CHAPITRE X

« Dr Cuddy, je peux vous parler ? » Entendit-elle alors qu'elle s'apprêtait à franchir les portes de l'hôpital.

Elle se retourna, se demandant ce qu'elle avait encore bien pu faire pour s'attirer les foudres de son supérieur. « Bien sûr. »

«Venez dans mon bureau, s'il vous plait. » Dit-il en lui montrant le chemin.

Qu'il lui semblait étrange de voir un autre nom que le sien sur la double porte vitrée… Elle pénétra à contrecœur dans ce qui fut son bureau. « Un problème, Dr Hocard ? »

« Oh non, pas du tout, rassurez-vous. » Il s'assit sur le sofa et lui fit signe de prendre place à ses côtés. Elle choisit le fauteuil opposé. « Dites-moi, vous avez un cavalier pour le bal ? »

Ça, c'était inattendu ! Elle relâcha son souffle, rassurée. Il n'en avait pas après son travail. « Heu... Je comptais y aller seule. » Avoua-t-elle.

« Une aussi belle femme que vous, y aller seule, ce n'est pas possible ! » S'exclama-t-il avec un sourire charmeur.

Elle aurait dû se sentir flattée, rougir. Mais non, rien. « Si, si, je vous assure. » Tenta-t-elle de plaisanter.

« Puis-je me permettre de vous inviter ? » Osa-t-il.

Ce qu'elle craignait venait d'arriver. Comment lui dire non sans froisser son égo ? « Je... Je vous remercie, mais je préférerais y aller seule. » Dit-elle.

« Ah bon ? Et pourquoi ? » Il n'était pas prêt à lâcher le morceau.

« Vous savez, je vais être très sollicitée. Beaucoup de gens vont vouloir danser avec moi. Je ne voudrais pas laisser mon cavalier sur la touche. » Elle le tenait, son argument.

« Oh, je vois... » Il resta muet quelques instants, avant de reprendre. « Comme nous partageons désormais la direction de cet hôpital, il serait peut-être bien que vous m'introduisiez auprès des donateurs. Qu'ils aient déjà entendu parler de moi si jamais... »

Elle n'en revenait pas. Comment osait-il lui faire un tel chantage ! Elle n'allait pas se dégonfler pour autant. « Si jamais quoi ? » Lui demanda-t-elle d'une voix forte, les yeux dans les yeux.

Il sourit légèrement face à son aplomb. « Si jamais vous veniez à ne plus faire partie de l'équation... » Il sourit d'autant plus. « Alors, c'est entendu, Lisa, je passe vous prendre vendredi à 18 h. »

« Dr Cuddy, c'est Dr Cuddy. » Rectifia-t-elle. « Le bal ne commence qu'à 21 h. Attendez-moi devant l'entrée. »

« J'avais pensé que... » Tenta-t-il d'une voix mielleuse.

« Qu'on pourrait diner ensemble ? Excusez-moi, mais il me semble que vous étiez le premier à me faire remarquer le caractère déplacé de ma relation avec le Dr House. » S'énerva-t-elle. « Si c'en est fini, je vous laisse... » Elle lui jeta un coup d'œil, et se leva.

Elle avait la main sur la poignée quand il la rappela. « Dr Cuddy... » Il avait insisté sur son nom. « Si vous ne voulez pas y aller avec moi, il suffit de le dire... »

Elle lui jeta un regard noir suivi d'un petit rictus, puis quitta les lieux.

« Je t'ai dit que je n'irais pas ! » S'écria-t-il. Son ami venait de débarquer chez lui, un costume à la main.

« Et moi, je te dis que si ! » S'énerva l'oncologue.

« D'abord, pourquoi je devrais y aller, à ce truc ? » Demanda-t-il, boudeur.

« Pour faire plaisir à Cuddy. » Répondit James, en séparant les différents éléments du costume, les posant un à un sur le canapé.

« Miiiiiip ! Mauvaise réponse ! Essaye encore. »

« Parce que tu es un des atouts de cet hôpital et tous les mécènes vont vouloir te parler. »

« Et... » Il avait besoin d'une vraie réponse, d'une valable. Hors de question sinon de faire le pingouin, et d'affronter la directrice.

« Parce que l'hôpital doit rentrer des fonds et que le poste à Cuddy est en jeu. »

La sonnerie de la porte d'entrée retentit. Wilson, un peu chez lui, alla répondre. C'était Julie qui venait les rejoindre. Le temps que l'oncologue la salue, House avait disparu, emmenant avec lui le smoking. « La culpabilité, ça paye toujours. » Pensa-t-il avec joie.

« Oh, James, Julie ! » S'écria la directrice en se dirigeant à pas précipités vers la porte d'entrée. Elle prit chacun de ses amis par l'épaule et les embrassa chaleureusement. Elle avait enfin trouvé le moyen de se débarrasser de Hocard.

« Vous ne nous présentez pas ? » Ou pas...

« Dr Hocard, vous connaissez le Dr Wilson ! » S'énerva-t-elle légèrement. Il n'allait pas la lâcher !

« Je vous présente mon amie, Julie Coburn. » Finit James.

« Ravi de vous rencontrer. » Minauda le cardiologue avant de se pencher vers elle et de l'embrasser sur la joue. La jeune femme ouvrit des grands yeux de surprise et supplia son amie de lui venir en aide.

Mais Lisa était déjà ailleurs. Un bruit de canne avait attiré son attention. Suivi de l'entrée du diagnosticien. Magnifique dans son costume noir dont la chemise bleu pâle faisait ressortir ses yeux. « Dr House. » Le salua-t-elle d'une voix faible.

« Dr Cuddy. » Il s'arrêta juste devant elle. Qu'elle était belle... Ses cheveux, remontés en chignon, dévoilaient son cou gracieux. Il suivit la ligne de ses épaules et s'arrêta à la première bretelle, la droite, pour suivre le tracé de sa robe. Blanche, faite dans une matière fluide, elle lui rappelait les tenues que portaient les femmes dans l'antiquité. Le décolleté n'était pas très profond, mais ses hanches parfaitement mises en valeur. Il parcourut une nouvelle fois son corps du regard avant de se fixer sur son visage. Elle ne portait pratiquement pas de maquillage. Juste un trait de crayon noir, un brin de mascara, mettant subtilement ses yeux en valeurs. « Vous êtes magnifique. » Laissa-t-il s'échapper d'une voix rauque.

Elle sentit ses joues s'empourprer et ne put s'empêcher de laisser un sourire illuminer son visage. « Vous n'êtes pas mal non plus. » Répondit-elle, rougissante, en désignant son costume du regard.

« C'est ce petit côté à la James Bond qui vous plait ? » S'amusa-t-il.

Elle n'eut pas le temps de répondre. « Dr Cuddy, je crois que nous sommes attendus. » Interrompit son cavalier en l'attrapant par le bras et l'entrainant avec lui. La jeune femme se laissa faire. Se retournant tout de même pour lancer une dernière œillade au rayon de soleil de sa soirée.

« C'était quoi, ça ? » Demanda l'oncologue en se rapprochant de son ami.

« Ça, quoi ? » Rétorqua-t-il, le regard toujours fixé sur sa déesse grecque.

« Avec Cuddy. »

« Oh, ça... Elle est vraiment très belle ce soir. Alors je lui ai dit, c'est tout. » Dit-il en reportant son attention sur son interlocuteur. Pour tout avouer, il n'avait pas prévu de lui faire ce compliment, mais sa beauté l'avait rendu totalement incapable de maîtriser ses paroles. Elle était, pour résumer, à tomber par terre.

« Tu trouves ? Je n'aime pas du tout sa robe. » Le cancérologue se retourna et chercha son amie du regard, voulant s'assurer qu'ils parlaient bien de la même personne.

« Ah, les gouts et les couleurs... » Philosopha le diagnosticien, avant d'ajouter. « De toute façon, même avec un sac à patates sur le dos, elle serait toujours sublime... » Il partit rejoindre la buvette.

Il la regarder se faufiler dans la masse, parler aux uns, rire avec les autres. Et toujours cet imbécile d'Hocard sur les talons. à poser ses sales pattes sur ses épaules, sur le bas de son dos. Pour qui se prenait-il ? Il voyait bien que la directrice n'était pas à l'aise. Il se retourna vers le barman, commanda un thé glacé et se leva.

« Dr Cuddy. » L'interpela-t-il après s'être frayé un chemin à ses côtés, poussant sans ménagement son rival. Il lui sourit timidement en lui tendant le verre.

« C'est... pour moi ? » Demanda-t-elle, incrédule.

« Non, je l'avais commandé pour Wilson, mais comme il est aux toilettes... » Dit-il en prenant un air bête, haussant les épaules.

Elle lui sourit de toutes ses dents. Qu'il était bon de lui parler. Elle porta le verre à ses lèvres, fronça les sourcils et l'approcha de son nez. Son visage s'illumina alors qu'elle prenait une gorgée.

« Non mais vous n'êtes pas bien ? » S'insurgea Hocard. « Vous n'allez pas boire ça ! » Ajouta-t-il en essayant de lui prendre la boisson des mains.

« J'ai laissé la ciguë au placard. » Rit doucement le chef de service.

Nouvelle gorgée. « J'ai confiance... » Ils restèrent un instant à se regarder dans les yeux avant qu'elle n'ose parler à nouveau. « House, pourquoi ce geste ? »

Il s'approcha d'elle, la prenant par la taille. « J'avais peur que vous ne vous déshydratiez à jacasser comme une pie. » Il se recula légèrement, sans relâcher son étreinte, pour mieux la voir. Quand il lut l'amusement sur son visage, il se rapprocha, collant ses lèvres à son oreille. « Et parce que je ne voulais pas que l'autre idiot se fasse des films. »