Chapitre 9 : Si seulement…

- JUNKRAT ?!

Hana se réveilla en sursaut. Elle essaya d'attraper ses lunettes et tomba sur le sol. Elle gémit, enfila les verres et se précipita vers la porte qu'elle ouvrit.

- Tonton ?!

Il était penché sur le corps de son protégé et il avalait péniblement sa salive. Il le prit dans ses bras et le serra tout contre lui.

- Junkrat…

- Tonton ?

Hana s'approcha et elle vit le corps inerte. Les rares fois où elle l'avait vu dormir, il était toujours comme une pierre morte. Mais est-ce que son oncle se mettrait dans un tel état parce qu'il dormait seulement ?

Elle voulait seulement croire que si.

Que son oncle avait juste dérapé. Qu'il n'était plus lui-même.

Elle s'approcha d'eux, la gorge serrée. Elle laissa ses genoux cogner le sol et se pencha sur son ami. Ses doigts tremblèrent alors qu'elle les posait sur sa gorge. Elle devait vérifier…

Elle ne sentait rien.

Ses yeux se mouillèrent comme ceux de son oncle.

- Non. Couina-t-elle. Non. Dis-moi que c'est faux…

- Non. Murmura Mako. Je l'ai trouvé comme ça.

Il toucha ses plaies. Il s'était rassuré en le voyant moins souvent craché une substance noire. Il s'était rassuré quand il avait l'air d'aller mieux même s'il avait des doutes.

Pourquoi n'avait-il pas réussi ?

Il savait qu'il avait toujours à être froid, il avait déjà arrêté de respirer. Pire… Il avait refusé de dormir avec lui. Il lui avait tourné le dos alors qu'il le laissait vivre son dernier soir. Qu'est-ce que Junkrat avait pensé, seul dans son lit ? Peut-être pris par les cauchemars, les peurs insensés de ce loup…

- Pardon. Murmura-t-il en le serrant contre lui, frottant ses cheveux. Pardon, Junkrat. Pardon…

µµµ

Le bruit des pneus qui crissaient contre les graviers se réverbéra dans la cour. Les poules y répondirent en poussant des cris et en s'agitant. Wilhelm Reinhardt ouvrit la portière de sa voiture et en descendit d'un bond. C'était un géant deux fois plus grand que le véhicule et il se tourna vers sa compagne qui sortait à son tour. Elle sourit en sentant le vent sec et chaud glisser dans ses cheveux noirs.

Après avoir fait plusieurs heures de route et dû passer la nuit à l'hôtel, ils arrivaient enfin… Non sans avoir déposé leur fille à l'école. Bien sûr. Voir les bâtiments plus ou moins restaurer et les poules folâtrer, ça leur annonçait joyeusement que leur vie avait changé ! Ils prenaient un nouveau départ.

Mérité.

Il savait que son cadet avait choisi son côté de la maison, quoi de plus normal vu qu'il venait y travailler. Cependant, il savait parfaitement que son frère n'aurait pas fait de choix non-judicieux. Alors qu'il vivait seul, il n'aurait pas choisi le côté avec dix chambres pour ne lui en laisser qu'une par exemple.

Il savait qu'il ne le verrait que tard aujourd'hui parce qu'il avait une séance qui s'était décidée Vendredi.

Tant pis.

Surtout parce qu'il venait de voir l'homme à tout faire qui s'occupait de retaper la porcherie. Il dégageait des montagnes de crasse avec un fidèle balai. Ou peut-être pas fidèle. Allez savoir.

Reinhardt s'avança vers lui.

- Bonjour.

Les mains de l'homme se fermèrent sur le manche et il passa son bras sur son visage avant de se tourner vers lui. Il était en sueur. Il fallait dire que le Soleil était déjà bien haut.

- Voici ma charmante femme : Ana. Et je suis Wilhelm. Nous sommes les Reinhardt, enfin Morrinhardt. Ajouta-t-il avec un rire. Longue histoire.

Il vit au regard de l'homme qu'il n'avait absolument pas envie d'entendre sa longue histoire. Ana ne manqua pas de le remarquer à son tour et elle tapota l'avant-bras de son homme de sa main.

- Est-ce que vous savez quelle partie de la maison nous revient ?

L'homme à tout faire hocha la tête et il lâcha le balai pour aller vers la maison.

- Vous ne nous avez pas dit votre nom, je crois. Dit Wilhelm.

- Mako.

- Enchanté.

Il ne répondit rien et ouvrit la porte. Il prit les trousseaux que Jack avait fait faire, quatre pour qu'ils aient un jeu de rechange, et leur donna. Lui-même en avait un, Jack en avait deux…

Mako les emmena à travers le large couloir d'entrée et leur désigna une porte. Elle menait directement vers la partie qui revenait aux Reinhardt. On pouvait également les atteindre par les étages. Toutes les portes se verrouillaient. Ici, deux-tiers de la propriété allait à gauche, tout pour l'aîné des frères. Il y avait bien un endroit qui s'ouvrait plus au milieu mais de l'autre côté de l'établissement.

- Voilà. Dit-il. La clé rouge ouvre la porte avec un paillasson rouge devant et ainsi de suite.

- Brillante idée ! Félicita Wilhelm.

- Jack. Répliqua Mako.

Et sur ses mots, il se tourna pour partir. Il avait encore la porcherie dont il devait s'occuper. Il n'avait plus beaucoup de choses à faire pour la remettre en état. Et il ne voulait surtout pas parler.

Pourquoi des inconnus voudraient lui parler ? Ils ne le connaissaient même pas ! Comment pouvaient-ils savoir qu'il n'était pas juste insupportable ? Comment pouvaient-ils savoir qu'ils n'étaient pas insupportables ? Ils le semblaient !

Il retourna dans sa porcherie ou seul le silence l'accompagnait. Et tant mieux !

Ce serait le comble que les murs se mettent à parler. Et… Pourquoi ? Pourquoi est-ce que Junkrat lui manquait si terriblement alors qu'il était si imbuvable ? Qu'il ne pouvait pas juste se taire ? Il aurait dû être soulagé qu'on lui fasse enfin fermer son clapet. Au lieu de ça, il était… vide.

Il sentit ses yeux être de nouveau humide et il se frotta le visage. Il attrapa son balai et recommença à le passer pour retirer toute la poussière, les débris, les déchets… D'ici un jour ou deux, ils pourraient avoir des cochons ici.

Il entendit les poules se disputer derrière lui et il soupira…

µµµ

- Mort ?

Il entendit des reniflements de l'autre côté du fil et il sut qu'il n'était pas bien venu du tout de demander si elle était sûre. Vu son état, c'était plus qu'évident.

- On l'a trouvé comme ça ce matin. Il… Il était…

La voix d'Hana s'étrangla dans sa gorge.

Jesse se passa la main dans les cheveux.

- Tu veux que je vienne te chercher et qu'on se fasse quelque chose ?

- Tu n'as pas de voiture. Dit-il entre rire et sanglot.

- Je viendrais te chercher en bus !

Elle rit un peu plus.

- Merci. Souffla-t-elle. Je crois que ça ira. Je vais rentrer avec tonton. Il l'a pas dit mais je pense que c'est dur pour lui… Il…

Elle se tut parce que le reste, c'était privé. Elle ne pouvait pas dire la faiblesse de son oncle. Il lui en voudrait et il méritait plus que ça.

- Il a un cœur en or. Sourit Jesse. Tiens-moi au courant et appelle-moi si tu as besoin.

- Promis. Merci beaucoup.

Il attendit qu'elle raccroche en premier, parce qu'elle voudrait peut-être lui parler de quelque chose. Ou plus longtemps. Il savait qu'elle l'avait appelé pendant sa pause repas mais s'il lui restait du temps…

Elle raccrocha.

Il fit de même et il regarda le vieux téléphone à cadran. Il se passa la main dans les cheveux puis fouilla dans les cartons qu'il avait reçus aujourd'hui. Il attrapa un tissu et un chapeau qu'il mit sur sa tête avant de pousser des tentures bleues vaporeuses. La salle dans laquelle il entra était emplie d'odeurs douces, des draps étant attachés ci et là et il y avait des bougies.

Sur un lit, un homme était allongé, les yeux écarquillés. Le bord était d'ailleurs embué de larmes.

- Calmez-vous. Dit-il en s'approchant.

- Pitié…

Jesse se pencha par-dessus la femme qui avait attaché ses cheveux et qui prenait régulièrement des créatures gluantes dans un aquarium pour les poser sur le bras à l'allure effrayante de l'homme.

Il mit la main sur l'épaule féminine.

- Ton client a peur.

- Je sais ce que je fais. Mes remèdes fonctionnent.

- Comment est-ce que vous avez fait ça ? Demanda McCree en observant la main devenue verdâtre.

- Un chien m'a mordu et…

Il hurla quand la chose gluante fut posée sur lui. Les petites dents s'enfonçaient dans sa peau.

- Qu'est-ce qu'il me dit que… que…

Jesse prit le menton de la femme entre ses doigts et il la fit tourner la tête avant de capturer ses lèvres entre les siennes. Elle se tendit et lui jeta un regard alors qu'il tournait sa main vers elle.

- Sangsue. Demanda-t-il.

Elle en prit une et lui mit sur la main. La bouche s'enfonça directement et il montra la créature accrochée à lui.

- Elle m'aime, elle ne me ferait que du bien. Sourit-il.

Le client avala sa salive avec difficulté et tremblait toujours alors que d'autres sangsues étaient ajoutées.

- Hana dit que Hayseed est mort.

- Qui ?

Elle fronça les sourcils en le regardant de haut en bas.

- Mais qu'est-ce que tu portes ?

- Je suis un garçon de ferme ! C'est comme ça qu'ils sont dans les films ! Fanfaronna-t-il en ajustant son poncho. Et Hana. C'est la nièce du type qui vit sur le Domaine des Blés maintenant.

- Ah…

- Le type qui vit sur le Domaine des Blés… euh l'homme à tout faire, Mako. Chez qui je vivais…

- Hm ? Fit-elle, lui signifiant qu'elle l'écoutait.

- Il aime beaucoup Hayseed.

- Ce n'est pas grave.

Elle mit une autre sangsue avant de se redresser vers lui.

- Pars. Dit-elle.

- D'accoooord.

- Et change de vêtements.

- Je dois être un Cowboy !

Il se pencha sur elle pour l'embrasser et elle répondit au baiser.

- Ah… Hanzo, la sangsue ? Fit-il contre ses lèvres.

Jesse brandit sa main vers le client qui avait encore les yeux écarquillés. Hanzo lui retira l'étrange ver.

- Merci, ma Lune.

Il essuya sa main sur son pantalon puis partit sans un mot de plus.

µµµ

Mako avait travaillé toute la journée et, maintenant, il devait aller chercher sa nièce. Il ne se sentait pas en état de prendre la route, ses yeux lui semblaient gonflés… Mais c'était peut-être une impression. Il se convainquait que c'était à cause de la poussière, du foin…

Du foin.

De la paille.

La paille que Junkrat recrachait toujours.

- Mako ?

L'homme à tout faire essuya son visage derechef puis il se tourna vers Wilhelm qui venait vers lui.

Pourquoi, par tous les Dieux, devait-il subir ça ?!

- Est-ce que vous voulez que j'aille chercher votre nièce ? Je vais chercher ma fille.

Mako le dévisagea mais opina. Il n'avait pas l'impression qu'il pourrait prendre la route.

- Elle s'appelle ?

- Fareeha Reinhardt.

Mako envoya un message à Hana pour qu'elle sache qui suivre. Il cachait qu'il préférait qu'il s'occupe de sa précieuse petite. Il devait continuer de travailler. C'était encore la seule chose qui l'empêchait de penser.

Pourtant, lorsqu'il vit Wilhelm partir vers la voiture puis s'engager sur la route, il n'arriva pas à continuer.

Il repartit vers sa maison. Il voyait des papillons voleter autour de l'habitation… et rien dans les draps de Junkrat. Il s'approcha d'eux et se laissa tomber sur le sol, serrant ses mains sur les couvertures qui sentaient son odeur.

Pourquoi n'arrivait-il pas à ravaler ses larmes ?