découvrit deux fils, intrinsèquement liés. La surprise se lit sur son visage. L'énergie mystique qui se déployait ne provenait pas seulement de Derek, mais de Stiles lui-même. Il lâcha la main de son loup, et le flux s'apaisa, sans cesser pour autant. Il sortait maintenant de leurs deux corps, deux laves distinctes mais qui se mêlaient, se rejoignaient dans l'air pour s'enfoncer dans les membres de la meute. Visiblement, Derek avait suivi le cheminement de son lié, puisqu'il regardait ses mains comme si elles ne lui appartenaient plus. Curieux et inquiet, il suivit encore un peu le chemin du pouvoir à l'intérieur de lui. Un puit abyssal se présenta.
Stiles releva brusquement la tête et fixa Harry. Il avait peur. Derek le sentit et se rapprocha encore de son lié, son visage clairement inquiet et interrogateur. Le plus jeune, bien que conscient de l'attention de son loup, ne détacha pas son regard du chasseur.
« Je vois que tu as enfin compris. –Un sourire naquit sur son visage, et ses yeux eurent un éclair orangé-.
-Compris quoi ? s'exclama Lydia.
-Ça ne vous dirait pas de mettre au courant le reste d'entre nous ? intervint Allison avec colère. On est du même côté alors partagez vos infos !
Mais Harry continuait de fixer Stiles, son sourire à présent disparu.
-Stiles ? appela Derek.
L'appel trouva écho et il tourna la tête vers l'alpha. Néanmoins, l'hyperactif ne semblait pas le voir pour autant. Il était penché au-dessus de l'antre qui paraissait sans fin et regorgeait d'une brûlante énergie. Un pouvoir dangereux.
-Stiles ! » cria alors Derek, clairement alarmé.
Le loup agrippa les mains de son compagnon, renforçant d'un coup leur lien. Leurs pouvoirs se mêlèrent plus intimement et Derek se retrouva projeté lui aussi, à la source de Stiles. Tous deux contemplèrent l'étendue de pouvoir, la masse bouillonnante d'énergie. Un nouveau sentiment s'ajouta au maelstrom émotionnel que Stiles ressentait. De la fierté. Un autre. De la confiance. Un autre. De l'amour. Sans comprendre, la peur de Stiles s'envola, l'inquiétude de Derek se brisa. Ils étaient ensemble.
Des cris les ramenèrent dans le salon du manoir. La meute s'inquiétait, leur membre cherchait à savoir ce qu'il se passait. Seul Harry restait immobile, et lorsque Stiles croisa son regard, il vit la compréhension et une pointe d'inquiétude briller. Le chasseur avait suivi, lui aussi le chemin du pouvoir. Stiles savait que Harry n'avait pas accès à son énergie, il avait l'étonnante capacité de se protéger naturellement contre ce genre d'intrusion. Ses barrières étaient d'autant plus imposantes que Derek était à ses côtés. Fort de cette idée, Stiles repoussa loin dans son esprit ses peurs, et ce puit de pouvoir qu'il ressentait. Il y avait plus important à ce jour que le fatras métaphysique qu'il se trimballait. Il reprit la main de Derek dans la sienne, tentant toutefois de garder pour lui l'afflux de pouvoir qui voulait s'entremêler plus encore avec celui de son loup. Lydia et Allison criaient, les autres les regardaient, légèrement effrayés.
« Quelqu'un va-t-il enfin nous expliquer ce qu'il se passe ?
-Maintenant même, merde ! ajouta Allison.
Stiles eut un sourire. Il reconnaissait bien là les deux filles, leur soif de comprendre et de contrôler. Devant cet étrange revirement, les meutes se détendirent, sauf Harry, qui se mit plus en retrait pour réfléchir. Tendu, il écouta tout de même Stiles qui avait Il prit alors la parole.
-Tout d'abord, Candice ne peut se nourrir sur vos terres. Ce qui veut dire…
-Nos terres, le coupa Scott.
Tous se tournèrent vers lui, Danny lui renvoyant un visage éclatant. L'alpha naturel lui lança un coup d'œil avant de reprendre :
-Ce sont tes terres aussi Stiles !
Contre toute attente, Jackson ajouta :
-Je confirme, on en a assez bavé sans toi, là ras-le-bol. T'es ici avec nous maintenant alors on te garde !
Après un instant de flottement, Stiles éclata de rire. Tous connaissaient suffisamment le jeune homme pour savoir que ses sautes d'humeurs étaient habituelles et ne s'en inquiétèrent pas. Ils se contentèrent de laisser planer un silence stupéfait alors que Stiles riait si fort, qu'il finit par perdre l'équilibre. Il ne dut qu'aux surnaturels réflexes de Derek de ne pas se retrouver les fesses à terre. Le loup les préférait nettement où les deux galbes se trouvaient à présent : sur ses genoux, pressées contre sa virilité à demi réveillée.
Alors que la meute fixait Jackson avec effarement, le flegme qui caractérisait le protagoniste d'une telle attention s'exprima :
-Quoi ? Vous allez vraiment faire cette tête-là dès que je vais dire que… Stiles –il eut un rictus dégoûté en prononçant son prénom- est utile ? »
L'ahurissement s'alourdit. Les Silver, qui comprenaient plus ou moins l'importance d'une telle réplique se contentèrent d'écarquiller un peu les yeux. Visiblement, l'ancien kanima avait évolué, et en bien si ils prenaient le discours de Stiles à son propos comme seule référence. Le silence ne lui convenant pas et connaissant la teneur du discours que l'alpha Stiles allait transmettre, Dan se leva. Sous le regard de Danny et Harry, il se dirigea vers la porte en disant :
« -Je vais chercher Jamie et Boyd. Ils doivent être en train de discuter.
-Passe voir la femelle après ! demanda son frère.
-Oui cap'tain ! » –et il s'en fut.
Chacun avait enfin reprit ses esprits, et se tournait maintenant vers Stiles, remit de son hilarité. Confortablement installé sur les genoux de son loup, et faisant face aux mines curieuses de sa meute, il continua son explication :
-Notre territoire est protégé –tous lancèrent un petit regard à Jackson, à qui échappa un soupir. Le pouvoir de Candice est très ancien, il suit des principes plus archaïques encore que le compagnonnage. Pour se nourrir, un vampire doit chasser sur son propre territoire ou sur un territoire neutre. Nos terres sont, eh bien, nos terres. Le pouvoir qui lie cette meute est assez puissant pour faire de Beacon Hills un territoire protégé et inattaquable. Candice doit aller dans les villes voisines pour se nourrir, et la meute de Lucas sera immédiatement repérée.
-C'est vrai qu'on avait moins de mal à voir quand un intrus s'introduisait ici ces dernières semaines, dit Lydia pensive.
-Et tu avais moins de mal avec tes prémonitions, intervint Allison.
-Vrai, c'est comme si il y avait une barrière autour du territoire Hale !
-Et du lycée aussi ! dit Danny.
-Sans compter tous les endroits où l'on s'est battu !
-C'est à peu près ça, Isaac, Jackson. Mais je crois que grâce à nos deux tourtereaux ici présent –Harry désigna Stiles et Derek, qui se serraient éhontemment l'un contre l'autre- cette 'barrière' ne s'étende plus loin encore.
Il mima des guillemets au mot barrière. Il avait à son tour abandonné ses inquiétudes métaphysiques. Plus tard, il poserait des questions, mais Candice était trop dangereuse pour s'appesantir sur de telles interrogations alors qu'elle les menaçait tous.
-En gros, reprit Chris, on est une joyeuse famille dont les chefs sont un ado-chasseur et un alpha-mâle aigri, qui devons protéger une ville entière.
-Et tous ses abords, la forêt au-delà de la propriété Hale aussi.
-On est dans la merde je crois ! s'exclama Allison.
-Non, pour l'instant, la protection de la meute suffit à retenir Candice, plus la branlée phénoménale de Gen' lui a mise, elle ne peut pas s'établir sur votre territoire, dit Harry.
-Cependant, elle peut encore nous faire chier, et grave, ajouta le susnommé.
-Mais nous allons l'arrêter, continua Harry.
-Et la buter ! s'amusa Genim.
-Nous ? l'apostropha Derek, resserrant sa main sur la cuisse de Stiles.
Harry et Jamie regardèrent le couple. Stiles acquiesça et leur offrit un grand sourire. Un sourire heureux, épanoui. Le shérif, qui observait silencieusement l'échange sentit son cœur s'accélérer un peu. Peter se tourna vers lui, mais il fit un léger signe de dénégation. Ce que Stiles pouvait ressembler à Claudia quand il souriait ainsi.
-Ouais, où notre protégé va, nous allons. Si tu es d'accord bien sûr ! précipita Jamie en voyant le regard de l'alpha virer au rouge.
-Oh il est d'accord ! se mit à rire Stiles.
-Hé ! réagit Derek.
-Quoi ? Comme si tu pouvais lui refuser quoique ce soit ! » intervint Lydia avec raison.
Soudain, Stiles se retrouva debout légèrement en retrait de Derek, un couteau dans chaque main. L'alpha-mâle faisait face à la porte, en avant de sa meute. Tous les loups s'étaient transformés, Danny tenait Lydia dans ses bras, derrière le demi-cercle formés par les garous. Réagissant sans savoir, les humains avaient compris qu'un potentiel danger approchait et se préparaient à une éventuelle attaque. Un bruit de cavalcade se fit entendre à l'extérieur du manoir. Allison et son père se tenaient de part et d'autre de la banshee, Chris avec l'arme pointée vers la porte ouverte, sa fille en position de combat, armée de ses propres couteaux. Harry était quant à lui debout devant son siège, les yeux orange, toutes griffes et crocs sortis. Le shérif, plus proche de la porte recula de quelques pas et se place à côté de son fils, arme au point.
La cavalcade continuait au dehors. Le salon était plongé dans un silence profond. Les respirations se retinrent. Instinctivement, Derek étendit son bras, sa main gauche recouvrant la hanche de son lié. Les pas se rapprochèrent encore. La tension s'accumula. Un grognement sourd commença à emplir l'air. Trois silhouettes se profilèrent à la sortie des bois.
Ce fut Dan qui débarqua dans la pièce, poussant un cri totalement masculin.
«-Aaah ! »
Il fit demi-tour, effrayé par la petite armée qui se tenait en alerte au milieu de la pièce, et, prit dans la vitesse, il se prit de plein fouet Jamie, qui le talonnait. Se cognant contre le grand homme musclé, Dan retomba sur le sol en se tenant le nez.
L'atmosphère tendue de la pièce s'évapora. Isaac fut le premier à lâcher un petit rire nerveux. Le son sortit plus ou moins comme un aboiement, déformé par ses crocs.
-Jamie ? appela Harry.
L'armurier était suivi de Boyd, lui aussi en mode bêta. Le plus âgé avait le visage fermé, concentré. Stiles ne l'avait jamais vu aussi sombre, lui qui sortait toujours une blague vaseuse.
-On a un problème, dit-il.
Ceux qui s'étaient détendus s'immobilisèrent. Tous regardaient le doyen Silver qui ne semblait pas disposé à approfondir. Il préféra se tourner vers Boyd. Le visage inexpressif, le noir regardait le sol sans que ses yeux ne s'y attachent.
-Boyd ? gronda Derek.
Le noir semblait perdu, choqué. Sa bouche était entrouverte, exhalant une respiration hachée. Il réagit à peine à la voix de son alpha. Ce fut Dan, se tenant le nez après sa rencontre avec le torse de son aîné qui les éclaira.
-Erica, elle n'est plus dans la cave. Elle a disparu ! »
L'effervescence provoquée par l'annonce de Dan commençait à peine à se calmer. Derek marchait de long en large dans le salon, sous le regard agacé de son lié. Pour le moment inutiles, Lydia, Danny et Allison fouillait les bestiaires des deux clans dans la cuisine. Toutes les informations possiblement utilisables contre Candice étaient bonnes à prendre et ce n'était pas l'inquiétude pour la salope blonde qui les étouffait.
Les bêtas, Scott à leur tête, fouillaient la forêt tandis que les adultes, Stiles compris, regardaient Derek tracer des sillons dans le plancher.
« Il va continuer comme ça longtemps ? demanda John, hypnotisé par les pieds de Derek.
-Jusqu'à ce qu'il soit calmé, dit Peter sans regarder son neveu –il était trop occupé à observer la jeune rousse à quelques mètres de lui.
-Et ça peut durer longtemps ? intervint Dan.
-Oh, la dernière fois ça a duré trois jours, répondit Chris qui aiguisait tranquillement ses couteaux.
-Nan ! dit Peter en revenant au salon, ça c'était pour Stiles, c'est pas pareil !
Il pointa le jeune homme du doigt. Ce dernier s'étonna, quittant un instant son amant du regard:
-Il a marché trois jours ?
-Et trois nuits, ajouta Danny de la cuisine.
-Putain…
-Stiles ! grogna le shérif, ton langage.
Stiles était trop estomaqué pour réagir. Il regardait le mouvement hypnotique des jambes de l'alpha qui continuait à marcher. Dan se mit à rire, se prenant les regards indignés des deux pères présents.
-Quoi ? Vous croyez vraiment qu'il va lui obéir ?!
-Dan, ferme-la tu veux, intervint Stiles.
-On va le laisser continuer longtemps à se creuser des tranchées là ? Ou on se met à discuter du problème de fond ?
-Jamie ! râla Harry.
-Non, il a raison.
-Lune ! s'exclama Jamie, il parle !
Derek grogna en réponse, puis partit s'asseoir aux côtés de Stiles dont il prit la main. Immédiatement, la tension accumulée dans son corps s'apaisa, et son esprit s'éclaircit. Les deux hommes échangèrent un regard complice, sentant leurs pouvoirs s'écouler l'un dans l'autre, se retrouver pour mieux se réunir. Un contact, aussi simple fut-il suffisait à leurs énergies propres comme leur énergie commune à calmer leurs ardeurs. Ou à les enflammer.
-Bon, maintenant que tout le monde est en pleine possession de ses moyens, commença Peter, pourquoi on s'inquiète pour cette salope ?
-Parce qu'on est pas tous des sociopathes ? lança ironiquement Lydia derrière son ordinateur.
Un regard blessé lui répondit, avant que Peter ne baisse la tête. Lydia reçut plusieurs coups d'œil assassins et Allison lui donna un coup de coude. La banshee se mordit la lèvre inférieure. Son amoureux, meurtri, préféra garder un silence que personne n'osa briser. Personne, sauf Jamie et sa grande gueule.
-Qu'importe ! lâcha-t-il brusquement, le fait que la catin blonde se soit échappée est un problème, le fait que Candice soit ici est un problème. Sans parler de Lucas et du reste de sa meute. Ni du fait que la ville ne possède qu'une bande d'adolescents loups-garous, banshee et génie de l'informatique pour seule défense. Ni que Lucas est amoureux de Genim. Ou qu'il déteste Dan. Et Derek. Je continue ou vous avez compris que les petites histoires de chacun on s'en balance sévère ?
L'ironie dans sa voix ne lui ressemblait pas. Dan et Harry froncèrent les sourcils. Stiles le regarda en serrant les dents. Rappeler à l'alpha-mâle présent que son ancien amant était dans la pièce n'était pas la plus brillante idée qu'il ait eut. Derek, en effet, tremblait. Ses yeux passaient constamment d'un rouge brûlant à un bleu glacé. Stiles resserra sa prise, lui lançant un regard calme et attendri. Ses yeux foncés détendirent presqu'instantanément le loup-garou qui parut un instant effrayé. Le pouvoir troublant que son lié possédait l'inquiétait. Il lui suffisait de croiser ces orbes bruns pour que s'échappe toute contrariété. Il lui pardonnerait, à coups sûr. Lune, il allait en baver avec l'hyperactif ! Dan reprit la parole :
-Non, mais merci pour ce récapitulatif inutile de nos forces et faiblesses, crétin. Tu veux pas revenir à la grande peluche rigolote qui aime casser des têtes avec sa hallebarde ?
Jamie grogna, et ses yeux se perdirent dans la forêt qu'il voyait par la fenêtre. Boyd était-il loin ? Pourquoi fallait-il qu'il s'inquiète pour ce loup, mineur qui plus est ?!
-Par quoi commence-t-on ? lança un John méthodique.
-Par retrouver la folle à la tignasse blonde ? proposa Peter qui avait retrouvé une partie de sa verve.
-Non, intervint un Derek pensif, d'après ce que Boyd nous a raconté, elle va rechercher le pouvoir, et certainement auprès de la chose qui peut possiblement nous tuer.
-Candice, dit Chris.
-Exact, reprit Stiles, si Erica est une maniaque du contrôle, et Candice est pire. Quand la momie aura rechargé ses batteries, elle pourra lire dans les esprits les plus faibles et Connaissant Erica, Candice n'aura aucun mal à rentrer dans sa tête. Cette nana est plus stupide qu'une mouche.
Il avait murmuré la fin de sa tirade, plus pour lui-même que pour quiconque, mais il était entouré de loup-garous. Il avisa le sourire discret de Derek, et sentit une certaine chaleur envahir son bas-ventre. C'est pas le moment putain ! se serina-t-il, Harris en string… Non… Harris en string qui baise le coach ! Aaahh ma vision mentale est foutue !
-Alors elle va tout savoir de nous ! s'inquiéta Chris en se levant.
Il remplaça Derek et refit son chemin sur le plancher. John intervint :
-À côté de votre location, commença-t-il en regardant dans le vide, quelques kilomètres plus au sud dans la forêt, il y un entrepôt désaffecté. J'ai délogé des dizaines de sans-abris toxicomanes là-bas depuis que la compagnie d'emballage s'est délocalisée.
-Il y a des souterrains ? demanda Stiles, le ton légèrement paniqué.
-Oui, reprit son père, une entreprise de sécurité privée s'est installée dedans il y a quatre ans, ils ont laissé l'entrepôt en l'état, mais ont envahi les sous-sols. Ils ont aussi installé tout un tas de gadgets informatiques.
-Candice est là-bas, dit Harry d'une voix sombre.
-On est grave dans la merde, intervint Jamie.
Devant le regard alarmé et interloqué de ses camarades, il explicita :
-Candice possède un vampire : Adrien, il est un fanatique de tout ce qui fonctionne avec des fils et des piles. Il a dû faire mumuse comme le taré de suceur de sang qu'il est, et installé plein de trucs bien anti-jeu là-bas !
-Ah Jamie est de retour ! s'exclama Dan en riant.
Le plus jeune de la fratrie reçut des regards lassées des Silver version élargie.
-Il n'empêche, dit Stiles, que Jamie a raison. On va avoir besoin des talents de Danny pour le coup.
-Ça ne nous dit pas dans ce que l'on fait pour Erica.
Lydia se figea tout à coup, inquiétant Allison et Danny qui l'entouraient. Les deux tentèrent de l'appeler, mais la banshee écoutait d'autres voix que les leurs. Peter, toujours vexé, ne put empêcher l'angoisse l'envahir. Il haïssant tant lorsque d'autres morts utilisaient l'esprit de sa femme comme lui l'avait fait. Tous se tournèrent vers la jeune à la chevelure de feu. Elle avait considérablement blanchi. Sa respiration se coupa. Les yeux voilés, elle se tourna vers Peter qui se tint immédiatement à son côté. Les autres commençaient à prendre peur quand elle revint enfin à la conscience. Ses yeux se remplirent de larmes et elle agrippa les mains que son loup lui tendait. Allison caressa doucement son épaule en prenant la parole :
-Que se passe-t-il, Lyd's ?
La banshee tourna son regard luisant de larmes vers la jeune chasseuse et un mot s'échappa durement de sa respiration affolée.
-Erica. »
Derek et Stiles échangèrent un regard et se levèrent d'un même mouvement. Des bruits se firent alors entendre à l'extérieur. Derek tourna la tête pour voir débarquer ses bêtas, salis par de terre et de sang. Allison émit un léger cri en lâchant l'épaule de sa meilleure alors qu'elle inspectait l'état d'Isaac. Ce dernier lui lança un doux regard avant de prendre la parole.
« -Je crois que pour elle, le problème est réglé.
-En effet, reprit Scott.
Son regard était froid, comme s'il avait vu un cadavre se dit Stiles. Il ne savait que trop à quel point une telle vision pouvait choquer.
-Erica est morte. »
La déclaration de Jackson laissa un silence choqué. La nouvelle flotta un instant dans une atmosphère étrange. Aussi heureux que gêné de se réjouir, un éclat de tristesse tremblait dans chaque regard. Tout allait trop vite.
Derek se détourna, visiblement très mécontent. Il ne savait pas vraiment que ressentir à propos de ce décès. Si ce n'est une rancœur profonde et une haine décuplée. Il se doutait de qui avait opéré et la haïssait davantage : c'était à eux de posséder la décision de vie ou de mort, à eux et eux seuls ! Il ordonna à Scott de lui montrer le corps, et ils sortirent tous les deux. Stiles les suivit en silence, le visage fermé.
« -Racontez-nous tout les gars », lança Chris en s'asseyant sur le canapé libéré du couple.
Alors que tous se répartissaient, Boyd se décala vers Jamie, la tête basse. L'adulte lui jeta un coup d'œil, et put voir une larme s'échapper et glisser sur les joues un peu rondes du plus jeune. Erica était sans nul doute une belle salope, mais Boyd non. Et il ne méritait certainement pas de découvrir ainsi le trépas de la femme qu'il avait aimée, à laquelle il s'était accroché durant tant de temps. Il n'avait pas à voir son corps sans aucun doute meurtri, à peine reconnaissable. Sans pouvoir s'en empêcher, le plus âgé étendit son bras et entoura les larges épaules du noir. Son bras était à peine suffisant pour enrober la carrure de Boyd, quand bien même celui-ci fut voûté. Boyd releva la tête, plantant ses yeux brouillés de larmes dans ceux de l'adulte. Un reniflement pathétique prit Jamie aux tripes, et dans une respiration désolée, il se mit face à Boyd et entoura le large corps du sien. D'une pression de la main, Boyd appuya son crâne contre l'épaule de l'armurier et se laissa aller. Des larmes silencieuses s'échappèrent, et Jamie les fit reculer jusqu'au coin de la pièce, à l'abri des regards, derrière le canapé.
Les conversations ne s'étaient tues pendant ce cours laps de temps. Ainsi tous apprirent que Lucas avait débarqué en pleine chasse à la blonde et les avait attaqués. La meute ennemie était peu nombreuse, trois combattants dont une femelle, Lucas, et un mâle qui tenait le corps de la salope blonde. La meute Hale avait vaincu, deux des autres loups étaient mort. Lucas, la femelle et un mâle étaient en fuite. De leur côté, Isaac avait une profonde griffure au flanc. Les deux autres avaient quelques égratignures superficielles qui avaient simplement déchirées leurs t-shirt, et laissées quelques trainées de sang. Allison s'était précipitée sur Isaac dès que celui-ci avait fait une grimace et Peter et elle le soignait sur la table de la cuisine. Lydia, qui s'était reprise, avait le regard plein de réflexions et se tenait près d'un Harry aussi pensif. John et Chris commençaient à parler armes, plans et autres joyeusetés tandis que Danny n'avait pu s'empêcher de s'asseoir contre Dan. Si quelqu'un y avait prêté attention, ils auraient compris que trois très jeunes loups avaient su remporter une bataille serrée contre cinq loups beaucoup plus vieux et entraînés, qu'ils avaient eu raison de deux loups, blessé à mort un troisième et qu'à part Isaac, ils étaient tous indemnes. D'ailleurs, Isaac se levait, repoussant gentiment les soins d'une Allison au regard inquiet et lui prenant les mains. Seuls Harry et Lydia contemplait la meute d'un œil neuf, conscient du pouvoir qui évoluait en son sein.
Loin de ces considérations physiques et métaphysiques, tous se tournèrent vers leurs chefs lorsque ceux-ci revinrent à l'intérieur. Ils exultaient du même parfum, présentaient les mêmes caractéristiques. La haine. Stiles ne faisait montre que d'une colère sans nom qui faisait briller ses yeux d'un éclat carmin inquiétant. Les alphas étaient haineux, et un léger vent de panique parcourut la meute. Ils empêchèrent les autres de voir le cadavre tuméfié et violé de la sociopathe avec un rictus de dégoût teinté de tristesse. Derek ne voulait pas que sa meute soit traumatisée à vie par la vision infernale du corps d'Erica, du sang qui maculait ses cuisses, de ses griffes et de ses crocs arrachés. Il refusait de confronter les jeunes à l'horreur du vampire. À la perversion. Au mal le plus noir qui semblait maculer, imprégner chaque corps que cette salope de momie avait touché.
« On va la buter. » dit Stiles de sa voix la plus sombre.
Tous les présents ne purent empêcher un frisson de terreur pure réveiller les poils de leur nuque, un filet de sueur glacée s'écouler le long de leur colonne vertébrale. Isaac, le plus faible des bêtas, ne put retenir ses griffes de sortir face au danger que représentait son alpha humain. Le père ne reconnut pas son fils en cet homme fort et inquiétant. Dangereux avait dit Chris, et il ne regrettait pas ses paroles. Et alors que le pouvoir suintait par tous les pores d'un Stiles en rage, Derek se dit qu'il était fier. Fier d'avoir pour compagnon un être si pur, malgré toutes ses parts d'ombres. Pur au point de venger la salope sociopathe qui avait gâché neuf mois de sa vie. Pur au point que le loup ne laisserait personne s'approcher à moins de dix centimètres de sa peau.
Dans la tête du jeune chasseur, il n'y avait que de la lave. De la haine en fusion dans laquelle brûlaient les images de Candice et Lucas baisant au milieu des corps tuméfiés et brûlés de jeunes adolescents, du rire fou de la vampire. Du pantalon déchiré d'Erica, qui laissait percevoir des bribes sanglantes et détruites de ce qui fut un jour son intimité, du sang rouge qui maculait ses cuisses, ses mains et son visage. Il voyait encore ses propres crocs, profondément plantées dans sa poitrine nue et dévastée. Et ses yeux, grands ouverts, qui fixaient sans voir le ciel bleu et rayonnant d'un jour de mai. Genim ressentait le pouvoir bouillant couler le long de sa colonne vertébrale, glisser le long de ses bras, donner de la force à ses poings. Il sentait le sang que ses griffes plantées dans la chaire de ses paumes faisaient dégouliner sur ses jointures.
Puis une nouvelle image s'imposa : le regard de Candice, ses yeux vicieux et alléchés par Derek qu'elle fixait. Alors son esprit implosa. Le puit sans fond se déversa. Sans qu'il n'est ni de conscience ni de contrôle sur l'énergie qui l'animait, il déversa son pouvoir comme si une digue intérieure venait de céder sous les images désastreuses qui envahissaient son esprit. Son pouvoir se répandit dans la pièce, chaud et lourd. Ses sclères et ses iris étaient d'un rouge profond, un vermeil brillant dont semblait s'échapper une pupille plus noire que la nuit la plus totale.
Sa meute le fixait, sentant le poids de la magie peser sur leurs corps. Meurtrière. Aucun ne se sentait assez fort pour repousser la chape brûlante, même Derek avait du mal à respirer. Le pouvoir que dégageait Stiles était le sien, un qui lui appartenait pleinement. C'était le pouvoir que le surnaturel avait libéré en entrant en lui par la force. Le pouvoir de blessures enfouies, de son hyperactivité. Le résultat d'une enfance torturée par son esprit et par ses camarades. Les suites de la mort de sa mère, de l'absence de son père. Il était nourri de la trahison de ses amis, de la haine de ses ennemis, de sa haine envers lui-même. Construit par la torture et les combats qu'il avait menés. Ce pouvoir n'était qu'à lui, il lui était propre comme l'était sa peau. Certains gagnent le courage par les épreuves qu'ils ont subi. Ses batailles contre le surnaturel en avaient décidé autrement, pénétrant sa chaire, infestant son sang : révélant le pouvoir qui pourrait le protéger des forces qui l'avaient mis à jour. Derek tenta de le repousser, mais voyant cela sans effet, il tenta de mobiliser sa propre énergie, de déverser son pouvoir dans la pièce. Sachant qu'il ne réussirait pas à le repousser, il atteint cette partie de lui qui restait sans cesse connecté à l'esprit de l'hyperactif. Mais il ne voyait que du noir teinté de traces sanguinolentes. Son loup réagit vivement. La prairie dans laquelle l'alpha se plaisait à l'imaginer vit son ciel s'assombrir et un vent violent parcourut son esprit. Son propre pouvoir lui fut renvoyé comme une bourrasque cyclonique. Retour à l'envoyeur. Alors, se munissant de tout l'amour qu'il éprouvait pour Stiles, Derek essaya de glisser son énergie contre la sienne, de la couler à l'intérieur de lui. En vain. Le lien qui les unissait était encore trop frais, trop ténu, fragile.
Désespéré de ne pas reconnaitre son amant dans cet esprit torturé, Derek tourna la tête, espérant trouver le regard de Harry. Son alarme trouva écho et un échange met s'installa dans l'atmosphère suffocante remplie de magie. L'un comme l'autre savaient que la quantité de pouvoir que Stiles laissait échapper n'était qu'une infime partie d'un gigantesque fatras surnaturel. En tant que compagnon, seul l'alpha-mâle avait une chance de ramener Stiles parmi eux, de sortir son lié de l'état de transe pleine de haine dans lequel il avait pénétré corps et esprit. Comprimé par les effluves brûlants, même lui : alpha des alphas de son état, eut du mal à passer la barrière métaphysique, transformé en rempart physique. Il s'approcha néanmoins et se transforma, utilisant la force de son loup pour lever la main. Lentement et précautionneusement, le loup garou passa couche après couche le pouvoir qui rayonnait et protégeait son hôte. Des gémissements de douleur et de peine commencèrent à s'élever des meutes Hale et Silver, réunies dans la même douleur. L'air était irrespirable, saturée d'ondes surnaturelle. Une chape de béton semblait couvrir chaque inspiration et pesait comme un poids mort sur les sternums, empêchant le souffle de repartir. Après un temps incroyablement long, Derek finit par atteindre l'épaule de Stiles. À peine ses griffes effleurèrent le t-shirt du jeune chasseur que l'énergie bouillonnante disparut. Il sembla que le pouvoir refluait, comme si il était aspiré à l'intérieur du brun. Ses poings se dénouèrent, sa respiration s'accéléra. Stiles cligna des yeux, hébété. Il ressentit douloureusement l'énergie revenir à l'intérieur de lui et s'enfouir profondément sous sa peau. Reprenant pied dans la réalité, il chercha l'origine de cette soudaine intériorisation métaphysique. Il trouva le regard de son amant, mortellement inquiet. La lumière se fit dans son esprit. Désespérément, il rechercha ce lien, ce filet d'énergie mélangée qui faisait d'eux des compagnons. L'instant d'incertitude lui parut éternel avant qu'il ne découvre ce qu'il cherchait. Le fil ténu qui mêlait une partie de son pouvoir à celui de Derek s'accrochait difficilement. Stiles plongea alors son regard dans celui de son loup, cherchant l'amour et la certitude. L'alpha poussa un soupir de soulagement en reconnaissant les yeux bruns. Rassuré, il laissa le loup repartir dans sa clairière, où le soleil dardait ses rayons à travers un voile grisâtre.
Effrayé par la monstruosité de l'énergie destructrice qu'il possédait, Stiles repoussa la main et s'écrasa contre le torse de l'alpha qui l'accueillit. Là était sa place. Le pouvoir de Derek l'entoura aussi efficacement que ses bras. Leurs énergies personnelles s'élevèrent, tournant l'une autour de l'autre serpents de flammes qui cherchaient à s'apprivoiser. Derek déposa un léger baiser dans les cheveux du plus jeune qui poussa un soupir. Dans une lente danse d'un charme prédateur, les deux langues de feu se rejoignirent et ne firent plus qu'un. Le fil devient corde et le lien se reforma, plus fort, plus imposant. Une nouvelle étape dans leur compagnonnage venait d'être dépassée. La première crise de pouvoir de Stiles était passée. Comme elle était venue, la chaleur s'estompa, laissant Stiles essoufflé et déboussolé contre le torse de son homme. Il entendit son cœur battre régulièrement contre son oreille, mais assez rapide pour dénoter de l'inquiétude qui l'avait gagné. D'autres respirations haletantes se firent entendre, ainsi que quelques gémissements de douleur. Stiles se concentra sur ces derniers et vit alors ses amis, essoufflés, les yeux écarquillés. Ils le fixaient, la respiration haletante et une terreur certaine dans le regard.
« C'était quoi, ÇA ?! explosa enfin Jackson.
Ce dernier, comme tous les couples présents, avait rejoint sa moitié pour se serrer étroitement contre l'autre. En d'autres termes, il ne restait que John, qui était assez proche de Chris et Harry, dont les yeux reprenaient peu à peu leur couleur naturelle.
-Ça, dit-il, c'était le pouvoir surnaturel d'un humain.
-Le quoi de qui ? reprit Lydia, dont la voix étouffée sortait à peine de l'épaule de Peter qui la serrait fortement contre lui.
Stiles écarquilla les yeux à son tour. Il regardait ses amis de sa place, enterré dans les bras de son loup. Il glissa son nez le long du cou de l'alpha, puis le nichant derrière son oreille, il inspira profondément. Derek resserra son étreinte, sa joue se pressant sur le crâne de son amant. Peu à peu, la peur refluait. Les respirations se firent moins sifflantes, les regards moins terrorisés, moins fuyant.
-En gros, reprit lentement Isaac en regardant le couple, Stiles est humain, mais il a des pouvoirs surnaturels ?
-Il va lui pousser plein de poils à lui aussi ? intervint Jamie, Boyd toujours dans ses bras.
-Non ! se plaignit théâtralement Dan, ça va lui coûter une blinde en épilation sinon !
La boutade eut pour effet de détendre la lourde atmosphère. Pourtant, les couples ne se séparèrent pas. La chape de pouvoir qui leur était tombée dessus les avait coupés de tous leurs sens, et ils ne voulaient alors plus rien d'autre que profiter de leur moitié.
-Bien sûr que non, idiot ! s'exclama Harry, claquant le crâne de son jeune frère.
Dan fit semblant de s'évanouir, sa tête tombant sur les genoux de Danny. Avant qu'il ne s'écroule, le plus jeune attrapa ses épaules, et de sa main, tourna le visage de Dan vers le sien. Lentement, il se baissa vers ses lèvres.
-Tu es un idiot, Dan Silver, un idiot que je commence à apprécier…, murmura-t-il avant de déposer un léger baiser sur les lèvres entre-ouvertes du plus vieux.
Bien que surpris, Dan accepta le baiser, heureux que le jeune homme trouve en lui du réconfort. Cela dénoua les derniers fils de la tension accumulée. Stiles tremblait contre l'alpha, subissant tour à tour les regards inquiets et apeurés de ses bêtas. Les autres ne prêtèrent pas plus longtemps attention au couple énamouré qui se faisait des papouilles sur le canapé, reportant toutes leurs attentions sur Harry qui avait repris ses explications :
-Stiles ne virera pas poilu. Il a été marqué par Derek en étant humain, seul Derek peut le transformer. Maintenant que le lien est complet, Stiles est en paix avec lui-même. D'autant qu'il vous a pardonné.
Son regard parcourut l'assistance, et Stiles plongea plus profondément encore son visage dans le cou de son loup.
-Néanmoins, reprit le chasseur avec un sourire certain dans la voix, Stiles a accumulé une quantité impressionnante de sangs, salives, potions et autres fluides surnaturels dans tout un tas de blessures ouvertes.
-En gros, l'interrompis Jamie, le sang de Stiles est un cocktail détonnant de toutes les espèces magiques, surnaturelles et foutrement dangereuses qu'on ait rencontré. Et vu que c'est le petit con le plus téméraire et peu attaché à sa peau que je connaisse, il y en a un paquet !
Boyd ne put retenir son poing, qui vint s'écraser en une frappe légère sur l'arcade du chasseur qui le tenait toujours dans ses bras. Jamie émit un gémissement faussement plaintif avant de faire une moue boudeuse à son vis-à-vis. Boyd ne retint pas un fin sourire.
-Tes frères sont des crétins, intervint Chris à l'attention de Harry.
-Je les subis et je survis ! Même si comme ça, ça paraît impossible, je suppose qu'on s'habitue avec le temps! Et je te signale que ce sont aussi tes neveux, tonton !
-Et mes cousins ! cria Allison des bras d'Isaac où elle s'était réfugiée.
Elle assassina son père du regard qui y fit à peine attention, peu désireux de regarder sa fille dans les bras de son petit-ami. Putain de loup-garou, encore !
-Je suis quoi moi du coup ? demanda une petite voix sortie de l'épaule de Derek.
Stiles sortit de sa cachette, et son regard détailla chacun de ses amis. Ils étaient tous réfugiés dans des bras aimants, mais le fixaient tous, gênés et toujours effrayés. L'hyperactif resserra ses mains autour du torse de Derek, qui caressa doucement son dos.
-Je dirais, dit Peter à travers les cheveux de Lydia, que tu es un beau bordel métaphysique. Autrement dit, un humain compagnon d'un alpha des alphas avec un pouvoir personnel incommensurable.
Stiles ferma les yeux et écrasa son nez contre la peau du loup et inspira. Seule l'odeur de Derek pouvait le calmer ainsi, seul son contact lui permettait de ralentir les battements affolés de son cœur et de refluer la peur panique qui menaçait de l'envahir.
Scott ne put empêcher un hoquet choqué de lui échapper. Jackson leva les yeux au ciel et lui fit LE regard. Ce regard que l'alpha naturel connaissait bien, ce regard qui signifiait : ce que tu vas dire est stupide et tu le sais. Mais dis-le, sinon tu vas passer des heures à y penser et au final on te demandera ce qui ne va pas, alors épargne-nous des heures de gamberge et dis-le, mais dis-le vite et après, lis sur les visages combien ce que tu dis est stupide. Oui, Jackson était vraiment très doué pour transmettre des messages avec les yeux. Si longs soient les messages, Scott les comprenait toujours. Il ne savait ni comment ni pourquoi mais il les comprenait. Et jamais il ne désobéissait à ce genre de regards. Alors il osa ouvrir la bouche. Et les membres de sa meute ne purent empêcher leurs yeux de se tourner vers le ciel dès son premier mot :
-Mais… Pourquoi personne n'a de mal à avaler tout ça ? »
L'incrédulité se lit une seconde sur les visages de chacun et ils se posèrent tous intérieurement la question. Jackson félicita Scott d'un autre de ses regards: ce que tu dis n'est pas crétin cette fois, excuse mon regard d'avant. Pour te féliciter je te sucerai pendant des heures, je te laisserai faire subir à mon corps tous les outrages que tu voudras et j'en demanderai encore et toujours plus ! Bon, peut-être Scott imaginait-il la dernière partie. Néanmoins, c'était à peu près ainsi que se déroulaient les heures qui suivaient ce regard. Qui soit dit en passant était certainement le plus rare de tout son répertoire de messages-transmis-par-les-yeux.
« -Scott, commença John d'une voix calme et lente, tu es loup-garou, un alpha naturel de surcroît, ton petit-ami est également ton âme-sœur. Il y a un an, c'était la personne que tu détestais le plus au monde. Tu fais partie d'une meute dont le troisième alpha était un sociopathe dont toute la famille a brûlé dans un incendie qui a été provoqué par la tante de ton premier amour. Tu as contribué à tuer ce sociopathe qui a utilisé une de tes meilleures amies qui, soit dit en passant, communique avec les morts, pour revenir à la vie. Peter tient maintenant Lydia dans ses bras et Isaac, ton frère de Lune sort avec ton ex petit-amie. Kate a disparu. Tu admires Derek. Je suis au courant pour les créatures surnaturelles. On a combattu ensemble des démons, des loups-garous, et même des vampires. Erica est une salope psychopathe qui a réussi à te détourner de ton presque frère. Mon fils a disparu pendant presque un an et il me revient homosexuel, âme-sœur d'un loup-garou de naissance, chasseur redoutable formé par trois hommes dont un avec qui il a couché. Les Silver ici présents se trouvent être les cousins très éloignés de ton premier amour et sortent maintenant respectivement avec Boyd qui jusque hier était hétérosexuel et en couple avec la psychopathe blonde, et Danny. Sans compter qu'une vampire française millénaire vient de débarquer en ville avec… Sa troupe ?
Le père se tourna vers le fils qui répondit, choqué par la diatribe du Shérif :
-Son baiser…
John fit un grand hochement de tête avant de se tourner à nouveau vers Scott qui le fixait, comme tout à chacun dans la pièce. Tous étaient bouche bée, yeux exorbités.
-Qui vient de débarquer en ville avec son baiser et une meute de loups dont l'alpha est amoureux de Stiles. Je rappelle brièvement que leur objectif est de nous attaquer et de prendre possession de la ville. Elle a même réussi à tuer Erica. Alors que mon fils soit un humain avec des pouvoirs surnaturels et d'où viennent ces pouvoirs, honnêtement je n'en ai rien à foutre. Et je te parle en tant que père Scott. »
La vindicte du shérif les avait tous laissés pantois, même les chasseurs regardaient le shérif avec un mélange d'incrédulité et de fierté. Petit à petit, John avait appris à s'adapter, assimiler l'existence de forces sur lesquelles il n'avait aucun contrôle. Pour le plus grand plaisir de son fils, il était à présent un exemple de calme et de sérénité face à des situations qui rendraient complètement folle approximativement la totalité de la population humaine. Genim Stilinski ne put retenir un grand sourire. Qui l'eut cru ? Il avait fallu qu'il disparaisse neuf mois durant pour que son père apprenne la tempérance. Lui en tous cas, avait du mal à avaler ainsi l'amère pilule du mojito explosif de pouvoir qu'il détenait.
« -Euh… je me tais et je me calme c'est ça ?, tenta Scott qui reçut un sourire de John en réponse.
Les autres se remirent à bouger et à rire. Stiles réussit à se séparer d'un petit pas de Derek, et porta sa main à l'épaule de son père. Leurs regards se croisèrent, et cela suffit. Aucun des deux n'était vraiment prolixe à présent. Il sembla que père et fils Stilinski étaient presque aussi doués pour les regards-qui-parlent que Jackson. Presque.
-Je suis tout à fait d'accord ! intervint alors Peter. On se fout de ce que tu es petit, tant que tu ne nous tues pas !
Puis il se figea et fixa le jeune chasseur. Comment un corps aussi fin peut-il contenir autant de pouvoir ?! pensa-t-il, c'est putain d'aberrant !
-Tu vas pas nous tuer hein ? demanda-t-il d'une voix blanche. Vu que tu as déjà réussi avec moi une fois, je veux bien passer mon tour pour le deuxième round si ça ne te dérange pas ! »
Stiles lui tira la langue de façon très mature et responsable pour le nouvel alpha qu'il était devenu. Cette phrase eut pour effet de rendre une atmosphère légère à la pièce. Légère, amicale et chaleureuse. Les couples se détachèrent pour peu à peu se mélanger.
Stiles retourna pourtant dans les bras de son homme, et releva son visage dans le but de retrouver ces yeux aigue-marine dont il avait tant rêvé. S'approchant encore, le jeune homme glissa son nez contre celui de Derek, et dévia ses lèvres vers l'oreille du Grand Méchant Loup. Alors, presque comme le secret que c'était, Stiles murmura :
« -Je vais tuer cette pétasse, et si entre temps elle repose ses yeux sur toi, je l'éviscère, lui fait bouffer ses propres intestins et fais brûler sa carcasse desséchée au soleil. On est d'accord ?
Ses lèvres effleuraient la peau tendre de l'oreille de l'alpha à chaque mot, son souffle chatouillait les cheveux sur sa nuque. L'alpha ne tint plus. Autant pour la bienséance, il attrapa le visage de Stiles et pressa ses lèvres contre les siennes. Leur baiser ne dura que peu de temps, pourtant il suffit à libérer complètement son esprit. Alors qu'il se détachait, il plongea à nouveau dans le regard légèrement carmin de son amour et ce qu'il y lit finit de remplir son cœur. C'était ici sa place, ici sa famille. Et Candice allait mourir pour tenter de mettre cela en péril. Dans d'atroces souffrances.
-Plus que d'accord, chaton ! »
Chris et John discutaient avec Harry et peu à peu Dan et Danny se mêlèrent à la conversation. Puis Scott et Jackson, Jamie et Boyd. Isaac et Allison. Enfin Peter appela Derek et la bulle d'intimité des deux alphas fut brisée. Stiles se détacha de son loup et fit glisser ses griffes le long du bras du brun. Empoignant sa main, il lui tourna le dos et s'approcha du groupe. Résignés à ne pas profiter l'un de l'autre avant un certain moment (ou un moment certain… Pour Derek c'était surtout un moment certain, puisque le corps de Stiles semblait l'appeler sans cesse, réclamant son sexe gorgé de sang. Le fessier si terriblement attractif du jeune chasseur –qu'il ne put s'empêcher de mater sans vergogne- avait pris en muscle et en rondeur. Et par expérience, le loup connaissait tant son goût que sa moiteur accueillante, son étroitesse et sa chaleur…) Stiles sentit un flot discontinu de chaleur escalader le lien. Il se tourna brièvement vers Derek et le regard qu'il reçut fit remonter un frisson de luxure le long de sa colonne. Il prit une prit inspiration superficielle et tenta vainement de détourner le regard.
Les mains liées des deux compagnons se resserrèrent. Les griffes d'argent de Stiles égratignèrent la peau tendre d'une paume. Un léger grondement s'échappa de la cage thoracique du loup, et petit à petit, ses yeux commencèrent à virer au carmin. Le regard de Stiles répondit par la même intensité. Inexorablement, leurs deux corps se rapprochèrent…
« Hey ! cria un Harry aux yeux orange, un peu de concentration, bordel de merde !
Le son entama à peine leur bulle d'intimité recréée. Une chaleur intense envahit la pièce provenant de leurs mains jointes.
-Putain, ragea Chris qui se retenait des deux mains aux battants de l'arche qui menait à la cuisine.
Le pouvoir enfla. Les deux amants se regardaient dans les yeux, ils étaient presque torse contre torse. Leurs souffles s'écrasaient contre les lèvres de l'autre, telle la légère caresse qu'ils rêvaient de faire courir sur le corps de l'autre. Leurs énergies se mêlèrent, leurs pouvoirs s'élevèrent. Les deux langues métaphysiques s'entremêlèrent, créant un tourbillon enflammé. Un souffle irrésistible de luxure emplit la pièce. Les deux amants s'observaient, se rapprochant encore, toujours sans jamais se toucher. L'attente était exquise, insoutenable, jouissive.
Harry, grâce à son célibat et au pouvoir conféré par le sang siçan, émit une légère résistance aux vagues successives de luxure qui noyaient la pièce. Il s'approcha difficilement du couple qui ne faisait que se regarder. Mais comment peuvent-ils dégager autant de pouvoir ? Et comment réussissent-ils à ne faire que se regarder? Je n'ai qu'une envie, m'enfouir profondément et outrageusement dans un corps, de… Merde, Harry concentre-toi ! Finalement, le chasseur atteint le couple. Tendant la main vers l'épaule de Stiles, il ne put empêcher de faire un parallèle avec le geste de Derek un peu plus tôt. Ces deux gosses devaient impérativement apprendre à gérer leurs putains de pouvoirs. Et à satisfaire leur putain de libido ! Posant le bout de ses doigts sur le t-shirt trop grand du plus jeune, Harry retira sa main tout aussi sec avec un rictus de douleur. Regardant de plus près, il vit le bout de ses doigts blessés :
-Vous m'avez brûlé ! cria-t-il d'un ton accusateur vers les deux alphas qui sortirent de leur transe.
Derek et Stiles sursautèrent, détruisant leur bulle. La tension du pouvoir s'estompa, l'énergie retomba et tel un boomerang métaphysique, elle retourna s'enfouir en chacun d'eux. Seul résistait dans l'air les résidus du lien, le pouvoir qui appartenaient aux compagnons et qui les unissaient, les liaient à la meute. Les yeux écarquillés, les deux alphas contemplaient la scène orgiaque qui se tenait dans le salon. Les couples se pelotaient éhontemment, certains vêtements étaient même déjà au sol. Chris se tenait à un bout de mur, John agrippait fermement l'accoudoir d'un des fauteuils et Harry leur montrait ses doigts brûlés.
-Euh…, ne put retenir Stiles, vous foutez quoi là ?
Les différents participants involontaires reprirent leurs esprits avec effarement. Pris dans la spirale du pouvoir, aucun ne s'était vraiment rendu compte de ses actes. Ils s'étaient simplement laissés bercer, emporter par la luxure dégagée. En reprenant leurs esprits, les couples échangèrent des regards gênés, avant de ne regarder plus rien ni personne tant qu'ils n'étaient eux-mêmes tout à fait décents. Cependant Harry n'était pas de cet avis et invectiva les deux responsables :
-Bande d'idiots dégénérés du bulbe d'imbéciles d'êtres surnaturels à la noix qui ne savent pas se contrôler ! Ils ont simplement suivi la putain de bordel d'impulsion de luxure pure que vous avez balancée comme de la semence sur le lien de la meute. Quand vous vous retenez de vous sauter dessus comme des sauvages ce n'est pas sans conséquence ! C'est pourtant simple : durant tout le début de votre relation complète, vous devrez apprendre à vous contrôler : sinon on assistera souvent à des orgies de ce genre –il pointa du doigt les couples qui finissaient de se rhabiller, gênés-. Vous pourrez vous défouler quand vous serez seuls et qu'on sera loin, ou alors… –sa voix devint ironique- Et si vous décidiez de vous en servir pour buter cette salope de Candice ? Comme on était en train d'en discuter avant que vous ne foutiez votre bordel métaphysique !
La tirade de Harry se finit dans un cri aussi accusateur que le doigt aux chaires brûlées qu'il pointait sur le couple. Derek, pas impressionné pour si peu, resserra ses doigts autour de la main de Stiles, attirant son attention :
-On doit s'excuser là ?, lui demanda-t-il, peu amène.
Harry, Chris et John levèrent les yeux au ciel. Les autres toussaient pour cacher leur gêne.
-Quand tu dis semence, intervint alors Stiles en faisant mine d'une concentration intense, tu parles de graines, hein ? Pas de…
L'idiotie obscène qui venait de franchir ses lèvres eut le mérite de détendre l'atmosphère. Bien que beaucoup eurent levés les yeux au ciel, tous arboraient un léger sourire, et n'hésitaient plus à échanger des coups d'œil amusés et teintés de lubricité.
-Sinon, c'est quoi le plan ? continua un Derek toujours aussi mécontent d'avoir été interrompu.
-Je suis le seul à me demander pourquoi Chris et moi avons été touchés par…, commença John avant d'échanger un regard avec ledit Chris.
-Cette vague de luxure irrépressible ? Et pourquoi mes neveux aussi ont subi cette pression ?, continua le chasseur.
-Je crois qu'on fait juste tous partie de la même meute maintenant ! s'exclama simplement Stiles en haussant les épaules.
Les autres le regardèrent, atterrés. Seuls lui et Derek semblaient parfaitement à l'aise avec cette idée. Ils échangèrent même un sourire complice. Harry écarta d'un coup les bras, les laissant retomber immédiatement sur ses cuisses en adressant une prière silencieuse aux divinités qui, si elles existaient, seraient un tant soit peu en mesure de les aider. Les discussions avaient repris entre les membres de la meute. Tous avaient leur mot à dire, quand Scott prit la parole de sa voix de bêta de tête. C'était fou comme la hiérarchie s'était imposée par la voix dans cette meute hétéroclite et pour le moins singulière :
-Yo ! Vous vous souvenez de ce qu'a dit le shérif ? On laisse venir et on accepte sans trop réfléchir, d'accord ?
Le silence se fit. Jackson regarda Scott. Ce regard était si chargé en cochonneries inavouables que ni Scott ni Jackson ne pouvaient (ou ne voulaient) l'exprimer à haute et intelligible voix. Les autres, surtout Lydia et Allison, râlèrent encore un peu avant de se résigner.
-C'est bien mignon tout ça, intervint Peter, mais on fait comment pour tuer quelqu'un qui est déjà mort ?
-On le crame ! s'exclama joyeusement Jamie, tirant un sourire à Boyd.
Rien n'était réglé entre eux, mais ils avaient convenu dans la forêt de laisser les gestes et les paroles venir sans les retenir, et qu'ils verraient bien plus tard. Si ils étaient encore en vie. Et que Candice reposait enfin à sa place : en poussière, à bécoter les vers de terre.
Quelques rires accueillirent cette déclaration joyeuse. Danny tourna les yeux vers Dan, et le chasseur vit une lueur d'intelligence et d'excitation vibrer dans ses yeux. En refermant sa braguette, le jeune haïtien dit :
-Pour la tuer je ne sais pas, mais pour la piéger elle et son baiser, je crois que j'ai un plan. »
« Vous allez à vos examens !
-Mais shérif ! se plaignit Lydia, il y a un vampire en liberté !
-Il fait jour, réplica John d'un ton sans appel.
-Elle a des loups-garous sous ses ordres, réplica judicieusement Allison.
-Tes cousins sont chasseurs, ton père aussi et je suis shérif. On s'occupe des bêbêtes poilues, dit-il avant de lancer un coup d'œil à Derek à ses côtés. Sans offense, hein ?
-Pas de problème, répondit se dernier en toisant la bande d'adolescents d'un regard noir.
-Erica est morte !
-Scott, tu n'es pas mécontent que ce soit le cas, tu n'es pas en deuil, maintenant arrêtez de gémir et allez passer vos examens ! »
La tirade du shérif s'était terminée par une voix forte et sombre. Elle reçut un concert de grognements en tous genres, de borborygmes d'adolescents mécontents qui traînèrent les pieds avant de sortir du manoir. Stiles les suivait docilement, n'émettant ni protestations, ni acceptation. Il irait passer ses examens comme il avait prévu de le faire initialement. Bien que cela lui semblait bien dérisoire maintenant, il voulait avoir son diplôme et partir… Non il ne voulait plus partir. Un profond soupir lui échappa. Il vit les membres de sa meute se répartir dans les différents véhicules. Que fera-t-il une fois Candice zigouyée et son diplôme en poche ? Que se passera-t-il si ils échouaient ? Ces questions n'auront de réponses que celles que le temps lui apportera. Alors que la symphonie des moteurs se reflétait contre les arbres, il osa un regard en arrière. Appuyé contre le chambranle de la porte, Derek l'observait. À travers les yeux bruns, le loup lisait les doutes et les questions. Mais derrière cette barrière d'incertitude, il voyait aussi l'amour qui reliait son compagnon à ces terres, à ces adolescents incroyablement fort et geignards, à lui-même. Un fin sourire éclaira son visage, emplissant le cœur de Stiles d'un courage indescriptible. Le jeune chasseur dévoila ses fossettes en retour et s'avança enfin vers sa moto et partit vers le lycée, où une table, une chaise et une dissertation d'histoire l'attendait. Il était sûr de tomber sur la Guerre de Sécession, bataille de Charleston vue par les sudistes.
Derrière lui, Derek sentit le shérif approcher et s'arrêter tout près de lui.
« -Parfois, quand je les vois se battre ainsi contre les forces du mal, j'oublie que ce ne sont que des gamins. Ils ne devraient pas avoir ce genre de préoccupations.
-C'est très 'Star Wars' comme discours ! lança Peter qui passait derrière eux afin de se rendre à la cuisine.
L'oncle Hale tira un franc sourire au shérif qui continua :
-Ils devraient ne penser qu'aux filles ou aux garçons, à qui ils vont inviter pour le bal de fin d'année, quelle note ils auront à leur examen de chimie…
Du salon, on put entendre distinctement Dan s'exclamer, un rire contenu dans la gorge :
-Pour ce qui est des relations, je trouve qu'ils s'en sortent plutôt bien !
On entendit également très précisément le coup que Jamie lui assena sur le sommet du crâne et Harry répliquer un « Ta gueule » à peine chuchoté.
Derek restait immobile, fixant toujours le chemin boisé sur lequel Stiles s'était engagé pour rejoindre la ville. Ne sachant pas si l'alpha l'écoutait, le shérif lui lança un dernier regard et fit demi-tour. Avant qu'il ne pénètre le salon, John entendit la voix de Derek s'élever.
-Ce n'est pas juste, mais je n'aurais préféré personne d'autre pour accomplir ce qu'ils accomplissent tous les jours.
Le shérif Stilinski ne cacha pas un pauvre sourire.
-J'aurais préféré que mon fils ne fasse pas partie de ces batailles, qu'il redevienne cet adolescent insouciant de première année…
-Je ne pense pas, lui répondit Derek en se tournant à demi vers lui.
Voyant que le jeune alpha ne comptait pas continuer, il haussa un sourcil. Le tatoué ne put s'empêcher de revoir le visage de Stiles dans cette expression. La ressemblance était frappante. Il poursuivit tout de même, légèrement troublé.
-Stiles ne serait pas lui si il ne nous protégeait pas. L'adulte qu'il est devenu n'est pas si différent de celui que vous avez élevé. Honnêtement, ne seriez-vous pas moitié moins fier de lui s'il ne se battait pas comme il le fait ?
L'expression du shérif se modifia. Une ombre traversa ses yeux.
-Je sais que tu as raison, mais depuis qu'il est de retour, je ne rêve que l'enfermer dans sa chambre et le garder pour moi. D'effacer ces cicatrices qui marquent son visage… -Le shérif baissa les yeux, et murmurant plus à lui-même qu'à quiconque- Le visage de Claudia.
Un silence tendu s'imposa dans le manoir. Derek fixait John, lui faisant à présent pleinement face. Avisant Peter au loin, l'alpha vit son oncle le regarder sans vraiment le voir. Lui aussi revoyait quelqu'un dans ses traits. Talia, Laura. Il ne passait pas un jour sans que son bêta s'en veuille, sans que des idées noires ne se propagent dans son esprit. D'une inspiration profonde, Derek rassembla ses idées sur l'homme face à lui. Inconsciemment, il retrouva ce lien chaud et fort, doux. Il prit la parole, posant une main douce et calme sur l'épaule de l'homme de loi :
-Stiles n'est pas Claudia, Shérif. On ne peut le mettre en cage, et vivre dans le souvenir de votre femme à travers lui ne fera qu'empirer votre tristesse, et l'enfermer dans une personnalité qui n'est pas la sienne. Ne pensez-vous pas que Stiles mérite d'être aimé pour qui il est, et non pour celle qu'il vous rappelle ? »
Yeux dans les yeux, le shérif vit l'amour et la détermination du jeune homme. Un instant, il avait voulu faire ravaler ses paroles à ce loup qui osait affirmer qu'il n'aimait pas Stiles. Mais les évènements récents lui donnaient raison. Il poussa un profond soupir, et ses paupières s'abattirent douloureusement sur ses joues. La main relâcha son épaule, et il rouvrit les yeux sur la porte ouverte, Derek le dépassant pour rejoindre le salon. À son tour, il prit une grande respiration. Un sourire fleurit sur ses lèvres. Il se souvenait d'un discours que Claudia lui avait tenu des années auparavant, lorsqu'ils avaient compris que Stiles n'allait pas être tout à fait comme les autres enfants. Ils étaient dans leur lit, venaient de coucher un Stiles récalcitrant. On devait frôler les deux heures du matin et ils étaient épuisés.
« Je crois que je ne pourrais être aussi soulagée qu'aujourd'hui, soupirait-elle. Imagine s'il avait été autrement ? Il n'aurait pas pu être autrement de toutes façons, il est nous, notre parfait mélange. Tu imagines s'il avait été tout calme ? Quelle horreur ! Tu sais pourquoi je l'aime cet enfant ? Parce qu'il est toi et moi en même temps, mais plus que tout, parce qu'il est lui. Son esprit me dépasse, son hyperactivité me rassure. Je crois que je ne pourrais jamais aimer quiconque autant que lui. Non, en fait je le sais. C'est grâce à nous qu'il existe, mais il a fait tout le reste. C'est surtout pour ça que je l'aime en fait, il est unique, et les ressemblances qu'on a avec lui ne font qu'ajouter à sa personnalité, la sienne, à lui. Oui, en fait, c'est pour ça que je l'aime. Parce qu'il est lui, unique ! Et toi, tu l'aimes à quel point notre fils ? ».
Un nouveau soupir lui échappa, et une larme se fraya un chemin sur sa joue. Les yeux fermés, il laissa s'effacer les brumes de son souvenir, ne laissant dans son sillage qu'une légère culpabilité et un amour inconditionnel. Les autres étaient à présent tous réunis au salon et discutaient tranquillement, inconscient du trouble qui le bouleversait.
Le shérif rouvrit les yeux. Face à la porte, il regarda les traces qu'avaient laissées Stiles en partant. Levant les yeux vers le ciel, il se maudit de n'avoir pas respecté le mémoire de sa femme. Il se fit une promesse : dès à présent, il regarderait Stiles, et il l'aimerait plus encore qu'il ne le faisait. Plus que tout, il l'accepterait tel qu'il était : cet hyperactif incroyablement fort et altruiste. Le mélange parfait entre sa défunte épouse et lui-même. Un être unique.
Les conversations du salon se firent plus fortes, et il abandonna là les méandres de ses souvenirs. Fort de sa promesse, il entra dans le salon.
« Bon, commença-t-il en frappant ses mains l'une contre l'autre et les frottant, on commence ?
-Ça donne vraiment pas envie…
-Tu sais que tu n'as pas le choix Peter ?
-Merci, neveu, je ferai ce qu'il faudrait pour garder Lydia loin de tout cela. Quel qu'en soit le prix. Mais je ne le ferai pas avec envie. Avec plaisir par contre, je veux bien cramer toutes les chaires ressuscitées à ma portée.
Le sourire sadique que l'oncle psychopathe renvoya ne fit frémir personne. Tous étaient de son avis.
-Maintenant qu'on est réuni entre adultes consentants, dit Dan en lançant un regard appuyé à Jamie, je propose que nous reprenions le plan de mon adorable haïtien…
-Tu veux changer quelque chose ? s'étonna Harry, qui lui-même ne trouvait rien à redire à ce plan.
Dan soupira en se levant du canapé pour se poster à la fenêtre.
-Ce plan est prévu pour buter des vampires et des loup-garous indépendamment les uns des autres, mais Candice est plus maligne que ça. Même si elle compte se séparer de Lucas, toujours est-il que ce n'est pas effectif. Leur lien est fort, vieux.
-D'aussi loin que je me souvienne, intervint alors Jamie, j'ai toujours connu Lucas comme la pomme de sang de cette psychopathe.
-Attends, attendez, dit Chris, vous la connaissez depuis longtemps la vielle ?
La même interrogation se lit sur les visages de Derek, Peter et du Shérif.
-Non ! s'exclama Harry, on ne la connait que depuis cette année. Mais Lucas, lui sévit depuis plus longtemps par ici. Peter et toi, Derek, vous le connaissez non ?
-Oui, répondit le doyen Hale, enfin disons plutôt qu'il connaissait ma sœur, Talia. Comme elle était la plus puissante louve et la plus respectée de la région, tout le monde connaissait la mère de Derek. Tous les loups des états alentours venaient présenter leurs hommages et prétendre au compagnonnage de mes nièces.
-Attends, gronda alors Derek, t'es en train de dire qu'il y a des loups, au vingtième siècle, qui essayaient encore de prétendre aux mariages d'alliance ?
La colère sous-jacente de l'alpha mâle alarma les chasseurs. Les réflexes se manifestèrent dans un bel ensemble : ils se rapprochèrent les uns des autres, tournant imperceptiblement leurs corps pour former un cercle. Leurs mains se portèrent aux différentes armes qu'ils portaient en permanence. Même le shérif remarqua le changement subtil dans l'atmosphère.
-Calme, neveu, reprit Peter en posant une main sur l'épaule du susnommé. Ta mère a mis fin à tout cela très vite. Mais Lucas… Il a persévéré longtemps, avant de se faire virer du territoire par ta mère. Il voulait absolument devenir ton compagnon Derek !
-Quoi ? gronda plus fort encore ce dernier, ses yeux prenant une teinte rouge inquiétante.
Les chasseurs se rapprochèrent encore les uns des autres.
-Mais je ne suis même pas gay !
Devant le sourire goguenard que partagèrent alors tous les autres hommes de la pièce, Derek ne put s'empêcher de rougir. La nouvelle vague de tension s'était évanouie.
-Enfin, bafouilla-t-il, si… Enfin non, enfin… Merde. Je suis à Stiles de toutes façons, il n'y a pas plus de question à se poser ! »
Quelques rires éclatèrent, imitant la colère de Derek. L'alpha ne peut retenir une flammèche de pouvoir, et celle-ci coupa efficacement les respirations de sa langue brûlante.
Derek tenta de se calmer, la honte qu'il s'était infligé lui-même ne méritait pas une telle rage. Il ne put empêcher son esprit de voguer vers des rives plus clémentes, le regard si indescriptible de son amour, son corps chaud et ferme. La pression de sa présence sur son corps et son esprit. La connexion entre eux était telle que même à plusieurs kilomètres de distance, l'alpha réussissait aisément à ressentir le souffle que Stiles projetait métaphysiquement contre son cou. Le loup, prit dans cette partie de son esprit qui renfermait le lien avec son compagnon, leva une patte et ferma les yeux. La pulpe de sa peau traça le contour imaginaire d'une mâchoire, redessina la rondeur souvenue d'une lèvre inférieure, glissa à la commissure d'une bouche connue. Tout son être était connecté, toutes ses pensées tournées vers un jeune chasseur en plein examen. Un frisson parcourut alors la nuque du loup, descendant jusqu'à se nicher en une boule chaude et dure dans son bas-ventre. Il ressentit un souffle entre ses clavicules, une langue taquine effleurer ses doigts puis creuser de profond sillons à l'intérieure de sa paume. Puis, des dents attrapèrent son pouce, exerçant une légère pression, tel l'au revoir d'un papillon qui glisse ses ailes contre votre peau avant de vous quitter.
Lorsque l'alpha rouvrit les yeux, les autres hommes ne riaient plus. Ils le regardaient tous, comme fascinés par l'expression de son visage. Peter revoyait dans les traits de son neveu la douceur de sa sœur. Attendri, son esprit divagua vers les boucles de Lydia, Dan revit le corps alanguit de Danny sous lui, Jamie eut la vision du sourire que lui avait offert Boyd au travers de ses larmes. Chris ressentait la paume chaude de sa femme décédée contre sa joue, et dans l'esprit de John se mêlaient des images de feue sa femme, enceinte et rayonnante, et du discret sourire que lui accordait sans cesse Mélissa, les yeux plus tendres que jamais.
Alors que Derek reprenait conscience, les différentes images tendres des hommes présents s'effacèrent, et ils se retrouvèrent tous à regarder un autre homme avec des yeux éperdument amoureux.
Gênés, ils toussèrent de concert en détournant le regard et Derek eut un sourire éclatant de mauvais garçon fier de sa connerie. Au loin, il sentit l'amour, l'amusement et le désir remonter le long de son lien. Alors que les autres hommes présents faisaient passer leur gêne en se concentrant sur l'affaire Candice-la-vampire-psychopathe-qui-voulait-tous-les-tuer, Derek travailla sur son pouvoir pour qu'il bloque la porte ouverte qui le menait à l'esprit de son compagnon. Un sentiment de révolte lui répondit. Puis une question apparut dans son esprit :
Qu'en est-il de la vision sudiste actuelle des États ayant eu un nombre plus important de victimes dans la Guerre de Sécession sur leur appartenance à un modèle fédéral ?
Alors que son esprit formait une réponse sans qu'il puisse s'en empêcher, la porte fut claquée brutalement, et Stiles lui apparut lointain. Le long de son lien, il sentit le regret, l'acceptation, l'amour et la détermination. Un doux sourire prit naissance sur ses lèvres.
« C'est bien beau tout cela, mais si nous en revenions à ce plan ?
-Tu as raison Dan, dit le shérif en se tournant vers lui, et si tu continuais de nous exposer ton propos ?
Dan soupira et se rassit sur le canapé en se frottant les yeux.
-Le pouvoir de Candice est assez incroyable, même si elle est très affaiblie. Lucas est sa pomme de sang, et aussi un loup de naissance. Cela signifie qu'elle peut prendre possession de ses pouvoirs quand elle veut. Elle est capable de chuchoter à l'intérieur de son esprit, et il sera persuadé que ces idées brillantes viennent de lui.
-Quand tu dis qu'elle peut prendre possession de ses pouvoirs, tu veux dire qu'elle peut… Se transformer ?
-Non, tonton, reprit le plus jeune, je veux dire qu'elle peut forcer le loup à sortir de sa cage. Elle peut le contrôler, et lui aura l'impression qu'il a décidé de tout.
-Les vampires sont des créatures de l'ombre, ils peuvent manipuler les esprits et les actions. Candice est très ancienne et cela fait plusieurs décennies que Lucas est sous son emprise. Normalement, une pomme de sang est changée régulièrement, mais pas pour ce duo infernal. Candice est trop fière d'exposer son alpha, sa chose.
-Mais, pourquoi ? intervint Peter, Elle ne peut pas vider ce loup de bas étage quand ça lui chante, il aurait déjà crevé à l'heure actuelle, non ?
-Et ça, ç'aurait été vraiment trop boom boom pow !
Tous se tournèrent vers Jamie qui arborait un énorme sourire. Il eut la décence de baisser les yeux et la conversation reprit son cours.
-Grâce à sa place d'alpha, Lucas donne à Candice l'accès total à sa meute. Je ne sais pas combien de loups ont tourné dans ses rangs, mais la meute de Lucas change tout le temps. Les petits ont eu affaire à des loups nouveaux, des petits jeunes.
-Tout le monde sait que Lucas accepte n'importe qui dans sa pseudo-meute ! intervint Derek.
-Ce n'est pas tout à fait vrai, réplica Harry dans une grimace. La plupart des omégas que Lucas recrute sont des combattants, ceux qui ne font pas le poids sont donnés en pâture au baiser. Les autres survivent comme ils peuvent, entourés de Candice et de sa cour.
-Pourquoi ne repartent-ils pas dans ce cas ?
Les regards se tournèrent vers le néophyte en surnaturel, et ce fut Jamie qui lui répondit.
-Parce qu'il n'est pas si facile de quitter une meute, shérif. La plupart des omégas de Lucas se sont fait virés de leur meute. Soit parce qu'ils maîtrisent mal leurs forces de lycanthropes, soit parce qu'ils ont fait une grosse connerie. En tous cas, ce ne sont pas des tendres.
-Un oméga est une cible sur patte pour les chasseurs, dit Peter d'une voix sombre. Lorsqu'il est seul, un loup-garou ne peut pas se défendre, ses forces et sa résistance s'amenuisent et il finit souvent par mourir, ou par le manque de moyen… Ou par la main des chasseurs.
Un léger ressentiment transparaissait dans sa voix, et Derek lui lança un regard étrange. Pourquoi ce ton ? Peter avait de tous temps appartenu à une meute, ou été un alpha.
-Nous ne nous excuserons pas pour cela !
-Ce n'est pas ce que je demande Chris ! réagit vivement le revenant. Nous éliminons la plupart du temps les omégas qui voguent sur notre territoire. Cependant, j'ai été témoins de certains… Débordements plutôt sanglants de la part des régulateurs.
-Régulateurs ? demanda John en se penchant vers Derek.
-C'est ainsi que les anciens appellent les chasseurs. Pendant longtemps, ils se sont contentés de réguler la population lycanthropes dans les différents pays d'Europe et d'Amérique du Nord. Dans les autres continents, les loup-garous sont encore vénérés par certaines ethnies et ne sont pas inquiétés.
-Y en a-t-il tant que ça ? s'exclama alors le shérif, les yeux écarquillés.
Si tous avaient suivi la conversation, personne n'osa intervenir. Chris haussa les épaules.
-Non, il y a environ un trois soixante-quinzième de la population des États-Unis considéré comme lycanthrope. Sur celle-ci, seule quarante pourcent peuvent potentiellement poser problème.
-Mais c'est énorme ! Ca fait… Ca fait…
Voyant le shérif se plonger dans de profonds calculs sur la population surnaturelle des États-Unis, Dan remit le sujet sur le tapis.
-Vous demanderez à Genim de vous calculer ça, shérif. Pour l'instant, nous devrions en revenir à notre problème de base. Comment cramer le cul ancestral de Candice ?
Des sourires fleurirent sur les visages.
-Et ce vampire, là Adrien, qu'est-ce qu'il vient faire dans tout ça ? intervint le shérif.
Les yeux de John faisaient des allers-retours sur une parcelle de plancher. Toutes les informations se mettaient en place dans son esprit d'enquêteur.
-Un Baiser de vampires est assez simplement hiérarchisé, dit Chris. Il y a un vampire de tête, un gouvernement officieux et une cour. Visiblement Candice est la « reine » de ce baiser, il lui appartient, et elle en fait ce qu'elle veut. Elle, tout comme ces… ministres dirons-nous, ont droit une pomme de sang. Sa cour n'a droit à rien du tout. Ce sont principalement des vampires mineurs, sans pouvoir ou trop jeunes pour les avoir développés.
-Donc Adrien est son… Ministre des nouvelles technologies ?
-Et de l'information, c'est aussi son service d'espionnage, ajouta Harry.
-Et l'un des vampires les plus sadiques et les moins sanglants que je n'ai jamais vu !
-Attend, quoi ? grogna Derek, comment peut-on être sadique sans être sanglant, tout en étant un vampire ?
-Eh bien la torture d'Adrien est surtout interne, il ne supporte pas de voir le sang couler si il ne s'en nourrit pas. Avec lui, pas de gaspillage ! réplica Jamie.
-Ceci étant, intervint Peter, cela ne nous explique pas en quoi le plan du joueur de crosse est mauvais !
-Joueur de crosse ?! réplica Dan comme vexé, il s'appelle Danny !
-Ouais, ouais la lopette, on a compris.
-Peter… grinça Derek en faisant briller ses yeux d'un éclat de feu.
Dan lança un regard noir à l'alpha psychopathe qui s'enfonça profondément dans son siège avant de reprendre :
-Danny veut qu'on brouille leur signal et que ce soit les loups qui entrent en premier, pour l'effet de surprise. Mais je ne pense pas que cela fonctionnera. En plus d'une protection informatique, Candice va probablement poster des gardes loups et vampires autour de son antre, et je suis certaine qu'elle a fait venir une partie de sa cour pour la protéger le temps de se remettre sur pieds convenablement.
-C'est pas logique ! s'écria Chris, si un vampire se montre faible, en gardant excessivement son baiser ou simplement en position de faiblesse, il est défié et tué !
-C'est exactement là-dessus que nous devons jouer ! s'exclama Harry, oh Dan tu es un génie !
Le frère Silver s'approcha du plus jeune de la fratrie et lui colla un énorme baiser sur la bouche. Hébété, les autres hommes de la pièce fixèrent le plus intelligent de la pièce qui pratiquait une petite danse de la victoire.
-On va la buter, et on va faire ça bien ! dit-il alors. »
NDA: Comme je le disais plus haut, je suis navrée. J'espère que ce chapitre vous a plu, et que vous serez assez bons/bonnes pour m'incendier dans des reviews bien senties. Merci de me lire, et si vous êtes allé(e)s jusqu'ici et que vous lisez ceci, sachez que je fais mon maximum pour vous apporter le reste de ces élucubrations intellectuelles.
Merci, merci et encore merci.
Bien à vous, D.O.T.M.
