:o:
Lecteurs, Lecteuses ! (Ouiii, bon...)
Bienvenue sur le chapitre 10 !
Merci à tous pour vos commentaires sur le dernier chapitre. Vos retours sont toujours très encourageants pour moi. J'espère d'autant plus que cette nouvelle partie de l'histoire vous plaira. Ce chapitre tombe à pic puisque ce sont presque les fêtes de fin d'années à Poudlard. Au menu : quelques cours, des chutes de neige et une sortie à Pré-au-Lard riche en rebondissements.
Bonne lecture !
: : : : : : : : : : : : : : : : : : : : : : : : : : : : : : : : : : : : : : : : : : : : : : : : : : : : : : : : : : : : : : : : : : : : : : : : : : :
Chapitre 10
Éclatement
- Rejoignez le centre de la salle et faites mieux que la dernière fois. Vous n'avez pas été admis dans cette école pour apprendre à secouer une baguette comme un enfant secoue un hochet.
Je me retiens de lever les yeux au ciel. Winter passe devant nous, son regard sombre vrillant chaque élève tandis que sa grande cape claque dans son dos d'un air lugubre. Cet homme me fait frissonner. On dirait un mage noir raté qui n'a jamais acquis le niveau magique nécessaire pour dominer le monde et, par dépit, expulse tout son potentiel psychopathique dans une école.
Tandis que les chaises et les tables rampent jusqu'au mur, je me dirige vers Rose d'un pas las. Cependant, à peine suis-je arrivée à son niveau que Jack l'attire ailleurs. A ma grande surprise, Blanca prend sa place.
- Que se passe-t-il ? lui demandé-je en louchant alternativement sur Rose et elle.
- J'avais envie de changer, répond Blanca. Nous ne passons plus beaucoup de temps ensemble, toutes les deux. Ça t'embête ?
- Bien sûr que non, répondé-je d'un air faussement enjoué.
Elle m'adresse un sourire aimable et se met en position de duel. Je m'efforce de rester impassible. Hélas, une petite scène dans laquelle Sirius tente de la séduire et s'écroule de chagrin face à son refus vient de traverser mon esprit.
Depuis sa proposition d'entraide, Sirius et moi ne nous sommes plus vraiment parlés. J'ai tenté de le revoir en dehors des cours pour lui donner ma réponse, sans succès : Potter, Lupin et Pettigrow sont accrochés à sa cape comme des moules à un rocher.
Je ne m'éternise pas dans mes réflexions car mon attention est attirée vers l'autre bout du rang, où Sirius parle avec Dolohov. Si je ne cherchais pas à fuir toute interaction avec Blanca, je ne les aurais sans doute pas remarqués. Les deux garçons semblent avoir un désaccord. Madelyn dit quelque chose. Ils bougent. Je remarque Potter et Lupin derrière Sirius et Darius à côté de Dolohov. Le visage habituellement calme de Lupin exprime une certaine inquiétude.
- Black et Potter ! lance Winter.
Sirius sursaute.
- Avec vos bavardages, vous faites perdre dix points à votre Maison, continue le professeur. Reprenez immédiatement vos places.
Les garçons obtempèrent tandis qu'une vague de mécontentement traverse les rangs Gryffondor. Rose baisse tristement la tête. Elle n'est pas responsable des injustices de son père mais se montre toujours embêtée face à son comportement. Je devrais être avec elle pour la rassurer. Ma colère envers Blanca monte d'un cran.
Alors que nous nous remettons en position de duel, je ne peux m'empêcher de jeter un nouveau coup d'œil vers le bout de la rangée. Lupin fait face à ma sœur. Ils sont en binôme maintenant ? Un Gryffondor et une Serpentard, quel tableau hors du commun ! Peut-être qu'ils vivent une idylle secrète ? Un amour impossible qui expliquerait pourquoi Lupin cherchait Madelyn quand toutes les filles de Serpentard attaquaient Rogue… Ce serait tellement romantique !
Et peu probable.
- Désarmez votre adversaire ! lance Winter.
Flûte, je ne me souviens plus de la formule.
- Expelliarmus ! s'exclame Blanca.
Ah oui. C'est celle-là.
Ma baguette s'échappe de ma main et fait un magnifique arc de cercle avant d'atterrir entre ses doigts. Blanca s'approche pour me la rendre, une expression de compassion hautaine plaquée sur le visage. Je fuis spontanément son regard.
- Marlene, est-ce que tout va bien ? demande-t-elle à voix basse.
- Oui ! répliqué-je un peu trop sèchement.
- On va recommencer et je te laisserai plus de temps, suggère-t-elle.
- Je n'ai pas besoin de ta charité !
- Miss McKinnon, vous faites perdre cinq points à votre Maison, m'informe Winter d'une voix doucereuse.
Il est dans mon dos, cet abruti.
- Parlez mieux à vos camarades ! conclut-il.
Je reprends contenance.
- Excusez-moi, professeur, répondé-je poliment. Je manque de patience parce que j'ai très mal à la tête. Je suis sûrement malade. Puis-je aller à l'infirmerie ?
Il vient devant moi et m'adresse un sourire carnassier.
- Vous mentez, rétorque-t-il. Pour cela, vous perdrez encore dix points. Cependant, il est évident que vous ne servez à grand-chose ici. Allez donc à l'infirmerie.
Il ne désigne pas d'accompagnateur et aucun Gryffondor n'ose se proposer : depuis le début de ce cours, nous avons déjà perdu suffisamment de points pour toute la journée. Je ramasse mes affaires aussi rapidement que possible et je fuis avant qu'il ne change d'avis.
:::
L'opportunité de parler à Sirius se présente en fin de journée. Lorsque le professeur Grizzly annonce la fin du cours et que tout le monde commence à ranger ses affaires dans un brouhaha sans limites, il abandonne sa table et descend l'estrade quatre à quatre, un parchemin à la main. Après avoir échangé quelques mots avec lui, le professeur se retourne dans une valse d'étoffes. Elle passe un doigt investigateur sur ses étagères, s'arrête sur un vieux livre à la reliure écarlate, l'attrape énergiquement et l'ouvre sur le bureau.
Potter et Pettigrow descendent l'échelle, le laissant seul. Je ralentis aussitôt mes gestes.
- Rentrez au dortoir sans moi, dis-je à Rose et Alice. Je vous retrouverai directement dans la Grande Salle.
- On peut t'attendre si tu veux, répond gentiment Alice.
- C'est gentil mais je préfère vous rejoindre plus tard. Allez-y !
Alice hausse les épaules et attrape son cartable. Rose me jette un coup d'œil suspicieux.
- Tu n'as pas l'intention de parler à ma mère, devine-t-elle. Tu attends Sirius.
- En effet, détective Winter, chuchoté-je d'une voix moqueuse. Ne dis rien à Alice, s'il te plaît, elle ne sait pas tenir sa langue.
- C'est trop tard, j'ai entendu et je vais le répéter à tout le monde ! rétorque Alice avant de prendre l'échelle.
- Flûte, il faut la rattraper et la tuer ! m'exclamé-je suffisamment fort pour que la concernée entende. Mais où va-t-on enterrer le corps ?
Rose me fait les gros yeux. Un coup d'œil à droite m'apprend que le professeur Grizzly a brièvement relevé la tête de son grimoire. Oups.
- On se retrouve au dîner, déclare Rose en prenant son sac à son tour. Vous n'allez pas parler de James et Lily, quand même ? ajoute-t-elle à voix basse.
Pourquoi pense-t-elle que nous allons parler de ça ? J'ouvre la bouche, prête à répliquer… et me ravise juste à temps. Sans le vouloir, elle vient de me fournir une excuse en or massif.
- Marlene ?
- Mmm-mmm.
Elle fronce les sourcils.
- Alice va t'attendre, souligné-je en louchant vers le plafond d'un air distrait.
- Bien… A tout à l'heure…
Après un ultime regard méfiant, Rose descend l'échelle à son tour. Le professeur Grizzly congédie chaleureusement Sirius, qui remonte vers sa table à grand pas. Elle nous salue tous deux avec un sourire et disparaît derrière ses étagères.
Soudainement timide, je rejoins Sirius d'un pas lent tandis qu'il range ses livres. Je remarque son sourire en coin. Pourquoi notre relation, devenue cordiale au cours des dernières semaines, continue-t-elle à ressembler à un bras de fer permanent ?
- J'aimerai te parler, déclaré-je.
- Tu as réfléchi à ma proposition ? demande-t-il en balançant son sac sur son épaule.
- J'accepte ton enquête, confirmé-je. Par contre, j'ai… deux ou trois questions…
- Quand nous serons en bas, intime-t-il avec un coup de menton vers les étagères.
J'acquiesce. Je descends la première par l'échelle étroite qui mène au couloir du septième étage. Sirius me rejoint quelques secondes plus tard.
- Je t'écoute, déclare-t-il.
- Tu m'as demandé d'enquêter sur ton frère, rappelé-je. Tu m'as dit qu'il avait pris des livres chez tes parents… Il me faut plus d'informations ! A l'heure actuelle, je suis tellement dans le brouillard que j'ignore totalement comment m'y prendre ! Que suis-je sensée chercher ?
- J'aimerai connaître le sujet de ces livres, répond Sirius.
- Donc il faudrait les voler ?
- Ou trouver un Serpentard plus bavard que les autres. Je ne sais pas ce que mon frère fabrique mais je doute qu'il travaille seul.
Le visage de Sirius s'assombrit.
- Marlene, tu as plus de ressources que tu ne le crois. Tu mènes les filles de l'école par le bout du nez ! Ne… Non, ce n'est pas la même chose ! ajoute-t-il devant mon air moqueur. Les filles me disent ce que je veux entendre. Elles n'osent pas jouer les porteuses de mauvaises nouvelles avec moi. Tu n'as pas ce problème. Elles te diront la vérité et je sais que tu seras honnête à ton tour quand tu viendras me voir. Par ailleurs, les Serpentards me détestent… Ce n'est pas ton cas !
- Mes relations avec Serpentard ne sont pas aussi merveilleuses que tu sembles le croire, contré-je. Ma sœur est très secrète concernant sa Maison et Jinny Jenkins ne compte plus vraiment parmi les amies de Rose. A une époque, Rogue aurait fait n'importe quoi pour Lily… Cette carte n'est plus valable. Et puis de toute façon, Rogue est impliqué dans…
Je reste muette un instant avant de reprendre :
- Ma sœur m'a dit qu'une guerre civile agitait Serpentard, révélé-je à Sirius. C'est une piste, non ? Il y a peut-être un lien avec la disparition de vos livres de magie noire ?
- Ou pas, réplique-t-il spontanément.
- Tu es au courant de ce qu'il se passe là-bas ?
- Les Serpentards se crêpent le chignon pour un oui ou pour un non, élude-t-il.
Je ne réponds pas, attendant qu'il poursuive.
- Oui, je sais de quoi parle ta sœur, confie-t-il. Cela n'a rien à voir avec Regulus.
- Qu'est-ce que c'est ? demandé-je, curieuse.
- Un sorcier de sang-pur qui appartient au cercle de mes parents, un certain Demetrius Prince, est décédé récemment. C'était un sale type. Il a eu deux filles. Il a renié la première lorsqu'elle a épousé un moldu en ajoutant, le jour même, une clause d'outrage au testament. Sa deuxième fille est morte sans héritier quelques mois avant lui. L'héritage a été réclamé par le fils de sa deuxième épouse, avec lequel Demetrius Prince n'a aucun lien de sang.
- Et il ne peut pas hériter parce qu'il n'y a pas de lien de sang ? supposé-je.
- Non, le problème vient de la clause d'outrage, contre Sirius. Normalement, elle empêche une personne d'hériter si le défunt a été agressé. Sa validité est remise en question car on ne peut pas vraiment dire que ce soit le cas ici… sauf à considérer qu'un mariage avec un moldu soit une agression en soi.
Il agite les mains pour mieux expliquer, comme si les mots ne suffisaient plus.
- D'accord, donc l'héritage de ce type est un problème, résumé-je. Pourquoi cela crée une guerre civile à Serpentard ? Les héritiers s'y trouvent ?
- Tout juste, déclare Sirius. La fille reniée est la mère de Rogue, le fils de la deuxième épouse est le père de Darius et Deneb Avery.
La mâchoire m'en tombe.
- Mais il n'y a pas que cela. Le jugement rendu aura de l'importance pour tout le monde. Si le juge tranche en faveur d'Eileen Prince, alors il déclare que son mariage avec un moldu ne peut être considéré comme une agression vis-à-vis de ses parents. Quelle que soit la décision, elle fera jurisprudence. Si le juge donne raison aux Avery, il prend le parti des extrémistes Sang-Purs. Donc tout le monde est concerné, tout le monde donne son avis sur la question…
- Oui, j'imagine que les Sang-Mêlés prennent le parti de Rogue…
- Pas forcément, tout le monde le déteste, rappelle-t-il. Ils prennent le parti de sa mère.
- Autant pour moi.
- Pour conclure, cette fameuse guéguerre n'a pas de lien avec les livres de mon frère ! conclut-il.
Nous arrivons au corridor principal, peuplé de tableaux bavards et d'armures rutilantes. Trois petites Serdaigles de première année manquent de nous bousculer et s'éloignent en trottant sans nous accorder un regard. Alors que nous retournons vers la salle commune, je jette un coup d'œil aux joues encore rosies d'excitation de mon camarade.
- Tu te souviens du discours de Slughorn sur le réseau professionnel ? demandé-je.
- Tu parles du discours qu'il a tenu au début de l'année sur le lien entre notre personnalité et nos compétences, les vocations possibles et l'importance de repérer dès maintenant qui, parmi nos camarades, est doué en quoi ? Le discours qui a duré deux heures et à cause duquel James s'est endormi sur mon grimoire ? Non, aucun souvenir.
Je laisse planer un silence. Il finit par me jeter un regard en coin et je devine qu'il a compris mon sous-entendu. Il pince les lèvres dans un sourire retenu.
Si nous commençons souvent nos échanges par un bras de fer, nous arrivons de plus en plus à les terminer autrement.
C'est un progrès.
:::
Depuis que je l'ai envoyée promener, Blanca n'essaie plus de se rapprocher de moi. Son comportement distant me soulage : moins nous parlons, moins je dois me montrer hypocrite. Il en va de même avec Lily, qui fait preuve d'une méfiance inhabituelle depuis l'élection de Madelyn… A moins qu'elle ait remarqué l'évolution de mon comportement à son égard ? Je ne réponds plus à ses plaintes contre Potter. Je ne me moque même plus de ce dernier.
Ils se sont embrassés. Elle a refusé de donner suite. Visiblement, il ne comprend pas pourquoi. J'ai de la peine pour lui. Avant, je pensais que Potter mesurait son potentiel de séduction en séduisant les filles de l'école et qu'elle refusait ses avances car elle pressentait un piège. Je comparais son histoire à la mienne et j'en déduisais que Lily était plus maligne que moi. Finalement, si nous mettons nos péripéties amoureuses en parallèle, j'occupe le rôle de Potter et Lily, celui de Sirius.
Maintenant que Sirius et moi nous entendons bien, je lui pardonne cet épisode passé, mais je n'ai pas oublié pour autant ce que je ressentais à cette époque.
Lily, Blanca et moi nous regardons de travers en échangeant d'agréables banalités. Personne n'ose aborder les sujets qui fâchent et s'inquiéter de cette distance qui s'instaure lentement. Habituellement, je suis celle qui réclame la vérité et que le groupe vilipende avant de résoudre le conflit – pour le plus grand plaisir de la majorité. Cette fois, je me tairai jusqu'au bout. Dussé-je supporter cette situation de froideur cordiale qui devient notre quotidien, mettant ma patience et mon sens de la justice à rude épreuve.
Derrière les murs du château, le froid glacial s'amplifie de jour en jour, s'insinuant dans chaque couloir et plongeant tout le monde dans un mutisme endormi. La météo s'accorde à l'ambiance.
Enfoncé dans plusieurs couches de chaussettes, au fond de ma malle, le capteur de dissimulation doit vibrer follement.
La sortie à Pré-au-Lard arrive comme une bouée de sauvetage. Ce matin-là, il fait encore nuit quand nous nous éveillons. Rose ouvre les volets blanchis par le froid, révélant un ciel noir et sans lune. La neige tombe sans relâche. Les filles se lèvent et prennent la direction de la salle de bains. Je lutte pour me lever – Lily ne se donnant plus la peine de me secouer le matin, je ne compte que sur ma propre volonté pour sortir du lit. Je suis l'une des dernières à revenir dans la chambre pour m'habiller.
- Sirius a suggéré que nous prenons un verre tous ensemble, déclare Blanca en sortant de la salle de bains à ma suite.
J'ai l'impression d'avaler une demi-douzaine de glaçons.
- Bonne idée… répond Alice.
- Mauvaise idée ! contre Lily en choisissant ses vêtements. Je préfère rester loin de Potter aujourd'hui. C'est notre dernière sortie de l'année, j'aimerai en profiter !
Elle monte un pull écarlate à hauteur de sa poitrine et jette un coup d'œil dans le miroir.
- Quel beau décolleté ! commente le miroir d'une voix aguicheuse.
- Je confirme, tu vas avoir du mal à garder ton prétendant à distance, commente Jack.
- Tant pis ! déclare Lily en enfilant ledit pull.
Ses intonations théâtrales m'exaspèrent. Les dents serrées derrière mon sourire de façade, je reste muette et retourne le fond de ma malle pour en sortir mon bonnet des grandes occasions – le seul qui possède des cache-oreilles à pompons. Quand je me redresse, je croise le regard distrait de Lily.
Elle a fait tellement de choses pour moi depuis que nous étudions à Poudlard. Trouver l'antidote de la Malédiction de la Muse en utilisant la salle d'eau du dortoir comme laboratoire magique est son dernier fait remarquable. Comment peut-elle se montrer à la fois aussi altruiste et cruelle ? Une pointe de culpabilité s'ajoute à ma colère. Inefficace pour que j'oublie la vérité, suffisant pour que je me sente encore plus mal qu'avant.
Nous quittons le dortoir et descendons dans la salle commune. Nos camarades masculins s'y trouvent déjà et discutent vivement autour de la cheminée. Ils nous saluent. Sirius m'adresse un large sourire auquel je réponds aussi chaleureusement que possible.
:::
Je passe le petit déjeuner à broyer du noir en observant les chandeliers flotter mollement dans le ciel magique. Tous les joueurs de l'équipe de Quidditch de Gryffondor sont rassemblés d'un côté de la table avec leurs amis, soit la moitié des spécimens masculins de notre Maison. Ils sont si bruyants et excités que McGonagall finit par passer dans les rangs pour les reprendre, suscitant quelques éclats de rire aux alentours. Lorsque notre professeur repart, je jette un coup d'œil dans leur direction. Sirius se distingue nettement par sa prestance et son sourire franc.
Je me détourne juste avant qu'il ne me remarque.
Lorsque nous quittons le château, le jour est levé mais la neige masque toute visibilité au-delà de quelques mètres. Nous passons le portail en distinguant à peine les sangliers ailés. A mi-chemin, les élèves de première année se lancent dans une bataille de boules de neige endiablée. Si je passe outre la première boule de neige perdue que je reçois sur mon blouson, je décide de leur faire payer la seconde et je me rue sur Brune-à-Frange pour lui faire manger mes gants.
Un rire semblable à un aboiement salue ma revanche. Je suis certaine qu'il s'agit de Sirius, mais mon camarade reste invisible dans ce brouillard blanchâtre qui enveloppe la vallée. Je mets d'ailleurs de longues minutes à retrouver mes amies.
Nous arrivons à Pré-au-Lard.
Malgré les intempéries, le village est bondé. Une musique joyeuse résonne dans les rues et les décorations de Noël scintillent à travers les tourbillons de neige. Alors que Lily et Blanca partent acheter des livres dans la boutique perdue d'une petite rue transversale, nous décidons de parcourir toute l'avenue. Rose affiche un large sourire en contemplant les vitrines multicolores des boutiques qui se succèdent.
Son entrain a quelque chose de communicatif, si bien qu'au bout d'une demi-heure, j'ai presque oublié mes problèmes récents. Bras-dessus, bras-dessous, Rose et moi nous arrêtons devant chaque vitrine tandis que Jack et Alice marchent devant en piaillant gaiement. Le retour de Lily et Blanca ne suffit pas à ternir mon humeur. Nous dépensons la moitié de notre budget à Honeydukes et finissons la matinée à Gaichiffon, où Rose et Jack doivent acheter une robe de soirée pour Noël.
Au fil de la matinée, la neige diminue progressivement jusqu'à cesser totalement, révélant une mer de nuages opalescents dans un ciel bleu acier. Il est alors onze heures et demi et le vent porte les délicieuses odeurs des restaurants alentours jusqu'à nos narines.
- On va aux Trois Balais ? suggère Rose derrière son écharpe.
- Il est tôt pour déjeuner, remarque Lily.
- Oui mais j'ai froid ! grogne-t-elle.
- Tous les élèves de Poudlard vont s'y précipiter dans une vingtaine de minutes. En y allant maintenant, nous sommes sûres d'avoir une table, argumenté-je.
- Et on peut commander des Bièraubeurres pour l'apéritif ! conclut Jack.
Tout le monde s'accorde sur cette idée et quelques instants plus tard, nous poussons la porte du pub. La salle est déjà moitié pleine. Un grand feu rougeoie dans la cheminée de pierre. Nous optons pour la table ronde située entre le bar et le sapin de Noël. Je retire mon bonnet, mon écharpe et mes gants humides avec délectation avant de m'affaler sur la banquette moelleuse.
- Qu'est-ce que je vous sers ? lance le patron dans le dos de Rose.
Mon amie sursaute comme un diable.
- Six Bièraubeurres, s'il-vous-plaît ! répond Blanca avec un sourire.
- Et des beignets d'oignons ! ajoute Alice.
Il valide d'un hochement de tête et disparait derrière le bar.
- Vous avez trouvé vos livres ? demande Rose à Lily.
- Oui ! Et la libraire nous a montré des grimoires runiques anciens qu'elle venait de recevoir, mais ils n'étaient pas à vendre, elle les utilisait pour la décoration…
- Remus a su déchiffrer la couverture, poursuit Lily. Il m'impressionne.
- Il était là ? s'étonne Rose.
- Oui, Remus étudie les Runes avec nous, rappelle-t-elle. Il cherchait la nouvelle édition de notre livre de cours, lui aussi.
- Ce qui le différencie de nous, c'est qu'il a convaincu tous ses amis de venir avec lui ! ajoute Blanca en roulant les yeux. Lily a essayé de déchiffrer les anciennes runes, comme Remus, mais elle n'a pas eu l'occasion de se concentrer suffisamment longtemps.
- James t'a draguée dans une librairie ? interroge Jack en haussant les sourcils. Je pensais que l'ambiance devait être… propice à la consultation des livres…
- C'est fou ce qu'il est pénible… soupire Alice en secouant la tête.
Je serre les poings. Leurs remarques sont injustes.
- Je crois que tu y auras le droit jusqu'à la septième année, ajoute Rose d'une voix morne.
L'intervention de Rose me laisse bouche bée et, bizarrement, m'énerve encore davantage.
- Tu n'as pourtant pas eu de comportement aguicheur, déclare Jack.
- A part quand tu l'as embrassé, terminé-je d'une voix sèche.
Lily se fige.
Oups. Je m'étais promise de ne pas mettre les pieds dans le plat. Je n'ai pas tenu ma promesse.
L'ambiance autour de la table change en un éclair. Blanca, Jack et Alice plongent dans l'incompréhension la plus totale. Seule Rose reste impassible, comme concentrée.
- C'est quoi cette histoire ? s'enquit enfin Jack.
- C'était il y a longtemps ! rétorque Lily.
- L'an dernier à Noël ! traduisé-je.
- Qu'est-ce que tu cherches à faire, Marlene ! s'énerve-t-elle.
Son visage se marbre de rouge. Tempête à l'horizon.
- Moi, rien et toi, tu fais ce que tu veux ! continué-je. Mais comme nous parlons de Potter assez souvent, je préfère avoir connaissance de toutes les informations avant de donner mon avis sur votre relation !
- Tu veux créer des conflits oui ! s'écrie-t-elle en se levant.
Alice attrape son poignet et tire doucement pour essayer de la faire rasseoir mais Lily reste debout, ses yeux lançant des éclairs.
- J'ai gardé ce secret pour Rose ! poursuit-elle. Tu aurais pu faire preuve d'autant d'empathie, mais non, tu te moques totalement des autres, comme d'habitude !
- Garder le secret pour Rose ? répliqué-je en me levant à mon tour. C'est tout ce que tu as trouvé ?
- Je suis là, vous savez, signale Rose en levant la main.
- Tu voulais qu'on te plaigne, la mannequin ! l'accusé-je. Et tu prétends que c'est pour Rose ? Tout le monde sait que James te court après ! Que tu l'embrasses ou pas ne change rien !
- Ça ne change rien ? répète Lily en plissant les yeux. Tu parles de ce que tu ne connais pas, Marlene ! Rose ne t'a peut-être pas tout dit !
Je tourne la tête vers ma meilleure amie, qui a légèrement pâli.
- Il n'y a plus rien entre James et moi, déclare Rose d'une voix moins ferme que d'ordinaire. Nous ne sommes même plus amis !
- Ils se sont embrassés sous les gradins, quand nous avons gagné la finale de Quidditch, il y a un an et demi ! déclare Lily.
Rose baisse les yeux.
- Heu… Moi aussi, je l'ai embrassé au jeu de la Bièraubeurre ! balance Jack d'un ton badin. Inutile d'en faire toute une histoire.
- Les filles, asseyez-vous ! nous supplie Alice.
- Est-ce qu'il y en a une seule, ici, qui n'a pas embrassé Potter ? m'exclamé-je.
Seule Blanca lève la main. Les regards convergent sur Alice, qui rougit aussitôt.
- Nous nous sommes mariés pour de faux quand nous avions sept ans mais ça ne compte pas… marmonne-t-elle.
Un silence s'installe. Je suis toujours debout, le cœur battant à cent à l'heure.
- Bien, maintenant que c'est éclairci, tout le monde s'asseoit, et plus personne ne parle de James ! ordonne Blanca d'une voix ferme.
- Tu préfères qu'on parle de Sirius ? répliqué-je aussitôt.
- Non, pas particulièrement, pourquoi ?
- Je ne sais pas, peut-être que tu veux te vanter de quelque chose, toi aussi ? répliqué-je.
Son regard s'éclaire tout-à-coup et elle hausse les sourcils.
- Va expulser ta jalousie ailleurs, Marlene ! s'écrie-t-elle.
- Bien ! répliqué-je en attrapant mes affaires.
Rose essaie de me retenir d'une main apaisante. Je la repousse.
- Moi, mon manque d'empathie et ma recherche de conflits, nous avons envie de prendre l'air ! déclaré-je. Et on emmène mon égoïsme avec nous, si vous permettez !
Je quitte la table en ignorant le regard paniqué de Rose.
La porte du pub claque dans mon dos.
:::
S'il y avait un prix pour le manque de patience, je serai probablement championne de Grande-Bretagne.
A peine suis-je sortie des Trois Balais que les larmes perlent sous mes paupières. Je les refoule difficilement et m'engage dans l'avenue bondée. Sur le trottoir d'en face, un accordéoniste divertit les passants. Personne ne fait attention à moi. Entassés devant les terrasses des restaurants, les élèves de Poudlard lisent les cartes à voix haute et s'interpellent les uns les autres. Leurs rires résonnent dans l'air hivernal.
La solitude m'enserre la poitrine comme un étau.
Je me mets à marcher. Vite. De plus en plus vite. Ne pas réfléchir… Mettre de la distance. Je bouscule deux ou trois personnes. A moment donné, il me semble entendre mon nom… J'accélère. Les larmes reviennent. Cette fois, elles s'écoulent librement sur mes joues. Je baisse la tête, cache mon nez dans mon écharpe et ne me retourne pas.
Le volume des rires et des musiques diminue peu à peu. Sous mes bottes, les dalles se couvrent progressivement de neige. Des brins d'herbe gelés commencent à émerger ici et là. Je lève enfin le menton. Je suis arrivée au niveau des dernières maisons.
Je m'engage un chemin de terre bordé de sapins qui monte doucement vers le sommet de la colline. J'arrive face à une demeure ancienne.
C'est une maison bourgeoise, de belle taille, qui semble abandonnée depuis des années. Les portes et fenêtres sont condamnées par d'épaisses planches de bois couvertes de neige. Un jardin sinistre se dresse de chaque côté, séparé du chemin par une clôture garnie de piques. A gauche, un éclairci laisse apercevoir les toits enneigés de Pré-au-Lard. Les lumières colorées des décorations de Noël scintillent en contrebas.
Un flocon se pose sur mon nez. Je lève les yeux et jauge les nuages de plus en plus épais qui envahissent le ciel.
- Il ne manquait plus que ça, me lamenté-je.
J'hésite à retourner vers le village mais la dispute me revient en tête. Entre la neige et mes amies, je choisis la neige.
J'avise un tronc couché à l'allure confortable et je m'assieds. Il ne vaut pas la banquette des Trois Balais mais il fera l'affaire. A partir de ce moment, le temps s'étire. Quelques flocons de neige tombent sur la vallée avant que le ciel ne s'éclaircisse de nouveau. Une nouvelle crise de larmes survient. Quand retentissent des éclats de voix à proximité, je me cache dans la neige épaisse derrière les sapins.
Après ma deuxième ruade dans la poudreuse, je me mets à frissonner. Le froid, allié à l'humidité, perce le tissu de mon blouson. Sans savoir pourquoi, l'image du chien s'impose à mon esprit. Son museau sombre et ses grognements si expressifs. Sa façon de me fixer calmement, comme s'il comprenait ce que je lui raconte. Cette fameuse nuit au cours de laquelle il a effrayé ma sœur… C'était drôle. Il est triste de réaliser que sans sa présence, mon année aurait été bien différence.
J'aimerai qu'il soit là.
- Marlene ?
Mon cœur s'arrête.
Je jette un coup d'œil par-dessus mon épaule. Sirius vient d'arriver par le chemin de terre. Alors que j'ai essayé de le croiser pendant des jours, il vient au seul moment où je ne veux pas de lui ! Il est trop tard pour fuir, aussi je dissimule mon visage dans mon écharpe pour masquer les traces de larmes. Puis je fais mine de contempler la vue sur Pré-au-Lard.
Il me rejoint et s'assied sur le tronc d'arbre.
- Tout le monde te cherche, déclare-t-il.
- Qui ? demandé-je à voix basse, espérant dissimuler les vestiges de larmes dans ma gorge.
- Heu… hésite-t-il. Alors. Il y avait Rose, il y avait également Madelyn…
J'ouvre de grands yeux. Diantre. Rose est allée voir Madelyn. Connaissant ma sœur, Coleen Carrow et Severus Rogue enquêtent sur ma disparition à l'heure actuelle.
- Il y avait aussi Jinny Jenkins et les petites de première année… énumère-t-il. Remus et Peter sont allés trouver les autres Préfets… Oui, parce que tu sais, Remus est ami avec tous les Préfets… Bref… Ensuite, James a convaincu Frank de s'y mettre aussi, du coup Frank a engagé l'équipe de Quidditch… et certains joueurs ont mis leurs adversaires des autres Maisons au défi de te trouver avant eux… Voilà, je crois que j'ai fait le tour… Je n'exagérais pas ! déclare-t-il joyeusement. Tout le monde te cherche !
Mes yeux demeurent ronds comme des assiettes malgré le froid mordant. Sirius reçoit mon silence comme un signal d'alarme.
- Ne t'inquiète pas, c'est juste que Derviche et Bang est fermé, ajoute-t-il rapidement. Ta disparition, c'était un peu l'animation de remplacement, tu vois ? D'ailleurs, il faut que je les prévienne que je t'ai retrouvée ! réalise-t-il.
- Non ! supplié-je.
Dans mon élan, je commence à me tourner vers lui. Je m'interromps juste à temps.
- Heu… D'accord, répond Sirius. Marlene, tu as l'air enrhumée… Depuis combien de temps es-tu assise dans le froid ?
Tout-à-coup, je sens ses doigts sur mon écharpe. Ma réaction arrive trop tardivement : il me prend par les épaules et me tourne face à lui. En un instant, ses yeux ont parcouru les rougeurs traîtresses qui marquent ma bouche et mes yeux.
- Tu as pleuré, constate-t-il.
- Comment tu m'as retrouvée ? demandé-je d'une voix nasillarde. A l'odeur ?
Il sursaute. Je remarque tout de suite sa mine effrayée. Qu'a-t-il contre les odeurs ?
- Ne t'excite pas, c'est une façon de parler ! ajouté-je d'une voix nasillarde.
Ses mains relâchent leur emprise autour de mes bras. J'en profite pour m'éloigner. Quand je lui jette un nouveau coup d'œil, il tient un petit miroir au cadre clair. De l'autre main, il glisse ses doigts agiles dans ses cheveux et les ébouriffe légèrement.
Sérieusement ? Il fait ça devant moi maintenant ? Je n'ai pas posé suffisamment de limites avec ce type.
- James ! crie-t-il dans le miroir.
Je mets une seconde à comprendre.
- Non ! m'exclamé-je.
- C'est bon, je l'ai retrouvée !
- Non ! Tu… Donne-moi cette chose !
J'essaie de lui arracher des mains. Sirius l'éloigne d'un seul geste.
- Rose demande où vous êtes ! transmet Potter d'une voix sourde.
Je recule en précipitation et me cache dans mon écharpe.
- Sirius ! chuchoté-je. S'il te… S'il…
Je ravale mes larmes, renonce à parler, attrape mes affaires et tente de me lever. Je tombe lamentablement sur mes fesses. Mes pleurs m'ont épuisée. Je me relève difficilement.
- Nous ne sommes pas loin ! répond-il à toute vitesse. A tout à l'heure !
Potter proteste. Ses plaintes baissent de volume tandis qu'une main ferme attrape mon bras et me ramène brutalement en arrière.
- Reste ici ! râle-t-il en me collant à lui. Je ne t'ai pas cherchée dans tout le village pour que tu t'enfuies maintenant !
- C'est toi qui voulais prévenir tout le monde ! répliqué-je.
Il secoue son sac pour faire glisser le miroir au fond. Les plaintes de Potter disparaissent définitivement. Quand il se redresse, ses longs cheveux noirs me chatouillent le nez. Son bras est toujours enroulé autour de moi. Il sent le parfum pour homme et l'épicéa, comme s'il avait marché en forêt. Je parlais de limites tout à l'heure ? J'ai changé d'avis.
Nos regards se croisent. Nous n'avons jamais été aussi proches. D'ailleurs, je n'ai jamais été aussi proche de n'importe quel garçon. Contrairement à moi, Sirius ne semble pas perturbé outre mesure. Un bref aperçu de son tableau de chasse défile dans mon esprit, comme un texte monotone sur un panneau du Ministère de la Magie – court et percutant.
Je ne le repousse pas pour autant. Un jour, je m'entraînerai à être cohérente.
- Tu es jolie quand tu as pleuré, dit-il doucement.
- Ne t'inquiète pas, je n'avais pas l'intention d'aller me noyer dans le lac. Et si j'en avais eu l'intention, ce ne sont pas des compliments qui m'en auraient empêché.
Il fronce les sourcils.
- Pourquoi tu parles du lac ?
- Parce qu'on peut se jeter dedans.
- Tu as l'intention de sauter dans le lac ? s'exclame-t-il d'une voix paniquée.
- Non, justement. Oublie ça, ajouté-je devant son expression incrédule.
- Tu ne vas pas sauter dans le lac ?
- Mais non ! Tu as menti pour me réconforter et je n'aime pas le mensonge donc je me suis moquée, tu vois ? expliqué-je.
- Je n'ai pas menti, contre-t-il.
Je soupire et lève la tête vers le ciel. Le froid pique mes cils mouillés.
- Que s'est-il passé tout à l'heure ? Rose et toi vous êtes disputées ?
- Non.
- Marlene… S'il te plaît, dis-moi juste pourquoi j'ai couru partout ! s'exclame-t-il en écartant une mèche de cheveux de mon front humide.
Je frissonne mais le froid n'y est pour rien.
- Est-ce que tu te rappelles ce que tu m'as dit de l'histoire entre Potter et Lily ? demandé-je.
Il ouvre inconsciemment ses lèvres fines bleuies par le froid. J'ai l'impression d'entendre les rouages de son cerveau se remettre en marche.
- Lily parlait de Potter quand je lui ai plus ou moins… demandé des explications sur le fait qu'elle nous ait caché deux-trois choses, avoué-je. Elle prétend ne pas comprendre ce qui pousse Potter à la poursuivre, mais c'est faux et maintenant, grâce à moi, tout le monde le sait. Pour une raison obscure, elle n'a pas aimé mon honnêteté, nous nous sommes disputées, je suis partie. Fin de l'histoire.
- Lily a un fort caractère mais vous vous réconcilierez, tente-t-il.
Je ne réponds pas. Un silence s'installe. Bien que je ne menace plus de m'enfuir, Sirius me tient toujours contre lui. Ce serait gênant si nous étions dans un lieu de passage. Je retire mes gants, libérant mes mains moites.
Malgré son agréable proximité, la dispute des Trois Balais finit par me revenir en tête. Le désespoir m'envahit.
- Que ce soit elle ou quelqu'un d'autre, les histoires de garçons créent toujours des problèmes de toute façon ! m'énervé-je tout-à-coup. Il n'y a qu'à écouter les filles lors des séances de doléances. C'est n'importe quoi. Que Lily soit hypocrite, c'est une chose, mais je ne l'aurai jamais su s'il n'y avait pas tous ces secrets !
Il hausse les sourcils.
- Et est-ce que le jeu en vaut la chandelle ? poursuivé-je. Et bah non ! Même pas ! Lorsqu'elles sortent avec quelqu'un, elles roucoulent pendant une heure ou deux avant que les disputes ne commencent ! Elles ne sont pas contentes, elles rompent, elles pleurent toutes les larmes de leur corps et ça embête tout le monde ! Quand elles finissent par aller mieux, c'est encore pire parce qu'elles réalisent qu'elles sont de nouveau célibataires, se plaignent de ne pas avoir de petit ami, les garçons redeviennent leur sujet de conversation préféré et hop ! Retour à la case départ. Non, franchement, c'est n'importe quoi. Désolée Sirius, je ne dis pas ça pour toi, précisé-je.
- Je ne me sentais pas concerné, réplique-t-il en hochant la tête.
- Mais tu n'imagines pas tous les conflits que tu crées !
- Maintenant je me sens concerné.
- Il y a des filles qui viennent en séance de doléances pour me demander de reconnaître officiellement des options sur des garçons !
- Sérieusement ?
- Une fois sur deux, quand il s'agit d'une Gryffondor, elle veut mettre une option sur ta tête ! C'est dingue !
- De… quoi ? Qui veut mettre une option sur moi ? demande-t-il en écarquillant les yeux.
- Les filles de Serpentard préfèrent ton frère. Elles aiment bien Dolohov, aussi, ce qui reste à mes yeux un mystère…
- Mais je comprends mieux ce qu'il s'est passé le mois dernier ! Toutes les filles qui m'ignoraient ! C'était à cause d'une option ?
- Bien sûr que non ! répliqué-je. Je leur ai demandé de t'ignorer le temps que je résolve mon enquête ! Ne t'inquiète pas, je n'ai accordé aucune option à qui que ce soit. Il ne faut pas exagérer ! Et en plus…
- Tu n'en accordes jamais aucune ? me coupe-t-il à nouveau.
- Si ! avoué-je d'une voix exaspérée. Sur d'autres garçons, mais pas sur toi !
Sirius affiche un large sourire. Je mets un court moment à me rendre compte de ce que je viens de dire.
- Ce n'est pas ce que tu crois, ajouté-je. Si j'accorde une option à l'une de tes prétendantes, les autres me détesteront, ce qui constitue un premier problème. Le deuxième problème, et non le moindre, c'est qu'elles continueront à te parler malgré mes ordres, ce qui mettra mon autorité en danger. La menace des travaux d'intérêt général peut régler beaucoup de problèmes mais leurs hormones en folie n'en font pas partie ! conclus-je.
Il hoche lentement la tête, pensif.
- Ça fonctionne ? demande-t-il en remontant ses mains sur mes épaules.
- Quoi ?
- Tu as réussi à te convaincre ?
Je fronce les sourcils.
- J'étais sérieuse !
Sirius me toise avec amusement. Si je lui avais dit qu'un gobelin distribuait de l'argent aux plus démunis sur le Chemin de Traverse, il me croirait sans doute davantage. Il s'apprête à répondre quand un bruit de froissement retentit dans les feuillages derrière nous.
Je m'écarte vivement, le cœur battant à cent à l'heure, imaginant déjà toutes les filles de Poudlard arrivant en cortège au sommet de la colline, armées de fourches, de torches et de banderoles accusatrices réclamant ma démission immédiate. A la place de cela, j'aperçois des mouvements à l'orée des arbres. Je distingue de grandes cornes brunes derrière la clôture en bois massif de la vieille demeure.
L'animal disparaît. Sirius éclate de rire.
- Il y avait un cerf, non ? demandé-je. Pourquoi tu ris ?
- A cause de ta réaction, réplique-t-il joyeusement. Tu as peur qu'on te voie avec moi. C'est parce que tu m'as laissé te prendre dans mes bras ?
- J'avais besoin de réconfort, répondé-je spontanément.
- Je m'en suis bien sorti ?
- Mmm… C'était plutôt bien, admets-je. Ça manquait peut-être de chocolat.
Il secoue la tête, amusé. Je soupire. Une part de moi est toujours agacée par ses dernières paroles.
- Pourquoi tu refuses d'admettre que tu m'aimes bien ? demande-t-il tout à coup.
Je me fige à nouveau. Une scène récente avec Darius Avery me revient en tête. J'ai changé de parfum sans m'en rendre compte ?
- Si tu entends par là que je te trouve sympathique, c'est le cas, je le reconnais volontiers…
- Je ne parlais pas de ça ! lâche-t-il.
Je suis tellement choquée que je reste muette. A la différence de Sirius, Darius n'a pas tenté de m'ajouter à son tableau de chasse junior. Il ne s'est pas mis hors de lui quand j'ai refusé. Il n'a pas insisté jusqu'à réussir à me séduire pour me rejeter violemment à son tour. Ce n'est pas Darius qui m'a humiliée et traumatisée il y a quelques années.
Etrangement, je ne m'énerve pas.
- J'ignore où tu veux en venir mais je ne vais pas te courir après, déclaré-je d'une voix claire. Si tu faisais semblant de vouloir devenir mon ami pour m'ajouter à ton fanclub, je te le dis tout net, tu as perdu ton temps !
- Hein ? Je ne veux pas que tu me coures après ! réplique-t-il. Enfin si, j'aimerai bien mais l'essentiel, maintenant, c'est qu'on mette certaines choses au clair !
Il se rapproche jusqu'à ce que nos genoux se frôlent et attrape mes mains pour les ramener sagement sur mes jambes. Il est si consciencieux que j'ai l'impression de voir Lily ranger le dortoir avant un examen. Lorsqu'il se redresse, je crois reconnaître une lueur de doute au fond de ses yeux. C'est probablement mon imagination car l'instant suivant, il s'exprime d'une voix assurée :
- Je pense qu'on doit parler de ce qu'il s'est passé il y a deux ans, annonce-t-il.
J'ouvre des yeux ronds comme des billes. Sur la liste des choses auxquelles je m'attendais venant de lui, une discussion au sujet de notre presque-relation-en-troisième-année figure en dernière place.
Une question terrible m'assaille tout-à-coup : s'agit-il vraiment de Sirius Black ? Et si Rogue avait avalé du Polynectar pour prendre sa revanche dans notre super match de mauvais coups ?
- Marlene, tu devrais respirer, conseille Sirius. Tu deviens toute bleue.
- Pourquoi tu veux revenir là-dessus ? demandé-je craintivement.
- Pourquoi tu ne veux pas revenir là-dessus ?
- Pourquoi tu me poses cette question ?
- Au stade où nous en sommes, ce serait sensé d'en parler !
- Non.
Il plisse les yeux.
- D'accord, ce n'est pas grave, de toute façon, je n'ai pas forcément besoin de participation ! déclare-t-il.
Je reste immobile, hésitante. Une part de moi veut s'enfuir en courant. Une autre part, saisie d'une curiosité morbide, refuse tout net de s'éloigner.
- Marlene, tu cherches tout le temps la vérité. Je commence à te connaître. Tu détestes les faux-semblants et les malentendus. J'ignore ce qu'il s'est passé pour toi il y a deux ans mais j'aimerai te raconter ce que j'ai vécu de mon côté. Je pense que c'est important.
Mon moi curieux et morbide gagne en influence.
- Par contre, je ne sais pas par où commencer ! avoue-t-il.
Il lève le nez vers le ciel, pensif. Je cherche une excuse pour partir mais n'en trouve pas. Il baisse enfin la tête, visiblement décidé :
- Je ne me suis jamais moqué de toi, déclare-t-il. Je voulais sortir avec toi. Je suis plutôt obstiné, raison pour laquelle je suis revenu lorsque tu m'as repoussé. Je ne passais pas du temps avec toi dans l'idée de t'abandonner brutalement ensuite. J'étais sincère, Marlene. Je ne voulais pas me venger, contrairement à ce que tu pensais.
Sa dernière phrase me fait tiquer. Comment sait-il que j'ai cru à une vengeance ?
- Tu n'es pas responsable de mon départ soudain. Il y a eu un concours de circonstances. Pour commencer, quelqu'un avait besoin de moi. Un ami m'a confié un problème important à la même période et… je ne pouvais pas le laisser tomber. Je me sentais coupable chaque fois que j'étais avec toi.
- Qui est-ce ? demandé-je, sortant enfin de mon mutisme.
- Peu importe ! répond-il rapidement. Ensuite, il y avait notre rang. Ma cousine Narcissa a été fiancée dès sa sixième année parce qu'on a appris qu'elle fréquentait quelqu'un. Tu m'as dit qui était ta grand-mère maternelle et je me suis rendu compte de ta valeur aux yeux de ma famille. Alors… J'ai cru qu'il allait m'arriver la même chose. Aujourd'hui, j'ai conscience que c'est un peu stupide mais il y a deux ans, lorsque j'ai appris le nom de jeune fille de ta mère, j'en ai fait des cauchemars. Pour finir, j'ai eu… peur que tu partes. Tu es très indépendante. Plus j'apprenais à te connaître et plus je m'en rendais compte…
Il hésite et ajoute :
- C'est surtout ça, d'ailleurs.
Je reste silencieuse. Au bout de quelques secondes, il prend doucement ma main.
- Marlene ? tente-t-il.
J'inspire lentement.
- Je te remercie pour ta franchise, dis-je. Si je résume, tu ne m'as pas draguée par vengeance. Tu avais peur que je parte, donc tu es parti le premier.
Il fronce les sourcils.
- Dis comme ça, c'est encore plus stupide, souligne-t-il.
- C'est tout l'intérêt des résumés.
- Je n'ai jamais dit que j'étais logique.
- T'as bien fait.
- J'ai eu peur et je suis parti, reprend-il. Après que je me sois éloigné, j'ai constaté que tu étais toujours souriante et drôle… alors… j'ai cru que tu t'en moquais. J'avais surtout peur que tu sortes avec quelqu'un d'autre.
- J'y ai pensé. J'ai organisé des auditions. Personne ne s'est présenté.
- On peut parler sérieusement ? s'agace-t-il.
Je me mords les lèvres. Trop d'angoisse tue l'angoisse : je ne supporte pas ce genre de discussion plus de dix-sept secondes.
- Sirius, je te remercie pour ta franchise, lâché-je. Maintenant je… En vérité, je… Je ne comprends toujours pas, avoué-je. Comment tu as pu croire que je m'en fichais ?
- Tu te comportais de la même façon qu'avant !
- Il aurait fallu que je me transforme en fontaine pendant deux semaines pour que tu saches que j'étais humaine ?
- Je sais bien mais… Je ne savais pas quoi penser ! s'écrie-t-il. Mets-toi à ma place !
- Ah non, impossible, tu es trop compliqué ! rétorqué-je.
Il hausse les sourcils.
- Quand tu dis que ma personnalité t'a fait peur… continué-je.
- Non, ce n'est pas ce que…
- Je ne suis pas vexée ! le coupé-je. Je tiens juste à souligner que je ne me suis pas assouplie au cours des deux dernières années. C'est même plutôt l'inverse.
- Nous avons tous les deux grandi. Il y a des qualités que je considérais comme des défauts. Je ne fais plus cette erreur maintenant.
Je souris malgré moi.
- On repart sur de bonnes bases ? propose-t-il.
- J'y compte bien ! répondé-je.
Il me tend la main. Je la serre pour sceller notre accord.
Plutôt que de me la rendre, il garde ma main dans la sienne et m'attire contre lui pour la deuxième fois. Je baisse instinctivement les yeux pendant une fraction de seconde. Quand je croise son regard, nos visages sont si proches que je sens son souffle sur mes lèvres.
Sans réfléchir, je récupère ma main et me remets debout. Sirius reste figé une seconde, comme hébété.
- Tout le monde nous cherche ! lui rappelé-je. Il est tant qu'on retourne dans le village !
- Je les ai prévenus que je t'avais trouvée, répond-il d'une voix éteinte.
- Ils doivent quand même se demander ce qu'on fiche. Allons-y !
Je ramasse mon sac et me dirige vers le chemin. Sirius m'emboîte le pas.
Mon cœur bat tellement fort que je ne sens plus le sol sous mes pieds.
:::
Le feu craque dans la cheminée de la salle commune. Seule devant l'âtre, enfoncée dans le velours moelleux du canapé, je savoure la chaleur qui caresse mes paupières fermées.
- Marlene ?
J'ouvre un œil circonspect. Rose se tient accroupie devant moi.
- Le couvre-feu est passé, murmure-t-elle. Tu dois monter dormir.
- Vu l'ambiance qu'il y a là-haut, j'ai meilleur compte de rester ici, répliqué-je en refermant les yeux.
Je l'entends soupirer et s'asseoir sur le tapis, devant moi.
- Il suffirait que tu présentes des excuses, chuchote-t-elle.
- Déjà fait, marmonné-je. J'ai présenté mes excuses à Lily tout à l'heure. Elle ne les a pas acceptées.
- Elle a dit que vous n'aviez pas parlé, réplique Rose en fronçant les sourcils.
- L'une de nous ment, révélé-je en levant un doigt intelligent. A toi de découvrir la vérité, détective Winter !
- Mmm… Tu ne mens pas pour ce genre de choses…
- Ouais, j'ai autre chose à faire que de m'enquiquiner avec ça, conclus-je.
Silence.
- Il y a autre chose qui ne va pas ? devine-t-elle.
- Tout va très bien, ânonné-je. Veux seulement dormir.
Elle réfléchit.
- Que s'est-il passé avec Sirius ?
La petite maligne.
- On s'est envoyés en l'air.
- Marlene…
- Quoi ? Si tu veux les détails, laisse-moi jusqu'à demain pour inventer quelque chose. Pour l'instant, j'ai le cerveau en compote et je n'ai pas envie de me creuser la cervelle.
- Tu vas inventer quelque chose, répète-t-elle. Tu as l'intention de me mentir mais tu me préviens à l'avance. C'est honnête, quelque part.
- Je t'ai prévenu, je n'ai pas envie de m'enquiquiner.
- Ouais. Bon. Je vais chercher mon oreiller. Tu restes ici !
Ses pas font craquer le parquet puis les escaliers. J'écoute un instant le chant des flammes dans la cheminée. J'ai l'impression de m'enfoncer de plus en plus mollement dans le canapé…
Je sombre dans un sommeil noir et vide avant que Rose ne soit revenue.
