Bonjour tout le monde. C'que j'm'amuse avec cette fic, c'est dingue !
Un coucou à Silvery Phoenix que je suis toute contente de retrouver et à Syrhade. Cette histoire gagne du public et ça ne peut que faire plaisir =)
Tant que j'y suis, vu que mon cerveau fonctionne à 400 à l'heure pour imaginer des histoires et que je n'ai un peu que ça à faire, j'ai attaqué une fic sur Frozen. Un truc plein de gaieté, de joie et qui fait l'apologie de l'amour de son prochain. Comment ça vous n'y croyez pas ? Ben vous avez bien raison ! C'était le moment pub de la journée.
Le lynx vous souhaite une bonne lecture.
Gumi s'écarta pour laisser passer une file de personnages à la carrure monstrueuse. Et pour cause, chacun portait un exosquelette mécanique qui les faisait paraître plus grands et plus larges qu'ils ne l'étaient. Ils venaient de l'Ursa, sur lequel ce genre de technologie était courant.
Un jeune homme se retourna et lui décocha un clin d'œil. Vu depuis la hauteur de ses propres jambes, la scène donnait à Gumi une impression pathétique. Quel géant en armure de métal se retourne pour saluer un insecte ?
Il devait plutôt s'adresser à la femme derrière elle, au regard habité d'une lueur qui n'avait rien de naturel. Les implants oculaires cybernétiques des pilotes de l'Orion en faisaient les meilleurs des forteresses. Gumi avait entendu dire qu'ils disposaient alors d'une vision cynétique exceptionnelle, leur permettant de distinguer clairement les objets en mouvement.
Gumi distingua la chevelure blanche de Miriam, quelques rangs devant elle.
Ils étaient serrés, tous jetés pêle-mêle dans une cohue monstrueuse. Il n'y avait que ceux de l'Ursa dans leur armure assistée qui bénéficiaient d'un peu d'espace.
Sur l'estrade, les amiraux échangeaient amicalement saluts, poignées de main et formules de politesse. Gumi remarqua l'absence de ceux du Xéna. Galaco lui avait bien dit que quelques habitants de la forteresse clandestine seraient présents, afin de participer pour la première fois à un de ces rassemblements et dans le but d'être enfin présentés de manière officielle.
Elle compta mentalement. Ca faisait un peu plus de sept mois depuis son escapade avec Neru sur le Xéna. Plus de nouvelles depuis, excepté les échos dans les couloirs. Le Mercury volait à nouveau, sous un autre nom et avec un nouvel équipage. L'information n'avait pas pu rester secrète très longtemps. Le Cerberus avait été le premier à faire état publiquement d'une forteresse non identifiée. L'incident était resté sans suite jusqu'à ce que le Nova et le Galaxy ne tiennent les mêmes propos. Visiblement, Alys était bien décidée à parcourir les cieux, aussi loin qu'elle le pourrait. C'était peut-être une manière pour elle de tester les capacités du Xéna.
Ce rassemblement sur le Spica, de la même nature que ceux qui se déroulaient chaque année sur d'autres forteresses, était une occasion parfaite pour introduire ceux que beaucoup de personnes prenaient pour des survivants du crash d'il y a douze ans.
Gumi se demandait comment serait accueilli le fait qu'ils venaient en réalité d'en bas, des continents-poubelles.
Sans se mentir, c'était pour ça précisément qu'elle se tenait ici en cet instant. Elle était curieuse de voir comment évoluerait la situation.
Elle se sentit bousculée et lâcha un grognement qui passa inaperçu dans le brouhaha ambiant.
L'appareil à sa ceinture se mit à vibrer. Impossible d'entendre le bip incessant qu'il devait lancer en continu depuis quelques secondes. Gumi déchiffra le message affiché avant de jouer des coudes pour se sortir de la foule. Une fois engouffrée dans un des couloirs, elle se rendit compte qu'elle mourait de chaud. Elle ouvrit le haut de sa combinaison avant de nouer les manches à sa taille, savourant à présent l'air frais sur ses épaules et ses bras mis à nus.
Elle effectua un crochet rapide à son casier, au dortoir, afin de prendre de quoi se nouer les cheveux. En sept mois, ils avaient poussés. Suffisamment pour la gêner dans la tâche qu'elle s'apprêtait à réaliser.
En fermant son casier, son regard se tourna par habitude vers son lit. Surtout celui dans lequel Rin avait dormi.
Pendant longtemps, elle y avait laissé les fleurs données par Lily. Personne ne lui avait rien dit pendant longtemps. Et puis un jour, à la place des fleurs séchées, il y avait eu une jeune fille tout juste affectée au secteur, à peine en âge de posséder ses propres affaires. Pour ne rien arranger, elle était également aspirante pilote.
Le soir de son arrivée, Gumi avait dormi dehors, aux plates-formes. Il avait fallut que Neru elle-même vienne lui faire entendre raison. Neru… et son antipathie habituelle. Gumi avait bien cru que la blonde allait la faire passer par-dessus bord.
Elles s'étaient finalement calmées, après plusieurs insultes et claques données et rendues des deux côtés. Gumi avait promis de se calmer et Neru avait promis de faire plus attention à elle dorénavant. Elles avaient toutes deux tenu parole et la blonde ne veillait plus sur Gumi par le simple biais d'écrans de surveillance.
Elle se mit à trottiner en voyant Al lui faire signe. Elle se prépara à sentir le vent glacial sur sa peau et renfila correctement sa combinaison avant de le suivre à l'extérieur.
- Le panneau d'un sas est bloqué, déclara le chef mécanicien en désignant l'objet incriminé d'un geste de la main.
Gumi déglutit. La panne se trouvait environ huit mètres au-dessus de leurs têtes. Elle maudit le hasard qui avait fait que son nom avait été tiré au sort pour savoir qui ferait les gardes aujourd'hui. Al lui tendit les accessoires indispensables à la réparation de ce genre de problème. Elle glissa le tout à sa ceinture, aux emplacements prévus à cet effet, et grimaça en voyant ce que le mécanicien lui tendait à présent.
- Allez. Tu sais comment ça se passe maintenant.
Elle du bien reconnaître que oui alors qu'il l'aidait à enfiler le lourd harnachement qui lui faisait penser qu'elle n'était qu'une bête de somme. Ses genoux se ployèrent un peu sous le poids de treize kilos qui pesait désormais sur ses épaules et son dos. Ses mains allèrent chercher les manettes qui lui permettraient de contrôler sa vitesse et sa direction une fois qu'elle se retrouverait en l'air.
Gumi eut un rictus en songeant qu'à ce moment là, Rin se serait bien foutu de sa gueule.
Moi qui lui avais dit que jamais on ne me verrait avec un jet-pack…
- Fais-y attention, commenta simplement Al.
- Je sais.
Elle effectua quelques mouvements pour voir si l'appareillage ne la gênerait pas une fois arrivée à destination où elle ne serait plus tenue que par son harnais et un piton dans la paroi métallique. Un nouveau coup d'œil vers les hauteurs et elle enclencha les gaz.
Doucement tout d'abord, dans le but de ne pas être désorientée immédiatement. Al lui avait expliqué que plusieurs mécaniciens souffraient régulièrement de vertiges et de nausées parce qu'ils étaient allés trop vite. Leur organisme ne réussissait pas à gérer la brusque accélération vers le haut. Mais Gumi était prudente, voire même trop si elle écoutait Al. Elle avait beau se savoir accompagnée d'une machine spécialisée, elle ne parvenait pas à faire totalement abstraction du vide sous la forteresse.
Ne regarde pas en bas.
C'était la seule chose qu'elle arrivait à se dire durant ces moments d'ascension.
Un choc léger lorsqu'elle toucha de nouveau une surface solide, quelques secondes pour s'attacher correctement à la paroi, et ce fut terminé. Elle coupa le moteur et son doux ronron disparut, happé par les grondements de machines beaucoup plus imposantes. Elle évalua le problème d'un œil critique et eut un sourire.
Hormis la hauteur, le vent serait le seul problème. Si elle avait été en intérieur, ça aurait été du gâteau.
Au bout d'une heure, Gumi parvenait à faire en sorte que le panneau s'ouvre et se ferme à la main. Il ne restait qu'à contacter l'équipe interne pour leur demander de faire de même à distance. Ca ne lui prit qu'une minute grâce à l'oreillette et au micro gracieusement prêtés par Al afin de rester en contact avec un responsable.
Elle mourait d'envie d'essuyer la sueur sur son front d'un geste du bras mais en était incapable à cause des sangles. Ca la démangeait de plus en plus, dans tous les sens du terme.
En attente de nouvelles instructions, elle regardait paresseusement le sas se fermer puis s'ouvrir à une lenteur désespérante. Son oreillette grésilla.
- Vaisseau en approche, fit la voix de Al. Reste là-haut pour le moment.
- Reçu.
Hors de question qu'elle amorce la descente alors qu'elle ne savait pas où le pilote allait atterrir. Ce serait trop facile de se faire faucher.
La jeune femme tourna la tête vers l'horizon, curieuse de voir qui pouvait arriver avec tant de retard. Le soleil accrocha à la carlingue qui filait droit vers les plates-formes d'atterrissage du Spica, envoyant des reflets qui semblaient autant de signaux incompréhensibles. Elle se rendit compte que quelque chose n'allait pas.
- Al ! Il va trop vite !
Elle sentit les accents de panique dans sa voix.
- Ne bouge pas, Gumi ! répondit celle de Al dans son oreille. Ne bouge surtout pas.
Le temps qu'il termine sa phrase, le vaisseau l'avait frôlée et avait passé les portes du sas en phase d'ouverture. Elle n'avait pas bougée. Elle n'avait pas eu le temps d'envisager quoi que ce soit.
La fumée d'un atterrissage en catastrophe lui fit remarquer que son cœur battait trop vite et que ses jambes tremblaient. Prudemment, elle ralluma les gaz, se détacha de la paroi et se laissa doucement flotter jusqu'au fond du sas où la carcasse abîmée du vaisseau s'était écrasée.
De l'autre côté, on ouvrait les portes pour laisser passer les équipes de secours qui allaient s'occuper du pilote, de l'équipage éventuel et d'hypothétiques départs de feu. Le verre de protection de la capsule du pilote sauta dans un bruit de pompe et alla s'écraser quelques mètres plus loin.
- Ne t'approche pas, Gumi.
L'intéressée ne savait pas s'il s'agissait de la voix de Al ou bien de ses propres pensées. L'un ou l'autre, elle n'écouta pas. Désormais campée sur ses deux pieds, elle put courir jusqu'au vaisseau. On lui fit signe de s'éloigner à plusieurs reprises sans qu'elle n'en prenne compte. Voilà qu'elle tenait une occasion en or de récupérer l'info sur le terrain en temps réel. Pas question d'attendre que Neru la tienne au jus ce soir à la cafétéria.
- Regarde si tu veux, mais ne gêne personne, finit par lui dire un grand homme barbu après plusieurs injonctions.
Elle promit de se tenir tranquille.
- Gumi, tout va bien ?
C'était Al, toujours à l'extérieur sans doute, et huit mètres plus bas.
-Oui. C'est impressionnant.
- Ça l'est souvent. La tôle se froisse parfois en laissant les occupants intacts. Peut-être que ce n'est rien.
- La capsule a sauté rapidement.
- C'est que le pilote est en état d'activer la commande. Ça ne doit pas être grand-chose.
La conversation s'arrêta là, brusquement interrompue par un cri. Puis par une voix qui hurlait à quelqu'un de se taire. Gumi s'approcha, curieuse. Cette voix lui disait quelque chose. Elle tricha un peu en s'aidant de l'impulsion que pouvait lui donner le jet-pack afin de se forcer un passage.
- Ah, Gumi !
- Lily ?!
Assise contre la carlingue, entourée d'un groupe de personnes qui lui administraient les premiers soins, Lily dévisageait Gumi de son œil qui n'était pas fermé par un filet de sang séché.
- Ça pour un hasard ! continua la blonde en tendant un bras vers elle. J'avais envisagé cette possibilité mais je n'y croyais pas vraiment.
- Lily… Ton ventre.
Gumi s'avança sans que personne ne s'interpose cette fois. On lui fit même passer la consigne de parler avec la blessée. Elle tenta de trouver une position accroupie confortable malgré le poids de l'appareil dans son dos.
- C'est normal. Dans quelques semaines ça devrait aller mieux.
Elle désigna son ventre gonflé par sa grossesse. Sa tête bascula en arrière, s'appuyant contre la tôle du vaisseau. Gumi vit la sueur qui maculait son front et ses tempes.
- Lily, appela-t-elle en voyant la blonde fermer son œil valide.
La concernée prit une brusque inspiration.
- Ne t'en fais pas. Je vais bien.
Un homme lui soutint la tête tandis qu'un second auscultait ses jambes.
- Le petit m'en fait seulement voir de toutes les couleurs. Il se pourrait que les quelques semaines se transforment en quelques minute. Aussi pressé que son père…
Elle eut un sourire à destination de Gumi. Cette dernière la vit lorgner son équipement.
- Ça vole vraiment ? demanda-t-elle après son observation silencieuse.
- Hein ?
- Ce que tu as sur le dos. Ça vole vraiment ?
Gumi se souvint qu'elle venait d'en bas. Ce genre de machine ne devait pas être monnaie courante.
- Assez bien jusqu'à une certaine altitude. Il suffit d'avoir un support pour la poussée.
- L'autonomie ?
- A peu près six heures en utilisation continue.
- Bien. J'ai une surprise pour toi, si tu veux bien.
Gumi lança un regard alentour, en quête du soutien d'un des membres de l'équipe de secours. Devait-elle vraiment avoir ce genre de conversation avec la blessée ? Rien ne lui répondit.
- Plus tard alors. Quand tu iras mieux, répondit la mécanicienne en serrant les doigts de Lily.
L'ethnobotaniste secoua doucement la tête.
- Maintenant. Je ne suis pas sûre qu'elle puisse attendre.
Elle fouilla un moment dans une poche de sa veste avant d'en tirer un objet métallique qu'elle tendit à la jeune femme.
- Qu'est-ce que c'est ?
- Une clé.
- Ça sert à quoi ?
- Tu blagues ? Ça sert à ouvrir et fermer des portes.
- Et comment je pourrais le savoir ? On a pas de porte sur le Spica.
Lily poussa un soupir.
- Va à l'arrière du vaisseau. J'ai eu le temps d'ouvrir la cale avant qu'on me tire de là-dedans. Il y a une porte coulissante. Avec une serrure, précisa-t-elle. Vas-y.
Gumi se redressa et commença à avancer pour rejoindre la partie postérieure du vaisseau.
- Et Gumi, j'oubliais, mais ça risque d'être brutal ! lui lança Lily d'une voix rauque.
- Lily ? fit Al dans l'oreillette.
Il avait du tout entendre.
- C'est elle qui m'a soignée quand je suis arrivée sur le Xéna.
- La blonde qui est venue avec toi la première fois qu'ils t'ont ramenée ?
- Ouais.
Elle se tenait maintenant face à la fameuse porte coulissante. Elle tourna la clé dans tous les sens avant de parvenir à l'insérer dans la serrure en se demandant qui avait pu inventer un tel système et comment.
Perte de temps.
- Et elle a une surprise pour toi ? reprit Al.
- C'est ce qu'elle a dit.
- A ton avis, qu'est-ce que c'est ?
- Aucune idée. La dernière fois qu'on m'a dit qu'une surprise ne pouvait pas attendre, c'était une tarte aux abricots. Je vois mal Lily me ramener une tarte du Xéna.
Elle tira la porte, ouvrant un interstice de quelques centimètres à peine. La pénombre ne lui permettait pas de jeter un simple coup d'œil, mais elle entendait.
Une respiration. Rapide et régulière. Elle crut d'abord que c'était la sienne qui résonnait dans l'espace vide. Elle dut cependant se rendre compte que ce n'était pas le cas après l'avoir retenue plusieurs secondes.
- Il y a quelqu'un ? lança-t-elle.
Sa réponse ne fut qu'un hoquet.
- Gumi ? J'ai rejoint le sas. Où es-tu ?
- A l'arrière. Je crois que… c'est vivant.
Elle ouvrit un peu plus la porte dans un raclement sourd. La lumière entra, caressant tout juste la silhouette qui se tenait prostrée au fond de la cale.
- Al ?
Sa bouche était sèche.
- Oui ? C'est quoi alors ?
- Tu peux me passer Lily ?
- Attends deux secondes.
Elle entendit des voix. La scène se jouait à quelques mètres d'elle et dans son oreille gauche à la fois. Comme si la réalité avait été dédoublée. L'oreillette grésilla un peu en changeant de porteur.
- Allô ? Gumi ?
Elle jubile, ça la fait rire. Ça s'entend dans sa voix.
- Quand vous m'avez ramassée en bas, je n'étais pas seule.
- Non.
Étrangement, elle ne lui en voulait pas. Elle se sentait même heureuse d'avoir la confirmation que ce qu'elle avait vécu en bas n'était pas qu'un rêve ou une hallucination.
- Pourquoi m'avoir dit le contraire ?
Il y eut un gloussement.
- Je suis une menteuse.
- Sur quoi d'autre tu as menti ?
- Un peu tout... Par contre, j'attends vraiment un enfant.
- Et pour Rin ?
- Aucune idée.
Silence.
- Tu as grandi Gumi, et j'ai besoin de toi. Je n'ai plus aucune raison de te mentir.
- Il n'y en avait pas dès le début !
- J'aimerais que tu l'amènes quelque part, continua la blonde comme si de rien n'était.
- Qui ça ?
- Nuca. Elle se trouve devant toi.
- Ça aurait du être le nom de ton enfant, commenta simplement Gumi.
- Qui te dit qu'elle n'est pas mon enfant ?
Gumi ouvrit la porte en grand, laissant entrer la lumière.
- Tu es dedans ? demanda Lily.
La jeune femme ne répondit pas, trop occupée à contempler la forme repliée à quelques mètres devant elle. Elle effectua un pas en avant sans obtenir de réaction.
- Hé, N… Nuca ? appela-t-elle doucement.
Une grande aile la balaya, la projetant en arrière dans un cri furieux. En une fraction de seconde, celle qui avait été la compagne de Gumi sur la terre ferme se recroquevilla, à nouveau silencieuse. Elle eut l'impression de la voir prisonnière du filet sur le lac, une deuxième fois. Et cette vision lui fendit le cœur. Elle porta la main à son micro afin de s'assurer qu'il tenait bien en place.
- Où est-ce que je dois l'amener ?
Lily posa un temps d'arrêt.
- En bas.
- En bas ?! Tu me prends pour un pignon ? Dans la forteresse, ou dans une autre forteresse, d'accord ! Mais en bas !
L'ombre de Al se découpa derrière elle. Le chef mécanicien stoppa en voyant la silhouette ailée.
- Un nouveau genre d'implants ? fit-il d'une voix neutre.
- En quelque sorte, répondit Gumi.
La voix de Lily s'éleva.
- Gumi, il faut qu'elle aille en bas. Par n'importe quel moyen. Elle te connaît. Tu n'auras pas à regagner sa confiance.
Al s'avança à son tour.
- Mademoiselle, appela-t-il. Vous allez bien ?
- On saura s'occuper d'elle, continua Lily. Le plus important c'est de l'amener.
- Il suffit de prendre un vaisseau…
- Je ne pense pas que les vaisseaux lui plaisent beaucoup. Encore moins avec cet atterrissage foiré.
La dénommée Nuca lâcha un sifflement furieux, signifiant bien par là que Al n'avait pas intérêt à s'approcher davantage. Gumi se souvenait l'avoir vu faire en bas, dans le but de disputer un poisson tout juste pêché à un goéland. C'était impressionnant.
Les grandes ailes blanches se déployèrent, heurtant les parois du petit vaisseau. Gumi s'interposa entre Al et Nuca, s'attirant par là les foudres de la chimère apeurée.
- Tu te souviens de moi, pas vrai ?
- Tu la connais ? fit Al dans son dos.
Elle ne lui répondit pas, cherchant plutôt un moyen qui pourrait calmer les battements incessants des ailes immenses qui pouvaient les faucher à tout moment. Pour en avoir fait l'expérience, Gumi savait qu'elles étaient capables de frapper fort.
Nuca émit un nouveau grondement profond. Gumi fouilla dans sa mémoire. Il lui fallait trouver un moyen de calmer la créature acculée. Vite.
Quand est-ce qu'elle l'avait vue sereine et calme ? Au milieu de la jungle, au bord du lac.
Il n'y a aucun lac ici ! se fustigea-t-elle mentalement.
Elle se souvint alors de leurs premiers contacts qui s'étaient déroulés au travers d'une plume tombée ou des images tirées d'un piège photo. Nuca était capable de produire autre chose que ces sons sifflants et agressifs, Gumi en était profondément certaine. Qu'avait-elle vu avec Rin, installées au milieu d'un couloir ? Et entendu… ?
Gumi se mit à siffler l'air que fredonnait Nuca la première fois qu'elle l'avait réellement appréhendée. Ce n'était que quatre notes malheureuses, mais qui semblèrent adoucir les traits de la chimère. La jeune femme accéléra l'allure, entraînant une réponse immédiate du côté de Nuca qui bougeait maintenant la tête en rythme.
Un crissement affreux recouvrit la mélodie à peine sifflée, leur vrillant les tympans. Al venait d'ouvrir la porte coulissante dans un mouvement brusque. La lumière jaillit en un flot violent. Gumi vit clairement la pupille de Nuca se fendre en deux. Son chant se changea en feulement alors qu'elle montrait les dents et se remettait à agiter violemment ses grandes ailes, brisant quelques plumes en frottant les parois de la cale.
Gumi eut tout juste le temps de tendre les mains en avant que la chimère l'emportait avec elle dans une charge brutale. Elle vit passer Al, incrédule.
- Pas de variations trop brusques de luminosité, fit la voix de Lily en grésillant un peu. Ça l'excite et ça l'énerve.
Sans blague. Merci pour le conseil !
Elle chercha à se dégager mais ne réussit qu'à s'empêtrer un peu plus dans les grandes plumes qui se brouillaient devant ses yeux. Entre deux écrans d'un blanc immaculé, elle aperçut les sauveteurs qui reculaient de quelques pas sous l'effet de la surprise, il y eut la blondeur des cheveux de Lily puis le rose de ceux de Nuca. Elle la sentit courir. Les muscles tendus à rompre contre sa peau.
Où est-ce qu'elle va ?
Elle craignait la réponse. Ballottée par les foulées puissantes de Nuca. Elle entendit le chuintement du sas qui devait s'ouvrir et se fermer en boucle depuis tout à l'heure. Elle sentit le froid et le vent qu'elle traversait à toute vitesse. La forteresse était maintenant au-dessus d'elle et s'éloignait rapidement. Elle réussit à penser qu'à ce rythme, arriver en bas ne serait pas bien compliqué.
Rin disait qu'il faudrait trois minutes avant de toucher le sol si jamais on tombait du Spica.
Dans un élan de frayeur, Gumi se raccrocha davantage à Nuca, plantant la marque rouge de ses doigts sur les épaules de la chimère.
Leur chute se ralentit brusquement sans s'arrêter pour autant. Nuca se laissait planer de toute son envergure. Malgré ça, Gumi remarqua qu'elles filaient toujours à toute vitesse. Elle osa regarder en bas et distingua le bleu-gris du Mara. Sur cet écran uniforme, impossible d'estimer les distances. Le Spica n'était plus qu'un point lointain.
Nuca lança un trille et Gumi vit la forme sombre émerger de l'horizon.
De la terre ?
Elle contempla un instant l'étendue immense qui s'approchait dangereusement. Quelques centaines de mètres à peine avant de percuter la surface. A cette vitesse, elles se briseraient sans aucun doute tous les os.
Gumi saisit les manettes de son jet-pack. Elle ignorait quel serait le résultat d'une telle manœuvre mais il était hors de question qu'elle se laisse simplement tomber comme une pierre. L'appareil vibra dans son dos. En gérant bien, elle pourrait se laisser chuter dans quelques secondes et se servir de la surface pour prendre appui et redresser sa position. Il ne lui resterait plus qu'à rejoindre cette bande de terre grossissante. Quant à Nuca, elle volerait de ses propres ailes.
Estimant qu'il était temps pour elle de prendre les choses en main, elle lâcha Nuca. C'était sans compter sur les sangles et les dizaines d'attaches qui s'étaient prises entre leurs vêtements lors de l'envolée brutale de la chimère. Brusquement déséquilibrée par ce poids mort qui ne la quittait pas, Nuca partit en vrille en sifflant.
L'écume des vagues du Mara les enveloppa dans un voile frais avant qu'elles ne plongent et refassent surface, encore et encore. Gumi sut ce que ça faisait d'être la pierre utilisée pour faire des ricochets.
