Belle époque – Chapitre 10
Les cours avaient repris et avec eux, les devoirs et les entraînements – tant dans le cadre de la DADA society que dans celui du Quidditch. Il se trouvait plus qu'heureux d'être au-dessus du niveau moyen. La cadence s'était terriblement intensifiée depuis le début du deuxième quadrimestre et tous sentaient de plus en plus fort la pression des OWLs à venir.
Son emploi du temps étant complété par ses nombreux devoirs de préfet et ses visites régulières au Manoir, Lucius vit à peine passer le mois de janvier. Au moins, il n'avait guère le temps de s'ennuyer, ni presque pas de s'inquiéter de quoi que ce soit. Heureusement, plus aucune anicroche n'avait eu lieu avec les Aurors depuis le désastre de la dernière fois. Le Lord, par contre, enquêtait dans ses propres rangs pour trouver qui avait bien pu vendre la date et l'heure de l'attaque, un aspect auquel Lucius n'avait pas songé.
Étant hors de ligne de mire, il s'en préoccupait à vrai dire fort peu. Il n'était considéré par les autres que comme le fils de son père et s'en contentait très bien à partir du moment où cela empêchait l'attention de se cristalliser sur lui. Oh, Voldemort continuait de régulièrement passer une après-midi en sa compagnie, mais Lucius commençait à comprendre comment l'homme fonctionnait. Il donnait autant d'attention distraite qu'il le pouvait à chacun de ses suivants, dosant soigneusement sa présence auprès de ceux qu'il voulait le plus garder fidèles. Il préférait ne pas s'en préoccuper et se contenter de profiter de l'enseignement que pareil maître pouvait lui prodiguer.
Malheureusement, les activités de leur groupe d'amis allaient elles aussi croissant. Après les quelques missions qui avaient suivi l'attaque d'Hogsmeade et qui, au final, n'étaient pas sensationnelles, leur maître semblait décider à frapper de nouveau un coup symbolique. Lucius n'avait pas encore été informé du lieu qui leur servirait de cible, mais en connaissait déjà la date : le dimanche 26 février, lendemain du match de Quidditch qui opposerait Slytherin à Ravenclaw.
Autant dire que Lucius était tout sauf ravi. Le Quidditch était passé au second plan de ses préoccupations, certes, mais son esprit de compétition le poussait à vouloir malgré tout la victoire et, pour obtenir la Coupe, ce match serait décisif. S'ils parvenaient à vaincre, leur match contre les Hufflepuff ne serait qu'une simple formalité – ce qui l'arrangeait très bien, étant donné qu'il aurait probablement lieu en mai, juste avant le début des examens. Autant dire qu'il n'aurait plus guère la tête à cela.
Ses rondes de préfet étaient bien moins régulières qu'il l'aurait souhaité et ce d'autant plus que les septième année étaient eux aussi fort pris par leurs études. Les sixième, bien que plein de bonne volonté – du moins autant que pouvaient l'être des Slytherins – ne suffisaient pas à compenser leurs manquements. À vrai dire, Lucius s'en voulait surtout par rapport à Samantha qui avait un emploi du temps moins chargé que le sien. Aussi, lorsqu'elle lui demanda de le remplacer pour une ronde – probablement pour pouvoir gambader en compagnie de Matthew – Lucius accepta sans hésiter.
Il le regrettait déjà, deux heures plus tard, lorsqu'il dut lancer un sort de réchauffement sur ses robes pour cesser de frissonner. Les donjons n'étaient pas réputés pour être la partie du château la mieux isolée et entre les courants d'air et l'humidité qui se présentait parfois dans les couloirs en hiver – surtout quand l'automne avait été fort pluvieux, autant dire chaque année – il y avait de quoi facilement prendre froid. Or, cela ne serait absolument pas digne d'un Malfoy que d'avoir les oreilles fumantes.
« Vous faites du volontariat, Mr Malfoy ? »
Lucius tressaillit ; il n'avait entendu personne approcher. Il se tourna pour saluer aussi aimablement que possible l'étrange ex-Auror qui l'avait abordé. Décidément, que lui voulait-elle ?
« Bonjour, professeur Jones. Eh bien, en tant que préfet, je ne peux pas sélectionner les seules responsabilités qui m'intéressent, n'est-ce pas ?
— Très certainement, mais ce n'est pas toujours ce que pensent les jeunes hommes de votre âge », commenta-t-elle avec un sourire sombre.
Il haussa légèrement les épaules.
« C'est généralement le cas pour ceux qui sont choisis pour être préfets. »
Elle hocha la tête comme s'il marquait un point.
« Et pourtant, certains professeurs même ne font pas preuve d'autant de maturité. »
Lucius fronça les sourcils. De qui pouvait-elle bien parler ? La plupart des enseignants d'Hogwarts étaient tout à fait respectables, sauf bien entendu cet amoureux des moldus de Fletcher, avec son amourette. Serait-il possible qu'elle parle précisément de lui ?
« Je ne vois pas ce que vous voulez dire, Madame, déclara-t-il d'un ton soigneusement neutre.
— Ne vous faites pas passer pour un aveugle, Mr Malfoy, vous êtes loin d'être un imbécile. Quelqu'un ayant des résultats aussi brillants et venant d'une famille aussi prestigieuse que la vôtre… »
Que voulait-elle ? S'assurer une place dans l'une des sociétés dirigées par son père une fois que la malédiction de son poste aurait frappé ? Si tel était le cas, elle frappait à la mauvaise porte ; Lucius n'avait aucune influence sur son père et ne comptait de toute façon pas l'appuyer, aussi intéressants soient ses cours. Elle était bien trop étrange.
« En même temps, enchaînait-elle, certains cours n'ont plus de raison d'être depuis longtemps alors que d'autres devraient être ajoutés au cursus. Suivez-vous des cours de latin par correspondance, comme nombre de vos camarades ?
— Bien sûr, confirma-t-il.
— Je m'en doutais. Et je ne parle pas des Grands Arts eux-mêmes, bien sûr… Grindelwald est encore trop proche pour que l'Angleterre accepte de s'y ouvrir à nouveau. Je suis surprise que Drumstang soit assez indépendante pour être capable de faire face aux critiques. À Beauxbâtons, même mon cours n'est plus donné – mais alors, les français sont sortis particulièrement traumatisés de la guerre. »
Lucius l'écouta poliment déblatérer. Il savait déjà tout cela et se demandait où elle voulait en venir.
« Puis, bien sûr, il y a ce cours d'étude des moldus. Dire que certains élèves de votre Maison s'y sont inscrits !
— Seulement pour les beaux yeux de Fletcher », lâcha-t-il sans y prendre garde.
Le regard de la femme le transperça sans qu'elle ne relève son manquement de langage, et il regretta aussitôt ses paroles. Il s'efforça de prendre un air dégagé.
« Pas qu'il en vaille la peine, bien sûr. Ces filles ont la tête à l'envers pour un rien et il est de toute façon notre professeur.
— Évidemment », dit-elle lentement.
Lucius chercha un moyen de détourner la conversation de ce terrain dangereux sans être trop évident. Oh, elle voulait lui plaire ? Bien, autant la tester.
« Puis, bien sûr, il n'est pas très doué, n'est-ce pas ? Il a l'air de s'y connaître aussi mal en culture moldue que n'importe quel sang-pur de première année. L'autre jour, on m'a rapporté qu'il avait parlé de tableaux parlants fascinants au lieu de téléné…
— Télévision », corrigea-t-elle.
Il la regarda en biais à son tour et, cette fois, ce fut elle qui eût du mal à ne pas détourner les yeux. Il fit mine de ne pas l'avoir vue ciller à sa bourde et continua la conversation jusqu'à ce qu'elle y mette fin d'elle-même. Il continua alors le trajet de sa ronde comme si de rien n'était – mais toute préoccupation au sujet de sa fatigue ou de la température avait été oubliée.
Lucius était réellement intrigué et commençait à se demander pourquoi au juste Kamaria Jones avait été engagée… car elle tentait de s'approcher des Slytherin, certes, et affichait grandement son mépris pour le Ministère… mais qu'elle connaissait trop bien le monde moldu pour tenir des propos favorisant les sang-purs.
La foule n'était qu'une masse de cris d'encouragement et de rage mêlés. Le monde avait une dimension de plus, le haut et le bas n'avaient aucune importance, ce n'étaient que des directions ; les balles volaient dans tous les sens sans le toucher. Le jeu durait à la fois une éternité et de trop brèves minutes – car c'était un instant absolu où rien d'autre ne comptait que l'adrénaline, les buts, la victoire.
Le vent soufflait fort mais Lucius n'en avait cure ; il pleuvrait qu'il ne sentirait pas l'eau couler sur lui. Il n'avait pas de Talent pour le Quidditch et il le savait, mais il se débrouillait largement assez pour mener d'autres par le bout du nez, et en marquant son quinzième goal il exultait.
Puis, d'un coup, un sifflement retentit et tout s'arrêta. Il regarda autour de lui, croisa le regard de Matthew, et tous deux tournèrent la tête vers le tableau des scores. La foule hurla sa joie ou son dégoût, selon le camp, et bientôt, ils firent de même – le Snitch avait été attrapé, et il l'avait été par Slytherin qui menait déjà le match et gagnait donc haut la main.
Ivre de joie, Lucius se posa en riant de façon fort peu seyante. Lui et Matthew partagèrent une poignée de main, puis le garçon lui colla carrément une embrassade et rapidement toute l'équipe les rejoignit dans un mélange invraisemblable de bras et de jambes.
« Cette année, on aura la coupe ! » clama le capitaine, peut-être le plus hystérique parmi eux car malgré la désapprobation de ses parents tous savaient qu'il comptait faire carrière dans le Quidditch.
Les autres rirent, Matthew poussa Lucius du coude.
« Il a raison. Ça nous fera des vacances pour le dernier match ! »
Lucius ne répondit pas, souriant toujours. Le temps refusait de reprendre sa course comme il le faisait habituellement à la fin des matchs, et il en était tout à fait ravi.
Ils se douchèrent en plaisantant et ressortirent bras dessus, bras dessous, pour trouver des jeunes de leur Maison qui les attendaient pour les congratuler. Les filles étaient là et elles leur firent les yeux doux – Lucius ne résista pas à leur faire des sourires et des clins d'œil et il vit les autres faire de même.
Ils furent presque portés en gloire jusqu'à la Salle Commune où Slughorn ne fit que passer quelques minutes pour les féliciter et avoua à demi-mot qu'il ne reviendrait pas du reste de la soirée ; la nuit était à eux ! Bien vite, des Bierreaubeurres sorties de nulle part firent leur apparition ainsi que quelques bouteilles de Firewhisky de grandes marques – après tout, ils avaient les moyens de se les payer. Plusieurs furent offertes à l'équipe par de jolies filles ou garçons, tous prêts à les raccompagner à leurs dortoirs une fois saouls.
Cela faisait partie du jeu et Lucius refusa de redescendre sur terre. Ils avaient gagné, et c'était tout ce qui comptait – il ne voulait pas penser au lendemain et à la mission qu'ils devrait mener, aussi meurtrière que possible, ni à la cible qui lui avait finalement été dévoilée plus tôt dans l'après-midi – St Mungo. Il refusait de se dire que les Aurors interviendraient très vite car leur quartier général était situé non loin de l'hôpital, qu'il allait encore risquer sa vie et qu'il ne serait pas le seul, qu'il ne survivrait peut-être pas et devrait tuer, tuer et tuer encore jusqu'à l'heure de la retraite.
« Un petit verre, Lucius ? roucoule Elvina.
— Volontiers. »
Il se laissa être resservi et but tout en lui faisant un nouveau sourire. Sa culpabilité pour l'avoir prise par pur ennui était oubliée, à ce stade – il voulait juste cesser de penser une nouvelle fois. Malheureusement, elle était bien moins entreprenante qu'en début d'année, probablement parce qu'elle avait eu ce qu'elle voulait, et d'autres se substituèrent à elles en qui Lucius avait bien moins confiance. Pas qu'il ait confiance en elle, mais au moins il la connaissait.
Il repoussa gentiment une fille de troisième année qui tentait de s'asseoir sur le bras de son divan, s'attirant un grand rire de Matthew. Il lui lança un regard noir – il n'était pas intéressé par des gamines !
« Ne me fais pas ces yeux-là, voyons, profites juste !
— Je pourrais t'en dire autant », lâcha-t-il un peu froidement.
Sam, qui s'était installée d'autorité sur les genoux de son petit ami dès que les filles s'étaient mises à grouiller autour d'eux, haussa les sourcils.
« Il peut toujours essayer. Je connais quelques sorts intéressants que, j'en suis sûre, il est impatient de tester. »
Matthew fit la grimace et s'empressa de câliner sa dame pour se faire pardonner. Lucius les ignora pour se tourner à nouveau vers les attentions des plus jolies, ignorant ostensiblement les rares garçons qui tentaient leurs chances tout en faisant mine de s'intéresser aux filles de l'équipe. Son verre était plein, il croyait pourtant l'avoir vidé déjà… Il le termina d'un trait mais, très vite, des mains se tendirent pour le remplir à nouveau.
Il se sentait sombrer dans une torpeur étrange, un cocon chaud dans lequel les bruits environnants se firent petit à petit plus distants. Une sixième année s'installa sur ses genoux et il ne prit pas la peine de la repousser ; elle se mit à lui chuchoter des insanités à l'oreille. Il remarqua vaguement que Matthew et Sam s'étaient éclipsés et que d'autres s'étaient installés à leur place sur le divan à ses côtés.
« Quelle heure est-il ?
— Neuf heures… » lui murmura la fille à l'oreille.
Quel était son nom déjà ? Il l'enlaça distraitement, la faisant glousser. Il ne devait pas rester debout trop tard, car le lendemain… mais il ne voulait pas y penser. Il vida encore son verre, se réchauffant de l'intérieur avec la bière – ah, non, le whisky. Heureusement, avec cette qualité, il ne risquait pas trop d'attraper un mal de tête, sans quoi il risquerait gros… Non, il but encore une gorgée, ne pas penser au jour à venir.
Il remarqua vaguement que sa cravate était défaite. Machinalement, il la retira et la mit dans sa poche pour éviter de la perdre. La fille s'accrochait à lui mais d'autres protestaient autour, elles voulaient sa place. Dommage que Lucia ne soit pas là ; il aurait volontiers ricané avec elle sur de telles attitudes. En même temps, il n'avait rien le droit de dire, vu comment il se laissait faire… cela manquait totalement de dignité.
Il se redressa un peu, ce qui manqua de faire basculer la fille au sol.
« Navré, je ne voulais pas… »
Il tenta un sourire mais, outrée, elle se remit debout.
« Tu es un goujat, Malfoy ! »
Elle allait continuer sa tirade lyrique, probablement pour lui demander de s'excuser à genoux – ce que, dans son état, il aurait presque été capable d'accepter – presque, il ne fallait pas non plus exagérer – mais une autre la repoussa plus loin.
« Si tu ne veux pas de lui… »
Natasha Alinovitch, car il s'agissait d'elle, fit un sourire tout en fossettes à Lucius, qui fronça les sourcils. Peut-être ferait-il mieux de monter seul. Oui, cela lui semblait une excellente idée, d'un seul coup.
Il n'écouta pas ses babillages et tenta de se lever, s'appuyant sur le bord du divan. Le sol, traître, se mit à tanguer et Natasha rit, posant simplement sa main sur son épaule pour le faire se rasseoir. Il tenta de protester mais elle ne l'écoutait absolument pas et allait s'installer à son tour sur ses genoux lorsqu'une voix les interrompit.
« Miss Alinovitch, je crains que notre cher Lucius ne veuille vous fausser compagnie. Si vous voulez bien vous pousser… »
Natasha prit un air outré mais recula devant l'autorité tranquille de celui qui la faisait ainsi partir. Lucius voulut remercier le nouveau venu mais resta bouche béante en réalisant qu'il s'agissait du gros Clint. Celui-ci rit à voix basse en le voyant sans voix.
« Besoin d'un peu d'aide pour retourner à ton lit, Malfoy ? »
Il lui tendit son bras et, trop embrouillé pour chercher à comprendre pourquoi il lui donnait un coup de main, Lucius s'en saisit. Avec l'aide du corpulent garçon il parvint à se mettre debout et à marcher vers les escaliers, sous le regard furieux de Natasha qu'il évita soigneusement de croiser. Les escaliers furent un véritable challenge mais une fois parvenus à son pallier, Clint l'aida à tituber jusqu'à son lit.
Les rideaux de Matthew étaient tirés – Lucius ne voulait pas savoir s'il se trouvait là avec sa petite amie ou non et il était certain qu'ils s'étaient isolés par une bulle de silence si tel était le cas – et les autres lits étaient vides. Il se laissa tomber dans le sien et grommela entre ses dents en voyant le plafond tourner.
Clint rit à nouveau et s'assit sur le matelas pour le débarrasser de ses chaussures et de ses chaussettes. Lucius marmonna un vague « 'rci » qu'il espéra compréhensible et tenta d'ouvrir le premier bouton de sa robe. Morgane, c'était impossible, cette chose semblait vouloir s'échapper sans raison !
Les mains de Clint chassèrent les siennes et Lucius soupira de soulagement alors que ses boutons étaient défaits, lui permettant de respirer un peu mieux. Les doigts boudinés de l'élève plus âgé étaient étonnamment adroits et ouvrirent sa robe rapidement, puis défirent avec précaution quelques boutons de sa chemise. Même s'il l'avait voulu, Lucius aurait été incapable de bouger, trop profondément enfoui dans une douce torpeur due à l'alcool.
Il fut soulevé et sa robe glissée au sol. Ses yeux se fermaient, lourds. Il entendit les rideaux de son lit être tirés. Puis, un doigt fut passé sur ses lèvres, et il rouvrit ses paupières d'un seul coup pour croiser le regard amusé de Clint qui le fixait, toujours assis à ses côtés. Lucius invoqua à nouveau le nom de Morgane en réalisant la situation dans laquelle il se trouvait, imbibé d'alcool, à moitié nu, dans un lit avec quelqu'un d'autre.
Il voulut se redresser mais Clint le repoussa sur son matelas d'une pichenette. Heureusement, le gros garçon n'essaya pas de l'embrasser – Lucius en aurait frissonné de dégoût – mais, par contre, ses mains se firent caressantes alors qu'il le débarrassait de ses derniers vestiges de vêtements.
Une lueur entoura le lit – un sort de silence qui venait d'être lancé. Bon sang, il n'allait tout de même pas se laisser faire ? Il n'était pas gay ! Mais sa tête tournait, et il n'avait pas envie de se lever, juste que l'autre parte. Ça allait peut-être passer vite… puis les caresses étaient agréables et Clint ne semblait pas vouloir se déshabiller lui-même… Non, le Slytherin se contentait de le dévorer des yeux tout en exposant sa peau à nu, au point que Lucius en était presque flatté.
« Amabo, mea dulcis Ipsithilia, jube ad te meridiatum (1) », marmonna-t-il, légèrement affligé par son propre manque de réaction.
Cela fit rire Clint qui, visiblement, comprenait aussi bien le latin que, disons, Narcissa Black. Ses caresses se firent d'un coup plus précises et, au grand dam de Lucius, son problème devint la présence effective d'une réaction. Il eut un bruit de gorge étranglé totalement choqué qui fit de nouveau rire l'autre garçon.
« Ne t'en fais pas, je ne te ferai rien que tu regretteras. »
Lucius ouvrit la bouche pour dire à quel point il en doutait lorsqu'il vit l'autre se pencher sur lui pour s'occuper de son problème autrement qu'avec les mains. Clint s'arrêta après un instant.
« Préfères-tu que je reparte ? »
Le jeune homme blond grogna.
« Au point où tu en es, continue ! » exigea-t-il.
Clint s'exécuta et il agrippa les draps avec un autre bruit de gorge, oubliant toute idée de protestation. Sa dernière pensée cohérente fut que même Lucia ne s'était pas montrée aussi habile de sa bouche.
Il y avait certains jours où Lucius se détestait profondément. Les bruits étouffés qui lui parvenaient au travers des épais rideaux de son lit lui apprenaient que la matinée était déjà bien avancée – les autres étaient levés et se préparaient pour descendre prendre un petit déjeuner tardif. Après tout, on était dimanche.
Il ouvrit les yeux et fixa le baldaquin tout en attendant patiemment qu'ils soient tous sortis. Merlin merci, Clint n'était pas resté – il espérait que personne n'avait compris ses intentions lorsqu'il l'avait raccompagné. Bon sang. Il pouvait toujours courir – lui-même aurait trouvé un autre idiot de se faire ainsi avoir. Il avait trop bu, mais ce n'était pas une excuse ; s'il ne voulait pas que quelqu'un profite de lui il aurait dû boire moins, et les autres Slytherins pensaient exactement comme lui. Personne ne s'apitoierait sur son sort.
Il se souvint des quelques minutes que Clint avait passées en sa compagnie et se sentir rougir. Rougir, Morgane, comme une pucelle ! Il se tourna sur le ventre pour enfoncer sa tête dans son oreiller, mort de honte. Le septième année le dégoûtait toujours autant dans son physique – il était vraiment laid et gros – mais il n'était pas prêt d'oublier les sensations fortes qu'il avait su faire naître en lui. Il ne parviendrait plus à le regarder en face pendant longtemps.
Au moins n'avait-il pas profité de la situation jusqu'au bout. Lucius n'était pas certain d'être resté réveillé longtemps après son… après que Clint ait eu fini, mais il était assez certain que si celui-ci avait voulu lui faire quoi que ce soit d'autre il y serait parvenu sans mal. Au lieu de cela, probablement était-il simplement parti, le laissant à son sommeil d'ivrogne.
« Je veux mourir », grommela-t-il.
Cette remarque faite à voix haute le ramena malheureusement à des problèmes plus immédiats. Il était attendu au Manoir et devait se dépêcher s'il ne voulait pas arriver en retard.
Il attrapa sa baguette qui avait été délicatement posée sur sa table de nuit – pourquoi diable n'avait-il pas songé à l'utiliser la veille ? – et fit venir ses vêtements à lui pour éviter de se balader nu dans le dortoir. Un des autres pourrait très bien remonter et il refusait de se laisser surprendre.
Il se doucha et s'habilla rapidement puis remonta vers la Salle Commune. Dès qu'il y fut, il remarqua les sourires narquois de certaines personnes – en particulier de Natasha Alinovitch et de ses amies. Il la prit de revers en la saluant d'un léger signe de tête et d'un sourire, ce qui la fit blanchir de rage. Elle prit une voix haut perché qui résonna dans la pièce pour lâcher :
« Tel père, tel fils ! »
Lucius se crispa. Son intention première avait été d'ignorer tout ce beau monde et de simplement monter à la Grande Salle pour déjeuner, mais il ne pouvait pas laisser passer une insinuation pareille. Toujours souriant, il se dirigea vers elle et fut ravi de la voir reculer. Elle devait comprendre qu'elle avait été trop loin.
« Miss Alinovitch, susurra-t-il de son ton le plus doucereux. J'oublie toutes mes manières. Je tiens à vous présenter toutes mes excuses pour mon horrible comportement d'hier. J'irai bien sûr faire de même auprès d'Hagrid. »
Il s'inclina avant qu'elle puisse ajouter quoi que ce soit et fila dans le couloir. Il eut malgré tout le temps de voir les regards horrifiés des autres et celui, plus horrifié encore, de Natasha. Bien sûr, tous se doutaient qu'il n'avait dit cela que pour lui rendre la monnaie de sa pièce… mais il y avait une infime possibilité pour qu'il ait dit la vérité et que la jeune fille se commettait avec l'horrible assistant du garde-chasse. Il renifla. Cela lui apprendra à sous-entendre qu'il mordait l'oreiller.
Et il ne voulait vraiment pas savoir si son père le faisait en effet ou si c'était plutôt le lord. Morgane ! Lui-même n'était pas gay, de cela il était certain. Clint était simplement doué de ses mains – fait qui ne suffisait pas à compenser sa laideur ou le fait qu'il était un homme. Merlin. Lui qui avait souhaité se changer les idées…
Il arriva rapidement à la Grande Salle et trouva une place libre entre Una et Serafino. Ce dernier semblait sombre et il supposa que lui aussi serait de la partie ce soir. Essayant de ne pas y songer, il leur fit comprendre d'un regard que le sujet « Clint » était tabou et, malgré quelques sourires cachés derrière des tasses de chocolat chaud, ils évitèrent de lui faire la moindre remarque et continuèrent leur conversation.
« Reynold Briggs devrait tout de même faire attention à ce qu'il dit, étant donné la conjoncture actuelle, disait nonchalamment Elvina. Se prononcer ainsi en faveur des rescapés alors qu'il sait très bien que sa position n'est plus assurée !
— Certains disent que c'est lui qui les a fait surveiller par des Aurors parce qu'il se doutait qu'ils seraient attaqués, souligna Sam. Ils applaudissent son bon sens et chuchotent que lui et sa famille sont sans doute sous protection vingt-quatre heures sur vingt-quatre. »
Lucius haussa un sourcil en entendant le sujet du jour et se servit généreusement en bacon et en œufs. Ils étaient certes assis à la table de Slytherin mais parler de sujets pareils en public restait dangereux, à ses yeux. Puis, il n'aimait pas se voir rappeler leur échec de cette fois-là – mais s'il essayait de les interrompre, le sujet de Clint serait forcément amené sur le tapis.
« S'ils continuent comme ça, ils auront des ennuis, répéta Elvina.
— Et bien sûr, tu es très bien informée sur le sujet », se moqua Matthew.
Elle fit la moue, boudeuse.
« Toujours mieux que toi, Walters. Je ne suis certes pas une Malfoy mais je fréquente plus la… haute société que toi ! »
Le ton sur lequel elle avait parlé ne laissait aucun doute quant à quelles fréquentations elle faisait allusion. Lucius en était d'autant plus surpris qu'il ne l'avait vue à aucune des réunions auxquelles il avait pris part – la moindre n'étant pas la fête de fin d'année. Peut-être n'avait-elle rencontré le Lord que vers la fin des vacances de Noël ? Cela expliquerait son arrogance retrouvée, elle égalait presque Bellatrix à cet égard.
Matthew haussa les épaules.
« J'aurais volontiers passé mes congés à autre chose qu'à travailler pour McGonagall. Je t'assure que je rattraperai ce retard cet été. »
Elvina ouvrit la bouche pour faire un commentaire puis se ravisa et se contenta d'un sourire froid. Elle laissa la conversation dévier sans plus participer, faisant mine de s'intéresser à son assiette.
Lucius, qui était assis presque en face d'elle, se demanda ce qu'elle fabriquait avant de remarquer que le professeur Fletcher passait à ce moment-là. Il eut juste le temps d'apercevoir un carré de papier blanc avant qu'elle ne le fasse disparaître dans sa manche comme si de rien n'était. Una, juste à sa droite, n'avait rien remarqué, trop occupée à parler à Sam d'une potion achetée à Clint – pourquoi lui ? – mais il ne doutait pas qu'Elvina lui remettrait la lettre à la première occasion.
« Elle fonctionne à merveille, je n'ai plus aucun problème à ce sujet dorénavant !
— Je prends note de ta recommandation au cas où j'aurai mon propre hibou un jour. Mes parents préfèrent pouvoir surveiller mon courrier – même si, techniquement, nous pouvons utiliser ceux d'Hogwarts. Ce n'est pas la même chose. »
Una acquiesça en connaisseuse et Lucius retint une grimace. Clint, encore. Ce type était dégoûtant avec sa graisse et sa perpétuelle odeur d'alcool – qu'il avait oublié la veille uniquement parce que lui-même devait puer tout autant. Néanmoins, il était brillant… dans certaines matières auxquelles Lucius préférait ne pas penser et qui impliquaient l'utilisation de ses mains, mais surtout en potions.
Il se souvint que Clint avait parlé de se lancer dans le commerce par lui-même. Peut-être devrait-il lui proposer un investissement de sa part pour l'aider à débuter ? Le septième année n'avait pas les mêmes fonds qu'un Malfoy, cela au moins était certain. C'était de cette façon que la fortune de sa famille s'était bâtie : ils avaient un don pour repérer les gens brillants et pour faire en sorte que ceux-ci travaillent pour eux – ou du moins pour qu'ils leur rapportent de l'argent. Lucius ne voulait pas laisser passer l'opportunité de se faire de l'argent et, surtout, de prouver à son père qu'il était devenu capable de mener ses propres affaires.
D'un autre côté, il ne proposerait rien du tout à Clint tant qu'il serait incapable de le regarder en face. Il renifla légèrement en s'essuyant soigneusement les lèvres. Ce serait sa punition pour avoir osé profiter d'un Malfoy.
(1) « Je t'en prie, ma douce Ipsithilia, invite-moi à faire la sieste à tes côtés »
Note de fin de chapitre :
Soyez sympa, si vous avez lu jusqu'ici, laissez-moi une review histoire de... parce que là c'est complètement démoralisant :(
