- 10 - Où l'on fait des erreurs

Severus demanda l'aide de Brisbille pour son entraînement. Il veillait cependant à ne pas épuiser l'elfe, même s'il voulait aller plus loin que ne lui avait apprit Azareth.
Il réussissait presque à ne pas faire savoir à son cobaye qu'il lui fouillait l'esprit. Il ne tenta plus l'expérience sur ses camarades, craignant de devoir expliquer ses agissements aux professeurs. Il se doutait qu'Azareth avait informé le directeur de ses leçons particulières, bien que celui-ci n'aborda pas le sujet avec lui.
Il avait également dévoré « Pouvoirs de l'esprit » appliquant certains des conseils en cours de potions. Slughorn ne cessait de le complimenter :
« Severus, vous étiez déjà excellent, mais votre don se développe au-delà de mes espérances. Vous irez loin, mon garçon.».
Lucius voyait d'un mauvais œil l'ascension de son camarade. Severus l'avait toujours dépassé à l'école, mais l'intérêt nouveau qu'il suscitait l'agaçait au plus haut point. Même certaines filles se mettaient à lui demander conseil sur divers sujets, devoirs ou personnels.
Severus se mit à rêver que son talent pourrait lui faire revenir Lily. Si elle n'appréciait pas ses idées et ses amis, elle ne pourrait rester insensible au sorcier le plus doué de sa génération.
Il était comme sur un petit nuage, convaincu de sa puissance future aux côtés d'un Seigneur Des Ténèbres heureux d'une si bonne recrue. Oui, sa future carrière s'annonçait pour le mieux.

Les vacances de Février arrivèrent. Azareth n'avait pas donné de nouvelles leçons à Severus, mais il était convaincu qu'elle suivait attentivement son évolution.
Il révisait son histoire de la magie à la bibliothèque, lorsque entrèrent Potter et ses amis, Lily à son bras.
Severus sentit son cœur se serrer, et tenta de se replonger dans ses notes, le petit groupe s'asseyant à la table qui lui faisait face. Il rumina intérieurement, et vit Black qui murmurait quelque chose à Potter, profitant de l'absence momentanée de Lily, partie explorer les rayons. Potter et Pettigrow gloussèrent, sous le regard réprobateur de Lupin. Severus se doutait qu'ils parlaient de lui, il pouvait le vérifier… Il surpris le regard de Peter, et s'y accrocha, pénétrant rapidement dans ses souvenir, et ressorti en moins d'une seconde. C'était suffisant, et Pettigrow ne semblait s'être aperçu de rien. Severus se leva discrètement, approcha et murmura d'un ton mielleux :
« J'ai peut être les cheveux sales, Black, mais moi je n'ai besoin de personne pour me cirer les pompes. »
Black et Potter se levèrent d'un bon, bousculant la table. Pettigrow poussa un petit cri et Lupin leva les yeux au ciel, hochant tristement la tête.
« Tiens, mais c'est Servilo… Murmura Potter, un sourire en coin. Qu'est ce qui t'arrive, tu es en manque d'humiliation publique ? Ou tu souhaites une excuse pour passer tes week-end solitaires à l'infirmerie ? » Ils levèrent leurs baguettes.
Severus ne répondit pas, tenta de rester le plus impassible, et pensa « Sectumsempra ! »
Potter fut projeté en arrière sur la table, des plaies s'ouvrant sur son torse. Black fonça sur Severus, qui pensa rapidement « Levicorpus ! ».
Black se retrouva à deux mètres du sol, et Severus l'envoya violemment contre une pile de livre aux pieds d'une bibliothèque. Celle-ci bascula dangereusement et s'effondra sur la table, manquant de peu Pettigrow et Lupin qui s'étaient écartés d'un bond, mais faisant disparaître Potter sous les lourds volumes.
« Arrête immédiatement ! » rugit la voix d'Azareth.
Elle attrapa Severus par l'épaule, murmura quelques mots incompréhensibles, et il se sentit violemment tiré par le nombril. Tout tourbillonna autour de lui, et lorsque qu'il reprit ses esprits, il vit qu'Azareth l'avait envoyé dans son bureau.
Il attendit longtemps, une éternité, qu'elle revienne. Il marchait de long en large de la pièce-forêt, craignant son retour.
Il en était à son énième va et vient, lorsqu'il la vit debout devant son bureau. Elle le regardait fixement, ses yeux plus rouges qu'il ne les avaient jamais vus.
« Tu seras sans doute heureux de savoir que Messieurs Potter et Black, après un passage chez madame Pomfresh, sont en bonne santé. Même si ce n'est pas grâce à toi. »
Elle avait dit ces mots avec un ton calme, le visage impassible, mais Severus pouvait sentir sa colère, et surtout sa tristesse venir jusqu'à lui.
« Je vois que tu as progressé, même si tu reste un incorrigible ignorant. »
Elle s'avança lentement vers lui. Il sentit sa gorge se nouer à l'en étouffer. Elle épousseta négligemment sa robe, enlevant les éclats de bois, pendant qu'il baissait la tête, le regard fuyant.
« Regarde-moi, Severus. Regarde ce que tu as fait. »
Il leva les yeux vers elle, et reçut de plein fouet un tourbillon de sentiments de colère, de peine, de déception. Il sut alors qu'Azareth lui envoyait ce que Lily avait ressenti en voyant ce qui se passait.
Severus s'effondra à genoux en prenant son visage dans ses mains et poussa un cri inarticulé. Azareth se coucha à côté de lui, le tenant par l'épaule.
« Severus, tu l'as dit toi-même, tout est fini, disparu, envolé. Tu ne retrouveras pas la Lily que tu as connu enfant. L'espoir qui restait vient d'être détruit par ton acte. »
Azareth le serra délicatement dans ses bras pendant qu'il pleurait à chaudes larmes. Elle lui caressa doucement les cheveux, un doux chant émanant des arbres autour d'eux.
Il restèrent longtemps ainsi au sol. Severus finit par stopper le flot de larmes, mais ne bougea pas. Il finit par s'endormir, la tête lourde et les yeux brûlants, épuisé.
Azareth déplaça Severus pour l'allonger contre son dos, le couvrit d'une aile, et se transforma. Elle le regarda une dernière fois, puis posa la tête au sol et ferma les yeux.

Severus ouvrit les yeux. Il mit quelques instant à réaliser où il était, et pourquoi. Il vit qu'il était allongé contre Azareth, et se releva rapidement, gêné d'avoir eu la faiblesse de s'endormir ainsi. Elle tourna sa tête reptilienne vers lui, se releva, et disparut. Elle réapparut quelques instants plus tard, ayant retrouvé visage humain, en portant une assiette de toast et une tasse de thé.
Elle l'invita à s'asseoir au bureau, posant l'assiette devant lui. Il commença à manger, dans le plus grand silence. Azareth était debout en face de lui, lisant un livre, comme si tout était normal.
Lorsqu'il acheva son dernier toast, elle leva les yeux vers lui, le visage neutre.
« Je voudrais m'excuser, Severus. »
Il la regarda, interloqué.
« J'ai eu tort de te laisser trop de libertés alors que je t'offrais une arme. J'aurais dû te guider, au lieu de te regarder expérimenter tes nouveaux pouvoirs. Ce qui est arrivé est ma faute. »
Elle avait un regard triste. Severus sentit une bouffée de culpabilité monter. C'était pire qu'une gifle, ou qu'une crise de colère. Il se sentait honteux d'avoir trahi la seule personne qui ai tenté de l'aider.
« Je me suis laissé emporter… Marmonna-il. Vous n'y êtes pour rien. J'aurais pu faire la même chose sans votre aide. »
« C'est là le problème des sorciers Severus … Ils savent faire, donc ils font. Le savoir doit se suffire à lui-même parfois. L'arrogance ne mène à rien. »
« Je me demandais… Commença Severus, comment avez-vous su ce qui se passait ? Vous me suivez ? »
Elle eu un léger sourire amusé.
« Nous avons nos informateurs. »
« Les élèves ? »
« Oh non, dit-elle dans un petit rire, puis, se reprenant elle ajouta : Je veux dire, rarement les élèves. »
« Qui alors ? Les professeurs ? Les fantômes ? » Demanda t-il d'un ton plus pressant.
« Chacun d'entre nous utilise des milliers d'yeux et d'oreilles à travers le monde. Aegirius utilise le peuple du ciel, Felrad, le peuple de l'eau, et moi celui de la terre. Les animaux, ajouta-elle devant le regard interrogateur de Severus. Des milliers d'animaux me font part à chaque instant de ce qu'ils voient ou entendent, je regroupe le tout, fusionne, compare, jusqu'à obtenir la vision la plus juste possible. C'est pour cela que je n'utilise que très peu les Humains, ils sont trop partiaux. J'en tire ainsi l'Histoire que je garde en mémoire, à disposition. Je la partage avec mes frères, qui à leur tour me font part de ce qu'on leur rapporte. Voilà notre travail. »
Severus la regarda, bouche bée.
« Alors, pendant que nous discutons, vous recevez des informations du monde entier ? »
« Oui, quoi que je fasse, je n'interromps jamais ma mission. Même en dormant, une partie de moi travaille toujours. »
« Alors qui m'a vendu ? » Demanda Severus le sourire aux lèvres.
« Ici, à Poudlard, il y a quantité de petits informateurs. Les rats, les araignées, les hiboux… Ne cherche pas à trouver un responsable Severus, ils sont trop nombreux. » Répondit-elle, Severus jurant qu'elle lui avait adressé un furtif clin d'œil.