2 Novembre 1916.
Côté Français, Guerre de Position.

Draco.
Cette fois-ci, je n'ai pas hésité. Vous avez raison, nous pouvons mourir à tout moment, alors pourquoi s'encombrer de futilités.
Vous savez, je vous considère également comme un ami. Vous êtes la seule personne à qui je parle, la seule à qui j'ose me confier, la seule qui souhaite me lire/m'écouter. Je sais, nous ne nous connaissons que depuis peu, et encore, le mot connaitre serait trompeur. Dire que vous avez reçu ma lettre par erreur. J'ose à peine imaginer si cela avait été quelqu'un d'autre. Je me doute que cela aurait été différent qu'avec vous. Alors soit, soyons amis, nous qui devrions être ennemis. Vous, Allemand, et moi, Français. Caporal et Sergent. Soldats dans cette guerre qui ne nous concerne pas. Soyons amis, défions le monde.

J'espère que si jamais vous mourez, cela ne sera en aucun cas ma faute.

Les batailles font rage, ces derniers temps. Notre correspondance est bien la seule chose qui me réjouisse aujourd'hui. Je n'ai plus vraiment matière à me réjouir, de toute façon. Est-ce correct d'être un peu heureux à l'idée de recevoir une lettre d'un ami venant du camp adverse ? J'imagine que non, alors que tant de gens meurent devant nous. Mais je ne peux rien y faire, je m'habitue de plus en plus à recevoir vos lettres. Je m'inquiète chaque jour qui passe, quand je m'aperçois que je n'ai toujours pas de courrier. Je crois que je vais devenir plus fou que fou. Ne me demandez pas si c'est possible.
Je suis aussi désolé que vous qu'elle n'écrive plus... Mais j'ai tué beaucoup d'hommes alors, si, je le mérite, vous savez.

Alors, vous ne vous êtes pas trompé su la couleur de mes cheveux, c'est déjà un bon début ! J'ai hâte d'avoir une photo de vous. Je pourrai ainsi mettre un visage à votre nom qui m'inspire tant de respect. En ce qui concerne les avances de la gent féminine, c'est un peu plus compliqué que cela, mais ne nous attardons pas dessus, c'est loin d'être important. L'idéal... Vous y croyez, vous, Draco ?
Je vous promets de vous écrire tant que je serai encore vivant, si vous promettez de faire de même. La tristesse me consumerait à un point que vous ne pouvez imaginer s'il vous arrivait malheur. Je ne faisais pas partie du bataillon qui a exercé une poussée dans vos tranchées, j'étais en deuxième section à ce moment-là. J'ai été prié de parler au général Pétain. Un homme fort impressionnant qui inspire le respect. C'est aussi un grand stratège. Il vient tout droit du Fort de Verdun. Les choses se passent mal, là-bas, les Allemands sont top nombreux par rapport à nous. Leurs armes sont plus évoluées que les notre. Le Général n'a pas voulu me dire ce qu'elles faisaient comme malheurs, mais j'ai vu dans ses yeux qu'elles étaient terribles. Le bataillon 43 remplace le notre pendant un moment, je ne sais pas combien de temps. Nous sommes envoyés à Verdun. Je vais courir en tête de notre armée et conduire mes hommes dans l'offensive. J'ai peur. Je dirais même que je suis terrifié. Qui ne le serait pas, n'est-ce pas ?

Selon le Général, nous reviendrons bientôt ici, et serons remplacés à Verdun par un autre bataillon. C'est un honneur que de combattre pour la France. Mais cette guerre a assez duré. Je ne sais pas si vous, vous avez des nouvelles de Verdun. Il paraît que l'armée Allemande fait beaucoup de dégâts. Peut-être que la France est condamnée, au final... Votre pays est tellement puissant. J'imagine... que vous serez heureux, si les votre remportent cette guerre. Non ? Je serais content pour vous, malgré tout... Parce que, avec un peu de chance, vous seriez encore vivant. Je l'espère de toutes mes forces.

Vous me dites que vous serez en permission dans trois jours, mais comme votre lettre date d'il y a cinq jours, j'imagine que vous y êtes déjà. Où séjournez-vous ? J'espère que vous vous reposez bien. Comme vous avez attrapé mal, soignez-vous comme il faut et revenez plus reposé et en meilleure santé. C'est ironique que de dire cela, pas vrai ? Je souhaite que le Caporal du camp ennemi se repose et revienne en forme pour continuer à se battre contre nous, et à tuer d'autres de mes hommes. Cela ressemble à une de ces tragédies de Corneille, ou Racine. A ce propos, avez-vous lu Le Cid ? Si ce n'est pas le cas, j'espère que vous pourrez le lire un jour. C'est une histoire passionnante.

Vos paroles me rendent l'espoir, et je me surprends à imaginer notre visite de Paris. La Tour Eiffel, vous dites ? Il me semble l'avoir aperçue de loin. J'aimerais tellement que nous vivions assez longtemps tous les deux pour pouvoir visiter cette ville qui semble si belle. Vous me paierez le restaurant ? Alors je vous inviterai à faire un tour sur la Seine. Oh, comme j'ai hâte...

Ma blessure s'est infectée, hier. J'ai dû subir une nouvelle intervention, je vous écris de la tente d'infirmerie. Mais ne vous en faites pas, tout va bien.
J'espère que vous êtes soigné. Et que le retour au front ne sera pas... Non, je dis des bêtises. Le mieux pour vous c'est que vous soyez en sécurité, chez vous. Pas dans ces tranchées glaciales et boueuses.
Le vent s'infiltre partout, désormais. Et nous ne sommes pas assez équipés. J'ai terriblement froid.

J'essaierai de vous écrire autant que je le pourrai. Je vous le promets.

En toute amitié,
Sergent Potter,
20ème Bataillon.
France.