Le retour ! Bonsoir à toutes désolée du temps. Je n'ai pas pris le temps de poster.
Skeen était restée silencieuse alors que Celestia lui déployait avec un enthousiasme certain tous les plans qu'elle lui prévoyait. La jeune femme, sublime créature aux cheveux blonds, virevoltait dans la pièce dans le but de préparer du thé, lui expliquant en même temps d'une voix forte :
- Comme je te le disais Salem, une fois l'acte de décès annulé, nous irons récupérer l'argent au coffre des Lorens. C'est une chance que les démarches administratives soient si longues ! Ton oncle et ta tante du côté de ton père était sur le point de récupérer toute la fortune de tes parents. Cette bande de carnassier aux dents acérées, continua-t-elle alors qu'elle faisait glisser une tasse jusqu'à elle.
- Mon oncle et ma tante, répéta Skeen en contemplant l'intérieur du récipient, septique.
- Oui, Louisiane et Robert, ça ne te dit rien ? supposa Celestia en se laissant tomber sur le canapé en face de sa nièce.
Salem se contenta d'hocher la tête alors qu'elle soufflait pour refroidir le liquide brûlant. Elle n'osa pas lui faire remarquer qu'il n'y avait pas qu'eux dont elle ne se souvenait pas mais de l'ensemble de sa famille. Et même si elle appréciait l'idée que Celestia lui soit apparenté, elle avait du mal à l'imaginer comme telle.
- Nous pourrions aller te chercher des uniformes dès la semaine prochaine, pour l'instant tu vas devoir te contenter de ceux que l'on va trouver dans les réserves. J'en suis désolée, soupira le jeune professeur en reposant sa tasse dans sa coupelle, juste sur le rebord de la petite table basse.
Elle marqua une pause, la première depuis un moment. L'étrange silence qui s'imposa alors dans la pièce fut étrangement reposant. Skeen prit le temps de l'apprécier à juste valeur, jusqu'à ce que sa tante ne se décide à le briser plus rapidement qu'elle ne l'aurait cru :
- Est-ce qu'il y a quelque chose que tu voudrais savoir ?
Non, elle voulait juste être répartie au plus vite, ne pas attendre le dîner. Elle voulait rejoindre au plus vite les gryffondors, apprendre à les connaître encore plus et pouvoir vivre comme une personne normale.
Une personne normale…
Skeen baissa les yeux sur les photos que Celestia avait étalées sur la table basse. Elle s'y voyait avec ses parents. D'après sa tante, elle était le portrait craché de sa mère, le même nez et la même rondeur de joue. Mais à travers ces images animées la seule chose qu'elle voyait, elle, c'était que la fille aux cheveux bruns entourée de sa famille n'avait rien à voir avec elle. Elle ne pouvait pas être sûre de lui ressembler, elle ne s'était jamais vue assez longtemps dans un miroir pour pouvoir réellement comparer. Pourtant les cheveux bruns, les yeux noisette, suffisaient à lui faire dire qu'elle ne se sentait pas comme cette fillette au sourire éclatant.
- Pourquoi ne m'avez-vous pas rechercher ? demanda-t-elle finalement, les yeux toujours rivés sur l'une des photos de famille.
Cette image-ci présentait de nombreuses personnes, autre que ses parents. Des gens à l'allure distingués, à la tenue droite et l'air sévère. Et quelque chose déstabilisa Skeen sans qu'elle ne soit capable de déterminer quoi.
- Il ne reste pas grand-chose de la maison, commença Celestia avec une mine peinée. Les corps n'ont même pas pu être identifiés. C'est un miracle que tu es survécu, je me demande encore pourquoi.
Peut-être que cela avait à voir avec sa nature de maudite, soupçonna Skeen sans dire un mot. A ce propos, elle n'avait encore rien dit à tante Celestia sur son identité. Mais étant donné que même Dumbledore n'avait pas pris le temps d'avertir la femme de la supposée lycanthropie de sa nièce, elle n'osa pas lui faire part de l'autre vérité.
- Je prendrais bien soin de toi, je te le promets, souffla Celestia en se rapprochant de Skeen.
De nouveau elle entoura ses bras autour de la jeune fille pour venir la blottir tout contre elle. C'était un geste agréable, doux et chaud que Skeen appréciait réellement. Mais elle se sentait mal à l'aise, incapable de savoir comment réagir pendant cette étreinte, elle restait donc les bras ballants, les yeux mi-clos en attendant que sa tante ne se décide à s'écarter.
- Bon sang, s'exclama Celestia en s'éloignant pour essuyer ses larmes. Je ne pensais pas être aussi émotive. Je suis désolée Salem.
Salem, cette femme n'avait de cesse de l'appeler ainsi et il fallait qu'elle s'y fasse puisqu'il s'agissait de son véritable nom. Pourtant, à la manière des photos étalées sur la table, il n'évoquait rien chez elle. Tandis que celui de Skeen était rempli de souvenirs, heureux et tristes, il avait un sens et ne sonnait pas creux.
Quelqu'un frappa à la porte avant de passer la tête à travers l'ouverture. Il s'agissait de Lily, avec sa sublime chevelure rousse. Voyant l'immense sourire de Celestia qui l'invitait à rentrer, elle finit par s'avancer.
- Pardonnez-moi de vous interrompre professeur, je me nomme Lily Evans, préfète de gryffondor. Je voulais juste savoir si Skeen avait bientôt fini et si elle souhaitait venir avec nous. Nous allions faire un petit tour sur le terrain de Quidditch avec d'autres gryffondors et…
- Skeen ? répéta sceptique Celestia.
- C'est un surnom, se précipita d'expliquer la jeune fille en rougissant.
Le visage de sa tante s'illumina tandis qu'elle poussa sa nièce jusqu'à la porte, s'exclamant avec joie :
- Mais bien entendu ! Dépêche-toi de t'y rendre ! Et surtout amuse-toi bien, mais surtout faites attention !
- Certainement professeur, répondit Lily alors qu'elle attrapait la main de Skeen pour l'entraîner derrière elle dans le couloir.
La porte se referma sur les deux jeunes filles avant que Celestia n'ait eu le temps d'ajouter quoi que soit.
Sa main coincée dans celle de Lily, Skeen observait la chevelure de feux de sa nouvelle amie onduler au rythme de ses pas. Elle semblait pressée, enthousiasme était sûrement le terme adéquat. Tournant à la première intersection, elles descendirent rapidement les marches des grands escaliers principaux tandis que Lily énumérait les règles du jeu. Le chemin suffisamment long lui permit également de lui préciser quels seraient les membres des équipes improvisées.
Si tous les noms n'évoquaient pas tous quelque chose, un grand nombre d'entre eux était malgré tout accompagné d'un visage connu. Quand elles atteignirent enfin le terrain, Skeen s'immobilisa quelques instants pour contempler en silence les immenses tribunes de bois vide. S'élevant haut dans le ciel, elles encadraient un grand pan de pelouse bien entretenue sur lequel s'élevait ici et là quelques hautes perches surplombés de cercles de fer.
Les buts, comprit-elle d'après les explications de la préfète.
Des gryffondors qui se tenaient au centre du terrain, Skeen aperçu : Marlène accompagnées de James et Sirius. Emy et les deux autres maraudeurs s'étaient installés plus loin aux premiers étages des tribunes, Remus avait emporté un livre qu'il faisait semblant de lire et Peter discutait avec sa camarade. Quand il remarqua l'arrivée de Skeen, il se redressa dans un sursaut pour lui faire de grands signes. Auxquels elle répondit par un sourire.
- Quelle charmante demoiselle, s'exclama quelqu'un en se rapprochant.
La jeune fille eut un mouvement de surprise en remarquant qu'un garçon blond venait de surgir dans son champ de vision. Surprise, elle s'était placée derrière Lily avec espoir que la rousse puisse lui servir de rempart.
- C'est un échec parfait, Allan ! signala Marlène.
La brunette se laissa glisser jusqu'aux filles sur son balais, installée en amazone, les deux jambes pliées. Le garçon la repoussa sans ménagement quand elle l'atteignit, la faisant légèrement dévier de sa course mais elle se vengea sans hésiter en lui envoyant son pied dans le creux du dos. Faisant mine de souffrir le martyr, Allan s'effondra dans un gémissement d'agoni.
Cette scène éveilla dans l'esprit de Skeen une série d'images nettes. Elle avait déjà entendu ce genre de plaintes. Elles étaient plus faibles mais semblables à celles que Pomme poussait après une correction. En regardant le jeune homme se rouler sur la pelouse, elle revoyait son camarade dans le fond de sa cellule. Le visage tuméfié sur lequel les larmes glissaient jusqu'à se mêler aux traînées de sang qui couvrait ses joues.
- Tout va bien ? demande Lily la mine soucieuse.
Skeen retrouva le présent dans un frisson, contemplant la rousse avec surprise, elle parvint malgré tout à esquisser un sourire qu'elle voulait rassurant. Encore une chose qu'elle avait appris de Pomme. Les sourires permettaient de cacher tant de chose. Mais elle n'était pas sûre d'y être parvenu car Lily fronça les sourcils, sans paraître dupe.
- Tu as déjà fait du balai ? demanda Marlène en descendant du sien.
La Maudite baissa les yeux, honteuse. Elle n'avait jamais touché un balai, et elle n'en avait entendu parler qu'au travers des récits de Pomme. Jamais elle n'aurait pu penser en être si proche. Pourtant maintenant elle avait une baguette, et celle-ci était là, tout près, glissée dans sa manche, permettant de lui rappeler que maintenant tout était possible. Qu'il lui suffisait d'essayer.
- J'aimerai beaucoup essayer, finit-elle par dire en redressant finalement le regard.
- Je peux te prêter celui que j'ai pris, c'est un de ceux de la réserve, c'est parfait pour débuter, proposa un garçon en se rapprochant.
- Que de gentillesse, je suis parfaitement surpris de ton comportement, souffla Marlène en accompagnant ses paroles d'un sifflement. Je ne m'attendais pas à ça de toi mon très cher Merik.
- Merik Tompson, se présenta le garçon en offrant un sublime sourire à Skeen.
Il possédait quelque chose de différent des autres élèves qu'elle avait rencontrés. Elle ne savait pas si cela était dû à l'uniforme aux tons bleus qu'il portait, ou bien cette fierté qui suintait par tous ses pores. Remarquant finalement la main qu'il tendait vers elle, elle mit quelques secondes avant de la serrer.
C'était la première fois qu'elle mettait en application ce geste étrange. C'était ainsi que les chercheurs accueillaient les nouveaux venus.
- Est-ce que tu veux le prendre ? proposa-t-il en tendant un balai vers la jeune fille.
- Attends, je vais te montrer en même temps, se précipita James en se rapprochant du groupe.
Le gryffondor se plaça juste en face d'elle, balai à terre, il lui indiqua de mettre sa main face contre terre vers l'objet. Puis d'un simple ordre, le manche de bois vint se loger dans le creux de sa paume. Skeen appela le balai, à deux reprises, mais celui-ci ne frémit même pas.
- Ne t'inquiète pas, tenta de la rassurer Lily. J'ai mis aussi un moment avant d'y parvenir.
Serrant les dents, la jeune fille baissa son regard vers le sol, en direction du balai. Elle refusait de ne pas réussir, le sentiment d'échec était désagréable, il englobait sa poitrine et montait dans sa gorge. Elle se demanda un moment si l'objet était capable de sentir son regard. Reprenant son souffle, elle reprit plus fortement :
- Debout !
Peter regardait le groupe sur le terrain avec intérêt. Il semblait que Skeen allait monter pour la première fois sur un balai. Il aurait voulu descendre la rejoindre rapidement mais les garçons avaient déjà fait trop de remarque par rapport à son comportement avec la jeune fille, il se décida à rester donc à l'écart pour cette fois, en espérant ainsi ne plus s'attirer d'autres moqueries.
Même s'il mourrait d'envie de la rejoindre pour la regarder prendre son envol pour la première fois.
- Tiens c'est marrant, nota Emy en se penchant un peu plus en avant. On dirait que c'est Merik qui a passé un balai à Salem.
Remus abaissa son livre pour contempler la scène. Sourcils froncés, il fit remarquer :
- Quelque chose qui ne lui ressemble pas.
- N'oublie pas qu'il veut faire amende honorable, rappela la jeune fille en étouffant un bâillement.
- Il croit toujours qu'il va réussir à séduire Marlène ? ricana Remus en retenant à la contemplation de sa page, la même que celle qu'il lisait depuis plus de vingt minutes.
- Apparemment !
- Il n'a aucune chance, Allan et elle vont parfaitement ensembles, soupira le lycanthrope.
Emy étouffa un rire derrière ses mains, forçant Remus à relever les yeux vers elle.
- Qu'est-ce qui te fait rire ? s'enquit-il en plissant les paupières.
- Il n'est clairement pas le style de Marlène, répondit-elle en accompagnant ses paroles d'un clin d'œil.
- Et c'est quoi le style de Marlène ?
Peter s'était légèrement penché contre la rambarde, toujours parfaitement concentré dans l'observation de la scène. Skeen suivait les instructions de James, sans réussite pour l'instant. Son regard s'était arrêté sur le balai qui reposait à ses côtés. Plissant les yeux, il tentait d'en voir les détails.
- c'est marrant, je ne me souvenais pas que les balais de la réserve ressemblaient tant que ça aux balais du concierge, signala-t-il.
Remus posa pour la énième fois son livre pour retourner à sa contemplation. Emy fut la première à réagir, elle s'était redressée.
- Connard de Merik ! cracha-t-elle.
- Il est en train de se moquer d'elle ! continua Remus.
- Debout ! ordonna à nouveau Skeen en tentant d'oublier la colère brûlante qui montait en elle.
James lui avait montré une nouvelle fois, réussissant à la perfection, son balai rejoignait sa main sans la moindre difficulté, tandis que le sien restait parfaitement immobile au sol. Un rire s'éleva derrière elle, celui du garçon qui lui avait gentiment prêté l'objet.
L'humiliation.
C'était le terme qui convenait pour cette vague glacée qui s'abattit sur elle quand elle réalisa qu'elle n'y arriverait pas. Mais quand elle voyait le regard confiant de James, elle ne pouvait pas se permettre d'abandonner.
- Dis-moi, Merik, commença Marlène avec un agacement notable.
- Debout, cracha Skeen.
Sa voix s'était faite plus assurée qu'elle ne l'était vraiment. Un ordre brut et froid. Une étrange vibration se propagea dans son bras, peut-être jusqu'au balai à ses pieds car il s'éleva jusqu'à sa main, de la même manière que l'avait fait celui de James.
- Parfait, s'exclama le brun enthousiasme alors qu'il enfourchait son balai. Nous pouvons essayer de décoller maintenant !
Emy, Peter et Remus avaient couru pour rejoindre le groupe. Mais quand ils furent enfin à leur niveau, Skeen glissait avec habilité juste derrière James à quelques mètres du sol sur son balai. Lily et Marlène affichaient la même surprise.
- Je pensais que tu t'étais moquée d'elle, avoua Marlène avec surprise, bientôt rejointes par les autres membres du groupe.
James grimpa de quelques mètres, suivit sans difficulté par la fille aux cheveux blancs.
Merik resta silencieux, les mains dans les poches, tandis qu'il la regardait parvenir à faire les mêmes pirouettes que le gryffondor.
- Moi aussi, avoua-t-il simplement.
Le match se passa sans difficulté. Skeen préféra se mettre sur le côté avec Peter et Remus. Elle fit ainsi plus ample connaissance avec Emy qui prit grand plaisir à lui présenter tous les membres des deux équipes.
Merik qu'elle avait rencontré tout à l'heure était avec James, Sirius et Allan
L'autre équipe était composée de Marlène, Judy une poufsouffle qui ressemblait à Alice par sa coupe courte et son sourire, Lily et une autre fille de Serdaigle dénommé Lana. Grande et fine, elle portait ses cheveux crépus tressés contre son crâne à l'avant et libre à l'arrière dans une sublime auréole sombre qui encadrait un visage basané aux yeux de biches.
James avait longtemps parlementé :
- Les équipes ne sont pas équilibrées, avait-il dit. Nous devrions essayer de faire la parité, sinon vous allez avoir trop de mal.
- Huum, hum, avait acquiescé Marlène en croisant les bras. J'aime voir comme tu essayes de retourner la situation avec ta mentalité de perdant. J'imagine que tu vas avoir dû mal à jouer avec un boulet comme Sirius. N'essaye même pas de nous le refiler !
- N'oublie pas, James, avait répliqué Lana. Sans service trois pièces, nous sommes beaucoup plus stables que vous sur notre balais.
Et c'est ainsi que le match avait commencé.
Le nombre restreint de joueur ne leur avait pas permis de mettre le moindre vif en jeu, et la partie se ferait avec un unique cognard. Marlène vicieuse et puissante maniait sa batte avec facilité, mais le batteur adversaire, Merik, se défendait bien, protégeant ses coéquipiers de toutes les attaques fourbes de la jeune fille.
Si James était réellement habile en tant que poursuiveur ce n'était pas le cas de Sirius qui parvint à perdre le Souaffe à plusieurs reprises. Allan aurait pu leur permettre de revenir dans le jeu en puissance, mais les attaques de Marlène s'étaient centrées sur lui, l'obligeant à laisser les deux gryffondors avancer sans lui.
Les filles, par leur régularité, se frayèrent sans difficulté un chemin entre eux. Evitant grâce à Marlène le cognard que renvoyait Merik.
Et quand la pluie commença à s'abattre sur le terrain, si le jeu continua, les spectateurs choisirent de s'abriter dans leurs salles communes. Ne sachant pas où aller, Skeen les suivit.
- Tu es prête pour ta répartition ? demanda Peter alors qu'ils remontaient les marches de l'escalier principal.
- Impatiente, corrigea-t-elle avec un grand sourire.
- Et où voudrais-tu être répartie ? s'enquit Emy.
- Gryffondor ! répondit la jeune fille immédiatement attirant le rire de ses trois autres camarades.
- Les gens vont être surpris de voir qu'il y a une nouvelle deux jours après la véritable répartition. J'imagine que tout le monde va parler de toi durant les quarante prochaines années au minimum, commença Emy. Sans compter qu'avec tes cheveux blancs tu vas attirer le regard.
Les trois gryffondors avaient continué d'avancer mais s'arrêtèrent à peine deux mètres plus loin quand ils remarquèrent que Skeen ne les suivait pas dans le couloir. La jeune fille regardait ses pieds, une mine inquiète sur le visage.
Elle s'était doutée que cette toison grisâtre la rendait différente des autres, sinon Pomme n'aurait jamais utilisé ce détail pour la nommer. Lorsqu'il avait trouvé ce nom, Skeen, elle avait abordé avec fierté ces mèches argentées, car elles représentaient ce qu'elle était. Et c'était la seule chose à laquelle elle pouvait se rattacher à ce moment-là.
Mais ça avait changé. Maintenant elle pouvait être comme tout le monde, et c'était cette particularité qui l'en empêchait. Celestia l'avait dit, Emy le disait et elle se doutait bien qu'elles n'étaient pas les seules. Les autres devaient simplement garder leur silence.
- Il y a un souci ? s'enquit Remus en la rejoignant.
- Pensez-vous qu'il est possible de les changer de couleur ? demanda-t-elle finalement.
- Pourquoi voudrais-tu faire ça ? s'étonna Peter.
- J'aimerai bien autre chose, avoua-t-elle en esquissant un sourire. Je me demandais si c'était possible.
- Bien entendu que c'est possible, répondit Emy avec enthousiasme. J'ai des tonnes de choses ! Nous pouvons essayer ! Je vais te montrer !
La gryffondor l'avait attrapée par la main pour la tirer vers elle et l'entraîner dans sa suite.
- Combien en avez-vous distribué ? demanda Nesferatus en jetant sur le bureau de Victor un paquet d'avis de recherche.
- Tout le corps enseignant de Poudlard et sûrement quelques élèves, répondit le chercheur en retirant ses lunettes.
Son chef étouffa un grincement, pinçant l'arête de son nez entre son index et son pouce.
- Vous réalisez bien que nous ne pouvions pas nous attendre à pareil revirement, rappela Victor en se redressant.
Il n'appréciait pas la manière dont Nesferatus était rentré dans son bureau comme si celui lui appartenait, ni le ton que celui-ci avait employé comme s'il le rendait coupable de cette situation. Pourtant seule Sternbleak était responsable de l'évasion de l'Expérience, lui avait tout mis en œuvre pour la retrouver et ces affiches en étaient la preuve.
- Et donc vous avez préféré signaler nos recherches à tout le pays ? siffla le chef avec un petit sourire en coin. J'imagine que vous n'avez pas réfléchi très longtemps avant de diffuser ces informations.
- Il ne s'agit que d'une vague description d'une créature à apparence humaine, aucune image, rappela Victor en croisant les bras pour tâcher de cacher sa nervosité.
- Vous admettez qu'en plus cela n'aurait servi à rien ? Je trouve cette honnêteté impressionnante, railla Nesferatus en se rapprochant de la porte.
- Si vous cherchez un coupable à la situation actuelle, sachez qu'il ne s'agit pas de moi, grinça le chercheur.
- Vous vous trompez sur mes motivations, signala le chef alors qu'il posait une main sur la poignée de porte. Je cherche juste à savoir quelles sont les informations qui ont pu fuiter.
- Pour pouvoir mettre en place votre petit jeu, termina Victor pour lui.
Les lèvres fines et pâles de Nesferatus se brisèrent d'un sourire encore plus grand alors qu'il ouvrait la porte. Avant qu'il n'ait pu disparaître par l'ouverture, le chercheur l'interpella. Quand son chef croisa son regard, il demanda :
- Que comptez-vous faire maintenant que vous avez mis en danger tous les élèves de Poudlard ?
Une lueur rouge traversa les yeux bridés de Nesferatus tandis qu'il se faisait plus énigmatique que jamais.
- Je ne pense pas que Poudlard court un quelconque danger, dit-il simplement.
- Du moment que l'Expérience n'a pas conscience de sa véritable nature, n'est-ce pas ? signala Victor.
- Conscience ? répéta Nesferatus les sourcils hauts sur son front. Vous commencez à changer d'avis Professeur Erudime ? Je vous pensais aussi sceptique que Sternbleak. Mais il semblerait que vous réalisez enfin l'entièreté des capacités de l'Expérience.
- Je suis désolée Salem ! Je suis terriblement désolée ! répétait sans cesse Emy en contemplant le résultat déplorable de ses tentatives.
Si comme à sa demande Skeen n'abordait plus des mèches argentées, jamais elle n'aurait pu imaginer qu'elle finirait avec une telle couleur. Entre le rose guimauve et le fushia délavé, sa chevelure ressemblait à présent plus à une épaisse barbapapa.
- J'ai pris les mêmes colorants que lorsque je fais les teintures d'Alice, ça aurait dû donner quelque chose de brun, je ne comprends pas ! continuai de se justifier Emy en relisant avec attention toutes les étiquettes des petites fioles qu'elle avait éparpillé devant elle.
Skeen tira ses cheveux devant elle, contemplant dans le creux de sa paume, les mèches colorées. En voyant la manière dont Emy se confondait en excuses, elle n'osa pas lui signaler qu'elle appréciait cette couleur. Il s'agissait d'une teinte douce et rassurante.
- Viens ! s'exclama la jeune fille en attrapant de nouveau sa main. Nous allons voir un véritable professionnel !
Une fois douchés, les garçons s'étaient divisés, quittant les vestiaires pour rejoindre leurs salles communes respectives.
Si Sirius et James avaient directement tracé leur chemin jusqu'à leur tour, Allan choisit de faire un petit détour par le quatrième étage. Mains dans les poches, il sifflotait une petite mélodie, celle de la chanson de victoire que les filles avaient chanté à tue-tête quand elles avaient marqués le but final. Il n'était pas vraiment sûr de ce qui l'avait poussé à passer par cet étage. Et ce ne fut qu'arrivé devant la porte de la bibliothèque qu'il réalisa que c'était sûrement à cause de ça.
Personne ne venait ici pendant les week-ends de rentrée. Lui permettant ainsi de profiter pleinement du calme du château. Le couloir était désert et seul le bruit de ses pas brisait le silence qui planait sur les lieux.
S'arrêtant devant l'une des grandes fenêtres, il prit un instant pour regarder l'extérieur. Son corps était encore chaud de la douche et de l'effort qu'il avait fourni pendant ce petit match improvisé de quidditch. Il se sentait étrangement reposé et content.
- C'est étonnant de te voir ici.
Allan sursauta avant de se retourner. Surpris en contemplant les bordures vertes et argent du garçon qui lui faisait face, il se sentit rassurer en reconnaissant son visage et en n'y lisant aucune agressivité.
- Regulus, salua-t-il avec un sourire. Je te pensais dehors à chasser les papillons.
- Les Ailes de fée, corrigea froidement Black en serrant contre lui son livre.
- Oui pardon. Je te pensais dehors à chasser les champignons.
- Tu es un crétin Abbott, siffla le jeune serpentard en faisant mine de s'éloigner.
- Tu ne cesses ne me tendre la perche pour que je te batte, ria Allan en le poursuivant.
- C'est une expression ? questionna Regulus.
- Moldue, confirma-t-il.
Black étouffa un petit rire cynique après lui avoir lancé un regard en coin.
- Ton cousin serait vraiment surpris de t'entendre dire ce genre de chose, finit-il par dire.
- Edward ? Non, je ne pense pas. Je pense que tous les membres de ma famille se sont maintenant fait à l'idée que je suis complètement irrécupérable, ricana Allan en levant les yeux au ciel.
- Est-ce que tu comptes me suivre longtemps ? questionna Regulus alors qu'ils sortaient du couloir.
- Ce que tu es prétentieux, s'exclama Allan en s'étirant. Je me rends simplement à ma salle commune.
Si Black ne répondit pas, le regard glacé qu'il lui avait lancé était lourd de sens. Mais Abbott n'en tenu par compte et continua son chemin mine de rien. Le trajet fut plus rapide qu'Allan aurait pu l'imaginer, ils avaient descendu les escaliers et se trouvait maintenant à une intersection. L'un des chemins menait aux cuisines, le second aux cachots.
- C'est ici que notre route se sépare, signala Regulus.
- En effet.
- A une prochaine fois Allan, soupira le cadet en s'engouffrant dans les cachots.
Immobile, le pouffsouffle le regarda disparaître sans un mot. Il se demanda un moment si le calme du quatrième était vraiment la seule raison qui l'avait poussé à faire un tel détour. Ne s'était-il pas douté inconsciemment que Regulus serait sûrement dans les parages ?
Etouffant un rire face à ses pensées ridicules, il reprit sa route en sifflotant l'air de rien.
Kaleb tournait pour la cinquième fois autour de Skeen. Bras croisés, une main perdue sur son menton, il caressait du bout des doigts le duvet naissant.
- Qu'est-ce que tu as utilisé ?
- De la corne de Vergraine pour du brun, de l'huile de Lune pour des reflets roux et comme je partais sur une base blanche j'ai pensé à rajouter un peu d'argile d'Enime pour foncer le tout, expliqua Emy en baissant les yeux.
- Et tu as oublié qu'en réagissant ensemble la corne de vergraine et l'argile d'Enime donnait un réactif incolore qui changeait les caractéristique de l'huile de Lune, devina-t-il en s'essayant finalement devant Skeen.
- Oh bon sang, j'ai juste rajouté l'argile en voulant bien faire ! Sinon j'allais faire comme avec Alice mais je pensais que ça ne tiendrait pas.
- Très réussi, railla Kaleb en attrapant les cheveux de Skeen, il analysa avec le regard d'un professionnel les cheveux roses avant de s'adresser directement à la concernée : Malheureusement, ce mélange fait que je vais devoir atteindre un moment avant de pouvoir le récupérer. Les cristaux formés par la réaction se sont incrustés dans tes cheveux, si j'essaye de passer au brun je risque de provoquer plus de dégâts encore. Par contre je peux te proposer une autre alternative. Est-ce que tu me fais confiance, Salem ?
Lorsque le regard pâle de la jeune fille se plongea dans le sien, les lèvres du septième année s'étirèrent dans un immense sourire.
- Le rose que t'a donné Emy sans le vouloir est abominable mais je peux l'éclaircir. Comme ta base est blanche nous pouvons atteindre quelque chose comme une teinte d'aurore rosée. Et je pense sincèrement que ça serait une couleur qui te conviendrait parfaitement. Alors je répète ma question… Me fais-tu confiance ?
- Oui, répondit-elle immédiatement.
Malgré son mal de tête, Severus s'était senti capable d'aller au repas du soir. Il s'était installé entre deux de ses camarades sans vraiment les écouter. Il avait l'impression que son cerveau nageait dans du mucus de sirène et que les paroles des gens autour de lui mettaient plus de dix minutes avant d'atteindre ses tympans. Gardant les yeux fermés, il mangea doucement, piquant du bout de sa fourchette quelques patates.
Il ne se rendit pas compte tout de suite que le silence s'était fait sur toute la salle, un évènement suffisamment rare pour être remarqué. Ce fut le calme qui le força à rouvrir les yeux. Autour de lui, les serpentards retenaient leur souffle, le regard rivé vers l'estrade comme tous les autres élèves d'ailleurs. Dumbledore s'était levé vers son pupitre, celui qu'il n'utilisait que pour les grands discours de début ou de fin d'année, et quelques rares fois dans des cas de sombres affaires.
A son expression joyeuse et son regard pétillant, la nouvelle qu'il allait annoncer ne pouvait être que bonne.
Le crâne toujours bourdonnant, Severus n'écouta pas réellement ses paroles mais il n'en avait pas besoin pour en comprendre le sens. Le directeur annonçait l'arrivée d'une nouvelle élève. Sûrement cette sale lycanthrope.
Resserrant sa poigne sur sa fourchette, il grinça des dents en essayant de se rappeler de la scène de la veille. Ses souvenirs étaient flous, il ne se souvenait que de cette colère immense, ce désir d'éliminer cette fille pour protéger Lily, sans être capable de vraiment en cerner la source. Mais à présent qu'il l'imaginait parmi les autres élèves, c'était le dégoût qui était prédominant de sans émotion. Le directeur était réellement fou.
Il aurait pu la dénoncer, hurler à qui voulait l'entendre qu'un monstre allait bientôt circuler librement parmi eux. Mais s'il faisait ça, alors il perdrait toute la confiance de Lily. Et ça il ne pouvait pas l'accepter.
La porte de la Grande Salle s'ouvrit sur le nouveau professeur de DCFM et la fillette. Yeux plissés, il fut incapable de retenir sa surprise en la regardant arrivée.
Vêtue d'une robe de sorcier ajustée avec ses cheveux roses-aurore attachés en tresse, elle semblait normale. Complètement différente de la fille effrayée aux cheveux blancs et aux vêtements de garçon trop grands pour elle.
A la table de Gryffondor les applaudissements et encouragements résonnèrent avec fracas brisant l'étonnement qui s'était abattu sur Poudlard. Les murmures s'élevèrent parmi les autres tables, les rumeurs sur ses origines commencèrent à naître entre deux discussions interceptées, alimentant le brouhaha. Le silence ne se fit de nouveau que lorsque Dumbledore déposa le choixpeau sur la fille aux cheveux rosés.
Habitué des gestuelles et des murmures, tous furent surpris que le choixpeau reste inerte. Droit, il mit quelques secondes avant de s'agiter et pas comme ça son habitude. L'inquiétude gagna la table des professeurs qui s'étaient penchés en avant, tandis que les élèves observaient avec surprise la scène.
L'inquiétude disparue dans un souffle lorsque la voix de l'artefact résonna haut et fort :
- Gryffondor !
De la table des gryffondors, les cinquièmes années furent les premières à se lever pour applaudirent, enthousiasme qui se propagea comme un traîné de poudre sur tous les rouges et or qui acclamèrent la jeune Salem.
Retirant le chapeau, elle se précipita vers eux, pétillante de joie, jusqu'à ce jeter dans les bras de Peter.
Figé dans la surprise, il n'osa plus bouger, tandis que toute la tablée les observait entre fascination et stupéfaction.
- Skeen ? Qu'est-ce que tu fais ? demanda-t-il alors qu'il prenait une teinte bien proche de celle de son blason.
- Celestia a fait ça la dernière fois, expliqua-t-elle en s'écartant soudainement prise au dépourvue et persuadée d'avoir fait une erreur. Je pensais que c'était un moyen de montrer que l'on était heureux.
- C'est exactement ça ! s'exclama Lily en la tirant vers elle pour l'enlacer. Félicitation petite Salem, bienvenue chez nous !
- Bienvenue chez toi, corrigea Remus avec un tendre sourire.
La nuit s'était abattue rapidement sur l'école. A ses côtés, les respirations de ses nouvelles locataires étaient lentes et maîtrisées. Skeen était restée sur le dessus de ses draps, les mains posées sur sa poitrine, elle sentait les battements réguliers de son cœur à travers le tissu épais du vêtement qu'elle portait.
Elle avait mangé et rit avec ses amies, puis elle s'était installée dans le dortoir. Son dortoir. Où on lui avait attribué un lit. Son lit. Celestia avait laissé dans le gros coffre des affaires, de quoi s'habiller pour la prochaine semaine de cours.
Ses yeux auraient pu se fermer, elle aurait pu dormir et peut-être même rêver. Cela aurait pu terminer de lui faire croire qu'elle était comme tout le monde. Pourtant, elle ne sentait toujours pas la moindre fatigue.
Qu'importe les apparences. L'uniforme. Les souliers. Les cheveux roses.
Elle leva ses bras en l'air vers le haut du lit, faisant glisser les manches de son pyjama sur ses coudes, dévoilant les marques vermeilles.
Qu'importe les apparences. Elle restait Maudite.
Ses jambes se glissèrent jusqu'au bord du lit tandis qu'elle se remettait debout. Du côté des autres lits : ni murmure, ni mouvement. Ses camarades semblaient profondément endormies. Elle rejoignit la porte de la pièce et s'évada discrètement.
Il était étonnant de voir comme le silence pouvait changer le bâtiment. Malgré les plaintes de la grosse dame, elle se glissa en dehors, jusqu'à gagner les couloirs. Parcourant les différents niveaux, elle analysa de nouveau les peintures, jusqu'à s'arrêter face à une immense tapisserie où le personnage l'observait attentivement.
Elle avait d'abord cru rêvé, avait continué son chemin mais était revenue en remarquant que l'homme la regardait bel et bien.
- Pourquoi me regardez-vous ? demanda-t-elle finalement.
- Tu vois que je te regarde ? s'étonna-t-il en s'installant sur le rocher devant elle. Dans cette pénombre ? Sans le moindre sort pour t'éclairer ?
Elle ne répondit pas à cette question car elle sentait que l'enthousiasme de l'homme tissé était faux. Il se moquait d'elle.
- Ce n'est pas la seule différence, n'est-ce pas ? continua-t-il en faisant mine de se rapprocher même si son monde en deux dimensions ne lui permettait pas.
- Je…
- Pourquoi les caches-tu ? Ne devrais-tu pas en être fière ? demanda-t-il alors que ses yeux s'étaient arrêtés sur les avant-bras couverts de la jeune fille.
Il savait.
Elle recula d'un pas, inquiète.
- Tu ne devrais pas t'inquiéter, ria-t-il avec un sourire. Je suis ton allié.
- Un allié ? répéta-t-elle inquiète.
Tendant la main vers la teinture, elle posa ses doigts sur le tissu et y induit sa conscience jusqu'à y trouver la vibration si particulière de la magie. Celle-ci ne lui était pas inconnue, elle en reconnaissait le style. Elle avait déjà défait un sort qui portait la même emprunte.
- Vous êtes celui qui a ensorcelé le garçon pour me tuer, souffla-t-elle perdue entre peur et curiosité.
- En effet, je devais m'assurer de quelque chose.
- Vous avez essayé de me tuer !
- Je devais voir si tu risquais de me poser des problèmes, avoua-t-il en haussant les épaules.
- Et ? s'impatienta-t-elle. Quelle est votre conclusion ?
- Comme je te le disais, nous pourrons être alliés, lança-t-il énigmatique en croisant les bras.
- Pourquoi voudrais-je devenir votre alliée ?
Il marqua une pause, s'éloignant dans le fond de son tapisserie, dansant d'un pied sur l'autre, sans paraître pour le moins inquiet.
- Car tu as besoin de réponses et que je peux te les donner, dit-il simplement en esquissant un franc sourire.
- Quelles sortes de réponses ?
D'un mouvement lent, il dénoua les liens qui retenaient ses manches et les remonta.
- Tu excuseras la piètre qualité de l'artiste qui a fait cette toile, mais je pense malgré tout que tu es capable de les reconnaître.
Les tatouages Vermeilles.
La marque des Maudits.
Elle apparaissait nettement sur la peau pâle de l'homme de fils. Brodée grossièrement sur ses avant-bras c'était surtout grâce à la couleur que la jeune fille parvint à la reconnaître.
- Alors qu'en dis-tu ? Sommes-nous alliés ?
N'hésitez pas à laisser des reviews, s'il vous plait. Ca pique de recevoir des trolls comme ça. :(
